Avec Martin Pimentel et Jeremy Stubbs.
Le Royaume Uni, autrefois maître des océans, est-il en train de couler? Le navire de guerre envoyé pour protéger Chypre contre des attaques iraniennes, le destroyer H M S Dragon (« His Majesty’s Ship »), est parti avec une semaine de retard et est arrivé à temps pour tomber en panne dans la Méditerranée orientale. La faiblesse de la réponse britannique à la crise au Moyen Orient est à l’image du pays actuellement : croissance économique très faible, services sociaux plus débordés que jamais, problèmes d’immigration clandestine qui s’aggrave de jour en jour (plus de 5 000 migrants ayant traversé la Manche cette année), difficultés sans nombre à intégrer les nouvelles populations, moral public en berne…
Ce n’est pas étonnant si cette situation négative a provoqué un bouleversement du paysage politique. Le système traditionnel, dominé par les Travaillistes à gauche et les Conservateurs à droite, est en train d’imploser. Non seulement le parti de Nigel Farage, Reform UK, a supplanté le Parti conservateur, mais les Greens – les Verts – dépassent le Parti travailliste sur sa gauche.
Selon le dernier sondage, Reform, les Verts et les Conservateurs seraient tous à 21%, avec les Travaillistes à 17% et les Libéraux-Démocrates à 9%. S’il y avait des élections législatives demain, aucun parti n’aurait la majorité. Il serait même difficile de voir une alliance possible qui arrive à une majorité.
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En l’occurence, il y aura des élections le 7 mai, à la fois au niveau municipal en Angleterre et au niveau des gouvernements dévolus en Ecosse et au Pays de Galles. Il est probable que les nationalistes écossais, au pouvoir depuis longtemps, gardent le pouvoir. En revanche, au Pays de Galles, depuis longtemps une citadelle travailliste, la majorité reviendra pour la première fois aux nationalistes gallois. Si, comme cela semble probable, le parti nationaliste irlandais, Sinn Féin, arrive au pourvoir en Irlande du Nord, où il y aura des élections en 2027, les trois pays auront chacun un gouvernement nationaliste, ce qui créera des problèmes pour le gouvernement central à Westminster.
Au niveau local, les Travaillistes – aujourd’hui largement majoritaires dans les conseils municipaux – risquent un effondrement cataclysmique, perdant jusqu’à un tiers de leurs élus. Il en va de même pour les Conservateurs. Certes, les Libéraux-Démocrates et – plus encore – les Verts en profiteront, mais on verra surtout la grande percée de Reform qui arrivera en deuxième position en nombre de sièges. Si le navire britannique n’a pas encore coulé, ceux qui se trouvent à bord ont perdu toutes leurs illusions quant à l’efficacité des politiques traditionnels et misent sur les nouveaux partis pour les garder à flot.
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