Avec Debout comme une reine, la journaliste Emily Barnett tente de percer les zones d’ombre qui planent toujours autour de l’assassinat de Sophie Toscan du Plantier. Un roman troublant et émouvant.

Dans la nuit du 22 au 23 décembre 1996, une femme est sauvagement assassinée non loin de sa maison, dans le comté de Cork, en Irlande. Elle a 39 ans. Son mari est un grand producteur de cinéma. Elle s’appelle Sophie Toscan du Plantier. L’affaire fait grand bruit. Emily Barnett, comme tout un chacun, est frappée par la violence du meurtre puis elle oublie. Jusqu’à ce qu’un documentaire, diffusé en 2022, la confronte de nouveau à cette tragédie qui, dès lors, ne cesse de la hanter. Et l’écriture s’impose. La journaliste du Monde mène l’enquête. Elle rencontre le fils de la victime, sa tante, se rend même sur les lieux du crime. On cherche toujours à comprendre la logique des bourreaux. Mais Emily Barnett veut comprendre celle de la victime. Pourquoi une femme qui a tout pour elle, un mari qui fait la pluie et le beau temps dans le cinéma français, une situation particulièrement aisée, un petit garçon qu’elle adore, choisit-elle de partir seule, à la veille de Noël, dans une maison perdue au milieu d’une lande hostile?
Une femme en quête d’authenticité
Cette question, ses proches se la posent encore. Emily Barnett, elle, tente d’y répondre. Elle s’en explique dans l’incipit de son livre : « Dans le cas d’une affaire criminelle non résolue, la fiction constitue le dernier refuge de la mémoire face à ce que nous ne saurons jamais. » Son intuition : il n’y a pas que des facteurs extérieurs, il y a aussi des facteurs intérieurs qui ont conduit Sophie Toscan du Plantier jusqu’à son agresseur. Ce qui intéresse la journaliste est moins le fait divers que la personnalité de cette femme, ses aspirations, ses fragilités, ses peurs. Une femme à l’opposé de cette vie parisienne faite de représentations et de faux-semblants dans laquelle son mari l’entraîne. Une femme en quête d’authenticité qu’elle trouve auprès des habitants de Schull, petit village irlandais connu pour sa tranquillité. Elle y achète une maison où elle imagine pouvoir vivre sans avoir à jouer un personnage. Elle lit Keats, Huysmans, Melville… Puis écrit des poèmes et des ébauches de romans. Emily Barnett en cite des extraits et l’on ne peut manquer d’être troublé par leur caractère prémonitoire. Il y est question d’une femme aux chevilles brisées. D’une autre défigurée. Un jour, Sophie Toscan du Plantier rencontre un Anglais. Ian Bailey. Narcissique notoire, journaliste raté, poète autoproclamé, il pense que la jeune femme va pouvoir l’aider à concrétiser ses rêves de gloire.
Elle le fera à son corps défendant, puisqu’en l’achevant à coup de pierres et de parpaing il finira par être connu dans le monde entier. L’affaire n’a jamais été complètement élucidée. La justice française a condamné Bailey à vingt-cinq ans de prison, mais l’Irlande a refusé de l’extrader. Loin du sensationnalisme, Emily Barnett signe un livre délicat et poétique qui puise aux sources de l’inconscient. Un livre qui rend justice non pas à Madame Toscan du Plantier, mais à Sophie. Une femme éprise de liberté qui lui ressemble comme une sœur.
Debout comme une reine, Emily Barnett, Gallimard, 2026.



