Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…
La Sauvageonne et moi avons été invités, le jour de Pâques, à déjeuner chez nos amis Corine et Eric, à Villers-Bretonneux (Somme, 4647 habitants), près d’Amiens. Je ne sais pourquoi mais j’aime Pâques. Ça doit remonter à l’enfance, les œufs que nos parents cachaient dans des jardins enfouis sous les ronces du temps qui passe. Je me revois à Sept-Saulx (Marne, 691 habitants) chez mes grands-parents maternels, en compagnie de mes cousins Guy et Hubert. C’était au début des années 60. Nous gambadions dans les allées recouvertes des gravillons crayeux du château du village où mon grand-père était jardinier.
Il y avait une manière de bois minuscule coincé entre les vastes garages où le petit personnel spécialisé en mécanique réparait les automobiles de Madame et de Monsieur, et le potager au centre duquel se trouvait un bassin à poissons rouges, bassin en béton gris, très Art déco. Dans ce petit bois, les adultes dissimulaient des œufs en chocolat. J’entends encore les rires juvéniles de Guy, le Pêcheur de nuages (RIP) et de son petit frère Hubert (RIP). Pendant ce temps, mes oncles parlaient de morilles, de brochets monstrueux qui, disaient-ils, peuplaient la Vesle. Etait-ce vrai ? Je ne le saurai jamais ; l’essentiel est que les ombres de ces brochets monstrueux hantent à jamais les ruelles de ma mémoire.
A lire aussi, Thomas Morales: Week-end pascal à Rome
Dimanche dernier, avant de me rendre chez Corine et Eric, j’ai émis l’idée de cacher des œufs en chocolat dans le square de la résidence HLM où réside la Sauvageonne afin de la distraire. « Elle est si jeune par rapport à moi », songeai-je. « Tu perds la boule, vieux Yak ! », répliqua mon ébouriffée adorée. « Je ne suis plus une enfant. » C’est vrai que la Sauvageonne finit par me faire perdre la boule.
Arrivés à Villers-Bretonneux, alors que nous attaquions la deuxième coupe (je dis bien la deuxième et pas la seconde car il y en eut d’autres) de Crémant d’Alsace, j’aperçus une jolie poule qui traversait la cour. Eric me fit savoir qu’elle s’appelait Picoti, qu’elle était arrivée dans son jardin deux ans plus tôt, en juillet alors qu’ils partaient en vacances dans le Massif central. Ils se demandaient bien comment elle s’était retrouvée là. Grand mystère. Ils la nourrirent, l’abreuvèrent, persuadés qu’à leur retour elle eût disparu, repartie chez ses propriétaires. Il n’en fut rien: la gallinacée était toujours dans la cour. Eric ne la contraria pas ; il lui construisit un poulailler, et la surnomma Picoti. En ce jour de Pâques, jour des cloches, je n’avais d’oeufs que pour elle, Picoti tombée du ciel.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !




