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Iran, le fanatisme résilient

Trump peut-il vraiment faire la paix avec l’Iran? Si les décisions militaires des mollahs ont été complètement erratiques suite à l’attaque américano-israélienne, consistant notamment à canarder tous leurs voisins, ce sont désormais les propos du président américain qui interrogent.


Après les succès du 28 février, 1er jour de la guerre, on a parlé de la panique des mollahs et de la décapitation du régime iranien. Puis l’image a fait place à celle d’un Iran résilient, rendant coup pour coup, maitrisant sa population et tenant entre ses mains le destin économique de la planète par son contrôle du détroit d’Ormuz. 

Amazing

A en croire le président américain, la campagne militaire est une réussite extraordinaire, le régime iranien est aux abois et s’il a été difficile de négocier avec lui, c’est que les dirigeants ont tous été tués. Le 22 mars Trump menace d’oblitérer le système électrique iranien si le détroit d’Ormuz n’est pas ouvert. Le 23 mars il suspend la menace, arguant de discussions productives avec des représentants iraniens de haut niveau. 

Le 25 mars, démenti iranien assorti d’insultes envers les Etats-Unis et d’exigences telles qu’elles laissent penser que c’est l’Iran qui a gagné la guerre. 

Le nom de Mohammad-Bagher Ghalibaf, président du Parlement et ex-maire de Téhéran, est évoqué comme comme point de contact des Américains. Réaction outragée de l’intéressé qui prétend que ceux-ci lancent ces bruits pour sortir du bourbier où ils se sont enlisés et que la guerre ne s’achèvera qu’avec la punition des agresseurs. Sous l’égide de la Turquie, du Pakistan et de l’Egypte, on continue pourtant de parler de négociations, de la conduite desquelles Steve Witkoff et Jared Kushner, Juifs tous deux, seraient refusés par l’Iran. 

Les Iraniens pensent que Trump veut en finir car il s’inquiète des conséquences de la hausse du pétrole alors que s’approchent les midterms et qu’un vote chez lui en Floride vient d’amener pour la première fois depuis des lustres un démocrate à la Chambre de l’Etat.

Art du deal

Certains estiment que l’arrivée des troupes aéroportées près des côtes iraniennes n’est qu’une diversion qui permettrait à Trump, après une victoire symbolique, de prétendre que le job est fini. D’autres pensent que malgré son talent à tordre la vérité, le président américain doit renforcer les actions militaires s’il ne veut pas perdre la face en aboutissant à un accord de façade tellement minable que même lui aurait du mal à le vendre à un public dont l’Iran n’est pas la priorité mais qui ne veut pas voir les Etats-Unis humiliés.

On dit que c’est dans ce flou que Trump est à son meilleur. Moi, je pense que l’Iran n’est pas le Vénézuéla et que le président américain est plus à l’aise avec des dirigeants corrompus qu’avec des dirigeants fanatiques, ce que sont les dirigeants iraniens au pouvoir actuellement, tous issus de l’IRGC, le corps des Gardiens de la révolution, les Pasdaran.

Tous n’ont pas été tués et l’image de numéro deux de moindre prestige remplaçant des numéros un tués par les frappes israélo-américaines ne représente pas la réalité. Ces numéros deux étaient souvent d’anciens numéros un qui ont gardé leur réputation ou de vieux routiers du pouvoir… Voici quelques exemples.

Mohamed Jafari, devenu responsable de la guerre culturelle, était absent de la réunion du 28 février. Il avait été le chef des Pasdaran entre 2007 et 2019, époque où ceux-ci ont commencé avec l’appui de Ali Khamenei et de son fils Mojtaba, à sucer à leur profit l’essentiel des ressources de l’Iran. Son adjoint le célèbre Soleimani, était responsable des actions extérieures, Jafari lui, a transformé l’armée intérieure en en faisant, dans l’optique d’une possible invasion ennemie, une mosaïque d’unités autonomes.

Ahmed Vahidi, qui avait rejoint les Pasdaran en 1979 est devenu leur chef quand son prédécesseur fut tué le 28 février. Ministre de l’Intérieur depuis 2022, il a été responsable de la répression qui a suivi l’assassinat de Mahsa Amini. Mais il avait déjà exercé ses talents en 1994, avec l’attentat de l’AMIA à Buenos Aires.

Mohsen Rezae tout récent conseiller militaire spécial de Mojtaba Khamenei, a été de 1980 à 1997 le premier Commandant des Gardiens de la Révolution, à cette époque de simples gardes du corps de Khomeini. 

Et Mohammad-Bagher Ghalibaf a lui aussi été général des Gardiens de la Révolution. 

Ceux-ci sont aujourd’hui le centre du pouvoir en Iran. Mojtaba, qu’ils ont fait élire Guide est leur homme et même s’il est mort ou très invalide il pourra servir de substitut d’imam caché.

Des fanatiques actuellement à la tête du pays

Ces hommes sont entrés à la politique dès 1979, comme jeunes et enthousiastes disciples de Khomeini. Ils sont des partisans déterminés de sa doctrine, la Velayat e-faqih, qui donne le pouvoir décisionnel absolu au Guide perçu comme le représentant de l’imam sur terre et qui réduit le risque de rivalité interne ; ils se sont formés à la guerre dans les combats contre l’Irak quand on envoyait des enfants munis d’un collier de clefs du Paradis sauter sur les mines pour ouvrir le chemin des combattants, et ils ont donc un mépris absolu de la vie humaine. Ils ont toujours suivi pendant ces quarante-sept ans de théocratie où deux générations d’Iraniens ont été endoctrinés, la ligne la plus dure, celle des théologiens de Qom les plus hostiles à la démocratie occidentale. Ils se sont opposés à Ahmadinejad, non pas parce qu’il était un fou furieux, mais parce qu’il était un populiste innovant susceptible de dévaloriser le rôle du Guide Suprême à la tête du système.

Ce sont ces hommes qui dirigent le pays. Certains considèrent que l’islam sunnite lui-même est une hérésie à extirper, et pensent que cette guerre pourra par son intensité même être le creuset d’où sortira de sa cachette le 12e imam pour amener l’humanité, ou ce qui en restera après les combats, vers la vraie foi. Une analyse récente du centre Memri rappelle ces caractéristiques. Plutôt que d’insister sur leur corruption (certains des membres de ce groupe ont été pointés à ce sujet), il faut s’attacher au fanatisme idéologique où le mensonge (la célèbre taqiya) est une valeur fondamentale devant l’ennemi. Et, si le Grand et le petit Satan, les Etats-Unis et encore plus Israël, sont les ennemis archétypaux, les démocraties et tous les ennemis de la théocratie iranienne sont des ennemis de Dieu avec lesquels aucune réelle entente n’est envisageable.

Ce n’est pas avec de tels hommes qu’un accord est possible.  Ce n’est pas avec de tels hommes que le peuple iranien pourra se libérer, or c’est là le seul chemin de paix au Moyen Orient. Les Israéliens le savent, dirigeants politiques comme peuple de la rue. Pour Donald Trump, nous ne pouvons qu’espérer.

Dilemme mémoriel

À Graaff-Reinet, le projet de rebaptiser la ville en hommage à Robert Sobukwe ravive une fracture mémorielle profonde: entre réparation historique et préservation du patrimoine, cette controverse locale révèle les tensions raciales persistantes de l’Afrique du Sud postapartheid.


Dans le Karoo, au cœur de la province Cap-Oriental, la petite ville de Graaff‑Reinet est devenue le symbole d’une nouvelle bataille mémorielle en Afrique du Sud.

À la suite d’une décision gouvernementale, cette cité vieille de plus de deux siècles va être prochainement rebaptisée « Robert Sobukwe Town », du nom d’un héros de la lutte contre le régime de ségrégation raciale1. Contre toute attente, une vive résistance locale s’est organisée afin de contrer cette décision unilatérale de Pretoria, mêlant recours juridiques et mobilisation citoyenne, avec en fond de toile, un débat national sur l’héritage colonial et l’identité postapartheid.

Une ville au cœur de l’identité afrikaner

Graaff-Reinet est la quatrième ville la plus ancienne d’Afrique du Sud. Pour la communauté blanche, elle tient une place spéciale au sein de l’afrikanerdom. Fondée en 1786 au sein d’une colonie alors sous la domination de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, elle doit son nom au gouverneur du Cap, Cornelis Jacob van de Graaff, et à son épouse Cornelia Reynet.

En 1795, ses habitants proclament une république en réaction à l’autorité néerlandaise et se dote d’un volkstem (parlement du peuple). Une indépendance éphémère brisée par les Britanniques, qui restitue la ville aux Pays-Bas, avant d’en reprendre possession en 1806 et l’incorporer à la couronne de Sa Gracieuse Majesté. C’est pourtant à un Français que Graaf-Reinet doit son architecture actuelle, inscrite au patrimoine national. L’une des mieux préservées d’Afrique du Sud. Au début du XIXe siècle, l’ingénieur Louis-Michel Thibault transforme le visage de la ville, rapidement surnommée « la perle du Karoo ».

Quelques décennies plus tard, elle devient l’un des points de départ du Grand Trek des colons boers vers l’intérieur du pays où ils vont fonder l’Etat d’Orange libre et la République du Transvaal. Pour beaucoup d’habitants, ce chapitre épique de leur histoire constitue une part essentielle de leur identité locale.

Redessiner le paysage pour effacer l’apartheid

Si une grande partie des villes d’Afrique du Sud portent encore des noms hérités de l’histoire coloniale et des figures emblématiques du panthéon de la minorité blanche, ils constituent, pour une majorité de Sud-africains noirs, les vestiges visibles d’un passé marqué par l’oppression raciale.

À la chute de l’apartheid en 1994, un vaste processus de transformation toponymique a été engagé sous l’impulsion du South African Geographical Names Council. L’objectif : rééquilibrer la mémoire nationale en redonnant une place aux cultures, aux langues et aux figures historiques africaines longtemps marginalisées. Ce mouvement s’est traduit par de nombreux changements emblématiques. La très conservatrice Potgietersrus est ainsi devenue Mokopane, Pietersburg a été rebaptisée Polokwane, tandis que Port Elizabeth a été contrainte de s’appeler Gqeberha. Même la capitale administrative, Pretoria, n’a pas échappé à cette dynamique : depuis 2005, elle est intégrée à la municipalité de Tshwane, un nom d’origine tswana renvoyant à une figure locale de l’histoire sud-africaine.

Au total, ce sont plus de 80 villes et près de 1 500 noms géographiques -villages, rivières, montagnes, routes ou encore aéroports- qui ont été modifiés par les gouvernements successifs de l’African National Congress (ANC), dans une volonté affirmée de rupture avec l’héritage colonial et ségrégationniste. Mais cette politique de renommage est loin de faire consensus. Excepté les accusations de réécriture de l’histoire à la sauce gouvernementale, les critiques pointent également le coût financier élevé (rien que sur Pretoria, cela a coûté plus de 40 000 euros pour changer le seuls 21 panneaux de signalisation routière) et les lourdeurs administratives que ces changements ont engendré – modification des cartes, des adresses et des documents officiels -ainsi que son impact potentiel sur l’attractivité économique et touristique du pays.

Une résistance inattendue qui illustre les fragilités raciales sud-africaines

Mais à Graaff-Reinet, la décision a déclenché une mobilisation inhabituelle. Un recours juridique a été déposé par l’avocat local Derek Light, représentant le Forum de développement économique de la ville.

Selon lui, la procédure administrative est entachée d’irrégularités. Le ministère « omet d’informer le public qu’il dispose de 30 jours pour formuler des objections et ne précise pas où celles-ci doivent être déposées », affirme-t-il. Pour ses opposants, la décision apparaît d’autant plus contestable qu’elle intervient l’année même du 240e anniversaire de la ville.

La présidente de l’Association des contribuables, Liz Buisman, confirme l’ampleur de la mobilisation: « Nous sommes déterminés et nous nous mobilisons. De nombreuses objections sont en cours de compilation. » Même la prochaine conférence de la Société du patrimoine, prévue en décembre, a déjà pris position: elle continuera de porter le nom de Graaff-Reinet. Une manifestation contre le projet a fédéré 30 000 personnes dans les rues de la ville.

Samantha Graham-Mare, membre de l’Alliance démocratique (opposition et membre de la coalition gouvernementale) et vice-ministre de l’Électricité et de l’Énergie, a fait valoir qu »il ne reflète pas la volonté de la communauté locale. « Si Robert Sobukwe était une figure marquante qui a joué un rôle important dans l’histoire sud-africaine, il ne représente qu’une partie des habitants de Graaff-Reinet », a-t-elle déclaré.

Également au gouvernement, le parti afrikaner Freedom Front Plus (FF+ extrême-droite) a appelé les habitants à continuer d’utiliser l’ancien nom afin de faire preuve de résistance. « Le parti appelle les habitants de Graaff-Reinet, de la province du Cap-Oriental et du reste de l’Afrique du Sud à ignorer ce changement de nom », a déclaré le Dr Corné Mulder, chef du parti. « Il est devenu courant d’attendre des Afrikaners, et seulement des Afrikaners, qu’ils sacrifient leur héritage sur l’autel de l’apologie (…), nous refusons de continuer ainsi » a ajouté ce fils d’un ancien ministre de la Justice.

La famille du militant honoré se trouve elle aussi dans une position délicate. Le petit-fils de Robert Sobukwe, feu leader fondateur du Pan-African Congress (PAC), un parti d’extrême-gauche qui a été longtemps hostile à intégrer tout blanc dans son appareil politique durant la lutte contre le régime de ségrégation raciale, y compris issus du Parti communiste, Tsepo Sobukwe, a reconnu que la décision est à la fois « douloureuse et symbolique ». « Je suis heureux que la mémoire de mon grand-père soit honorée, mais je comprends aussi que cette décision suscite des réactions fortes », confie-t-il.

Emprisonné par le régime d’apartheid et détenu à l’isolement sur l’île de Robben Island, Robert Sobukwe (1924-1978) demeure une figure majeure du combat anti-apartheid. Ses partisans estiment à contrario que donner son nom à la ville où il est né constitue une réparation historique. Le PAC accuse d’ailleurs les opposants au projet de « résister à la décolonisation et à la vérité historique ». « Sobukwe représentait des idées si puissantes que même le régime de l’apartheid l’a traité comme un prisonnier hors du commun (entre 1960 et 1969, il est placé à l’isolement à Robben Island, séparé même des autres prisonniers). Ce rejet ne relève ni d’une procédure ni d’une consultation ; il s’agit d’une résistance à la décolonisation, à la vérité historique et au démantèlement inévitable des symboles de l’apartheid », se justifie Jaki Seroke, vice-président du Congrès panafricain.

Il a été d’ailleurs rejoint par l’Economic Freedom Fighters (EFF) dans ses propos. Le parti de Julius Malema, connu pour ses violentes diatribes anti-afrikaners a salué cette décision. Dans un communiqué, le mouvement a souligné que ce changement de nom constituait une intervention idéologique nécessaire dans un pays dont la géographie porte encore les stigmates de la conquête coloniale.

La controverse illustre en réalité un dilemme profond de l’Afrique du Sud contemporaine : comment transformer l’espace public sans effacer une partie de l’histoire du pays ? Depuis la fin de l’apartheid, la question des noms de villes, de rues et de monuments constitue un champ de bataille symbolique. Pour les uns, ces changements permettent de restaurer une mémoire longtemps mise de côté. Pour les autres, ils risquent de supprimer des éléments du patrimoine national.

Au-delà du cas de Graaff-Reinet, l’affaire pourrait faire jurisprudence dans un pays où la toponymie reste un terrain sensible. Car derrière les plaques de rues et les panneaux d’entrée de ville se joue une question fondamentale : comment une nation encore marquée par son passé colonial et par l’apartheid peut-elle réécrire son paysage symbolique sans raviver les fractures de son histoire ? 

Le dernier mot pourrait désormais revenir aux tribunaux. Pour Derek Light et les associations locales, l’objectif est clair : obtenir l’annulation de la décision du gouvernement et préserver l’identité historique de cette ville aux accents d’antan.

  1. https://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Sobukwe ↩︎

Fin de Carême: Pâques en musique classique, d’Aix-en-Provence à Deauville

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Forte de son incontournable rendez-vous estival (du 3 au 15 juillet prochain), la bonne ville d’Aix-en-Provence n’est pas seulement le haut lieu traditionnel de l’art lyrique. Soutenu par le CIC (banque partenaire fondatrice de la manifestation, également mécène du musée de la Marine et du musée de l’Armée) et, soulignons-le, sans aucune subvention de l’Etat, le Festival de Pâques s’impose quant à lui, et ce depuis une bonne dizaine d’années, comme l’autre événement musical prestigieux de la splendide cité provençale.

Bach, Brahms, Verdi…

Créé à l’initiative de l’acteur, producteur et metteur en scène Dominique Bluzet et du violoniste et chef d’orchestre Renaud Capuçon, le projet assume pleinement sa dimension confessionnelle. Chaque année, l’une des deux Passions de Bach est interprétée, au soir du très chrétien Vendredi Saint. Ainsi la sublime Passion selon Saint-Jean, donnée le 1er avril prochain au Théâtre des Champs-Elysées, sera-t-elle reprise à Aix le 3 avril –  soit, en l’an 2026, au jour même de la célébration de la fête pascale catholique : concert sur instrument d’époque, sous la direction de Camille Delaforge à la tête de l’Ensemble Il Caravaggio et du chœur Accentus et, pour ce qui est des solistes, le ténor Cyrille Dubois, la soprano Marie Lys, la contralto Marie-Nicole Lemieux, le baryton-basse Guilhem Worms (Jésus) – et Pilate, enfin, sous les traits du baryton Mathieu Gourlet.

Point d’orgue du programme ? Celui-ci s’ouvre en majesté dès ce samedi 28 mars, sous le signe de l’exigence : Joshua Weilerstein au pupitre, Renaud Capuçon au violon, et l’Orchestre National de Lille, lequel, pour fêter son demi-siècle d’existence, se garde en effet de toute facilité : le concert associant, à la très classique Symphonie n°1 de Brahms, le Concerto pour violon op.14 de Samuel Barber, mais aussi, autrement plus méconnue et difficile d’accès pour l’oreille non avertie, la Symphonie n°2 d’Elsa Barraine (1910-1999).Composée avant la Seconde guerre mondiale, l’œuvre s’intitule « Voïna » (traduction : « la guerre », en russe)…

Renaud Capuçon (C) Caroline Doutre

Dans une certaine forme de logique funèbre, le programme dominical du lendemain se clôt avec l’immense Requiem de Verdi, chef d’œuvre opératique propre, selon toute vraisemblance, à se voir magnifié par l’Orchestre et Chœur de l’Opéra de Zurich :  à la baguette, le maestro transalpin Gianandrea Noseda, actuel directeur de la prestigieuse maison helvétique. Et sur le plateau, rien moins que le ténor maltais Joseph Calleja ou la soprano lettone Marina Rebeka, pour ne citer qu’eux…

A lire aussi: Une trame nommée désir

Table ronde au Camp des Milles

Mais c’est sous un climat plus chargé d’ombres que s’ouvrira ce dernier dimanche de carême, le festival ayant choisi de s’installer au Camp des Milles, à quelques kilomètres d’Aix, pour une journée conjuguant concerts et tables rondes. Pour mémoire, le Camp des Milles est ce campement français où, durant l’été 1942, furent internés opposants, étrangers et juifs, prélude à leur déportation. En partenariat avec la Fondation du Camp des Milles, histoire et musique seront appelées à dialoguer, à travers des morceaux des grands compositeurs juifs que  furent Gideon Klein, Hans Krasa, Erwin Schulhoff ou Victor Ullmann et, interprétées par le quatuor Fidelio et Renaud Capuçon au violon, des musiques nées à Terezin, dans l’actuelle République tchèque, ce camp de transit de sinistre mémoire sis dans la ville anciennement baptisée Theresienstadt. Débattront, au cours de deux tables rondes, Jacques Attali avec le compositeur Bernard Foccroulle d’une part, le rabbin Delphine Horvilleur et Laurent Berger (du CIC) d’autre part, l’après-midi s’achevant sur les Variations Goldberg dans une transcription à cordes signée Dimitry Sirkovetsty… et une transcription de l’Hymne des Milles.

Quatuor Fidelio (C) Yseult Photography

Passé ce coup d’envoi du week-end, le Festival de Pâques égrène jusqu’au 12 avril un programme éclectique d’une grande richesse, allant de Bach à Lucie Boulanger, de Chopin ou Liszt à Mahler, de Beethoven ou Schumann à Khatchatourian. Avec quelques stars au podium : les deux frères Capuçon (le violoniste et le violoncelliste), le grand Jordi Savall, Bertrand Chamayou, avec l’ensemble Les Siècles, familiers de la manifestation, et même l’immense Martha Argerich au piano… Evénement majeur de cette édition, l’Orchestre philharmonique de Munich, sous la direction du jeune chef d’orchestre et pianiste israélien Lahav Shani, 37 ans, formé comme l’on sait par son mentor Daniel Barenboïm, est accueilli en résidence à Aix. Jusqu’au bout, l’alchimie fonctionne.

Renaud Capuçon, Martha Argerich et Lahav Shani (C) Caroline Doutre

& musiques de chambre à Deauville

L’écrin aixois n’est pas seul à se placer sous le dais de la Résurrection du Christ. Les planches de Deauville y trouvent leur sacrement depuis trois décennies déjà. Sous l’impulsion de son directeur artistique Yves Petit de Voize, cette trentième édition du Festival de Pâques deauvillais, en partenariat de longue date avec la Fondation Singer-Polignac abritée dans l’opulent hôtel particulier de l’avenue Georges Mandel si connu des mélomanes parisiens, ménage du 18 avril au 2 mai, dans sa traditionnelle Salle Elie de Brignac-Arqana, un programme de chambre particulièrement riche et éclectique – Bach, Pergolèse, Telemann, Mozart, Schubert, Mendelssohn, Brahms, Dvorak, Tchaïkovski, Mahler, Ravel, Fauré, Rachmaninov, Janacek, Berg, Martinu, Chostakovitch, Schnittke – tout le répertoire y passe, ou presque !

A vos marques, donc, dès le samedi 18 avril, pour un concert associant Bach (concerto brandebourgeois n°5), Telemann (concerto pour flûte à bec, traverso et continuo) et… le célébrissime Stabat Mater de Pergolèse, must absolu de la musique sacrée, lequel sera donné ici sur instruments anciens par le Concert de la Loge, dirigé par Julien Chauvin, fondateur de cette phalange de haute tenue à qui l’on doit, en outre, quelques mémorables enregistrements. Le premier après-midi dominical sera quant à lui consacré à Rachmaninov, Alfred Schnittke et Tchaïkovski. La manifestation reprend ensuite le 24 avril, et se poursuit pour deux autres fins de semaine encore, pour se clôturer le 2 mai au soir. A vos agendas.


Festival de Pâques. Aix-en-Provence. Du 28 mars au 12 avril 2026. www.festivalpaques.com

Festival de Pâques. Deauville. Du 18 avril au 2 mai 2026. https://musiqueadeauville.com

Les nouveaux crémiers de la République

Aux élections, la petite recette communautariste de Jean-Luc Mélenchon s’avère payante


Diffusé en 1981 sur TF1, un téléfilm d’Edouard Molinaro avait marqué les esprits: Au bon beurre, tiré d’un livre de Jean Dutourd, avec Roger Hanin et Andréa Ferréol.

Voici le résumé qu’en donne Wikipedia : « À Paris pendant l’occupation allemande, les Poissonnard, un couple de commerçants propriétaires de la crèmerie « Au Bon Beurre » dans le 20e arrondissement, sont des profiteurs de guerre opportunistes. Ils tirent en effet avantage — et sans scrupule — des pénuries alimentaires et du marché noir ayant cours à cette période pour s’enrichir indûment. Par ailleurs, le couple est aussi capable de compromissions avec l’occupant […] Les Poissonnard collaborent habilement avec les autorités allemandes quand cela sert leurs intérêts ».

Y a-t-il aujourd’hui en France une boutique dont les tenanciers sont des profiteurs de guerre opportunistes, qui tirent avantage de la crise, se compromettent, collaborent avec des autorités étrangères ou religieuses, quand cela sert leurs intérêts ?

A lire aussi, Dominique Labarrière: Saint-Denis, nécropole électorale d’une certaine France?

Cette boutique est une officine politique, qui spécule sur le vote musulman. Selon une étude Ifop, aux élections européennes de juin 2024, les musulmans ont voté à 62 % pour la liste de La France insoumise, dans la continuité de l’élection présidentielle de 2022, au cours de laquelle 69 % des musulmans avaient choisi Jean-Luc Mélenchon.

Dans son dernier livre Vote religieux. Un tabou français (éditions de l’Observatoire), Lucas Jakubowicz analyse : « En 2017, il a manqué 600 000 voix à Jean-Luc Mélenchon pour accéder au second tour de l’élection présidentielle. Le chef de La France insoumise a constaté que la colère des Gilets jaunes profitait à Marine Le Pen. Il a donc misé sur une carte du communautarisme et l’investissement a été payant : entre la présidentielle de 2017 et celle de 2022, il est passé de 37 % à 69 % chez les électeurs de confession musulmane ».

Aux municipales, Roubaix et Saint-Denis ont validé ce bond croissant. Ne reste plus à LFI qu’à dévoiler sa véritable enseigne : « Au bon Beur ».

Au Bon Beurre

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Vote religieux, un tabou français

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Pathos présidentiel et hochets de la culture

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Jean‑Paul Rouve fond en larmes dans les bras d’Emmanuel Macron lors de la remise de sa Légion d’honneur. Une image un peu grotesque qui résume le spectacle des récompenses culturelles en France.


Jean‑Paul Rouve, acteur et réalisateur, fond en larmes dans les bras d’Emmanuel Macron alors que le président lui accroche la Légion d’honneur. Les caméras immortalisent le moment : émotion, accolades, photo officielle. Le geste présidentiel, la figure paternalisante, les larmes publiques : tout concourt à transformer la décoration en spectacle, la récompense en hochets. Ce type de scène illustre à lui seul la comédie qu’est devenue la reconnaissance culturelle en France.

Néocourtisanerie

Les hochets de la République. Nos grands enfants du monde de la culture. Ils ne vivent que pour ça. Les poètes printaniers, les nouveaux courtisans, les néo-militants convertis en béni‑oui‑oui attendent, alignés et impatients, que le ruban, la petite croix, le joujou officiel tombe enfin dans leurs mains. Peu importe qui le leur tend : un camarade d’hier, un notable sans scrupules, un président jouant à l’oncle compatissant. Toute critique est soigneusement anesthésiée ; le plaisir honteux de l’estrade, de la photo, du selfie officiel, prend le pas sur la lucidité.

A lire aussi, Yannis Ezziadi: Jean-Paul Rouve: acteur raté à succès

Et puis il y a ceux qui refusent. Ceux qui déclinent la bénédiction officielle. Ceux qui refusent de transformer la culture en cérémonie d’État. Georges Brassens, Albert Camus, Jean‑Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Thomas Piketty, Jacques Tardi, Brigitte Bardot, Blanche Gardin, Wilfrid Lupano : ils ont dit non. Pour rester libres, pour refuser la récupération, pour rappeler que la grandeur d’un artiste ou d’un intellectuel ne se mesure pas aux rubans ou aux honneurs, mais à la liberté qu’il conserve. Ces refus sont des signes de résistance, des éclairs de lucidité dans l’ombre des applaudissements ministériels.

Le petit oiseau va sortir

Le système récompense le servile, le flatteur, l’ami des amis. La culture est sous perfusion, nourrie à la seringue de décorations, de subventions et de petites reconnaissances publiques. Le pathos médiatique, les larmes de Rouve dans les bras du président, deviennent monnaie d’échange: plus la dépendance est forte, plus le besoin d’être reconnu par le pouvoir s’amplifie.

Le temps long sera le juge implacable des béni‑oui‑oui et des arrivistes. L’Histoire n’a pas besoin de jouer à Madame Irma : elle fera son office et démasquera les faux héros. La culture, ainsi domestiquée, tient en laisse. Le sourire présidentiel suffit à faire frissonner de bonheur des âmes naïves. Le joujou officiel devient critère de valeur. Mais il existe encore ceux qui refusent, qui restent debout, qui refusent d’agenouiller leur sens critique devant un ruban ou une médaille. Ceux-là sont les véritables héritiers. Les autres s’amuseront avec leurs hochets et leurs rubans jusqu’au moment où le temps long les rappellera à la raison, avec une claque que ni l’éloge ni la photo officielle ne pourront amortir.

Le Blanc-Mesnil, Creil, Saint-Denis: l’ensauvagement municipal

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Menaces, insultes, brutalisation des sortants: les images d’intimidations de maires battus dimanche dans certaines villes gagnées par les Lfistes sont effroyables. Le dégagisme d’extrême gauche ne semble pas exempt d’un esprit revanchard et communautaire. Mais cette «nouvelle France» belliqueuse est l’enfant des belles âmes progressistes, observe Ivan Rioufol dans son billet.


Voir les banlieues s’emparer de la politique devrait être réjouissant mais…

La « nouvelle France » ne fera pas de cadeaux à la France « française ». Dans des communes gagnées par l’extrême gauche (Mantes-la-Jolie, Vaulx-en-Velin, Creil, Roubaix, Saint-Denis, le Blanc-Mesnil), les maires battus ont quitté l’Hôtel de ville sous les intimidations, les menaces, les injures.

La presse labellisée a occulté, dans un premier temps, ces violences dévoilées par les réseaux sociaux. Ces expulsions brutales sont les effets politiques d’une immigration revancharde, conflictuelle, colonisatrice. Dans ce dégagisme ethnico-social, le peuple indigène et trop blanc est vu comme indésirable.

A lire aussi, Dominique Labarrière: Saint-Denis, nécropole électorale d’une certaine France?

Pourtant, dans son édition datée de ce mercredi, Le Monde accable le maire battu du Blanc-Mesnil, Thierry Meignen (LR). Il a dû se faire protéger d’une foule hostile tandis que son successeur, Demba Traoré, annonçait, reprenant l’inusable et belliqueuse dialectique stalinienne: « L’extrême droite, le fascisme n’ont pas leur place au Blanc-Mesnil ». Hier, le nouvel élu de Saint-Denis, Bally Bagayoko, a annoncé pour sa part une purge des agents municipaux ne faisant pas allégeance à LFI. Rima Hassan (LFI) a félicité les victoires de « Bally Bagayoko, Abdelkader Lahmar, Aly Diouara, Omar Yaqoob, David Guiraud, Bassi Konaté, Yahaya Soukana, Adama Gaye, Demba Traoré, ainsi qu’à tous les autres élus du front antiraciste et antifasciste en France ». Exprimant la « fierté des nôtres », l’élue pro-Hamas a aussi repris à son compte ce commentaire: « Six maires noirs, issus de banlieues, à la tête de villes qui les ont vus grandir. Pas un hasard, pas un symbole isolé. Une réalité qui s’impose. Ceux qu’on pensait loin des décisions sont désormais au cœur. Discrètement, le paysage change. Et ce n’est que le début. » A ceux qui ne voient pas venir la guerre civile derrière ces nouveaux Français querelleurs[1], la voici dans ses crachats.

A qui la faute ?

Mais qui a mis la France dans cet état ? Cela fait trente ans et plus que votre serviteur et d’autres encore (mais bien peu dans les médias de naguère) alertent sur l’irresponsabilité des belles âmes immigrationnistes. C’est à Creil, ville longtemps socialiste, que débuta en 1989 la première affaire du foulard islamique, porté alors par trois collégiennes. A l’époque Lionel Jospin, qui vient de mourir, avait botté en touche alors qu’il était ministre socialiste de l’Education nationale. Il aurait également dit à une journaliste :« Qu’est-ce que vous voulez que ça me fasse que la France s’islamise ». Creil fait partie de ces villes conquises par l’islamo-gauchisme et sa voyoucratie. Or il est insupportable d’entendre les « progressistes » déplorer cette semaine les saccages créés par leurs postures conformistes.

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Gabriel Attal explique : « La « Nouvelle France » de Jean-Luc Mélenchon c’est la négation de la France, de toutes nos valeurs républicaines ». C’est exact. Mais Attal oublie qu’il a appelé à voter pour le Nouveau Front populaire (incluant LFI) aux législatives de 2024. Julien Dray prévient aussi, avec raison : « Si on observe avec attention … la crise qui couve à LFI sera bientôt celle des indigénistes contre ceux qui auront servi d’escabeau ». Or le fondateur de SOS Racisme occulte sa responsabilité dans la sacralisation des minorités (« Touche pas à mon pote ! ») et l’instrumentalisation de l’antiracisme au profit des remplaçants.

La résistance française, plus que jamais nécessaire, ne peut compter sur ceux qui se sont tant trompés et, pire encore, qui refusent de l’admettre.

La révolution des oubliés

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[1] De l’auteur : La guerre civile qui vient, Editions Pierre-Guillaume de Roux, 2016

«M. Mélenchon, peut-être pas parfaite, la France d’avant reposait sur un socle commun!»

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Le 22 mars 2026, La France Insoumise a conquis plusieurs mairies importantes : Roubaix avec David Guiraud, La Courneuve avec Aly Diouara, Vénissieux, Creil… Autant de victoires saluées par Jean-Luc Mélenchon comme les premiers pas vers sa « nouvelle France ». Mais derrière ces succès locaux se dessine un projet bien plus radical : remplacer la France que nous avons connue par une autre, communautariste, décroissante et hostile à notre héritage. Ces nouveaux maires LFI ne sont pas un simple changement politique : ils sont un danger concret pour la cohésion nationale.

Choisis ta France !

Alors que Paris reste entre les mains d’Emmanuel Grégoire (PS) et que la gauche traditionnelle conserve Lyon et Marseille, La France Insoumise célèbre bruyamment ses conquêtes municipales. Roubaix, La Courneuve, Vénissieux, Creil et d’autres communes passent sous pavillon insoumis. Jean-Luc Mélenchon y voit la naissance de « sa » France : celle des quartiers populaires réinventés, des « sans-papiers » régularisés massivement, des budgets alloués prioritairement aux associations communautaires et d’une écologie punitive qui asphyxie les classes moyennes.

Cette « nouvelle France » que promeut Mélenchon depuis des années n’a plus grand-chose à voir avec la France d’antan. Celle d’avant était imparfaite, bien sûr, mais elle reposait sur un socle commun : l’assimilation républicaine, la laïcité stricte, la fierté de notre histoire, la sécurité dans les rues et le mérite comme ascenseur social. Elle était une nation, pas un archipel de communautés. Les maires LFI élus incarnent précisément le tournant.

L’inclusion, le nouveau mot pour « communautarisme »

À Roubaix ou à La Courneuve, on sait déjà ce qui attend les habitants : expérimentation de la « police citoyenne », subventions massives aux structures associatives liées à l’islam politique, discours victimaire permanent, méfiance vis-à-vis de la police nationale, et une politique du logement qui accentue encore la concentration ethnique et sociale. La propreté, la tranquillité publique et l’attractivité économique passeront après l’idéologie. Jean-Luc Mélenchon l’assume: il veut « tourner la page de l’ancienne stratégie » et renverser « la table ».

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Sa nouvelle France, c’est la décroissance choisie pour les autres, l’immigration sans limite présentée comme une chance, la repentance historique érigée en dogme, et une laïcité « inclusive » qui ouvre en réalité la porte au communautarisme. C’est une France où l’on déboulonne les statues de nos héros, où l’on renomme les rues, où l’on enseigne que notre pays est intrinsèquement coupable. Le danger est double. D’abord local: dans ces villes déjà fragiles, ces maires risquent d’aggraver les fractures sociales, de décourager les entrepreneurs et de faire fuir les familles qui le peuvent encore. Ensuite national: chaque mairie LFI devient une vitrine et un laboratoire pour le projet mélenchoniste. Si demain ces élus réussissent à démontrer que leur modèle « fonctionne », ils légitimeront l’idée que la France peut être refondée sur d’autres bases que celles de 1789 et de la République indivisible.

La crise identitaire de la France s’accentue

Nous ne pouvons plus feindre l’aveuglement. Les maires LFI ne sont pas de simples gestionnaires locaux de gauche. Ils sont les exécutants d’une vision idéologique qui veut remplacer notre France – celle des Lumières, des cathédrales, des villages, des bistrots, de la liberté d’expression et du « vivre ensemble » à la française – par une autre, multiculturelle par principe, islamo-gauchiste dans les faits, et profondément hostile à notre identité. Il est temps de dire clairement les choses : cette « nouvelle France » n’est pas un progrès, elle est un recul civilisationnel. Elle fragilise notre cohésion, attise les tensions communautaires et prépare le terrain à des confrontations bien plus graves.

Face à elle, la France d’antan – celle qui mérite d’être défendue, réformée, aimée – reste la seule boussole raisonnable. Les électeurs ont parlé dans ces communes. Il appartient maintenant aux responsables politiques nationaux, de droite comme de gauche républicaine, de ne pas minimiser le signal.

Car si l’on laisse ces bastions devenir des zones d’expérimentation mélenchoniste sans réaction ferme, c’est l’ensemble du pays qui risque, à terme, de basculer dans cette « nouvelle France » que beaucoup refusent encore de voir venir.

La revanche du réel: comment la gauche a fabriqué ce qu’elle ne comprend plus

Ils avaient rêvé la diversité comme une promesse. Elle leur revient aujourd’hui comme un verdict. Dans certaines villes françaises, la gauche découvre, avec stupeur, le monde qu’elle a contribué à produire — et qu’elle ne sait plus nommer.


Il y a des scènes qui disent davantage qu’un long discours. Des nuits d’élection où la victoire n’est pas une alternance, mais une bascule. Des maires battus quittant leur ville sous les huées ou l’indifférence hostile. Des foules en liesse dont la joie déborde parfois en gestes d’intimidation. Rien de spectaculaire au sens classique, et pourtant tout est là : une atmosphère, une rupture, un changement de monde.

Quand la « diversité » se venge

Dans certaines communes autrefois solidement tenues par la gauche, des figures issues de cette « diversité » qu’elle a exaltée pendant des décennies accèdent au pouvoir. Et ce moment, que l’on voudrait lire comme l’accomplissement d’un idéal républicain, prend une tout autre signification lorsqu’on le regarde sans les filtres de la bonne conscience. Car il ne s’agit pas seulement d’un renouvellement des élites : il s’agit d’un déplacement des appartenances, d’un basculement des équilibres, d’une reconfiguration silencieuse du corps social.

Les anciens maires de gauche, souvent sincèrement engagés dans la promotion de la mixité, de l’ouverture, de l’accueil, apparaissent aujourd’hui comme les vaincus d’une histoire qu’ils ont eux-mêmes contribué à écrire. Il y a, dans leur éviction, quelque chose de plus qu’une défaite électorale: une forme d’humiliation politique, presque anthropologique. Comme si le réel, longtemps tenu à distance par le discours, revenait leur demander des comptes.

Car ce qui se joue ici n’est pas conjoncturel. C’est l’aboutissement d’un long refus de voir.

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Je le dis sans détour: ce que ces événements révèlent, je l’ai vu venir depuis longtemps. Non pas dans les livres, mais dans les villes, dans les quartiers, dans les visages. J’ai travaillé dans presque toute la France, accompagné des services publics, des policiers, des éducateurs, des habitants. À Mantes-la-Jolie, longuement. À Saint-Denis. Dans tous ces territoires que la gauche nomme « populaires » avec une condescendance qui tient lieu d’analyse.

Là, le réel ne se discute pas. Il s’impose.

Islamisme d’atmosphère et monde renversé

J’y ai vu la délinquance s’installer comme un climat. Non pas un accident, mais une structure du quotidien. J’y ai vu des formes d’islamisme d’atmosphère — pas toujours bruyantes, mais constantes, organisant les comportements, les hiérarchies, les silences. J’y ai vu des professionnels épuisés, des habitants pris entre peur et résignation. Et j’y ai vu, surtout, une incapacité presque obstinée à nommer ce qui se passait. Ce refus n’était pas ignorance. Il était volonté.

Car une partie de la gauche — socialiste comme communiste — s’est enfermée dans une vision du monde où tout devait être interprété à travers une opposition morale entre dominants et dominés. Dans cette grille, la réalité n’existe qu’à condition de confirmer le schéma. Ce qui le contredit doit être nié, minimisé, disqualifié.

Ainsi s’est installé un étrange dispositif mental: voir devenait suspect. Dire devenait coupable.

Tout était rapporté à une obsession : le fascisme. Le Front national comme horizon indépassable du mal politique. Et pendant que l’on traquait cette menace réelle mais érigée en unique principe d’intelligibilité, on refusait de voir que d’autres formes de violence, d’autorité, de séparation se développaient sous nos yeux — mais hors du champ autorisé de la pensée.

Il fallait ne pas voir pour continuer à croire.

Ce déni a une histoire. Il plonge ses racines dans le basculement de la gauche occidentale, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, vers un tiers-mondisme qui fit de toute opposition à l’Occident une vertu en soi. Mao, Castro, Kadhafi — autant de figures que l’on a admirées ou excusées au nom d’une morale de la libération. Peu importaient les camps, les prisons, les massacres : la cause suffisait.

Raymond Aron avait tout dit, dès 1955 : le révolutionnaire occidental aime la révolution, à condition qu’elle soit ailleurs.

Cette passion de l’ailleurs s’est peu à peu déplacée vers l’intérieur même des sociétés occidentales. À mesure que disparaissait l’ouvrier comme sujet historique, une autre figure s’est imposée : celle de la victime. Non plus le travailleur, mais l’opprimé. Non plus la condition, mais l’identité. À partir de là, tout s’est inversé.

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La politique a cessé d’être un art du réel pour devenir une liturgie morale. La responsabilité a cédé la place à la réparation. La vérité a été subordonnée à la souffrance. Et dans ce monde renversé, celui qui parle depuis l’expérience peut être disqualifié, tandis que celui qui parle depuis la posture est sacralisé.

C’est ainsi que les banlieues ont été abandonnées — non pas matériellement seulement, mais intellectuellement. On y a projeté des catégories, des récits, des excuses. On a refusé d’y reconnaître des conflits réels, des logiques d’appartenance, des transformations profondes du lien social.

Mosquée de Villetaneuse, juin 2015 © ROMAIN LAFABREGUE / AFP

Et aujourd’hui, ces réalités reviennent sous forme politique. Ce que montrent les élections récentes, ce n’est pas la réussite d’un modèle. C’est la fin d’une illusion. La diversité ne produit pas mécaniquement du commun. Elle produit aussi du séparé, du concurrent, du conflictuel. Et lorsque ces dynamiques ne sont pas pensées, elles s’imposent. La gauche se retrouve ainsi face à ce qu’elle a refusé de voir : une fragmentation du corps social qu’aucun discours ne suffit plus à masquer.

Pendant ce temps, son hégémonie culturelle demeure. Les médias, l’université, le monde culturel continuent largement de produire les catégories à travers lesquelles nous sommes censés comprendre le monde. Et dans ces catégories, le réel reste suspect.

On continue de moraliser ce qui devrait être analysé. De simplifier ce qui exige de la complexité. De transformer les conflits en récits. Mais le réel, lui, ne disparaît pas. Il attend. Et lorsqu’il revient, il ne discute plus.

Ce moment que nous vivons est un moment de vérité. Non pas une crise passagère, mais la fin d’un cycle intellectuel et politique. Celui d’une gauche qui, ayant voulu faire le Bien sans regarder le monde tel qu’il est, se trouve aujourd’hui démunie face aux conséquences de ses propres choix.

Il ne s’agit pas de lui reprocher d’avoir voulu la justice. Il s’agit de lui reprocher d’avoir renoncé à la lucidité. Car la politique commence là : dans la capacité à voir ce qui est, et non ce que l’on voudrait qu’il soit. Le reste — les proclamations, les indignations, les postures — n’est que littérature morale. Et la littérature morale, lorsqu’elle gouverne, prépare toujours des lendemains difficiles.

La société malade

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Europe sans Frontex

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L’eurodéputé RN Fabrice Leggeri fait l’objet de poursuites pour avoir refoulé les migrants lorsqu’il était à la tête de Frontex – dont on pensait naïvement jusqu’à ce jour que c’était le rôle.


Fabrice Leggeri, l’ancien patron de Frontex et aujourd’hui eurodéputé RN, est poursuivi pour crimes contre l’humanité et torture. Du moins pour complicité de ces deux crimes, plus précisément — ce qui n’est pas rien. Lorsqu’il dirigeait Frontex (l’agence de protection des frontières européennes) entre 2015 et 2022, M. Leggeri était dans le collimateur de l’écosystème immigrationniste qui fait sa loi à Bruxelles. Ursula von der Leyen l’a débarqué comme un malpropre. Ce naïf croyait diriger une force de police, quand la présidente de la Commission européenne voulait une agence d’accueil.

La plainte a été déposée en avril 2024 par la Ligue des droits de l’homme et Utopia 56. Ces deux associations gauchistoïdes accusent Leggeri d’avoir mené une chasse aux migrants. Rien que ça. Certes, elles ne disent pas qu’il a jeté des gens à la mer, mais qu’il a couvert ou ordonné des refoulements illégaux vers la Libye et la Turquie (crime contre l’humanité), au lieu de les diriger vers nos côtes. Elles veulent également lui imputer les tortures infligées à certains des migrants refoulés en Libye.

Le Parquet national antiterroriste (PNAT) s’était déclaré incompétent, mais la cour d’appel a ordonné hier l’ouverture d’une instruction. Des juges s’estiment donc qualifiés pour juger la politique migratoire de la France et sa mise en œuvre.

A lire aussi, du même auteur: Creil ou l’invention du pas-de-vague

Il est légitime que Fabrice Leggeri réponde de ses actes, dit-on. Peut-être, mais en l’occurrence, ce n’était pas l’avis du PNAT. On l’accuse « d’avoir mené une politique visant à empêcher l’entrée des migrants, quel qu’en soit le prix, en vies humaines ». Tout est dans ce prix. Il s’agit d’arbitrer entre des exigences contradictoires : la protection des individus, d’un côté ; celle des nations, de l’autre. La police des frontières ne peut évidemment pas se faire à n’importe quel prix ni par n’importe quel moyen. Mais elle ne peut pas non plus être indolore et compassionnelle. Elle suppose de pouvoir renvoyer des malheureux vers les pays qu’ils cherchent à fuir. Seulement, en pratique, une fois dans les eaux territoriales européennes, vous avez le droit de demander l’asile et vous serez pris en charge jusqu’à l’épuisement des recours. Ce qui signifie que l’on prétend protéger nos frontières sans renvoyer ceux qui les franchissent. C’est une mission impossible.

Derrière cette analyse, attention, il y a évidemment d’effroyables tragédies humaines. Mais la politique ne peut se réduire aux sentiments. On en parle de plus en plus souvent : l’immigration pose un défi culturel et politique majeur aux sociétés. Les peuples européens demandent une pause.

J’ignore si Fabrice Leggeri a enfreint les règles. Mais avec ce procès, il s’agit en réalité d’imposer le dogme de fer des élites européennes : l’immigration n’est pas l’affaire des peuples. Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée, reçue ce matin sur Sud Radio, décrète qu’un référendum sur l’immigration serait « contraire à nos valeurs ». L’immigration est un phénomène massif qui transforme sans retour les sociétés européennes, mais pas touche. J’attends avec impatience qu’elle justifie ce refus de la délibération démocratique.


Cette chronique a été diffusée ce matin sur Sud Radio

Retrouvez notre directrice de la rédaction dans la matinale au micro de Sud radio

La solitude de penser: Nietzsche face à notre temps

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Dans une époque où les militants ont remplacé les penseurs, où ce sont les artistes qui produisent les slogans politiques, et où ceux qui prennent le temps de réfléchir à notre société en travaillant la langue se font de plus en plus rares, la pensée complexe de Nietzsche se fait de plus en plus extravagante – elle devient une véritable chinoiserie pour l’individu.


À l’heure des certitudes instantanées et des indignations en série, la pensée de Friedrich Nietzsche résonne comme une dissonance. Devenir ce que l’on est n’y relève ni du confort ni de l’évidence, mais d’un travail intérieur exigeant, souvent solitaire. Face à une époque tentée par la simplification morale et la guerre des camps, Nietzsche rappelle que penser implique d’abord de se déprendre de soi-même.

Chez Nietzsche, certaines formules ont été trop vite récupérées pour être encore comprises. « Devenir ce que l’on est », que l’on trouve notamment dans Ecce Homo, appartient à ces sentences défigurées par leur succès. On l’a réduite à une invitation anodine à « être soi-même », comme si l’individu disposait d’une identité immédiatement accessible, presque confortable. Or, rien n’est plus étranger à sa pensée. Devenir ce que l’on est ne relève pas d’une affirmation, mais d’une conquête – une conquête qui suppose d’abord une épreuve: celle de la lucidité.

Car l’individu n’est pas une donnée simple. Il est traversé, constitué par des forces qui le dépassent. Son rapport au bien, au mal, à la vérité, est le produit d’une histoire longue, d’une stratification de valeurs héritées, souvent inconscientes. Le « sens historique », au cœur de La Généalogie de la morale, ne se limite pas à connaître le passé: il engage une mise en question de l’évidence. Comprendre ce que l’on est, c’est comprendre d’où cela vient, et reconnaître que ce que l’on croit être « soi » n’est souvent qu’un assemblage de déterminations.

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Dans cette perspective, l’injonction à devenir soi-même prend une dimension autrement plus exigeante. Elle implique une déconstruction des catégories morales reçues, notamment de l’opposition rassurante entre le bien et le mal. Dans Par-delà bien et mal, Nietzsche en conteste le caractère absolu et invite à en interroger l’origine et les effets. Ce geste ne débouche pas sur un relativisme facile ; il ouvre au contraire la possibilité d’une création. Devenir ce que l’on est, c’est devenir capable de produire ses propres valeurs.

C’est ce point qui rend Nietzsche si difficilement assimilable aujourd’hui. Nous vivons dans un espace public où la pensée se dissout dans la simplification, où le slogan remplace l’argument, l’indignation la réflexion. Il ne s’agit plus tant de comprendre que de se positionner. À chaque question correspond un camp ; à chaque camp, ses certitudes.

Dans ce paysage, la distinction entre le bien et le mal retrouve une vigueur nouvelle, mais sous une forme appauvrie: non plus comme problème, mais comme évidence. Le monde se distribue en figures opposées qui dispensent d’interroger les conditions mêmes du jugement. Cette structuration rassure, car elle simplifie. Elle évite le trouble, l’ambivalence, la contradiction – tout ce qui constitue pourtant le cœur de l’expérience intérieure chez Nietzsche.

Penser par soi-même devient alors risqué. Non pas au sens héroïque, mais au sens concret d’une marginalisation possible. Celui qui suspend son jugement, introduit de la nuance, échappe aux catégories disponibles – et c’est déjà trop. La pensée indépendante s’accorde mal avec un système qui valorise la lisibilité immédiate et l’alignement.

Or cette solitude n’est pas un accident ; elle est constitutive de l’exigence nietzschéenne. Devenir ce que l’on est suppose d’accepter un certain isolement. Non par goût de la marginalité, mais parce qu’une pensée singulière ne coïncide pas avec les attentes collectives. Et les résistances ne sont pas seulement extérieures.

Car le principal obstacle est souvent intime. Se confronter à soi-même implique d’affronter ce que l’on préfère ignorer: contradictions, faiblesses, ambiguïtés. La morale commune, en offrant des repères clairs, protège aussi de cette épreuve. Elle permet de juger sans se juger. Nietzsche ne critique pas seulement les valeurs; il met en cause le confort qu’elles procurent.

La tentation est alors de déplacer le problème vers l’extérieur. Plutôt que de transformer son rapport aux valeurs, on cherche à transformer celui des autres. L’époque est marquée par cette volonté de correction généralisée. Elle prend parfois la forme d’une guerre idéologique, où chaque position se présente comme moralement évidente et tend à disqualifier les autres.

Une telle configuration évoque ce que Nietzsche met en scène dans Ainsi parlait Zarathoustra : la difficulté de faire entendre une parole qui ne se contente pas de répéter les valeurs dominantes, mais cherche à les dépasser.

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Car devenir ce que l’on est ne consiste pas simplement à rejeter les normes. La transgression reste dépendante de ce qu’elle nie. Il ne suffit pas d’inverser les valeurs pour s’en libérer. Ce qui est en jeu est d’un autre ordre: la capacité à instituer, à produire une manière d’être singulière. L’individu devient, en un sens, l’artiste de sa propre vie.

Une telle perspective suppose de se libérer de la peur – peur de perdre ses repères, de se tromper, d’être seul. Or c’est cette peur qui alimente le besoin de certitudes immédiates et d’appartenance. Elle pousse à préférer la sécurité à la vérité.

Chez Nietzsche, la liberté ne consiste pas à choisir entre des options préexistantes, mais à transformer les conditions mêmes du choix. Elle engage une métamorphose. Devenir ce que l’on est, c’est devenir capable de vouloir autrement.

Dans une société qui valorise la rapidité et l’adhésion, cette exigence paraît décalée. Elle introduit du trouble là où l’on attend de la clarté. Pourtant, c’est peut-être là sa nécessité. À l’heure où penser se confond avec prendre position, Nietzsche rappelle que penser implique d’abord de se transformer soi-même.

Devenir ce que l’on est ne se proclame pas ; cela se travaille. Et ce travail, loin des slogans, demeure une tâche exigeante, souvent solitaire, mais essentielle pour qui refuse de se dissoudre dans les identités disponibles.

Ecce homo: Comment on devient ce qu'on est

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Généalogie de la morale

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Par-delà le bien et le mal

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Iran, le fanatisme résilient

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Une femme agite un drapeau iranien en soutien au gouvernement sur la place Enqelab-e-Eslami, ou place de la Révolution islamique, dans le centre-ville de Téhéran, en Iran, le dimanche 22 mars 2026 © Vahid Salemi/AP/SIPA

Trump peut-il vraiment faire la paix avec l’Iran? Si les décisions militaires des mollahs ont été complètement erratiques suite à l’attaque américano-israélienne, consistant notamment à canarder tous leurs voisins, ce sont désormais les propos du président américain qui interrogent.


Après les succès du 28 février, 1er jour de la guerre, on a parlé de la panique des mollahs et de la décapitation du régime iranien. Puis l’image a fait place à celle d’un Iran résilient, rendant coup pour coup, maitrisant sa population et tenant entre ses mains le destin économique de la planète par son contrôle du détroit d’Ormuz. 

Amazing

A en croire le président américain, la campagne militaire est une réussite extraordinaire, le régime iranien est aux abois et s’il a été difficile de négocier avec lui, c’est que les dirigeants ont tous été tués. Le 22 mars Trump menace d’oblitérer le système électrique iranien si le détroit d’Ormuz n’est pas ouvert. Le 23 mars il suspend la menace, arguant de discussions productives avec des représentants iraniens de haut niveau. 

Le 25 mars, démenti iranien assorti d’insultes envers les Etats-Unis et d’exigences telles qu’elles laissent penser que c’est l’Iran qui a gagné la guerre. 

Le nom de Mohammad-Bagher Ghalibaf, président du Parlement et ex-maire de Téhéran, est évoqué comme comme point de contact des Américains. Réaction outragée de l’intéressé qui prétend que ceux-ci lancent ces bruits pour sortir du bourbier où ils se sont enlisés et que la guerre ne s’achèvera qu’avec la punition des agresseurs. Sous l’égide de la Turquie, du Pakistan et de l’Egypte, on continue pourtant de parler de négociations, de la conduite desquelles Steve Witkoff et Jared Kushner, Juifs tous deux, seraient refusés par l’Iran. 

Les Iraniens pensent que Trump veut en finir car il s’inquiète des conséquences de la hausse du pétrole alors que s’approchent les midterms et qu’un vote chez lui en Floride vient d’amener pour la première fois depuis des lustres un démocrate à la Chambre de l’Etat.

Art du deal

Certains estiment que l’arrivée des troupes aéroportées près des côtes iraniennes n’est qu’une diversion qui permettrait à Trump, après une victoire symbolique, de prétendre que le job est fini. D’autres pensent que malgré son talent à tordre la vérité, le président américain doit renforcer les actions militaires s’il ne veut pas perdre la face en aboutissant à un accord de façade tellement minable que même lui aurait du mal à le vendre à un public dont l’Iran n’est pas la priorité mais qui ne veut pas voir les Etats-Unis humiliés.

On dit que c’est dans ce flou que Trump est à son meilleur. Moi, je pense que l’Iran n’est pas le Vénézuéla et que le président américain est plus à l’aise avec des dirigeants corrompus qu’avec des dirigeants fanatiques, ce que sont les dirigeants iraniens au pouvoir actuellement, tous issus de l’IRGC, le corps des Gardiens de la révolution, les Pasdaran.

Tous n’ont pas été tués et l’image de numéro deux de moindre prestige remplaçant des numéros un tués par les frappes israélo-américaines ne représente pas la réalité. Ces numéros deux étaient souvent d’anciens numéros un qui ont gardé leur réputation ou de vieux routiers du pouvoir… Voici quelques exemples.

Mohamed Jafari, devenu responsable de la guerre culturelle, était absent de la réunion du 28 février. Il avait été le chef des Pasdaran entre 2007 et 2019, époque où ceux-ci ont commencé avec l’appui de Ali Khamenei et de son fils Mojtaba, à sucer à leur profit l’essentiel des ressources de l’Iran. Son adjoint le célèbre Soleimani, était responsable des actions extérieures, Jafari lui, a transformé l’armée intérieure en en faisant, dans l’optique d’une possible invasion ennemie, une mosaïque d’unités autonomes.

Ahmed Vahidi, qui avait rejoint les Pasdaran en 1979 est devenu leur chef quand son prédécesseur fut tué le 28 février. Ministre de l’Intérieur depuis 2022, il a été responsable de la répression qui a suivi l’assassinat de Mahsa Amini. Mais il avait déjà exercé ses talents en 1994, avec l’attentat de l’AMIA à Buenos Aires.

Mohsen Rezae tout récent conseiller militaire spécial de Mojtaba Khamenei, a été de 1980 à 1997 le premier Commandant des Gardiens de la Révolution, à cette époque de simples gardes du corps de Khomeini. 

Et Mohammad-Bagher Ghalibaf a lui aussi été général des Gardiens de la Révolution. 

Ceux-ci sont aujourd’hui le centre du pouvoir en Iran. Mojtaba, qu’ils ont fait élire Guide est leur homme et même s’il est mort ou très invalide il pourra servir de substitut d’imam caché.

Des fanatiques actuellement à la tête du pays

Ces hommes sont entrés à la politique dès 1979, comme jeunes et enthousiastes disciples de Khomeini. Ils sont des partisans déterminés de sa doctrine, la Velayat e-faqih, qui donne le pouvoir décisionnel absolu au Guide perçu comme le représentant de l’imam sur terre et qui réduit le risque de rivalité interne ; ils se sont formés à la guerre dans les combats contre l’Irak quand on envoyait des enfants munis d’un collier de clefs du Paradis sauter sur les mines pour ouvrir le chemin des combattants, et ils ont donc un mépris absolu de la vie humaine. Ils ont toujours suivi pendant ces quarante-sept ans de théocratie où deux générations d’Iraniens ont été endoctrinés, la ligne la plus dure, celle des théologiens de Qom les plus hostiles à la démocratie occidentale. Ils se sont opposés à Ahmadinejad, non pas parce qu’il était un fou furieux, mais parce qu’il était un populiste innovant susceptible de dévaloriser le rôle du Guide Suprême à la tête du système.

Ce sont ces hommes qui dirigent le pays. Certains considèrent que l’islam sunnite lui-même est une hérésie à extirper, et pensent que cette guerre pourra par son intensité même être le creuset d’où sortira de sa cachette le 12e imam pour amener l’humanité, ou ce qui en restera après les combats, vers la vraie foi. Une analyse récente du centre Memri rappelle ces caractéristiques. Plutôt que d’insister sur leur corruption (certains des membres de ce groupe ont été pointés à ce sujet), il faut s’attacher au fanatisme idéologique où le mensonge (la célèbre taqiya) est une valeur fondamentale devant l’ennemi. Et, si le Grand et le petit Satan, les Etats-Unis et encore plus Israël, sont les ennemis archétypaux, les démocraties et tous les ennemis de la théocratie iranienne sont des ennemis de Dieu avec lesquels aucune réelle entente n’est envisageable.

Ce n’est pas avec de tels hommes qu’un accord est possible.  Ce n’est pas avec de tels hommes que le peuple iranien pourra se libérer, or c’est là le seul chemin de paix au Moyen Orient. Les Israéliens le savent, dirigeants politiques comme peuple de la rue. Pour Donald Trump, nous ne pouvons qu’espérer.

Dilemme mémoriel

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Vue de la ville de Graaff-Reinet, le joyau du désert du Karoo, depuis la vallée de la désolation. DR.

À Graaff-Reinet, le projet de rebaptiser la ville en hommage à Robert Sobukwe ravive une fracture mémorielle profonde: entre réparation historique et préservation du patrimoine, cette controverse locale révèle les tensions raciales persistantes de l’Afrique du Sud postapartheid.


Dans le Karoo, au cœur de la province Cap-Oriental, la petite ville de Graaff‑Reinet est devenue le symbole d’une nouvelle bataille mémorielle en Afrique du Sud.

À la suite d’une décision gouvernementale, cette cité vieille de plus de deux siècles va être prochainement rebaptisée « Robert Sobukwe Town », du nom d’un héros de la lutte contre le régime de ségrégation raciale1. Contre toute attente, une vive résistance locale s’est organisée afin de contrer cette décision unilatérale de Pretoria, mêlant recours juridiques et mobilisation citoyenne, avec en fond de toile, un débat national sur l’héritage colonial et l’identité postapartheid.

Une ville au cœur de l’identité afrikaner

Graaff-Reinet est la quatrième ville la plus ancienne d’Afrique du Sud. Pour la communauté blanche, elle tient une place spéciale au sein de l’afrikanerdom. Fondée en 1786 au sein d’une colonie alors sous la domination de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, elle doit son nom au gouverneur du Cap, Cornelis Jacob van de Graaff, et à son épouse Cornelia Reynet.

En 1795, ses habitants proclament une république en réaction à l’autorité néerlandaise et se dote d’un volkstem (parlement du peuple). Une indépendance éphémère brisée par les Britanniques, qui restitue la ville aux Pays-Bas, avant d’en reprendre possession en 1806 et l’incorporer à la couronne de Sa Gracieuse Majesté. C’est pourtant à un Français que Graaf-Reinet doit son architecture actuelle, inscrite au patrimoine national. L’une des mieux préservées d’Afrique du Sud. Au début du XIXe siècle, l’ingénieur Louis-Michel Thibault transforme le visage de la ville, rapidement surnommée « la perle du Karoo ».

Quelques décennies plus tard, elle devient l’un des points de départ du Grand Trek des colons boers vers l’intérieur du pays où ils vont fonder l’Etat d’Orange libre et la République du Transvaal. Pour beaucoup d’habitants, ce chapitre épique de leur histoire constitue une part essentielle de leur identité locale.

Redessiner le paysage pour effacer l’apartheid

Si une grande partie des villes d’Afrique du Sud portent encore des noms hérités de l’histoire coloniale et des figures emblématiques du panthéon de la minorité blanche, ils constituent, pour une majorité de Sud-africains noirs, les vestiges visibles d’un passé marqué par l’oppression raciale.

À la chute de l’apartheid en 1994, un vaste processus de transformation toponymique a été engagé sous l’impulsion du South African Geographical Names Council. L’objectif : rééquilibrer la mémoire nationale en redonnant une place aux cultures, aux langues et aux figures historiques africaines longtemps marginalisées. Ce mouvement s’est traduit par de nombreux changements emblématiques. La très conservatrice Potgietersrus est ainsi devenue Mokopane, Pietersburg a été rebaptisée Polokwane, tandis que Port Elizabeth a été contrainte de s’appeler Gqeberha. Même la capitale administrative, Pretoria, n’a pas échappé à cette dynamique : depuis 2005, elle est intégrée à la municipalité de Tshwane, un nom d’origine tswana renvoyant à une figure locale de l’histoire sud-africaine.

Au total, ce sont plus de 80 villes et près de 1 500 noms géographiques -villages, rivières, montagnes, routes ou encore aéroports- qui ont été modifiés par les gouvernements successifs de l’African National Congress (ANC), dans une volonté affirmée de rupture avec l’héritage colonial et ségrégationniste. Mais cette politique de renommage est loin de faire consensus. Excepté les accusations de réécriture de l’histoire à la sauce gouvernementale, les critiques pointent également le coût financier élevé (rien que sur Pretoria, cela a coûté plus de 40 000 euros pour changer le seuls 21 panneaux de signalisation routière) et les lourdeurs administratives que ces changements ont engendré – modification des cartes, des adresses et des documents officiels -ainsi que son impact potentiel sur l’attractivité économique et touristique du pays.

Une résistance inattendue qui illustre les fragilités raciales sud-africaines

Mais à Graaff-Reinet, la décision a déclenché une mobilisation inhabituelle. Un recours juridique a été déposé par l’avocat local Derek Light, représentant le Forum de développement économique de la ville.

Selon lui, la procédure administrative est entachée d’irrégularités. Le ministère « omet d’informer le public qu’il dispose de 30 jours pour formuler des objections et ne précise pas où celles-ci doivent être déposées », affirme-t-il. Pour ses opposants, la décision apparaît d’autant plus contestable qu’elle intervient l’année même du 240e anniversaire de la ville.

La présidente de l’Association des contribuables, Liz Buisman, confirme l’ampleur de la mobilisation: « Nous sommes déterminés et nous nous mobilisons. De nombreuses objections sont en cours de compilation. » Même la prochaine conférence de la Société du patrimoine, prévue en décembre, a déjà pris position: elle continuera de porter le nom de Graaff-Reinet. Une manifestation contre le projet a fédéré 30 000 personnes dans les rues de la ville.

Samantha Graham-Mare, membre de l’Alliance démocratique (opposition et membre de la coalition gouvernementale) et vice-ministre de l’Électricité et de l’Énergie, a fait valoir qu »il ne reflète pas la volonté de la communauté locale. « Si Robert Sobukwe était une figure marquante qui a joué un rôle important dans l’histoire sud-africaine, il ne représente qu’une partie des habitants de Graaff-Reinet », a-t-elle déclaré.

Également au gouvernement, le parti afrikaner Freedom Front Plus (FF+ extrême-droite) a appelé les habitants à continuer d’utiliser l’ancien nom afin de faire preuve de résistance. « Le parti appelle les habitants de Graaff-Reinet, de la province du Cap-Oriental et du reste de l’Afrique du Sud à ignorer ce changement de nom », a déclaré le Dr Corné Mulder, chef du parti. « Il est devenu courant d’attendre des Afrikaners, et seulement des Afrikaners, qu’ils sacrifient leur héritage sur l’autel de l’apologie (…), nous refusons de continuer ainsi » a ajouté ce fils d’un ancien ministre de la Justice.

La famille du militant honoré se trouve elle aussi dans une position délicate. Le petit-fils de Robert Sobukwe, feu leader fondateur du Pan-African Congress (PAC), un parti d’extrême-gauche qui a été longtemps hostile à intégrer tout blanc dans son appareil politique durant la lutte contre le régime de ségrégation raciale, y compris issus du Parti communiste, Tsepo Sobukwe, a reconnu que la décision est à la fois « douloureuse et symbolique ». « Je suis heureux que la mémoire de mon grand-père soit honorée, mais je comprends aussi que cette décision suscite des réactions fortes », confie-t-il.

Emprisonné par le régime d’apartheid et détenu à l’isolement sur l’île de Robben Island, Robert Sobukwe (1924-1978) demeure une figure majeure du combat anti-apartheid. Ses partisans estiment à contrario que donner son nom à la ville où il est né constitue une réparation historique. Le PAC accuse d’ailleurs les opposants au projet de « résister à la décolonisation et à la vérité historique ». « Sobukwe représentait des idées si puissantes que même le régime de l’apartheid l’a traité comme un prisonnier hors du commun (entre 1960 et 1969, il est placé à l’isolement à Robben Island, séparé même des autres prisonniers). Ce rejet ne relève ni d’une procédure ni d’une consultation ; il s’agit d’une résistance à la décolonisation, à la vérité historique et au démantèlement inévitable des symboles de l’apartheid », se justifie Jaki Seroke, vice-président du Congrès panafricain.

Il a été d’ailleurs rejoint par l’Economic Freedom Fighters (EFF) dans ses propos. Le parti de Julius Malema, connu pour ses violentes diatribes anti-afrikaners a salué cette décision. Dans un communiqué, le mouvement a souligné que ce changement de nom constituait une intervention idéologique nécessaire dans un pays dont la géographie porte encore les stigmates de la conquête coloniale.

La controverse illustre en réalité un dilemme profond de l’Afrique du Sud contemporaine : comment transformer l’espace public sans effacer une partie de l’histoire du pays ? Depuis la fin de l’apartheid, la question des noms de villes, de rues et de monuments constitue un champ de bataille symbolique. Pour les uns, ces changements permettent de restaurer une mémoire longtemps mise de côté. Pour les autres, ils risquent de supprimer des éléments du patrimoine national.

Au-delà du cas de Graaff-Reinet, l’affaire pourrait faire jurisprudence dans un pays où la toponymie reste un terrain sensible. Car derrière les plaques de rues et les panneaux d’entrée de ville se joue une question fondamentale : comment une nation encore marquée par son passé colonial et par l’apartheid peut-elle réécrire son paysage symbolique sans raviver les fractures de son histoire ? 

Le dernier mot pourrait désormais revenir aux tribunaux. Pour Derek Light et les associations locales, l’objectif est clair : obtenir l’annulation de la décision du gouvernement et préserver l’identité historique de cette ville aux accents d’antan.

  1. https://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Sobukwe ↩︎

Fin de Carême: Pâques en musique classique, d’Aix-en-Provence à Deauville

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Joshua Weilerstein, Orchestre National de Lille, Brahms, Elsa Barraine et Samuel Barber, samedi prochain © Ugo Ponte / Orchestre National de Lille


Forte de son incontournable rendez-vous estival (du 3 au 15 juillet prochain), la bonne ville d’Aix-en-Provence n’est pas seulement le haut lieu traditionnel de l’art lyrique. Soutenu par le CIC (banque partenaire fondatrice de la manifestation, également mécène du musée de la Marine et du musée de l’Armée) et, soulignons-le, sans aucune subvention de l’Etat, le Festival de Pâques s’impose quant à lui, et ce depuis une bonne dizaine d’années, comme l’autre événement musical prestigieux de la splendide cité provençale.

Bach, Brahms, Verdi…

Créé à l’initiative de l’acteur, producteur et metteur en scène Dominique Bluzet et du violoniste et chef d’orchestre Renaud Capuçon, le projet assume pleinement sa dimension confessionnelle. Chaque année, l’une des deux Passions de Bach est interprétée, au soir du très chrétien Vendredi Saint. Ainsi la sublime Passion selon Saint-Jean, donnée le 1er avril prochain au Théâtre des Champs-Elysées, sera-t-elle reprise à Aix le 3 avril –  soit, en l’an 2026, au jour même de la célébration de la fête pascale catholique : concert sur instrument d’époque, sous la direction de Camille Delaforge à la tête de l’Ensemble Il Caravaggio et du chœur Accentus et, pour ce qui est des solistes, le ténor Cyrille Dubois, la soprano Marie Lys, la contralto Marie-Nicole Lemieux, le baryton-basse Guilhem Worms (Jésus) – et Pilate, enfin, sous les traits du baryton Mathieu Gourlet.

Point d’orgue du programme ? Celui-ci s’ouvre en majesté dès ce samedi 28 mars, sous le signe de l’exigence : Joshua Weilerstein au pupitre, Renaud Capuçon au violon, et l’Orchestre National de Lille, lequel, pour fêter son demi-siècle d’existence, se garde en effet de toute facilité : le concert associant, à la très classique Symphonie n°1 de Brahms, le Concerto pour violon op.14 de Samuel Barber, mais aussi, autrement plus méconnue et difficile d’accès pour l’oreille non avertie, la Symphonie n°2 d’Elsa Barraine (1910-1999).Composée avant la Seconde guerre mondiale, l’œuvre s’intitule « Voïna » (traduction : « la guerre », en russe)…

Renaud Capuçon (C) Caroline Doutre

Dans une certaine forme de logique funèbre, le programme dominical du lendemain se clôt avec l’immense Requiem de Verdi, chef d’œuvre opératique propre, selon toute vraisemblance, à se voir magnifié par l’Orchestre et Chœur de l’Opéra de Zurich :  à la baguette, le maestro transalpin Gianandrea Noseda, actuel directeur de la prestigieuse maison helvétique. Et sur le plateau, rien moins que le ténor maltais Joseph Calleja ou la soprano lettone Marina Rebeka, pour ne citer qu’eux…

A lire aussi: Une trame nommée désir

Table ronde au Camp des Milles

Mais c’est sous un climat plus chargé d’ombres que s’ouvrira ce dernier dimanche de carême, le festival ayant choisi de s’installer au Camp des Milles, à quelques kilomètres d’Aix, pour une journée conjuguant concerts et tables rondes. Pour mémoire, le Camp des Milles est ce campement français où, durant l’été 1942, furent internés opposants, étrangers et juifs, prélude à leur déportation. En partenariat avec la Fondation du Camp des Milles, histoire et musique seront appelées à dialoguer, à travers des morceaux des grands compositeurs juifs que  furent Gideon Klein, Hans Krasa, Erwin Schulhoff ou Victor Ullmann et, interprétées par le quatuor Fidelio et Renaud Capuçon au violon, des musiques nées à Terezin, dans l’actuelle République tchèque, ce camp de transit de sinistre mémoire sis dans la ville anciennement baptisée Theresienstadt. Débattront, au cours de deux tables rondes, Jacques Attali avec le compositeur Bernard Foccroulle d’une part, le rabbin Delphine Horvilleur et Laurent Berger (du CIC) d’autre part, l’après-midi s’achevant sur les Variations Goldberg dans une transcription à cordes signée Dimitry Sirkovetsty… et une transcription de l’Hymne des Milles.

Quatuor Fidelio (C) Yseult Photography

Passé ce coup d’envoi du week-end, le Festival de Pâques égrène jusqu’au 12 avril un programme éclectique d’une grande richesse, allant de Bach à Lucie Boulanger, de Chopin ou Liszt à Mahler, de Beethoven ou Schumann à Khatchatourian. Avec quelques stars au podium : les deux frères Capuçon (le violoniste et le violoncelliste), le grand Jordi Savall, Bertrand Chamayou, avec l’ensemble Les Siècles, familiers de la manifestation, et même l’immense Martha Argerich au piano… Evénement majeur de cette édition, l’Orchestre philharmonique de Munich, sous la direction du jeune chef d’orchestre et pianiste israélien Lahav Shani, 37 ans, formé comme l’on sait par son mentor Daniel Barenboïm, est accueilli en résidence à Aix. Jusqu’au bout, l’alchimie fonctionne.

Renaud Capuçon, Martha Argerich et Lahav Shani (C) Caroline Doutre

& musiques de chambre à Deauville

L’écrin aixois n’est pas seul à se placer sous le dais de la Résurrection du Christ. Les planches de Deauville y trouvent leur sacrement depuis trois décennies déjà. Sous l’impulsion de son directeur artistique Yves Petit de Voize, cette trentième édition du Festival de Pâques deauvillais, en partenariat de longue date avec la Fondation Singer-Polignac abritée dans l’opulent hôtel particulier de l’avenue Georges Mandel si connu des mélomanes parisiens, ménage du 18 avril au 2 mai, dans sa traditionnelle Salle Elie de Brignac-Arqana, un programme de chambre particulièrement riche et éclectique – Bach, Pergolèse, Telemann, Mozart, Schubert, Mendelssohn, Brahms, Dvorak, Tchaïkovski, Mahler, Ravel, Fauré, Rachmaninov, Janacek, Berg, Martinu, Chostakovitch, Schnittke – tout le répertoire y passe, ou presque !

A vos marques, donc, dès le samedi 18 avril, pour un concert associant Bach (concerto brandebourgeois n°5), Telemann (concerto pour flûte à bec, traverso et continuo) et… le célébrissime Stabat Mater de Pergolèse, must absolu de la musique sacrée, lequel sera donné ici sur instruments anciens par le Concert de la Loge, dirigé par Julien Chauvin, fondateur de cette phalange de haute tenue à qui l’on doit, en outre, quelques mémorables enregistrements. Le premier après-midi dominical sera quant à lui consacré à Rachmaninov, Alfred Schnittke et Tchaïkovski. La manifestation reprend ensuite le 24 avril, et se poursuit pour deux autres fins de semaine encore, pour se clôturer le 2 mai au soir. A vos agendas.


Festival de Pâques. Aix-en-Provence. Du 28 mars au 12 avril 2026. www.festivalpaques.com

Festival de Pâques. Deauville. Du 18 avril au 2 mai 2026. https://musiqueadeauville.com

Les nouveaux crémiers de la République

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"Au bon beurre", téléfilm en deux parties avec Roger Hanin en profiteur de guerre, Édouard Molinaro, 1981. DR

Aux élections, la petite recette communautariste de Jean-Luc Mélenchon s’avère payante


Diffusé en 1981 sur TF1, un téléfilm d’Edouard Molinaro avait marqué les esprits: Au bon beurre, tiré d’un livre de Jean Dutourd, avec Roger Hanin et Andréa Ferréol.

Voici le résumé qu’en donne Wikipedia : « À Paris pendant l’occupation allemande, les Poissonnard, un couple de commerçants propriétaires de la crèmerie « Au Bon Beurre » dans le 20e arrondissement, sont des profiteurs de guerre opportunistes. Ils tirent en effet avantage — et sans scrupule — des pénuries alimentaires et du marché noir ayant cours à cette période pour s’enrichir indûment. Par ailleurs, le couple est aussi capable de compromissions avec l’occupant […] Les Poissonnard collaborent habilement avec les autorités allemandes quand cela sert leurs intérêts ».

Y a-t-il aujourd’hui en France une boutique dont les tenanciers sont des profiteurs de guerre opportunistes, qui tirent avantage de la crise, se compromettent, collaborent avec des autorités étrangères ou religieuses, quand cela sert leurs intérêts ?

A lire aussi, Dominique Labarrière: Saint-Denis, nécropole électorale d’une certaine France?

Cette boutique est une officine politique, qui spécule sur le vote musulman. Selon une étude Ifop, aux élections européennes de juin 2024, les musulmans ont voté à 62 % pour la liste de La France insoumise, dans la continuité de l’élection présidentielle de 2022, au cours de laquelle 69 % des musulmans avaient choisi Jean-Luc Mélenchon.

Dans son dernier livre Vote religieux. Un tabou français (éditions de l’Observatoire), Lucas Jakubowicz analyse : « En 2017, il a manqué 600 000 voix à Jean-Luc Mélenchon pour accéder au second tour de l’élection présidentielle. Le chef de La France insoumise a constaté que la colère des Gilets jaunes profitait à Marine Le Pen. Il a donc misé sur une carte du communautarisme et l’investissement a été payant : entre la présidentielle de 2017 et celle de 2022, il est passé de 37 % à 69 % chez les électeurs de confession musulmane ».

Aux municipales, Roubaix et Saint-Denis ont validé ce bond croissant. Ne reste plus à LFI qu’à dévoiler sa véritable enseigne : « Au bon Beur ».

Au Bon Beurre

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Vote religieux, un tabou français

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Pathos présidentiel et hochets de la culture

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Le comédien Jean-Paul Rouve photographié en 2024 © Laurent VU/SIPA

Jean‑Paul Rouve fond en larmes dans les bras d’Emmanuel Macron lors de la remise de sa Légion d’honneur. Une image un peu grotesque qui résume le spectacle des récompenses culturelles en France.


Jean‑Paul Rouve, acteur et réalisateur, fond en larmes dans les bras d’Emmanuel Macron alors que le président lui accroche la Légion d’honneur. Les caméras immortalisent le moment : émotion, accolades, photo officielle. Le geste présidentiel, la figure paternalisante, les larmes publiques : tout concourt à transformer la décoration en spectacle, la récompense en hochets. Ce type de scène illustre à lui seul la comédie qu’est devenue la reconnaissance culturelle en France.

Néocourtisanerie

Les hochets de la République. Nos grands enfants du monde de la culture. Ils ne vivent que pour ça. Les poètes printaniers, les nouveaux courtisans, les néo-militants convertis en béni‑oui‑oui attendent, alignés et impatients, que le ruban, la petite croix, le joujou officiel tombe enfin dans leurs mains. Peu importe qui le leur tend : un camarade d’hier, un notable sans scrupules, un président jouant à l’oncle compatissant. Toute critique est soigneusement anesthésiée ; le plaisir honteux de l’estrade, de la photo, du selfie officiel, prend le pas sur la lucidité.

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Et puis il y a ceux qui refusent. Ceux qui déclinent la bénédiction officielle. Ceux qui refusent de transformer la culture en cérémonie d’État. Georges Brassens, Albert Camus, Jean‑Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Thomas Piketty, Jacques Tardi, Brigitte Bardot, Blanche Gardin, Wilfrid Lupano : ils ont dit non. Pour rester libres, pour refuser la récupération, pour rappeler que la grandeur d’un artiste ou d’un intellectuel ne se mesure pas aux rubans ou aux honneurs, mais à la liberté qu’il conserve. Ces refus sont des signes de résistance, des éclairs de lucidité dans l’ombre des applaudissements ministériels.

Le petit oiseau va sortir

Le système récompense le servile, le flatteur, l’ami des amis. La culture est sous perfusion, nourrie à la seringue de décorations, de subventions et de petites reconnaissances publiques. Le pathos médiatique, les larmes de Rouve dans les bras du président, deviennent monnaie d’échange: plus la dépendance est forte, plus le besoin d’être reconnu par le pouvoir s’amplifie.

Le temps long sera le juge implacable des béni‑oui‑oui et des arrivistes. L’Histoire n’a pas besoin de jouer à Madame Irma : elle fera son office et démasquera les faux héros. La culture, ainsi domestiquée, tient en laisse. Le sourire présidentiel suffit à faire frissonner de bonheur des âmes naïves. Le joujou officiel devient critère de valeur. Mais il existe encore ceux qui refusent, qui restent debout, qui refusent d’agenouiller leur sens critique devant un ruban ou une médaille. Ceux-là sont les véritables héritiers. Les autres s’amuseront avec leurs hochets et leurs rubans jusqu’au moment où le temps long les rappellera à la raison, avec une claque que ni l’éloge ni la photo officielle ne pourront amortir.

Le Blanc-Mesnil, Creil, Saint-Denis: l’ensauvagement municipal

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Thierry Meignen (LR) quitte la mairie sous escorte policière après sa défaite face à Demba Traoré au Blanc-Mesnil (93), 22 mars 2026. RS.

Menaces, insultes, brutalisation des sortants: les images d’intimidations de maires battus dimanche dans certaines villes gagnées par les Lfistes sont effroyables. Le dégagisme d’extrême gauche ne semble pas exempt d’un esprit revanchard et communautaire. Mais cette «nouvelle France» belliqueuse est l’enfant des belles âmes progressistes, observe Ivan Rioufol dans son billet.


Voir les banlieues s’emparer de la politique devrait être réjouissant mais…

La « nouvelle France » ne fera pas de cadeaux à la France « française ». Dans des communes gagnées par l’extrême gauche (Mantes-la-Jolie, Vaulx-en-Velin, Creil, Roubaix, Saint-Denis, le Blanc-Mesnil), les maires battus ont quitté l’Hôtel de ville sous les intimidations, les menaces, les injures.

La presse labellisée a occulté, dans un premier temps, ces violences dévoilées par les réseaux sociaux. Ces expulsions brutales sont les effets politiques d’une immigration revancharde, conflictuelle, colonisatrice. Dans ce dégagisme ethnico-social, le peuple indigène et trop blanc est vu comme indésirable.

A lire aussi, Dominique Labarrière: Saint-Denis, nécropole électorale d’une certaine France?

Pourtant, dans son édition datée de ce mercredi, Le Monde accable le maire battu du Blanc-Mesnil, Thierry Meignen (LR). Il a dû se faire protéger d’une foule hostile tandis que son successeur, Demba Traoré, annonçait, reprenant l’inusable et belliqueuse dialectique stalinienne: « L’extrême droite, le fascisme n’ont pas leur place au Blanc-Mesnil ». Hier, le nouvel élu de Saint-Denis, Bally Bagayoko, a annoncé pour sa part une purge des agents municipaux ne faisant pas allégeance à LFI. Rima Hassan (LFI) a félicité les victoires de « Bally Bagayoko, Abdelkader Lahmar, Aly Diouara, Omar Yaqoob, David Guiraud, Bassi Konaté, Yahaya Soukana, Adama Gaye, Demba Traoré, ainsi qu’à tous les autres élus du front antiraciste et antifasciste en France ». Exprimant la « fierté des nôtres », l’élue pro-Hamas a aussi repris à son compte ce commentaire: « Six maires noirs, issus de banlieues, à la tête de villes qui les ont vus grandir. Pas un hasard, pas un symbole isolé. Une réalité qui s’impose. Ceux qu’on pensait loin des décisions sont désormais au cœur. Discrètement, le paysage change. Et ce n’est que le début. » A ceux qui ne voient pas venir la guerre civile derrière ces nouveaux Français querelleurs[1], la voici dans ses crachats.

A qui la faute ?

Mais qui a mis la France dans cet état ? Cela fait trente ans et plus que votre serviteur et d’autres encore (mais bien peu dans les médias de naguère) alertent sur l’irresponsabilité des belles âmes immigrationnistes. C’est à Creil, ville longtemps socialiste, que débuta en 1989 la première affaire du foulard islamique, porté alors par trois collégiennes. A l’époque Lionel Jospin, qui vient de mourir, avait botté en touche alors qu’il était ministre socialiste de l’Education nationale. Il aurait également dit à une journaliste :« Qu’est-ce que vous voulez que ça me fasse que la France s’islamise ». Creil fait partie de ces villes conquises par l’islamo-gauchisme et sa voyoucratie. Or il est insupportable d’entendre les « progressistes » déplorer cette semaine les saccages créés par leurs postures conformistes.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Creil ou l’invention du pas-de-vague

Gabriel Attal explique : « La « Nouvelle France » de Jean-Luc Mélenchon c’est la négation de la France, de toutes nos valeurs républicaines ». C’est exact. Mais Attal oublie qu’il a appelé à voter pour le Nouveau Front populaire (incluant LFI) aux législatives de 2024. Julien Dray prévient aussi, avec raison : « Si on observe avec attention … la crise qui couve à LFI sera bientôt celle des indigénistes contre ceux qui auront servi d’escabeau ». Or le fondateur de SOS Racisme occulte sa responsabilité dans la sacralisation des minorités (« Touche pas à mon pote ! ») et l’instrumentalisation de l’antiracisme au profit des remplaçants.

La résistance française, plus que jamais nécessaire, ne peut compter sur ceux qui se sont tant trompés et, pire encore, qui refusent de l’admettre.

La révolution des oubliés

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[1] De l’auteur : La guerre civile qui vient, Editions Pierre-Guillaume de Roux, 2016

«M. Mélenchon, peut-être pas parfaite, la France d’avant reposait sur un socle commun!»

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Le leader de l'extrême gauche Jean-Luc Mélenchon vote à Paris aux élections municipales, 22 mars 2026 © Arnaud VILETTE/SIPA

Le 22 mars 2026, La France Insoumise a conquis plusieurs mairies importantes : Roubaix avec David Guiraud, La Courneuve avec Aly Diouara, Vénissieux, Creil… Autant de victoires saluées par Jean-Luc Mélenchon comme les premiers pas vers sa « nouvelle France ». Mais derrière ces succès locaux se dessine un projet bien plus radical : remplacer la France que nous avons connue par une autre, communautariste, décroissante et hostile à notre héritage. Ces nouveaux maires LFI ne sont pas un simple changement politique : ils sont un danger concret pour la cohésion nationale.

Choisis ta France !

Alors que Paris reste entre les mains d’Emmanuel Grégoire (PS) et que la gauche traditionnelle conserve Lyon et Marseille, La France Insoumise célèbre bruyamment ses conquêtes municipales. Roubaix, La Courneuve, Vénissieux, Creil et d’autres communes passent sous pavillon insoumis. Jean-Luc Mélenchon y voit la naissance de « sa » France : celle des quartiers populaires réinventés, des « sans-papiers » régularisés massivement, des budgets alloués prioritairement aux associations communautaires et d’une écologie punitive qui asphyxie les classes moyennes.

Cette « nouvelle France » que promeut Mélenchon depuis des années n’a plus grand-chose à voir avec la France d’antan. Celle d’avant était imparfaite, bien sûr, mais elle reposait sur un socle commun : l’assimilation républicaine, la laïcité stricte, la fierté de notre histoire, la sécurité dans les rues et le mérite comme ascenseur social. Elle était une nation, pas un archipel de communautés. Les maires LFI élus incarnent précisément le tournant.

L’inclusion, le nouveau mot pour « communautarisme »

À Roubaix ou à La Courneuve, on sait déjà ce qui attend les habitants : expérimentation de la « police citoyenne », subventions massives aux structures associatives liées à l’islam politique, discours victimaire permanent, méfiance vis-à-vis de la police nationale, et une politique du logement qui accentue encore la concentration ethnique et sociale. La propreté, la tranquillité publique et l’attractivité économique passeront après l’idéologie. Jean-Luc Mélenchon l’assume: il veut « tourner la page de l’ancienne stratégie » et renverser « la table ».

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Sa nouvelle France, c’est la décroissance choisie pour les autres, l’immigration sans limite présentée comme une chance, la repentance historique érigée en dogme, et une laïcité « inclusive » qui ouvre en réalité la porte au communautarisme. C’est une France où l’on déboulonne les statues de nos héros, où l’on renomme les rues, où l’on enseigne que notre pays est intrinsèquement coupable. Le danger est double. D’abord local: dans ces villes déjà fragiles, ces maires risquent d’aggraver les fractures sociales, de décourager les entrepreneurs et de faire fuir les familles qui le peuvent encore. Ensuite national: chaque mairie LFI devient une vitrine et un laboratoire pour le projet mélenchoniste. Si demain ces élus réussissent à démontrer que leur modèle « fonctionne », ils légitimeront l’idée que la France peut être refondée sur d’autres bases que celles de 1789 et de la République indivisible.

La crise identitaire de la France s’accentue

Nous ne pouvons plus feindre l’aveuglement. Les maires LFI ne sont pas de simples gestionnaires locaux de gauche. Ils sont les exécutants d’une vision idéologique qui veut remplacer notre France – celle des Lumières, des cathédrales, des villages, des bistrots, de la liberté d’expression et du « vivre ensemble » à la française – par une autre, multiculturelle par principe, islamo-gauchiste dans les faits, et profondément hostile à notre identité. Il est temps de dire clairement les choses : cette « nouvelle France » n’est pas un progrès, elle est un recul civilisationnel. Elle fragilise notre cohésion, attise les tensions communautaires et prépare le terrain à des confrontations bien plus graves.

Face à elle, la France d’antan – celle qui mérite d’être défendue, réformée, aimée – reste la seule boussole raisonnable. Les électeurs ont parlé dans ces communes. Il appartient maintenant aux responsables politiques nationaux, de droite comme de gauche républicaine, de ne pas minimiser le signal.

Car si l’on laisse ces bastions devenir des zones d’expérimentation mélenchoniste sans réaction ferme, c’est l’ensemble du pays qui risque, à terme, de basculer dans cette « nouvelle France » que beaucoup refusent encore de voir venir.

La revanche du réel: comment la gauche a fabriqué ce qu’elle ne comprend plus

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Le sociologue Charles Rojzman. DR.

Ils avaient rêvé la diversité comme une promesse. Elle leur revient aujourd’hui comme un verdict. Dans certaines villes françaises, la gauche découvre, avec stupeur, le monde qu’elle a contribué à produire — et qu’elle ne sait plus nommer.


Il y a des scènes qui disent davantage qu’un long discours. Des nuits d’élection où la victoire n’est pas une alternance, mais une bascule. Des maires battus quittant leur ville sous les huées ou l’indifférence hostile. Des foules en liesse dont la joie déborde parfois en gestes d’intimidation. Rien de spectaculaire au sens classique, et pourtant tout est là : une atmosphère, une rupture, un changement de monde.

Quand la « diversité » se venge

Dans certaines communes autrefois solidement tenues par la gauche, des figures issues de cette « diversité » qu’elle a exaltée pendant des décennies accèdent au pouvoir. Et ce moment, que l’on voudrait lire comme l’accomplissement d’un idéal républicain, prend une tout autre signification lorsqu’on le regarde sans les filtres de la bonne conscience. Car il ne s’agit pas seulement d’un renouvellement des élites : il s’agit d’un déplacement des appartenances, d’un basculement des équilibres, d’une reconfiguration silencieuse du corps social.

Les anciens maires de gauche, souvent sincèrement engagés dans la promotion de la mixité, de l’ouverture, de l’accueil, apparaissent aujourd’hui comme les vaincus d’une histoire qu’ils ont eux-mêmes contribué à écrire. Il y a, dans leur éviction, quelque chose de plus qu’une défaite électorale: une forme d’humiliation politique, presque anthropologique. Comme si le réel, longtemps tenu à distance par le discours, revenait leur demander des comptes.

Car ce qui se joue ici n’est pas conjoncturel. C’est l’aboutissement d’un long refus de voir.

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Je le dis sans détour: ce que ces événements révèlent, je l’ai vu venir depuis longtemps. Non pas dans les livres, mais dans les villes, dans les quartiers, dans les visages. J’ai travaillé dans presque toute la France, accompagné des services publics, des policiers, des éducateurs, des habitants. À Mantes-la-Jolie, longuement. À Saint-Denis. Dans tous ces territoires que la gauche nomme « populaires » avec une condescendance qui tient lieu d’analyse.

Là, le réel ne se discute pas. Il s’impose.

Islamisme d’atmosphère et monde renversé

J’y ai vu la délinquance s’installer comme un climat. Non pas un accident, mais une structure du quotidien. J’y ai vu des formes d’islamisme d’atmosphère — pas toujours bruyantes, mais constantes, organisant les comportements, les hiérarchies, les silences. J’y ai vu des professionnels épuisés, des habitants pris entre peur et résignation. Et j’y ai vu, surtout, une incapacité presque obstinée à nommer ce qui se passait. Ce refus n’était pas ignorance. Il était volonté.

Car une partie de la gauche — socialiste comme communiste — s’est enfermée dans une vision du monde où tout devait être interprété à travers une opposition morale entre dominants et dominés. Dans cette grille, la réalité n’existe qu’à condition de confirmer le schéma. Ce qui le contredit doit être nié, minimisé, disqualifié.

Ainsi s’est installé un étrange dispositif mental: voir devenait suspect. Dire devenait coupable.

Tout était rapporté à une obsession : le fascisme. Le Front national comme horizon indépassable du mal politique. Et pendant que l’on traquait cette menace réelle mais érigée en unique principe d’intelligibilité, on refusait de voir que d’autres formes de violence, d’autorité, de séparation se développaient sous nos yeux — mais hors du champ autorisé de la pensée.

Il fallait ne pas voir pour continuer à croire.

Ce déni a une histoire. Il plonge ses racines dans le basculement de la gauche occidentale, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, vers un tiers-mondisme qui fit de toute opposition à l’Occident une vertu en soi. Mao, Castro, Kadhafi — autant de figures que l’on a admirées ou excusées au nom d’une morale de la libération. Peu importaient les camps, les prisons, les massacres : la cause suffisait.

Raymond Aron avait tout dit, dès 1955 : le révolutionnaire occidental aime la révolution, à condition qu’elle soit ailleurs.

Cette passion de l’ailleurs s’est peu à peu déplacée vers l’intérieur même des sociétés occidentales. À mesure que disparaissait l’ouvrier comme sujet historique, une autre figure s’est imposée : celle de la victime. Non plus le travailleur, mais l’opprimé. Non plus la condition, mais l’identité. À partir de là, tout s’est inversé.

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La politique a cessé d’être un art du réel pour devenir une liturgie morale. La responsabilité a cédé la place à la réparation. La vérité a été subordonnée à la souffrance. Et dans ce monde renversé, celui qui parle depuis l’expérience peut être disqualifié, tandis que celui qui parle depuis la posture est sacralisé.

C’est ainsi que les banlieues ont été abandonnées — non pas matériellement seulement, mais intellectuellement. On y a projeté des catégories, des récits, des excuses. On a refusé d’y reconnaître des conflits réels, des logiques d’appartenance, des transformations profondes du lien social.

Mosquée de Villetaneuse, juin 2015 © ROMAIN LAFABREGUE / AFP

Et aujourd’hui, ces réalités reviennent sous forme politique. Ce que montrent les élections récentes, ce n’est pas la réussite d’un modèle. C’est la fin d’une illusion. La diversité ne produit pas mécaniquement du commun. Elle produit aussi du séparé, du concurrent, du conflictuel. Et lorsque ces dynamiques ne sont pas pensées, elles s’imposent. La gauche se retrouve ainsi face à ce qu’elle a refusé de voir : une fragmentation du corps social qu’aucun discours ne suffit plus à masquer.

Pendant ce temps, son hégémonie culturelle demeure. Les médias, l’université, le monde culturel continuent largement de produire les catégories à travers lesquelles nous sommes censés comprendre le monde. Et dans ces catégories, le réel reste suspect.

On continue de moraliser ce qui devrait être analysé. De simplifier ce qui exige de la complexité. De transformer les conflits en récits. Mais le réel, lui, ne disparaît pas. Il attend. Et lorsqu’il revient, il ne discute plus.

Ce moment que nous vivons est un moment de vérité. Non pas une crise passagère, mais la fin d’un cycle intellectuel et politique. Celui d’une gauche qui, ayant voulu faire le Bien sans regarder le monde tel qu’il est, se trouve aujourd’hui démunie face aux conséquences de ses propres choix.

Il ne s’agit pas de lui reprocher d’avoir voulu la justice. Il s’agit de lui reprocher d’avoir renoncé à la lucidité. Car la politique commence là : dans la capacité à voir ce qui est, et non ce que l’on voudrait qu’il soit. Le reste — les proclamations, les indignations, les postures — n’est que littérature morale. Et la littérature morale, lorsqu’elle gouverne, prépare toujours des lendemains difficiles.

La société malade

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Europe sans Frontex

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Le directeur exécutif de Frontex, Fabrice Leggeri, s’exprime lors d’une conférence de presse à Bruxelles, le mardi 20 février 2018 © Geert Vanden Wijngaert/AP/SIPA

L’eurodéputé RN Fabrice Leggeri fait l’objet de poursuites pour avoir refoulé les migrants lorsqu’il était à la tête de Frontex – dont on pensait naïvement jusqu’à ce jour que c’était le rôle.


Fabrice Leggeri, l’ancien patron de Frontex et aujourd’hui eurodéputé RN, est poursuivi pour crimes contre l’humanité et torture. Du moins pour complicité de ces deux crimes, plus précisément — ce qui n’est pas rien. Lorsqu’il dirigeait Frontex (l’agence de protection des frontières européennes) entre 2015 et 2022, M. Leggeri était dans le collimateur de l’écosystème immigrationniste qui fait sa loi à Bruxelles. Ursula von der Leyen l’a débarqué comme un malpropre. Ce naïf croyait diriger une force de police, quand la présidente de la Commission européenne voulait une agence d’accueil.

La plainte a été déposée en avril 2024 par la Ligue des droits de l’homme et Utopia 56. Ces deux associations gauchistoïdes accusent Leggeri d’avoir mené une chasse aux migrants. Rien que ça. Certes, elles ne disent pas qu’il a jeté des gens à la mer, mais qu’il a couvert ou ordonné des refoulements illégaux vers la Libye et la Turquie (crime contre l’humanité), au lieu de les diriger vers nos côtes. Elles veulent également lui imputer les tortures infligées à certains des migrants refoulés en Libye.

Le Parquet national antiterroriste (PNAT) s’était déclaré incompétent, mais la cour d’appel a ordonné hier l’ouverture d’une instruction. Des juges s’estiment donc qualifiés pour juger la politique migratoire de la France et sa mise en œuvre.

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Il est légitime que Fabrice Leggeri réponde de ses actes, dit-on. Peut-être, mais en l’occurrence, ce n’était pas l’avis du PNAT. On l’accuse « d’avoir mené une politique visant à empêcher l’entrée des migrants, quel qu’en soit le prix, en vies humaines ». Tout est dans ce prix. Il s’agit d’arbitrer entre des exigences contradictoires : la protection des individus, d’un côté ; celle des nations, de l’autre. La police des frontières ne peut évidemment pas se faire à n’importe quel prix ni par n’importe quel moyen. Mais elle ne peut pas non plus être indolore et compassionnelle. Elle suppose de pouvoir renvoyer des malheureux vers les pays qu’ils cherchent à fuir. Seulement, en pratique, une fois dans les eaux territoriales européennes, vous avez le droit de demander l’asile et vous serez pris en charge jusqu’à l’épuisement des recours. Ce qui signifie que l’on prétend protéger nos frontières sans renvoyer ceux qui les franchissent. C’est une mission impossible.

Derrière cette analyse, attention, il y a évidemment d’effroyables tragédies humaines. Mais la politique ne peut se réduire aux sentiments. On en parle de plus en plus souvent : l’immigration pose un défi culturel et politique majeur aux sociétés. Les peuples européens demandent une pause.

J’ignore si Fabrice Leggeri a enfreint les règles. Mais avec ce procès, il s’agit en réalité d’imposer le dogme de fer des élites européennes : l’immigration n’est pas l’affaire des peuples. Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée, reçue ce matin sur Sud Radio, décrète qu’un référendum sur l’immigration serait « contraire à nos valeurs ». L’immigration est un phénomène massif qui transforme sans retour les sociétés européennes, mais pas touche. J’attends avec impatience qu’elle justifie ce refus de la délibération démocratique.


Cette chronique a été diffusée ce matin sur Sud Radio

Retrouvez notre directrice de la rédaction dans la matinale au micro de Sud radio

La solitude de penser: Nietzsche face à notre temps

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Egon Schiele, Autoportrait, 1917. DR.

Dans une époque où les militants ont remplacé les penseurs, où ce sont les artistes qui produisent les slogans politiques, et où ceux qui prennent le temps de réfléchir à notre société en travaillant la langue se font de plus en plus rares, la pensée complexe de Nietzsche se fait de plus en plus extravagante – elle devient une véritable chinoiserie pour l’individu.


À l’heure des certitudes instantanées et des indignations en série, la pensée de Friedrich Nietzsche résonne comme une dissonance. Devenir ce que l’on est n’y relève ni du confort ni de l’évidence, mais d’un travail intérieur exigeant, souvent solitaire. Face à une époque tentée par la simplification morale et la guerre des camps, Nietzsche rappelle que penser implique d’abord de se déprendre de soi-même.

Chez Nietzsche, certaines formules ont été trop vite récupérées pour être encore comprises. « Devenir ce que l’on est », que l’on trouve notamment dans Ecce Homo, appartient à ces sentences défigurées par leur succès. On l’a réduite à une invitation anodine à « être soi-même », comme si l’individu disposait d’une identité immédiatement accessible, presque confortable. Or, rien n’est plus étranger à sa pensée. Devenir ce que l’on est ne relève pas d’une affirmation, mais d’une conquête – une conquête qui suppose d’abord une épreuve: celle de la lucidité.

Car l’individu n’est pas une donnée simple. Il est traversé, constitué par des forces qui le dépassent. Son rapport au bien, au mal, à la vérité, est le produit d’une histoire longue, d’une stratification de valeurs héritées, souvent inconscientes. Le « sens historique », au cœur de La Généalogie de la morale, ne se limite pas à connaître le passé: il engage une mise en question de l’évidence. Comprendre ce que l’on est, c’est comprendre d’où cela vient, et reconnaître que ce que l’on croit être « soi » n’est souvent qu’un assemblage de déterminations.

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Dans cette perspective, l’injonction à devenir soi-même prend une dimension autrement plus exigeante. Elle implique une déconstruction des catégories morales reçues, notamment de l’opposition rassurante entre le bien et le mal. Dans Par-delà bien et mal, Nietzsche en conteste le caractère absolu et invite à en interroger l’origine et les effets. Ce geste ne débouche pas sur un relativisme facile ; il ouvre au contraire la possibilité d’une création. Devenir ce que l’on est, c’est devenir capable de produire ses propres valeurs.

C’est ce point qui rend Nietzsche si difficilement assimilable aujourd’hui. Nous vivons dans un espace public où la pensée se dissout dans la simplification, où le slogan remplace l’argument, l’indignation la réflexion. Il ne s’agit plus tant de comprendre que de se positionner. À chaque question correspond un camp ; à chaque camp, ses certitudes.

Dans ce paysage, la distinction entre le bien et le mal retrouve une vigueur nouvelle, mais sous une forme appauvrie: non plus comme problème, mais comme évidence. Le monde se distribue en figures opposées qui dispensent d’interroger les conditions mêmes du jugement. Cette structuration rassure, car elle simplifie. Elle évite le trouble, l’ambivalence, la contradiction – tout ce qui constitue pourtant le cœur de l’expérience intérieure chez Nietzsche.

Penser par soi-même devient alors risqué. Non pas au sens héroïque, mais au sens concret d’une marginalisation possible. Celui qui suspend son jugement, introduit de la nuance, échappe aux catégories disponibles – et c’est déjà trop. La pensée indépendante s’accorde mal avec un système qui valorise la lisibilité immédiate et l’alignement.

Or cette solitude n’est pas un accident ; elle est constitutive de l’exigence nietzschéenne. Devenir ce que l’on est suppose d’accepter un certain isolement. Non par goût de la marginalité, mais parce qu’une pensée singulière ne coïncide pas avec les attentes collectives. Et les résistances ne sont pas seulement extérieures.

Car le principal obstacle est souvent intime. Se confronter à soi-même implique d’affronter ce que l’on préfère ignorer: contradictions, faiblesses, ambiguïtés. La morale commune, en offrant des repères clairs, protège aussi de cette épreuve. Elle permet de juger sans se juger. Nietzsche ne critique pas seulement les valeurs; il met en cause le confort qu’elles procurent.

La tentation est alors de déplacer le problème vers l’extérieur. Plutôt que de transformer son rapport aux valeurs, on cherche à transformer celui des autres. L’époque est marquée par cette volonté de correction généralisée. Elle prend parfois la forme d’une guerre idéologique, où chaque position se présente comme moralement évidente et tend à disqualifier les autres.

Une telle configuration évoque ce que Nietzsche met en scène dans Ainsi parlait Zarathoustra : la difficulté de faire entendre une parole qui ne se contente pas de répéter les valeurs dominantes, mais cherche à les dépasser.

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Car devenir ce que l’on est ne consiste pas simplement à rejeter les normes. La transgression reste dépendante de ce qu’elle nie. Il ne suffit pas d’inverser les valeurs pour s’en libérer. Ce qui est en jeu est d’un autre ordre: la capacité à instituer, à produire une manière d’être singulière. L’individu devient, en un sens, l’artiste de sa propre vie.

Une telle perspective suppose de se libérer de la peur – peur de perdre ses repères, de se tromper, d’être seul. Or c’est cette peur qui alimente le besoin de certitudes immédiates et d’appartenance. Elle pousse à préférer la sécurité à la vérité.

Chez Nietzsche, la liberté ne consiste pas à choisir entre des options préexistantes, mais à transformer les conditions mêmes du choix. Elle engage une métamorphose. Devenir ce que l’on est, c’est devenir capable de vouloir autrement.

Dans une société qui valorise la rapidité et l’adhésion, cette exigence paraît décalée. Elle introduit du trouble là où l’on attend de la clarté. Pourtant, c’est peut-être là sa nécessité. À l’heure où penser se confond avec prendre position, Nietzsche rappelle que penser implique d’abord de se transformer soi-même.

Devenir ce que l’on est ne se proclame pas ; cela se travaille. Et ce travail, loin des slogans, demeure une tâche exigeante, souvent solitaire, mais essentielle pour qui refuse de se dissoudre dans les identités disponibles.

Ecce homo: Comment on devient ce qu'on est

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