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Mais Monsieur Rubio, nous avions enfin appris à haïr notre civilisation. Et puis vous…

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La politique diplomatique de Donald Trump a mis fin à la cancel culture. Et soudain, le mot « civilisation » n’est plus un gros mot.


Monsieur Rubio, comment osez-vous ? Comment osez-vous monter sur un podium à Munich, en plein XXIe siècle, et prononcer avec une tranquillité absolue la phrase : « Nous faisons partie d’une civilisation, la civilisation occidentale » ?

Ne vous a-t-on pas informé ? N’avez-vous pas reçu le mémorandum ? N’avez-vous pas consulté le manuel actualisé de comportement civilisé responsable ?

Excuses

L’Occident avait déjà été annulé. Nous avions tant travaillé pour cela. Des décennies entières de séminaires. Des millions de pages. Des fleuves d’encre soigneusement versés pour expliquer, avec une patience infinie, que cette civilisation représentait, dans le meilleur des cas, un malentendu historique. Un brouillon qui n’aurait jamais dû être envoyé. Un bâtiment construit par erreur sur un terrain qui appartenait moralement au vide.

Et vous voilà maintenant, comme si de rien n’était, à nous parler de civilisation ? Nous avions pourtant progressé. Nous avions accompli ce qui était le plus difficile : ressentir une gêne structurelle face à nos propres cathédrales. Nous avions appris à marcher dans nos villes comme des squatteurs spirituels, comme des visiteurs accidentels au sein d’une architecture étrangère.

Nous avions domestiqué le réflexe. Chaque fois que nous apercevions une œuvre d’art, une université, une institution juridique, nous ressentions immédiatement l’obligation de présenter des excuses à quelqu’un. À n’importe qui. Par précaution.

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C’était magnifique. C’était élégant. C’était moderne. Et vous arrivez maintenant, avec ce ton désinvolte, pour nous parler d’héritage.

Héritage. Je vous en prie. Ne comprenez-vous pas que l’héritage est profondément offensant ? L’héritage introduit la continuité. La continuité introduit l’identité. L’identité introduit des limites. Les limites introduisent l’exclusion. Et l’exclusion introduit la possibilité qu’une personne, quelque part, puisse ne pas être incluse dans quelque chose que nous n’avons pas encore défini mais qui, sans aucun doute, devait être universel, fluide et entièrement interchangeable, comme une soupe tiède servie dans le réfectoire moral de l’humanité.

Tous nos efforts anéantis

Nous avions déjà tant avancé, Monsieur Rubio. Nous avions réussi à ce que l’Occident développe une honte existentielle saine. Chaque découverte scientifique s’accompagnait d’une légère nausée éthique. Chaque progrès technologique exigeait un prologue autocritique de trois cents pages. Le progrès avait acquis la décence de la culpabilité. Et cela fonctionnait.

L’Occident avançait vers sa propre disparition avec une dignité bouleversante, comme un majordome qui, après avoir servi le dîner pendant des siècles, décide de s’effacer discrètement pour ne pas déranger les invités.

Mais vous, non. Vous décidez de mentionner, avec une irresponsabilité totale, que les États-Unis sont « a child of Europe ». Une fille ? Une fille ? Monsieur Rubio, cela introduit la parenté. Cela introduit la généalogie. Cela introduit quelque chose de dangereusement proche d’une famille. Nous avions atteint un stade bien plus avancé : une civilisation sans père, sans mère, sans ancêtres, sans racines, suspendue dans un présent éternel, comme une plante en plastique qui n’a besoin d’aucune terre et ne produit aucune ombre. C’était parfait. C’était propre. C’était stérile.

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Et maintenant vous venez nous parler de l’Espagne. De chevaux. De rodéos. « Nos chevaux, nos ranchs, nos rodéos… sont nés en Espagne ». Vous rendez-vous compte de ce que vous avez fait ? Le cowboy devait être spontané. Il devait émerger du désert comme un phénomène atmosphérique, non comme le produit d’une continuité historique concrète. Nous avions déjà consacré des décennies à expliquer au cowboy que sa propre existence constituait une forme d’appropriation indue de l’horizon. Et maintenant vous lui rendez ses grands-parents. Cela est inadmissible.

À quoi a donc servi Adorno, dites-moi ? À quoi ont servi ces années passées à affûter sa prose allemande jusqu’à transformer chaque phrase en bistouri dirigé contre la culture qui l’avait engendré ? À quoi a servi son effort pour démontrer que les Lumières contenaient en elles-mêmes le germe de leur propre barbarie ? Tout cela n’avait-il pas précisément pour but que, le moment venu, plus personne n’ose prononcer le mot civilisation sans ressentir une contraction musculaire involontaire ?

Et Marcuse ? À quoi ont servi ses efforts acharnés pour nous convaincre que la prospérité représentait une forme sophistiquée d’oppression, si vous venez maintenant traiter cette prospérité comme, comment dire, un accomplissement ?

Et Foucault ? À quoi ont servi ses cartographies minutieuses des microphysiques du pouvoir, des disciplines invisibles, des architectures de surveillance, si vous apparaissez à Munich en parlant comme si l’Occident n’était pas une gigantesque prison sans barreaux où nous sommes simultanément gardiens, prisonniers et architectes du panoptique ?

Nous avions appris à soupçonner nos propres hôpitaux. Nous regardions nos médecins avec prudence, en nous demandant à quel moment exact commencerait la phase disciplinaire de la consultation.

Et Derrida ? À quoi a servi son travail pour nous enseigner que toute structure contenait sa propre instabilité, que tout sens glissait indéfiniment, que toute tradition ressemblait à un château construit sur du sable sémantique, si vous venez maintenant agir comme si le sol était encore solide ?

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Nous avions investi des générations entières pour que l’Occident se perçoive comme conceptuellement provisoire, ontologiquement douteux, métaphysiquement embarrassant. C’était un chef-d’œuvre. Une civilisation fonctionnelle qui se perçoit elle-même comme un accident. Un bâtiment d’acier convaincu d’être du brouillard. Nous avions accompli l’impossible, Monsieur Rubio. L’Occident avait commencé à se comporter comme un glaçon moralement supérieur grâce à sa propre capacité à fondre. Et puis vous apparaissez, avec votre discours, et vous ruinez tout.

L’Occident se souvient de son nom. Il se souvient de son histoire. Il se souvient qu’il a construit le bâtiment dans lequel nous vivons encore. Ne comprenez-vous pas le mal que vous avez causé ?

Nous avions organisé les funérailles. Les fleurs étaient prêtes. Les discours préparés. Le cercueil parfaitement ouvert. Et vous, avec une seule phrase, forcez le défunt à se redresser, à regarder autour de lui et à demander d’une voix claire : « Qui a décidé que j’étais mort ? ».

C’est profondément irresponsable, Monsieur Rubio. Car maintenant, l’Occident pourrait commettre la pire des erreurs possibles. Il pourrait survivre.

El ídolo que devoró a su pueblo

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Que ma joie demeure

Gisèle Pelicot publie chez Flammarion son histoire. Le procès des viols de Mazan avait sidéré l’opinion. La sortie du livre se fait en 22 langues, bénéficie d’une couverture médiatique démesurée et a de quoi rendre jalouse une Michele Obama… En Grande Bretagne, Kate Winslet, Kristin Scott Thomas et Emma Thompson proposeront des lectures de l’ouvrage aux plus chanceux.


Les gens sont décidément moroses, désespérés et désespérants. Brainwashed par des médias sulfureux, les Français passent leur temps à se lamenter sur la déchéance d’un pays qui s’effondre, déplorent une société en faillite, dénoncent une insécurité exponentielle. À les entendre la France serait cul par-dessus-tête. Franchement, c’est un peu abuser… Carabistouilles. Foin de ce pessimisme hivernal ! Je vais vous donner, moi, une bonne raison de vous réjouir. Une hirondelle a fait le printemps. Elle vous avait manqué, mais la voilà. Notre icône nationale est de retour et porte un message d’espoir qu’elle délivre dans un récit paru le 17 février. La presse a annoncé à grands sons de trompe l’évènement dans le monde entier. En France, des articles bouleversants et élogieux ont paru simultanément dans Télérama, Le Nouvel Obs, Gala, Elle et j’en passe. À la radio comme sur les plateaux de télévision, on s’est arraché la dame et Augustin Trapenard lui a déroulé, comme il se doit, le tapis rouge de sa Grande Librairie. À l’étranger, même engouement dans La Vangardia en Espagne, le Financial Times, en Grande-Bretagne, USA TODAY ou The New York Times aux États-Unis. L’affaire est planétaire.

Infiniment remuant

Notre héroïne, c’est Gisèle Pelicot. La septuagénaire révélée par la sordide affaire des viols de Mazan et devenue, à son corps défendant, la figure emblématique que tout le monde nous envie, symbole suprême de « la lutte contre les violences sexuelles et la soumission chimique », vient de faire paraître Et la joie de vivre, récit à la première personne, « intimiste, infiniment remuant et vivant », selon Télérama. Co-écrit avec la journaliste Judith Perrignon, et traduit… en 22 langues, le voici enfin et pour notre plus grande joie, en librairie. Celle qui a déclaré au magazine Elle, tout comme Voltaire l’aurait fait en son temps « J’ai décidé d’être heureuse » (parce que c’est bon pour la santé) se livre enfin. Elle expose sa vision du procès intenté à son mari et aux cinquante autres hommes accusés de l’avoir violée, et raconte l’histoire de sa vie avec Dominique Pelicot avant qu’elle ne découvre que celui-ci, pendant des années, l’avait droguée et livrée à des hommes qui abusaient d’elle alors qu’elle était inconsciente. On y apprend enfin que la dame a retrouvé l’amour dans les bras de Jean-Loup, et on ne peut s’empêcher de verser une larme attendrie : « Je n’avais pas peur de mes rides, ni de mon corps. J’aimais Jean-Loup et il m’aimait. » Oui, on aime les téléfilms de Noël, on est fleur bleue et on l’avoue.

Que faire de toute cette boue ?

Celle que sa co-autrice qualifie de « mélancolique rieuse » (on échappe à la mouette rieuse) ne s’était jamais exprimée ailleurs que dans les salles d’audience d’Avignon puis de Nîmes, lors des procès. Silence après l’horreur. Pourquoi Gisèle Pelicot, qui refuse d’être qualifiée d’icône – « Le terme est trop fort pour moi » – prend-elle alors publiquement la parole ? C’est qu’elle a, paraît-il, pris conscience de sa responsabilité pour les générations futures et accepté d’être « une boussole, un repère » pour la nouvelle génération des féministes, engagées dans le combat sans merci contre la fameuse société patriarcale et machiste. Résignée à l’idée d’avoir un destin, elle s’est fait violence pour sortir de son mutisme et a déclaré à Télérama : « Je suis heureuse d’offrir mon histoire en exemple et mon prénom en étendard. » Comme elle l’explique sur France Culture, « c’est un message d’espoir que j’ai voulu transmettre. » Vive la joie ! À Télérama, encore, elle affirme : « l’écriture m’a aussi permis de faire une introspection, un état des lieux de ma vie. Que faire de toute cette boue ? Ce travail m’a permis de continuer à me réparer, d’apprendre à me reconstruire sur un champ de ruines. » Et la littérature devint thérapie…

Révoltée par la tragédie sordide vécue par Madame Pelicot, on s’étonne toutefois un peu de l’engouement pour les mémoires de la dame, trouvant qu’il confine un tantinet au voyeurisme. Que dire d’une époque où Germaine Tillion et Gisèle Pelicot se valent ? Que s’est-il donc passé pour que la victime soit célébrée à l’instar de l’héroïne ? Mais après tout, cessons de grincher, comme les tristounets qu’on raille.  C’est Confucius qui a certainement raison : « La joie est en tout ; il faut savoir l’extraire. »

320 pages

Et la joie de vivre

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Le luxe européen sur la pente… automobile

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Persuadée de son exception, l’industrie du luxe européen s’obstine à croire qu’elle est hors sol. C’est précisément ce qui devrait l’inquiéter.


Depuis trente ans, l’industrie du luxe se raconte une histoire flatteuse, presque consolante : celle d’un secteur à part, immunisé ou presque contre les secousses qui affectent le reste de l’économie réelle. Là où l’automobile serait désormais condamnée à la norme, à la contrainte réglementaire, à la guerre des coûts, le luxe se voudrait libre, culturel et intemporel. Il ne produirait pas seulement des objets, mais du sens, de la mémoire, une forme de continuité civilisationnelle.

Cette croyance a longtemps fonctionné comme un rempart symbolique. Elle agit aujourd’hui comme un angle mort stratégique.

Car l’Europe a déjà connu une industrie persuadée de son exception. L’automobile européenne, pilier industriel puissamment ancré dans les régions, fierté sociale et outil d’émancipation, se pensait elle aussi insubstituable. Elle employait des millions de salariés qualifiés, structurait les territoires, incarnait une idée du progrès toujours plus accessible. Puis elle a lentement glissé vers une logique qui lui était étrangère : financiarisation accrue, dilution de la culture industrielle, délocalisations, standardisations induites par l’inflation normative, dépendance croissante à des marchés lointains, révolution technologique de l’électrique questionnant de nombreuses certitudes. Le tout accompagné d’un discours managérial confondant vision stratégique et récit rassurant. Le résultat est connu : une industrie fragilisée, politiquement exposée, socialement contestée, sommée de se transformer sous contrainte plutôt que par choix.

Le luxe européen emprunte aujourd’hui cette trajectoire avec une régularité troublante. Même certitude d’exception. Même refus initial de la comparaison. Même confusion entre prestige symbolique et solidité structurelle. Même croyance selon laquelle la désirabilité mondiale suffira à compenser la perte d’ancrage culturel, social et productif. À ce stade, la différence majeure tient à une indulgence persistante : le luxe bénéficie encore d’un regard admiratif, là où l’automobile a basculé dans la suspicion notamment liée aux préoccupations écologiques croissantes. Mais cette indulgence n’est ni éternelle ni gratuite.

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Il faut le dire sans détour : ce qui fragilise le luxe n’est ni la critique morale (quoique), ni la concurrence étrangère ou l’évolution des sensibilités sociales. Ce sont des choix délibérés, opérés au cœur même de sa gouvernance. Choix des grands groupes européens — LVMH, Kering, Richemont — de faire de la croissance financière l’horizon indiscutable de toute décision. Choix d’une organisation mondialisée où le centre de gravité s’éloigne progressivement des métiers, des ateliers, des territoires. Choix, enfin, d’un discours idéologique profondément contemporain : inclusif dans ses mots, mais hiérarchique dans ses pratiques ; durable dans ses campagnes, mais intensif dans ses arbitrages industriels.

Ce modèle n’est pas sans conséquences. Il transforme le luxe en industrie de signes plus qu’en culture matérielle. Il éloigne l’objet de ceux qui le fabriquent comme de ceux qui pourraient encore en comprendre la valeur intrinsèque. Il produit une clientèle mondiale solvable mais instable, davantage attachée à la fonction sociale du luxe qu’à ce qu’il représente réellement de patrimoine.

L’automobile européenne a appris, à ses dépens, qu’un marché sans loyauté culturelle est un marché sans mémoire — et donc sans avenir.

La question n’est alors plus de savoir si le luxe va s’effondrer, fantasme commode pour éditorialistes pressés ou militants anti-élites. La question est autrement plus inconfortable : le luxe européen est-il en train de dissoudre sa propre légitimité, à force de systématiquement prioriser l’expansion mondiale face à la profondeur culturelle ? Et, dans une Europe divisée par les fractures sociales, écologiques, politiques et idéologiques, peut-il durablement prospérer en donnant le sentiment de capter la valeur sans assumer la responsabilité du symbole qui l’accompagne ?

C’est à cette interrogation — économique, sociologique et fondamentalement politique — que la comparaison avec l’automobile oblige à répondre. Non pour annoncer une chute spectaculaire, mais pour éviter une lente érosion.

Les industries ne meurent presque jamais d’une attaque frontale. Elles déclinent par une série de dénis. Et le déni commence toujours par un non-dit…


Note — Ce texte s’appuie sur des analyses issues de la sociologie de la distinction (Pierre Bourdieu), de la critique de la financiarisation industrielle (Michel Aglietta ; Luc Boltanski & Ève Chiapello), ainsi que sur les données publiques et rapports annuels des grands groupes européens du luxe et de l’industrie automobile.

Quels enfants laisserons-nous au monde?

Une grande étude de l’IFOP démontre que la jeunesse n’est pas aussi caricaturalement woke qu’on la présente souvent, et qu’elle se replie sur la sphère privée. En revanche, les jeunes Français estiment désormais massivement qu’il ne faut pas critiquer l’islam.


58%. « La majorité des jeunes de 15 à 17 ans juge inacceptable la critique des religions ». Voilà un sondage qui a fait beaucoup de bruit à sa sortie. Puis, l’agitation médiatique est retombée. Il est bon, pourtant, de s’y pencher sérieusement. Réalisé par l’Ifop en partenariat avec Elle, ce sondage porte spécifiquement sur les jeunes de 15 à 17 ans, dont il offre une radiographie extrêmement intéressante, mais probablement incomplète.

Mourir pour la France

Une première remarque, déjà relevée par l’excellent Marc Vanguard: le faible nombre de l’échantillon de jeunes musulmans, alors que l’une des principales conclusions de l’étude est le décalage marqué qui les sépare – au moins dans leurs réponses statistiques – des non-musulmans de leur âge. Les observations restent cependant pertinentes, puisqu’elles confirment ce que montrent à peu près tous les travaux du même type, mais il faut les prendre pour ce qu’elles sont: l’illustration d’une tendance, et non une preuve de cette tendance.

Seconde remarque : rien ne dit que les adolescents sondés donnent le même sens que la plupart des adultes aux notions sur lesquelles on les interroge. Un exemple parmi d’autres, l’idée de « mourir pour la France » : s’agit-il de mourir pour « une certaine idée de la France », ou de mourir sous les ordres du gouvernement (dont il est permis de penser qu’il ne sert pas toujours l’intérêt national) ? Le sondage a le mérite de préciser la question : « imaginez que le territoire français soit menacé d’invasion par une armée étrangère, quelle serait votre attitude ? » Dans cette hypothèse précise, on a une chute de 41% des jeunes en 1984 à seulement 23% aujourd’hui qui se disent prêts à « mourir pour la France. » Ce sont surtout les jeunes de droite qui acceptent la possibilité de ce sacrifice (plus de 30%) et non les jeunes de gauche (moins de 20%), alors même que l’amour de la droite pour la France est quotidiennement conspué dans la France d’aujourd’hui, et que vouloir refuser l’entrée massive de populations étrangères sur le territoire national « rappelle les heures les plus sombres. »

Pardonnez nos offenses

Comme nous l’indiquions en introduction, le point du sondage qui a le plus fait réagir est celui-ci : 58% des adolescents de 15 à 17 ans « jugent inacceptable la critique d’une religion », ce qui est légèrement plus prononcé chez les catholiques (62%) et absolument massif chez les musulmans (92%). J’aurais aimé des exemples de ce que ces jeunes considèrent comme acceptable ou inacceptable pour mieux comprendre : en effet, stricto sensu leur position est un non-sens, puisque toute religion est par définition une critique des autres religions. Si j’explique pourquoi je suis polythéiste, je critique forcément les monothéismes puisque j’explique pourquoi je pense qu’ils ont tort, et vice-versa. Est-ce donc ce genre de critique qui est visé ? Est-ce la démarche historico-critique ? Est-ce le rappel factuel des crimes que certaines religions encouragent ? Est-ce la caricature « à la Charlie Hebdo » ? Ou tout ça à la fois ?

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Quoi qu’il en soit, il est bien hypocrite de s’en offusquer. Voici une génération à laquelle on martèle que l’impératif absolu est de ne pas « stigmatiser », que la priorité est le « vivre-ensemble » même au prix d’un déni de réalité permanent, que l’application des préceptes d’une religion n’a rien à voir avec cette religion, et qu’il est intolérable de remettre en cause l’idée que des femmes puissent avoir un pénis et des chromosomes XY. Et on s’étonne maintenant qu’une majorité de ces jeunes soit hostile à la critique des croyances ? Soyons sérieux ! Tout a été fait pour obtenir ce résultat. Mention spéciale malgré tout aux jeunes catholiques qui refusent la critique de « la religion », donc en particulier refusent la critique des textes « sacrés » de l’islam qui appellent à la violence contre les musulmans qui se convertissent au christianisme : c’est du « Chicken for KFC » de niveau stratosphérique.

Et la religion du climat, alors ?

Pour autant, les adolescents n’absorbent pas systématiquement les messages à la mode. N’en déplaise à Sandrine Rousseau, ces jeunes ne voient aucun mal à manger de la viande, veulent continuer à prendre l’avion, et très peu d’entre eux (presque aucun à droite) font du changement climatique leur principale inquiétude (ils se préoccupent beaucoup plus du risque de guerre et de l’insécurité). Autre (bonne) surprise, ils sont nettement plus à droite que ne l’étaient leurs aînés au même âge, ou du moins ils se considèrent comme tels (se dire de droite tout en refusant la critique des religions est une contradiction).

On voit en outre les fêlures de l’archipelisation de la société, conséquence inévitable et probablement délibérée des politiques des dernières décennies (l’individu atomisé offre moins de résistance à un pouvoir autoritaire, à sa pression idéologique et à sa prédation fiscale). L’étude parle de « repli sur la sphère privée » tout en soulignant que les jeunes sont plutôt optimistes pour eux-mêmes mais pessimistes pour la France et pour le monde. Sachant qu’ils sont aussi largement dépolitisés, je hasarde une hypothèse : ces adolescents considèrent que l’état du monde va empirer et qu’on ne peut rien y faire, mais comptent bien s’en sortir à titre individuel malgré la dégradation des conditions générales. Difficile de le leur reprocher – en espérant que s’en sortir dans une société qui s’effondre n’implique pas de renoncer à un minimum de droiture.

Notons enfin le « gender gap », l’écart politique croissant entre filles et garçons, également observé ailleurs en Occident et notamment aux États-Unis. Les explications proposées des deux côtés de l’Atlantique sont nombreuses, et souvent contradictoires.

En réalité, la principale conclusion à tirer de ce sondage est des plus évidentes, et des plus simples : quelles que soient les grandes tendances, quelles que soient les mécanismes collectifs à l’origine de ces grandes tendances, il y a toujours des jeunes à l’aube de l’âge adulte qui ont la détermination de se tenir debout, et qui aspirent à la dignité et à la noblesse d’âme. Quel que soit le pourcentage qu’ils représentent, ils nous obligent. Sachons être là pour eux, et sachons nous effacer pour eux. Ainsi qu’il doit être depuis l’aube des temps, de génération en génération.

La possibilité de Dieu

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La terre qui meurt

Entendez-vous, dans nos campagnes ?


Nanoucha van Moerkerkenland avait publié en 2022 Amour mineur, un livre fort, politiquement dérangeant, qui nous plongeait dans un Paris interlope où « la caste partage ses lits et ses tables ». La jeune écrivaine y dénonçait cette « vaste marelle incestueuse de la politique, de l’art, des médias et de l’industrie ». Les réseaux pédophiles y étaient décrits, ainsi que les rabatteurs et les « clients » abjects, violeurs d’innocence. Elle ajoutait, sans jamais retenir sa plume, rare de nos jours : « Les jeunes femmes du répertoire de Jeffrey Epstein : peccadilles ». Le grand déballage ne faisait alors que commencer. Pour mon article intitulé « Amour mineur : toute la noirceur du monde », paru dans Causeur, j’avais questionné NVM qui m’avait révélé que Moerkerkenland était un pseudonyme signifiant « le pays des églises murées » en néerlandais. Elle avait également précisé qu’elle était devenue ghostwriter pour des personnalités influentes, ce qui ne m’avait pas étonné tant son style est fluide et ses formules percutantes.

Vaches et petits hommes gris

NVM nous revient avec un roman totalement différent mais tout aussi passionnant. Honoré, le personnage éponyme, est un paysan qui résiste sur les mille hectares de ses ancêtres. Ses terres, faites de vallons et de plaines, sont désormais sans bovins. Les vaches, qu’il appelait par leur prénom, donnaient le lait et la viande. C’était le plus beau troupeau des plateaux. Les fonctionnaires de l’UE ont fini par s’en emparer. Comme d’autres agriculteurs, ceux que les citadins nomment avec dédain les paysans, ils ont été pris dans l’engrenage de l’endettement pour mécaniser l’exploitation et respecter les nouvelles normes de plus en plus contraignantes. Le vieux tracteur asthmatique a été remisé au profit d’un tout rutilant, avec clim, écran tactile et GPS intégré. Pourtant, le vol des busards, dans le crépuscule d’été, décrit toujours la même trajectoire. La logique de Bruxelles et des exécutants en gris ont eu raison de ce que Richard Millet appelle Ma vie parmi les ombres (Folio 4225). Le père d’Honoré, croyant sauver ses terres et ses troupeaux, avait été happé par la machine infernale. Il avait fini par se pendre à son plus bel arbre. La raison économique avait emporté la dignité du paysan pourtant dur à la tâche. Pire, les normes absurdes avaient détruit le paysage façonné par les hommes. Déboiser, dégrader la diversité floristique, bétonner le sol en pisé des étables, etc. Le constat dressé par NVT est accablant et nous serre les tripes, surtout quand on connait le monde qu’elle décrit. On est passé d’un système déclaratif du bétail à un système de surveillance aérienne qui affole les animaux. « Une naissance déclaré en retard ou un veau de plus de sept jours non bouclé entraînaient des pénalités », ajoute NVM.

Nos racines arrachées

Honoré assista, résigné, à la confiscation de ce qui fut le sel de sa vie. Un ami éleveur n’eut pas la même attitude. Il s’emporta et les gendarmes, au bout de deux jours de traque, l’abattirent de trois balles dans le dos. Les paysans doivent disparaître, la civilisation millénaire avec eux. Il faut effacer les racines, briser les liens de solidarité, renforcer l’individualisme. Le médecin de famille n’existe plus, les églises sont vides, l’école a fermé, la Poste aussi. La fille d’Honoré et d’Hermine, qui repose au cimetière du village, est partie pour la grande ville, comme dans la chanson de Jean Ferrat. Les enfants de néoruraux sont logés dans du parpaing. Le poulet surgelé ukrainien sous cellophane semble leur convenir. Comme l’écrit NVM, à propos des paysans vaincus par le capitalisme : « Pourtant, même ces désespérés étaient dotés d’un raffinement que nous ne soupçonnons pas. »

L’écriture de NVM flirte avec la prose poétique. Les descriptions de cette nature que recouvrira la folie du fric, bouleversent. Certaines phrases claquent : « Les hommes pensent le monde, les femmes le portent. » Ou encore : « La vie sans vaches ressemblait à un ragoût figé dans la graisse froide. » La beauté est là, et on ne sait plus la contempler, comme on ne sait plus écouter les messages du vent.

Honoré reste seul avec son chien. Un érable pousse au milieu de sa maison. Les mauvaises herbes envahissent le toit de lauze. Mais il tient bon, respire l’air pur qui agit comme une drogue. Il reste un homme libre, malgré son existence rébarbative, dans un tableau dont on ignore le nom de l’artiste : « Le jour s’évanouit en rosissant. Et le crépuscule déploie des odeurs minérales de muscade et de fleurs séchées. Un air iodé aux relents de pierre chaude. » Sur le domaine de l’Amadou, celui de l’homme seul accompagné de son chien, il y a des sarcophages de granit taillés à l’époque mérovingienne. Ils regardent, impavides, les feux fragiles du monde paysan.

176 pages

Honoré

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PPE: le président Macron veut-il vraiment sacrifier la France à son plan de carrière?

Beaucoup imaginent que le président Emmanuel Macron songe désormais, pour l’après, à la présidence de l’Union européenne. Et, après le parachutage controversé d’Amélie de Montchalin à la Cour des comptes, qu’il chercherait à placer des personnalités de gauche à des postes clés afin de verrouiller l’État de droit, appelé à être prochainement confronté à un exécutif populiste.


Longtemps j’ai haussé les épaules. Emmanuel Macron à la tête de l’Europe ? Encore un délire complotiste ! Qui voudrait de lui après tous ses échecs ? De Riga à Séville, on sait que ses succès se comptent sur les doigts d’une main coupée en deux : Notre-Dame et les Jeux Olympiques, et ses ratages sur les doigts et les orteils d’une famille nombreuse. Le dernier : un ahurissant budget socialiste concocté par son homme-lige Sébastien Lecornu afin que tous deux puissent se cramponner jusqu’à la dernière seconde aux palais de la République.

Ce qu’Allemagne veut…

La Programmation Pluriannuelle de l’Energie me plonge dans le doute. Le président préfèrerait-il son plan de carrière aux intérêts de la France ? Cette programmation a été expliquée le 13 février sur le site économie.gouv.fr sous le titre : “PPE, planifier la décarbonation de la France”. Nous allons conjointement accroître les énergies renouvelables (soleil et vent) et développer le nucléaire. Formidable, avec toute cette électricité, nos factures vont s’effondrer et les industriels français retrouver le sourire ! Eh bien non ! Par un de ces tours de passe-passe habituels du sieur Carabistouille, c’est exactement le contraire qui va arriver. Il faudra payer très cher à des fournisseurs étrangers les panneaux solaires et les éoliennes qui vont se multiplier (sauf en face du Touquet) parce que l’Europe, l’Allemagne et les écologistes le veulent. Quant aux centrales nucléaires françaises, elles devront baisser de régime et laisser passer en priorité sur le réseau ce qu’il plaira au vent et au soleil de produire. Or celles-ci ne sont pas faites pour fonctionner en yoyo, des ingénieurs pensent même qu’elles courront des risques d’accident. Donc factures en hausse et palpitations cardiaques chez les voisins des centrales. Et comme la PPE n’est pas soumise au vote du parlement, le gouvernement va l’imposer.

Au fond, peu importe que les Européens croient ou pas que le président Macron succèdera à Ursula von der Layen. Il y croit, lui, et agit en fonction de cet objectif.   Peut-être en toute bonne conscience, imaginant qu’une Europe fédérale profiterait à la France dans un futur plus ou moins éloigné. Il a tort, aussi bien à long terme qu’à court terme.

Le couple franco-allemand a divorcé depuis belle lurette

Qu’on le déplore ou qu’on s’en réjouisse, l’Europe ne sera jamais une puissance fédérale comme les Etats-Unis d’Amérique. L’expérience de dix-neuf ans de traité de Lisbonne nous l’enseigne : les particularités nationales demeurent indéracinables. Le couple franco-allemand n’existe plus depuis longtemps, les opinions des deux pays divergent sur tous les sujets. Le plus évident : la fourmi allemande entasse soigneusement des monceaux de choucroute et de bretzels, tandis que la cigale française, ayant tué tout l’été ses agriculteurs, se retrouve bien affamée quand souffle la bise des hausses d’intérêts. Les Tchèques ont divorcé des Slovaques, les Belges ont bien de la peine à tenir ensemble, entre Flamands, Wallons et islamistes. La France est saturée d’immigrés, l’Espagne en redemande et va régulariser 500000 d’entre eux dont 80% de latino-américains, hispanophones et catholiques directement assimilables. Les 20% restants iront chez nous, merci Pedro, ils ruineront un peu plus nos finances et notre cohésion nationale. La gouvernance progressiste de l’Europe, en refusant de lutter contre l’immigration, a elle-même saboté le projet unitaire. Bruxelles ne sera jamais Washington, Macron ne sera jamais président de notre continent, à la rigueur du club des boulistes du Touquet. Certes la paix, l’euro et la coopération économique sont de beaux acquis à conserver. Les mantras gaulliens m’agacent parfois, mais il faut reconnaître que « l’Europe des nations » est une idée visionnaire qui s’imposera de plus en plus.

L’Etat de droit, c’est plus fort que toi

Et à court terme ? A court terme, il faudrait neutraliser le plan diabolique d’Emmanuel Macron (“Dieu parmi les hommes” en hébreu, pfff…) qui veut savonner la planche gouvernementale pour que Marine Le Pen ou Jordan Bardella y glissent dès leur arrivée au pouvoir. Impossible de douter de l’élection de l’une ou de l’autre à la présidentielle de 2027, l’immobilisme total du gouvernement actuel et de ses supplétifs de gauche dans les Conseils, Cours et tribunaux de la République empêcheront la moindre amélioration dans les domaines essentiels de l’immigration et l’insécurité. Partout dans notre beau pays fleuriront home-jackings, viols de grands-mères, coups de couteaux, tueries narcotrafiquantes avec victimes plus ou moins collatérales. Si c’est Bardella, il a des chances de passer au premier tour, inutile qu’il peaufine son débat d’entre les deux tours. Ensuite, entrée en scène des corbeaux socialistes perchés sur leurs fromages du Conseil de ceci, de la Cour de cela : « Ah non, vous ne pouvez pas proposer cette loi, ni préparer cette réforme ! Remplissez d’abord les douze formulaires (en écriture inclusive, s’il vous plaît) et d’ici six mois nous vous donnerons un agréement qui vous permettra de nous la proposer en 2035 ». « Trop de délais ? Mais c’est ça, l’Etat de droit, monsieur Bardella ! ».

Après les élections de l’an prochain, il ne faudrait pas un coup d’Etat, il faudrait juste un petit passage momentané au-delà de la ligne rouge. On pourrait par exemple organiser un spoil system à la française. A chaque nouvelle élection américaine, le gagnant impose un nouveau personnel dans la haute administration. Amélie de Montchalin pourra se retirer dans son château familial, y faire de la dentelle et de l’aquarelle, Richard Ferrand pourra retourner dans sa Basse-Bretagne et y ferrer les chevaux de ferme. Ah les charmes de la vie aux champs, modeste et sage !

S’il faut des arguments moraux à la sortie de l’Etat de droit, on pourra rappeler le “summum jus, injuria summa”, “le comble du droit, c’est le comble de l’injustice” de Cicéron, expert en droit romain. On pourra dire avec Saint Paul aux Corinthiens que “la lettre tue et l’esprit vivifie”. Et surtout, quand ils seront au pouvoir, les gens de droite devront impérativement cesser d’être droits, il leur faudra apprendre à fourbir de ces petits coups tordus à la socialo, de ces chères manipulations obscures qu’on adore à gauche. Allez-y les droiteux, de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace, emparez-vous de ce conseil d’un homme de gauche.

La Jeune Garde est-elle la milice de la France insoumise?

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Des enquêtes et faits divers récents suggéreraient déjà des liens entre militants antifas proches de la Jeune Garde, narcotrafic et actes de violence variés sur le territoire national. Les soutiens politiques de l’extrême gauche – ou a minima sa position complaisante – envers ces milieux ne datent pas d’hier. Révélations.


Bien davantage que les faits avancés autour du lynchage de Quentin Deranque (qui méritent encore d’être vérifiés par l’enquête), ce qui éclaire sur la Jeune Garde, et l’acharnement de Mélenchon à la soutenir, ce sont les résultats d’enquêtes précédentes, sur des exactions comparables de cette mouvance.

Ainsi, dans le cadre d’une enquête sur une série d’agressions violentes commises à Toulouse et ses alentours par des « antifas » proches de la « Jeune Garde », le RAID a appréhendé à leur domicile le 14 mai 2024 cinq membres de l’« Offensive révolutionnaire antifasciste » (ORA). Ils ont aussi découvert avec stupeur près de quatre kilos de résine de cannabis, dix-sept kilos d’herbe, du matériel de traitement de la drogue et 15 000 euros en petites coupures, révélant un véritable « trafic de stupéfiant industrialisé », selon une source proche de l’enquête. L’affaire a eu un certain retentissement, mais en tant que simple fait divers… Pourtant, d’autres faits suggèrent une lecture bien différente de la relation entre l’extrême gauche, le narcotrafic et la violence dont est mort Quentin.

Touche pas à mon dealer

A Lyon, par exemple, bastion de la « Jeune Garde » de Raphaël Arnault, l’hebdomadaire Le Point signalait déjà en décembre 2023 « le rôle trouble des antifas » dans le trafic de drogue, en particulier dans le quartier tristement connu de la Guillotière et de la place Mazagran. Le journaliste Bartolomé Simon constatait alors comment les antifas « aident les migrants et les squatteurs sur le point de deal local », les protégeant notamment des interventions de la police. La situation n’avait pas changé un an plus tard quand, retournant sur place, l’hebdomadaire rapportait que le mercredi 9 avril 2025 encore, en soirée, plusieurs antifas attablés au bar d’extrême gauche local se sont opposés physiquement à l’interpellation d’un dealer.

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Même chose à Paris où, lors de la fermeture du Saint Sauveur, bar antifa emblématique de la capitale, l’Observatoire des violences politiques rapportait en janvier 2025 qu’il n’avait pas seulement été pendant près de vingt ans le quartier général de l’Action antifasciste Paris-Banlieue, mais aussi un lieu associé au trafic de drogue. A travers son tenancier, notamment, Julien Terzics, chef historique des redskins français, réputé pour jouer les intermédiaires et les dealers entre le milieu des bikers et le squat gauchiste L’Usine à Genève. Ou David Patrice, militant de l’AFA arrêté à deux reprises pour des faits liés à de la drogue dure dans la rue des Panoyaux. Des cas dont la répétition mènera à plusieurs fermetures administratives à partir de 2020, avant sa fermeture définitive, en présence de Jean-Luc Mélenchon et de son garde du corps Hazem El Moukaddem, le patron des antifas marseillais.

Un homme justement dont le fief historique à Marseille est le quartier de la Plaine, dont il est réputé être le « parrain »… Là encore un haut lieu du trafic de drogue… Une coïncidence entre fiefs antifas et narcotrafic que relevait également à Grenoble le procureur de la République, Éric Vaillant, dans son discours de départ en janvier 2025. Enfin, à Rennes aussi, en mars 2025, ce sont encore des antifas qui ont empêché l’interpellation de délinquants par la police dans le quartier de Cleunay, miné par le trafic de drogue.

Les curieuses attaques de prison de l’année dernière

Mais là où cette question de la relation entre antifas et narcotrafic s’est posée avec le plus d’acuité, c’est lors des attaques terroristes menées contre le système pénitentiaire français et ses agents en avril 2025. Soixante-cinq faits ont été enregistrés, attribués pour la plupart à un mystérieux groupe DDPF (Défense des droits des prisonniers français)… Et l’enquête a mené à l’arrestation de vingt-cinq personnes, liées pour certaines au réseau de narcotrafiquants de la DZ Mafia.

Néanmoins, des interrogations subsistent qui, dès le départ, ont naturellement fait soupçonner une piste plus politique. D’abord le modus operandi d’attaques simultanées partout en France, inédit chez des narcotrafiquants (le plus souvent très isolés, aussi bien par un ancrage très local que par les féroces

rivalités qui les opposent), mais déjà observé dans les mouvances d’ultragauche. Comme fin juillet 2024, lors des opérations simultanées de sabotages du rail et des réseaux télécoms… Ou en décembre 2020, où sept membres de l’ultragauche avaient été mis en examen pour terrorisme (et cinq d’entre eux écroués), pour avoir projeté une action violente visant les forces de l’ordre et les militaires.

Une autre anomalie était le discours, très éloigné de la culture des trafiquants de drogue, et beaucoup plus conforme à la logorrhée antisystème de l’ultragauche, et ses relents de droits-de-l’hommisme dévoyés. Le discours aux accents de « crève-la-taule » que tiennent précisément aujourd’hui les mouvances antifas pour réclamer la libération de leurs camarades narcotrafiquants de Toulouse « injustement » emprisonnés depuis le 14 mai 2024.

Un discours étrangement proche de celui que tiennent les élus de la France insoumise aussi bien sur le système carcéral que sur le narcotrafic. Au-delà des cas médiatiques de Louis Boyard évoquant son passé de dealer ou d’Andy Kerbrat surpris en train d’acheter de la drogue à un mineur avec son indemnité parlementaire, il faut en effet lire en détail ce qu’écrivent les insoumis, en particulier sur la légalisation de la drogue, qu’ils réclament, mais en militant – à l’instar de Sébastien Delogu – pour qu’on en confie la vente aux dealers auparavant condamnés (délicatement désignés comme « personnes pénalisées auparavant »). On retrouve la même sollicitude à l’égard des dealers dans leur opposition à la répression du narcotrafic (comme l’actuel candidat LFI à Grenoble, Allan Brunon, ou celui de Saint-Denis, Bally Bagayoko), au nom de la dignité des trafiquants de drogue, du respect de leur vie privée et de la lutte contre la précarité des « petites mains ». Antoine Léaument allant même jusqu’à comparer la culture du cannabis à la viticulture. Quel est le sens de cette victimisation grotesque d’une délinquance dont l’actualité offre pourtant chaque jour des exemples plus horribles d’une escalade criminelle de plus en plus meurtrière ?

Complaisances

C’est en réalité très simple, et dans la droite ligne de la complaisance qu’a soudainement commencé à montrer Mélenchon à l’égard de l’islamisme après son échec aux présidentielles de 2017, quand Éric Coquerel l’a convaincu que les voix qui lui avaient manquées alors étaient celles des « quartiers populaires »… C’est-à-dire ces quartiers à très forte proportion d’immigrés, gangrénés par l’islamisme… Mais aussi par le trafic de drogue ! Faute de pouvoir s’y implanter avec un discours gauchiste n’ayant pas la moindre chance de séduire ces populations, il fallait s’y appuyer sur ceux qui les contrôlent.

D’où la conversion spectaculaire de Mélenchon à la lutte contre une « islamophobie » qu’il dénonçait encore la veille comme une escroquerie intellectuelle… Et une complaisance similaire à l’égard du narcotrafic, viatique de ce nouveau prolétariat de substitution.

D’où également le rôle capital pour LFI que joue dans ces « territoires perdus de la République » la Jeune Garde, fédérant autour d’elle les « antifas », aussi proches des dealers et des islamistes qu’agressifs à l’égard des juifs (en mai 2024, et déjà en marge d’un meeting de Rima Hassan, ils s’étaient mis à huit pour s’attaquer dans le métro parisien à un garçon juif de quinze ans). C’est précisément Rima Hassan (qu’accompagnaient à Lyon les militants de la Jeune Garde ayant tué Quentin) qui est ici en pointe, s’en prenant notamment au socialiste Ariel Weil à Paris.

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D’où enfin la nature de « mouvement gazeux » de LFI, si pratique pour camoufler les relations troubles et les financements occultes. Mélenchon n’est plus dans une stratégie électorale, mais insurrectionnelle. Ce qu’indiquait l’assistant de la députée LFI Ersilia Soudais, Ritchy Thibault appelant en 2025 à « l’intifada dans les rues de Paris », en constituant « partout dans le pays des brigades d’autodéfense populaire » contre l’« islamophobie ». Voilà pourquoi la Jeune Garde, qui utilise dans ses discours, la même expression d’« autodéfense populaire » encore reprise aujourd’hui par Manuel Bompard lui est indispensable.

Mieux que tout discours, elle traduit la régression phénoménale de cette prétendue gauche à ses racines, dont le fascisme n’a eu qu’à s’inspirer : la haine d’une « race juive » incarnant à ses yeux le capitalisme à travers les Rothschild, qui lui a fait construire au 19ème siècle cette doctrine de l’antisémitisme, par laquelle le marxisme a unifié le mouvement révolutionnaire ouvrier. Mais aussi le putsch de la « révolution bolchévique » de 1917, préfigurant ceux de Mussolini en 1922 et d’Hitler en 1923. L’invention d’une police politique – la Tchéka – que copiera plus tard la Gestapo. La culture de violence de rue par des groupes paramilitaires, dans une « terreur rouge » où Trotski a inventé le goulag, imité plus tard par les camps de concentration nazis.

On ne comprend rien au trotskisme de sa jeunesse auquel est revenu Mélenchon tant qu’on ne saisit pas qu’il a été la matrice de laquelle sont nés, par hybridations successives et en moins de dix ans, de 1917 à 1927, tous les totalitarismes : communisme, fascisme, nazisme, islamisme… Même antisémitisme, même déshumanisation criminelle des opposants, même aversion de la démocratie parlementaire et du débat, même culte de chef, même embrigadement dans des milices paramilitaires, même stratégie insurrectionnelle… Jusqu’au logo de la Jeune Garde, exactement identique à celui des groupes de nervis où a fait ses débuts dans l’entre-deux guerres le « père » en politique de Mélenchon, le trotskiste Pierre Boussel, dit « Lambert »… qui devint collabo des nazis pendant la guerre au sein du Rassemblement national populaire (RNP) de Marcel Déat, ancien socialiste rallié au fascisme, partisan d’une « Europe nazie unifiée », pour « protéger la race ».

Canailles et racailles: de la prospérité des ultras

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Notre chroniqueur, qui s’était absenté des pages de Causeur pour des raisons qui lui appartiennent, jette sur l’actualité de ces derniers jours, en particulier le meurtre de Quentin Deranque, un regard lucide et quelque peu narquois.


Il faut aller voir ce qu’écrivent les soutiens de la Jeune Garde, ce groupuscule de nervis d’extrême-gauche, cette émanation de LFI dans sa vérité dernière. Mathilde Panot demande la protection de la police contre les donzelles du groupe Nemesis — sinon, dit-elle, « ça va mal finir ». Faut-il avoir peur de Panot ?

Elle n’est pas la seule à inverser les responsabilités. Connaissez-vous Serge Quadruppani ? Auteur de romans policiers de gauche, excellent traducteur des aventures du commissaire Montalbano d’Andrea Camilleri, il a publié sur Facebook une longue justification de ceux qu’ils appellent ingénument des antifascistes. Le réseau social lui a fait prudemment retirer sa diatribe, qu’il a remplacé par une version édulcorée:

« Ce ne sont pas les fafs, héritiers du « Viva la muerte » franquiste et qui pratiquent si volontiers le tabassage à plusieurs, ce ne sont pas eux qui devraient la ramener sur le sujet. A tous les antifascistes de mener une réflexion là-dessus : comment se protéger des gens qui aiment la mort (surtout celle des autres) sans risquer soi-même de la donner, ni trop compter sur les flics qui, en matière de tabassage à terre ont depuis longtemps montré leurs compétences et leurs préférences quant aux cibles. »

Voilà. Il y a les bons et les méchants fascistes. Les bons sont à gauche, et ils peuvent bien faire ce qu’ils veulent tant qu’ils ont pour but de contrer les méchants, qui sont à droite. Le temps est immobile pour les idéologues, et hier, c’était demain.

Ainsi, quelques jeunes filles protestant contre la venue à l’IEP de Lyon, nid de racailles islamo-gauchistes, de Rima Hassan, égérie de tous les antisémites d’aujourd’hui, forment une cible légitime pour une douzaine de « Jeunes Gardes » qui se sont donné pour tâche d’éradiquer l’hydre fasciste…

Et notre septuagénaire décati d’ajouter, à propos de la minute de silence de l’Assemblée nationale suite à la mort de Quentin Deranque :

« La gerbe. Ça va trop vite pour moi. Une minute de silence en l’honneur d’un jeune membre d’organisations racistes, antisémites, violentes, mort dans une de ces confrontations que les organisations en question ne cessent de chercher. Pas une fois l’Assemblée nationale n’a observé une minute de silence pour les victimes de meurtres racistes. Cette fascisation accélérée de la vie publique ne serait pas arrivée sans la complicité de l’extrême centre. »

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Nous sommes là au pinacle de la pensée trotskyste qui chante les mérites de l’internationalisation des luttes, juste comme les capitalistes se sont mis à chanter les mérites de la mondialisation. Les trotskystes sont le bras gauche des prédateurs ultra-libéraux.

Au passage, je suggère au lecteur de peser ce qui dans la gauche actuelle vient du trotskysme, cette déviation de la pensée marxiste. Ou du lambertisme, qui a théorisé l’entrisme dans les paris « bourgeois », de Mélenchon à Lionel Jospin ou Jean-Christophe Cambadélis : le PS est infesté de ces racailles qui se croient malignes parce qu’elles trompent Olivier Faure, et lui imposent des alliances de second tour en lui faisant miroiter la réélection de quelques canailles.

Ce qui est bien plus remarquable, c’est que ce meurtre révèle de l’inversion orwellienne de toutes les valeurs. Ça a commencé à l’école, où l’on sait depuis quarante ans que « l’ignorance, c’est la force ». Ça se continue dans le champ politique : les fascistes, les vrais, les vrais criminels, sont aujourd’hui à gauche. La guerre civile larvée, que je dénonçais jadis, se transforme sous nos yeux en affrontement direct.

Je ne nie pas qu’il subsiste à l’extrême-droite quelques têtes creuses qui se croient encore avant-guerre. Le rugbyman Federico Martin Aramburu est tombé le 19 mars 2022 sous les balles de deux nervis qui se sont crus malins — et qui seront jugés pour ce crime en septembre prochain. Mais institutionnellement, la violence aujourd’hui appartient à l’extrême-gauche, qui a adopté les méthodes de l’extrême-droite d’autrefois : la roue a tourné à 180°.

Un point encore : si les extrêmes progressent, c’est que « l’extrême-centre », comme dit Quadruppani, s’est effondré. Hollande puis Macron ont anéanti la possibilité même de voir émerger un esprit quelque peu supérieur. Comment voter pour un tel ramassis de petites pointures, de Retailleau à Glucksmann, d’Attal à Bardella ?

Clemenceau me manque…


PS. Pour ceux qui n’étaient pas là en 1968, « La Jeune garde » est un chant révolutionnaire écrit entre 1910 et 1912 par Gaston Montéhus, un chansonnier de gauche d’avant la Première guerre mondiale (à noter qu’il a rejoint l’Union sacrée en 1914). C’est typique des trotskystes, cet entrisme musical, cette récupération d’un chant marxiste pour en faire le nom d’un groupuscule antisémite. Qu’en aurait pensé Marx ?

Mon voisin le djihadiste

Le Parquet national antiterroriste alerte: 35 détenus pour terrorisme islamiste sortiront de prison en 2026, portant à 339 le nombre de libérations depuis 2021, avec une proportion de profils violents qui devrait dépasser 50%, a averti son chef Olivier Christen dans Le Monde[1]. L’exemple de Brahim Bahrir, qui a attaqué des gendarmes à l’Arc de Triomphe seulement six semaines après sa libération malgré une surveillance étroite, illustre brutalement le risque immédiat de récidive. Que faire ?


D’après le Parquet national antiterroriste (PNAT), pas moins de 35 terroristes islamistes sortiront de prison en 2026. Qui s’ajouteront aux 46 libérés en 2025, parmi lesquels Brahim Bahrir, qui a attaqué des gendarmes au couteau à l’Arc de triomphe vendredi dernier. Il avait été condamné en 2013 pour un attentat tout à fait similaire à Bruxelles.

Epineuse question

Depuis sa création en 2019, le PNAT a instruit 101 procès d’assises. 340 détenus ont été libérés. Et ils seront de plus en plus nombreux et dangereux dans les années qui viennent (la vague des condamnés de 2015 arrive…). En prime, en Syrie, nous avons abandonné les Kurdes qui gardaient emprisonnés des milliers de djihadistes et que les soldats d’Ahmed Al-Charrah, le nouveau président, ont laissé filer. Potentiellement des centaines de terroristes islamistes se baladent donc dans la nature.

Cette question des sortants de prison est particulièrement épineuse. Pas d’anomalie ni de laxisme ici. Ils ont purgé leur peine. Tous sont soumis à un contrôle judiciaire et administratif. Le PNAT fait du sur-mesure. Concrètement, ça consiste à pointer à la gendarmerie. Ça n’empêche pas de recommencer. Le PNAT communique pour montrer qu’il n’y a pas de trou dans la raquette. Le problème, c’est la raquette. Ces sortants ont recouvré le droit fondamental d’aller et venir. Donc la possibilité de récidiver.

L’illusion de la déradicalisation

Mais que faut-il faire ? C’est un sacré casse-tête. La loi a déjà été durcie. Dans le cadre de l’état de droit, on ne peut pas faire grand-chose de plus sinon renforcer le suivi, ce qui demande plus de policiers. Commençons par renoncer au bobard de la déradicalisation et aux programmes afférents. On ne sait toujours pas extirper les mauvaises idées et les pulsions meurtrières des cerveaux humains. Une proportion inconnue des sortants rêve encore de djihad et on n’y peut rien.

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Un ami me suggère que ces criminels ont pris les armes contre nous au nom d’une entité étrangère et doivent être traités comme des prisonniers de guerre. Et préconise qu’on les garde tant que la guerre n’est pas finie. C’est un peu tiré par les cheveux et ça supposerait de créer un Guantanamo en France – j’imagine déjà les palabres parlementaires.

Il y a aussi la solution à l’israélienne, c’est-à-dire l’exécution méthodique des terroristes traités en ennemis (comme les Israéliens l’ont fait pour les tueurs de Munich ou sont en train de faire pour ceux du 7-Octobre). Déradicalisation assurée. Le président Hollande a bien ordonné quelques assassinats ciblés, mais c’était en Syrie. Chez nous, nous sommes bien élevés.

Inutile de s’affoler. Le risque de tomber sur un de ces individus est statistiquement très faible. Si l’Etat ne sait pas quoi faire, on peut toujours compter sur la chance.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio


[1] https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/02/17/terrorisme-islamiste-le-suivi-des-sortants-de-prison-au-centre-des-preoccupations-de-la-justice_6667030_3224.html

Meurtre de Quentin: le point de détail de l’extrême gauche

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Les adversaires idéologiques des lfistes comptent sur la mort de Quentin Deranque pour les décrédibiliser pendant des années et les éloigner du pouvoir – comme autrefois la petite phrase du leader du FN sur les chambres à gaz.


Aux marges des gauches, sévissent tous les « non affiliés » autonomes des grands partis et mouvements, qu’ils soient communistes libertaires, trotskistes indépendants ou anarchistes. Ce sont ces gens qu’on retrouve dans les squats, dans les zones autonomes à défendre ; sabotant les chemins de fer et les infrastructures critiques, agressant dans les rues les « fafs » et ceux qui auraient le malheur de leur ressembler. Dans les années 1970, sous les noms des Brigades Rouges ou d’Action Directe, ils étaient ouvertement terroristes. La « Jeune Garde » en est un avatar moderne et embourgeoisé, inspiré par la culture hooligans et skinhead – casual. Une version puérile en modèle réduit, mais bel et bien dangereuse. Elle a tué Quentin en lui piétinant le crâne sur un trottoir… mais elle n’en était pas à son coup d’essai.

Les harcèlements dans les amphithéâtres des facs se sont multipliés ces dernières années

L’utilisation de la violence est théorisée depuis l’origine par les « antifas », branche des « totos » de la grande famille des gauches.  Cette violence n’est pas employée uniquement à des fins défensives comme tentent vicieusement de le faire croire les caciques de la Jeune Garde ; à commencer par leur président et fondateur, le député insoumis Raphaël Arnault. Leur violence est offensive, ciblée. Elle vise quiconque, notamment parmi les jeunes fréquentant les universités, semblera à leurs yeux trop à droite. Les cas de harcèlements de jeunes de droite, voire du centre, et les violences bien concrètes, sont multiples et fréquents depuis plusieurs années. Raphaël Arnault a lui-même été condamné définitivement pour des faits de violence en 2025. Si Quentin n’était pas mort, il n’y aurait peut-être même pas eu de plainte… La plupart de ces faits passent sous les radars. Les policiers ne regarderont plus ces affrontements de rue comme relevant d’un jeu entre les gendarmes et les voleurs, occupant des étudiants oisifs et plutôt bourgeois des deux bords. Il s’agira maintenant de considérer que tout cela constitue un grand trouble à l’ordre public.

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L’autodéfense populaire défendue par l’extrême gauche est en réalité le cache-sexe d’une milice urbaine pensée pour traquer, effrayer et museler. Mais rien de tout ça n’est une découverte. Les antifas s’en vantent depuis longtemps. Animés par un profond sentiment d’impunité doublé d’un fanatisme sectaire, ils ne touchent plus terre depuis l’élection de l’un des leurs à l’Assemblée nationale. Si cet embourgeoisement leur a été reproché par des mouvements plus durs sur le plan idéologique, véritablement révolutionnaires plutôt que centrés sur la criminalité urbaine, il a offert à la Jeune Garde la puissance d’un groupe politique parlementaire et le réseau profond qui va avec.

Même Ruffin est trop facho pour eux

En échange, Jean-Luc Mélenchon a reçu une véritable petite milice à ses ordres. Une force de frappe militante qui intimide aussi à gauche. François Ruffin en a d’ailleurs fait les frais lors de la fête de l’Huma, accueilli sous les huées et aux cris de « Siammo tutti antifascisti » … Dans Le Parisien, un ancien membre de la Jeune Garde témoigne d’une dérive qui était prévisible : « Raphaël, ce n’était pas possible. J’ai fait comme Cem, on s’est mis sur le côté. On ne s’est pas fâchés en frontal mais on savait que ça allait péter. Raphaël, on savait qu’il allait sauter un jour. Par exemple, on savait tous pour son procès (Raphaël Arnault a été condamné en 2022 pour violences en réunion, puis définitivement en 2025). Il se vantait même d’avoir chopé une circonscription et d’être passé inaperçu. » Un militantisme premier degré, sûr d’une conviction : le nazisme serait à nos portes et tous les coups sont permis.De quoi rappeler les années 20 allemandes, où la radicalité du parti communiste contribua pour beaucoup à la future victoire du NSDAP. Voilà peut-être qui pourrait faire méditer l’extrême gauche, si elle n’était pas aussi fanatique et inaccessible à la raison.

Jean-Luc Mélenchon sait donc parfaitement avec qui il nouait un pacte aux élections législatives anticipées en 2024. Il embrassait le mythe « autonome », l’incluait dans la famille de la gauche électoraliste. Et les partis sociaux-démocrates n’ont finalement rien dit, trop excités à la perspective de conserver et de gagner des sièges au sein d’un cartel, se disant sûrement qu’ils pourraient se détacher bien vite de ses encombrants partenaires. Voilà leur salaire : un point de « détail » façon Jean-Marie Le Pen années 1980, un détail qui collera longtemps à la peau de LFI. François Hollande ne s’y est pas trompé, déclarant solennellement que l’alliance avec les troupes de Mélenchon était désormais impossible et que le combat politique ne pouvait pas connaitre une autre forme que l’élection en démocratie.

Cela ne convaincra pas les insoumis, conscients qu’ils sont désormais lancés vers une course à la radicalité de laquelle ils ne peuvent plus se détourner. LFI est aujourd’hui le rassemblement de toutes les gauches ultras. La grande maison des chapelles trotskistes et des autres. Il n’y a plus de retour en arrière possible. Les réactions au lynchage de Quentin en témoignent. La plupart d’entre elles ont minimisé les faits, jusqu’au propre père de Jacques-Elie Favrot qui a déclaré son fils innocent et ne pas penser du tout à la victime pas vraiment innocente. Après tout, contre le mal, les antiméchants ont le droit d’attaquer, de tuer. Ils l’ont fait en 2024, assassinant à la sortie d’un bar un homme portant un tatouage d’une croix de Malte qu’ils avaient confondu avec une croix gammée[1]… Un cas ignoré d’une longue de liste de violences gratuites. 

A lire aussi, Patrick Atlan: Reconnaître le fascisme

Il aura fallu un mort filmé pour que le grand public découvre enfin le péril de l’extrême gauche. Sans cela, les dossiers n’étaient pas médiatisés, voire moqués par les belles âmes ; il faut dire que les antifas ont longtemps servi de nervis, de supplétifs pour interrompre des conférences, ou dégrader les locaux d’adversaires. Ils seront enfin jugés à la hauteur de leur dangerosité. Onze individus sont passés devant la police, parmi lesquels cinq co-auteurs soupçonnés comprenant deux assistants parlementaires de Raphaël Arnault et l’un de ses anciens stagiaires. S’il était autrefois difficile de dissoudre les milices d’extrême gauche, nul doute que cet électrochoc accélèrera considérablement le processus. Demain, la Jeune Garde sera dissoute définitivement devant le Conseil d’Etat. Puis, après-demain, plus personne ne pleurera devant le démantèlement des zads et les expulsions de squats. L’impunité de l’extrême gauche, souvent vue avec un regard tendre et nostalgique, n’est plus.

Les conséquences seront majeures pour notre vie politique enfin débarrassée d’une ombre pesante et dangereuse. Mais aussi pour l’université qui pourra respirer. Il est bien sûr à craindre que cela alimente l’obsidionalité de mouvements paranoïaques, certains tomberont même dans la clandestinité voire le terrorisme, mais ce combat est nécessaire. La France a vécu un moment politique révolutionnaire ces derniers jours.


[1] Lyon : un homme tué lors d’une bagarre de rue dans le quartier de la Guillotière

Mais Monsieur Rubio, nous avions enfin appris à haïr notre civilisation. Et puis vous…

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Marco Rubio à Budapest, 16 février 2026 © Alex Brandon/AP/SIPA

La politique diplomatique de Donald Trump a mis fin à la cancel culture. Et soudain, le mot « civilisation » n’est plus un gros mot.


Monsieur Rubio, comment osez-vous ? Comment osez-vous monter sur un podium à Munich, en plein XXIe siècle, et prononcer avec une tranquillité absolue la phrase : « Nous faisons partie d’une civilisation, la civilisation occidentale » ?

Ne vous a-t-on pas informé ? N’avez-vous pas reçu le mémorandum ? N’avez-vous pas consulté le manuel actualisé de comportement civilisé responsable ?

Excuses

L’Occident avait déjà été annulé. Nous avions tant travaillé pour cela. Des décennies entières de séminaires. Des millions de pages. Des fleuves d’encre soigneusement versés pour expliquer, avec une patience infinie, que cette civilisation représentait, dans le meilleur des cas, un malentendu historique. Un brouillon qui n’aurait jamais dû être envoyé. Un bâtiment construit par erreur sur un terrain qui appartenait moralement au vide.

Et vous voilà maintenant, comme si de rien n’était, à nous parler de civilisation ? Nous avions pourtant progressé. Nous avions accompli ce qui était le plus difficile : ressentir une gêne structurelle face à nos propres cathédrales. Nous avions appris à marcher dans nos villes comme des squatteurs spirituels, comme des visiteurs accidentels au sein d’une architecture étrangère.

Nous avions domestiqué le réflexe. Chaque fois que nous apercevions une œuvre d’art, une université, une institution juridique, nous ressentions immédiatement l’obligation de présenter des excuses à quelqu’un. À n’importe qui. Par précaution.

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C’était magnifique. C’était élégant. C’était moderne. Et vous arrivez maintenant, avec ce ton désinvolte, pour nous parler d’héritage.

Héritage. Je vous en prie. Ne comprenez-vous pas que l’héritage est profondément offensant ? L’héritage introduit la continuité. La continuité introduit l’identité. L’identité introduit des limites. Les limites introduisent l’exclusion. Et l’exclusion introduit la possibilité qu’une personne, quelque part, puisse ne pas être incluse dans quelque chose que nous n’avons pas encore défini mais qui, sans aucun doute, devait être universel, fluide et entièrement interchangeable, comme une soupe tiède servie dans le réfectoire moral de l’humanité.

Tous nos efforts anéantis

Nous avions déjà tant avancé, Monsieur Rubio. Nous avions réussi à ce que l’Occident développe une honte existentielle saine. Chaque découverte scientifique s’accompagnait d’une légère nausée éthique. Chaque progrès technologique exigeait un prologue autocritique de trois cents pages. Le progrès avait acquis la décence de la culpabilité. Et cela fonctionnait.

L’Occident avançait vers sa propre disparition avec une dignité bouleversante, comme un majordome qui, après avoir servi le dîner pendant des siècles, décide de s’effacer discrètement pour ne pas déranger les invités.

Mais vous, non. Vous décidez de mentionner, avec une irresponsabilité totale, que les États-Unis sont « a child of Europe ». Une fille ? Une fille ? Monsieur Rubio, cela introduit la parenté. Cela introduit la généalogie. Cela introduit quelque chose de dangereusement proche d’une famille. Nous avions atteint un stade bien plus avancé : une civilisation sans père, sans mère, sans ancêtres, sans racines, suspendue dans un présent éternel, comme une plante en plastique qui n’a besoin d’aucune terre et ne produit aucune ombre. C’était parfait. C’était propre. C’était stérile.

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Et maintenant vous venez nous parler de l’Espagne. De chevaux. De rodéos. « Nos chevaux, nos ranchs, nos rodéos… sont nés en Espagne ». Vous rendez-vous compte de ce que vous avez fait ? Le cowboy devait être spontané. Il devait émerger du désert comme un phénomène atmosphérique, non comme le produit d’une continuité historique concrète. Nous avions déjà consacré des décennies à expliquer au cowboy que sa propre existence constituait une forme d’appropriation indue de l’horizon. Et maintenant vous lui rendez ses grands-parents. Cela est inadmissible.

À quoi a donc servi Adorno, dites-moi ? À quoi ont servi ces années passées à affûter sa prose allemande jusqu’à transformer chaque phrase en bistouri dirigé contre la culture qui l’avait engendré ? À quoi a servi son effort pour démontrer que les Lumières contenaient en elles-mêmes le germe de leur propre barbarie ? Tout cela n’avait-il pas précisément pour but que, le moment venu, plus personne n’ose prononcer le mot civilisation sans ressentir une contraction musculaire involontaire ?

Et Marcuse ? À quoi ont servi ses efforts acharnés pour nous convaincre que la prospérité représentait une forme sophistiquée d’oppression, si vous venez maintenant traiter cette prospérité comme, comment dire, un accomplissement ?

Et Foucault ? À quoi ont servi ses cartographies minutieuses des microphysiques du pouvoir, des disciplines invisibles, des architectures de surveillance, si vous apparaissez à Munich en parlant comme si l’Occident n’était pas une gigantesque prison sans barreaux où nous sommes simultanément gardiens, prisonniers et architectes du panoptique ?

Nous avions appris à soupçonner nos propres hôpitaux. Nous regardions nos médecins avec prudence, en nous demandant à quel moment exact commencerait la phase disciplinaire de la consultation.

Et Derrida ? À quoi a servi son travail pour nous enseigner que toute structure contenait sa propre instabilité, que tout sens glissait indéfiniment, que toute tradition ressemblait à un château construit sur du sable sémantique, si vous venez maintenant agir comme si le sol était encore solide ?

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Nous avions investi des générations entières pour que l’Occident se perçoive comme conceptuellement provisoire, ontologiquement douteux, métaphysiquement embarrassant. C’était un chef-d’œuvre. Une civilisation fonctionnelle qui se perçoit elle-même comme un accident. Un bâtiment d’acier convaincu d’être du brouillard. Nous avions accompli l’impossible, Monsieur Rubio. L’Occident avait commencé à se comporter comme un glaçon moralement supérieur grâce à sa propre capacité à fondre. Et puis vous apparaissez, avec votre discours, et vous ruinez tout.

L’Occident se souvient de son nom. Il se souvient de son histoire. Il se souvient qu’il a construit le bâtiment dans lequel nous vivons encore. Ne comprenez-vous pas le mal que vous avez causé ?

Nous avions organisé les funérailles. Les fleurs étaient prêtes. Les discours préparés. Le cercueil parfaitement ouvert. Et vous, avec une seule phrase, forcez le défunt à se redresser, à regarder autour de lui et à demander d’une voix claire : « Qui a décidé que j’étais mort ? ».

C’est profondément irresponsable, Monsieur Rubio. Car maintenant, l’Occident pourrait commettre la pire des erreurs possibles. Il pourrait survivre.

El ídolo que devoró a su pueblo

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Que ma joie demeure

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Le livre de Gisèle Pelicot exposé à la Fnac à Paris, 18 février 2026 © Michel Euler/AP/SIPA

Gisèle Pelicot publie chez Flammarion son histoire. Le procès des viols de Mazan avait sidéré l’opinion. La sortie du livre se fait en 22 langues, bénéficie d’une couverture médiatique démesurée et a de quoi rendre jalouse une Michele Obama… En Grande Bretagne, Kate Winslet, Kristin Scott Thomas et Emma Thompson proposeront des lectures de l’ouvrage aux plus chanceux.


Les gens sont décidément moroses, désespérés et désespérants. Brainwashed par des médias sulfureux, les Français passent leur temps à se lamenter sur la déchéance d’un pays qui s’effondre, déplorent une société en faillite, dénoncent une insécurité exponentielle. À les entendre la France serait cul par-dessus-tête. Franchement, c’est un peu abuser… Carabistouilles. Foin de ce pessimisme hivernal ! Je vais vous donner, moi, une bonne raison de vous réjouir. Une hirondelle a fait le printemps. Elle vous avait manqué, mais la voilà. Notre icône nationale est de retour et porte un message d’espoir qu’elle délivre dans un récit paru le 17 février. La presse a annoncé à grands sons de trompe l’évènement dans le monde entier. En France, des articles bouleversants et élogieux ont paru simultanément dans Télérama, Le Nouvel Obs, Gala, Elle et j’en passe. À la radio comme sur les plateaux de télévision, on s’est arraché la dame et Augustin Trapenard lui a déroulé, comme il se doit, le tapis rouge de sa Grande Librairie. À l’étranger, même engouement dans La Vangardia en Espagne, le Financial Times, en Grande-Bretagne, USA TODAY ou The New York Times aux États-Unis. L’affaire est planétaire.

Infiniment remuant

Notre héroïne, c’est Gisèle Pelicot. La septuagénaire révélée par la sordide affaire des viols de Mazan et devenue, à son corps défendant, la figure emblématique que tout le monde nous envie, symbole suprême de « la lutte contre les violences sexuelles et la soumission chimique », vient de faire paraître Et la joie de vivre, récit à la première personne, « intimiste, infiniment remuant et vivant », selon Télérama. Co-écrit avec la journaliste Judith Perrignon, et traduit… en 22 langues, le voici enfin et pour notre plus grande joie, en librairie. Celle qui a déclaré au magazine Elle, tout comme Voltaire l’aurait fait en son temps « J’ai décidé d’être heureuse » (parce que c’est bon pour la santé) se livre enfin. Elle expose sa vision du procès intenté à son mari et aux cinquante autres hommes accusés de l’avoir violée, et raconte l’histoire de sa vie avec Dominique Pelicot avant qu’elle ne découvre que celui-ci, pendant des années, l’avait droguée et livrée à des hommes qui abusaient d’elle alors qu’elle était inconsciente. On y apprend enfin que la dame a retrouvé l’amour dans les bras de Jean-Loup, et on ne peut s’empêcher de verser une larme attendrie : « Je n’avais pas peur de mes rides, ni de mon corps. J’aimais Jean-Loup et il m’aimait. » Oui, on aime les téléfilms de Noël, on est fleur bleue et on l’avoue.

Que faire de toute cette boue ?

Celle que sa co-autrice qualifie de « mélancolique rieuse » (on échappe à la mouette rieuse) ne s’était jamais exprimée ailleurs que dans les salles d’audience d’Avignon puis de Nîmes, lors des procès. Silence après l’horreur. Pourquoi Gisèle Pelicot, qui refuse d’être qualifiée d’icône – « Le terme est trop fort pour moi » – prend-elle alors publiquement la parole ? C’est qu’elle a, paraît-il, pris conscience de sa responsabilité pour les générations futures et accepté d’être « une boussole, un repère » pour la nouvelle génération des féministes, engagées dans le combat sans merci contre la fameuse société patriarcale et machiste. Résignée à l’idée d’avoir un destin, elle s’est fait violence pour sortir de son mutisme et a déclaré à Télérama : « Je suis heureuse d’offrir mon histoire en exemple et mon prénom en étendard. » Comme elle l’explique sur France Culture, « c’est un message d’espoir que j’ai voulu transmettre. » Vive la joie ! À Télérama, encore, elle affirme : « l’écriture m’a aussi permis de faire une introspection, un état des lieux de ma vie. Que faire de toute cette boue ? Ce travail m’a permis de continuer à me réparer, d’apprendre à me reconstruire sur un champ de ruines. » Et la littérature devint thérapie…

Révoltée par la tragédie sordide vécue par Madame Pelicot, on s’étonne toutefois un peu de l’engouement pour les mémoires de la dame, trouvant qu’il confine un tantinet au voyeurisme. Que dire d’une époque où Germaine Tillion et Gisèle Pelicot se valent ? Que s’est-il donc passé pour que la victime soit célébrée à l’instar de l’héroïne ? Mais après tout, cessons de grincher, comme les tristounets qu’on raille.  C’est Confucius qui a certainement raison : « La joie est en tout ; il faut savoir l’extraire. »

320 pages

Et la joie de vivre

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Le luxe européen sur la pente… automobile

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Horlogerie chinoise CIGA Design. RS.

Persuadée de son exception, l’industrie du luxe européen s’obstine à croire qu’elle est hors sol. C’est précisément ce qui devrait l’inquiéter.


Depuis trente ans, l’industrie du luxe se raconte une histoire flatteuse, presque consolante : celle d’un secteur à part, immunisé ou presque contre les secousses qui affectent le reste de l’économie réelle. Là où l’automobile serait désormais condamnée à la norme, à la contrainte réglementaire, à la guerre des coûts, le luxe se voudrait libre, culturel et intemporel. Il ne produirait pas seulement des objets, mais du sens, de la mémoire, une forme de continuité civilisationnelle.

Cette croyance a longtemps fonctionné comme un rempart symbolique. Elle agit aujourd’hui comme un angle mort stratégique.

Car l’Europe a déjà connu une industrie persuadée de son exception. L’automobile européenne, pilier industriel puissamment ancré dans les régions, fierté sociale et outil d’émancipation, se pensait elle aussi insubstituable. Elle employait des millions de salariés qualifiés, structurait les territoires, incarnait une idée du progrès toujours plus accessible. Puis elle a lentement glissé vers une logique qui lui était étrangère : financiarisation accrue, dilution de la culture industrielle, délocalisations, standardisations induites par l’inflation normative, dépendance croissante à des marchés lointains, révolution technologique de l’électrique questionnant de nombreuses certitudes. Le tout accompagné d’un discours managérial confondant vision stratégique et récit rassurant. Le résultat est connu : une industrie fragilisée, politiquement exposée, socialement contestée, sommée de se transformer sous contrainte plutôt que par choix.

Le luxe européen emprunte aujourd’hui cette trajectoire avec une régularité troublante. Même certitude d’exception. Même refus initial de la comparaison. Même confusion entre prestige symbolique et solidité structurelle. Même croyance selon laquelle la désirabilité mondiale suffira à compenser la perte d’ancrage culturel, social et productif. À ce stade, la différence majeure tient à une indulgence persistante : le luxe bénéficie encore d’un regard admiratif, là où l’automobile a basculé dans la suspicion notamment liée aux préoccupations écologiques croissantes. Mais cette indulgence n’est ni éternelle ni gratuite.

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Il faut le dire sans détour : ce qui fragilise le luxe n’est ni la critique morale (quoique), ni la concurrence étrangère ou l’évolution des sensibilités sociales. Ce sont des choix délibérés, opérés au cœur même de sa gouvernance. Choix des grands groupes européens — LVMH, Kering, Richemont — de faire de la croissance financière l’horizon indiscutable de toute décision. Choix d’une organisation mondialisée où le centre de gravité s’éloigne progressivement des métiers, des ateliers, des territoires. Choix, enfin, d’un discours idéologique profondément contemporain : inclusif dans ses mots, mais hiérarchique dans ses pratiques ; durable dans ses campagnes, mais intensif dans ses arbitrages industriels.

Ce modèle n’est pas sans conséquences. Il transforme le luxe en industrie de signes plus qu’en culture matérielle. Il éloigne l’objet de ceux qui le fabriquent comme de ceux qui pourraient encore en comprendre la valeur intrinsèque. Il produit une clientèle mondiale solvable mais instable, davantage attachée à la fonction sociale du luxe qu’à ce qu’il représente réellement de patrimoine.

L’automobile européenne a appris, à ses dépens, qu’un marché sans loyauté culturelle est un marché sans mémoire — et donc sans avenir.

La question n’est alors plus de savoir si le luxe va s’effondrer, fantasme commode pour éditorialistes pressés ou militants anti-élites. La question est autrement plus inconfortable : le luxe européen est-il en train de dissoudre sa propre légitimité, à force de systématiquement prioriser l’expansion mondiale face à la profondeur culturelle ? Et, dans une Europe divisée par les fractures sociales, écologiques, politiques et idéologiques, peut-il durablement prospérer en donnant le sentiment de capter la valeur sans assumer la responsabilité du symbole qui l’accompagne ?

C’est à cette interrogation — économique, sociologique et fondamentalement politique — que la comparaison avec l’automobile oblige à répondre. Non pour annoncer une chute spectaculaire, mais pour éviter une lente érosion.

Les industries ne meurent presque jamais d’une attaque frontale. Elles déclinent par une série de dénis. Et le déni commence toujours par un non-dit…


Note — Ce texte s’appuie sur des analyses issues de la sociologie de la distinction (Pierre Bourdieu), de la critique de la financiarisation industrielle (Michel Aglietta ; Luc Boltanski & Ève Chiapello), ainsi que sur les données publiques et rapports annuels des grands groupes européens du luxe et de l’industrie automobile.

Quels enfants laisserons-nous au monde?

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DR.

Une grande étude de l’IFOP démontre que la jeunesse n’est pas aussi caricaturalement woke qu’on la présente souvent, et qu’elle se replie sur la sphère privée. En revanche, les jeunes Français estiment désormais massivement qu’il ne faut pas critiquer l’islam.


58%. « La majorité des jeunes de 15 à 17 ans juge inacceptable la critique des religions ». Voilà un sondage qui a fait beaucoup de bruit à sa sortie. Puis, l’agitation médiatique est retombée. Il est bon, pourtant, de s’y pencher sérieusement. Réalisé par l’Ifop en partenariat avec Elle, ce sondage porte spécifiquement sur les jeunes de 15 à 17 ans, dont il offre une radiographie extrêmement intéressante, mais probablement incomplète.

Mourir pour la France

Une première remarque, déjà relevée par l’excellent Marc Vanguard: le faible nombre de l’échantillon de jeunes musulmans, alors que l’une des principales conclusions de l’étude est le décalage marqué qui les sépare – au moins dans leurs réponses statistiques – des non-musulmans de leur âge. Les observations restent cependant pertinentes, puisqu’elles confirment ce que montrent à peu près tous les travaux du même type, mais il faut les prendre pour ce qu’elles sont: l’illustration d’une tendance, et non une preuve de cette tendance.

Seconde remarque : rien ne dit que les adolescents sondés donnent le même sens que la plupart des adultes aux notions sur lesquelles on les interroge. Un exemple parmi d’autres, l’idée de « mourir pour la France » : s’agit-il de mourir pour « une certaine idée de la France », ou de mourir sous les ordres du gouvernement (dont il est permis de penser qu’il ne sert pas toujours l’intérêt national) ? Le sondage a le mérite de préciser la question : « imaginez que le territoire français soit menacé d’invasion par une armée étrangère, quelle serait votre attitude ? » Dans cette hypothèse précise, on a une chute de 41% des jeunes en 1984 à seulement 23% aujourd’hui qui se disent prêts à « mourir pour la France. » Ce sont surtout les jeunes de droite qui acceptent la possibilité de ce sacrifice (plus de 30%) et non les jeunes de gauche (moins de 20%), alors même que l’amour de la droite pour la France est quotidiennement conspué dans la France d’aujourd’hui, et que vouloir refuser l’entrée massive de populations étrangères sur le territoire national « rappelle les heures les plus sombres. »

Pardonnez nos offenses

Comme nous l’indiquions en introduction, le point du sondage qui a le plus fait réagir est celui-ci : 58% des adolescents de 15 à 17 ans « jugent inacceptable la critique d’une religion », ce qui est légèrement plus prononcé chez les catholiques (62%) et absolument massif chez les musulmans (92%). J’aurais aimé des exemples de ce que ces jeunes considèrent comme acceptable ou inacceptable pour mieux comprendre : en effet, stricto sensu leur position est un non-sens, puisque toute religion est par définition une critique des autres religions. Si j’explique pourquoi je suis polythéiste, je critique forcément les monothéismes puisque j’explique pourquoi je pense qu’ils ont tort, et vice-versa. Est-ce donc ce genre de critique qui est visé ? Est-ce la démarche historico-critique ? Est-ce le rappel factuel des crimes que certaines religions encouragent ? Est-ce la caricature « à la Charlie Hebdo » ? Ou tout ça à la fois ?

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Quoi qu’il en soit, il est bien hypocrite de s’en offusquer. Voici une génération à laquelle on martèle que l’impératif absolu est de ne pas « stigmatiser », que la priorité est le « vivre-ensemble » même au prix d’un déni de réalité permanent, que l’application des préceptes d’une religion n’a rien à voir avec cette religion, et qu’il est intolérable de remettre en cause l’idée que des femmes puissent avoir un pénis et des chromosomes XY. Et on s’étonne maintenant qu’une majorité de ces jeunes soit hostile à la critique des croyances ? Soyons sérieux ! Tout a été fait pour obtenir ce résultat. Mention spéciale malgré tout aux jeunes catholiques qui refusent la critique de « la religion », donc en particulier refusent la critique des textes « sacrés » de l’islam qui appellent à la violence contre les musulmans qui se convertissent au christianisme : c’est du « Chicken for KFC » de niveau stratosphérique.

Et la religion du climat, alors ?

Pour autant, les adolescents n’absorbent pas systématiquement les messages à la mode. N’en déplaise à Sandrine Rousseau, ces jeunes ne voient aucun mal à manger de la viande, veulent continuer à prendre l’avion, et très peu d’entre eux (presque aucun à droite) font du changement climatique leur principale inquiétude (ils se préoccupent beaucoup plus du risque de guerre et de l’insécurité). Autre (bonne) surprise, ils sont nettement plus à droite que ne l’étaient leurs aînés au même âge, ou du moins ils se considèrent comme tels (se dire de droite tout en refusant la critique des religions est une contradiction).

On voit en outre les fêlures de l’archipelisation de la société, conséquence inévitable et probablement délibérée des politiques des dernières décennies (l’individu atomisé offre moins de résistance à un pouvoir autoritaire, à sa pression idéologique et à sa prédation fiscale). L’étude parle de « repli sur la sphère privée » tout en soulignant que les jeunes sont plutôt optimistes pour eux-mêmes mais pessimistes pour la France et pour le monde. Sachant qu’ils sont aussi largement dépolitisés, je hasarde une hypothèse : ces adolescents considèrent que l’état du monde va empirer et qu’on ne peut rien y faire, mais comptent bien s’en sortir à titre individuel malgré la dégradation des conditions générales. Difficile de le leur reprocher – en espérant que s’en sortir dans une société qui s’effondre n’implique pas de renoncer à un minimum de droiture.

Notons enfin le « gender gap », l’écart politique croissant entre filles et garçons, également observé ailleurs en Occident et notamment aux États-Unis. Les explications proposées des deux côtés de l’Atlantique sont nombreuses, et souvent contradictoires.

En réalité, la principale conclusion à tirer de ce sondage est des plus évidentes, et des plus simples : quelles que soient les grandes tendances, quelles que soient les mécanismes collectifs à l’origine de ces grandes tendances, il y a toujours des jeunes à l’aube de l’âge adulte qui ont la détermination de se tenir debout, et qui aspirent à la dignité et à la noblesse d’âme. Quel que soit le pourcentage qu’ils représentent, ils nous obligent. Sachons être là pour eux, et sachons nous effacer pour eux. Ainsi qu’il doit être depuis l’aube des temps, de génération en génération.

La possibilité de Dieu

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La terre qui meurt

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La romancière Nanoucha Van Moerkerkenland. DR.

Entendez-vous, dans nos campagnes ?


Nanoucha van Moerkerkenland avait publié en 2022 Amour mineur, un livre fort, politiquement dérangeant, qui nous plongeait dans un Paris interlope où « la caste partage ses lits et ses tables ». La jeune écrivaine y dénonçait cette « vaste marelle incestueuse de la politique, de l’art, des médias et de l’industrie ». Les réseaux pédophiles y étaient décrits, ainsi que les rabatteurs et les « clients » abjects, violeurs d’innocence. Elle ajoutait, sans jamais retenir sa plume, rare de nos jours : « Les jeunes femmes du répertoire de Jeffrey Epstein : peccadilles ». Le grand déballage ne faisait alors que commencer. Pour mon article intitulé « Amour mineur : toute la noirceur du monde », paru dans Causeur, j’avais questionné NVM qui m’avait révélé que Moerkerkenland était un pseudonyme signifiant « le pays des églises murées » en néerlandais. Elle avait également précisé qu’elle était devenue ghostwriter pour des personnalités influentes, ce qui ne m’avait pas étonné tant son style est fluide et ses formules percutantes.

Vaches et petits hommes gris

NVM nous revient avec un roman totalement différent mais tout aussi passionnant. Honoré, le personnage éponyme, est un paysan qui résiste sur les mille hectares de ses ancêtres. Ses terres, faites de vallons et de plaines, sont désormais sans bovins. Les vaches, qu’il appelait par leur prénom, donnaient le lait et la viande. C’était le plus beau troupeau des plateaux. Les fonctionnaires de l’UE ont fini par s’en emparer. Comme d’autres agriculteurs, ceux que les citadins nomment avec dédain les paysans, ils ont été pris dans l’engrenage de l’endettement pour mécaniser l’exploitation et respecter les nouvelles normes de plus en plus contraignantes. Le vieux tracteur asthmatique a été remisé au profit d’un tout rutilant, avec clim, écran tactile et GPS intégré. Pourtant, le vol des busards, dans le crépuscule d’été, décrit toujours la même trajectoire. La logique de Bruxelles et des exécutants en gris ont eu raison de ce que Richard Millet appelle Ma vie parmi les ombres (Folio 4225). Le père d’Honoré, croyant sauver ses terres et ses troupeaux, avait été happé par la machine infernale. Il avait fini par se pendre à son plus bel arbre. La raison économique avait emporté la dignité du paysan pourtant dur à la tâche. Pire, les normes absurdes avaient détruit le paysage façonné par les hommes. Déboiser, dégrader la diversité floristique, bétonner le sol en pisé des étables, etc. Le constat dressé par NVT est accablant et nous serre les tripes, surtout quand on connait le monde qu’elle décrit. On est passé d’un système déclaratif du bétail à un système de surveillance aérienne qui affole les animaux. « Une naissance déclaré en retard ou un veau de plus de sept jours non bouclé entraînaient des pénalités », ajoute NVM.

Nos racines arrachées

Honoré assista, résigné, à la confiscation de ce qui fut le sel de sa vie. Un ami éleveur n’eut pas la même attitude. Il s’emporta et les gendarmes, au bout de deux jours de traque, l’abattirent de trois balles dans le dos. Les paysans doivent disparaître, la civilisation millénaire avec eux. Il faut effacer les racines, briser les liens de solidarité, renforcer l’individualisme. Le médecin de famille n’existe plus, les églises sont vides, l’école a fermé, la Poste aussi. La fille d’Honoré et d’Hermine, qui repose au cimetière du village, est partie pour la grande ville, comme dans la chanson de Jean Ferrat. Les enfants de néoruraux sont logés dans du parpaing. Le poulet surgelé ukrainien sous cellophane semble leur convenir. Comme l’écrit NVM, à propos des paysans vaincus par le capitalisme : « Pourtant, même ces désespérés étaient dotés d’un raffinement que nous ne soupçonnons pas. »

L’écriture de NVM flirte avec la prose poétique. Les descriptions de cette nature que recouvrira la folie du fric, bouleversent. Certaines phrases claquent : « Les hommes pensent le monde, les femmes le portent. » Ou encore : « La vie sans vaches ressemblait à un ragoût figé dans la graisse froide. » La beauté est là, et on ne sait plus la contempler, comme on ne sait plus écouter les messages du vent.

Honoré reste seul avec son chien. Un érable pousse au milieu de sa maison. Les mauvaises herbes envahissent le toit de lauze. Mais il tient bon, respire l’air pur qui agit comme une drogue. Il reste un homme libre, malgré son existence rébarbative, dans un tableau dont on ignore le nom de l’artiste : « Le jour s’évanouit en rosissant. Et le crépuscule déploie des odeurs minérales de muscade et de fleurs séchées. Un air iodé aux relents de pierre chaude. » Sur le domaine de l’Amadou, celui de l’homme seul accompagné de son chien, il y a des sarcophages de granit taillés à l’époque mérovingienne. Ils regardent, impavides, les feux fragiles du monde paysan.

176 pages

Honoré

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PPE: le président Macron veut-il vraiment sacrifier la France à son plan de carrière?

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Saint Nazaire, 22 septembre 2022 © Sebastien SALOM-GOMIS/SIPA

Beaucoup imaginent que le président Emmanuel Macron songe désormais, pour l’après, à la présidence de l’Union européenne. Et, après le parachutage controversé d’Amélie de Montchalin à la Cour des comptes, qu’il chercherait à placer des personnalités de gauche à des postes clés afin de verrouiller l’État de droit, appelé à être prochainement confronté à un exécutif populiste.


Longtemps j’ai haussé les épaules. Emmanuel Macron à la tête de l’Europe ? Encore un délire complotiste ! Qui voudrait de lui après tous ses échecs ? De Riga à Séville, on sait que ses succès se comptent sur les doigts d’une main coupée en deux : Notre-Dame et les Jeux Olympiques, et ses ratages sur les doigts et les orteils d’une famille nombreuse. Le dernier : un ahurissant budget socialiste concocté par son homme-lige Sébastien Lecornu afin que tous deux puissent se cramponner jusqu’à la dernière seconde aux palais de la République.

Ce qu’Allemagne veut…

La Programmation Pluriannuelle de l’Energie me plonge dans le doute. Le président préfèrerait-il son plan de carrière aux intérêts de la France ? Cette programmation a été expliquée le 13 février sur le site économie.gouv.fr sous le titre : “PPE, planifier la décarbonation de la France”. Nous allons conjointement accroître les énergies renouvelables (soleil et vent) et développer le nucléaire. Formidable, avec toute cette électricité, nos factures vont s’effondrer et les industriels français retrouver le sourire ! Eh bien non ! Par un de ces tours de passe-passe habituels du sieur Carabistouille, c’est exactement le contraire qui va arriver. Il faudra payer très cher à des fournisseurs étrangers les panneaux solaires et les éoliennes qui vont se multiplier (sauf en face du Touquet) parce que l’Europe, l’Allemagne et les écologistes le veulent. Quant aux centrales nucléaires françaises, elles devront baisser de régime et laisser passer en priorité sur le réseau ce qu’il plaira au vent et au soleil de produire. Or celles-ci ne sont pas faites pour fonctionner en yoyo, des ingénieurs pensent même qu’elles courront des risques d’accident. Donc factures en hausse et palpitations cardiaques chez les voisins des centrales. Et comme la PPE n’est pas soumise au vote du parlement, le gouvernement va l’imposer.

Au fond, peu importe que les Européens croient ou pas que le président Macron succèdera à Ursula von der Layen. Il y croit, lui, et agit en fonction de cet objectif.   Peut-être en toute bonne conscience, imaginant qu’une Europe fédérale profiterait à la France dans un futur plus ou moins éloigné. Il a tort, aussi bien à long terme qu’à court terme.

Le couple franco-allemand a divorcé depuis belle lurette

Qu’on le déplore ou qu’on s’en réjouisse, l’Europe ne sera jamais une puissance fédérale comme les Etats-Unis d’Amérique. L’expérience de dix-neuf ans de traité de Lisbonne nous l’enseigne : les particularités nationales demeurent indéracinables. Le couple franco-allemand n’existe plus depuis longtemps, les opinions des deux pays divergent sur tous les sujets. Le plus évident : la fourmi allemande entasse soigneusement des monceaux de choucroute et de bretzels, tandis que la cigale française, ayant tué tout l’été ses agriculteurs, se retrouve bien affamée quand souffle la bise des hausses d’intérêts. Les Tchèques ont divorcé des Slovaques, les Belges ont bien de la peine à tenir ensemble, entre Flamands, Wallons et islamistes. La France est saturée d’immigrés, l’Espagne en redemande et va régulariser 500000 d’entre eux dont 80% de latino-américains, hispanophones et catholiques directement assimilables. Les 20% restants iront chez nous, merci Pedro, ils ruineront un peu plus nos finances et notre cohésion nationale. La gouvernance progressiste de l’Europe, en refusant de lutter contre l’immigration, a elle-même saboté le projet unitaire. Bruxelles ne sera jamais Washington, Macron ne sera jamais président de notre continent, à la rigueur du club des boulistes du Touquet. Certes la paix, l’euro et la coopération économique sont de beaux acquis à conserver. Les mantras gaulliens m’agacent parfois, mais il faut reconnaître que « l’Europe des nations » est une idée visionnaire qui s’imposera de plus en plus.

L’Etat de droit, c’est plus fort que toi

Et à court terme ? A court terme, il faudrait neutraliser le plan diabolique d’Emmanuel Macron (“Dieu parmi les hommes” en hébreu, pfff…) qui veut savonner la planche gouvernementale pour que Marine Le Pen ou Jordan Bardella y glissent dès leur arrivée au pouvoir. Impossible de douter de l’élection de l’une ou de l’autre à la présidentielle de 2027, l’immobilisme total du gouvernement actuel et de ses supplétifs de gauche dans les Conseils, Cours et tribunaux de la République empêcheront la moindre amélioration dans les domaines essentiels de l’immigration et l’insécurité. Partout dans notre beau pays fleuriront home-jackings, viols de grands-mères, coups de couteaux, tueries narcotrafiquantes avec victimes plus ou moins collatérales. Si c’est Bardella, il a des chances de passer au premier tour, inutile qu’il peaufine son débat d’entre les deux tours. Ensuite, entrée en scène des corbeaux socialistes perchés sur leurs fromages du Conseil de ceci, de la Cour de cela : « Ah non, vous ne pouvez pas proposer cette loi, ni préparer cette réforme ! Remplissez d’abord les douze formulaires (en écriture inclusive, s’il vous plaît) et d’ici six mois nous vous donnerons un agréement qui vous permettra de nous la proposer en 2035 ». « Trop de délais ? Mais c’est ça, l’Etat de droit, monsieur Bardella ! ».

Après les élections de l’an prochain, il ne faudrait pas un coup d’Etat, il faudrait juste un petit passage momentané au-delà de la ligne rouge. On pourrait par exemple organiser un spoil system à la française. A chaque nouvelle élection américaine, le gagnant impose un nouveau personnel dans la haute administration. Amélie de Montchalin pourra se retirer dans son château familial, y faire de la dentelle et de l’aquarelle, Richard Ferrand pourra retourner dans sa Basse-Bretagne et y ferrer les chevaux de ferme. Ah les charmes de la vie aux champs, modeste et sage !

S’il faut des arguments moraux à la sortie de l’Etat de droit, on pourra rappeler le “summum jus, injuria summa”, “le comble du droit, c’est le comble de l’injustice” de Cicéron, expert en droit romain. On pourra dire avec Saint Paul aux Corinthiens que “la lettre tue et l’esprit vivifie”. Et surtout, quand ils seront au pouvoir, les gens de droite devront impérativement cesser d’être droits, il leur faudra apprendre à fourbir de ces petits coups tordus à la socialo, de ces chères manipulations obscures qu’on adore à gauche. Allez-y les droiteux, de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace, emparez-vous de ce conseil d’un homme de gauche.

La Jeune Garde est-elle la milice de la France insoumise?

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Les appels à la démission se multiplient contre Raphaël Arnault (ici photographié à Paris en mai 2025) dans la classe politique © ARNAUD CESAR VILETTE/SIPA

Des enquêtes et faits divers récents suggéreraient déjà des liens entre militants antifas proches de la Jeune Garde, narcotrafic et actes de violence variés sur le territoire national. Les soutiens politiques de l’extrême gauche – ou a minima sa position complaisante – envers ces milieux ne datent pas d’hier. Révélations.


Bien davantage que les faits avancés autour du lynchage de Quentin Deranque (qui méritent encore d’être vérifiés par l’enquête), ce qui éclaire sur la Jeune Garde, et l’acharnement de Mélenchon à la soutenir, ce sont les résultats d’enquêtes précédentes, sur des exactions comparables de cette mouvance.

Ainsi, dans le cadre d’une enquête sur une série d’agressions violentes commises à Toulouse et ses alentours par des « antifas » proches de la « Jeune Garde », le RAID a appréhendé à leur domicile le 14 mai 2024 cinq membres de l’« Offensive révolutionnaire antifasciste » (ORA). Ils ont aussi découvert avec stupeur près de quatre kilos de résine de cannabis, dix-sept kilos d’herbe, du matériel de traitement de la drogue et 15 000 euros en petites coupures, révélant un véritable « trafic de stupéfiant industrialisé », selon une source proche de l’enquête. L’affaire a eu un certain retentissement, mais en tant que simple fait divers… Pourtant, d’autres faits suggèrent une lecture bien différente de la relation entre l’extrême gauche, le narcotrafic et la violence dont est mort Quentin.

Touche pas à mon dealer

A Lyon, par exemple, bastion de la « Jeune Garde » de Raphaël Arnault, l’hebdomadaire Le Point signalait déjà en décembre 2023 « le rôle trouble des antifas » dans le trafic de drogue, en particulier dans le quartier tristement connu de la Guillotière et de la place Mazagran. Le journaliste Bartolomé Simon constatait alors comment les antifas « aident les migrants et les squatteurs sur le point de deal local », les protégeant notamment des interventions de la police. La situation n’avait pas changé un an plus tard quand, retournant sur place, l’hebdomadaire rapportait que le mercredi 9 avril 2025 encore, en soirée, plusieurs antifas attablés au bar d’extrême gauche local se sont opposés physiquement à l’interpellation d’un dealer.

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Même chose à Paris où, lors de la fermeture du Saint Sauveur, bar antifa emblématique de la capitale, l’Observatoire des violences politiques rapportait en janvier 2025 qu’il n’avait pas seulement été pendant près de vingt ans le quartier général de l’Action antifasciste Paris-Banlieue, mais aussi un lieu associé au trafic de drogue. A travers son tenancier, notamment, Julien Terzics, chef historique des redskins français, réputé pour jouer les intermédiaires et les dealers entre le milieu des bikers et le squat gauchiste L’Usine à Genève. Ou David Patrice, militant de l’AFA arrêté à deux reprises pour des faits liés à de la drogue dure dans la rue des Panoyaux. Des cas dont la répétition mènera à plusieurs fermetures administratives à partir de 2020, avant sa fermeture définitive, en présence de Jean-Luc Mélenchon et de son garde du corps Hazem El Moukaddem, le patron des antifas marseillais.

Un homme justement dont le fief historique à Marseille est le quartier de la Plaine, dont il est réputé être le « parrain »… Là encore un haut lieu du trafic de drogue… Une coïncidence entre fiefs antifas et narcotrafic que relevait également à Grenoble le procureur de la République, Éric Vaillant, dans son discours de départ en janvier 2025. Enfin, à Rennes aussi, en mars 2025, ce sont encore des antifas qui ont empêché l’interpellation de délinquants par la police dans le quartier de Cleunay, miné par le trafic de drogue.

Les curieuses attaques de prison de l’année dernière

Mais là où cette question de la relation entre antifas et narcotrafic s’est posée avec le plus d’acuité, c’est lors des attaques terroristes menées contre le système pénitentiaire français et ses agents en avril 2025. Soixante-cinq faits ont été enregistrés, attribués pour la plupart à un mystérieux groupe DDPF (Défense des droits des prisonniers français)… Et l’enquête a mené à l’arrestation de vingt-cinq personnes, liées pour certaines au réseau de narcotrafiquants de la DZ Mafia.

Néanmoins, des interrogations subsistent qui, dès le départ, ont naturellement fait soupçonner une piste plus politique. D’abord le modus operandi d’attaques simultanées partout en France, inédit chez des narcotrafiquants (le plus souvent très isolés, aussi bien par un ancrage très local que par les féroces

rivalités qui les opposent), mais déjà observé dans les mouvances d’ultragauche. Comme fin juillet 2024, lors des opérations simultanées de sabotages du rail et des réseaux télécoms… Ou en décembre 2020, où sept membres de l’ultragauche avaient été mis en examen pour terrorisme (et cinq d’entre eux écroués), pour avoir projeté une action violente visant les forces de l’ordre et les militaires.

Une autre anomalie était le discours, très éloigné de la culture des trafiquants de drogue, et beaucoup plus conforme à la logorrhée antisystème de l’ultragauche, et ses relents de droits-de-l’hommisme dévoyés. Le discours aux accents de « crève-la-taule » que tiennent précisément aujourd’hui les mouvances antifas pour réclamer la libération de leurs camarades narcotrafiquants de Toulouse « injustement » emprisonnés depuis le 14 mai 2024.

Un discours étrangement proche de celui que tiennent les élus de la France insoumise aussi bien sur le système carcéral que sur le narcotrafic. Au-delà des cas médiatiques de Louis Boyard évoquant son passé de dealer ou d’Andy Kerbrat surpris en train d’acheter de la drogue à un mineur avec son indemnité parlementaire, il faut en effet lire en détail ce qu’écrivent les insoumis, en particulier sur la légalisation de la drogue, qu’ils réclament, mais en militant – à l’instar de Sébastien Delogu – pour qu’on en confie la vente aux dealers auparavant condamnés (délicatement désignés comme « personnes pénalisées auparavant »). On retrouve la même sollicitude à l’égard des dealers dans leur opposition à la répression du narcotrafic (comme l’actuel candidat LFI à Grenoble, Allan Brunon, ou celui de Saint-Denis, Bally Bagayoko), au nom de la dignité des trafiquants de drogue, du respect de leur vie privée et de la lutte contre la précarité des « petites mains ». Antoine Léaument allant même jusqu’à comparer la culture du cannabis à la viticulture. Quel est le sens de cette victimisation grotesque d’une délinquance dont l’actualité offre pourtant chaque jour des exemples plus horribles d’une escalade criminelle de plus en plus meurtrière ?

Complaisances

C’est en réalité très simple, et dans la droite ligne de la complaisance qu’a soudainement commencé à montrer Mélenchon à l’égard de l’islamisme après son échec aux présidentielles de 2017, quand Éric Coquerel l’a convaincu que les voix qui lui avaient manquées alors étaient celles des « quartiers populaires »… C’est-à-dire ces quartiers à très forte proportion d’immigrés, gangrénés par l’islamisme… Mais aussi par le trafic de drogue ! Faute de pouvoir s’y implanter avec un discours gauchiste n’ayant pas la moindre chance de séduire ces populations, il fallait s’y appuyer sur ceux qui les contrôlent.

D’où la conversion spectaculaire de Mélenchon à la lutte contre une « islamophobie » qu’il dénonçait encore la veille comme une escroquerie intellectuelle… Et une complaisance similaire à l’égard du narcotrafic, viatique de ce nouveau prolétariat de substitution.

D’où également le rôle capital pour LFI que joue dans ces « territoires perdus de la République » la Jeune Garde, fédérant autour d’elle les « antifas », aussi proches des dealers et des islamistes qu’agressifs à l’égard des juifs (en mai 2024, et déjà en marge d’un meeting de Rima Hassan, ils s’étaient mis à huit pour s’attaquer dans le métro parisien à un garçon juif de quinze ans). C’est précisément Rima Hassan (qu’accompagnaient à Lyon les militants de la Jeune Garde ayant tué Quentin) qui est ici en pointe, s’en prenant notamment au socialiste Ariel Weil à Paris.

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D’où enfin la nature de « mouvement gazeux » de LFI, si pratique pour camoufler les relations troubles et les financements occultes. Mélenchon n’est plus dans une stratégie électorale, mais insurrectionnelle. Ce qu’indiquait l’assistant de la députée LFI Ersilia Soudais, Ritchy Thibault appelant en 2025 à « l’intifada dans les rues de Paris », en constituant « partout dans le pays des brigades d’autodéfense populaire » contre l’« islamophobie ». Voilà pourquoi la Jeune Garde, qui utilise dans ses discours, la même expression d’« autodéfense populaire » encore reprise aujourd’hui par Manuel Bompard lui est indispensable.

Mieux que tout discours, elle traduit la régression phénoménale de cette prétendue gauche à ses racines, dont le fascisme n’a eu qu’à s’inspirer : la haine d’une « race juive » incarnant à ses yeux le capitalisme à travers les Rothschild, qui lui a fait construire au 19ème siècle cette doctrine de l’antisémitisme, par laquelle le marxisme a unifié le mouvement révolutionnaire ouvrier. Mais aussi le putsch de la « révolution bolchévique » de 1917, préfigurant ceux de Mussolini en 1922 et d’Hitler en 1923. L’invention d’une police politique – la Tchéka – que copiera plus tard la Gestapo. La culture de violence de rue par des groupes paramilitaires, dans une « terreur rouge » où Trotski a inventé le goulag, imité plus tard par les camps de concentration nazis.

On ne comprend rien au trotskisme de sa jeunesse auquel est revenu Mélenchon tant qu’on ne saisit pas qu’il a été la matrice de laquelle sont nés, par hybridations successives et en moins de dix ans, de 1917 à 1927, tous les totalitarismes : communisme, fascisme, nazisme, islamisme… Même antisémitisme, même déshumanisation criminelle des opposants, même aversion de la démocratie parlementaire et du débat, même culte de chef, même embrigadement dans des milices paramilitaires, même stratégie insurrectionnelle… Jusqu’au logo de la Jeune Garde, exactement identique à celui des groupes de nervis où a fait ses débuts dans l’entre-deux guerres le « père » en politique de Mélenchon, le trotskiste Pierre Boussel, dit « Lambert »… qui devint collabo des nazis pendant la guerre au sein du Rassemblement national populaire (RNP) de Marcel Déat, ancien socialiste rallié au fascisme, partisan d’une « Europe nazie unifiée », pour « protéger la race ».

Canailles et racailles: de la prospérité des ultras

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La chef des députés lfistes à l'Assemblée Mathilde Panot et des militantes de la nouvelle France photographiées à Marseille le 19 juin 2025 © Alain ROBERT/SIPA

Notre chroniqueur, qui s’était absenté des pages de Causeur pour des raisons qui lui appartiennent, jette sur l’actualité de ces derniers jours, en particulier le meurtre de Quentin Deranque, un regard lucide et quelque peu narquois.


Il faut aller voir ce qu’écrivent les soutiens de la Jeune Garde, ce groupuscule de nervis d’extrême-gauche, cette émanation de LFI dans sa vérité dernière. Mathilde Panot demande la protection de la police contre les donzelles du groupe Nemesis — sinon, dit-elle, « ça va mal finir ». Faut-il avoir peur de Panot ?

Elle n’est pas la seule à inverser les responsabilités. Connaissez-vous Serge Quadruppani ? Auteur de romans policiers de gauche, excellent traducteur des aventures du commissaire Montalbano d’Andrea Camilleri, il a publié sur Facebook une longue justification de ceux qu’ils appellent ingénument des antifascistes. Le réseau social lui a fait prudemment retirer sa diatribe, qu’il a remplacé par une version édulcorée:

« Ce ne sont pas les fafs, héritiers du « Viva la muerte » franquiste et qui pratiquent si volontiers le tabassage à plusieurs, ce ne sont pas eux qui devraient la ramener sur le sujet. A tous les antifascistes de mener une réflexion là-dessus : comment se protéger des gens qui aiment la mort (surtout celle des autres) sans risquer soi-même de la donner, ni trop compter sur les flics qui, en matière de tabassage à terre ont depuis longtemps montré leurs compétences et leurs préférences quant aux cibles. »

Voilà. Il y a les bons et les méchants fascistes. Les bons sont à gauche, et ils peuvent bien faire ce qu’ils veulent tant qu’ils ont pour but de contrer les méchants, qui sont à droite. Le temps est immobile pour les idéologues, et hier, c’était demain.

Ainsi, quelques jeunes filles protestant contre la venue à l’IEP de Lyon, nid de racailles islamo-gauchistes, de Rima Hassan, égérie de tous les antisémites d’aujourd’hui, forment une cible légitime pour une douzaine de « Jeunes Gardes » qui se sont donné pour tâche d’éradiquer l’hydre fasciste…

Et notre septuagénaire décati d’ajouter, à propos de la minute de silence de l’Assemblée nationale suite à la mort de Quentin Deranque :

« La gerbe. Ça va trop vite pour moi. Une minute de silence en l’honneur d’un jeune membre d’organisations racistes, antisémites, violentes, mort dans une de ces confrontations que les organisations en question ne cessent de chercher. Pas une fois l’Assemblée nationale n’a observé une minute de silence pour les victimes de meurtres racistes. Cette fascisation accélérée de la vie publique ne serait pas arrivée sans la complicité de l’extrême centre. »

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Nous sommes là au pinacle de la pensée trotskyste qui chante les mérites de l’internationalisation des luttes, juste comme les capitalistes se sont mis à chanter les mérites de la mondialisation. Les trotskystes sont le bras gauche des prédateurs ultra-libéraux.

Au passage, je suggère au lecteur de peser ce qui dans la gauche actuelle vient du trotskysme, cette déviation de la pensée marxiste. Ou du lambertisme, qui a théorisé l’entrisme dans les paris « bourgeois », de Mélenchon à Lionel Jospin ou Jean-Christophe Cambadélis : le PS est infesté de ces racailles qui se croient malignes parce qu’elles trompent Olivier Faure, et lui imposent des alliances de second tour en lui faisant miroiter la réélection de quelques canailles.

Ce qui est bien plus remarquable, c’est que ce meurtre révèle de l’inversion orwellienne de toutes les valeurs. Ça a commencé à l’école, où l’on sait depuis quarante ans que « l’ignorance, c’est la force ». Ça se continue dans le champ politique : les fascistes, les vrais, les vrais criminels, sont aujourd’hui à gauche. La guerre civile larvée, que je dénonçais jadis, se transforme sous nos yeux en affrontement direct.

Je ne nie pas qu’il subsiste à l’extrême-droite quelques têtes creuses qui se croient encore avant-guerre. Le rugbyman Federico Martin Aramburu est tombé le 19 mars 2022 sous les balles de deux nervis qui se sont crus malins — et qui seront jugés pour ce crime en septembre prochain. Mais institutionnellement, la violence aujourd’hui appartient à l’extrême-gauche, qui a adopté les méthodes de l’extrême-droite d’autrefois : la roue a tourné à 180°.

Un point encore : si les extrêmes progressent, c’est que « l’extrême-centre », comme dit Quadruppani, s’est effondré. Hollande puis Macron ont anéanti la possibilité même de voir émerger un esprit quelque peu supérieur. Comment voter pour un tel ramassis de petites pointures, de Retailleau à Glucksmann, d’Attal à Bardella ?

Clemenceau me manque…


PS. Pour ceux qui n’étaient pas là en 1968, « La Jeune garde » est un chant révolutionnaire écrit entre 1910 et 1912 par Gaston Montéhus, un chansonnier de gauche d’avant la Première guerre mondiale (à noter qu’il a rejoint l’Union sacrée en 1914). C’est typique des trotskystes, cet entrisme musical, cette récupération d’un chant marxiste pour en faire le nom d’un groupuscule antisémite. Qu’en aurait pensé Marx ?

Mon voisin le djihadiste

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Paris, 2018 © Francois Mori/AP/SIPA

Le Parquet national antiterroriste alerte: 35 détenus pour terrorisme islamiste sortiront de prison en 2026, portant à 339 le nombre de libérations depuis 2021, avec une proportion de profils violents qui devrait dépasser 50%, a averti son chef Olivier Christen dans Le Monde[1]. L’exemple de Brahim Bahrir, qui a attaqué des gendarmes à l’Arc de Triomphe seulement six semaines après sa libération malgré une surveillance étroite, illustre brutalement le risque immédiat de récidive. Que faire ?


D’après le Parquet national antiterroriste (PNAT), pas moins de 35 terroristes islamistes sortiront de prison en 2026. Qui s’ajouteront aux 46 libérés en 2025, parmi lesquels Brahim Bahrir, qui a attaqué des gendarmes au couteau à l’Arc de triomphe vendredi dernier. Il avait été condamné en 2013 pour un attentat tout à fait similaire à Bruxelles.

Epineuse question

Depuis sa création en 2019, le PNAT a instruit 101 procès d’assises. 340 détenus ont été libérés. Et ils seront de plus en plus nombreux et dangereux dans les années qui viennent (la vague des condamnés de 2015 arrive…). En prime, en Syrie, nous avons abandonné les Kurdes qui gardaient emprisonnés des milliers de djihadistes et que les soldats d’Ahmed Al-Charrah, le nouveau président, ont laissé filer. Potentiellement des centaines de terroristes islamistes se baladent donc dans la nature.

Cette question des sortants de prison est particulièrement épineuse. Pas d’anomalie ni de laxisme ici. Ils ont purgé leur peine. Tous sont soumis à un contrôle judiciaire et administratif. Le PNAT fait du sur-mesure. Concrètement, ça consiste à pointer à la gendarmerie. Ça n’empêche pas de recommencer. Le PNAT communique pour montrer qu’il n’y a pas de trou dans la raquette. Le problème, c’est la raquette. Ces sortants ont recouvré le droit fondamental d’aller et venir. Donc la possibilité de récidiver.

L’illusion de la déradicalisation

Mais que faut-il faire ? C’est un sacré casse-tête. La loi a déjà été durcie. Dans le cadre de l’état de droit, on ne peut pas faire grand-chose de plus sinon renforcer le suivi, ce qui demande plus de policiers. Commençons par renoncer au bobard de la déradicalisation et aux programmes afférents. On ne sait toujours pas extirper les mauvaises idées et les pulsions meurtrières des cerveaux humains. Une proportion inconnue des sortants rêve encore de djihad et on n’y peut rien.

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Un ami me suggère que ces criminels ont pris les armes contre nous au nom d’une entité étrangère et doivent être traités comme des prisonniers de guerre. Et préconise qu’on les garde tant que la guerre n’est pas finie. C’est un peu tiré par les cheveux et ça supposerait de créer un Guantanamo en France – j’imagine déjà les palabres parlementaires.

Il y a aussi la solution à l’israélienne, c’est-à-dire l’exécution méthodique des terroristes traités en ennemis (comme les Israéliens l’ont fait pour les tueurs de Munich ou sont en train de faire pour ceux du 7-Octobre). Déradicalisation assurée. Le président Hollande a bien ordonné quelques assassinats ciblés, mais c’était en Syrie. Chez nous, nous sommes bien élevés.

Inutile de s’affoler. Le risque de tomber sur un de ces individus est statistiquement très faible. Si l’Etat ne sait pas quoi faire, on peut toujours compter sur la chance.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio


[1] https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/02/17/terrorisme-islamiste-le-suivi-des-sortants-de-prison-au-centre-des-preoccupations-de-la-justice_6667030_3224.html

Meurtre de Quentin: le point de détail de l’extrême gauche

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Les adversaires idéologiques des lfistes comptent sur la mort de Quentin Deranque pour les décrédibiliser pendant des années et les éloigner du pouvoir – comme autrefois la petite phrase du leader du FN sur les chambres à gaz.


Aux marges des gauches, sévissent tous les « non affiliés » autonomes des grands partis et mouvements, qu’ils soient communistes libertaires, trotskistes indépendants ou anarchistes. Ce sont ces gens qu’on retrouve dans les squats, dans les zones autonomes à défendre ; sabotant les chemins de fer et les infrastructures critiques, agressant dans les rues les « fafs » et ceux qui auraient le malheur de leur ressembler. Dans les années 1970, sous les noms des Brigades Rouges ou d’Action Directe, ils étaient ouvertement terroristes. La « Jeune Garde » en est un avatar moderne et embourgeoisé, inspiré par la culture hooligans et skinhead – casual. Une version puérile en modèle réduit, mais bel et bien dangereuse. Elle a tué Quentin en lui piétinant le crâne sur un trottoir… mais elle n’en était pas à son coup d’essai.

Les harcèlements dans les amphithéâtres des facs se sont multipliés ces dernières années

L’utilisation de la violence est théorisée depuis l’origine par les « antifas », branche des « totos » de la grande famille des gauches.  Cette violence n’est pas employée uniquement à des fins défensives comme tentent vicieusement de le faire croire les caciques de la Jeune Garde ; à commencer par leur président et fondateur, le député insoumis Raphaël Arnault. Leur violence est offensive, ciblée. Elle vise quiconque, notamment parmi les jeunes fréquentant les universités, semblera à leurs yeux trop à droite. Les cas de harcèlements de jeunes de droite, voire du centre, et les violences bien concrètes, sont multiples et fréquents depuis plusieurs années. Raphaël Arnault a lui-même été condamné définitivement pour des faits de violence en 2025. Si Quentin n’était pas mort, il n’y aurait peut-être même pas eu de plainte… La plupart de ces faits passent sous les radars. Les policiers ne regarderont plus ces affrontements de rue comme relevant d’un jeu entre les gendarmes et les voleurs, occupant des étudiants oisifs et plutôt bourgeois des deux bords. Il s’agira maintenant de considérer que tout cela constitue un grand trouble à l’ordre public.

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L’autodéfense populaire défendue par l’extrême gauche est en réalité le cache-sexe d’une milice urbaine pensée pour traquer, effrayer et museler. Mais rien de tout ça n’est une découverte. Les antifas s’en vantent depuis longtemps. Animés par un profond sentiment d’impunité doublé d’un fanatisme sectaire, ils ne touchent plus terre depuis l’élection de l’un des leurs à l’Assemblée nationale. Si cet embourgeoisement leur a été reproché par des mouvements plus durs sur le plan idéologique, véritablement révolutionnaires plutôt que centrés sur la criminalité urbaine, il a offert à la Jeune Garde la puissance d’un groupe politique parlementaire et le réseau profond qui va avec.

Même Ruffin est trop facho pour eux

En échange, Jean-Luc Mélenchon a reçu une véritable petite milice à ses ordres. Une force de frappe militante qui intimide aussi à gauche. François Ruffin en a d’ailleurs fait les frais lors de la fête de l’Huma, accueilli sous les huées et aux cris de « Siammo tutti antifascisti » … Dans Le Parisien, un ancien membre de la Jeune Garde témoigne d’une dérive qui était prévisible : « Raphaël, ce n’était pas possible. J’ai fait comme Cem, on s’est mis sur le côté. On ne s’est pas fâchés en frontal mais on savait que ça allait péter. Raphaël, on savait qu’il allait sauter un jour. Par exemple, on savait tous pour son procès (Raphaël Arnault a été condamné en 2022 pour violences en réunion, puis définitivement en 2025). Il se vantait même d’avoir chopé une circonscription et d’être passé inaperçu. » Un militantisme premier degré, sûr d’une conviction : le nazisme serait à nos portes et tous les coups sont permis.De quoi rappeler les années 20 allemandes, où la radicalité du parti communiste contribua pour beaucoup à la future victoire du NSDAP. Voilà peut-être qui pourrait faire méditer l’extrême gauche, si elle n’était pas aussi fanatique et inaccessible à la raison.

Jean-Luc Mélenchon sait donc parfaitement avec qui il nouait un pacte aux élections législatives anticipées en 2024. Il embrassait le mythe « autonome », l’incluait dans la famille de la gauche électoraliste. Et les partis sociaux-démocrates n’ont finalement rien dit, trop excités à la perspective de conserver et de gagner des sièges au sein d’un cartel, se disant sûrement qu’ils pourraient se détacher bien vite de ses encombrants partenaires. Voilà leur salaire : un point de « détail » façon Jean-Marie Le Pen années 1980, un détail qui collera longtemps à la peau de LFI. François Hollande ne s’y est pas trompé, déclarant solennellement que l’alliance avec les troupes de Mélenchon était désormais impossible et que le combat politique ne pouvait pas connaitre une autre forme que l’élection en démocratie.

Cela ne convaincra pas les insoumis, conscients qu’ils sont désormais lancés vers une course à la radicalité de laquelle ils ne peuvent plus se détourner. LFI est aujourd’hui le rassemblement de toutes les gauches ultras. La grande maison des chapelles trotskistes et des autres. Il n’y a plus de retour en arrière possible. Les réactions au lynchage de Quentin en témoignent. La plupart d’entre elles ont minimisé les faits, jusqu’au propre père de Jacques-Elie Favrot qui a déclaré son fils innocent et ne pas penser du tout à la victime pas vraiment innocente. Après tout, contre le mal, les antiméchants ont le droit d’attaquer, de tuer. Ils l’ont fait en 2024, assassinant à la sortie d’un bar un homme portant un tatouage d’une croix de Malte qu’ils avaient confondu avec une croix gammée[1]… Un cas ignoré d’une longue de liste de violences gratuites. 

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Il aura fallu un mort filmé pour que le grand public découvre enfin le péril de l’extrême gauche. Sans cela, les dossiers n’étaient pas médiatisés, voire moqués par les belles âmes ; il faut dire que les antifas ont longtemps servi de nervis, de supplétifs pour interrompre des conférences, ou dégrader les locaux d’adversaires. Ils seront enfin jugés à la hauteur de leur dangerosité. Onze individus sont passés devant la police, parmi lesquels cinq co-auteurs soupçonnés comprenant deux assistants parlementaires de Raphaël Arnault et l’un de ses anciens stagiaires. S’il était autrefois difficile de dissoudre les milices d’extrême gauche, nul doute que cet électrochoc accélèrera considérablement le processus. Demain, la Jeune Garde sera dissoute définitivement devant le Conseil d’Etat. Puis, après-demain, plus personne ne pleurera devant le démantèlement des zads et les expulsions de squats. L’impunité de l’extrême gauche, souvent vue avec un regard tendre et nostalgique, n’est plus.

Les conséquences seront majeures pour notre vie politique enfin débarrassée d’une ombre pesante et dangereuse. Mais aussi pour l’université qui pourra respirer. Il est bien sûr à craindre que cela alimente l’obsidionalité de mouvements paranoïaques, certains tomberont même dans la clandestinité voire le terrorisme, mais ce combat est nécessaire. La France a vécu un moment politique révolutionnaire ces derniers jours.


[1] Lyon : un homme tué lors d’une bagarre de rue dans le quartier de la Guillotière