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Macron, l’épatant?

Barrage contre le Pacifique

Macron, l’épatant?
Le président Emmanuel Macron dans l'émission politique " La France face à la guerre " animée par Anne-Claire Coudray et Gilles Bouleau, le 14 mars 2022 © Laurent VU/SIPA

N’en déplaise aux stratèges en chambre, il faut saluer la campagne de Zemmour : son audace et sa bravoure. Cette campagne fut épique. Sa conception, romantique, du pouvoir, face à celle, technocratique et dépourvue d’âme, de ceux qui nous gouvernent, devrait servir d’exemple à tous. Personne n’avait parlé comme lui. Osé dire ce qu’on voyait. A cinq siècles de distance, il pouvait reprendre les vers de l’auteur des Tragiques, Agrippa d’Aubigné : « Je veux peindre la France une mère affligée. »


Ils ont donc une oublieuse mémoire, les Français ? Après tout ce qu’ils ont vécu et ce qui reste du quinquennat— une France fracturée comme jamais, un hôpital au plus mal, une école analphabète et une dette abyssale—, ce qui les tourmente serait la peur et le pouvoir d’achat, et le climat ? Si c’est le cas, cela tombe bien : le virus s’éloigne avec la menace atomique, et les beaux jours sont là. Et il est de nouveau parmi nous, le président. Strasbourg, Mulhouse, Le Havre, bientôt Marseille. Il multiplie les déplacements, donne des meetings. Et puis, il échange beaucoup. Avec une dame voilée—l’audace tranquille —, il parle du féminisme « bâché. » En Alsace, il reçoit, de la bouche d’un somewhere, l’hommage cash de son quinquennat. Partout, se rattrapant de son silence, en parlant haut et fort, de tout et de rien, et surtout de l’Europe, il touche les mains, distribue son sourire, si proche des vraies gens, si charmeur. Et pourtant, ces meetings ne rencontrent guère d’échos sur les réseaux sociaux. Même dit avec l’accent de Jean d’O, l’adjectif « épatant » convient-il encore au président sortant ? Macron, l’épatant ? Rien n’est moins sûr. N’ont-ils pas justement quitté leur savane, les éléphants, pour venir, du Levant au Couchant, à la queue leu-leu, trompe contre trompe, faire allégeance au président ? Lui porter secours ? Même le « miraculé de la République » lui a dit sa préférence. Mais pour quelle France ?

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Alors, oui, merci, cher Eric Zemmour ! Vous avez déminé le terrain de jeu des politiques. Vous avez imposé les questions qu’aucun charmeur de serpents ne pourra esquiver. Vous avez soulevé un vent d’espérance qui ne faiblira pas. Cette France en morceaux, cette France en danger, comment l’oublier ? Tous, ils reprennent vos thèmes, les politiques, les philosophes, les penseurs à la Rodin, tout en disant : il aurait dû faire ceci, il aurait dû faire cela. Quant au président sortant, en veine d’inspiration, il vient d’appeler à « faire barrage à l’extrême droite. » Barrage contre le Pacifique ! Les années 30 sont de retour ! Sus aux « pulsions identitaires ! » Sauf que sa montre est détraquée, au maître des horloges. Il a beau sauter, micro en main, d’un podium dans la foule, qui croit qu’il va redresser une France à genoux ? A l’émission C à vous, hier, Emmanuel Macron, candidat et président, est venu, devant un public riant à gorge déployée, sortir le grand jeu auquel se prêtent les candidats, à certaines antennes matinales. Son message était clair : face au Z tragique, il montrait ce qu’était un candidat décontracté, joueur, drôle, distancié comme c’est pas possible, parce qu’il fallait être un tâcheron pour créer un climat anxiogène dans une France heureuse. Lui, à la différence des autres candidats, il se laissait aller —sourires charmeurs, complices, attitudes relaxes et maîtrisées— parce qu’il est au-dessus de sa tâche comme un élève normal c’est-à-dire doué. Sauf qu’en forçant la note, le candidat président en a trop fait. Son intention trop visible, son jeu calculé l’a surtout fait déchoir de sa fonction présidentielle en rappelant la séquence de McFly et Carlito.

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 « La nature d’une civilisation, c’est ce qui s’agrège autour d’une religion. » Ainsi disait Malraux. Un choix de civilisation est au coeur, répète-t-on, de l’élection présidentielle. Dit simplement : le salut de la France est au coeur de l’élection. Zemmour l’a dit : le seul qui ait eu un discours performatif. Marine Le Pen a occulté l’idée dans sa campagne. Or, peut-on dissocier société, —son progressisme effréné—et religion ? Aucun des deux candidats ne peut, après Zemmour, esquiver la question centrale de l’islamisation de la société française devenue si matérialiste, donc désarmée, qu’elle oublie que les droits de l’homme, nés en Occident, sont la version laïcisée du christianisme, qu’un nouveau quinquennat macroniste achèvera de dépecer. Non que le christianisme disparaisse— hypothèse absurde— mais la France, telle que nous la connaissons et l’aimons.

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Marie-Hélène Verdier est agrégée de Lettres classiques et a enseigné au lycée Louis-le-Grand, à Paris. Poète, écrivain et chroniqueuse, elle est l'auteur de l'essai "La guerre au français" publié au Cerf.

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