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Au temps des cerises

En déplacement mercredi à Cergy dans le Val-d’Oise, Emmanuel Macron a été la cible de tirs de tomates cerises


Le président Macron aime la France : territoire, peuple, chansons. Aussi s’est-il rendu au marché de Cergy-Pontoise, trois jours après son élection. Et il a été visé par un lancer de tomates cerises. Alors, cette chanson si française est remontée à sa mémoire, sous un parapluie, vite déployé : « Quand nous en serons au temps des cerises / Et gai rossignol et merle moqueur/ Seront tous en fête… » Cet hymne de la Commune de Paris, écrit en 1866, cinq ans avant les jours sanglants de 1871, chante l’échec d’une révolution et un amour perdu, celui de Louise, une ambulancière. Pendants d’oreilles, cerises d’amour aux robes pareilles/ Tombant sous les feuilles en gouttes de sang…

Cette chanson fut chantée—en 42— par Charles Trénet, puis par Cora Vaucaire, Mouloudji, Suzy Delair, Colette Renard, Léo Ferré, Juliette Gréco, Patrick Bruel, Joan Baez. C’est dire sa résonance sentimentale, populaire, révolutionnaire. Yves Montand la chanta en 1974, à l’Olympia, en faveur du Chili. En 2016, le Chœur de l’Armée française l’interpréta, place de la République, en hommage aux victimes du 13 novembre 2015. La vidéo nous montre des visages du « peuple », sous les yeux d’Hidalgo et de Hollande : ces gros plans sont émouvants.

A lire aussi : «Dans le procès des attentats du 13 novembre, on ne saura jamais la vérité»

Sans chercher la petite bête, on ne peut s’empêcher de chercher tout ce que « nous dit » ce jet de tomates cerises. La tomate, classée scientifiquement par Linné en 1753 dans le genre Solanum (Solanum lycopersicum), est venue du Nord Ouest de l’Amérique du Sud. De cette tomate, modèle génétique car plante à tout faire —industrie de la transformation, concentré, sauce, ketchup—, Trump redoutait, en 2016, selon Europe 1, des jets dangereux, ainsi que des lancers d’ananas et de banane. Dans une tribune du Figaro de mercredi, Pierre Vermeren analyse « les racines culturelles du malaise français ». Faut-il pousser loin l’analyse pour trouver que ce malaise réside, tout près de nous, dans la frustration : l’absence de campagne présidentielle donc l’absence de débat, donc l’éviction des sujets de fond qui travaillent les Français ? Quoi d’étonnant, alors, qu’il y ait, dans « le peuple » opposé aux élites, plus que du désenchantement : de la colère ? Et pourquoi cette campagne, juste après les élections ? Parce que Macron, ayant fui l’affrontement d’un premier tour qu’il trouvait inutile, se rattrape, au contact du peuple, en allant sur les terres de son rival : la ceinture rouge. Et, de ce côté, quand on n’a plus de mots, les tomates, les œufs, les ananas sont là pour dire qu’on n’attend plus rien du politique.

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Le merle est connu pour son chant mélodieux —« siffler comme un merle »— et pour les proverbes : « C’est un fin merle ». Faute de grives, on mange des merles. Le message de ces tomates cerises est loin d’être subliminal : c’est la réponse du merle moqueur au doux rossignol des promesses jamais tenues. La chanson est moins guerrière que la Marseillaise. Moins engagée que l’Internationale. Elle est le symbole de l’immense espoir suscité par la Commune : de la frustration, de la colère. Quand nous en serons au temps des cerises… C’est pour bientôt. Mais avant, il y a le muguet du premier mai.

La dette souveraine: Chronique parisienne

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Marie Capron: un premier roman saignant

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Après la découverte du corps sans vie d’un nourrisson dans une usine agro-alimentaire, la commissaire Priya Dharmesh et son équipe tentent de coffrer l’auteur d’une série de crimes sanglants, flanqués d’un écrivain en mal d’inspiration. Addictif, La fille du boucher, le premier roman de Marie Capron est une agréable surprise.


Professeur de français, Marie Capron a beaucoup bourlingué. A en croire les quelques lignes de biographie qu’on peut glaner ici et là, elle aime plus particulièrement les îles grandes comme l’Australie ou celles, plus petites, de Mayotte ou de La Réunion. Elle y a en tout cas vécu et enseigné la philosophie, ainsi que la littérature.

Cette appétence de Marie Capron pour l’insulaire, on la retrouve dans son tout premier roman, Priya – La fille du boucher (Viviane Hamy éditions, 2022). Au travers de Priya Dharmesh, « une petite bonne femme d’un mètre soixante à peine, (…) Réunionnaise d’origine indienne », commissaire de police.

De la littérature au sens d’Orwell

Dans Orwell, anarchiste tory (Climats, 2003, 142 p), l’un des nombreux essais qu’il a consacré à l’écrivain anglais, Jean-Claude Michéa a exhumé un texte peu connu de l’auteur de 1984, intitulé New Words. Dans ce dernier, Orwell pointait l’impuissance du langage existant à formuler la « part la plus importante de notre pensée ». Il avançait en outre que « presque toute la littérature est un effort pour échapper à l’incommunicabilité par des moyens détournés, les moyens directs (les mots dans leur sens littéral) étant à peu près impuissants. »

À lire ensuite, Jérôme Leroy: Au lecteur joyeux

Si l’on peut définir ainsi la littérature, ce premier roman de Marie Capron s’y rattache certainement. Loin de ces « autofictions » que Fabrice Luchini appelle des « dégueulis du privé », et très loin aussi des insupportables romans à thèse, Marie Capron ne tient pas de discours visant à nous convaincre de penser ceci ou cela. Elle ne brandit ni carotte ni bâton. Elle n’argumente pas. Elle ne dégaine pas des concepts à tout bout de champ. Elle ne théorise pas. Elle ne vise pas à nous indigner. Elle ne cherche même pas à nous faire entrer dans le crâne un début d’idée formulée en tant que telle. Elle montre. Elle suggère. Elle fait ressentir à son lecteur la bêtise, l’horreur, l’absurde, le monstrueux, le pathétique, le pitoyable, le débile, l’effroyable. Elle nous écœure, nous fiche la nausée, nous sidère. Nous fait rire aussi. En résumé, elle dit. Mais avec d’autres mots que ceux qui, à force d’avoir trop servi, ne veulent plus rien dire, ne provoquent plus rien sinon l’envie de bailler, de reposer le livre ou de se servir de ses pages au moment d’éplucher des pommes de terre.

Même si son roman raconte la traque d’un tueur en série n’ayant rien à envier au glaçant Hannibal Lecter du Silence des agneaux (et appartient ainsi à ce que l’on peut appeler la « littérature noire », celle du roman policier et du polar), on est heureusement loin d’un énième thriller à l’américaine. Plus proche, en réalité, du néo-polar à la Jean-Patrick Manchette, ceci même si Marie Capron, c’est le moins que l’on puisse dire, n’a pas les mêmes sujets de prédilection que feu l’auteur de L’Affaire N’Gustro (1971) ou de Laissez bronzer les cadavres ! (1971).  On est ainsi, par quelque bout qu’on prenne ce roman, du côté de ceux qui ont encore quelque chose à nous dire à propos de notre époque et savent le faire dans les règles de l’art.

A lire aussi: Proust: retour vers le futur

Sinon, que ceux qui fuient la littérature des cosy mystery et autres crimes à l’heure du thé n’aient aucune crainte : Priya Dharmesh n’a pas la moindre des qualités requises pour remplacer à plus ou moins brève échéance Miss Marple. A lire les dernières pages de ce qui semble être le premier tome d’une longue saga, Marie Capron, avec son héroïne ambigüe, n’a nullement l’intention de nous servir du réchauffé. Au contraire. Et tant mieux.

Marie Capron, Priya – La fille du boucher, Viviane Hamy éditions, coll. « chemins nocturnes », mars 2022, 342 p

De l’art de la séduction halal

Malgré ses tribunaux et ses exécutions, #MeToo n’a pas réussi à dresser tous les mâles dominants. Quand on est une femme, même nantie de quelques mèches blanches, mieux vaut ne pas se promener dans certains quartiers ou marcher seule au bois de Vincennes. Expérience vécue…


Il y a des histoires vraies que l’on hésite à raconter tellement elles risquent de passer pour invraisemblables. En voici un exemple.

Un des rares avantages de vieillir, à mon avis, est que je suis devenue quasiment invisible dans l’espace public ; j’ai gagné le droit que l’on me fiche enfin la paix. Les rides et les mèches blanches sont un rempart utile, du moins je le croyais jusqu’à très récemment.

En cette belle journée ensoleillée des droits des femmes du 8 mars 2022, j’ai rendez-vous en fin d’après-midi avec mes copines pour aller retrouver notre orateur préféré au Chalet du lac où les femmes sont conviées. En attendant l’heure Z, je pars promener mes chiens dans les allées du bois de Vincennes.

ACTE 1

Assise sur un tronc d’arbre dans une petite clairière, je lis tranquillement un livre, mes deux chiens docilement couchés dans l’herbe à mes pieds. Arrive à vélo un homme d’une quarantaine d’années, de corpulence massive, chauve et gueule cassée (visiblement, de nombreux coups lui ont irrémédiablement défoncé le portrait). Sans dire un mot, en quelques secondes, il jette son vélo à terre, se campe en face de moi sur ses deux jambes écartées, déboutonne sa braguette, en sort son immonde érection et commence sa répugnante besogne exhibitionniste. Je m’éloigne aussitôt à grandes enjambées et laisse ce minable à sa pitoyable solitude. Mes chiens n’ont rien compris et ne me manifestent aucune solidarité canine ; j’en suis très peinée. Quelques minutes plus tard le minable en question me dépasse à vélo, se retourne, crache dans ma direction (heureusement il loupe sa cible) et me gratifie au passage d’un « sale pite » (en français « sale pute », j’avais bien compris) avant de disparaître.

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ACTE 2

La loi des séries aimant parfois se rappeler à notre bon souvenir, mon deuxième séducteur du jour ne se fait pas attendre (à peine vingt minutes se sont écoulées, juste le temps qu’il faut pour calmer mon arythmie cardiaque et éponger mes sueurs froides). Tout en improvisant une solide marche nordique cette fois en direction de l’allée Royale, fréquentée à toute heure par des joggers et des promeneurs, j’entends quelqu’un m’interpeller juste derrière moi. Je ne réponds pas mais je force le pas, tout en retenant mon envie de courir. S’ensuit une bordée d’insultes en arabe mais je reconnais bien les sonorités des sempiternelles « j’ti parle sale chienne, sale pite (sic), j’vi t’défoncer, j’vi t’enculer, j’encule ta sœur, ta mère, ta fille », toute ma famille y passe.

A lire aussi : Accusée Thaïs, taisez-vous!

Me voici enfin arrivée dans la grande allée Royale où j’ai enfin le courage de me retourner et de lui faire face. Ses yeux sont noirs et exorbités, il y a des trous à la place des dents qui laissent dégouliner sa bave, il est visiblement alcoolisé (mais pas assez pour l’empêcher de me courir après) et me menace en brandissant une bouteille de vin à moitié pleine. Un promeneur courageux arrive vers moi en courant et me dit de m’éloigner, qu’il va s’occuper de lui. Mais rien ne le calme, il continue à me suivre, ignore complètement mon garde du corps improvisé après l’avoir quand même arrosé d’un « sale pidé » (traduction : sale pédé) et essaie de me fracasser avec sa bouteille sans arriver à m’atteindre. Par chance la Garde montée faisait justement une ronde et trois gendarmes déboulent au galop. Pas con le minable, à l’évidence bien au courant des procédures et du comportement à adopter face aux forces de l’ordre, il fait aussitôt profil bas, présente poliment ses papiers, nie en bloc m’avoir agressée et se prête docilement à la fouille au corps. Les gendarmes ne sont pas dupes et appellent à la rescousse leurs collègues de la police. C’est maintenant trois policiers et trois gendarmes qui prennent ma déposition ainsi que celle de mon témoin, le promeneur. Je m’attends à ce que le minable soit embarqué au poste pour rendre des comptes et qu’il reste un bon moment en garde à vue, mais pas du tout, puisqu’il ne s’agit pas d’une agression « caractérisée » (c’est-à-dire pas de traces, pas de sang, pas de sperme), il est libre de repartir sur-le-champ conter fleurette à la première femme qu’il croisera de nouveau sur son chemin.

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Ainsi va la vie. Tant pis pour l’injure, la menace, la peur au ventre, l’envie de vomir, la colère, le dégoût. #MeToo n’a finalement pas changé grand-chose et les pervers n’ont pas trop à s’inquiéter, il leur reste encore de beaux jours.

Je rejoins mes copines au Chalet du lac où nous sommes chaleureusement accueillies par notre Z, dans la pure tradition de l’art courtois. Cinq cents participantes écoutent, le cœur battant, l’hommage qu’il rend aux femmes, la reconnaissance qu’il porte envers leur beauté, leur courage, leur intelligence, leur liberté, leur audace et sa promesse de TOUJOURS les protéger. Je le crois sur parole.

[Nos années Causeur] Au plaisir du contre-pied

À l’occasion du numéro 100 de Causeur, Natacha Polony rappelle que dans la guerre de l’attention du lecteur, Marianne et les autres titres de la presse sont loin d’être nos seuls concurrents…


Il faut une sacrée volonté pour créer de toutes pièces un journal. Franchement, à l’heure du grand vacarme et de l’insignifiance, déployer des trésors d’énergie pour parler à un public, pour bâtir une cohérence, pour décoller les lecteurs de leur smartphone et leur offrir du temps long, du recul, de l’esprit… Nul ne mesure aujourd’hui tout ce qui concourt à détourner les citoyens de l’entreprise exigeante de lire la presse. Causeur, inlassablement, depuis son premier numéro, s’est attaqué à chaque obstacle, s’est confronté à chaque difficulté. Parce que, soyons clair, les concurrents ne sont pas seulement les autres journaux. Quand le pouvoir d’achat devient un sujet, la presse est en concurrence avec les innombrables abonnements, avec les autres sollicitations sur l’immense marché de l’attention. Deezer, Netflix, Amazon Prime… Il y a bien sûr les quelques résistants qui refusent de basculer dans le nouveau monde. Mais les autres, il faut les convaincre, à chaque numéro, à chaque article, que leur cerveau sera mieux nourri par une réflexion impertinente et bien anglée que par les trépidants rebondissements d’une série à succès.


Et puis, il y a ce rétrécissement étouffant de l’espace démocratique. Causeur, comme son nom l’indique, se veut depuis l’origine un « salon où l’on cause ». Le lieu, donc, de la délibération. Et, pour reprendre l’une des expressions favorites de la taulière, de « l’engueulade civilisée ». Parce que la démocratie, c’est cela. Cette capacité à discuter avec l’autre, celui qui ne pense pas comme nous, celui qui nous horripile. Comme si, depuis l’origine, parce qu’elle avait déjà subi les invectives et les injonctions de ces « maîtres censeurs » contre lesquels elle n’a jamais renoncé à ferrailler, Élisabeth Lévy avait eu l’intuition que la question allait se poser de notre capacité collective à accepter la contradiction. D’aucuns accuseront les réseaux sociaux et leurs algorithmes, d’autres le sectarisme croissant d’une classe médiatique qui se prend pour un clergé… Si l’autre est un salaud, s’il est dans le camp du mal, on ne discute pas, on ne partage pas l’espace démocratique avec lui, on le fait taire.


D’ailleurs, elle est amusante, cet exergue qui accueille le visiteur dans ce salon : « Surtout si vous n’êtes pas d’accord ». Élisabeth Lévy ou le plaisir du contre-pied. L’art de n’être jamais là où se réfugient les autres. Comment faut-il la lire, cet exergue ? Pas seulement comme une invitation lancée aux mécontents, à ceux que l’offre idéologique et médiatique laisse sur leur faim. Finalement, plutôt dans l’autre sens : fréquentez ce salon, surtout si vous n’êtes pas d’accord avec ce que vous y lirez. Une rubrique incarnait, durant quelques numéros, cette invite : « Viens le dire ici si tu es un homme ». Elle n’a pas duré, tant sont peu nombreux ceux qui aiment se confronter à la contradiction, même quand on les sollicite avec humour.
Pour toutes ces raisons, Causeur est là, porté par la ferveur de sa patronne, et c’est un bonheur de venir s’engueuler dans ce salon.


Natacha Polony et Elisabeth Lévy Photo : Hannah Assouline.

Sommes-nous encore en démocratie ?

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Les cinq batailles perdues du chevènementisme

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L’ancien ministre et haute figure de la gauche souverainiste, a annoncé le lancement d’un nouveau mouvement politique, « Refondation républicaine », mercredi, depuis l’auditorium de l’Académie d’agriculture à Paris. Il entend présenter quelques candidats aux prochaines législatives qui se soumettront à la majorité macronienne.


« Refondation Républicaine », c’est donc le nom de la dernière loge en date du chevènementisme lancée ce mercredi. À 83 ans, l’ancien ministre Jean-Pierre Chevènement a ainsi matérialisé son ralliement à la macronie néo-libérale, libertaire et atlantiste. Belle fin de parcours pour un vieux tromblon qui n’aura cessé de vouloir incarner la « gauche républicaine »  ou le « citoyennisme des deux rives ».

Des représentants qui vont à la soupe

D’ailleurs, Jean-Pierre Chevènement n’est pas le seul à aller bouffer au râtelier du macronisme triomphant. Le dernier représentant notable de la gauche républicaine, l’infatigable Manuel Valls, se noyant petit à petit dans le pathétique du représentant placier cherchant désespérément à mettre le pied dans la porte du vainqueur du moment. Manuel Valls n’a aucun métier, ne sait rien faire de ses petits doidoigts à part de la politique et serait capable de taper l’incruste dans votre plumard si vous étiez un responsable politique quelconque. Sur le site de Pôle Emploi, ce métier n’a point de code ROME alors qu’il est pourtant le plus vieux du monde !

A lire aussi, Olivier Jouis : De Chevènement en 2002 à Zemmour en 2022, itinéraire d’un souverainiste venu de l’autre rive

Le chevènementisme et la « gauche républicaine » finissent donc dans le pathétique en ce qui concerne ses représentants. C’est la première défaite du chevènementisme.

Une idéologie très affaiblie

Mais au niveau idéologique, la gauche républicaine est également un naufrage total.

Car la gauche n’a jamais été aussi « woke ». Le « Chev » rêvait de la « replacer dans giron républicain », or la gauche française a désormais comme superstar Sandrine Rousseau ! Bravo !

L’ « assimilation » des populations immigrées par la politique de la main tendue, et la valorisation du mérite républicain, qui constituaient l’alpha et l’oméga de la pensée chevènementiste, se sont également pris la réalité quotidienne sur le coin de la gueule. Jamais les millions d’immigrés qui enrichissent nos banlieues ne s’assimileront et, nul besoin d’être un lecteur de Houellebecq, pour comprendre, qu’à terme, c’est plutôt nous qui devrons nous assimiler. De guerre lasse, comme le fait François, le héros de Soumission. Car le mérite républicain est petit à petit grand remplacé par le zèle islamique.

La mystique républicaine ne fait plus rêver à l’âge identitaire

Le chevènementisme est mort, mais à travers lui c’est également toute la mystique républicano-française qui s’est fracassée sur le mur du réel. Ce qui constitue une nation, ce n’est pas parler la même langue, ni appartenir à un groupe ethnographique commun, c’est « avoir fait de grandes choses ensemble et vouloir en faire encore » disait Ernest Renan. Ah bah oui, tout cela marche plus ou moins bien avec un paysan du Morvan et un ouvrier lensois. Avec Muhammad et Boubakar, en revanche, la théorie est déjà beaucoup plus théorique. La République a voulu déraciner sa population pour créer un « homo francus » de Dunkerque à Nice, elle finira déracinée des quartiers nord de Marseille à la Seine Saint-Denis ! A force de niveler les Français, d’annihiler toute forme de culture locale, de langues régionales pour créer un creuset républicain anonyme, la République a désincarné la France.

Car le jacobinisme ce n’est qu’un mondialisme à l’échelle française. Un mondialisme sans la carte flying blue d’Air France ! Or, aujourd’hui, les descendants des paysans bretons partis à Paris au début du XXè siècle ne rêvent que d’une chose : revenir dans le pays de leurs grands-parents pour tenir une ferme bio avec un four à pain. Et mettre leurs gosses dans des classes en breton ! Dans ce grand mouvement historique de « retour de l’identité », la République n’a rien d’autre à offrir que la lecture de Victor Hugo, des vagues souvenirs de l’épopée napoléonienne et des cartes réduc’ chez Leclerc. Regardez vos gamins, ils se sont recréé des identités à partir des réseaux sociaux. Sexuelles ou religieuses mais des identités quand même. Et le creuset républicain « désidentitaire » par nature, n’a pas les armes pour lutter contre cela. La République ne veut pas entendre parler de « distinction » entre les citoyens, mais aujourd’hui il y a des milliers de « distinctions » attirantes sur le marché. Dans le sous-rayon des identités sexuelles on en crée même chaque jour !

Les indépendantismes régionaux veulent prendre leur revanche

La quatrième défaite du chevènementisme concerne sa vision jacobine de la France. Chevènement, quand il était ministre de l’Intérieur, a longuement combattu les nationalistes corses : ils ont aujourd’hui trois députés à l’Assemblée nationale française, ont tous les pouvoirs sur l’île et le gouvernement de l’Etat français assassinu qu’il soutient leur a prévu un large statut d’autonomie. Bravu !

A lire aussi: Matignon: pourquoi se contenter d’une femme?

Ah mais au-delà de la Corse, le jacobinisme français a partout du plomb dans l’aile : le 8 avril, le conseil régional de Bretagne a voté la demande d’un statut d’autonomie législatif et fiscal à Paris. A l’unanimité. PS, LR, LREM, PCF – à l’exception notable du RN. Et, dans la foulée, la Guyane a fait de même !

En 1998, l’ARB (l’Armée Révolutionnaire Bretonne) plastiquait la mairie de Belfort dont le maire était Jean-Pierre Chevènement. 25 ans plus tard, le groupe LREM au conseil régional de Bretagne, groupe soutenu par Chevènement Jean-Pierre réclame l’autonomie de la Bretagne. Brav ! (en breton cette fois)

Marine Le Pen, dernière représentante du chevènementisme ?

Et pour bien enterrer le cadavre de la gauche républicaine et jacobine à coups de pelle, notons que les grands principes de ce courant de pensée se sont incarnés dernièrement en… Marine Le Pen. Regardez bien son républicanisme assimilationniste et jacobin : c’est du Chevènement tout craché ! Cette appropriation du chevènementisme par le lepenisme constitue la dernière défaite de Jean-Pierre Chevènement.

Défaite politique, défaite idéologique, défaite complète.

La gauche réconciliable

Les résultats de l’élection présidentielle ont démontré que la gauche n’est pas si moribonde que ça. Jérôme Leroy se réjouit des perspectives s’offrant à elle pour les législatives.


La gauche se parle, incroyable, mais la gauche se parle !

Pendant cinq ans, ses composantes ont coexisté dans le meilleur des cas ou, dans les pires, ils se sont bouffé le nez. Mais voilà qu’après ce second tour, La France Insoumise, Europe écologie, le PCF et les Socialistes se réveillent avec une gueule de bois moins forte que prévue. C’est que la situation, à l’issue du premier tour, puis du second, a dessiné un paysage inattendu où, comme on ne cesse de nous le répéter, on retrouve trois blocs de forces à peu près équivalentes. La droite centriste et libérale de Macron avec quelques appoints socio-démocrates, la droite nationale et puis la gauche.

Un peu plus compliqué que ce qu’on vous a dit

Depuis une phrase célèbre de Manuel Valls, homme de droite sous étiquette PS pendant des années, on la disait irréconciliable, la gauche. Opposition insurmontable entre les réformistes et les partisans de la rupture, les productivistes et les décroissants ou, vu depuis la droite, entre islamogauchistes et républicains. Cette grille de lecture arrangeait beaucoup de monde. Elle condamnait la gauche à ne plus exercer le pouvoir ad vitam aeternam. Un monde sans gauche, quel bonheur ! Il est vrai que cela faisait des années, voire des décennies que l’on feignait de croire, sur la foi d’un rapport de Terra Nova, que la gauche commettait une erreur mortelle en oubliant les classes populaires et en tentant de se créer un électorat de substitution avec les minorités qui se seraient alliées à une petite bourgeoisie diplômée des centre-ville, laissant Marine Le Pen gagner le prolo.

Mais voilà, c’est un peu plus compliqué que cela. Si la gauche a repris langue et quelques couleurs, c’est que, tout de même, les programmes convergent sur l’essentiel. Pas au point de parler d’un programme commun, mais tout de même de quoi lister une dizaine de réformes urgentes en cas de victoire aux législatives : la retraite à 60 ans, l’abrogation de la loi travail El Khomri et des ordonnances Macron, le blocage des prix pour les produits de première nécessité,  la planification écologique et une VIème république. On évitera dans un premier temps les sujets qui fâchent : les contours à donner à la laïcité, le rôle du nucléaire dans le mix énergétique, le rapport à la construction européenne.

A lire ensuite: Les cinq batailles perdues du chevènementisme

Mais après tout, il y a urgence, ne serait-ce qu’électoralement. Le délai plus long que d’habitude jusqu’aux élections législatives ne laisse pas le temps d’entrer dans le détail, mais somme toute, peut laisser entrevoir la possibilité d’une coalition victorieuse en juin, si l’on en croit le célèbre axiome de Jean-Claude Dusse dans les Bronzés, « sur un malentendu ». Il y aura de facto 577 mini-présidentielles dans chaque circonscription à cette différence que les triangulaires entre macronistes, lepénistes et candidats de gauche pourraient se multiplier et que dans une triangulaire, tout est possible comme vous le diront les vieux routiers des cartes électorales.

Mélenchon, recordman national du boulard

Mélenchon, qui a comme pire ennemi lui-même, propose même aux Français de l’ « élire » Premier ministre. C’est autant culotté que prématuré. Mais, après tout, pourquoi pas ? Pas loin de 60% des Français ne souhaitaient pas, le soir du scrutin, que le président dispose d’une majorité à sa botte. On avouera que c’est tout de même un signe étonnant sous la Vème république.

On a beau présenter Macron comme le premier président réélu hors cohabitation, face à une Marine Le Pen qui n’a jamais autant obtenu de suffrages, on vit une situation paradoxale où les deux finalistes ne peuvent même pas se permettre de dire qu’ils ont bénéficié d’un vote d’adhésion. Combien d’électeurs macronistes du deuxième tour ont eu ce fameux réflexe du castor pour faire barrage au Rassemblement National ? Bien malin qui peut le dire. Et combien des électeurs lepénistes ont avant tout voulu exprimer leur rejet viscéral du macronisme ? Quand vous ne savez plus, dans votre propre électorat, la proportion de gens qui ne vous aiment pas mais qui vous préfèrent quand même à l’autre, ça peut donner des sueurs froides.

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On pourra objecter que pour la gauche, c’est la même chose. Que les socialistes, les communistes, les écolos et même les trotskystes qui ont tous fait des scores historiquement bas ont vu en fait leurs électeurs voter par défaut pour un Mélenchon mieux placé, et d’ailleurs bien aidé en cela par des sondages d’avant premier tour qui ont fonctionné comme des prophéties autoréalisatrices. Ses 22% ne lui appartiennent pas en totalité, il ferait bien de ne pas l’oublier, mais il peut tout de même se consoler en disant que ceux qui ont voté pour lui, au sens large, appartiennent à la même grande famille qui s’appelle la gauche et qui est toute étonnée de se voir finalement loin d’être moribonde.

Jérôme Leroy : « j’ai fait un rêve »

Je ne sais pas si les négociations en cours réussiront. Il y en a qui ne veulent apparemment vraiment pas de Mélenchon. Mais ils ne sont pas non plus pléthore. Jadot, pour les Verts et, au PS, la vieille garde hollandiste constituée par des Le Fol ou des Cambadélis. Pour les autres, finalement, ce qui prévaut pour l’instant, c’est qu’à cheval donné, on ne regarde pas la bride. Il se trouve que le cheval s’appelle Mélenchon. C’est l’homme de gauche qui plait le moins à la droite, ce qui finalement est un atout dans un choc frontal.

Dans un autre temps, quand est né en 1972 le Programme commun, le cheval s’appelait Mitterrand. Ca n’enchantait pas Marchais le communiste ni Robert Fabre le radical de gauche. Il n’empêche, moins de dix ans plus tard, arrivait le 10 mai 1981, alors qu’on donnait Giscard favori.

L’époque a changé, direz-vous. Tout va plus vite. Justement, ce coup-ci, ça pourrait très bien mettre moins de dix ans et même moins de dix semaines.

Slavik, l’homme qui réinventa Paris

En imaginant l’univers des drugstores et de dizaines de brasseries et restaurants parisiens, Slavik a créé les décors qui ont abrité l’une des pages les plus brillantes de l’histoire de la capitale : la vie des années 1960-1980.


Un touche-à-tout, Slavik (1920-2014). Wiatscheslav Vassiliev, de son vrai nom, aura en tout cas touché Paris de plein fouet. Sous-titré « Les années Drugstore », un beau livre rend enfin hommage à ce grand oublié de l’histoire du design. Disparaissant derrière les marques de ses commanditaires, Slavik n’est jamais devenu une icône, tels Claude Parent, Jean Prouvé ou Charlotte Perriand. Et pourtant grâce à lui, la capitale, au temps où elle était encore une fête, s’est enrichie d’innombrables « lieux de vie », pour la plupart aujourd’hui disparus, qui ont marqué le dernier tiers du xxe siècle. L’inventaire de ses créations est impressionnant, à la mesure de la nostalgie qu’il inspire.

Né à Tallin, en Estonie, d’un père ancien officier du tsar et d’une mère russe blanche qui a fui Petrograd, l’ancienne Saint-Pétersbourg devenue bolchevique, l’enfant arrive avec sa mère à Paris à l’âge de 8 ans. En 1940, l’Union soviétique annexe l’Estonie : Slavik devient apatride et attendra 1956 pour se voir naturalisé français.

Des décors théâtraux à ceux des drugstores, en passant par le mobilier national

Celui qui se fait appeler ainsi dès l’adolescence n’en a pas moins été, sur notre sol, un créateur extraordinairement précoce. En pleine guerre, le diplôme des Arts déco en poche, il passe le concours de l’Idhec, section décoration. Slavik sait tout faire. Le théâtre du Vieux-Colombier lui confie la scénographie d’un Jupiter, tombé depuis aux oubliettes, et le chorégraphe Serge Lifar l’engage sur plusieurs de ses créations à l’Opéra de Paris – décors et costumes. Auprès d’Adolphe Jean-Marie Mouron, alias Cassandre, il devient publicitaire. Pourtant, Slavik se pense peintre : signer des marines à la gouache le distrait des duretés de l’Occupation. Il décore aussi des paravents, inspiré par Dalí, Chirico et Magritte. Plus étonnants encore sont ses cartons de tapisserie : commandes faites juste après-guerre sous le patronage de Jean Lurçat, par les manufactures d’Aubusson et des Gobelins alors qu’il est âgé d’à peine 24 ans. Le livre en reproduit plusieurs, en double-page : l’une a pour titre « Paris ma fête ». Repéré par la modiste Claude Saint-Cyr, chapelière des têtes couronnées, il dessine des paletots. Identifié comme décorateur, il brosse encore costumes et décors de ballets pour le Festival d’Aix-en-Provence, sous les auspices de Roland Petit. Sa carrière est lancée : engagé par les Galeries Lafayette, il en concevra les vitrines jusqu’en 1954. Cette année-là est charnière. Marcel Bleustein-Blanchet nomme Slavik « chef du service de l’esthétique industrielle » et conseiller artistique de l’agence Publicis. Il dessine meubles de rangement, flacons, radios, une station Shell et même…. un pick-up en forme d’œuf sur le plat !

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Puis la géniale invention du drugstore vient bouleverser sa vie. En 1958, Bleustein-Blanchet rachète l’Astoria, un hôtel suranné sis en haut des Champs-Élysées. Il décide de tout casser et confie le chantier à Slavik. « Parmi celles et ceux qui, par milliers, entrent dans ce Drugstore, qui connaît seulement le nom de Slavik ? Pas grand-monde. (…) C’est lui qui a, jusqu’aux moindres détails, tout conçu, c’est lui qui a distribué les espaces, dessiné le mobilier, aménagé les circulations, lesquelles réservent sans cesse des surprises, parce que comme dans une conversation l’on peut passer du coq à l’âne », dixit les auteurs du livre.

Une empreinte que l’on retrouve partout… y compris sur la Tour Eiffel

Le succès foudroyant n’est pas seulement commercial : le Drugstore, rendez-vous huppé, devient un lieu de drague où les minets s’exhibent. En 1963, toujours sur les « Champs », Slavik conçoit le Pub Renault, hymne à l’automobile : banquettes capitonnées, calandres et serveuses qu’on hèle… d’un coup de klaxon ! Sur cette lancée, le Drugstore Publicis de Saint-Germain-des-Prés ouvre en 1965, en face du mythique Café de Flore. Encore la patte Slavik, tout en courbes et matières nobles : cèdre du Liban, cuirs, bronzes. Un côté chic anglais qui tranche face à l’invasion du plastique. L’architecte de l’immeuble, Guillaume Gillet, Grand Prix de Rome, pérore, rue, perd son latin devant cette déco flamboyante ! Qu’importe : ouvert 7 j./7 jusqu’à 2 heures du matin, il abrite pharmacie, bureau de tabac, librairie, parfumerie, boutique-cadeaux, cinéma, pique-nique store – que demande le peuple ? Jacques Dutronc y aura ses habitudes, Gainsbourg s’y fournira en Gitanes, les homos en garçons à vendre… À noter que si le texte de cet opus Slavik s’attarde sur l’inauguration du lieu, il ne dit rien de ce qui en a fait, pour toute une génération, l’emblème d’un Paris joyeux. Le ton d’une époque se lit dans ses enseignes : en 1995, le Drugstore cède la place à une boutique Armani. Tout est dit.

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Le Slavik de la maturité est indissociable de l’emblème de la capitale : la tour Eiffel. En 1983 il fait du Jules Verne, son restaurant étoilé, une alcôve aux tonalités grises et noires ouverte sur la ville. Douze ans plus tard, c’est encore à Slavik que le groupe Elitair Maxim’s confie l’aménagement, au premier étage de la Dame de fer, d’un autre restaurant baptisé Altitude 95. Autant d’arbres qui cachent la forêt : Paris ignore que l’infatigable transfuge estonien a conçu plus de 200 décors de restaurants, bistrots et brasseries. Sans compter la flopée de boutiques sur lesquelles Slavik a posé sa signature. La liste s’avère stupéfiante : du Bistrot de Paris, rue de Lille (1965) au Berkeley, avenue Matignon (1970) ; de L’Assiette au bœuf (1974) au Petit Mâchon (1976) et Bistro 121 (1972) dans le 15e arrondissement ; de la brasserie du Lutetia (1979) à celle du Dôme (1980) – ô Montparnasse ! On n’en finirait pas d’évoquer le London Tavern (1968), le Winston Churchill (1965), l’American Dream (1995) de la rue Daunou… Adresses qui font de Paris, non pas une banale ville-monde mais LA capitale vers quoi le monde aspire. Élégant et discret, Slavik en aura été le passeur.

Slavik: Les années Drugstore

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Macron, le bâtard de Hollande?

Jeudi, sur France Inter, l’insoumis François Ruffin a qualifié Emmanuel Macron de « bâtard » de François Hollande. Si une personnalité de droite avait commis un tel outrage au chef de l’État, elle ne bénéficierait assurément pas de la même indulgence politico-médiatique. Mais les médias semblent tout passer à cette « gauche vulgaire, grossière et gueularde », estime Benoît Rayski…


Macron, le bâtard de Hollande ? Ce diagnostic ne peut émaner que d’un éminent généticien. Pour ne pas vous faire languir trop longtemps, nous allons immédiatement vous révéler son nom : il s’agit de François Ruffin. Ce député insoumis refuse, en rebelle qu’il est, de se soumettre à la décence commune.

Il a certainement fait des études qui lui ont permis de percer tous les secrets du génome humain. Nous pensons que nuitamment il s’est introduit à l’Élysée pour se procurer un échantillon de l’ADN d’Emmanuel Macron. Il a dû en faire de même au domicile de François Hollande.

Puis, il a comparé les deux. Et, eurêka, sa religion était faite : Macron est bien le bâtard de Hollande. Un bâtard, selon la définition communément admise, est un enfant issu d’une relation illégitime et adultérine. Si on s’intéresse à l’âge de l’ancien président de la République et à celui de l’actuel, force est de constater que Hollande a dû faire Macron il y a une bonne quarantaine d’années. Avec qui ? On ne sait pas, car la mère a dû accoucher sous X.

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Ce goujat de Hollande a refusé de reconnaitre l’enfant issu de sa relation avec une inconnue que l’on suppose belle. Il est vrai qu’à l’époque où il a fauté, il était en couple avec Ségolène Royal, et les colères de cette dernière sont terribles !

Hollande est, à n’en pas douter, un sale type. Un coureur doublé d’un pleutre. De surcroit, il est, à suivre toujours la pensée de Ruffin, responsable de tous nos malheurs. C’est en effet à cause de lui que nous avons eu à supporter Macron pendant cinq ans et que nous allons gémir sous sa férule pendant cinq ans encore.

Plus sérieusement, les propos de Ruffin sont du niveau du caniveau. Il incarne à la perfection la gauche vulgaire, grossière et gueularde, encartée à LFI. Il a de qui tenir : son patron, Jean-Luc Mélenchon, excelle dans ce domaine. La tentation est grande d’écrire que Ruffin est le bâtard de Mélenchon. Nous n’y résistons pas.

 [Nos années Causeur] De l’esprit, des opinions et des faits!

Le professeur et écrivain Pierre Jolibert vous parle de ses années Causeur


À quoi tient qu’on retrouve la marque d’Élisabeth Lévy dans tout ce qu’elle entreprend ? Dès que j’ai lu son « Kosovo, l’insoutenable légèreté de l’information », un des plus grands bonheurs de ma vie d’étudiant, je l’ai suivie le plus fidèlement possible, sur ondes ou papier. Sur le vif ou de l’escalier, l’esprit est demeuré le même, et s’il peut animer toute une équipe, c’est qu’il n’est pas imposé, puisqu’il se trouve que « vous n’êtes pas d’accord ».

Eugénie Bastié, qui y a fait ses armes, s’inquiétait il y a peu dans un entretien: « Il y a un nouveau politiquement correct de droite qui est en train de naître. » Causeur nous handicape : le lecteur qui ne se rend qu’ici a du mal à ne pas s’étonner de cette idée, même en l’élargissant. Comment ? Une pensée unique à droite ? Où ça ? Et qu’il soit difficile de la voir et de l’imaginer n’est pas seulement dû à la présence permanente ou occasionnelle de voix de gauche diverses au long des 100 numéros que nous fêtons.

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De façon plus ou moins manifeste, les grands moments de tension et d’emballement donnent lieu à la même interrogation : les faits ; les opinions ; la conscience qu’ont celles-ci de ce qu’elles sont et font. Causeur a pour réputation d’être un média d’opinions, mais la question des faits y est assez souvent posée, comme il a été vu récemment à propos du président Sarkozy.

Quant aux opinions, en plus de leur tolérance, la sagesse a tout l’air de vouloir qu’il ne soit pas si grave qu’elles s’ignorent. Cyril Bennasar n’a pas détrompé le boucher qui semble le confondre dans sa clientèle bobo courante. Son récit m’a étonné, charmé et réconcilié avec le malentendu, la maldonne, les jugements de travers. Nous vivons dans le faux ; et si la rectification des faits stricts selon leur stricte exactitude est un devoir absolu, pour le reste il est peut-être inévitable, voire indispensable à l’équilibre même du monde, de s’accommoder, tant qu’elles ne versent pas dans le délire accusatoire dangereux, des erreurs d’appréciation. (Et pourtant, combien je regrette de m’être dit trop tard que P. commentait sous son vrai nom.)

La flûte enchantée

Sous le signe de l’hexagone, Monsieur Champagne, Martine au pays des Soviets


24 avril, 20H00… « Les rayons du soleil évincent la nuit ; Ruinent le pouvoir mensonger des imposteurs… ». Le Prince Tamino l’a emporté. La reine de la nuit et les forces du mal sont vaincus. Tout le monde respire… « Ah les cons ! S’ils savaient… » murmurait Daladier de retour de Munich devant une foule en liesse, au Bourget, le 30 septembre 1938. Sur le Champ-de-Mars, le vainqueur du jour improvise un programme : « l’invention collective d’une méthode refondée pour cinq années de mieux – qui à coup sûr ne seront pas tranquilles – au service de notre pays, de notre jeunesse ». Depuis 2017, Emmanuel Macron n’a cessé de se réinventer : Jupiter martial, Lucien Jeunesse-Jeu des 1000 euros pendant les forums citoyens, Monsieur Champagne de la Mirandole débattant huit heures d’affiliés avec 64 intellectuels, Maître Capello animateur d’ateliers Croq’ vacances-démocratie participative, Cambronne de la Covid, Super Résistant d’extrême-centre en 2022… Sans conviction, inventio, ni feu, le « président de toutes et tous » nous promet une « France plus indépendante, une Europe plus forte, une grande nation écologique, une société plus juste, une défense de l’égalité entre les femmes et les hommes… ». 

Flûte enchantée ou Requiem ?

Le Macron de Münchhausen

Le président obtiendra probablement une nouvelle majorité parlementaire mais il a échoué sur l’essentiel : réconcilier – a minima apaiser – l’archipel français. En triangulant ses opposants, désossant la droite et la gauche, il aggrave des fractures, accélère la métamorphose de la lutte des classes en lutte de blocs -élitaire contre populaire- : une confrontation mortifère, de valeurs autant que de richesses. Les souverainistes et gauchistes se disputent le bas de la cordée. Majoritaires, en colère, les ‘Somewhere’, pestent contre les ‘Anywhere’, les élites, le système. Lutter contre l’extrémisme en soufflant sur les braises, rejouer à chaque élection le chantage au danger fasciste, c’est cynique et irresponsable. La mythologie républicaine est minée par une re-féodalisation, les obsessions identitaires, le communautarisme. Les bataillons, l’étendard, le jour de gloire, incommodent les jeunes consciences. La patrie n’existe plus.

Une pensée flottante et un manque de virtù expliquent beaucoup d’impasses et déconvenues du quinquennat. La politique ne se réduit pas au marketing, management, ré-engineering, un nexus de contrats de tous avec tous, des mots creux qu’on dit avec les yeux. La politique à l’estomac et le virage du cirque… La politique n’est pas une science. Rue Saint-Guillaume, Emmanuel Macron a oublié les leçons de Baltasar Gracián, du Grand Inquisiteur de Dostoïevski. Le pouvoir est d’essence religieuse. Il faut trois forces pour subjuguer les consciences : l’autorité, le mystère, le miracle. Nous sommes loin du compte. Une énième métamorphose, pirouette, la navigation à vue, au fil des sondages, un cabinet de petits scribes bavards, sans envergure, la manne du « quoi qu’il en coûte », une femme à Matignon, ne suffiront pas pour calmer les colères, exorciser la guerre civile, arriver à bon port. On ne construit pas le contrat social sur un poteau rentrant, en finale de Coupe du monde, tous les 20 ans…

Martine au pays des Soviets

Jadis vivace et bien acclimaté, le progressisme canal historique (héritier des Lumières, nourri de tolérance, de rationalisme, d’universalisme), se meurt. C’est devenu la voiture balai des illusions perdues, un marqueur pour séparer les bons des méchants, une franchise permettant d’écouler au Bon Marché des bons sentiments, dans les eaux glacées du calcul hédoniste, une verroterie politique décorative, semblable aux petites figurines vendues en duty free dans les aéroports. Le meilleur ennemi de toujours, golem maléfique, diabolus ex machina, c’est l’extrême droite, dans la cinquième zone du neuvième cercle de l’enfer. Il est plus compliqué de se confronter au réel, ici-bas, que de faire tourner le monde sur son pouce dans un entre-soi woke, arrogant, sectaire, multiplier les crises d’indignation et les promesses de Limbes. « Les jeunes consciences ont le plumage raide et le vol bruyant. » (Henri Michaux).

Protégé par une garde de silentiaires, Bernard Tapie de l’insoumission, Jean-Luc Mélenchon rachète à la barre électorale, Martine, les Barbapapa, rouges, roses, verts, naïfs, déconstruits, dégenrés, éparpillés par petits bouts façon puzzle, au 1er tour de la présidentielle. Le Senhor Oliveira trotskiste emballe dans le pathos des anchois avariés : fallafels bio, peaux d’ours, moulins à vent, voile laïque, l’orgasme pour tout.e.s… Peu importe le réel, les contraintes économiques. Les gros paieront, nous sommes riches de nos différences ! L’Union Populaire c’est un Programme commun entre Jean, Luc et Mélenchon. Il faut de la brutalité pour fédérer le peuple de gauche. Le grand Mélenmouchi réussira-t-il la captation d’héritage, le vol d’ancêtres que son mentor François Mitterrand avait magistralement orchestré en son temps ? L’égo surdimensionné du Joueur de flûte de Hamelin pourrait lui jouer des tours : ce n’est pas large, un trou de souris.   

Sous le signe de l’hexagone  

Les démocraties solides plongent leurs racines dans le temps long, les coutumes, une culture de dialogue social, de compromis et décence commune. N’en déplaise aux politologues candides et historiens amnésiques, l’ADN national n’est pas athénien. Nous ne nous sommes jamais beaucoup aimés. Notre tradition c’est le vertical, une courtisanerie furieuse, depuis 1789 pour tous. Avec ou sans-culotte, gilet, le vice national c’est l’amour de l’État, des chefs (grands et petits), des statuts, et l’acceptation de tous les despotismes, caporalismes, carottes et bâtons. Sous le signe de l’hexagone, pas de liberté pour les amis de la liberté ; on tranche ce qui dépasse. Historiquement, politiquement, symboliquement, Marianne n’est pas démocrate.

Quand les mystères sont très malins, ils se cachent dans la lumière. Le mot de Giono éclaire l’extraordinaire tour de passe-passe au cœur de notre mythologie nationale : faire passer l’amour du chef et la servitude volontaire pour un culte de l’égalité. Cette fable rassurante est colportée depuis des lustres, de l’école primaire au Collège de France. Idéalistes, révoltés, clercs, puissants, chacun joue sa partie, tout le monde y trouve son compte. Pour sauver les magistères, prébendes, privilèges (intellectuels, politiques ou économiques), il faut éviter de se regarder en face, il faut flatter les égos, calmer les impatients, arroser les idéaux et les idéalistes, endormir le vulgum pecus avec de beaux discours : lundi incendiaires, mardi apaisants.

Un seul maître nous manque et tout est dépeuplé. Vergniaud, naïf, s’imagine que les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. Personne ne marche sans référence aux idoles. Pas de société sans opéra, laudes, récit fondateur. Pas de pouvoir sans drapeau, hymnes, devises héroïques, archives. Les morts, l’imaginaire, l’impalpable édifice du souvenir, vivent en nous. Les monarchomaques, les Lumières, la laïcité ou la désobéissance civique, ne changent rien à l’affaire. Sieyès a vendu la mèche : le pouvoir vient d’en haut et la confiance d’en bas. « Dieu envoie l’empereur aux hommes comme loi vivante – la loi qui respire » (Novelle 105 de Justinien). Pour l’Occident, les grandes vérités, sur l’État, le pouvoir, l’obéissance, nous les trouvons dans Homère, Saint-Augustin, Shakespeare, la soupe primitive des scolastiques, les montages dogmatiques, savamment analysés par Pierre Legendre.

« Il faut savoir ce qu’on veut, quand on le sait avoir le courage de le dire, quand on l’a dit avoir le courage de le faire » (Clémenceau).

Au temps des cerises

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Image d'illustration Unsplash

En déplacement mercredi à Cergy dans le Val-d’Oise, Emmanuel Macron a été la cible de tirs de tomates cerises


Le président Macron aime la France : territoire, peuple, chansons. Aussi s’est-il rendu au marché de Cergy-Pontoise, trois jours après son élection. Et il a été visé par un lancer de tomates cerises. Alors, cette chanson si française est remontée à sa mémoire, sous un parapluie, vite déployé : « Quand nous en serons au temps des cerises / Et gai rossignol et merle moqueur/ Seront tous en fête… » Cet hymne de la Commune de Paris, écrit en 1866, cinq ans avant les jours sanglants de 1871, chante l’échec d’une révolution et un amour perdu, celui de Louise, une ambulancière. Pendants d’oreilles, cerises d’amour aux robes pareilles/ Tombant sous les feuilles en gouttes de sang…

Cette chanson fut chantée—en 42— par Charles Trénet, puis par Cora Vaucaire, Mouloudji, Suzy Delair, Colette Renard, Léo Ferré, Juliette Gréco, Patrick Bruel, Joan Baez. C’est dire sa résonance sentimentale, populaire, révolutionnaire. Yves Montand la chanta en 1974, à l’Olympia, en faveur du Chili. En 2016, le Chœur de l’Armée française l’interpréta, place de la République, en hommage aux victimes du 13 novembre 2015. La vidéo nous montre des visages du « peuple », sous les yeux d’Hidalgo et de Hollande : ces gros plans sont émouvants.

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Sans chercher la petite bête, on ne peut s’empêcher de chercher tout ce que « nous dit » ce jet de tomates cerises. La tomate, classée scientifiquement par Linné en 1753 dans le genre Solanum (Solanum lycopersicum), est venue du Nord Ouest de l’Amérique du Sud. De cette tomate, modèle génétique car plante à tout faire —industrie de la transformation, concentré, sauce, ketchup—, Trump redoutait, en 2016, selon Europe 1, des jets dangereux, ainsi que des lancers d’ananas et de banane. Dans une tribune du Figaro de mercredi, Pierre Vermeren analyse « les racines culturelles du malaise français ». Faut-il pousser loin l’analyse pour trouver que ce malaise réside, tout près de nous, dans la frustration : l’absence de campagne présidentielle donc l’absence de débat, donc l’éviction des sujets de fond qui travaillent les Français ? Quoi d’étonnant, alors, qu’il y ait, dans « le peuple » opposé aux élites, plus que du désenchantement : de la colère ? Et pourquoi cette campagne, juste après les élections ? Parce que Macron, ayant fui l’affrontement d’un premier tour qu’il trouvait inutile, se rattrape, au contact du peuple, en allant sur les terres de son rival : la ceinture rouge. Et, de ce côté, quand on n’a plus de mots, les tomates, les œufs, les ananas sont là pour dire qu’on n’attend plus rien du politique.

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Le merle est connu pour son chant mélodieux —« siffler comme un merle »— et pour les proverbes : « C’est un fin merle ». Faute de grives, on mange des merles. Le message de ces tomates cerises est loin d’être subliminal : c’est la réponse du merle moqueur au doux rossignol des promesses jamais tenues. La chanson est moins guerrière que la Marseillaise. Moins engagée que l’Internationale. Elle est le symbole de l’immense espoir suscité par la Commune : de la frustration, de la colère. Quand nous en serons au temps des cerises… C’est pour bientôt. Mais avant, il y a le muguet du premier mai.

La dette souveraine: Chronique parisienne

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Marie Capron: un premier roman saignant

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La romancière Marie Capron © Céline Nieszawer / Flammarion

Après la découverte du corps sans vie d’un nourrisson dans une usine agro-alimentaire, la commissaire Priya Dharmesh et son équipe tentent de coffrer l’auteur d’une série de crimes sanglants, flanqués d’un écrivain en mal d’inspiration. Addictif, La fille du boucher, le premier roman de Marie Capron est une agréable surprise.


Professeur de français, Marie Capron a beaucoup bourlingué. A en croire les quelques lignes de biographie qu’on peut glaner ici et là, elle aime plus particulièrement les îles grandes comme l’Australie ou celles, plus petites, de Mayotte ou de La Réunion. Elle y a en tout cas vécu et enseigné la philosophie, ainsi que la littérature.

Cette appétence de Marie Capron pour l’insulaire, on la retrouve dans son tout premier roman, Priya – La fille du boucher (Viviane Hamy éditions, 2022). Au travers de Priya Dharmesh, « une petite bonne femme d’un mètre soixante à peine, (…) Réunionnaise d’origine indienne », commissaire de police.

De la littérature au sens d’Orwell

Dans Orwell, anarchiste tory (Climats, 2003, 142 p), l’un des nombreux essais qu’il a consacré à l’écrivain anglais, Jean-Claude Michéa a exhumé un texte peu connu de l’auteur de 1984, intitulé New Words. Dans ce dernier, Orwell pointait l’impuissance du langage existant à formuler la « part la plus importante de notre pensée ». Il avançait en outre que « presque toute la littérature est un effort pour échapper à l’incommunicabilité par des moyens détournés, les moyens directs (les mots dans leur sens littéral) étant à peu près impuissants. »

À lire ensuite, Jérôme Leroy: Au lecteur joyeux

Si l’on peut définir ainsi la littérature, ce premier roman de Marie Capron s’y rattache certainement. Loin de ces « autofictions » que Fabrice Luchini appelle des « dégueulis du privé », et très loin aussi des insupportables romans à thèse, Marie Capron ne tient pas de discours visant à nous convaincre de penser ceci ou cela. Elle ne brandit ni carotte ni bâton. Elle n’argumente pas. Elle ne dégaine pas des concepts à tout bout de champ. Elle ne théorise pas. Elle ne vise pas à nous indigner. Elle ne cherche même pas à nous faire entrer dans le crâne un début d’idée formulée en tant que telle. Elle montre. Elle suggère. Elle fait ressentir à son lecteur la bêtise, l’horreur, l’absurde, le monstrueux, le pathétique, le pitoyable, le débile, l’effroyable. Elle nous écœure, nous fiche la nausée, nous sidère. Nous fait rire aussi. En résumé, elle dit. Mais avec d’autres mots que ceux qui, à force d’avoir trop servi, ne veulent plus rien dire, ne provoquent plus rien sinon l’envie de bailler, de reposer le livre ou de se servir de ses pages au moment d’éplucher des pommes de terre.

Même si son roman raconte la traque d’un tueur en série n’ayant rien à envier au glaçant Hannibal Lecter du Silence des agneaux (et appartient ainsi à ce que l’on peut appeler la « littérature noire », celle du roman policier et du polar), on est heureusement loin d’un énième thriller à l’américaine. Plus proche, en réalité, du néo-polar à la Jean-Patrick Manchette, ceci même si Marie Capron, c’est le moins que l’on puisse dire, n’a pas les mêmes sujets de prédilection que feu l’auteur de L’Affaire N’Gustro (1971) ou de Laissez bronzer les cadavres ! (1971).  On est ainsi, par quelque bout qu’on prenne ce roman, du côté de ceux qui ont encore quelque chose à nous dire à propos de notre époque et savent le faire dans les règles de l’art.

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Sinon, que ceux qui fuient la littérature des cosy mystery et autres crimes à l’heure du thé n’aient aucune crainte : Priya Dharmesh n’a pas la moindre des qualités requises pour remplacer à plus ou moins brève échéance Miss Marple. A lire les dernières pages de ce qui semble être le premier tome d’une longue saga, Marie Capron, avec son héroïne ambigüe, n’a nullement l’intention de nous servir du réchauffé. Au contraire. Et tant mieux.

Marie Capron, Priya – La fille du boucher, Viviane Hamy éditions, coll. « chemins nocturnes », mars 2022, 342 p

De l’art de la séduction halal

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© Nicolas Messyasz / SIPA

Malgré ses tribunaux et ses exécutions, #MeToo n’a pas réussi à dresser tous les mâles dominants. Quand on est une femme, même nantie de quelques mèches blanches, mieux vaut ne pas se promener dans certains quartiers ou marcher seule au bois de Vincennes. Expérience vécue…


Il y a des histoires vraies que l’on hésite à raconter tellement elles risquent de passer pour invraisemblables. En voici un exemple.

Un des rares avantages de vieillir, à mon avis, est que je suis devenue quasiment invisible dans l’espace public ; j’ai gagné le droit que l’on me fiche enfin la paix. Les rides et les mèches blanches sont un rempart utile, du moins je le croyais jusqu’à très récemment.

En cette belle journée ensoleillée des droits des femmes du 8 mars 2022, j’ai rendez-vous en fin d’après-midi avec mes copines pour aller retrouver notre orateur préféré au Chalet du lac où les femmes sont conviées. En attendant l’heure Z, je pars promener mes chiens dans les allées du bois de Vincennes.

ACTE 1

Assise sur un tronc d’arbre dans une petite clairière, je lis tranquillement un livre, mes deux chiens docilement couchés dans l’herbe à mes pieds. Arrive à vélo un homme d’une quarantaine d’années, de corpulence massive, chauve et gueule cassée (visiblement, de nombreux coups lui ont irrémédiablement défoncé le portrait). Sans dire un mot, en quelques secondes, il jette son vélo à terre, se campe en face de moi sur ses deux jambes écartées, déboutonne sa braguette, en sort son immonde érection et commence sa répugnante besogne exhibitionniste. Je m’éloigne aussitôt à grandes enjambées et laisse ce minable à sa pitoyable solitude. Mes chiens n’ont rien compris et ne me manifestent aucune solidarité canine ; j’en suis très peinée. Quelques minutes plus tard le minable en question me dépasse à vélo, se retourne, crache dans ma direction (heureusement il loupe sa cible) et me gratifie au passage d’un « sale pite » (en français « sale pute », j’avais bien compris) avant de disparaître.

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ACTE 2

La loi des séries aimant parfois se rappeler à notre bon souvenir, mon deuxième séducteur du jour ne se fait pas attendre (à peine vingt minutes se sont écoulées, juste le temps qu’il faut pour calmer mon arythmie cardiaque et éponger mes sueurs froides). Tout en improvisant une solide marche nordique cette fois en direction de l’allée Royale, fréquentée à toute heure par des joggers et des promeneurs, j’entends quelqu’un m’interpeller juste derrière moi. Je ne réponds pas mais je force le pas, tout en retenant mon envie de courir. S’ensuit une bordée d’insultes en arabe mais je reconnais bien les sonorités des sempiternelles « j’ti parle sale chienne, sale pite (sic), j’vi t’défoncer, j’vi t’enculer, j’encule ta sœur, ta mère, ta fille », toute ma famille y passe.

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Me voici enfin arrivée dans la grande allée Royale où j’ai enfin le courage de me retourner et de lui faire face. Ses yeux sont noirs et exorbités, il y a des trous à la place des dents qui laissent dégouliner sa bave, il est visiblement alcoolisé (mais pas assez pour l’empêcher de me courir après) et me menace en brandissant une bouteille de vin à moitié pleine. Un promeneur courageux arrive vers moi en courant et me dit de m’éloigner, qu’il va s’occuper de lui. Mais rien ne le calme, il continue à me suivre, ignore complètement mon garde du corps improvisé après l’avoir quand même arrosé d’un « sale pidé » (traduction : sale pédé) et essaie de me fracasser avec sa bouteille sans arriver à m’atteindre. Par chance la Garde montée faisait justement une ronde et trois gendarmes déboulent au galop. Pas con le minable, à l’évidence bien au courant des procédures et du comportement à adopter face aux forces de l’ordre, il fait aussitôt profil bas, présente poliment ses papiers, nie en bloc m’avoir agressée et se prête docilement à la fouille au corps. Les gendarmes ne sont pas dupes et appellent à la rescousse leurs collègues de la police. C’est maintenant trois policiers et trois gendarmes qui prennent ma déposition ainsi que celle de mon témoin, le promeneur. Je m’attends à ce que le minable soit embarqué au poste pour rendre des comptes et qu’il reste un bon moment en garde à vue, mais pas du tout, puisqu’il ne s’agit pas d’une agression « caractérisée » (c’est-à-dire pas de traces, pas de sang, pas de sperme), il est libre de repartir sur-le-champ conter fleurette à la première femme qu’il croisera de nouveau sur son chemin.

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Ainsi va la vie. Tant pis pour l’injure, la menace, la peur au ventre, l’envie de vomir, la colère, le dégoût. #MeToo n’a finalement pas changé grand-chose et les pervers n’ont pas trop à s’inquiéter, il leur reste encore de beaux jours.

Je rejoins mes copines au Chalet du lac où nous sommes chaleureusement accueillies par notre Z, dans la pure tradition de l’art courtois. Cinq cents participantes écoutent, le cœur battant, l’hommage qu’il rend aux femmes, la reconnaissance qu’il porte envers leur beauté, leur courage, leur intelligence, leur liberté, leur audace et sa promesse de TOUJOURS les protéger. Je le crois sur parole.

[Nos années Causeur] Au plaisir du contre-pied

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Natacha Polony © Hannah Assouline

À l’occasion du numéro 100 de Causeur, Natacha Polony rappelle que dans la guerre de l’attention du lecteur, Marianne et les autres titres de la presse sont loin d’être nos seuls concurrents…


Il faut une sacrée volonté pour créer de toutes pièces un journal. Franchement, à l’heure du grand vacarme et de l’insignifiance, déployer des trésors d’énergie pour parler à un public, pour bâtir une cohérence, pour décoller les lecteurs de leur smartphone et leur offrir du temps long, du recul, de l’esprit… Nul ne mesure aujourd’hui tout ce qui concourt à détourner les citoyens de l’entreprise exigeante de lire la presse. Causeur, inlassablement, depuis son premier numéro, s’est attaqué à chaque obstacle, s’est confronté à chaque difficulté. Parce que, soyons clair, les concurrents ne sont pas seulement les autres journaux. Quand le pouvoir d’achat devient un sujet, la presse est en concurrence avec les innombrables abonnements, avec les autres sollicitations sur l’immense marché de l’attention. Deezer, Netflix, Amazon Prime… Il y a bien sûr les quelques résistants qui refusent de basculer dans le nouveau monde. Mais les autres, il faut les convaincre, à chaque numéro, à chaque article, que leur cerveau sera mieux nourri par une réflexion impertinente et bien anglée que par les trépidants rebondissements d’une série à succès.


Et puis, il y a ce rétrécissement étouffant de l’espace démocratique. Causeur, comme son nom l’indique, se veut depuis l’origine un « salon où l’on cause ». Le lieu, donc, de la délibération. Et, pour reprendre l’une des expressions favorites de la taulière, de « l’engueulade civilisée ». Parce que la démocratie, c’est cela. Cette capacité à discuter avec l’autre, celui qui ne pense pas comme nous, celui qui nous horripile. Comme si, depuis l’origine, parce qu’elle avait déjà subi les invectives et les injonctions de ces « maîtres censeurs » contre lesquels elle n’a jamais renoncé à ferrailler, Élisabeth Lévy avait eu l’intuition que la question allait se poser de notre capacité collective à accepter la contradiction. D’aucuns accuseront les réseaux sociaux et leurs algorithmes, d’autres le sectarisme croissant d’une classe médiatique qui se prend pour un clergé… Si l’autre est un salaud, s’il est dans le camp du mal, on ne discute pas, on ne partage pas l’espace démocratique avec lui, on le fait taire.


D’ailleurs, elle est amusante, cet exergue qui accueille le visiteur dans ce salon : « Surtout si vous n’êtes pas d’accord ». Élisabeth Lévy ou le plaisir du contre-pied. L’art de n’être jamais là où se réfugient les autres. Comment faut-il la lire, cet exergue ? Pas seulement comme une invitation lancée aux mécontents, à ceux que l’offre idéologique et médiatique laisse sur leur faim. Finalement, plutôt dans l’autre sens : fréquentez ce salon, surtout si vous n’êtes pas d’accord avec ce que vous y lirez. Une rubrique incarnait, durant quelques numéros, cette invite : « Viens le dire ici si tu es un homme ». Elle n’a pas duré, tant sont peu nombreux ceux qui aiment se confronter à la contradiction, même quand on les sollicite avec humour.
Pour toutes ces raisons, Causeur est là, porté par la ferveur de sa patronne, et c’est un bonheur de venir s’engueuler dans ce salon.


Natacha Polony et Elisabeth Lévy Photo : Hannah Assouline.

Sommes-nous encore en démocratie ?

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Les cinq batailles perdues du chevènementisme

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L’ancien ministre et haute figure de la gauche souverainiste, a annoncé le lancement d’un nouveau mouvement politique, « Refondation républicaine », mercredi, depuis l’auditorium de l’Académie d’agriculture à Paris. Il entend présenter quelques candidats aux prochaines législatives qui se soumettront à la majorité macronienne.


« Refondation Républicaine », c’est donc le nom de la dernière loge en date du chevènementisme lancée ce mercredi. À 83 ans, l’ancien ministre Jean-Pierre Chevènement a ainsi matérialisé son ralliement à la macronie néo-libérale, libertaire et atlantiste. Belle fin de parcours pour un vieux tromblon qui n’aura cessé de vouloir incarner la « gauche républicaine »  ou le « citoyennisme des deux rives ».

Des représentants qui vont à la soupe

D’ailleurs, Jean-Pierre Chevènement n’est pas le seul à aller bouffer au râtelier du macronisme triomphant. Le dernier représentant notable de la gauche républicaine, l’infatigable Manuel Valls, se noyant petit à petit dans le pathétique du représentant placier cherchant désespérément à mettre le pied dans la porte du vainqueur du moment. Manuel Valls n’a aucun métier, ne sait rien faire de ses petits doidoigts à part de la politique et serait capable de taper l’incruste dans votre plumard si vous étiez un responsable politique quelconque. Sur le site de Pôle Emploi, ce métier n’a point de code ROME alors qu’il est pourtant le plus vieux du monde !

A lire aussi, Olivier Jouis : De Chevènement en 2002 à Zemmour en 2022, itinéraire d’un souverainiste venu de l’autre rive

Le chevènementisme et la « gauche républicaine » finissent donc dans le pathétique en ce qui concerne ses représentants. C’est la première défaite du chevènementisme.

Une idéologie très affaiblie

Mais au niveau idéologique, la gauche républicaine est également un naufrage total.

Car la gauche n’a jamais été aussi « woke ». Le « Chev » rêvait de la « replacer dans giron républicain », or la gauche française a désormais comme superstar Sandrine Rousseau ! Bravo !

L’ « assimilation » des populations immigrées par la politique de la main tendue, et la valorisation du mérite républicain, qui constituaient l’alpha et l’oméga de la pensée chevènementiste, se sont également pris la réalité quotidienne sur le coin de la gueule. Jamais les millions d’immigrés qui enrichissent nos banlieues ne s’assimileront et, nul besoin d’être un lecteur de Houellebecq, pour comprendre, qu’à terme, c’est plutôt nous qui devrons nous assimiler. De guerre lasse, comme le fait François, le héros de Soumission. Car le mérite républicain est petit à petit grand remplacé par le zèle islamique.

La mystique républicaine ne fait plus rêver à l’âge identitaire

Le chevènementisme est mort, mais à travers lui c’est également toute la mystique républicano-française qui s’est fracassée sur le mur du réel. Ce qui constitue une nation, ce n’est pas parler la même langue, ni appartenir à un groupe ethnographique commun, c’est « avoir fait de grandes choses ensemble et vouloir en faire encore » disait Ernest Renan. Ah bah oui, tout cela marche plus ou moins bien avec un paysan du Morvan et un ouvrier lensois. Avec Muhammad et Boubakar, en revanche, la théorie est déjà beaucoup plus théorique. La République a voulu déraciner sa population pour créer un « homo francus » de Dunkerque à Nice, elle finira déracinée des quartiers nord de Marseille à la Seine Saint-Denis ! A force de niveler les Français, d’annihiler toute forme de culture locale, de langues régionales pour créer un creuset républicain anonyme, la République a désincarné la France.

Car le jacobinisme ce n’est qu’un mondialisme à l’échelle française. Un mondialisme sans la carte flying blue d’Air France ! Or, aujourd’hui, les descendants des paysans bretons partis à Paris au début du XXè siècle ne rêvent que d’une chose : revenir dans le pays de leurs grands-parents pour tenir une ferme bio avec un four à pain. Et mettre leurs gosses dans des classes en breton ! Dans ce grand mouvement historique de « retour de l’identité », la République n’a rien d’autre à offrir que la lecture de Victor Hugo, des vagues souvenirs de l’épopée napoléonienne et des cartes réduc’ chez Leclerc. Regardez vos gamins, ils se sont recréé des identités à partir des réseaux sociaux. Sexuelles ou religieuses mais des identités quand même. Et le creuset républicain « désidentitaire » par nature, n’a pas les armes pour lutter contre cela. La République ne veut pas entendre parler de « distinction » entre les citoyens, mais aujourd’hui il y a des milliers de « distinctions » attirantes sur le marché. Dans le sous-rayon des identités sexuelles on en crée même chaque jour !

Les indépendantismes régionaux veulent prendre leur revanche

La quatrième défaite du chevènementisme concerne sa vision jacobine de la France. Chevènement, quand il était ministre de l’Intérieur, a longuement combattu les nationalistes corses : ils ont aujourd’hui trois députés à l’Assemblée nationale française, ont tous les pouvoirs sur l’île et le gouvernement de l’Etat français assassinu qu’il soutient leur a prévu un large statut d’autonomie. Bravu !

A lire aussi: Matignon: pourquoi se contenter d’une femme?

Ah mais au-delà de la Corse, le jacobinisme français a partout du plomb dans l’aile : le 8 avril, le conseil régional de Bretagne a voté la demande d’un statut d’autonomie législatif et fiscal à Paris. A l’unanimité. PS, LR, LREM, PCF – à l’exception notable du RN. Et, dans la foulée, la Guyane a fait de même !

En 1998, l’ARB (l’Armée Révolutionnaire Bretonne) plastiquait la mairie de Belfort dont le maire était Jean-Pierre Chevènement. 25 ans plus tard, le groupe LREM au conseil régional de Bretagne, groupe soutenu par Chevènement Jean-Pierre réclame l’autonomie de la Bretagne. Brav ! (en breton cette fois)

Marine Le Pen, dernière représentante du chevènementisme ?

Et pour bien enterrer le cadavre de la gauche républicaine et jacobine à coups de pelle, notons que les grands principes de ce courant de pensée se sont incarnés dernièrement en… Marine Le Pen. Regardez bien son républicanisme assimilationniste et jacobin : c’est du Chevènement tout craché ! Cette appropriation du chevènementisme par le lepenisme constitue la dernière défaite de Jean-Pierre Chevènement.

Défaite politique, défaite idéologique, défaite complète.

La gauche réconciliable

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Jean-Luc Mélenchon devant ses soutiens à Paris, 10 avril 2022 © ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

Les résultats de l’élection présidentielle ont démontré que la gauche n’est pas si moribonde que ça. Jérôme Leroy se réjouit des perspectives s’offrant à elle pour les législatives.


La gauche se parle, incroyable, mais la gauche se parle !

Pendant cinq ans, ses composantes ont coexisté dans le meilleur des cas ou, dans les pires, ils se sont bouffé le nez. Mais voilà qu’après ce second tour, La France Insoumise, Europe écologie, le PCF et les Socialistes se réveillent avec une gueule de bois moins forte que prévue. C’est que la situation, à l’issue du premier tour, puis du second, a dessiné un paysage inattendu où, comme on ne cesse de nous le répéter, on retrouve trois blocs de forces à peu près équivalentes. La droite centriste et libérale de Macron avec quelques appoints socio-démocrates, la droite nationale et puis la gauche.

Un peu plus compliqué que ce qu’on vous a dit

Depuis une phrase célèbre de Manuel Valls, homme de droite sous étiquette PS pendant des années, on la disait irréconciliable, la gauche. Opposition insurmontable entre les réformistes et les partisans de la rupture, les productivistes et les décroissants ou, vu depuis la droite, entre islamogauchistes et républicains. Cette grille de lecture arrangeait beaucoup de monde. Elle condamnait la gauche à ne plus exercer le pouvoir ad vitam aeternam. Un monde sans gauche, quel bonheur ! Il est vrai que cela faisait des années, voire des décennies que l’on feignait de croire, sur la foi d’un rapport de Terra Nova, que la gauche commettait une erreur mortelle en oubliant les classes populaires et en tentant de se créer un électorat de substitution avec les minorités qui se seraient alliées à une petite bourgeoisie diplômée des centre-ville, laissant Marine Le Pen gagner le prolo.

Mais voilà, c’est un peu plus compliqué que cela. Si la gauche a repris langue et quelques couleurs, c’est que, tout de même, les programmes convergent sur l’essentiel. Pas au point de parler d’un programme commun, mais tout de même de quoi lister une dizaine de réformes urgentes en cas de victoire aux législatives : la retraite à 60 ans, l’abrogation de la loi travail El Khomri et des ordonnances Macron, le blocage des prix pour les produits de première nécessité,  la planification écologique et une VIème république. On évitera dans un premier temps les sujets qui fâchent : les contours à donner à la laïcité, le rôle du nucléaire dans le mix énergétique, le rapport à la construction européenne.

A lire ensuite: Les cinq batailles perdues du chevènementisme

Mais après tout, il y a urgence, ne serait-ce qu’électoralement. Le délai plus long que d’habitude jusqu’aux élections législatives ne laisse pas le temps d’entrer dans le détail, mais somme toute, peut laisser entrevoir la possibilité d’une coalition victorieuse en juin, si l’on en croit le célèbre axiome de Jean-Claude Dusse dans les Bronzés, « sur un malentendu ». Il y aura de facto 577 mini-présidentielles dans chaque circonscription à cette différence que les triangulaires entre macronistes, lepénistes et candidats de gauche pourraient se multiplier et que dans une triangulaire, tout est possible comme vous le diront les vieux routiers des cartes électorales.

Mélenchon, recordman national du boulard

Mélenchon, qui a comme pire ennemi lui-même, propose même aux Français de l’ « élire » Premier ministre. C’est autant culotté que prématuré. Mais, après tout, pourquoi pas ? Pas loin de 60% des Français ne souhaitaient pas, le soir du scrutin, que le président dispose d’une majorité à sa botte. On avouera que c’est tout de même un signe étonnant sous la Vème république.

On a beau présenter Macron comme le premier président réélu hors cohabitation, face à une Marine Le Pen qui n’a jamais autant obtenu de suffrages, on vit une situation paradoxale où les deux finalistes ne peuvent même pas se permettre de dire qu’ils ont bénéficié d’un vote d’adhésion. Combien d’électeurs macronistes du deuxième tour ont eu ce fameux réflexe du castor pour faire barrage au Rassemblement National ? Bien malin qui peut le dire. Et combien des électeurs lepénistes ont avant tout voulu exprimer leur rejet viscéral du macronisme ? Quand vous ne savez plus, dans votre propre électorat, la proportion de gens qui ne vous aiment pas mais qui vous préfèrent quand même à l’autre, ça peut donner des sueurs froides.

A lire aussi: Une victoire sans joie

On pourra objecter que pour la gauche, c’est la même chose. Que les socialistes, les communistes, les écolos et même les trotskystes qui ont tous fait des scores historiquement bas ont vu en fait leurs électeurs voter par défaut pour un Mélenchon mieux placé, et d’ailleurs bien aidé en cela par des sondages d’avant premier tour qui ont fonctionné comme des prophéties autoréalisatrices. Ses 22% ne lui appartiennent pas en totalité, il ferait bien de ne pas l’oublier, mais il peut tout de même se consoler en disant que ceux qui ont voté pour lui, au sens large, appartiennent à la même grande famille qui s’appelle la gauche et qui est toute étonnée de se voir finalement loin d’être moribonde.

Jérôme Leroy : « j’ai fait un rêve »

Je ne sais pas si les négociations en cours réussiront. Il y en a qui ne veulent apparemment vraiment pas de Mélenchon. Mais ils ne sont pas non plus pléthore. Jadot, pour les Verts et, au PS, la vieille garde hollandiste constituée par des Le Fol ou des Cambadélis. Pour les autres, finalement, ce qui prévaut pour l’instant, c’est qu’à cheval donné, on ne regarde pas la bride. Il se trouve que le cheval s’appelle Mélenchon. C’est l’homme de gauche qui plait le moins à la droite, ce qui finalement est un atout dans un choc frontal.

Dans un autre temps, quand est né en 1972 le Programme commun, le cheval s’appelait Mitterrand. Ca n’enchantait pas Marchais le communiste ni Robert Fabre le radical de gauche. Il n’empêche, moins de dix ans plus tard, arrivait le 10 mai 1981, alors qu’on donnait Giscard favori.

L’époque a changé, direz-vous. Tout va plus vite. Justement, ce coup-ci, ça pourrait très bien mettre moins de dix ans et même moins de dix semaines.

Slavik, l’homme qui réinventa Paris

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Slavik (1920-2014) décorateur des drugstores Publicis © D.R.

En imaginant l’univers des drugstores et de dizaines de brasseries et restaurants parisiens, Slavik a créé les décors qui ont abrité l’une des pages les plus brillantes de l’histoire de la capitale : la vie des années 1960-1980.


Un touche-à-tout, Slavik (1920-2014). Wiatscheslav Vassiliev, de son vrai nom, aura en tout cas touché Paris de plein fouet. Sous-titré « Les années Drugstore », un beau livre rend enfin hommage à ce grand oublié de l’histoire du design. Disparaissant derrière les marques de ses commanditaires, Slavik n’est jamais devenu une icône, tels Claude Parent, Jean Prouvé ou Charlotte Perriand. Et pourtant grâce à lui, la capitale, au temps où elle était encore une fête, s’est enrichie d’innombrables « lieux de vie », pour la plupart aujourd’hui disparus, qui ont marqué le dernier tiers du xxe siècle. L’inventaire de ses créations est impressionnant, à la mesure de la nostalgie qu’il inspire.

Né à Tallin, en Estonie, d’un père ancien officier du tsar et d’une mère russe blanche qui a fui Petrograd, l’ancienne Saint-Pétersbourg devenue bolchevique, l’enfant arrive avec sa mère à Paris à l’âge de 8 ans. En 1940, l’Union soviétique annexe l’Estonie : Slavik devient apatride et attendra 1956 pour se voir naturalisé français.

Des décors théâtraux à ceux des drugstores, en passant par le mobilier national

Celui qui se fait appeler ainsi dès l’adolescence n’en a pas moins été, sur notre sol, un créateur extraordinairement précoce. En pleine guerre, le diplôme des Arts déco en poche, il passe le concours de l’Idhec, section décoration. Slavik sait tout faire. Le théâtre du Vieux-Colombier lui confie la scénographie d’un Jupiter, tombé depuis aux oubliettes, et le chorégraphe Serge Lifar l’engage sur plusieurs de ses créations à l’Opéra de Paris – décors et costumes. Auprès d’Adolphe Jean-Marie Mouron, alias Cassandre, il devient publicitaire. Pourtant, Slavik se pense peintre : signer des marines à la gouache le distrait des duretés de l’Occupation. Il décore aussi des paravents, inspiré par Dalí, Chirico et Magritte. Plus étonnants encore sont ses cartons de tapisserie : commandes faites juste après-guerre sous le patronage de Jean Lurçat, par les manufactures d’Aubusson et des Gobelins alors qu’il est âgé d’à peine 24 ans. Le livre en reproduit plusieurs, en double-page : l’une a pour titre « Paris ma fête ». Repéré par la modiste Claude Saint-Cyr, chapelière des têtes couronnées, il dessine des paletots. Identifié comme décorateur, il brosse encore costumes et décors de ballets pour le Festival d’Aix-en-Provence, sous les auspices de Roland Petit. Sa carrière est lancée : engagé par les Galeries Lafayette, il en concevra les vitrines jusqu’en 1954. Cette année-là est charnière. Marcel Bleustein-Blanchet nomme Slavik « chef du service de l’esthétique industrielle » et conseiller artistique de l’agence Publicis. Il dessine meubles de rangement, flacons, radios, une station Shell et même…. un pick-up en forme d’œuf sur le plat !

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Puis la géniale invention du drugstore vient bouleverser sa vie. En 1958, Bleustein-Blanchet rachète l’Astoria, un hôtel suranné sis en haut des Champs-Élysées. Il décide de tout casser et confie le chantier à Slavik. « Parmi celles et ceux qui, par milliers, entrent dans ce Drugstore, qui connaît seulement le nom de Slavik ? Pas grand-monde. (…) C’est lui qui a, jusqu’aux moindres détails, tout conçu, c’est lui qui a distribué les espaces, dessiné le mobilier, aménagé les circulations, lesquelles réservent sans cesse des surprises, parce que comme dans une conversation l’on peut passer du coq à l’âne », dixit les auteurs du livre.

Une empreinte que l’on retrouve partout… y compris sur la Tour Eiffel

Le succès foudroyant n’est pas seulement commercial : le Drugstore, rendez-vous huppé, devient un lieu de drague où les minets s’exhibent. En 1963, toujours sur les « Champs », Slavik conçoit le Pub Renault, hymne à l’automobile : banquettes capitonnées, calandres et serveuses qu’on hèle… d’un coup de klaxon ! Sur cette lancée, le Drugstore Publicis de Saint-Germain-des-Prés ouvre en 1965, en face du mythique Café de Flore. Encore la patte Slavik, tout en courbes et matières nobles : cèdre du Liban, cuirs, bronzes. Un côté chic anglais qui tranche face à l’invasion du plastique. L’architecte de l’immeuble, Guillaume Gillet, Grand Prix de Rome, pérore, rue, perd son latin devant cette déco flamboyante ! Qu’importe : ouvert 7 j./7 jusqu’à 2 heures du matin, il abrite pharmacie, bureau de tabac, librairie, parfumerie, boutique-cadeaux, cinéma, pique-nique store – que demande le peuple ? Jacques Dutronc y aura ses habitudes, Gainsbourg s’y fournira en Gitanes, les homos en garçons à vendre… À noter que si le texte de cet opus Slavik s’attarde sur l’inauguration du lieu, il ne dit rien de ce qui en a fait, pour toute une génération, l’emblème d’un Paris joyeux. Le ton d’une époque se lit dans ses enseignes : en 1995, le Drugstore cède la place à une boutique Armani. Tout est dit.

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Le Slavik de la maturité est indissociable de l’emblème de la capitale : la tour Eiffel. En 1983 il fait du Jules Verne, son restaurant étoilé, une alcôve aux tonalités grises et noires ouverte sur la ville. Douze ans plus tard, c’est encore à Slavik que le groupe Elitair Maxim’s confie l’aménagement, au premier étage de la Dame de fer, d’un autre restaurant baptisé Altitude 95. Autant d’arbres qui cachent la forêt : Paris ignore que l’infatigable transfuge estonien a conçu plus de 200 décors de restaurants, bistrots et brasseries. Sans compter la flopée de boutiques sur lesquelles Slavik a posé sa signature. La liste s’avère stupéfiante : du Bistrot de Paris, rue de Lille (1965) au Berkeley, avenue Matignon (1970) ; de L’Assiette au bœuf (1974) au Petit Mâchon (1976) et Bistro 121 (1972) dans le 15e arrondissement ; de la brasserie du Lutetia (1979) à celle du Dôme (1980) – ô Montparnasse ! On n’en finirait pas d’évoquer le London Tavern (1968), le Winston Churchill (1965), l’American Dream (1995) de la rue Daunou… Adresses qui font de Paris, non pas une banale ville-monde mais LA capitale vers quoi le monde aspire. Élégant et discret, Slavik en aura été le passeur.

Slavik: Les années Drugstore

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Macron, le bâtard de Hollande?

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Le député LFI François Ruffin interrogé sur France Inter par Léa Salamé, 28 avril 2022. Capture d'écran YouTube.

Jeudi, sur France Inter, l’insoumis François Ruffin a qualifié Emmanuel Macron de « bâtard » de François Hollande. Si une personnalité de droite avait commis un tel outrage au chef de l’État, elle ne bénéficierait assurément pas de la même indulgence politico-médiatique. Mais les médias semblent tout passer à cette « gauche vulgaire, grossière et gueularde », estime Benoît Rayski…


Macron, le bâtard de Hollande ? Ce diagnostic ne peut émaner que d’un éminent généticien. Pour ne pas vous faire languir trop longtemps, nous allons immédiatement vous révéler son nom : il s’agit de François Ruffin. Ce député insoumis refuse, en rebelle qu’il est, de se soumettre à la décence commune.

Il a certainement fait des études qui lui ont permis de percer tous les secrets du génome humain. Nous pensons que nuitamment il s’est introduit à l’Élysée pour se procurer un échantillon de l’ADN d’Emmanuel Macron. Il a dû en faire de même au domicile de François Hollande.

Puis, il a comparé les deux. Et, eurêka, sa religion était faite : Macron est bien le bâtard de Hollande. Un bâtard, selon la définition communément admise, est un enfant issu d’une relation illégitime et adultérine. Si on s’intéresse à l’âge de l’ancien président de la République et à celui de l’actuel, force est de constater que Hollande a dû faire Macron il y a une bonne quarantaine d’années. Avec qui ? On ne sait pas, car la mère a dû accoucher sous X.

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Ce goujat de Hollande a refusé de reconnaitre l’enfant issu de sa relation avec une inconnue que l’on suppose belle. Il est vrai qu’à l’époque où il a fauté, il était en couple avec Ségolène Royal, et les colères de cette dernière sont terribles !

Hollande est, à n’en pas douter, un sale type. Un coureur doublé d’un pleutre. De surcroit, il est, à suivre toujours la pensée de Ruffin, responsable de tous nos malheurs. C’est en effet à cause de lui que nous avons eu à supporter Macron pendant cinq ans et que nous allons gémir sous sa férule pendant cinq ans encore.

Plus sérieusement, les propos de Ruffin sont du niveau du caniveau. Il incarne à la perfection la gauche vulgaire, grossière et gueularde, encartée à LFI. Il a de qui tenir : son patron, Jean-Luc Mélenchon, excelle dans ce domaine. La tentation est grande d’écrire que Ruffin est le bâtard de Mélenchon. Nous n’y résistons pas.

 [Nos années Causeur] De l’esprit, des opinions et des faits!

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De gauche à droite, Eugénie Bastié, Elisabeth Lévy et Pablo Pillaud Vivien. Image: capture d'écran REACnROLL.

Le professeur et écrivain Pierre Jolibert vous parle de ses années Causeur


À quoi tient qu’on retrouve la marque d’Élisabeth Lévy dans tout ce qu’elle entreprend ? Dès que j’ai lu son « Kosovo, l’insoutenable légèreté de l’information », un des plus grands bonheurs de ma vie d’étudiant, je l’ai suivie le plus fidèlement possible, sur ondes ou papier. Sur le vif ou de l’escalier, l’esprit est demeuré le même, et s’il peut animer toute une équipe, c’est qu’il n’est pas imposé, puisqu’il se trouve que « vous n’êtes pas d’accord ».

Eugénie Bastié, qui y a fait ses armes, s’inquiétait il y a peu dans un entretien: « Il y a un nouveau politiquement correct de droite qui est en train de naître. » Causeur nous handicape : le lecteur qui ne se rend qu’ici a du mal à ne pas s’étonner de cette idée, même en l’élargissant. Comment ? Une pensée unique à droite ? Où ça ? Et qu’il soit difficile de la voir et de l’imaginer n’est pas seulement dû à la présence permanente ou occasionnelle de voix de gauche diverses au long des 100 numéros que nous fêtons.

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De façon plus ou moins manifeste, les grands moments de tension et d’emballement donnent lieu à la même interrogation : les faits ; les opinions ; la conscience qu’ont celles-ci de ce qu’elles sont et font. Causeur a pour réputation d’être un média d’opinions, mais la question des faits y est assez souvent posée, comme il a été vu récemment à propos du président Sarkozy.

Quant aux opinions, en plus de leur tolérance, la sagesse a tout l’air de vouloir qu’il ne soit pas si grave qu’elles s’ignorent. Cyril Bennasar n’a pas détrompé le boucher qui semble le confondre dans sa clientèle bobo courante. Son récit m’a étonné, charmé et réconcilié avec le malentendu, la maldonne, les jugements de travers. Nous vivons dans le faux ; et si la rectification des faits stricts selon leur stricte exactitude est un devoir absolu, pour le reste il est peut-être inévitable, voire indispensable à l’équilibre même du monde, de s’accommoder, tant qu’elles ne versent pas dans le délire accusatoire dangereux, des erreurs d’appréciation. (Et pourtant, combien je regrette de m’être dit trop tard que P. commentait sous son vrai nom.)

La flûte enchantée

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Emmanuel Macron réélu président, 24 avril 2022 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Sous le signe de l’hexagone, Monsieur Champagne, Martine au pays des Soviets


24 avril, 20H00… « Les rayons du soleil évincent la nuit ; Ruinent le pouvoir mensonger des imposteurs… ». Le Prince Tamino l’a emporté. La reine de la nuit et les forces du mal sont vaincus. Tout le monde respire… « Ah les cons ! S’ils savaient… » murmurait Daladier de retour de Munich devant une foule en liesse, au Bourget, le 30 septembre 1938. Sur le Champ-de-Mars, le vainqueur du jour improvise un programme : « l’invention collective d’une méthode refondée pour cinq années de mieux – qui à coup sûr ne seront pas tranquilles – au service de notre pays, de notre jeunesse ». Depuis 2017, Emmanuel Macron n’a cessé de se réinventer : Jupiter martial, Lucien Jeunesse-Jeu des 1000 euros pendant les forums citoyens, Monsieur Champagne de la Mirandole débattant huit heures d’affiliés avec 64 intellectuels, Maître Capello animateur d’ateliers Croq’ vacances-démocratie participative, Cambronne de la Covid, Super Résistant d’extrême-centre en 2022… Sans conviction, inventio, ni feu, le « président de toutes et tous » nous promet une « France plus indépendante, une Europe plus forte, une grande nation écologique, une société plus juste, une défense de l’égalité entre les femmes et les hommes… ». 

Flûte enchantée ou Requiem ?

Le Macron de Münchhausen

Le président obtiendra probablement une nouvelle majorité parlementaire mais il a échoué sur l’essentiel : réconcilier – a minima apaiser – l’archipel français. En triangulant ses opposants, désossant la droite et la gauche, il aggrave des fractures, accélère la métamorphose de la lutte des classes en lutte de blocs -élitaire contre populaire- : une confrontation mortifère, de valeurs autant que de richesses. Les souverainistes et gauchistes se disputent le bas de la cordée. Majoritaires, en colère, les ‘Somewhere’, pestent contre les ‘Anywhere’, les élites, le système. Lutter contre l’extrémisme en soufflant sur les braises, rejouer à chaque élection le chantage au danger fasciste, c’est cynique et irresponsable. La mythologie républicaine est minée par une re-féodalisation, les obsessions identitaires, le communautarisme. Les bataillons, l’étendard, le jour de gloire, incommodent les jeunes consciences. La patrie n’existe plus.

Une pensée flottante et un manque de virtù expliquent beaucoup d’impasses et déconvenues du quinquennat. La politique ne se réduit pas au marketing, management, ré-engineering, un nexus de contrats de tous avec tous, des mots creux qu’on dit avec les yeux. La politique à l’estomac et le virage du cirque… La politique n’est pas une science. Rue Saint-Guillaume, Emmanuel Macron a oublié les leçons de Baltasar Gracián, du Grand Inquisiteur de Dostoïevski. Le pouvoir est d’essence religieuse. Il faut trois forces pour subjuguer les consciences : l’autorité, le mystère, le miracle. Nous sommes loin du compte. Une énième métamorphose, pirouette, la navigation à vue, au fil des sondages, un cabinet de petits scribes bavards, sans envergure, la manne du « quoi qu’il en coûte », une femme à Matignon, ne suffiront pas pour calmer les colères, exorciser la guerre civile, arriver à bon port. On ne construit pas le contrat social sur un poteau rentrant, en finale de Coupe du monde, tous les 20 ans…

Martine au pays des Soviets

Jadis vivace et bien acclimaté, le progressisme canal historique (héritier des Lumières, nourri de tolérance, de rationalisme, d’universalisme), se meurt. C’est devenu la voiture balai des illusions perdues, un marqueur pour séparer les bons des méchants, une franchise permettant d’écouler au Bon Marché des bons sentiments, dans les eaux glacées du calcul hédoniste, une verroterie politique décorative, semblable aux petites figurines vendues en duty free dans les aéroports. Le meilleur ennemi de toujours, golem maléfique, diabolus ex machina, c’est l’extrême droite, dans la cinquième zone du neuvième cercle de l’enfer. Il est plus compliqué de se confronter au réel, ici-bas, que de faire tourner le monde sur son pouce dans un entre-soi woke, arrogant, sectaire, multiplier les crises d’indignation et les promesses de Limbes. « Les jeunes consciences ont le plumage raide et le vol bruyant. » (Henri Michaux).

Protégé par une garde de silentiaires, Bernard Tapie de l’insoumission, Jean-Luc Mélenchon rachète à la barre électorale, Martine, les Barbapapa, rouges, roses, verts, naïfs, déconstruits, dégenrés, éparpillés par petits bouts façon puzzle, au 1er tour de la présidentielle. Le Senhor Oliveira trotskiste emballe dans le pathos des anchois avariés : fallafels bio, peaux d’ours, moulins à vent, voile laïque, l’orgasme pour tout.e.s… Peu importe le réel, les contraintes économiques. Les gros paieront, nous sommes riches de nos différences ! L’Union Populaire c’est un Programme commun entre Jean, Luc et Mélenchon. Il faut de la brutalité pour fédérer le peuple de gauche. Le grand Mélenmouchi réussira-t-il la captation d’héritage, le vol d’ancêtres que son mentor François Mitterrand avait magistralement orchestré en son temps ? L’égo surdimensionné du Joueur de flûte de Hamelin pourrait lui jouer des tours : ce n’est pas large, un trou de souris.   

Sous le signe de l’hexagone  

Les démocraties solides plongent leurs racines dans le temps long, les coutumes, une culture de dialogue social, de compromis et décence commune. N’en déplaise aux politologues candides et historiens amnésiques, l’ADN national n’est pas athénien. Nous ne nous sommes jamais beaucoup aimés. Notre tradition c’est le vertical, une courtisanerie furieuse, depuis 1789 pour tous. Avec ou sans-culotte, gilet, le vice national c’est l’amour de l’État, des chefs (grands et petits), des statuts, et l’acceptation de tous les despotismes, caporalismes, carottes et bâtons. Sous le signe de l’hexagone, pas de liberté pour les amis de la liberté ; on tranche ce qui dépasse. Historiquement, politiquement, symboliquement, Marianne n’est pas démocrate.

Quand les mystères sont très malins, ils se cachent dans la lumière. Le mot de Giono éclaire l’extraordinaire tour de passe-passe au cœur de notre mythologie nationale : faire passer l’amour du chef et la servitude volontaire pour un culte de l’égalité. Cette fable rassurante est colportée depuis des lustres, de l’école primaire au Collège de France. Idéalistes, révoltés, clercs, puissants, chacun joue sa partie, tout le monde y trouve son compte. Pour sauver les magistères, prébendes, privilèges (intellectuels, politiques ou économiques), il faut éviter de se regarder en face, il faut flatter les égos, calmer les impatients, arroser les idéaux et les idéalistes, endormir le vulgum pecus avec de beaux discours : lundi incendiaires, mardi apaisants.

Un seul maître nous manque et tout est dépeuplé. Vergniaud, naïf, s’imagine que les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. Personne ne marche sans référence aux idoles. Pas de société sans opéra, laudes, récit fondateur. Pas de pouvoir sans drapeau, hymnes, devises héroïques, archives. Les morts, l’imaginaire, l’impalpable édifice du souvenir, vivent en nous. Les monarchomaques, les Lumières, la laïcité ou la désobéissance civique, ne changent rien à l’affaire. Sieyès a vendu la mèche : le pouvoir vient d’en haut et la confiance d’en bas. « Dieu envoie l’empereur aux hommes comme loi vivante – la loi qui respire » (Novelle 105 de Justinien). Pour l’Occident, les grandes vérités, sur l’État, le pouvoir, l’obéissance, nous les trouvons dans Homère, Saint-Augustin, Shakespeare, la soupe primitive des scolastiques, les montages dogmatiques, savamment analysés par Pierre Legendre.

« Il faut savoir ce qu’on veut, quand on le sait avoir le courage de le dire, quand on l’a dit avoir le courage de le faire » (Clémenceau).