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Trump, Ormuz et les mollahs: fera-t-on la paix sans la chute du régime iranien?

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Juifs et Iraniens forment deux peuples qui ont un même ennemi, la tyrannie iranienne, observe Richard Prasquier.


La fête de Pessah vient de s’achever, une occasion d’utiliser son symbolisme (la matza vs le hametz, l’essentiel vs le marginal) dans un contexte géopolitique inhabituellement chaotique. Pensées pour le peuple israélien, dont une partie est soumise à d’épuisantes et répétitives courses aux abris acceptées avec stoïcisme.  Mais pensées aussi pour le peuple iranien, opprimé par un régime sanguinaire et dont le sort présente bien des analogies avec celui des Hébreux sous le règne de Pharaon.

Cette année ici, l’an prochain à Jérusalem, dit le rituel de Pessah. La première Alyah après celle de Moïse fut celle d’un groupe de judéens dont les ancêtres avaient été exilés après la prise de Jérusalem par les Babyloniens, et ce retour fut possible grâce au nouveau maitre de la Mésopotamie, le roi perse Cyrus. Nous connaissons non seulement la date (538 avant l’ère chrétienne), et le texte de son décret.

Plus tard, si la reine Esther n’a pas laissé de trace dans les annales, le Talmud de Babylone fut constitué dans un environnement iranien, et des spécialistes, tel l’Américain Chai Secunda, ont savamment analysé les points de confluence. 

Exils

L’époque moderne ne fut pas toujours idyllique pour les Juifs (pogrom et conversion forcée des Juifs de Meshed au XIXe siècle) mais en 1979 il y avait en Iran une communauté juive de près de 100 000 personnes dont les ancêtres étaient présents avant l’arrivée des Iraniens eux-mêmes, avec un régime qui entretenait avec Israël des relations officieuses notoirement cordiales. Tout cela a évidemment disparu avec l’arrivée de Khomeini.

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Aujourd’hui, alors que beaucoup de Juifs en diaspora s’interrogent sur l’avenir de leur présence, pour les Iraniens, l’exil a un visage double et tragique. Dispersion minoritaire pour ceux qui ont quitté le pays, exil intérieur pour l’immense majorité. Il suffit de 10 à 20% de soutiens du régime, familles de pasdaran ou de bassidj, privilégiés, ambitieux ou exaltés, pour diffuser des vidéos d’une résistance soi-disant unanime au grand et au petit Satan. Cela permet aux chancelleries de parler de «l’Iran» alors qu’il s’agit d’une mafia qui  a mis le pays en coupe réglée et qui plutôt que d’assurer à sa population un accès à l’eau potable a choisi d’orienter ses revenus pétroliers à la constitution d’un arsenal militaire démesuré et à l’armement d’alliés extérieurs à sa solde.

Le massacre de 40 000 manifestants, certains aujourd’hui disent 60 000, est d’une ampleur qui dépasse certains massacres de la Shoah parmi les pires, Babi Yar, Bogdanowka ou Erntefest. Et pourtant il n’a mobilisé aucune protestation populaire d’ampleur dans nos pays. La solitude des Iraniens crée une fraternité de destin avec les Juifs marqués par leur histoire. A Téhéran en janvier un manifestant âgé à qui on demandait s’il avait peur a répondu: «Peur de quoi? Je suis mort depuis 47ans!». C’était, au nombre d’années près, ce que pensaient les révoltés du ghetto de Varsovie.

Mojtaba, fils du Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, photographié à Téhéran le 31 mai 2019 © Vahid Salemi/AP/SIPA

Beaucoup ont cru, après un premier jour qui a vu l’élimination des principaux dignitaires du régime, que la mafia au pouvoir s’effondrerait rapidement sous les coups de boutoir des bombardements. Mais un régime qui se maintient par la terreur n’a que faire de l’hostilité populaire tant qu’il garde sous la main un noyau d’affidés prêts à mater une révolte à n’importe quel prix. Les appels de Trump sur ses réseaux sociaux encourageant les «courageux» Iraniens à se révolter ont malheureusement probablement contribué à envoyer une jeunesse à la boucherie. Le président américain avait vite oublié ces messages et n’a pas évoqué le changement de régime quand il s’est mis en guerre. 

Trump erratique ou tactique ?

Ceux qui dirigent l’Iran aujourd’hui ne sont ni des seconds couteaux, ni des pleutres. Ils ont été dans leur jeunesse d’enthousiastes partisans de Khomeini et ont eux-mêmes préparé la machine de guerre et de répression iranienne d’aujourd’hui. Ahmad Vahidi, chef des Gardiens de la Révolution et ancien ministre de la Défense aurait été le cerveau de l’attentat contre l’AMIA, en 1994 en Argentine. En face de lui, Ghalibaf, que certains prennent pour le «good cop» est très loin d’être un modéré, de même que Abbas Araghtchi, ministre des Affaires étrangères. Ces hommes sont des fanatiques, dont l’objectif est la suprématie du chiisme iranien dans l’islam et la suprématie de l’islam dans le monde, mais ils pensent à long terme et sont de redoutables négociateurs. Ils ont fait du détroit d’Ormuz le point crucial de la guerre alors que le président américain en avait minimisé l’importance en commençant son opération militaire («nous n’avons pas besoin d’y aller») avant de faire machine arrière («ouvrez ce foutu détroit!») et d’accepter un cessez-le feu au motif du chantage iranien sur le détroit. Le régime iranien était en misérable situation au moment du cessez-le feu, mais aidé par une sorte de complaisance admirative de la plupart des médias occidentaux, il parvient de faire croire que c’est lui qui mène le jeu et impose ses conditions. 

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A Islamabad les objectifs des Iraniens et des Américains sont incompatibles, et les palinodies et les rodomontades de Trump qui suggère un jour que les Etats Unis pourraient éradiquer toute la civilisation iranienne pour se proposer le lendemain comme partenaire dans le paiement de taxes à l’entrée d’Ormuz et le surlendemain réclamer de nouveau l’ouverture de ce détroit ont laissé ses soutiens dans la stupéfaction. Rares sont ceux désormais qui pensent qu’il n’acceptera aucune des prétentions iraniennes, qu’il gardera ses exigences inchangées et qu’il obtiendra la liberté de trafic dans le canal.

Je fais partie de ceux qui espèrent que les négociateurs américains resteront fermes et je suis convaincu que la paix, la vraie, ne viendra que d’un changement de régime. Devant la guillotine, Mme du Barry suppliait: «Encore un instant, Monsieur le bourreau!». Contrairement à d’autres, les Israéliens n’ont pas l’intention de mettre leur tête sur le billot et de laisser la théocratie iranienne développer des armements dont ils seront évidemment la première cible. Ils n’ont pas confiance dans les organismes internationaux et les accords de façade. Quoi qu’on prétende sur les vertus de la négociation, l’Accord de Vienne sur le nucléaire iranien qui ne disait mot des missiles n’a ralenti que très modestement les Iraniens dans la poursuite de leurs objectifs et ne serait de toute façon plus valide à date actuelle.  

Benjamin Netanyahu, qu’on l’aime ou non, a toujours été d’une cohérence absolue au sujet de l’Iran qu’il a toujours considéré comme la menace existentielle majeure que doit affronter Israël. Grâce à Trump et à l’extraordinaire partenariat que Tsahal a forgé avec l’armée américaine les moyens d’agression de l’Iran ont été drastiquement diminués. On a vu cependant à quelle vitesse les Gardiens de la Révolution savaient reconstituer leur potentiel militaire… Le peuple israélien et le peuple iranien ont un objectif commun: éliminer le régime sanguinaire actuel de Téhéran. Ce devrait être un objectif de l’ensemble du monde qu’on dit civilisé. Inutile de dire que ce n’est le cas que de manière incantatoire.

Retrouvez la chronique de Richard Prasquier sur Radio J.

Les mystères de Sophie

Avec Debout comme une reine, la journaliste Emily Barnett tente de percer les zones d’ombre qui planent toujours autour de l’assassinat de Sophie Toscan du Plantier. Un roman troublant et émouvant.


Dans la nuit du 22 au 23 décembre 1996, une femme est sauvagement assassinée non loin de sa maison, dans le comté de Cork, en Irlande. Elle a 39 ans. Son mari est un grand producteur de cinéma. Elle s’appelle Sophie Toscan du Plantier. L’affaire fait grand bruit. Emily Barnett, comme tout un chacun, est frappée par la violence du meurtre puis elle oublie. Jusqu’à ce qu’un documentaire, diffusé en 2022, la confronte de nouveau à cette tragédie qui, dès lors, ne cesse de la hanter. Et l’écriture s’impose. La journaliste du Monde mène l’enquête. Elle rencontre le fils de la victime, sa tante, se rend même sur les lieux du crime. On cherche toujours à comprendre la logique des bourreaux. Mais Emily Barnett veut comprendre celle de la victime. Pourquoi une femme qui a tout pour elle, un mari qui fait la pluie et le beau temps dans le cinéma français, une situation particulièrement aisée, un petit garçon qu’elle adore, choisit-elle de partir seule, à la veille de Noël, dans une maison perdue au milieu d’une lande hostile?

Une femme en quête d’authenticité

Cette question, ses proches se la posent encore. Emily Barnett, elle, tente d’y répondre. Elle s’en explique dans l’incipit de son livre : « Dans le cas d’une affaire criminelle non résolue, la fiction constitue le dernier refuge de la mémoire face à ce que nous ne saurons jamais. » Son intuition : il n’y a pas que des facteurs extérieurs, il y a aussi des facteurs intérieurs qui ont conduit Sophie Toscan du Plantier jusqu’à son agresseur. Ce qui intéresse la journaliste est moins le fait divers que la personnalité de cette femme, ses aspirations, ses fragilités, ses peurs. Une femme à l’opposé de cette vie parisienne faite de représentations et de faux-semblants dans laquelle son mari l’entraîne. Une femme en quête d’authenticité qu’elle trouve auprès des habitants de Schull, petit village irlandais connu pour sa tranquillité. Elle y achète une maison où elle imagine pouvoir vivre sans avoir à jouer un personnage. Elle lit Keats, Huysmans, Melville… Puis écrit des poèmes et des ébauches de romans. Emily Barnett en cite des extraits et l’on ne peut manquer d’être troublé par leur caractère prémonitoire. Il y est question d’une femme aux chevilles brisées. D’une autre défigurée. Un jour, Sophie Toscan du Plantier rencontre un Anglais. Ian Bailey. Narcissique notoire, journaliste raté, poète autoproclamé, il pense que la jeune femme va pouvoir l’aider à concrétiser ses rêves de gloire.

Elle le fera à son corps défendant, puisqu’en l’achevant à coup de pierres et de parpaing il finira par être connu dans le monde entier. L’affaire n’a jamais été complètement élucidée. La justice française a condamné Bailey à vingt-cinq ans de prison, mais l’Irlande a refusé de l’extrader. Loin du sensationnalisme, Emily Barnett signe un livre délicat et poétique qui puise aux sources de l’inconscient. Un livre qui rend justice non pas à Madame Toscan du Plantier, mais à Sophie. Une femme éprise de liberté qui lui ressemble comme une sœur.

Debout comme une reine, Emily Barnett, Gallimard, 2026.

Debout, comme une reine

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Je n’ai d’œufs que pour elle!

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Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…


La Sauvageonne et moi avons été invités, le jour de Pâques, à déjeuner chez nos amis Corine et Eric, à Villers-Bretonneux (Somme, 4647 habitants), près d’Amiens. Je ne sais pourquoi mais j’aime Pâques. Ça doit remonter à l’enfance, les œufs que nos parents cachaient dans des jardins enfouis sous les ronces du temps qui passe. Je me revois à Sept-Saulx (Marne, 691 habitants) chez mes grands-parents maternels, en compagnie de mes cousins Guy et Hubert. C’était au début des années 60. Nous gambadions dans les allées recouvertes des gravillons crayeux du château du village où mon grand-père était jardinier.

Il y avait une manière de bois minuscule coincé entre les vastes garages où le petit personnel spécialisé en mécanique réparait les automobiles de Madame et de Monsieur, et le potager au centre duquel se trouvait un bassin à poissons rouges, bassin en béton gris, très Art déco. Dans ce petit bois, les adultes dissimulaient des œufs en chocolat. J’entends encore les rires juvéniles de Guy, le Pêcheur de nuages (RIP) et de son petit frère Hubert (RIP). Pendant ce temps, mes oncles parlaient de morilles, de brochets monstrueux qui, disaient-ils, peuplaient la Vesle. Etait-ce vrai ? Je ne le saurai jamais ; l’essentiel est que les ombres de ces brochets monstrueux hantent à jamais les ruelles de ma mémoire.

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Dimanche dernier, avant de me rendre chez Corine et Eric, j’ai émis l’idée de cacher des œufs en chocolat dans le square de la résidence HLM où réside la Sauvageonne afin de la distraire. « Elle est si jeune par rapport à moi », songeai-je. « Tu perds la boule, vieux Yak ! », répliqua mon ébouriffée adorée. « Je ne suis plus une enfant. » C’est vrai que la Sauvageonne finit par me faire perdre la boule.

Arrivés à Villers-Bretonneux, alors que nous attaquions la deuxième coupe (je dis bien la deuxième et pas la seconde car il y en eut d’autres) de Crémant d’Alsace, j’aperçus une jolie poule qui traversait la cour. Eric me fit savoir qu’elle s’appelait Picoti, qu’elle était arrivée dans son jardin deux ans plus tôt, en juillet alors qu’ils partaient en vacances dans le Massif central. Ils se demandaient bien comment elle s’était retrouvée là. Grand mystère. Ils la nourrirent, l’abreuvèrent, persuadés qu’à leur retour elle eût disparu, repartie chez ses propriétaires. Il n’en fut rien: la gallinacée était toujours dans la cour. Eric ne la contraria pas ; il lui construisit un poulailler, et la surnomma Picoti. En ce jour de Pâques, jour des cloches, je n’avais d’oeufs que pour elle, Picoti tombée du ciel.

Il y a une vie après l’Assemblée…

94 % des communes en France ont élu leur maire dès le premier tour. Comme à Béziers où Robert Ménard et son équipe (dont Emmanuelle fait partie) ont savouré leurs 65,6 % au soir du 15 mars. Retour sur une campagne souvent agressive mais qui s’est terminée en beauté !


La méthode Ménard ?

Avec ses 65,6 % face à trois listes de gauche et une liste RN, le réélu maire de Béziers a de quoi être satisfait. Non content d’avoir gagné au premier tour, il a relégué la liste LFI à 3,6 % et celle du Rassemblement national à moins de 9 %. Alors, existe-t-il une méthode Ménard ? « Ne pas tricher avec les gens. Les aimer, tout simplement. Parler à leur cœur sans leur mentir, sans leur faire de fausses promesses. Et puis, travailler, travailler, travailler encore… », explique le maire de Béziers. Pour lui, le résultat obtenu est rassurant : « Cela signifie qu’avec un discours “vrai”, on peut toucher tout le monde. À Béziers, une ville où les deux tiers des enfants des écoles publiques sont issus de l’immigration, avoir cantonné La France insoumise à moins de 4 % démontre bien que l’on peut tenir autre chose qu’un discours communautariste. Quant au RN et son faible score, cela prouve que l’étiquette politique ne fait pas tout. Et qu’il faut savoir rester humble… » Et si on tentait d’appliquer cette recette au reste de la France ? Rendez-vous en 2027 !

Sondages « truqués »

Trois sondages ont émaillé notre campagne à Béziers. Le premier en décembre dernier ; les deux suivants quelques jours avant le premier tour. Tous donnaient des résultats à peu près similaires (60 à 62 % des votes pour Robert Ménard au premier tour en fonction des instituts). Mais le plus amusant, c’est le discours des candidats à qui ces sondages ne profitaient pas vraiment. La palme revenant au candidat prétendument « sans étiquette » (mais tout à fait socialiste), qui s’indignait de sondages « manipulés » (par nous) et publiés selon lui pour lui « voler » l’élection. Outre que, selon une étude de 2022 ayant comparé plus de 30 000 enquêtes aux résultats officiels des élections de 45 pays, l’erreur moyenne de ces sondages n’est que de 2,03 points, aucun institut digne de ce nom ne serait évidemment prêt à mettre en jeu sa crédibilité pour faire plaisir à un candidat. Il fallait bien tenter de remobiliser ses troupes… Ah oui, j’oubliais le plus drôle : le sondage visé avait été commandé par la liste d’Union de la gauche. Flop…

Le coup de pied de l’âne

Chaque campagne comporte ses surprises, plus ou moins heureuses… À Béziers, la stupéfaction est venue de l’ancien maire, Raymond Couderc (UMP), battu en 2014 et parfois aimablement surnommé « le fossoyeur de Béziers ». L’ancien édile, plus ou moins retiré de la vie politique, a jugé bon d’annoncer environ trois semaines avant le scrutin qu’il avait décidé de soutenir publiquement… Thierry Mathieu, « l’homme qui ne croit pas aux sondages », notre « socialiste camouflé ». Réactions immédiates et quasi unanimes sur les réseaux : « Il vient de couler son candidat » ou encore « Comment tuer la campagne de son poulain en deux secondes ». L’aveuglement fait homme…

Merci Jojo ! 

Vous allez me dire que ce n’est pas gentil, pas charitable, pas très chrétien, surtout en cette période de carême. Tant pis, je n’y résiste pas. Parmi nos nombreuses publications réalisées durant cette campagne (une dizaine de tracts différents, cinq affiches, plus de 50 vidéos, etc.), certaines ont eu plus de succès que d’autres. Parmi elles, un petit post sur Facebook de Robert concernant notre labrador, Joy, surnommée Jojo, qui va bientôt avoir 12 ans. Elle nous a accompagnés durant ces deux premiers mandats, mais les labradors n’ont pas la réputation de vivre très vieux et les signes de l’âge commencent à apparaître. Cette publication a été vue par 294 000 personnes et « likée » 14 400 fois. Plus que tous nos opposants réunis. Merci Jojo !

Homophone

Au soir du premier tour, Robert Ménard est interviewé sur différentes chaînes de télévision pour réagir à ses résultats et ceux de différents candidats ailleurs en France. Interrogé sur une chaîne d’info sur la difficulté à s’entendre pour la droite à Paris, le maire de Béziers déclare que, dans la capitale, « l’union des droites est un échec patenté ». Sur le « bandeau » qui défile sous son image s’affiche alors un magnifique « L’union des droites est un échec pas tenté ». Bravo les journalistes !

Euthanasie

Pendant cette campagne électorale, les travaux ont continué quelques semaines à l’Assemblée nationale. Le temps pour les députés de voter, le 25 février dernier, le projet de loi sur « la fin de vie », terme apparemment plus acceptable et moins rude pour l’opinion publique que celui d’euthanasie… Ce qui avait été initialement présenté comme un dispositif strictement encadré s’est finalement révélé un texte parmi les plus permissifs au monde qui nous conduira, j’espère me tromper, à des chiffres effrayants comme ceux qui ont cours au Canada où plus de 5 % des décès (7.9 % au Québec) sont aujourd’hui la conséquence d’une euthanasie. Crainte exacerbée par un système de santé au bord de la faillite en France et par les expériences étrangères, où des extensions de ce nouveau « droit » ne cessent d’être votées, allant jusqu’aux mineurs et aux malades psychiatriques… Olivier Falorni, « père spirituel » de ce texte, s’est fait déborder par sa gauche. Vous avez dit « apprenti sorcier » ?

Ville rose

Il s’en est fallu d’un cheveu ! À l’heure où je termine ces quelques lignes, le résultat vient de tomber. Jean-Luc Moudenc a été réélu maire de Toulouse, capitale de l’Occitanie. François Piquemal, candidat LFI, a perdu. Et Jean-Luc Mélenchon, qui le soutenait, avec toutes ses provocations immondes et antisémites, n’est finalement pas parvenu à convaincre. Dans la ville où le terroriste islamiste Mohammed Merah a assassiné quatre personnes de confession juive en 2012, élire le candidat d’extrême gauche qui avait pris place à l’automne 2025 aux côtés de l’eurodéputée Rima Hassan à bord de la flottille internationale en route vers Gaza aurait eu de quoi soulever le cœur. Ce soir, la Ville rose a failli se parer des couleurs de la Palestine.

Bardella: la politique a aussi ses bluettes

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People. Paris Match l’annonce en une cette semaine: Jordan Bardella n’est plus un cœur à prendre. Conte de fées, stratégie d’image, moqueries: la nouvelle est très commentée…


Il est tout à fait normal que la médiatisation s’attache au couple que forment aujourd’hui la princesse Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles et Jordan Bardella. Un reportage, publié dans Paris Match, éclaire avec finesse ce lien, en le montrant lors d’un séjour de vacances en Corse.

Selon l’hebdmadaire, J. Bardella et Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles ne se quittent plus depuis leur rencontre en mai 2025.

La princesse sera un jour cheffe de la maison royale des Bourbon-Siciles, et Jordan Bardella sera peut-être le candidat du Rassemblement national en 2027, voire notre futur président de la République. À elle seule, la destinée de ce couple suffirait à justifier la lumière projetée sur lui. Mais l’essentiel n’est pas là. Rien ne serait plus anachronique que de s’étonner de cette attraction, dont l’histoire est parfaitement décrite dans l’hebdomadaire, comme si nous en étions encore à une époque révolue où l’inégalité des conditions ou leur apparent éloignement rendaient impossible, ou imprudente, toute relation amoureuse. Comment ne pas aimer, au contraire, dans ce qui nous est montré, la tranquille assurance de la complicité ; surtout l’allure de ce couple qui, livré à lui-même, s’abandonne à des gestes de tendresse et qui, s’il croise des gens, même les mieux intentionnés, reprend délicatement ses distances. Si cette union durait et demeurait dans le même registre — registre qui, en tout cas, paraît bien être celui de Jordan Bardella, si l’on se fonde sur ses déclarations personnelles, rarement intimes —, elle offrirait à la France, souvent passionnée par le destin de ceux qui seront peut-être appelés à la présider, une leçon, un enseignement, un avertissement. Même proche du pouvoir, on peut se tenir avec dignité quand on aime. Ces images corses — cette pudeur qui n’enlève rien à l’expression des sentiments mais la magnifie par contraste, cette absence d’attitudes ostentatoires — sont rafraîchissantes dans un monde où le cœur sans excès est décrié, où la visibilité sans clinquant est moquée, où l’on se comporte rarement avec classe. Sans doute va-t-on objecter mille sarcasmes sur Monaco, sur le frelaté, le futile et le superficiel, sur le culte des apparences, sur la médiocrité somptuaire, les faux contes de fées… Et si l’optimisme avait raison ? Quelle chance alors, pas seulement pour soi, mais pour honorer tous ceux qui rêvent d’exemples : la multitude des citoyens, fleur bleue ou non, qui aspirent à ce qu’on leur fasse honneur. Il n’y a jamais de jalousie ni de ressentiment lorsque le couple est heureux, qu’il ne s’affiche pas pour la façade et que son authenticité rassure. Nous serions naïfs, ridicules, ignorants, égarés ? Qu’importe, si ce présent dure ! Pourquoi refuser que cette histoire d’amour puisse être, au moins un temps, une pierre tendre dans un univers politique difficile ? Rien de plus, rien de moins.

Jean III Sobieski, nouvelle tête de Turc

Querelle mémorielle. Les gardiens de la bien-pensance ont encore frappé. Le siège de Vienne par les Turcs en 1683, levé par le roi Jean III Sobieski et ses hussards ailés, est un événement clé de l’histoire autrichienne.


Faut-il rendre hommage à un homme qui a évité l’invasion ottomane de l’Europe centrale et occidentale ? C’est le dilemme qui s’est posé au conseil municipal de Vienne. Le Parti social-démocrate d’Autriche a fini par trancher en refusant d’autoriser la construction d’un monument à la gloire de Jean III Sobieski. Ce roi polonais est venu à la rescousse de la ville assiégée par les forces du grand vizir, Kara Mustafa, lors de la bataille de Vienne du 12 septembre 1683, qui a mis fin à l’avancée des Turcs en Europe.

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L’initiative, lancée par des Polonais en 2013, prévoyait l’installation d’une sculpture de l’artiste contemporain Czesław Dźwigaj sur la colline de Kahlenberg, d’où le roi lança la charge décisive de sa cavalerie. La sculpture devait représenter Sobieski à cheval, avec des hussards ailés en arrière-plan et des Turcs vaincus sous les sabots de sa monture. Une image susceptible d’attiser des sentiments xénophobes et islamophobes, d’après la gauche viennoise.

Le maire de Vienne, Michael Ludwig, a affirmé qu’il ne souhaitait pas prendre le risque d’une polémique ni d’offrir ce symbole à l’extrême droite. Début 2026, le conseil municipal a rejeté la proposition d’ériger le monument, proposant à la place un simple piédestal à titre de « commémoration ». La droite locale, elle, estime que « la défense contre le siège turc fait partie de l’histoire de Vienne et doit être acceptée », et que l’intégration des immigrés implique le respect de la culture et de l’histoire du pays d’accueil.

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Des voix réclament de remplacer la statue rendant hommage à l’Armée rouge de Staline par celle du monarque polonais. On est en droit de s’inquiéter pour Godefroy de Bouillon, premier souverain du royaume de Jérusalem et meneur de la première croisade, dont la statue règne encore au milieu de la place Royale à Bruxelles. Pour encore combien de temps ?

Élection en Hongrie: la victoire annoncée qui pourrait ne rien changer

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Les Européens ont tort de faire de Magyar leur chouchou et sa victoire annoncée est loin d’être acquise. S’il ne sera peut-être pas le gros caillou dans la chaussure de l’UE qu’est l’illibéral Orban, il ne sera ni un Européen fédéraliste et progressiste, ni favorable à l’Ukraine. Surtout, s’il est élu, il pourrait très bien ne pas pouvoir gouverner dans un pays dont les institutions ont été refaçonnées pour le Fidesz depuis plus de quinze ans. Analyse.


13 avril 2026. Le parti Tisza de Péter Magyar a largement remporté les élections législatives en Hongrie hier avec environ 54 % des voix, infligeant une défaite nette au Fidesz de Viktor Orbán (38 %). Grâce à cette victoire historique et à une participation record proche de 80 %, Tisza devrait obtenir une supermajorité des deux tiers au Parlement, ouvrant la voie à un profond changement politique après 16 ans de pouvoir d’Orbán • La rédaction

À quelques heures du scrutin du 12 avril, un consensus rare s’est formé parmi les commentateurs occidentaux : Viktor Orbán est fini politiquement et la démocratie va être restaurée à Budapest. Les sondages indépendants créditent le parti Tisza de Péter Magyar d’une avance à deux chiffres parmi les électeurs décidés. L’arrivée de J.D. Vance à Budapest cette semaine, appelant Trump en direct depuis un meeting pour lui faire déclarer « I love Viktor », a le parfum d’un baroud d’honneur. Pourtant, la confiance quasi unanime dans une rupture nette révèle non pas de la lucidité, mais une triple illusion. Chaque camp (Bruxelles, l’écosystème “patriote”, et les commentateurs de sondages) projette sur la Hongrie un récit qui sert ses propres intérêts tout en occultant les réalités structurelles qui détermineront ce qui se passera réellement le 13 avril au matin.

L’illusion bruxelloise

L’enthousiasme de l’establishment européen pour Peter Magyar est aussi révélateur que prématuré. La cheffe de file de Renew, Valérie Hayer, a déclaré ouvertement soutenir tout candidat capable de battre Orbán. Le PPE, dont Tisza est membre, tolère l’absence quasi totale de Magyar aux réunions du groupe parlementaire, considérant son succès électoral comme une priorité supérieure à sa participation législative. Bruxelles investit politiquement sur un homme qu’elle connaît à peine, et se méprend sur celui qu’elle croit connaître. Magyar est un conservateur de droite. Il s’oppose à la redistribution des demandeurs d’asile en Europe. Il a voté contre l’accord UE-Mercosur pour défendre les intérêts agricoles hongrois, défiant son propre groupe PPE. Ses eurodéputés ont refusé de soutenir Ursula von der Leyen lors du vote de confiance de janvier. Sur l’Ukraine, Tisza a voté avec le gouvernement Orbán au Parlement européen contre l’envoi de troupes ou d’armes au front. Magyar n’aura pas le veto facile, comme Orbán, mais il n’est pas un partenaire libéral. Bruxelles confond la suppression d’un obstacle avec l’arrivée d’un allié.

La méprise plus profonde concerne ce que “changement” signifie dans un système façonné par seize ans de capture institutionnelle. Même si Magyar obtient une majorité parlementaire, il n’atteindra vraisemblablement pas la majorité des deux tiers nécessaire pour amender la Constitution, ce texte qu’Orbán a réécrit et amendé au moins seize fois pour enraciner les avantages structurels du Fidesz. Pouvoir judiciaire, autorité de régulation des médias, parquet, Cour constitutionnelle : tous restent peuplés de fidèles d’Orbán dont les mandats s’étendent bien au-delà de ce cycle électoral…

Le démantèlement du contrôle institutionnel du Fidesz prendrait des années et exigerait une majorité constitutionnelle que Tisza n’obtiendra presque certainement pas. Ainsi, quel que soit le vainqueur, la gouvernance implique bien plus de continuité que le récit bruxellois ne veut l’admettre.

L’illusion MAGA

La performance de Vance à Budapest, lui qui a accusé les bureaucrates de l’UE de perpétrer “l’un des pires exemples d’ingérence électorale étrangère jamais vu” tout en adoubant un candidat étranger depuis une tribune de meeting, est caricaturale. Elle vise à projeter la guerre culturelle américaine sur toute surface disponible. En janvier, onze dirigeants de la droite radicale, de Marine Le Pen à Javier Milei, ont enregistré des vidéos de soutien à Orbán. Le cadrage est binaire : patriotes contre marionnettes globalistes, souveraineté contre soumission à Bruxelles. Cette grille manichéenne produit du contenu efficace, mais elle constitue une lecture médiocre de la réalité hongroise. L’élection n’est pas un référendum civilisationnel. C’est un affrontement entre deux politiques de droite, tous deux conservateurs sur l’immigration et sceptiques vis-à-vis d’une intégration européenne accélérée de l’Ukraine, qui divergent principalement sur la corruption, l’intégrité institutionnelle et la sagesse d’une dépendance stratégique envers Moscou.

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Le récit “patriote” exige que Magyar soit une créature de Bruxelles, que l’on grime en marionnette sur les affiches de campagne du Fidesz, la bouche cousue avec des étoiles européennes. La réalité est plus inconfortable pour les deux camps. L’ascension de Magyar est entièrement d’origine nationale. Ancien allié et proche d’Orbán, il a rompu publiquement avec le régime début 2024 après le scandale de la grâce présidentielle accordée dans une affaire de pédophilie, qui a provoqué la démission de la présidente Katalin Novák. La mobilisation en faveur de Magyar s’enracine dans le désenchantement face à la corruption et à la mauvaise gestion économique du Fidesz, non dans une conversion idéologique au fédéralisme européen. Ses électeurs comptent d’anciens soutiens du Fidesz dans des bastions provinciaux où les politiciens d’opposition n’avaient jamais osé faire campagne. Magyar n’est pas ce que Bruxelles souhaiterait qu’il soit, mais il n’est pas non plus ce dont l’écosystème patriote a besoin qu’il soit. C’est un produit national d’une crise nationale.

L’illusion des sondages

Les chiffres bruts, qui donnent une forte avance à Magyar (49/40 dans le sondage Publicus du 2 avril, par exemple) sont réels, mais ils décrivent l’intention de vote sur le scrutin de liste, qui n’attribue que 93 des 199 sièges parlementaires. Les 106 restants se décident dans des circonscriptions uninominales au scrutin majoritaire à un tour, sur une carte redessinée par le Fidesz. En décembre 2024, l’Assemblée nationale contrôlée par le Fidesz a redécoupé les frontières électorales, réduisant les circonscriptions de Budapest de dix-huit à seize tout en ajoutant deux sièges dans le département de Pest, plus conservateur. Plusieurs circonscriptions favorables au Fidesz sont plus petites que la moyenne, nécessitant moins de voix pour élire un député. En 2022, le Fidesz a obtenu 53% du vote populaire mais raflé 68% des sièges, dont 96 des 106 mandats de circonscription.

Ainsi, Tisza doit remporter le vote national avec au moins trois à cinq points d’avance pour simplement s’assurer une majorité parlementaire simple. Une avance qui produirait un raz-de-marée sous un régime proportionnel peut ne donner qu’une majorité fragile et étroite sous l’architecture hongroise, ou, pas de majorité du tout. Orbán peut perdre le vote populaire et conserver le pouvoir ; Magyar peut le remporter et se retrouver structurellement bloqué, gouvernant sans les outils constitutionnels nécessaires pour réformer le système. Les sondages ne se trompent pas, il existe un sentiment de dégagisme en Hongrie. Mais ils mesurent la mauvaise chose. Bien souvent, on rappelle que les gens votent, pas les sondages, et c’est encore plus vrai en Hongrie. Les spécificités du régime, qu’Orbán a modifié pour le servir, rendent l’issue du scrutin incertaine et disqualifient les commentateurs parlant de “tournant historique”.

Apocalypse nucléaire


Ça commence par une randonnée. Un homme monte par le « col de l’Homme mort ». C’est un signe, après avoir avancé au milieu des champs de lavande. Il arrive sur le plateau d’Albion, à cheval sur le Vaucluse, la Drôme et les Alpes-de-Haute-Provence. C’est le pays de Jean Giono, celui du Chant du monde. L’homme n’est pas là pour faire du tourisme. Il mène une enquête dans le but d’écrire un livre aujourd’hui publié chez Grasset portant le titre glaçant: Les irradiés.

Troisième guerre mondiale

Retour en arrière. Le 13 février 1960, la première bombe atomique française explose dans le Sahara algérien. Nom de code : Gerboise bleue. L’arme nucléaire, c’est l’avenir. Et cet avenir se joue sur le plateau d’Albion. La France se diversifie avec la création de la « triade nucléaire ». Il faut pouvoir se défendre par voie aérienne, maritime et terrestre. En 1963, est lancé le premier programme SSBS, pour sol-sol balistique stratégique. La mise en œuvre de ce programme revient à l’armée de l’air. Elle va prendre le contrôle du plateau d’Albion. Un gigantesque chantier voit le jour. On dépense sans compter. Michel Debré, ministre chargé de la Défense nationale, sort le chéquier. Résultat : dix-huit bombes atomiques enfouies, neuf zones de lancement, deux postes de conduite de tir, opérationnels de jour comme de nuit. Le 2 août 1971, le fleuron de la dissuasion nucléaire peut fonctionner. La France intègre le clan très fermé des nations qui possèdent le feu nucléaire. Il parait que la bombe atomique empêchera la destruction des civilisations. On peut aussi penser le contraire. Albert Einstein : « Je ne sais pas avec quelles armes la Troisième Guerre mondiale sera menée, mais la Quatrième Guerre mondiale sera menée avec des bâtons et des pierres. »

A lire aussi, du même auteur: Sous le soleil de la Castille

Grande muette

Bruno Lus, écrivain et scénariste, raconte l’histoire du plateau d’Albion dans un récit qui tient en haleine. On pourrait croire qu’il s’arrête à la fin des années 1990 lorsque ce site mystérieux est démantelé. Mais son enquête ne fait débuter. Peu à peu, des militaires, anciennement chargés de son bon fonctionnement, tombent malades. Certains meurent de cancer. La question, immédiatement : ont-ils été irradiés sur le plateau d’Albion ? Travaillaient-ils avec des protections suffisamment efficaces ? Avaient-ils seulement des protections ? Bruno Lus interroge les témoins. L’enquête se révèle difficile. L’Armée ne joue pas le jeu. Elle est plus que jamais « la grande muette ». Lus consulte les archives, les articles de journaux, poursuit de délicates pistes. Il interroge des médecins, consulte les prises de sang de malades condamnés. Le témoignage de Lény est particulièrement émouvant. À 35 ans, il a les os d’un vieillard. Il prend un avocat pour tenter de forcer l’armée à reconnaitre qu’il a été irradié. C’est la lutte du pot de terre contre le pot de fer. Micro ouvert, il confie à Lus : « Je suis resté des heures et des heures à faire la garde debout devant une tête nucléaire. » Le long cortège des cancéreux ne fait alors que s’allonger au fur et à mesure de l’enquête.

On peut voir un de ses missiles – SSBS S3 – qui se trouvait dans les silos du plateau d’Albion. Il est exposé au musée de l’air et de l’espace, situé au Bourget. Lus le décrit. On dirait un monstre engendré par la folie des hommes : « Sous son nez arrondi se cache la fin du monde. »

Neuf pays sont en possession de l’arme nucléaire ; au total, plus de douze mille ogives dans le monde en 2024. L’apocalypse nucléaire n’est donc pas une expression faite pour réveiller les peurs ancestrales. Et elle n’a rien à voir avec l’apocalypse annoncée par Jésus. Le livre de Bruno Lus le prouve.

Bruno Lus, Les Irradiés, Grasset. 208 pages

Les Irradiés

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Déchets humains, mode d’emploi

Les Recyclés, de Georges-Olivier Châteaureynaud (Prix Renaudot 82), met en scène une société où l’on peut demander à disparaître – et où l’administration s’en charge avec une efficacité irréprochable.


Difficile de lire Les Recyclés sans penser aux débats actuels sur la fin de vie, « l’aide à mourir », ou, plus largement, à cette tentation contemporaine de rationaliser l’existence jusqu’à son terme. Non pas que Georges-Olivier Châteaureynaud écrive un roman à thèse – il s’en garde bien – mais son livre entre en résonance directe avec une époque qui s’interroge, de plus en plus ouvertement, sur la légitimité de rester en vie.

L’administration de la mort

Il fallait oser. Transformer l’effacement pur et simple d’un homme en procédure municipale. Faire passer la disparition par le guichet, la fiche cartonnée, le badge. Châteaureynaud, écrivain discret mais essentiel – prix Renaudot pour La Faculté des songes – pousse ici une idée jusqu’à son point de rupture. Son nouveau roman, Les Recyclés, tout juste paru chez Grasset, n’a rien d’une fantaisie: c’est une hypothèse administrative.

Tout commence à l’aube, dans une rue quelconque. Un homme attend. « Le minibus passera ramasser Nivôse ». Le verbe est là, brutal dans sa banalité. Ramasser. Comme les ordures. Et le plus dérangeant, c’est que personne ne proteste. Ni les voisins, ni la ville, ni lui-même.

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Nivôse, professeur de latin mis au rebut comme une langue morte de trop, n’est pas une victime classique. Il a rempli les formulaires. Il a demandé son propre effacement. Ce détail change tout: la dystopie de Châteaureynaud ne repose pas sur la contrainte, mais sur l’adhésion molle, l’abandon de soi. Une société où « chacun dispose de ce droit comme d’un revolver chargé », y compris contre lui-même.

Le dispositif est d’une intelligence froide. Les « recyclés » sont triés, évalués, exposés, presque comme des produits en attente d’un second usage. « On n’est presque plus rien ni personne »: la phrase résume tout. On vous déleste de vous-même, progressivement, sans heurt, sans éclat. L’homme devient une ressource reconditionnable. Ses biens, eux, sont immédiatement jetés: « balancés… sans plus de précaution que des éboueurs ». Tout est récupérable, sauf ce qui faisait une vie.

La culture de l’effacement

Il y a aussi, dans ce livre, une ironie sourde, presque cruelle. Ces êtres qu’on efface, on les « propose » encore, on les « valorise », on les rend présentables. Comme si le marché pouvait absorber jusqu’au rebut humain. Le recyclage n’est pas une fin: c’est une transformation. Et c’est peut-être là le point le plus inquiétant – rien ne disparaît vraiment, tout se reconfigure.

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Ce qui frappe, c’est l’absence de pathos. Nivôse ne hurle pas, ne se débat pas. Il constate. Il glisse. Le cœur du livre tient dans ce mot qu’il lâche, presque honteux: « tædium vitæ ». Non pas la détresse spectaculaire, mais une fatigue d’exister. Une usure lente. Le roman touche là quelque chose de très contemporain: non pas la violence du monde, mais son épuisement.

Châteaureynaud ne cherche pas à convaincre, encore moins à dénoncer. Il installe une mécanique, il la laisse tourner, et regarde ce qu’elle produit: non pas des morts, mais des sortants. Des gens qui quittent la scène sans fracas, avec leur dossier sous le bras. Et c’est peut-être cela, au fond, le plus dérangeant: l’idée que la disparition puisse devenir une option raisonnable, presque confortable.

Les Recyclés

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Paris, c’est fini

Au chaos Hidalgo succède le laminoir Grégoire. Le nouveau maire de Paris veut poursuivre la piétonnisation à marche forcée, continuer d’accueillir la misère du monde et, plus encore, bouleverser la sociologie de la capitale en imposant 40% de logements sociaux. Bienvenue à Paris-banlieue.


Une majorité de Parisiennes et de Parisiens, bien-pensantes et bien-pensants, ont élu Emmanuel Grégoire à la Mairie de Paris. Cette émanation de la créature née de la cuisse de Bertrand Delanoë a désormais un boulevard (végétalisé) pour définitivement bousiller notre capitale. Élu après un quart de siècle de règne socialiste, soit une génération, il s’apprête à régénérer la sociologie parisienne pour les quarts de siècle suivants. C’était même une promesse de campagne : créer 60 000 logements HLM supplémentaires afin de constituer un parc social représentant 40 % des habitations de la ville. Quand on sait quelles sont les populations qui bénéficient en priorité de cette générosité municipale, outre les profs et autres dévoués fonctionnaires, le spectre d’une alternance politique s’éloigne à jamais. Et faire entrer la banlieue dans Paris, c’est aussi mettre fin à la « mixité sociale » brandie comme un totem par l’Hôtel de Ville depuis vingt-cinq ans – sauf si on estime que pauvres et immigrés représentent le mixte social idéal pour peupler une capitale. Les immigrés qui viennent en France ont d’ailleurs le même profil que ceux qui vont en Belgique, les Subsahariens en plus. Pour Monsieur Grégoire, la transformation-disparition de Bruxelles serait donc un exemple à suivre. Les craintes sont légitimes car la gauche parisienne a la grandeur d’âme de faire ce qu’elle dit.

Rio sans la mer et sans le soleil

On sourit lorsqu’il promet aux Parisiens d’augmenter leur pouvoir d’achat et de les défendre contre les punaises de lit. Mais on se raidit quand il promet la création de 4 000 places d’hébergement d’urgence réparties dans tous les arrondissements et la réquisition immédiate des logements vides dans le cadre de son « grand plan de mise à l’abri ». Plan qui inclut l’« objectif zéro enfant à la rue en mobilisant les moyens nécessaires et en défendant une présomption de minorité, et donc une obligation de mise à l’abri pour les mineurs étrangers non accompagnés ». Évidemment, personne ne veut voir dormir des enfants sur les trottoirs, mais ces promesses ne font que prendre acte du fait que Paris est devenu et restera le réceptacle de toute la misère du monde (près de 60 % des SDF sont étrangers), et que la « nouvelle » municipalité continuera d’encourager la venue de ces « mineurs non accompagnés » qui, bien souvent, ne sont ni l’un ni l’autre – et à l’origine de l’insécurité dans de nombreux quartiers. Les « moyens nécessaires » pour les mettre à l’abri annoncent en sous-texte que les gymnases continueront d’être réquisitionnés pour les loger en urgence, privant les petits Parisiens de plusieurs semestres d’activités sportives chaque année. Les associations d’« aide » aux migrants ont de beaux jours devant elles.

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La tiers-mondisation heureuse est à l’ordre du jour, les Parisiens feront « des économies en réduisant leurs déchets grâce à la seconde main et la réparation, avec l’objectif d’une ressourcerie solidaire et d’ateliers de réparation dans chaque quartier ». C’est Rio sans la mer et sans le soleil. Mais au royaume du système D, le roi Grégoire assure qu’aux heures de pointe, les bus passeront toutes les cinq minutes (encore faut-il qu’il y ait assez de véhicules et qu’ils puissent rouler), et que certaines lignes de métro circuleront 24 h/24. Pas un mot, en revanche, pour les femmes qui ne peuvent plus le prendre dès 18 heures. Elles feront du vélo grâce à un « service Vélib’ performant » ! Comme tout le monde. L’avenue Foch, le boulevard Saint-Germain, le périph’ dérouleront des langues de verdure avec kiosques, toboggans et pistes cyclables géantes. Ces espaces « apaisés » seront idéals pour planter des villages de tentes et manifester pour la Palestine de la mer au Jourdain.

On reste quelque peu dubitatifs lorsqu’on apprend que cette municipalité Hidalgo sans Hidalgo va « recruter 1 000 auxiliaires de puériculture et agents de la petite enfance supplémentaires grâce à des carrières revalorisées et à l’offre de formation développée par la Ville ». Son expérience en la matière est en effet exemplaire puisque, de la petite enfance au périscolaire, 52 animateurs ont été suspendus ces trois dernières années (dont 20 en 2025) pour divers comportements violents et agressions sexuelles. Et ce ne serait là que l’écume du scandale.

Végétalisation forcée

Mais Emmanuel Grégoire dit qu’il nous aime, toutes et tous et au-delà. C’est pourquoi il compte organiser chaque année une « Journée du Lien » pour « faire grandir » autour de chacun « une communauté protectrice ». Ça sonne un peu secte, mais sur les 365 jours de l’année, il en reste sûrement encore un ou deux qui n’ont pas leur « fête » ou leur « journée » à neuneu. L’objectif pour les siècles à venir est aussi de « lutter contre ce fléau silencieux qu’est la solitude ». Grégoire ne propose pas d’éteindre son téléphone ni d’en finir avec Uber Eats, mais d’« emprunter un livre, trouver un banc » et de « débattre avec passion à une terrasse de café ». Fallait y penser.

Poursuivant l’adaptation de Paris aux bipèdes valides, il piétonnisera encore mille rues ! Pardon, des « cœurs végétalisés et vivants ». Et dans la foulée, un « permis de piétonnisation temporaire » sera créé afin de permettre à chacun d’organiser « un événement associatif, sportif, festif ou familial en bas de chez soi ». Ceux qui dénonçaient la privatisation grandissante de l’espace public n’ont encore rien vu. Cependant, nul doute que la Mairie accordera l’autorisation à Causeur de bloquer la rue du Faubourg-Poissonnière pour fêter la sortie de son numéro 200.

Mais Grégoire le gentil a aussi la haine. Comme Hidalgo, qui n’a que tracé la voie, il veut en finir avec l’âme de la capitale. Aussi remet-il sur la table le « Manifeste pour une nouvelle esthétique parisienne » qui avait fait bondir Parisiens et touristes attachés aux bancs Davioud, aux kiosques à journaux historiques, aux lampadaires… et annonce la nomination d’« un ou une directrice artistique de Paris » qui sera chargée de la « beauté et de la cohérence des aménagements ». Barbara Butch, choisie par la Ville pour être la directrice artistique de la Nuit Blanche 2026, laisse percevoir l’orientation esthétique de la capitale pour les décennies à venir.

C’est bien connu : quand on est allé jusqu’au bout, il faut continuer.

Vivre en ville

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Trump, Ormuz et les mollahs: fera-t-on la paix sans la chute du régime iranien?

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Le président du Parlement iranien Mohammad Ghalibaf (à gauche) et le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif (à droite), Islamabad, 11 avril 2026 © AP/SIPA

Juifs et Iraniens forment deux peuples qui ont un même ennemi, la tyrannie iranienne, observe Richard Prasquier.


La fête de Pessah vient de s’achever, une occasion d’utiliser son symbolisme (la matza vs le hametz, l’essentiel vs le marginal) dans un contexte géopolitique inhabituellement chaotique. Pensées pour le peuple israélien, dont une partie est soumise à d’épuisantes et répétitives courses aux abris acceptées avec stoïcisme.  Mais pensées aussi pour le peuple iranien, opprimé par un régime sanguinaire et dont le sort présente bien des analogies avec celui des Hébreux sous le règne de Pharaon.

Cette année ici, l’an prochain à Jérusalem, dit le rituel de Pessah. La première Alyah après celle de Moïse fut celle d’un groupe de judéens dont les ancêtres avaient été exilés après la prise de Jérusalem par les Babyloniens, et ce retour fut possible grâce au nouveau maitre de la Mésopotamie, le roi perse Cyrus. Nous connaissons non seulement la date (538 avant l’ère chrétienne), et le texte de son décret.

Plus tard, si la reine Esther n’a pas laissé de trace dans les annales, le Talmud de Babylone fut constitué dans un environnement iranien, et des spécialistes, tel l’Américain Chai Secunda, ont savamment analysé les points de confluence. 

Exils

L’époque moderne ne fut pas toujours idyllique pour les Juifs (pogrom et conversion forcée des Juifs de Meshed au XIXe siècle) mais en 1979 il y avait en Iran une communauté juive de près de 100 000 personnes dont les ancêtres étaient présents avant l’arrivée des Iraniens eux-mêmes, avec un régime qui entretenait avec Israël des relations officieuses notoirement cordiales. Tout cela a évidemment disparu avec l’arrivée de Khomeini.

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Aujourd’hui, alors que beaucoup de Juifs en diaspora s’interrogent sur l’avenir de leur présence, pour les Iraniens, l’exil a un visage double et tragique. Dispersion minoritaire pour ceux qui ont quitté le pays, exil intérieur pour l’immense majorité. Il suffit de 10 à 20% de soutiens du régime, familles de pasdaran ou de bassidj, privilégiés, ambitieux ou exaltés, pour diffuser des vidéos d’une résistance soi-disant unanime au grand et au petit Satan. Cela permet aux chancelleries de parler de «l’Iran» alors qu’il s’agit d’une mafia qui  a mis le pays en coupe réglée et qui plutôt que d’assurer à sa population un accès à l’eau potable a choisi d’orienter ses revenus pétroliers à la constitution d’un arsenal militaire démesuré et à l’armement d’alliés extérieurs à sa solde.

Le massacre de 40 000 manifestants, certains aujourd’hui disent 60 000, est d’une ampleur qui dépasse certains massacres de la Shoah parmi les pires, Babi Yar, Bogdanowka ou Erntefest. Et pourtant il n’a mobilisé aucune protestation populaire d’ampleur dans nos pays. La solitude des Iraniens crée une fraternité de destin avec les Juifs marqués par leur histoire. A Téhéran en janvier un manifestant âgé à qui on demandait s’il avait peur a répondu: «Peur de quoi? Je suis mort depuis 47ans!». C’était, au nombre d’années près, ce que pensaient les révoltés du ghetto de Varsovie.

Mojtaba, fils du Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, photographié à Téhéran le 31 mai 2019 © Vahid Salemi/AP/SIPA

Beaucoup ont cru, après un premier jour qui a vu l’élimination des principaux dignitaires du régime, que la mafia au pouvoir s’effondrerait rapidement sous les coups de boutoir des bombardements. Mais un régime qui se maintient par la terreur n’a que faire de l’hostilité populaire tant qu’il garde sous la main un noyau d’affidés prêts à mater une révolte à n’importe quel prix. Les appels de Trump sur ses réseaux sociaux encourageant les «courageux» Iraniens à se révolter ont malheureusement probablement contribué à envoyer une jeunesse à la boucherie. Le président américain avait vite oublié ces messages et n’a pas évoqué le changement de régime quand il s’est mis en guerre. 

Trump erratique ou tactique ?

Ceux qui dirigent l’Iran aujourd’hui ne sont ni des seconds couteaux, ni des pleutres. Ils ont été dans leur jeunesse d’enthousiastes partisans de Khomeini et ont eux-mêmes préparé la machine de guerre et de répression iranienne d’aujourd’hui. Ahmad Vahidi, chef des Gardiens de la Révolution et ancien ministre de la Défense aurait été le cerveau de l’attentat contre l’AMIA, en 1994 en Argentine. En face de lui, Ghalibaf, que certains prennent pour le «good cop» est très loin d’être un modéré, de même que Abbas Araghtchi, ministre des Affaires étrangères. Ces hommes sont des fanatiques, dont l’objectif est la suprématie du chiisme iranien dans l’islam et la suprématie de l’islam dans le monde, mais ils pensent à long terme et sont de redoutables négociateurs. Ils ont fait du détroit d’Ormuz le point crucial de la guerre alors que le président américain en avait minimisé l’importance en commençant son opération militaire («nous n’avons pas besoin d’y aller») avant de faire machine arrière («ouvrez ce foutu détroit!») et d’accepter un cessez-le feu au motif du chantage iranien sur le détroit. Le régime iranien était en misérable situation au moment du cessez-le feu, mais aidé par une sorte de complaisance admirative de la plupart des médias occidentaux, il parvient de faire croire que c’est lui qui mène le jeu et impose ses conditions. 

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A Islamabad les objectifs des Iraniens et des Américains sont incompatibles, et les palinodies et les rodomontades de Trump qui suggère un jour que les Etats Unis pourraient éradiquer toute la civilisation iranienne pour se proposer le lendemain comme partenaire dans le paiement de taxes à l’entrée d’Ormuz et le surlendemain réclamer de nouveau l’ouverture de ce détroit ont laissé ses soutiens dans la stupéfaction. Rares sont ceux désormais qui pensent qu’il n’acceptera aucune des prétentions iraniennes, qu’il gardera ses exigences inchangées et qu’il obtiendra la liberté de trafic dans le canal.

Je fais partie de ceux qui espèrent que les négociateurs américains resteront fermes et je suis convaincu que la paix, la vraie, ne viendra que d’un changement de régime. Devant la guillotine, Mme du Barry suppliait: «Encore un instant, Monsieur le bourreau!». Contrairement à d’autres, les Israéliens n’ont pas l’intention de mettre leur tête sur le billot et de laisser la théocratie iranienne développer des armements dont ils seront évidemment la première cible. Ils n’ont pas confiance dans les organismes internationaux et les accords de façade. Quoi qu’on prétende sur les vertus de la négociation, l’Accord de Vienne sur le nucléaire iranien qui ne disait mot des missiles n’a ralenti que très modestement les Iraniens dans la poursuite de leurs objectifs et ne serait de toute façon plus valide à date actuelle.  

Benjamin Netanyahu, qu’on l’aime ou non, a toujours été d’une cohérence absolue au sujet de l’Iran qu’il a toujours considéré comme la menace existentielle majeure que doit affronter Israël. Grâce à Trump et à l’extraordinaire partenariat que Tsahal a forgé avec l’armée américaine les moyens d’agression de l’Iran ont été drastiquement diminués. On a vu cependant à quelle vitesse les Gardiens de la Révolution savaient reconstituer leur potentiel militaire… Le peuple israélien et le peuple iranien ont un objectif commun: éliminer le régime sanguinaire actuel de Téhéran. Ce devrait être un objectif de l’ensemble du monde qu’on dit civilisé. Inutile de dire que ce n’est le cas que de manière incantatoire.

Retrouvez la chronique de Richard Prasquier sur Radio J.

Les mystères de Sophie

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Sophie Toscan du Plantier D.R.

Avec Debout comme une reine, la journaliste Emily Barnett tente de percer les zones d’ombre qui planent toujours autour de l’assassinat de Sophie Toscan du Plantier. Un roman troublant et émouvant.


Dans la nuit du 22 au 23 décembre 1996, une femme est sauvagement assassinée non loin de sa maison, dans le comté de Cork, en Irlande. Elle a 39 ans. Son mari est un grand producteur de cinéma. Elle s’appelle Sophie Toscan du Plantier. L’affaire fait grand bruit. Emily Barnett, comme tout un chacun, est frappée par la violence du meurtre puis elle oublie. Jusqu’à ce qu’un documentaire, diffusé en 2022, la confronte de nouveau à cette tragédie qui, dès lors, ne cesse de la hanter. Et l’écriture s’impose. La journaliste du Monde mène l’enquête. Elle rencontre le fils de la victime, sa tante, se rend même sur les lieux du crime. On cherche toujours à comprendre la logique des bourreaux. Mais Emily Barnett veut comprendre celle de la victime. Pourquoi une femme qui a tout pour elle, un mari qui fait la pluie et le beau temps dans le cinéma français, une situation particulièrement aisée, un petit garçon qu’elle adore, choisit-elle de partir seule, à la veille de Noël, dans une maison perdue au milieu d’une lande hostile?

Une femme en quête d’authenticité

Cette question, ses proches se la posent encore. Emily Barnett, elle, tente d’y répondre. Elle s’en explique dans l’incipit de son livre : « Dans le cas d’une affaire criminelle non résolue, la fiction constitue le dernier refuge de la mémoire face à ce que nous ne saurons jamais. » Son intuition : il n’y a pas que des facteurs extérieurs, il y a aussi des facteurs intérieurs qui ont conduit Sophie Toscan du Plantier jusqu’à son agresseur. Ce qui intéresse la journaliste est moins le fait divers que la personnalité de cette femme, ses aspirations, ses fragilités, ses peurs. Une femme à l’opposé de cette vie parisienne faite de représentations et de faux-semblants dans laquelle son mari l’entraîne. Une femme en quête d’authenticité qu’elle trouve auprès des habitants de Schull, petit village irlandais connu pour sa tranquillité. Elle y achète une maison où elle imagine pouvoir vivre sans avoir à jouer un personnage. Elle lit Keats, Huysmans, Melville… Puis écrit des poèmes et des ébauches de romans. Emily Barnett en cite des extraits et l’on ne peut manquer d’être troublé par leur caractère prémonitoire. Il y est question d’une femme aux chevilles brisées. D’une autre défigurée. Un jour, Sophie Toscan du Plantier rencontre un Anglais. Ian Bailey. Narcissique notoire, journaliste raté, poète autoproclamé, il pense que la jeune femme va pouvoir l’aider à concrétiser ses rêves de gloire.

Elle le fera à son corps défendant, puisqu’en l’achevant à coup de pierres et de parpaing il finira par être connu dans le monde entier. L’affaire n’a jamais été complètement élucidée. La justice française a condamné Bailey à vingt-cinq ans de prison, mais l’Irlande a refusé de l’extrader. Loin du sensationnalisme, Emily Barnett signe un livre délicat et poétique qui puise aux sources de l’inconscient. Un livre qui rend justice non pas à Madame Toscan du Plantier, mais à Sophie. Une femme éprise de liberté qui lui ressemble comme une sœur.

Debout comme une reine, Emily Barnett, Gallimard, 2026.

Debout, comme une reine

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Je n’ai d’œufs que pour elle!

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Picoti tombée du ciel. Photo : P. Lacoche.

Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…


La Sauvageonne et moi avons été invités, le jour de Pâques, à déjeuner chez nos amis Corine et Eric, à Villers-Bretonneux (Somme, 4647 habitants), près d’Amiens. Je ne sais pourquoi mais j’aime Pâques. Ça doit remonter à l’enfance, les œufs que nos parents cachaient dans des jardins enfouis sous les ronces du temps qui passe. Je me revois à Sept-Saulx (Marne, 691 habitants) chez mes grands-parents maternels, en compagnie de mes cousins Guy et Hubert. C’était au début des années 60. Nous gambadions dans les allées recouvertes des gravillons crayeux du château du village où mon grand-père était jardinier.

Il y avait une manière de bois minuscule coincé entre les vastes garages où le petit personnel spécialisé en mécanique réparait les automobiles de Madame et de Monsieur, et le potager au centre duquel se trouvait un bassin à poissons rouges, bassin en béton gris, très Art déco. Dans ce petit bois, les adultes dissimulaient des œufs en chocolat. J’entends encore les rires juvéniles de Guy, le Pêcheur de nuages (RIP) et de son petit frère Hubert (RIP). Pendant ce temps, mes oncles parlaient de morilles, de brochets monstrueux qui, disaient-ils, peuplaient la Vesle. Etait-ce vrai ? Je ne le saurai jamais ; l’essentiel est que les ombres de ces brochets monstrueux hantent à jamais les ruelles de ma mémoire.

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Dimanche dernier, avant de me rendre chez Corine et Eric, j’ai émis l’idée de cacher des œufs en chocolat dans le square de la résidence HLM où réside la Sauvageonne afin de la distraire. « Elle est si jeune par rapport à moi », songeai-je. « Tu perds la boule, vieux Yak ! », répliqua mon ébouriffée adorée. « Je ne suis plus une enfant. » C’est vrai que la Sauvageonne finit par me faire perdre la boule.

Arrivés à Villers-Bretonneux, alors que nous attaquions la deuxième coupe (je dis bien la deuxième et pas la seconde car il y en eut d’autres) de Crémant d’Alsace, j’aperçus une jolie poule qui traversait la cour. Eric me fit savoir qu’elle s’appelait Picoti, qu’elle était arrivée dans son jardin deux ans plus tôt, en juillet alors qu’ils partaient en vacances dans le Massif central. Ils se demandaient bien comment elle s’était retrouvée là. Grand mystère. Ils la nourrirent, l’abreuvèrent, persuadés qu’à leur retour elle eût disparu, repartie chez ses propriétaires. Il n’en fut rien: la gallinacée était toujours dans la cour. Eric ne la contraria pas ; il lui construisit un poulailler, et la surnomma Picoti. En ce jour de Pâques, jour des cloches, je n’avais d’oeufs que pour elle, Picoti tombée du ciel.

Il y a une vie après l’Assemblée…

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(C) Mairie de Béziers

94 % des communes en France ont élu leur maire dès le premier tour. Comme à Béziers où Robert Ménard et son équipe (dont Emmanuelle fait partie) ont savouré leurs 65,6 % au soir du 15 mars. Retour sur une campagne souvent agressive mais qui s’est terminée en beauté !


La méthode Ménard ?

Avec ses 65,6 % face à trois listes de gauche et une liste RN, le réélu maire de Béziers a de quoi être satisfait. Non content d’avoir gagné au premier tour, il a relégué la liste LFI à 3,6 % et celle du Rassemblement national à moins de 9 %. Alors, existe-t-il une méthode Ménard ? « Ne pas tricher avec les gens. Les aimer, tout simplement. Parler à leur cœur sans leur mentir, sans leur faire de fausses promesses. Et puis, travailler, travailler, travailler encore… », explique le maire de Béziers. Pour lui, le résultat obtenu est rassurant : « Cela signifie qu’avec un discours “vrai”, on peut toucher tout le monde. À Béziers, une ville où les deux tiers des enfants des écoles publiques sont issus de l’immigration, avoir cantonné La France insoumise à moins de 4 % démontre bien que l’on peut tenir autre chose qu’un discours communautariste. Quant au RN et son faible score, cela prouve que l’étiquette politique ne fait pas tout. Et qu’il faut savoir rester humble… » Et si on tentait d’appliquer cette recette au reste de la France ? Rendez-vous en 2027 !

Sondages « truqués »

Trois sondages ont émaillé notre campagne à Béziers. Le premier en décembre dernier ; les deux suivants quelques jours avant le premier tour. Tous donnaient des résultats à peu près similaires (60 à 62 % des votes pour Robert Ménard au premier tour en fonction des instituts). Mais le plus amusant, c’est le discours des candidats à qui ces sondages ne profitaient pas vraiment. La palme revenant au candidat prétendument « sans étiquette » (mais tout à fait socialiste), qui s’indignait de sondages « manipulés » (par nous) et publiés selon lui pour lui « voler » l’élection. Outre que, selon une étude de 2022 ayant comparé plus de 30 000 enquêtes aux résultats officiels des élections de 45 pays, l’erreur moyenne de ces sondages n’est que de 2,03 points, aucun institut digne de ce nom ne serait évidemment prêt à mettre en jeu sa crédibilité pour faire plaisir à un candidat. Il fallait bien tenter de remobiliser ses troupes… Ah oui, j’oubliais le plus drôle : le sondage visé avait été commandé par la liste d’Union de la gauche. Flop…

Le coup de pied de l’âne

Chaque campagne comporte ses surprises, plus ou moins heureuses… À Béziers, la stupéfaction est venue de l’ancien maire, Raymond Couderc (UMP), battu en 2014 et parfois aimablement surnommé « le fossoyeur de Béziers ». L’ancien édile, plus ou moins retiré de la vie politique, a jugé bon d’annoncer environ trois semaines avant le scrutin qu’il avait décidé de soutenir publiquement… Thierry Mathieu, « l’homme qui ne croit pas aux sondages », notre « socialiste camouflé ». Réactions immédiates et quasi unanimes sur les réseaux : « Il vient de couler son candidat » ou encore « Comment tuer la campagne de son poulain en deux secondes ». L’aveuglement fait homme…

Merci Jojo ! 

Vous allez me dire que ce n’est pas gentil, pas charitable, pas très chrétien, surtout en cette période de carême. Tant pis, je n’y résiste pas. Parmi nos nombreuses publications réalisées durant cette campagne (une dizaine de tracts différents, cinq affiches, plus de 50 vidéos, etc.), certaines ont eu plus de succès que d’autres. Parmi elles, un petit post sur Facebook de Robert concernant notre labrador, Joy, surnommée Jojo, qui va bientôt avoir 12 ans. Elle nous a accompagnés durant ces deux premiers mandats, mais les labradors n’ont pas la réputation de vivre très vieux et les signes de l’âge commencent à apparaître. Cette publication a été vue par 294 000 personnes et « likée » 14 400 fois. Plus que tous nos opposants réunis. Merci Jojo !

Homophone

Au soir du premier tour, Robert Ménard est interviewé sur différentes chaînes de télévision pour réagir à ses résultats et ceux de différents candidats ailleurs en France. Interrogé sur une chaîne d’info sur la difficulté à s’entendre pour la droite à Paris, le maire de Béziers déclare que, dans la capitale, « l’union des droites est un échec patenté ». Sur le « bandeau » qui défile sous son image s’affiche alors un magnifique « L’union des droites est un échec pas tenté ». Bravo les journalistes !

Euthanasie

Pendant cette campagne électorale, les travaux ont continué quelques semaines à l’Assemblée nationale. Le temps pour les députés de voter, le 25 février dernier, le projet de loi sur « la fin de vie », terme apparemment plus acceptable et moins rude pour l’opinion publique que celui d’euthanasie… Ce qui avait été initialement présenté comme un dispositif strictement encadré s’est finalement révélé un texte parmi les plus permissifs au monde qui nous conduira, j’espère me tromper, à des chiffres effrayants comme ceux qui ont cours au Canada où plus de 5 % des décès (7.9 % au Québec) sont aujourd’hui la conséquence d’une euthanasie. Crainte exacerbée par un système de santé au bord de la faillite en France et par les expériences étrangères, où des extensions de ce nouveau « droit » ne cessent d’être votées, allant jusqu’aux mineurs et aux malades psychiatriques… Olivier Falorni, « père spirituel » de ce texte, s’est fait déborder par sa gauche. Vous avez dit « apprenti sorcier » ?

Ville rose

Il s’en est fallu d’un cheveu ! À l’heure où je termine ces quelques lignes, le résultat vient de tomber. Jean-Luc Moudenc a été réélu maire de Toulouse, capitale de l’Occitanie. François Piquemal, candidat LFI, a perdu. Et Jean-Luc Mélenchon, qui le soutenait, avec toutes ses provocations immondes et antisémites, n’est finalement pas parvenu à convaincre. Dans la ville où le terroriste islamiste Mohammed Merah a assassiné quatre personnes de confession juive en 2012, élire le candidat d’extrême gauche qui avait pris place à l’automne 2025 aux côtés de l’eurodéputée Rima Hassan à bord de la flottille internationale en route vers Gaza aurait eu de quoi soulever le cœur. Ce soir, la Ville rose a failli se parer des couleurs de la Palestine.

Bardella: la politique a aussi ses bluettes

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Jordan Bardella © Alain ROBERT/SIPA

People. Paris Match l’annonce en une cette semaine: Jordan Bardella n’est plus un cœur à prendre. Conte de fées, stratégie d’image, moqueries: la nouvelle est très commentée…


Il est tout à fait normal que la médiatisation s’attache au couple que forment aujourd’hui la princesse Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles et Jordan Bardella. Un reportage, publié dans Paris Match, éclaire avec finesse ce lien, en le montrant lors d’un séjour de vacances en Corse.

Selon l’hebdmadaire, J. Bardella et Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles ne se quittent plus depuis leur rencontre en mai 2025.

La princesse sera un jour cheffe de la maison royale des Bourbon-Siciles, et Jordan Bardella sera peut-être le candidat du Rassemblement national en 2027, voire notre futur président de la République. À elle seule, la destinée de ce couple suffirait à justifier la lumière projetée sur lui. Mais l’essentiel n’est pas là. Rien ne serait plus anachronique que de s’étonner de cette attraction, dont l’histoire est parfaitement décrite dans l’hebdomadaire, comme si nous en étions encore à une époque révolue où l’inégalité des conditions ou leur apparent éloignement rendaient impossible, ou imprudente, toute relation amoureuse. Comment ne pas aimer, au contraire, dans ce qui nous est montré, la tranquille assurance de la complicité ; surtout l’allure de ce couple qui, livré à lui-même, s’abandonne à des gestes de tendresse et qui, s’il croise des gens, même les mieux intentionnés, reprend délicatement ses distances. Si cette union durait et demeurait dans le même registre — registre qui, en tout cas, paraît bien être celui de Jordan Bardella, si l’on se fonde sur ses déclarations personnelles, rarement intimes —, elle offrirait à la France, souvent passionnée par le destin de ceux qui seront peut-être appelés à la présider, une leçon, un enseignement, un avertissement. Même proche du pouvoir, on peut se tenir avec dignité quand on aime. Ces images corses — cette pudeur qui n’enlève rien à l’expression des sentiments mais la magnifie par contraste, cette absence d’attitudes ostentatoires — sont rafraîchissantes dans un monde où le cœur sans excès est décrié, où la visibilité sans clinquant est moquée, où l’on se comporte rarement avec classe. Sans doute va-t-on objecter mille sarcasmes sur Monaco, sur le frelaté, le futile et le superficiel, sur le culte des apparences, sur la médiocrité somptuaire, les faux contes de fées… Et si l’optimisme avait raison ? Quelle chance alors, pas seulement pour soi, mais pour honorer tous ceux qui rêvent d’exemples : la multitude des citoyens, fleur bleue ou non, qui aspirent à ce qu’on leur fasse honneur. Il n’y a jamais de jalousie ni de ressentiment lorsque le couple est heureux, qu’il ne s’affiche pas pour la façade et que son authenticité rassure. Nous serions naïfs, ridicules, ignorants, égarés ? Qu’importe, si ce présent dure ! Pourquoi refuser que cette histoire d’amour puisse être, au moins un temps, une pierre tendre dans un univers politique difficile ? Rien de plus, rien de moins.

Jean III Sobieski, nouvelle tête de Turc

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Statue du roi Jean III Sobieski chargeant à la tête de ses cavaliers D.R.

Querelle mémorielle. Les gardiens de la bien-pensance ont encore frappé. Le siège de Vienne par les Turcs en 1683, levé par le roi Jean III Sobieski et ses hussards ailés, est un événement clé de l’histoire autrichienne.


Faut-il rendre hommage à un homme qui a évité l’invasion ottomane de l’Europe centrale et occidentale ? C’est le dilemme qui s’est posé au conseil municipal de Vienne. Le Parti social-démocrate d’Autriche a fini par trancher en refusant d’autoriser la construction d’un monument à la gloire de Jean III Sobieski. Ce roi polonais est venu à la rescousse de la ville assiégée par les forces du grand vizir, Kara Mustafa, lors de la bataille de Vienne du 12 septembre 1683, qui a mis fin à l’avancée des Turcs en Europe.

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L’initiative, lancée par des Polonais en 2013, prévoyait l’installation d’une sculpture de l’artiste contemporain Czesław Dźwigaj sur la colline de Kahlenberg, d’où le roi lança la charge décisive de sa cavalerie. La sculpture devait représenter Sobieski à cheval, avec des hussards ailés en arrière-plan et des Turcs vaincus sous les sabots de sa monture. Une image susceptible d’attiser des sentiments xénophobes et islamophobes, d’après la gauche viennoise.

Le maire de Vienne, Michael Ludwig, a affirmé qu’il ne souhaitait pas prendre le risque d’une polémique ni d’offrir ce symbole à l’extrême droite. Début 2026, le conseil municipal a rejeté la proposition d’ériger le monument, proposant à la place un simple piédestal à titre de « commémoration ». La droite locale, elle, estime que « la défense contre le siège turc fait partie de l’histoire de Vienne et doit être acceptée », et que l’intégration des immigrés implique le respect de la culture et de l’histoire du pays d’accueil.

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Des voix réclament de remplacer la statue rendant hommage à l’Armée rouge de Staline par celle du monarque polonais. On est en droit de s’inquiéter pour Godefroy de Bouillon, premier souverain du royaume de Jérusalem et meneur de la première croisade, dont la statue règne encore au milieu de la place Royale à Bruxelles. Pour encore combien de temps ?

Élection en Hongrie: la victoire annoncée qui pourrait ne rien changer

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Des passants devant une affiche sur laquelle on peut lire “Ils sont dangereux ! Arrêtons-les ! Seulement le Fidesz. 12 avril”, Budapest, Hongrie, 11 avril 2026 © Ekaterina Chesnokova/SPUT/SIPA

Les Européens ont tort de faire de Magyar leur chouchou et sa victoire annoncée est loin d’être acquise. S’il ne sera peut-être pas le gros caillou dans la chaussure de l’UE qu’est l’illibéral Orban, il ne sera ni un Européen fédéraliste et progressiste, ni favorable à l’Ukraine. Surtout, s’il est élu, il pourrait très bien ne pas pouvoir gouverner dans un pays dont les institutions ont été refaçonnées pour le Fidesz depuis plus de quinze ans. Analyse.


13 avril 2026. Le parti Tisza de Péter Magyar a largement remporté les élections législatives en Hongrie hier avec environ 54 % des voix, infligeant une défaite nette au Fidesz de Viktor Orbán (38 %). Grâce à cette victoire historique et à une participation record proche de 80 %, Tisza devrait obtenir une supermajorité des deux tiers au Parlement, ouvrant la voie à un profond changement politique après 16 ans de pouvoir d’Orbán • La rédaction

À quelques heures du scrutin du 12 avril, un consensus rare s’est formé parmi les commentateurs occidentaux : Viktor Orbán est fini politiquement et la démocratie va être restaurée à Budapest. Les sondages indépendants créditent le parti Tisza de Péter Magyar d’une avance à deux chiffres parmi les électeurs décidés. L’arrivée de J.D. Vance à Budapest cette semaine, appelant Trump en direct depuis un meeting pour lui faire déclarer « I love Viktor », a le parfum d’un baroud d’honneur. Pourtant, la confiance quasi unanime dans une rupture nette révèle non pas de la lucidité, mais une triple illusion. Chaque camp (Bruxelles, l’écosystème “patriote”, et les commentateurs de sondages) projette sur la Hongrie un récit qui sert ses propres intérêts tout en occultant les réalités structurelles qui détermineront ce qui se passera réellement le 13 avril au matin.

L’illusion bruxelloise

L’enthousiasme de l’establishment européen pour Peter Magyar est aussi révélateur que prématuré. La cheffe de file de Renew, Valérie Hayer, a déclaré ouvertement soutenir tout candidat capable de battre Orbán. Le PPE, dont Tisza est membre, tolère l’absence quasi totale de Magyar aux réunions du groupe parlementaire, considérant son succès électoral comme une priorité supérieure à sa participation législative. Bruxelles investit politiquement sur un homme qu’elle connaît à peine, et se méprend sur celui qu’elle croit connaître. Magyar est un conservateur de droite. Il s’oppose à la redistribution des demandeurs d’asile en Europe. Il a voté contre l’accord UE-Mercosur pour défendre les intérêts agricoles hongrois, défiant son propre groupe PPE. Ses eurodéputés ont refusé de soutenir Ursula von der Leyen lors du vote de confiance de janvier. Sur l’Ukraine, Tisza a voté avec le gouvernement Orbán au Parlement européen contre l’envoi de troupes ou d’armes au front. Magyar n’aura pas le veto facile, comme Orbán, mais il n’est pas un partenaire libéral. Bruxelles confond la suppression d’un obstacle avec l’arrivée d’un allié.

La méprise plus profonde concerne ce que “changement” signifie dans un système façonné par seize ans de capture institutionnelle. Même si Magyar obtient une majorité parlementaire, il n’atteindra vraisemblablement pas la majorité des deux tiers nécessaire pour amender la Constitution, ce texte qu’Orbán a réécrit et amendé au moins seize fois pour enraciner les avantages structurels du Fidesz. Pouvoir judiciaire, autorité de régulation des médias, parquet, Cour constitutionnelle : tous restent peuplés de fidèles d’Orbán dont les mandats s’étendent bien au-delà de ce cycle électoral…

Le démantèlement du contrôle institutionnel du Fidesz prendrait des années et exigerait une majorité constitutionnelle que Tisza n’obtiendra presque certainement pas. Ainsi, quel que soit le vainqueur, la gouvernance implique bien plus de continuité que le récit bruxellois ne veut l’admettre.

L’illusion MAGA

La performance de Vance à Budapest, lui qui a accusé les bureaucrates de l’UE de perpétrer “l’un des pires exemples d’ingérence électorale étrangère jamais vu” tout en adoubant un candidat étranger depuis une tribune de meeting, est caricaturale. Elle vise à projeter la guerre culturelle américaine sur toute surface disponible. En janvier, onze dirigeants de la droite radicale, de Marine Le Pen à Javier Milei, ont enregistré des vidéos de soutien à Orbán. Le cadrage est binaire : patriotes contre marionnettes globalistes, souveraineté contre soumission à Bruxelles. Cette grille manichéenne produit du contenu efficace, mais elle constitue une lecture médiocre de la réalité hongroise. L’élection n’est pas un référendum civilisationnel. C’est un affrontement entre deux politiques de droite, tous deux conservateurs sur l’immigration et sceptiques vis-à-vis d’une intégration européenne accélérée de l’Ukraine, qui divergent principalement sur la corruption, l’intégrité institutionnelle et la sagesse d’une dépendance stratégique envers Moscou.

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Le récit “patriote” exige que Magyar soit une créature de Bruxelles, que l’on grime en marionnette sur les affiches de campagne du Fidesz, la bouche cousue avec des étoiles européennes. La réalité est plus inconfortable pour les deux camps. L’ascension de Magyar est entièrement d’origine nationale. Ancien allié et proche d’Orbán, il a rompu publiquement avec le régime début 2024 après le scandale de la grâce présidentielle accordée dans une affaire de pédophilie, qui a provoqué la démission de la présidente Katalin Novák. La mobilisation en faveur de Magyar s’enracine dans le désenchantement face à la corruption et à la mauvaise gestion économique du Fidesz, non dans une conversion idéologique au fédéralisme européen. Ses électeurs comptent d’anciens soutiens du Fidesz dans des bastions provinciaux où les politiciens d’opposition n’avaient jamais osé faire campagne. Magyar n’est pas ce que Bruxelles souhaiterait qu’il soit, mais il n’est pas non plus ce dont l’écosystème patriote a besoin qu’il soit. C’est un produit national d’une crise nationale.

L’illusion des sondages

Les chiffres bruts, qui donnent une forte avance à Magyar (49/40 dans le sondage Publicus du 2 avril, par exemple) sont réels, mais ils décrivent l’intention de vote sur le scrutin de liste, qui n’attribue que 93 des 199 sièges parlementaires. Les 106 restants se décident dans des circonscriptions uninominales au scrutin majoritaire à un tour, sur une carte redessinée par le Fidesz. En décembre 2024, l’Assemblée nationale contrôlée par le Fidesz a redécoupé les frontières électorales, réduisant les circonscriptions de Budapest de dix-huit à seize tout en ajoutant deux sièges dans le département de Pest, plus conservateur. Plusieurs circonscriptions favorables au Fidesz sont plus petites que la moyenne, nécessitant moins de voix pour élire un député. En 2022, le Fidesz a obtenu 53% du vote populaire mais raflé 68% des sièges, dont 96 des 106 mandats de circonscription.

Ainsi, Tisza doit remporter le vote national avec au moins trois à cinq points d’avance pour simplement s’assurer une majorité parlementaire simple. Une avance qui produirait un raz-de-marée sous un régime proportionnel peut ne donner qu’une majorité fragile et étroite sous l’architecture hongroise, ou, pas de majorité du tout. Orbán peut perdre le vote populaire et conserver le pouvoir ; Magyar peut le remporter et se retrouver structurellement bloqué, gouvernant sans les outils constitutionnels nécessaires pour réformer le système. Les sondages ne se trompent pas, il existe un sentiment de dégagisme en Hongrie. Mais ils mesurent la mauvaise chose. Bien souvent, on rappelle que les gens votent, pas les sondages, et c’est encore plus vrai en Hongrie. Les spécificités du régime, qu’Orbán a modifié pour le servir, rendent l’issue du scrutin incertaine et disqualifient les commentateurs parlant de “tournant historique”.

Apocalypse nucléaire

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Le jounaliste et écrivain français Bruno Lus © JF Paga

Ça commence par une randonnée. Un homme monte par le « col de l’Homme mort ». C’est un signe, après avoir avancé au milieu des champs de lavande. Il arrive sur le plateau d’Albion, à cheval sur le Vaucluse, la Drôme et les Alpes-de-Haute-Provence. C’est le pays de Jean Giono, celui du Chant du monde. L’homme n’est pas là pour faire du tourisme. Il mène une enquête dans le but d’écrire un livre aujourd’hui publié chez Grasset portant le titre glaçant: Les irradiés.

Troisième guerre mondiale

Retour en arrière. Le 13 février 1960, la première bombe atomique française explose dans le Sahara algérien. Nom de code : Gerboise bleue. L’arme nucléaire, c’est l’avenir. Et cet avenir se joue sur le plateau d’Albion. La France se diversifie avec la création de la « triade nucléaire ». Il faut pouvoir se défendre par voie aérienne, maritime et terrestre. En 1963, est lancé le premier programme SSBS, pour sol-sol balistique stratégique. La mise en œuvre de ce programme revient à l’armée de l’air. Elle va prendre le contrôle du plateau d’Albion. Un gigantesque chantier voit le jour. On dépense sans compter. Michel Debré, ministre chargé de la Défense nationale, sort le chéquier. Résultat : dix-huit bombes atomiques enfouies, neuf zones de lancement, deux postes de conduite de tir, opérationnels de jour comme de nuit. Le 2 août 1971, le fleuron de la dissuasion nucléaire peut fonctionner. La France intègre le clan très fermé des nations qui possèdent le feu nucléaire. Il parait que la bombe atomique empêchera la destruction des civilisations. On peut aussi penser le contraire. Albert Einstein : « Je ne sais pas avec quelles armes la Troisième Guerre mondiale sera menée, mais la Quatrième Guerre mondiale sera menée avec des bâtons et des pierres. »

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Grande muette

Bruno Lus, écrivain et scénariste, raconte l’histoire du plateau d’Albion dans un récit qui tient en haleine. On pourrait croire qu’il s’arrête à la fin des années 1990 lorsque ce site mystérieux est démantelé. Mais son enquête ne fait débuter. Peu à peu, des militaires, anciennement chargés de son bon fonctionnement, tombent malades. Certains meurent de cancer. La question, immédiatement : ont-ils été irradiés sur le plateau d’Albion ? Travaillaient-ils avec des protections suffisamment efficaces ? Avaient-ils seulement des protections ? Bruno Lus interroge les témoins. L’enquête se révèle difficile. L’Armée ne joue pas le jeu. Elle est plus que jamais « la grande muette ». Lus consulte les archives, les articles de journaux, poursuit de délicates pistes. Il interroge des médecins, consulte les prises de sang de malades condamnés. Le témoignage de Lény est particulièrement émouvant. À 35 ans, il a les os d’un vieillard. Il prend un avocat pour tenter de forcer l’armée à reconnaitre qu’il a été irradié. C’est la lutte du pot de terre contre le pot de fer. Micro ouvert, il confie à Lus : « Je suis resté des heures et des heures à faire la garde debout devant une tête nucléaire. » Le long cortège des cancéreux ne fait alors que s’allonger au fur et à mesure de l’enquête.

On peut voir un de ses missiles – SSBS S3 – qui se trouvait dans les silos du plateau d’Albion. Il est exposé au musée de l’air et de l’espace, situé au Bourget. Lus le décrit. On dirait un monstre engendré par la folie des hommes : « Sous son nez arrondi se cache la fin du monde. »

Neuf pays sont en possession de l’arme nucléaire ; au total, plus de douze mille ogives dans le monde en 2024. L’apocalypse nucléaire n’est donc pas une expression faite pour réveiller les peurs ancestrales. Et elle n’a rien à voir avec l’apocalypse annoncée par Jésus. Le livre de Bruno Lus le prouve.

Bruno Lus, Les Irradiés, Grasset. 208 pages

Les Irradiés

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Déchets humains, mode d’emploi

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Georges-Olivier Châteaureynaud, romancier et nouvelliste © JF PAGA / Grasset

Les Recyclés, de Georges-Olivier Châteaureynaud (Prix Renaudot 82), met en scène une société où l’on peut demander à disparaître – et où l’administration s’en charge avec une efficacité irréprochable.


Difficile de lire Les Recyclés sans penser aux débats actuels sur la fin de vie, « l’aide à mourir », ou, plus largement, à cette tentation contemporaine de rationaliser l’existence jusqu’à son terme. Non pas que Georges-Olivier Châteaureynaud écrive un roman à thèse – il s’en garde bien – mais son livre entre en résonance directe avec une époque qui s’interroge, de plus en plus ouvertement, sur la légitimité de rester en vie.

L’administration de la mort

Il fallait oser. Transformer l’effacement pur et simple d’un homme en procédure municipale. Faire passer la disparition par le guichet, la fiche cartonnée, le badge. Châteaureynaud, écrivain discret mais essentiel – prix Renaudot pour La Faculté des songes – pousse ici une idée jusqu’à son point de rupture. Son nouveau roman, Les Recyclés, tout juste paru chez Grasset, n’a rien d’une fantaisie: c’est une hypothèse administrative.

Tout commence à l’aube, dans une rue quelconque. Un homme attend. « Le minibus passera ramasser Nivôse ». Le verbe est là, brutal dans sa banalité. Ramasser. Comme les ordures. Et le plus dérangeant, c’est que personne ne proteste. Ni les voisins, ni la ville, ni lui-même.

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Nivôse, professeur de latin mis au rebut comme une langue morte de trop, n’est pas une victime classique. Il a rempli les formulaires. Il a demandé son propre effacement. Ce détail change tout: la dystopie de Châteaureynaud ne repose pas sur la contrainte, mais sur l’adhésion molle, l’abandon de soi. Une société où « chacun dispose de ce droit comme d’un revolver chargé », y compris contre lui-même.

Le dispositif est d’une intelligence froide. Les « recyclés » sont triés, évalués, exposés, presque comme des produits en attente d’un second usage. « On n’est presque plus rien ni personne »: la phrase résume tout. On vous déleste de vous-même, progressivement, sans heurt, sans éclat. L’homme devient une ressource reconditionnable. Ses biens, eux, sont immédiatement jetés: « balancés… sans plus de précaution que des éboueurs ». Tout est récupérable, sauf ce qui faisait une vie.

La culture de l’effacement

Il y a aussi, dans ce livre, une ironie sourde, presque cruelle. Ces êtres qu’on efface, on les « propose » encore, on les « valorise », on les rend présentables. Comme si le marché pouvait absorber jusqu’au rebut humain. Le recyclage n’est pas une fin: c’est une transformation. Et c’est peut-être là le point le plus inquiétant – rien ne disparaît vraiment, tout se reconfigure.

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Ce qui frappe, c’est l’absence de pathos. Nivôse ne hurle pas, ne se débat pas. Il constate. Il glisse. Le cœur du livre tient dans ce mot qu’il lâche, presque honteux: « tædium vitæ ». Non pas la détresse spectaculaire, mais une fatigue d’exister. Une usure lente. Le roman touche là quelque chose de très contemporain: non pas la violence du monde, mais son épuisement.

Châteaureynaud ne cherche pas à convaincre, encore moins à dénoncer. Il installe une mécanique, il la laisse tourner, et regarde ce qu’elle produit: non pas des morts, mais des sortants. Des gens qui quittent la scène sans fracas, avec leur dossier sous le bras. Et c’est peut-être cela, au fond, le plus dérangeant: l’idée que la disparition puisse devenir une option raisonnable, presque confortable.

Les Recyclés

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Paris, c’est fini

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Emmanuel Grégoire, élu maire de Paris dans la continuité de vingt-cinq ans de gestion socialiste de la capitale, fête sa victoire aux côtés d'Anne Hidalgo, 22 mars 2026 © ISA HARSIN/SIPA

Au chaos Hidalgo succède le laminoir Grégoire. Le nouveau maire de Paris veut poursuivre la piétonnisation à marche forcée, continuer d’accueillir la misère du monde et, plus encore, bouleverser la sociologie de la capitale en imposant 40% de logements sociaux. Bienvenue à Paris-banlieue.


Une majorité de Parisiennes et de Parisiens, bien-pensantes et bien-pensants, ont élu Emmanuel Grégoire à la Mairie de Paris. Cette émanation de la créature née de la cuisse de Bertrand Delanoë a désormais un boulevard (végétalisé) pour définitivement bousiller notre capitale. Élu après un quart de siècle de règne socialiste, soit une génération, il s’apprête à régénérer la sociologie parisienne pour les quarts de siècle suivants. C’était même une promesse de campagne : créer 60 000 logements HLM supplémentaires afin de constituer un parc social représentant 40 % des habitations de la ville. Quand on sait quelles sont les populations qui bénéficient en priorité de cette générosité municipale, outre les profs et autres dévoués fonctionnaires, le spectre d’une alternance politique s’éloigne à jamais. Et faire entrer la banlieue dans Paris, c’est aussi mettre fin à la « mixité sociale » brandie comme un totem par l’Hôtel de Ville depuis vingt-cinq ans – sauf si on estime que pauvres et immigrés représentent le mixte social idéal pour peupler une capitale. Les immigrés qui viennent en France ont d’ailleurs le même profil que ceux qui vont en Belgique, les Subsahariens en plus. Pour Monsieur Grégoire, la transformation-disparition de Bruxelles serait donc un exemple à suivre. Les craintes sont légitimes car la gauche parisienne a la grandeur d’âme de faire ce qu’elle dit.

Rio sans la mer et sans le soleil

On sourit lorsqu’il promet aux Parisiens d’augmenter leur pouvoir d’achat et de les défendre contre les punaises de lit. Mais on se raidit quand il promet la création de 4 000 places d’hébergement d’urgence réparties dans tous les arrondissements et la réquisition immédiate des logements vides dans le cadre de son « grand plan de mise à l’abri ». Plan qui inclut l’« objectif zéro enfant à la rue en mobilisant les moyens nécessaires et en défendant une présomption de minorité, et donc une obligation de mise à l’abri pour les mineurs étrangers non accompagnés ». Évidemment, personne ne veut voir dormir des enfants sur les trottoirs, mais ces promesses ne font que prendre acte du fait que Paris est devenu et restera le réceptacle de toute la misère du monde (près de 60 % des SDF sont étrangers), et que la « nouvelle » municipalité continuera d’encourager la venue de ces « mineurs non accompagnés » qui, bien souvent, ne sont ni l’un ni l’autre – et à l’origine de l’insécurité dans de nombreux quartiers. Les « moyens nécessaires » pour les mettre à l’abri annoncent en sous-texte que les gymnases continueront d’être réquisitionnés pour les loger en urgence, privant les petits Parisiens de plusieurs semestres d’activités sportives chaque année. Les associations d’« aide » aux migrants ont de beaux jours devant elles.

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La tiers-mondisation heureuse est à l’ordre du jour, les Parisiens feront « des économies en réduisant leurs déchets grâce à la seconde main et la réparation, avec l’objectif d’une ressourcerie solidaire et d’ateliers de réparation dans chaque quartier ». C’est Rio sans la mer et sans le soleil. Mais au royaume du système D, le roi Grégoire assure qu’aux heures de pointe, les bus passeront toutes les cinq minutes (encore faut-il qu’il y ait assez de véhicules et qu’ils puissent rouler), et que certaines lignes de métro circuleront 24 h/24. Pas un mot, en revanche, pour les femmes qui ne peuvent plus le prendre dès 18 heures. Elles feront du vélo grâce à un « service Vélib’ performant » ! Comme tout le monde. L’avenue Foch, le boulevard Saint-Germain, le périph’ dérouleront des langues de verdure avec kiosques, toboggans et pistes cyclables géantes. Ces espaces « apaisés » seront idéals pour planter des villages de tentes et manifester pour la Palestine de la mer au Jourdain.

On reste quelque peu dubitatifs lorsqu’on apprend que cette municipalité Hidalgo sans Hidalgo va « recruter 1 000 auxiliaires de puériculture et agents de la petite enfance supplémentaires grâce à des carrières revalorisées et à l’offre de formation développée par la Ville ». Son expérience en la matière est en effet exemplaire puisque, de la petite enfance au périscolaire, 52 animateurs ont été suspendus ces trois dernières années (dont 20 en 2025) pour divers comportements violents et agressions sexuelles. Et ce ne serait là que l’écume du scandale.

Végétalisation forcée

Mais Emmanuel Grégoire dit qu’il nous aime, toutes et tous et au-delà. C’est pourquoi il compte organiser chaque année une « Journée du Lien » pour « faire grandir » autour de chacun « une communauté protectrice ». Ça sonne un peu secte, mais sur les 365 jours de l’année, il en reste sûrement encore un ou deux qui n’ont pas leur « fête » ou leur « journée » à neuneu. L’objectif pour les siècles à venir est aussi de « lutter contre ce fléau silencieux qu’est la solitude ». Grégoire ne propose pas d’éteindre son téléphone ni d’en finir avec Uber Eats, mais d’« emprunter un livre, trouver un banc » et de « débattre avec passion à une terrasse de café ». Fallait y penser.

Poursuivant l’adaptation de Paris aux bipèdes valides, il piétonnisera encore mille rues ! Pardon, des « cœurs végétalisés et vivants ». Et dans la foulée, un « permis de piétonnisation temporaire » sera créé afin de permettre à chacun d’organiser « un événement associatif, sportif, festif ou familial en bas de chez soi ». Ceux qui dénonçaient la privatisation grandissante de l’espace public n’ont encore rien vu. Cependant, nul doute que la Mairie accordera l’autorisation à Causeur de bloquer la rue du Faubourg-Poissonnière pour fêter la sortie de son numéro 200.

Mais Grégoire le gentil a aussi la haine. Comme Hidalgo, qui n’a que tracé la voie, il veut en finir avec l’âme de la capitale. Aussi remet-il sur la table le « Manifeste pour une nouvelle esthétique parisienne » qui avait fait bondir Parisiens et touristes attachés aux bancs Davioud, aux kiosques à journaux historiques, aux lampadaires… et annonce la nomination d’« un ou une directrice artistique de Paris » qui sera chargée de la « beauté et de la cohérence des aménagements ». Barbara Butch, choisie par la Ville pour être la directrice artistique de la Nuit Blanche 2026, laisse percevoir l’orientation esthétique de la capitale pour les décennies à venir.

C’est bien connu : quand on est allé jusqu’au bout, il faut continuer.

Vivre en ville

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