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Immigration: le réveil bien tardif des Hibernatus

Selon Gérald Darmanin, les thèses racialistes de l’extrème gauche nous mènent au pire. Constatant que « l’absence, par certains étrangers, de respect des valeurs d’intégration et d’assimilation pose problème », le ministre de la Justice propose un moratoire de trois ans sur l’immigration. Mais, selon notre chroniqueur, il ne faut plus rien attendre des hussards de la onzième heure du « bloc central ».


Quand Hibernatus fait de la politique, cela donne Gérald Darmanin. Dans le JDD, le ministre de la Justice a déclaré : « Nous sommes arrivés à la limite de nos capacités d’intégration et d’assimilation. J’ai donc désormais une conviction très forte : il faut mettre fin à l’immigration telle qu’elle est aujourd’hui ». Il propose un moratoire de trois ans sur l’immigration légale, des quotas limitatifs, la fin du regroupement familial pour les visas de travail, une exigence accrue pour les expulsions (OQTF).

Ensauvagements

Bref, le ministre de la Justice promet, à quelques mois de la présidentielle, ce que le même, à l’Intérieur, se refusait d’envisager dans sa glaciation idéologique. Mais comment prendre au sérieux ces briseurs de tabous du dimanche ? Ils découvrent, avec quarante ans de retard, les catastrophes d’une immigration invasive et souvent colonisatrice dont ils niaient jusqu’alors l’existence, soucieux de se fondre dans le chœur bien-pensant. La violence qui s’étend en France, jusque dans les petites communes, n’est pas seulement le fait de voyous majoritairement issus de la diversité sacralisée. L’insécurité est d’abord et avant tout le résultat d’un demi-siècle d’incompétences et de lâchetés de dirigeants clonés craignant de « faire le jeu de Marine Le Pen » ou de déplaire au progressisme cosmopolite. Ce week-end, la canaille de Nantes et de Saint-Nazaire a débarqué par TER à La Baule, naguère paisible cité balnéaire à clubs Mickey, pour y semer des désordres sur le remblai. Samedi, les forces de l’ordre parisiennes seront sur les dents dans la perspective de probables émeutes liées à la finale de football de la Ligue des champions qui opposera le PSG à Arsenal, à Budapest. Dans ces ensauvagements, la véritable extrême droite y trouve sa place quand des supporteurs de Nice ont aussi semé la haine dans un quartier de Paris le 21 mai.

A lire aussi, du même auteur: Présidentielle: la ridicule valse des ego

LFI : « La France blanche et chrétienne n’a jamais existé »

Rien n’est à attendre des hussards de la onzième heure. Darmanin et ses amis du bloc central, à peine extraits de leur pétrification mentale, n’auront jamais un mot pour s’excuser des calamités sécuritaires et civilisationnelles qu’ils ont causé en restant sourds aux lanceurs d’alertes. Pour avoir été de ceux-ci depuis les années 90, je n’oublie rien des critiques et ricanements portés sur mon « idée fixe ».

Heidegger avait vu juste : « Penser c’est se limiter à une unique idée, qui un jour demeurera comme une étoile au ciel du monde ». Mais que de temps perdu ! Que de saccages rendus possibles ! L’immigration de masse a affaibli la cohésion nationale et l’économie.

Pourtant, les militants en sciences sociales soutiennent que tout va bien. Dans Le Monde du 22 mai, les signataires d’une étude de l’Ined se félicitaient de l’émergence d’identités « ethnicisées et racialisées » tournant le dos à la vision « assimilationniste simpliste qui voudrait que les rapports aux origines se diluent au fil des générations[1] ».

Cette « nouvelle France » islamisée est celle que Jean-Luc Mélenchon veut promouvoir, le 7 juin à Saint-Denis, devant la basilique des rois de France, en rassemblant ses troupes. Pour lui « la ruralité n’existe plus ». Mathilde Panot insiste : « La France blanche et chrétienne n’a jamais existé ». Ces fossoyeurs voient les Français indigènes comme des morts-vivants.

LFI devrait se méfier de leurs réactions. Les 20000 jeunes pèlerins de Chartres ont témoigné, parmi d’autres signes, de la renaissance qui vient.

La révolution des oubliés

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[1] https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/05/20/immigration-un-grand-brassage-mais-des-inegalites-persistantes_6691739_3224.html

The Perfect Woman (ou presque)…

La venue de la DJ Barbara Butch à Grenoble suscite la polémique. L’artiste doit se produire lors du festival Cabaret Frappé à la mi-juillet, mais la section locale de La France insoumise appelle au boycott de la musicienne en raison de sa signature d’une tribune contre l’antisémitisme.


La gauche militante la tenait, son icône chimiquement pure : la figure de proue tant recherchée de toutes les luttes intersectionnelles, comme ils disent.

 
 
 
 
 
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Elle s’appelle Barbara Butch. Elle officie en tant que DJ, non sans succès apparemment. Elle est de surcroît victime d’une double discrimination : l’une en tant que personne de forte corpulence, et donc en butte à la grossophobie ; l’autre parce qu’elle est lesbienne, et par conséquent la cible d’insultes et de comportements homophobes, en l’occurrence lesbophobes. Cette jeune personne cochait donc a priori toutes les cases pour représenter à la perfection les combats de la gauche extrême en faveur des minorités en souffrance, celles que notre société épouvantablement patriarcale et débile n’a de cesse de maltraiter, comme chacun le sait bien.

Elle pouvait en effet incarner ce porte-oriflamme idéal, d’autant plus qu’on l’avait vue en majesté lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris, à l’été 2024. Elle dominait de toute son imposante personne cette scène de banquet qui, quoi qu’on ait tenté de nous faire accroire depuis, évoquait bel et bien la Cène, le dernier repas du Christ au milieu de ses Apôtres. Il paraît qu’on se mettait le doigt dans l’œil. C’est ainsi que Laurent Joffrin peut écrire encore aujourd’hui, dans un édito récent de son Libre Journal : « banquet qu’on avait abusivement assimilé à la Cène ». Ce qui, ajoute-t-il, « avait mis en rage l’extrême droite. »

Abusivement ? À quoi d’autre pouvait donc bien renvoyer ce tableau allégorique, si ce n’est à la Cène ? Et surtout, pourquoi ce choix qui allait inévitablement blesser certaines sensibilités ? Sur ce point, M. Joffrin, comme les décisionnaires de la cérémonie en question, restent obstinément muets. De même, ne se montrent-ils pas beaucoup plus diserts lorsqu’on exige d’eux qu’ils précisent pour quelle raison ils n’ont guère retenu de la Révolution française que la décapitation de la reine Marie-Antoinette. Le martyre d’une femme, exposé complaisamment lors d’une célébration officielle destinée à être retransmise de par le vaste monde, y compris dans des contrées comme l’Iran, l’Afghanistan, etc., où, nul ne l’ignore, la femme en tant que telle est à la noce chaque jour que Dieu fait. Passons sur ces broutilles.

A lire aussi: Carnet de bord d’une gauche déboussolée

Donc, notre Barbara Butch était alors à son zénith. Mais voilà bien que, plombant radicalement ces incontestables mérites et qualités, on lui découvre des origines juives. Non seulement des origines, mais une réelle tendance à s’inquiéter de la montée de l’antisémitisme dans notre pays, puisqu’elle est allée jusqu’à signer une tribune de soutien à la proposition de loi contre l’antisémitisme portée par la députée macroniste Caroline Yadan.

Dès lors, la voilà, la pauvre Barbara, qui, d’un coup d’un seul, passe du camp des victimes à celui des coupables. LFI lui crache dessus. Elle a droit à une nouvelle variété d’insultes et la section féminine du parti mélenchoniste de Grenoble n’hésite pas à appeler au boycott de la jeune femme lors de sa venue dans cette bonne ville.

Pauvre personne. On compatit volontiers. On compatit, mais on n’est guère surpris : nous savions pertinemment que le pire des racismes, dans sa forme la plus perverse, la plus hypocrite, se pare le plus souvent du masque et des grimaces de l’antiracisme. Nous en avons là, avec et grâce à la « mélenchonnerie » décidément très en verve, un énième et magnifique exemple.

Soudain, un frisson d’effroi me saisit. Imaginons un instant qu’on en vienne à découvrir quelque ascendance juive à M. Mélenchon lui-même, ce qui, à la vérité, ne serait guère étonnant, puisqu’il ne cesse de se flatter d’être de souche maghrébine – le Maghreb, le Maroc, là où plus que partout ailleurs sans doute, se sont mêlés les sangs coloniaux, juifs, arabes… Ce serait amusant, n’est-ce pas ? Mélenchon, une ascendance juive. Comme notre Barbara. Comme aussi Jésus et Karl Marx. À mourir de rire, vous dis-je.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Deux étés à Zaporijjia: comment la guerre en Ukraine a changé de visage

Les drones permettent aujourd’hui à l’Ukraine de perturber le corridor logistique russe vers la Crimée, un objectif stratégique que les colonnes blindées traditionnelles n’avaient pas réussi à atteindre lors de la contre-offensive de 2023. Gil Mihaely raconte.


Au printemps 2026, dans le sud de l’Ukraine, des drones ukrainiens frappent régulièrement les infrastructures logistiques russes reliant Rostov-sur-le-Don aux territoires occupés puis à la Crimée. La route R-280 dite « Novorossiya », devenue depuis quatre ans un axe vital pour l’effort de guerre russe, se trouve désormais sous pression. Les autorités russes ont dû restreindre la circulation civile sur certains tronçons face au risque permanent d’attaques aériennes ukrainiennes. Une situation qui présente une ironie stratégique remarquable. Car cet objectif militaire n’est pas nouveau. Il était déjà au cœur de la grande offensive ukrainienne de l’été 2023. À l’époque, Kiev voulait atteindre la mer d’Azov à l’ouest de Berdiansk afin de couper le corridor terrestre russe vers la Crimée. L’opération échoua. Trois ans plus tard, ce que les colonnes blindées ukrainiennes n’avaient pas réussi à accomplir semble partiellement devenir possible grâce aux drones.

Pour comprendre la situation actuelle, il faut revenir à l’été 2023. À l’automne précédent, l’Ukraine avait connu ses plus grands succès militaires depuis le début de l’invasion russe. Après avoir remporté la bataille de Kiev en février-mars 2022, les forces ukrainiennes, dans la région de Kharkiv d’abord, puis autour de Kherson, avaient repris plusieurs milliers de kilomètres carrés. L’enthousiasme dominait à Kiev comme dans les capitales occidentales. L’idée qu’une victoire ukrainienne pouvait être obtenue par des opérations offensives classiques s’imposait progressivement.

La perspective d’une grande contre-offensive prit alors forme. Son objectif principal était situé dans la région de Zaporijjia. Le plan consistait à progresser vers Tokmak puis Melitopol afin d’atteindre la mer d’Azov. Une telle percée aurait coupé le corridor terrestre reliant la Russie continentale à la Crimée occupée. Depuis février 2022, cet axe était devenu essentiel pour Moscou. Munitions, carburant, pièces détachées, renforts humains, tout transitait largement par cette continuité territoriale obtenue au prix des conquêtes russes du sud.

Nouveaux obstacles

Le débat stratégique entre Washington et Kiev fut intense. Les responsables militaires américains privilégiaient une offensive concentrée sur un axe principal afin de maximiser les chances d’obtenir une rupture opérationnelle. Plusieurs responsables du Pentagone considéraient qu’une dispersion des forces ukrainiennes réduirait fortement les probabilités de succès. Les dirigeants ukrainiens voyaient la situation différemment. Craignant des attaques russes sur d’autres secteurs du front et soucieux de préserver des réserves, ils préféraient répartir davantage leurs moyens.

L’Ukraine engagea néanmoins des ressources considérables. De nouvelles brigades furent entraînées en Europe selon des standards occidentaux. Les livraisons de matériel lourd s’accélérèrent. Les chars Leopard 2 allemands et les véhicules Bradley américains arrivèrent ainsi que des chars Challenger britanniques. L’espoir était clair : reproduire, à plus grande échelle, la dynamique de Kharkiv.

Mais entre novembre 2022 et juin 2023, le champ de bataille avait profondément changé. Pendant des mois, la Russie avait préparé ses défenses. Les images satellites montraient l’apparition progressive de plusieurs lignes fortifiées successives. Des champs de mines massifs furent déployés. Des fossés antichars furent creusés. Des réseaux de tranchées se multiplièrent. Les fameuses « dents du dragon » apparurent sur des dizaines de kilomètres. L’armée russe avait également renforcé son artillerie et préparé l’emploi systématique d’hélicoptères d’attaque, notamment les Ka-52, qui jouèrent un rôle important contre les blindés ukrainiens.

Les premiers jours de l’offensive révélèrent immédiatement la difficulté de l’entreprise. En juin 2023, plusieurs attaques mécanisées ukrainiennes subirent des pertes importantes dans la région d’Orikhiv. Des véhicules occidentaux furent détruits ou endommagés. Les images de Bradley immobilisés et de Leopard touchés circulèrent rapidement. Ces pertes furent parfois instrumentalisées politiquement, mais elles révélaient une réalité plus profonde : le modèle de guerre mobile imaginé à partir des expériences de 2022 rencontrait désormais des obstacles majeurs.

A lire aussi, du même auteur: De la terre promise à la terre due

Le problème n’était pas uniquement russe. La guerre elle-même évoluait. L’omniprésence des drones de reconnaissance rendait les concentrations de forces beaucoup plus visibles. La surveillance permanente du champ de bataille réduisait considérablement l’effet de surprise. Les véhicules détectés devenaient rapidement des cibles pour l’artillerie. Les opérations mécanisées classiques se heurtaient à une densité de détection et de feu rarement observée depuis la Seconde Guerre mondiale.

L’Ukraine adapta progressivement ses méthodes. Les grandes manœuvres blindées laissèrent davantage place à une progression lente, prudente, souvent menée par de petits groupes d’infanterie. Quelques gains furent obtenus. Robotyne fut reprise en août 2023. Certaines lignes russes furent percées localement. Mais le rythme demeurait insuffisant.

À l’automne 2023, le constat s’imposa progressivement. L’objectif stratégique principal ne serait pas atteint. La grande offensive ukrainienne avait échoué à atteindre la mer d’Azov. Elle marqua également la fin d’une période particulière du conflit. Depuis les succès spectaculaires de Kharkiv et Kherson, l’Ukraine n’a plus retrouvé la même capacité de reprise territoriale rapide. La Russie, de son côté, adapta progressivement sa stratégie à ses avantages structurels.

Avantages russes

Le premier est démographique. Moscou dispose d’un réservoir humain supérieur. Le deuxième est industriel. Malgré les sanctions occidentales, la Russie a réussi à accroître fortement certaines productions militaires. Obus d’artillerie, drones, missiles, véhicules rénovés, équipements électroniques, une partie importante de l’économie a progressivement été réorientée vers l’effort de guerre. Le troisième est économique. Les prévisions occidentales d’effondrement rapide ne se sont pas réalisées. Les exportations énergétiques russes se sont réorganisées vers l’Asie. Les capacités d’adaptation logistique ont été plus importantes qu’anticipé.

Pendant ce temps, l’Ukraine demeure dépendante de ses soutiens occidentaux pour ses munitions, ses systèmes de défense aérienne, ses véhicules spécialisés et une partie importante de son financement. Pourtant, l’évolution technologique du conflit produit aujourd’hui un paradoxe remarquable.

Au printemps 2026, l’objectif central de la contre-offensive de 2023 réapparaît sous une autre forme. Non plus grâce aux brigades blindées mais grâce aux drones. L’Ukraine a considérablement développé sa capacité de frappe à longue distance. Drones FPV, drones d’interdiction logistique, frappes profondes contre dépôts, infrastructures ferroviaires et convois modifient progressivement les équilibres opérationnels.

La route R-280 reliant Rostov aux territoires occupés du sud représente aujourd’hui un axe logistique majeur pour Moscou. Or les frappes ukrainiennes compliquent désormais son utilisation. Là où l’Ukraine cherchait autrefois à couper physiquement le corridor terrestre, elle tente désormais d’en réduire l’utilité opérationnelle. Cette évolution illustre une transformation plus profonde.

La guerre industrielle classique n’a pas disparu. L’artillerie reste centrale. Les blindés demeurent importants et les effectifs humains continuent de peser lourdement. Mais une nouvelle couche technologique transforme l’ensemble. Le drone est devenu à la fois capteur, arme, moyen de correction d’artillerie et outil d’interdiction logistique. La capacité ukrainienne repose également sur un autre élément souvent moins visible : les communications.

Le réseau Starlink a joué un rôle majeur depuis 2022. La résilience des communications ukrainiennes, la coordination tactique, la transmission rapide d’informations et le pilotage d’une partie des systèmes sans pilote ont bénéficié de cette infrastructure satellitaire. Cet avantage technologique a profondément influencé certaines dimensions du conflit.

La Russie s’est adaptée à son tour. Production massive de drones FPV. Renforcement de la guerre électronique. Développement de drones guidés par fibre optique afin d’échapper au brouillage. Industrialisation accélérée de nouvelles capacités.

Trois ans après la contre-offensive de Zaporijjia, la leçon apparaît plus clairement. L’Ukraine de 2023 tentait encore de gagner une guerre du XXIe siècle avec certains outils conceptuels hérités du XXe. L’Ukraine de 2026 cherche désormais à atteindre les mêmes objectifs par des moyens profondément différents. Et cette évolution pourrait bien constituer l’une des transformations militaires majeures de notre époque.

La culture du combat en Israël

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Mirwais et la fabrique du vide contemporain

À l’occasion de la parution de Nihilium aux Éditions Séguier, Mirwais, figure incontournable de la scène artistique française et compositeur de renom, signe un texte d’une noirceur satirique féroce. L’ancien guitariste de Taxi Girl et producteur de Madonna délaisse ses machines pour livrer un roman clinique et désenchanté, qui radiographie sans concession les impasses politiques et existentielles d’une génération Z prise au piège de la société du spectacle.


Nihilium frappe d’abord par son architecture verbale. Mirwais y forge un idiolecte composite mêlant argot urbain, langue des réseaux, hispanismes et résidus du Nadsat d’Anthony Burgess. Cette langue artificielle installe une distance clinique. Le narrateur Juan Nihilski s’exprime dans un flux fragmenté, symptôme d’une conscience saturée par les flux numériques et les paradis artificiels : « Je me réveille d’un coup, avec un gros dégoût en moi, viddying bien ce que j’ai gobé… ». L’alternance entre trivialité brutale et références savantes déstabilise. La langue cesse d’être un outil, elle devient le symptôme d’une culture disloquée, un idiome qui accompagne la disparition du réel.

Radicalisation et dépolitisation

Sur le plan politique, le roman dresse le portrait d’une jeunesse radicalisée mais profondément dépolitisée. Juan Nihilski incarne ce basculement : de la contestation sociale vers un nihilisme esthétique. L’émeute n’est plus un levier collectif, mais une performance individuelle, un espace de jouissance et de prédation. Mirwais cible avec précision les dérives d’une contestation devenue posture, renvoyant dos à dos parents anesthésiés par les écrans et violence fétichisée des Black Blocs.

La trajectoire de Juan constitue le cœur du récit. Elle est linéaire, implacable : de la subversion marginale à la complicité d’État. D’abord prédateur nocturne sous uniforme anonyme, il incarne un anarchisme de surface où casser et voler tiennent lieu de pensée. Mais cette révolte contient déjà sa capitulation. Juan ne hait pas le système marchand, il le désire. Fasciné par ses signes extérieurs, il cherche à en capter la puissance. Sa quête n’est ni morale ni politique : elle est celle de la domination et de la visibilité. « Moi, je voulais être politikon célèbre… »

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Après son arrestation place de la Nation, la bascule s’opère sans heurt. Introduit dans les cercles du pouvoir, Juan n’a rien à apprendre. Le voyou et le technocrate partagent une même logique: mépris des “gens honnêtes” et culte de la mise en scène. Du jogging noir au costume de conseiller, il n’y a pas de rupture morale. Le roman révèle ainsi une continuité troublante: le nihilisme des barricades et le cynisme institutionnel relèvent d’un même régime de pensée. L’État ne réprime plus la révolte, il la récupère et la transforme en spectacle.

L’ombre de William S. Burroughs

Cette vision s’inscrit dans un imaginaire nourri de science-fiction postmoderne. Le rapport de Juan au réel est profondément dickien : le monde n’est qu’un empilement d’illusions. « La réalité, c’est tout ce qui revient chaque den’ au même endroit. » Dans cet univers instable, saturé de drogues de synthèse, toute morale devient caduque. Si le réel n’est qu’un décor, alors violence, pillage ou trahison ne sont que des interactions sans poids. L’ombre de William S. Burroughs plane également sur le texte, renforçant l’idée d’un Occident en phase terminale, où la liberté dérive vers un contrôle total.

Ce détachement prend racine dans une cellule familiale dégradée. Les parents, Jefe et Jefa, incarnent une bourgeoisie vide, oscillant entre confort matériel et vacuité existentielle. Ils « zonent devant Netflix », consomment une spiritualité de façade pour masquer leur inertie. Leur hypocrisie nourrit chez Juan une haine sourde. L’absence de repères et d’autorité le pousse à chercher ailleurs une structure, d’abord dans la rue, puis dans le pouvoir. Sa rébellion apparaît dès lors comme une tentative désespérée d’échapper au néant domestique.

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Le roman déploie également une satire féroce des médias. À travers la journaliste de « Dnwaz », Mirwais caricature une presse fétichiste et déconnectée. Avant même d’informer, elle exhibe des signes de classe : peau lisse, sac Vuitton, Rolex. L’information devient récit, calibré pour les réseaux et les plateaux. La violence réelle s’efface derrière sa mise en scène. Le fait divers n’est plus rapporté, il est produit. Les médias ne transmettent pas le réel, ils le fabriquent et le neutralisent, transformant la conflictualité sociale en divertissement.

Les forces de l’ordre, elles aussi, passent par le filtre de cette fascination. Juan ne les perçoit pas comme des garants de l’ordre républicain, mais comme des techniciens efficaces de la violence. Il admire leur organisation, leur calme, leur professionnalisme. Cette admiration révèle sa dépolitisation totale : seule compte l’efficacité. Le roman insiste aussi sur un point essentiel : la protection de la marchandise prime sur celle des individus. « Défoncer la gueule des jeunes… ça passait crème, mais toucher au saint matos, non… » Lorsque Juan rejoint les sphères du pouvoir, il ne fait que rejoindre la logique qu’il admirait déjà.

Nihilium évite pourtant toute leçon. Mirwais ne moralise pas, il tend un miroir brutal. La trajectoire de Juan résume un cynisme contemporain où barricades et palais ne s’opposent plus, mais participent d’un même théâtre. La révolte devient une valeur d’échange, récupérable et monnayable. C’est dans ce refus du compromis que le roman trouve sa force. Texte inconfortable, parfois glaçant, Nihilium s’impose comme une autopsie lucide et électrique de notre aliénation collective.

192 pages

Nihilium

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Comment «Star Wars» est devenu une grosse madeleine industrielle

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En cherchant constamment à plaire aux fans, Star Wars s’est transformé en produit nostalgique figé, loin de son identité originale fondée sur l’innovation et l’imaginaire


C’est pratiquement un demi-siècle qui sépare le tout premier film Star Wars, A New Hope (1977), de tout ce qui a suivi après le rachat de Lucasfilm par The Walt Disney Company. Cinquante années qui embrassent quatre générations… bientôt cinq, pour aboutir à The Mandalorian & Grogu.

Vers l’infini et au-delà !

George Lucas en 2009. DR.

George Lucas, grand démiurge de tout cela, barbu grisonnant arborant une banane à la Dick Rivers, imagina un jour, le mélange improbable entre Le Seigneur des Anneaux, Dune et les sérials Flash Gordon qu’il regardait enfant à la télévision. Il saupoudra le tout de récits arthuriens, des films de cape et d’épée de l’âge d’or hollywoodien, des chanbaras d’Akira Kurosawa, le tout lié à la maïzena Joseph Campbell. Finalement, voilà ce qui allait devenir l’ultime représentation de la pop culture mondiale : une vulgarisation des grands mythes fondateurs de notre histoire, fondue avec de la spiritualité bouddhiste et mâtinée de robots, de créatures étranges et de vaisseaux spatiaux… L’identité Star Wars était née.

Ce titre, accompagné de son logo jaune inimitable sur fond de nuit galactique, va devenir un mantra, une formule magique. Pas seulement pour tous ceux qui avaient compris très tôt, qu’il y avait énormément d’argent à gagner avec ces deux mots-là, mais aussi pour des générations d’enfants qui grandiraient avec cet univers conçu pour eux.

Effets spéciaux inédits

Star Wars fut également pensé comme un fantasme en perpétuelle expansion : la partie émergée d’un iceberg laissant deviner un univers infini de personnages, d’histoires et de possibilités. Lucas nous proposait avant tout une invitation à nourrir notre propre imaginaire. Même lorsqu’il fallait attendre trois ans entre deux films — chacun possédait sa propre Guerre des Étoiles intérieure. C’est probablement là la plus grande force de ce qu’a imaginé le réalisateur d’American Graffiti. Un monde sans limites, sans contours précis, sans véritable début ni fin. Voilà pourquoi cela génère autant de passion, de débats, d’amour et de haine. George Lucas a enfanté un monstre qu’il a fini par ne plus pouvoir contrôler : un enfant qui, un jour, s’est retourné contre son père.

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À l’origine, Lucas ne voulait pas seulement raconter une épopée opposant le bien au mal. Il voulait surtout utiliser ces mythes fédérateurs pour innover, surprendre et repousser les limites technologiques en matière d’effets spéciaux, de son et de mise en scène. Toujours plus audacieux, il tenta ensuite de sublimer et de complexifier son œuvre en y injectant de la politique et des enjeux plus adultes. Un pari risqué car une partie du public ne semblait se réveiller qu’à l’apparition du logo “Star Wars” sur un paquet de céréales. En essayant de renouveler l’image de sa saga, Lucas se heurta violemment au conservatisme des gardiens du temple. La nouvelle trilogie (1999-2005) représentait un bond technologique gigantesque et libérait enfin toutes les frustrations créatives de l’inventeur du son THX. Jamais une série de films n’aura été autant décriée par des fans qui, quelques années plus tôt, ne juraient pourtant que par cet homme à l’allure débonnaire. Ces mêmes fans réclamaient désormais des comptes et criaient à la trahison, oubliant que celui qui leur proposait ces nouveaux films restait George Lucas lui-même, propriétaire intellectuel de cet univers. Star Wars ne pouvait donc plus évoluer, ni se transformer, ni devenir autre chose que ce qu’il avait toujours été. La saga devait rester figée dans une esthétique précise, avec ses codes, ses personnages et ses archétypes immuables. Un univers placé sous cloche.

Cinéma ou taxidermie ?

Lucas, passé du statut de réalisateur à celui d’inventeur visionnaire, devait désormais, selon les injonctions de certains fans, devenir le taxidermiste de sa propre création. Mais c’était sans compter sur une souris carnassière qui rôdait dans les parages et qui avait parfaitement compris les attentes de ce public nostalgique. En rachetant Lucasfilm pour quatre milliards de dollars, Disney n’allait pas seulement exploiter Star Wars comme une franchise destinée à quelques passionnés quadragénaires. Non. L’entreprise allait entretenir cette nostalgie à coups de fan- service[1] et de recettes déjà usées. Marvel, les Studios Pixar… La compagnie aux grandes oreilles, tel un ogre jamais rassasié, engloutit tout ce qui évoque le rêve, mais surtout tout ce qui génère des billets verts. Pressé de rentabiliser son coûteux investissement, Disney lança rapidement une nouvelle trilogie ainsi qu’une série que deux spin-offs. Le problème, c’est que ces productions se contentaient souvent de recycler les Star Wars du passé sans retrouver l’ombre de leur originalité. Les récits perdaient leur sens, les nouveaux personnages paraissaient bien falots et même le retour des anciennes gloires semblait enterrer ce qu’elles avaient contribué à bâtir autrefois et à faire résonner en nous (Luke, Leia et Han, des figures désormais essoufflées) pour un résultat vite consommé… puis oublié.

Jon Favreau donnant des directions à son acteur Pedro Pascal sur le tournage © Nicola Goode. 2026 Lucasfilm Ltd.

Pour nourrir les orphelins en manque de “starwarseries”, Disney va nous abreuver aussi d’une avalanche de séries pour sa plateforme : Obi-Wan Kenobi, Ahsoka, Andor, Skeleton Crew, The Acolyte, sans compter les innombrables séries animées. À une exception près — Andor — beaucoup de ces productions ressemblent davantage à de belles démos de jeux vidéo qu’à de véritables œuvres inventives et originales. Bref, Star Wars est devenu un produit de consommation comme un autre. Ni meilleur ni pire qu’une série quelconque proposée par une plateforme de streaming et consommée distraitement devant un paquet de chips. Fini l’événement. Fini le film rare attendu fébrilement pendant trois ans.

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The Mandalorian et Grogu, sorti récemment en salle, est une suite directe de la série éponyme qui a connu un joli succès sur la plateforme. On y suit une nouvelle aventure galactique de ce chasseur de primes et son petit compagnon Grogu, un mini Yoda adorable doté de pouvoirs de Jedi. Le film s’adressant davantage cette fois-ci aux enfants, il se résume à deux trois péripéties et quelques bonds en hyper espace. Entre des seigneurs Impériaux revanchards, la famille de l’infâme Jabba The Hutt (à ne pas confondre avec la Pizza) et de plus grands dangers encore. Ce nouveau Star Wars avec les stars Pédro Pascal et Sigourney Weaver ne va pas vraiment révolutionner l’univers du space opéra le plus connu au monde. Une fois de plus, on navigue en terrain archi balisé et truffé de fan service au ras des pâquerettes et autres références pour afficionados incollables. On surfe ici sur un total fétichisme entre objets, tenues, bruitage et décors référentiels. On ne prend surtout aucun risque par peur d’énerver ou de frustrer.

Concernant notre amour irrationnel pour ce que George Lucas a créé à partir de 1977, il ne sert probablement plus à rien d’espérer davantage de cette franchise et de ses dérivés. Il faut désormais se contenter de fantasmer ce monde comme un mirage inaccessible ou une malédiction collective. Oui, Star Wars est devenu le tonneau des Danaïdes. L’ironie et le paradoxe, c’est qu’on a longtemps présenté George Lucas comme un simple homme d’affaires devenu milliardaire grâce à sa poule aux œufs d’or. Pourtant, Lucas voyait surtout dans Star Wars un moyen d’inventer de nouvelles technologies — THX, Industrial Light & Magic, Skywalker Ranch — et de pousser le cinéma vers l’avenir. Quelle déconvenue de constater que sa création ne sert plus aujourd’hui qu’à photocopier encore et encore le même produit sans âme. Avec les mêmes moules à madeleines, Disney recuit sans cesse cette nostalgie industrielle. Pour nous, rêveurs impénitents ayant découvert cet univers à la fin des années 70, Star Wars restera toujours cette petite lumière au loin, semblable à une étoile située à des millions d’années-lumière. Une lumière que l’on voudrait toucher du doigt mais qui s’éloigne à mesure qu’on tente de s’en approcher. Un amour impossible. « Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine… »


[1] Le « fan service » peut se définir comme un clin d’œil dans la narration. Ce sont les histoires, personnages, actions, etc. qui sont ajoutés dans un film ou une série télévisée spécifiquement afin de faire plaisir à ses fans NDLR.

Tu seras gamer, mon fils

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L’inscription de l’esport, le «jeu vidéo compétitif», dans le cursus scolaire à la rentrée prochaine fait bondir l’enseignante et essayiste Lisa Hirsig. À juste titre. La France n’en finit pas de sacrifier sa jeunesse.


Le gouvernement affiche bruyamment sa croisade contre l’addiction des adolescents aux écrans. Mais en même temps, Matignon a validé en catimini la stratégie nationale « Esport 2026-2030 » qui prévoit d’intégrer le jeu vidéo de compétition dans les parcours scolaires ! Le 8 avril dernier, les huiles qui nous gouvernent ont décidé d’un plan quinquennal en vue d’aménager des horaires pour les jeunes gamers à l’école.

Depuis des mois, des campagnes point gouv nous exhortent à « faire bouger nos ados », rappelant que l’obésité et la sédentarité sont des fléaux et les professeurs de sport s’alarment du fait que la moitié des élèves de sixième soient incapables de courir plus de cinq minutes. Comment expliquer alors que le ministère de l’Éducation nationale valide cette promotion de l’esport – qui n’a de sportif que le nom puisqu’il s’agit de tournois en ligne – au cœur de nos écoles ? Accès de schizophrénie ou calcul cynique ?

Dirigisme et marchandisation de l’école

Sous couvert de développement économique de l’industrie numérique, ce plan déploie une stratégie interministérielle incluant des partenariats avec les acteurs privés du jeu vidéo, l’inscription de l’esport dans les parcours éducatifs, un programme national « Esport et Éducation » pour vanter les « débouchés professionnels », et la création d’outils pédagogiques pour les enseignants. 

Cette initiative illustre une dérive étatique typique : l’interventionnisme public au service d’un secteur privé, au mépris des libertés individuelles et des données scientifiques sur la santé des enfants. L’État s’apprête à transformer les écoles en incubateurs de futurs « pros du joystick », alors même que l’illettrisme, le décrochage et l’obésité explosent.

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Convaincus de son bon droit à flécher l’argent du contribuable, l’État se montre une nouvelle fois interventionniste sans aucune excuse. Nous ne sommes pas en guerre, les Français n’ont pas réclamé une « stratégie de développement de l’esport en France », bref, rien ne justifie que des fonctionnaires fassent profiter d’un public captif et mineur à des « partenaires privés ». L’école publique n’est pas un laboratoire. Nos enfants ne sont pas des cobayes. Et les subventions déguisées sont illégales.

Personne n’a demandé leur avis aux parents d’élèves qui bien souvent bataillent à la maison pour que leurs enfants décrochent des écrans. Il leur revient pourtant de choisir s’ils souhaitent exposer leurs enfants à des pratiques potentiellement addictives. Les fonds publics et les heures de classe n’ont pas pour vocation de stimuler tel ou tel secteur. Que les studios vendent leurs jeux ; que les individus et le marché décident. Pas un ministère.

Des ravages sanitaires en cascade

L’Organisation Mondiale de la Santé recommande de façon on ne peut plus claire des temps d’écran extrêmement limités pour les enfants. Elle se base sur de nombreuses études concordantes : une recherche de l’université canadienne McMaster démontre notamment que l’addiction aux jeux vidéo est à l’origine du manque de sommeil chez les jeunes joueurs, ce qui a pour conséquences une élévation de la pression artérielle, du taux de mauvais cholestérol, de triglycérides, et de la résistance à l’insuline. Le Dr. Mark Tremblay et ses collègues soulignent le lien direct entre sédentarité, écrans et obésité. Harvard Health note que le gaming excessif est associé à la dépression, l’agressivité et l’anxiété, sans oublier la prise de poids due à la surconsommation alimentaire pendant les sessions.

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Les pédiatres et neurologues ne mâchent pas leurs mots. Le Dr. Rebecca Foljambe, pédiatre, témoigne des effets dévastateurs sur le développement physique et mental: anxiété et troubles de l’attention doublés au-delà de trois heures d’écran par jour. Le Dr. Ran Barzilay (Children’s Hospital of Philadelphia) lie également l’accès précoce aux jeux sur écrans à une hausse des risques de dépression, d’obésité et d’insomnies. Des neurologues pédiatriques alertent sur les conséquences des jeux vidéo à hautes doses sur un cerveau en développement: circuits de récompense dopaminergiques hyperstimulés, addiction comparable aux drogues ou à l’alcool, altération de l’attention et de la régulation émotionnelle. Le tableau est terrifiant. 

Snobisme chronologique

« L’homme moderne est l’esclave de la modernité : il n’est point de progrès qui ne tourne pas à sa plus complète servitude », écrivait Paul Valéry. Or l’école doit former des personnes libres, pas des adorateurs de leur propre asservissement ni des « élèves sensibilisés aux débouchés » d’une industrie quelle qu’elle soit. Elle doit donc se montrer critique vis-à-vis des lubies modernes. Pendant que la France dégringole dans les classements internationaux, on mise sur le ludique virtuel qui n’a jamais fait ses preuves. C’est la tendance qu’avait amorcée Najat Vallaud-Belkacem avec la mise en œuvre du « plan numérique » à l’école.

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Nous savons tous que le sport c’est l’effort, la discipline, la constance, qualités éminemment utiles dans la démarche d’apprentissage. Comme l’écrit Julia de Funès dans La Vertu dangereuse : « Une seule et unique vérité féroce gouverne le sport : celle du mérite. » Or celui-ci est aujourd’hui méthodiquement rejeté de l’école au profit de l’égalitarisme.

Nos responsables politiques nous rebattent les oreilles de leurs discours d’exigence et d’excellence puis décident, sans aucun débat public, de transformer les collèges en LAN parties1 subventionnées. Le progressisme, ce « snobisme chronologique2 » qui empêche l’école de jouer son rôle de transmission et de conservation civilisationnelle, est un fléau bien plus redoutable que l’obésité, surtout lorsqu’il est érigé en dogme par la caste au pouvoir.

La Grande Garderie

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  1. Tournois de jeux en ligne. ↩︎
  2. Expression que je dois à Clive Staples Lewis. ↩︎

Ebola, révélateur d’un État en déliquescence

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Selon la BBC, la police congolaise a tiré des coups de feu en l’air dimanche alors que des foules ont tenté de récupérer les corps de leurs proches décédés dans un centre de traitement d’Ebola à Mongbwalu, dans l’est du pays. La maladie s’ajoute aux malheurs de la RDC déjà en proie à la guerre civile et au régime autoritaire de son président, dans la plus grande indifférence à l’international. Le Congo mérite mieux qu’un troisième mandat de Tshisekedi


L’épidémie d’Ebola remet le conflit relativement oublié de la République fort peu démocratique du Congo (RDC) sous les projecteurs. Même si l’origine de l’épidémie se situe en Ituri, une province du nord-est qui échappe largement au contrôle des autorités, le fait que le pays soit frappé pour la 17ᵉ fois depuis 1976 par ce virus mortel témoigne de la déliquescence généralisée de l’État, notamment de son système sanitaire, dans un pays désormais failli.

En un an, le conflit dans l’est du Congo, entre le M23 et l’Alliance Fleuve Congo (M23/AFC) d’un côté et le régime du président Tshisekedi de l’autre, a considérablement évolué. La perspective d’une chute du régime s’est éloignée, alors même qu’elle demeure le seul véritable espoir du peuple congolais. Trois évolutions majeures méritent d’être soulignées.

Les drones changent la donne militaire

D’abord, l’évolution de la situation militaire. Avec la prise de Goma, Bukavu et d’autres localités au début de 2025, les FARDC (forces armées congolaises) subissent des défaites cuisantes face à une armée pourtant inférieure en nombre et en équipement, alors même que les forces de Kinshasa étaient appuyées par les FDLR (héritiers des génocidaires du Rwanda en 1994), les Wazalendo (des milices villageoises armées par Kinshasa) et des mercenaires étrangers, principalement roumains. L’armée congolaise est notoirement inefficace et profondément corrompue.

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Toutefois, avec l’apparition massive des drones, encore inexistants au début de l’année 2025, la donne a changé. Le régime est désormais capable de mener des offensives meurtrières, d’éliminer des leaders du M23 et, surtout, de terroriser et massacrer des populations civiles depuis Kisangani, la troisième ville du pays, ou depuis d’autres bases, grâce à des drones opérés par des mercenaires étrangers. Tshisekedi retrouve ainsi un certain avantage, que son armée demeure pourtant incapable de traduire en avancées terrestres. Les civils restent les principales victimes de ces opérations, tandis que la communauté internationale demeure indifférente à des crimes qui se répètent quotidiennement.

Washington abandonne sa neutralité

La seconde évolution est la sortie de Washington de sa neutralité et de sa volonté initiale de rechercher une solution équilibrée, au profit d’un soutien accru au régime de Tshisekedi. Cela s’explique à la fois par le potentiel minier colossal du Congo, sans comparaison possible avec celui du Rwanda, et peut-être aussi par les dizaines de millions de dollars que Kinshasa consacre à son lobbying à Washington. Sous pression américaine, le M23 a dû se retirer d’Uvira, au sud du pays, à la frontière du Burundi, conquise fin 2025, et certains militaires rwandais ont été sanctionnés.

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Pourtant, les mesures de défense du Rwanda au Congo sont absolument indispensables pour la sécurité du petit État rwandais, qui pourrait être facilement attaqué si l’armée congolaise contrôlait les frontières à Goma et Bukavu. Je compare volontiers cette situation à celle d’Israël, qui a besoin de la profondeur stratégique du Golan et de la Jordanie pour repousser une éventuelle attaque venue de Syrie ou de Jordanie.

Tshisekedi prépare son maintien au pouvoir

La troisième évolution, désormais manifeste, est la volonté de Tshisekedi de se maintenir au pouvoir, soit par un « glissement » du calendrier électoral, en repoussant la date du scrutin, comme l’avait fait son prédécesseur, soit, plus probablement, en modifiant la constitution. Ses affidés sont déjà à la manœuvre, et l’intéressé s’est dit ouvert à cette possibilité « si le peuple le réclame ». Défense de rire.

Un régime prédateur et une population abandonnée

En réalité, le régime Tshisekedi est l’un des plus prédateurs au monde. Dans ce pays de plus de 100 millions d’habitants, le deuxième le plus peuplé d’Afrique, les largesses du pouvoir ne profitent qu’à une petite clique de privilégiés. La population vit dans une misère absolue, sans bénéficier des richesses géologiques ni du potentiel agricole immense d’un pays qui figure parmi les derniers au monde selon tous les indicateurs de développement.

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Tétanisée par la crainte d’une explosion de cet immense territoire et par les difficultés récurrentes d’organiser un scrutin, comme l’ont montré les précédentes élections, la communauté internationale semble déjà résignée à accepter ce scénario.

Répression, dérive ethnique et autoritaire

Il faut rappeler que Tshisekedi n’a gagné aucune élection crédible : son arrivée au pouvoir en 2018 résulte d’un accord avec son prédécesseur, Joseph Kabila, alors que le véritable gagnant du scrutin, Martin Fayulu, refusait de négocier l’immunité du président sortant. Kabila conservait d’ailleurs la majorité parlementaire après les élections concomitantes. Tshisekedi a ensuite réussi — par la corruption ? — à faire basculer une majorité de l’Assemblée dans son camp, et les deux chambres lui sont désormais totalement acquises. Sa réélection en 2023 a été notoirement entachée d’irrégularités majeures. Désormais, il étouffe toute dissidence, emprisonne ses adversaires, favorise outrageusement son ethnie (les Luba) et encourage, à travers ses proches, une dangereuse discrimination ethnique.

La communauté internationale a choisi le mauvais camp

Il ne fait aucun doute que les régions sous contrôle du M23/AFC, un territoire équivalent à celui de la Belgique, à l’est du pays dans les provinces du Kivu, sont mieux gérées dans l’intérêt des populations, même si le M23/AFC fait face à des difficultés considérables, notamment l’absence d’un système bancaire et de reconnaissance internationale.La communauté internationale, les États-Unis surtout, mais aussi l’UE, la France et la Belgique, pourrait exiger un dialogue national entre tous les acteurs politiques, comme le demande la CENCO, la Conférence épiscopale nationale du Congo. Mais elle semble avoir pris parti pour l’odieux régime de Tshisekedi. À défaut d’un dialogue sincère ou d’une victoire militaire du M23, la prolongation du conflit et de la misère du peuple congolais est inévitable.

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Le niveau baisse partout…

Quand l’école décroche, la politique aussi. La médiocrité est devenue la norme, et notre pays souffre d’un manque de profondeur.


Il est clair que le niveau moyen des élèves, dans les collèges et les lycées, a considérablement baissé. Il est clair que certains instituteurs et professeurs font eux-mêmes des fautes d’orthographe qu’ils ne cherchent d’ailleurs plus à sanctionner chez leurs élèves, et pour cause ! Il est clair qu’il est peu de professions qui, par rapport aux temps anciens, ne se soient pas dégradées. Il est clair que la culture générale s’est appauvrie au point que la littérature et l’Histoire pourraient devenir des territoires quasiment inconnus.

Cette déploration sans nuance n’est pas originale et elle n’est pas seulement le fait d’aigres conservateurs qui, parfois, s’oublient eux-mêmes dans leur vitupération de l’époque. La manière assez fréquente dont on se console de cette médiocrité consiste d’abord à ne jamais la voir chez soi – je n’échappe pas à cette dérive – et ensuite de l’enfermer dans le seul domaine de l’enseignement au sens large. Alors qu’elle est partout et qu’on peut soutenir, en effet, que tout se dégrade.

Amateurisme global

Sur le plan international, c’est à cause de ce constat, dont chaque jour permet de vérifier la pertinence, que certaines personnalités atypiques, imprévisibles, erratiques, cyniques aussi, sans morale souvent, surgissent et obtiennent un vote majoritaire de la part de leurs concitoyens, quand la dictature ne les prive pas confortablement des affres de la démocratie.

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Il n’est pas besoin d’être un spécialiste en géopolitique pour relever que l’équipe autour du président Trump est gangrenée par un amateurisme chaotique directement hérité de son maître. Dominique de Villepin a eu raison de souligner que la diplomatie est un métier et qu’une forme de classicisme, de savoir et de rationalité est nécessaire. On peut d’ailleurs regretter que lui-même, doué pour la dénonciation lyrique et volontariste, ne prenne jamais la peine de nous expliciter le « comment ».

La récrée électorale

Le niveau baisse partout et le climat de notre vie politique en est une lamentable illustration. Cette évidence est d’autant plus saisissante qu’elle ne rejoint pas les crachats habituels sur l’ensemble de la classe politique, qui serait globalement au-dessous de tout. À considérer la pluralité des personnalités qui, pour l’instant, paraissent décidées à concourir pour 2027 – il y aura bientôt une décantation nette –, aucune n’est médiocre, mais aucune n’est transcendante. Il est étonnant de voir, d’ailleurs, à quel point le talent pur est moqué – combien de fois ai-je eu droit à de la dérision parce que je vantais celui de Gabriel Attal ! – comme si d’autres qualités et dispositions plus fondamentales avaient pris la relève, alors que, le plus souvent, ce n’est pas le cas.

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Cette perception n’épargne ni la gauche ni la droite, et encore moins l’extrême gauche et la droite radicale. Jordan Bardella est perçu comme une star et il échappe, de ce fait, au sort commun des politiques : il n’est plus jugé sur ce qu’il pense et dit, mais sur la lumière qui l’entoure. Pour LFI et ceux qui gravitent autour de Jean-Luc Mélenchon, la si piètre prestation de Mathilde Panot au Grand Jury n’a fait que confirmer que l’idéologie ne peut pas remplacer l’intelligence, ni la logorrhée partisane la finesse de l’analyse et la maîtrise du langage.

La politique du superficiel

Dans le passé, il a pu y avoir des échecs, même des désastres ponctuels, de la part de certains politiques, mais ils étaient aussi capables d’être exceptionnels. Dans toutes les professions, celle d’avocat en particulier, on n’atteint l’exceptionnel que si l’on succombe, une fois ou l’autre, au pire. Nos politiques ne déçoivent jamais parce qu’ils sont toujours ordinaires, dans la mesure. Jamais franchement mauvais, mais laissant toujours le citoyen sur sa faim. On a toujours envie de leur dire : « Mais allez encore plus loin, ne vous arrêtez pas là, la profondeur est ailleurs ! »

Le niveau baisse partout. C’est sans doute aussi à cause de cette réduction que la démobilisation politique s’amplifie. Nous cherchons désespérément des individus sortant du lot. On n’est pas obligé de repartir vers Charles de Gaulle. Je songe à Nicolas Sarkozy dans sa campagne de 2007 : il y avait là l’irruption, dans l’espace démocratique, d’un être politique hors du commun. La rançon du vide relatif d’aujourd’hui est que certaines personnalités, par compensation, sont ponctuellement portées aux nues par idéologie : l’enflure et le tocsin permanent d’un Philippe de Villiers par le camp conservateur ou la pauvreté monomaniaque et belliqueuse d’une Rima Hassan de l’autre côté.

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Dans ce désert, qui montre que les adeptes du « c’était mieux avant » ont raison, surgissent des pépites qui illuminent précisément parce qu’elles apposent, sur l’instantanéité et l’immédiateté du flot de l’actualité, l’airain d’une pensée solide et durable, la beauté d’un style, la puissance de l’universel. Il n’y en a pas beaucoup. Tant de médiatisations qui donnent la nausée, saturent. Parmi ces pépites, une, en particulier, est l’absolu antidote à ce pessimisme étouffant. Il est joyeux et pourtant sans illusion. Il s’agit de Sylvain Tesson. Le niveau baisse partout, mais lui nous élève.

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L’intelligence à l’arrêt

La présidente de la commission d’enquête sur l’inceste à l’Assemblée nationale Maud Petit s’est emparée d’un sujet grave pour en faire un théâtre idéologique, dénoncent ici Agathe Denis, avocate au barreau de Versailles, et Paul Bensussan, psychiatre, expert agréé par la Cour de cassation. Grande analyse.


Une présidente en larmes. La voix étranglée, Maud Petit clôt en ces termes trois mois de travaux parlementaires : « Aujourd’hui, j’ai la parfaite conscience que la France n’aime pas ses enfants… Et c’est terrible pour moi de le dire… J’ai honte. » Silence pesant. Rideau.

Il y a dans cette image quelque chose de parfaitement révélateur : une commission d’enquête qui s’achève dans l’émotion plutôt que dans l’analyse, dans la commisération plutôt que dans la rigueur. Comme si la gravité du sujet et la noblesse de la cause dispensaient de penser. Marc Bonnant, ancien bâtonnier de Genève et meilleur orateur francophone vivant, avait pourtant averti, avec sa concision habituelle : « Le doute, c’est l’intelligence en mouvement ; la certitude, c’est l’intelligence à l’arrêt. »

Trois mois durant, nous avons assisté en direct à ce phénomène.

L’idée unique

« Rien n’est plus dangereux qu’une idée, quand on n’a qu’une idée » écrivait le philosophe Alain. La « Commission d’enquête parlementaire sur le traitement judiciaire des violences sexuelles incestueuses parentales et la situation des parents protecteurs, notamment des mères protectrices » [sic] s’était donné pour mission d’examiner un fait réel, grave, massif : l’inceste. Nul ici ne le conteste, nul ne l’a jamais contesté. L’inceste est un crime. De nombreuses situations sont certainement occultes, les victimes se comptent par milliers, et leur parole mérite d’être entendue avec toute la gravité que le sujet impose.

Mais cette évidence ne justifie pas n’importe quelle méthode. Et c’est sur la méthode que la commission a failli, gravement, irrémédiablement.

Dès l’intitulé, le prisme était fixé. Le credo était simple, pour ne pas dire simpliste : des pères agressent (ce qui est une réalité non contestable), des mères protègent (ce qui ne l’est pas moins). Mais à partir de cette réalité anthropologique, le propos devenait monoïdéique et complotiste. Que l’on juge : la police ne protège pas les enfants victimes d’inceste et « classe » systématiquement les plaintes, quand elle ne refuse pas de les prendre. Bien pis encore : l’Ordre des médecins « terrorise » et sanctionne sans pitié les médecins qui tentent de protéger les enfants. L’Ordre des médecins «bafoue la loi, s’assoit dessus » (selon les propos de pédopsychiatres auditionnés, que nous ne nommons pas par charité, en réalité condamnés pour des attestations téméraires ou de complaisance). Et surtout, la justice sanctionne les mères « protectrices », en les jetant en prison, ou, dans le meilleur des cas, en leur ôtant la garde de leur enfant. Pour le confier à qui ? Au parent agresseur, naturellement…

Aucun des pères ayant obtenu, après des années de procédure, la garde de leurs enfants à l’issue d’une affaire d’allégations d’inceste n’a été convoqué. Sauf à ce qu’ils n’aient été considérés que comme autant d’agresseurs impunis, désormais libres de torturer leur enfant avec la caution de l’institution judiciaire, il apparaît pour le moins curieux que le principe du contradictoire, pierre angulaire non seulement du droit français, mais de tout régime démocratique, n’ait pas eu sa place dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.

Le faux dilemme, ou « la pensée à deux cases »

Semaine après semaine, une même question a structuré les débats, comme une ornière dont on ne pouvait sortir : pourquoi une mère mentirait-elle ? Pourquoi un enfant mentirait-il ? La réponse attendue était toujours la même : ils ne mentent pas. « CQFD. »

Posée en ces termes, la problématique montre avant tout une chose : la limite évidente de ce qu’étaient capables de concevoir, d’entendre ou de comprendre, les membres de cette commission. Cette ignorance s’est doublée de comportements étonnants : présidente au bord des larmes à de multiples reprises, émotion ostentatoire ou surjouée, termes offensants envers certains intervenants, mépris avéré de connaissances scientifiques établies… l’ensemble étant incompatible avec un débat à la hauteur de l’enjeu.  

Il faut en premier lieu rappeler que « la parole de l’enfant » n’est pas toujours une parole : il peut s’agir d’un symptôme (anxiété, troubles du sommeil, modifications du comportement…) qu’il s’agira d’interpréter et qui peut avoir différentes origines, en particulier dans le contexte d’une séparation hautement conflictuelle. Par ailleurs, la « parole de l’enfant » n’émane pas toujours…  de l’enfant !  C’est parfois le parent inquiet qui accuse, alors que l’enfant ne confirme pas. Qui faut-il « croire », que faut-il faire, dans de tels cas ? Analyser, décrypter, contextualiser. Tel est précisément le rôle de l’expert, qui semble bien inutile aux militants : à leurs yeux, les fausses allégations sont si rares que l’on pourrait les négliger. L’accusation vaudrait donc preuve.

Le docteur Maurice Berger assène ainsi, lors de son audition du 2 avril 2026 : « La déclaration spontanée d’un enfant, c’est 99,9 % exact. » (On ne peut qu’admirer la précision, à la décimale près). Il ajoute lors de cette même audition : « On a entre 0,5 et 6% de fausses allégations volontaires. »

Si nous soulignons « volontaires », c’est parce que la psychologie du témoignage — discipline exigeante, documentée depuis des décennies — ne peut se cantonner à cet espace binaire. Elle n’oppose pas le mensonge à la vérité. Elle les dépasse. Car entre le mensonge délibéré et la vérité objective existe un espace clinique considérable, que la commission a catégoriquement refusé d’explorer : celui de l’allégation sincère, avec un abus fantasmé. Celui du « processus de contamination par l’interrogatoire », qui a montré, en psychologie expérimentale, que l’on peut induire, y compris involontairement, des paroles d’enfant par un questionnement maladroit, inducteur, répété. Ce processus peut aboutir à ce que l’on appelle « dévoilement sollicité », infiniment moins fiable qu’un dévoilement spontané. Et pourtant, personne n’aura menti.

Dans le cas des fausses allégations, une infinie palette de nuances existe entre deux extrêmes : la dénonciation calomnieuse (l’accusateur sait que ce qu’il dénonce est faux) et le délire (conviction inébranlable d’un abus fantasmé). Mais ces nuances n’ont jamais semblé intéresser une commission monoïdéique, dont le raisonnement ne n’est jamais affranchi du manichéisme.

Un enfant peut parler avec l’intensité bouleversante de celui qui revit une scène (le souffle coupé, les yeux écarquillés, la voix qui se brise) sans que les faits qu’il décrit se soient produits. Il ne ment pas. Il croit. Il croit de toutes ses forces, parce que son cerveau en développement, soumis à des interrogatoires répétés, à l’inquiétude contagieuse d’un adulte qui attend quelque chose, à la pression diffuse d’une séparation hautement conflictuelle, a progressivement introduit une distorsion dans la réalité.

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Il avait déjà coûté, en France, des années de détention provisoire à des innocents. L’affaire s’appelait Outreau. Le jeune Jonathan décrivait devant les experts des viols par tous les animaux d’une ferme imaginaire, des meurtres d’enfants, des cadavres enterrés dans des jardins… Chacun se souvient des pelleteuses creusant en direct au journal télévisé à la recherche de cadavres d’enfants. Cet enfant ne mentait pas. Il avait été abusé, violé, horriblement et ce depuis le berceau. Et pourtant, ses révélations supplémentaires étaient fausses. Pas mensongères : fausses. La nuance est essentielle.

Myriam Badaoui (mère coupable et complice de viols incestueux) s’est montrée plus subtile que les experts judiciaires. Lorsqu’après sa spectaculaire rétractation, le président Monier lui avait demandé si ses enfants avaient menti, elle avait répondu : « Ils ne mentent pas, Monsieur le Président ; mais parfois, ils se trompent. » Cette phrase aurait dû résonner comme un avertissement permanent dans la salle des auditions. Elle n’y a pas été entendue. Elle y a même été étouffée.

Le Défenseur des droits l’expose d’ailleurs très clairement dans son rapport de 2013[1] »  :

« L’expérience a montré, douloureusement, que la parole de l’enfant n’est pas à « prendre au pied de la lettre », mais à recueillir et examiner en fonction d’éléments techniques qui s’appuient sur des repères partagés.  (..)

La béatification des martyrs

La commission a auditionné des psychiatres et des médecins qui se présentaient comme des résistants de la protection de l’enfance, des hérauts et des héros, broyés par un Ordre des médecins décrit, sous serment, comme « le bras armé des agresseurs ». On les écoutait avec une émotion non feinte, teintée d’admiration. On ne leur posait pas de questions difficiles.

Or ces professionnels avaient, pour certains, fait l’objet de sanctions ordinales. Non pour avoir osé signaler — aucun médecin n’est condamné pour un signalement fait dans les règles —, mais pour immixtion dans des affaires de famille, pour des certificats téméraires ou de complaisance, pour des prises de position militantes dépassant très largement les limites de leur mission. L’une d’elles a déclaré à la commission que ses expertises avaient été suivies par les juridictions « dans 100 % des cas pendant douze ans ». Assertion vertigineuse, qui, si elle était vraie, dirait moins l’excellence de l’expertise que la confusion des rôles. Il faut dire que la même pédopsychiatre assurait retrouver « 100 % de psychotraumatismes » dans les situations d’inceste : on voit mal comment, dès lors, un juge pourrait s’écarter de conclusions aussi péremptoires. Il est d’ailleurs notable de constater qu’elle ne figure plus sur les listes d’experts judiciaires. Sans doute nous dira-t-elle que cette mise à l’écart n’a eu pour but que de l’empêcher de protéger les enfants…

Alain-Gérard Slama l’avait pressenti : « La confusion contre nature du juge et de l’expert a engendré un monstre intellectuel — un angélisme exterminateur. » L’expert n’est pas là pour décider. Il est là pour éclairer une décision qui ne lui appartient pas. Mais la commission ne cherchait pas la complexité. Elle cherchait des témoins. Elle les a trouvés, soigneusement triés.

Le tweet et l’impartialité

Il est un fait que nous ne pouvons taire, car il dépasse l’anecdote et touche à l’honneur des travaux parlementaires.

Avant même la première audition contradictoire de l’un d’entre nous, la présidente de la commission a relayé publiquement, sur les réseaux sociaux, un message hostile émanant d’une experte judiciaire évincée des listes officielles en 2015. Son éviction avait été motivée par son militantisme, jugé incompatible avec les exigences d’objectivité, de neutralité et d’impartialité qu’impose la fonction d’expert judiciaire, termes exacts du courrier du Procureur général près la Cour d’appel de Rennes.

Informée après coup, la présidente a déclaré ne pas connaître cette personne. On lui accordera volontiers le bénéfice du doute. Mais relayer sans vérifier un contenu hostile à un témoin que l’on n’a pas encore entendu, venant d’une « experte » que l’on prétend ne pas connaître, n’est pas seulement une légèreté. C’est un signal. Le signal d’une commission dont la conclusion précédait l’instruction.

Une commission d’enquête peut-elle rendre un rapport impartial lorsque sa présidente a, avant la première confrontation contradictoire, exprimé publiquement sa défiance envers l’un des experts convoqués ? La question mérite d’être posée, sans agressivité, mais avec la netteté que la démocratie réclame.

La dictature de l’émotion

Mais la commission n’a pas seulement enquêté. Elle a préconisé, et c’est là que le théâtre idéologique devient véritablement dangereux.

Première préconisation : la suspension automatique des droits parentaux du père dès la « révélation » d’un inceste. Vraie ou fausse, peu importe, puisque les fausses allégations sont, selon ces témoins de choix, si rares qu’on peut les négliger. En d’autres termes : l’accusation vaut preuve, et justifie l’éviction immédiate du parent mis en cause. Et nous qui pensions, depuis Voltaire et Beccaria, que c’était précisément ce que le droit était censé éviter.

Deuxième préconisation : la dépénalisation de la non-représentation d’enfant. Traduction : une mère « protectrice » ne devrait pas être poursuivie pour avoir refusé de remettre son enfant à son père, fût-ce en exécution d’une décision de justice définitive. L’invitation est claire : contourner impunément les jugements dont on désapprouve le dispositif. C’est la fin de l’autorité de la chose jugée.

Troisième préconisation : l’imprescriptibilité des crimes sexuels incestueux. En apparence généreuse. En réalité, et tout magistrat instructeur le sait, une mesure qui rendra ces dossiers proprement impossibles à instruire : pas de témoins, pas de traces, des souvenirs reconstruits sur des décennies, une psychologie du témoignage qui enseigne précisément la fragilité croissante des mémoires avec le temps. L’imprescriptibilité, dans ce contexte, n’est pas un outil de justice. C’est un instrument de paralysie.

Quatrième préconisation : l’interdiction d’évoquer le concept d’aliénation parentale. Ce concept, qui désigne simplement le rejet inexplicable (en tout cas, au regard de la relation antérieure) d’un parent autrefois aimé par un enfant, a préoccupé au plus haut point les membres de cette commission, comme les intervenants militants. Il serait le moyen de nier la parole de l’enfant (ou de sa mère) et devrait donc être prohibé et pourquoi pas, sanctionné ! Soit l’interdiction d’une réalité clinique documentée par des milliers de publications internationales, par des décisions de justice, au motif qu’elle dérange le récit dominant.

Le Défenseur des droits, dans son rapport « l’Enfant et sa parole en justice », exposait que :

Devenir une arme entre des parents perdus dans une séparation très conflictuelle place l’enfant ou l’adolescent dans un tiraillement permanent, un conflit de loyauté (… ) Parfois, à l’encontre de ce qu’il souhaite réellement, il tient un discours en faveur d’un parent qu’il a « choisi », parce qu’il se sent investi de la mission de soutenir ce parent qui souffre. (…)

Les détracteurs du concept d’aliénation parentale ont anticipé la parade : s’indignant que l’on puisse contourner l’obstacle en décrivant la réalité sans la nommer, c’est la réalité elle-même qu’il faudrait proscrire. On cherchera dans l’histoire des sciences un précédent à cette ambition. On en trouvera un : en 1633, le Saint-Office contraignit Galilée à abjurer le mouvement de la Terre. La Terre continua de tourner. « Et pourtant, elle se meut… » aurait dit Galilée.

Face à l’ensemble de ces préconisations, le Garde des Sceaux a répondu « oui » à tout, sans réserve, sans nuance. On cherchera dans cette unanimité le signe d’une réflexion approfondie. On y verra plus vraisemblablement le réflexe d’un responsable soucieux de ne froisser personne sur un sujet où l’émotion tient lieu de boussole[2]. Ce n’est pas ainsi que l’on protège les enfants. C’est ainsi que l’on fait de la politique.

Ce que les enfants méritent

L’inceste est un crime. La détresse des victimes est réelle, et souvent dévastatrice. Leur parole mérite d’être entendue, mais précisément entendue, c’est-à-dire évaluée avec tout le sérieux clinique que commande leur vulnérabilité. Le sérieux de cette analyse n’est pas un obstacle à leur protection. Il en est la condition indispensable.

Un enfant qui n’a pas été abusé, mais qui, à force de révélations sollicitées, de questions inductrices, de certitudes adultes, va grandir dans la conviction d’avoir été abusé, est une victime, lui aussi. Victime d’un système qui a confondu la compassion avec la méthode, l’émotion avec le raisonnement, la conviction avec la vérité. Faute d’avoir été victime d’un abus physique, il sera victime d’un abus psychologique. Si l’aliénation parentale ne figure pas dans les classifications internationales, « l’abus psychologique de l’enfant », et « l’enfant affecté par une séparation parentale conflictuelle », eux, y figurent bel et bien, au chapitre des troubles relationnels. Va-t-on nous interdire des références à ces diagnostics ? Ces faux-dévots de la protection de l’enfance en seraient bien capables, d’autant plus dangereux en leur âpre colère, qu’ils prennent contre nous des armes qu’on révère[3] ».

Prendre au sérieux la parole de l’enfant ne signifie pas la prendre mécaniquement à la lettre. Cela signifie l’examiner : comment a-t-elle surgi ? Qui l’a recueillie, et combien de fois ? Quelles ont été les toutes premières questions posées, et par qui ? Ces questions ne constituent pas une attaque contre l’enfant. Elles sont un hommage à sa dignité.

Éric Dupond-Moretti, entendu par la commission, l’a rappelé : aucune cause, si noble soit-elle, ne justifie que l’on renverse la charge de la preuve, que l’on instaure ce que la juriste Marcela Iacub nomme une exception sexuelle du droit, une zone où la présomption d’innocence se suspend et où l’accusation tient lieu de preuve.

La leçon qu’on refuse d’apprendre

Il y a dans cette commission quelque chose de profondément triste. Elle s’est emparée d’un sujet grave pour en faire un théâtre idéologique. Elle a béatifié des témoins, stigmatisé des experts, tenu à l’écart la littérature scientifique internationale, refusé d’entendre les voix qui auraient pu complexifier le récit.

Le rapport qui en résultera sera un monument à la pensée univoque. Il sera peut-être éloquent. Il sera certainement sincère. Mais il sera ce que les experts judiciaires apprennent à éviter dès les premiers mois de leur formation : la conclusion qui précède l’examen. Comme le dit Hubert van Gijseghem, spécialiste internationalement reconnu de la psychologie du témoignage : « On ne peut pas faire d’expertise avec un cœur qui saigne. » La dimension humaine est essentielle ; elle ne dispense ni l’expert, ni le législateur, de leur technicité.

Et les enfants, ces enfants dont on prétendait faire le cœur du débat, en seront les premiers sacrifiés. Ceux qui ont vraiment souffert méritaient mieux qu’un rapport militant. Ceux qui ont cru avoir souffert, parce que les adultes de leur vie les en ont convaincus, méritaient eux aussi d’être protégés : de la confusion, de l’instrumentalisation, du dommage irréparable d’une histoire traumatique qui n’est pas la leur.

« Rien n’est plus dangereux qu’une idée quand on n’a qu’une idée. » Cette commission avait une idée. Elle était généreuse. Elle était simple et dangereuse. Et les enfants, qui sont le bien le plus précieux d’une nation, méritaient qu’on en eût plusieurs.

Agathe Denis est avocate au barreau de Versailles.

Le Dr Paul Bensussan est psychiatre, expert agréé par la Cour de cassation, auteur de plusieurs ouvrages sur la protection de l’enfant et la délinquance sexuelle.


[1] L’enfant et sa parole en justice, rapport annuel sur les droits de l’enfant, 20 novembre 2013, remis au Président de la République

[2] La Dictature de l’émotion, publié en 2002 par Paul Bensussan et Florence Rault, portait en sous-titre « La Protection de l’enfant et ses dérives ».

[3] Molière, Le Tartuffe, acte I, scène 5

Arc-en-ciel et keffieh: la pride captive de l’intersectionnalité

Punir l’homophobie et combattre l’idéologie LGBT: le juste milieu à trouver


Samedi dernier se tenait la Brussels Pride, ponctuant la semaine consacrée aux droits LGBTQIA et autres préférences sexuelles, dans la capitale belge. L’événement a lieu tous les ans et fut pendant longtemps connu sous l’appellation Gay Pride, encore largement utilisée par tous ceux qui, comme moi, observent ce qui s’y passe de façon lointaine et désintéressée. Comprenez : je suis hétérosexuel ; je suis né homme et souhaite le rester ; je pense que la vie intime doit rester cantonnée dans la sphère privée – comme les religions, les émotions et tutti quanti – ; et j’avoue ne pas aimer l’étalage vulgaire de chair que cet événement a pendant longtemps été (et est encore parfois).

Fourre-tout

S’il a toujours été chargé d’une dimension politique, le grand raout s’est mué en vitrine d’une idéologie qui s’est greffée à l’intersectionnalité des luttes, toutes ancrées dans le narratif d’une gauche qui ne reconnaît, en aucun cas, à la droite la légitimité de les partager avec elle. Et c’est justement dans ce fourre-tout antinomique, où l’arc-en-ciel se mêle au rouge du socialisme, au vert de l’écologie punitive et surtout au drapeau palestinien, bref où le cuir des combinaisons lascives se mêle aux keffiehs des Occidentaux parmi les fedayin de chez Tasty Crousty, que le mélange devient explosif : on imagine d’ailleurs mal les « Queers pour la Palestine » survivre plus de trois minutes dans la bande de Gaza, du moins tant que le Hamas y aura de nombreux soutiens ; on leur souhaiterait bien du courage dans certains quartiers de Bruxelles que la Pride évite précautionneusement.

A lire aussi: Dix ans après les attentats, Bruxelles ne s’est jamais relevée

Et comme le monde actuel se consume à tout vouloir politiser et cliver, la marche annuelle n’a pas échappé à la radicalisation.  Les partis belges de centre-droit, N-VA côté flamand et MR du côté wallon, voulant être plus progressistes que les progressistes en ayant leurs propres chars et slogans (« Kiss me, I’m liberal ») furent ciblés par les habituels ennemis de la liberté de penser. Certains responsables politiques de gauche jouant la carte communautariste avaient quant à eux aquagym – et c’était davantage pour ne pas se fâcher avec une partie de leur électorat que pour vérifier si les cabines de la piscine étaient genrées.

Non-dit

Evidemment, tout ceci ne sert pas vraiment la cause des homosexuels, pas plus d’ailleurs que les passages cloutés repeints aux couleurs de l’arc-en-ciel un peu partout à Bruxelles – du moins, là où l’islamisme n’est pas encore hégémonique. Car c’est bien là que se situe le non-dit : aucun des progressistes ne mentionne clairement la nature des menaces planant sur les gays dans les pays de l’espace occidental ; et bien sûr la réponse est dans la question car elles ne proviennent ni de l’extrême droite – ni de vous, ni de Bolloré, ni de moi donc -, ni du Belge lambda qui s’est d’ailleurs accommodé du mariage pour tous et de l’adoption par les couples homosexuels – en parlant du Belge, tout au plus s’aventure-t-il encore à quelques réflexions limites et graveleuses, après deux verres d’alcool ou quand il se trouve dans un stade de foot… et si ce n’est pas très malin, ce n’est pas non plus bien grave.

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Forcément, dans un pays laxiste, surtout quand le coupable n’est pas un Belge de souche, les agressions dont sont victimes les homosexuels ne sont pas punies à leur juste mesure. L’élu gantois du Vlaams Belang, parti nationaliste flamand, Ywein Joris a d’ailleurs fait sensation dernièrement au conseil communal de Gand, quand, au moment de répondre à la gauche qui reprochait à son parti de ne pas comprendre la situation des homosexuels, a fait part de son expérience lorsqu’il se promenait avec son compagnon : « Nous avons croisé trois jeunes gens issus d’un milieu que je n’ai pas besoin de vous décrire. Ils m’ont demandé sans détour si j’étais gay. J’ai simplement répondu honnêtement que, oui, la personne qui m’accompagnait est mon petit ami (…) L’atmosphère a immédiatement changé. Ils se sont mis à rire et à crier : on va se battre ? » Le réel, forcément, ne plaît pas aux progressistes. Ni propagande LGBT, ni homophobie, il existe un juste milieu où les préférences sexuelles ne sont pas des pancartes idéologiques – un individu ne devrait jamais résumer son identité à ce qu’il fait sous la couette – et où la sécurité devrait être le premier des droits des homosexuels, contrairement à ce que tentent de faire croire les propagandistes fous qui tentent d’imposer leurs lubies à grands coups de victimisation : thérapies de conversions, présences de drag queens dans les écoles, suppression de la mention du sexe biologique sur la carte d’identité, toilettes non genrées… Il est définitivement temps de refermer la « cage aux phobes ».

Immigration: le réveil bien tardif des Hibernatus

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Le ministre de la Justice Gérald Darmanin et le Premier ministre Sébastien Lecornu à l'Assemblée nationale, le 19 mai 2026 © Jeanne Accorsini/SIPA

Selon Gérald Darmanin, les thèses racialistes de l’extrème gauche nous mènent au pire. Constatant que « l’absence, par certains étrangers, de respect des valeurs d’intégration et d’assimilation pose problème », le ministre de la Justice propose un moratoire de trois ans sur l’immigration. Mais, selon notre chroniqueur, il ne faut plus rien attendre des hussards de la onzième heure du « bloc central ».


Quand Hibernatus fait de la politique, cela donne Gérald Darmanin. Dans le JDD, le ministre de la Justice a déclaré : « Nous sommes arrivés à la limite de nos capacités d’intégration et d’assimilation. J’ai donc désormais une conviction très forte : il faut mettre fin à l’immigration telle qu’elle est aujourd’hui ». Il propose un moratoire de trois ans sur l’immigration légale, des quotas limitatifs, la fin du regroupement familial pour les visas de travail, une exigence accrue pour les expulsions (OQTF).

Ensauvagements

Bref, le ministre de la Justice promet, à quelques mois de la présidentielle, ce que le même, à l’Intérieur, se refusait d’envisager dans sa glaciation idéologique. Mais comment prendre au sérieux ces briseurs de tabous du dimanche ? Ils découvrent, avec quarante ans de retard, les catastrophes d’une immigration invasive et souvent colonisatrice dont ils niaient jusqu’alors l’existence, soucieux de se fondre dans le chœur bien-pensant. La violence qui s’étend en France, jusque dans les petites communes, n’est pas seulement le fait de voyous majoritairement issus de la diversité sacralisée. L’insécurité est d’abord et avant tout le résultat d’un demi-siècle d’incompétences et de lâchetés de dirigeants clonés craignant de « faire le jeu de Marine Le Pen » ou de déplaire au progressisme cosmopolite. Ce week-end, la canaille de Nantes et de Saint-Nazaire a débarqué par TER à La Baule, naguère paisible cité balnéaire à clubs Mickey, pour y semer des désordres sur le remblai. Samedi, les forces de l’ordre parisiennes seront sur les dents dans la perspective de probables émeutes liées à la finale de football de la Ligue des champions qui opposera le PSG à Arsenal, à Budapest. Dans ces ensauvagements, la véritable extrême droite y trouve sa place quand des supporteurs de Nice ont aussi semé la haine dans un quartier de Paris le 21 mai.

A lire aussi, du même auteur: Présidentielle: la ridicule valse des ego

LFI : « La France blanche et chrétienne n’a jamais existé »

Rien n’est à attendre des hussards de la onzième heure. Darmanin et ses amis du bloc central, à peine extraits de leur pétrification mentale, n’auront jamais un mot pour s’excuser des calamités sécuritaires et civilisationnelles qu’ils ont causé en restant sourds aux lanceurs d’alertes. Pour avoir été de ceux-ci depuis les années 90, je n’oublie rien des critiques et ricanements portés sur mon « idée fixe ».

Heidegger avait vu juste : « Penser c’est se limiter à une unique idée, qui un jour demeurera comme une étoile au ciel du monde ». Mais que de temps perdu ! Que de saccages rendus possibles ! L’immigration de masse a affaibli la cohésion nationale et l’économie.

Pourtant, les militants en sciences sociales soutiennent que tout va bien. Dans Le Monde du 22 mai, les signataires d’une étude de l’Ined se félicitaient de l’émergence d’identités « ethnicisées et racialisées » tournant le dos à la vision « assimilationniste simpliste qui voudrait que les rapports aux origines se diluent au fil des générations[1] ».

Cette « nouvelle France » islamisée est celle que Jean-Luc Mélenchon veut promouvoir, le 7 juin à Saint-Denis, devant la basilique des rois de France, en rassemblant ses troupes. Pour lui « la ruralité n’existe plus ». Mathilde Panot insiste : « La France blanche et chrétienne n’a jamais existé ». Ces fossoyeurs voient les Français indigènes comme des morts-vivants.

LFI devrait se méfier de leurs réactions. Les 20000 jeunes pèlerins de Chartres ont témoigné, parmi d’autres signes, de la renaissance qui vient.

La révolution des oubliés

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[1] https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/05/20/immigration-un-grand-brassage-mais-des-inegalites-persistantes_6691739_3224.html

The Perfect Woman (ou presque)…

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La DJ Barbara Butch photographiée à Paris en février 2025 © SADAKA EDMOND/SIPA

La venue de la DJ Barbara Butch à Grenoble suscite la polémique. L’artiste doit se produire lors du festival Cabaret Frappé à la mi-juillet, mais la section locale de La France insoumise appelle au boycott de la musicienne en raison de sa signature d’une tribune contre l’antisémitisme.


La gauche militante la tenait, son icône chimiquement pure : la figure de proue tant recherchée de toutes les luttes intersectionnelles, comme ils disent.

 
 
 
 
 
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Elle s’appelle Barbara Butch. Elle officie en tant que DJ, non sans succès apparemment. Elle est de surcroît victime d’une double discrimination : l’une en tant que personne de forte corpulence, et donc en butte à la grossophobie ; l’autre parce qu’elle est lesbienne, et par conséquent la cible d’insultes et de comportements homophobes, en l’occurrence lesbophobes. Cette jeune personne cochait donc a priori toutes les cases pour représenter à la perfection les combats de la gauche extrême en faveur des minorités en souffrance, celles que notre société épouvantablement patriarcale et débile n’a de cesse de maltraiter, comme chacun le sait bien.

Elle pouvait en effet incarner ce porte-oriflamme idéal, d’autant plus qu’on l’avait vue en majesté lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris, à l’été 2024. Elle dominait de toute son imposante personne cette scène de banquet qui, quoi qu’on ait tenté de nous faire accroire depuis, évoquait bel et bien la Cène, le dernier repas du Christ au milieu de ses Apôtres. Il paraît qu’on se mettait le doigt dans l’œil. C’est ainsi que Laurent Joffrin peut écrire encore aujourd’hui, dans un édito récent de son Libre Journal : « banquet qu’on avait abusivement assimilé à la Cène ». Ce qui, ajoute-t-il, « avait mis en rage l’extrême droite. »

Abusivement ? À quoi d’autre pouvait donc bien renvoyer ce tableau allégorique, si ce n’est à la Cène ? Et surtout, pourquoi ce choix qui allait inévitablement blesser certaines sensibilités ? Sur ce point, M. Joffrin, comme les décisionnaires de la cérémonie en question, restent obstinément muets. De même, ne se montrent-ils pas beaucoup plus diserts lorsqu’on exige d’eux qu’ils précisent pour quelle raison ils n’ont guère retenu de la Révolution française que la décapitation de la reine Marie-Antoinette. Le martyre d’une femme, exposé complaisamment lors d’une célébration officielle destinée à être retransmise de par le vaste monde, y compris dans des contrées comme l’Iran, l’Afghanistan, etc., où, nul ne l’ignore, la femme en tant que telle est à la noce chaque jour que Dieu fait. Passons sur ces broutilles.

A lire aussi: Carnet de bord d’une gauche déboussolée

Donc, notre Barbara Butch était alors à son zénith. Mais voilà bien que, plombant radicalement ces incontestables mérites et qualités, on lui découvre des origines juives. Non seulement des origines, mais une réelle tendance à s’inquiéter de la montée de l’antisémitisme dans notre pays, puisqu’elle est allée jusqu’à signer une tribune de soutien à la proposition de loi contre l’antisémitisme portée par la députée macroniste Caroline Yadan.

Dès lors, la voilà, la pauvre Barbara, qui, d’un coup d’un seul, passe du camp des victimes à celui des coupables. LFI lui crache dessus. Elle a droit à une nouvelle variété d’insultes et la section féminine du parti mélenchoniste de Grenoble n’hésite pas à appeler au boycott de la jeune femme lors de sa venue dans cette bonne ville.

Pauvre personne. On compatit volontiers. On compatit, mais on n’est guère surpris : nous savions pertinemment que le pire des racismes, dans sa forme la plus perverse, la plus hypocrite, se pare le plus souvent du masque et des grimaces de l’antiracisme. Nous en avons là, avec et grâce à la « mélenchonnerie » décidément très en verve, un énième et magnifique exemple.

Soudain, un frisson d’effroi me saisit. Imaginons un instant qu’on en vienne à découvrir quelque ascendance juive à M. Mélenchon lui-même, ce qui, à la vérité, ne serait guère étonnant, puisqu’il ne cesse de se flatter d’être de souche maghrébine – le Maghreb, le Maroc, là où plus que partout ailleurs sans doute, se sont mêlés les sangs coloniaux, juifs, arabes… Ce serait amusant, n’est-ce pas ? Mélenchon, une ascendance juive. Comme notre Barbara. Comme aussi Jésus et Karl Marx. À mourir de rire, vous dis-je.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Deux étés à Zaporijjia: comment la guerre en Ukraine a changé de visage

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Un secouriste s’éloigne d’un camion-citerne en feu, après une attaque de drone russe à Zaporijjia, en Ukraine, le 15 mai 2026 © D. Smolienko / UKRINFORM/SIPA

Les drones permettent aujourd’hui à l’Ukraine de perturber le corridor logistique russe vers la Crimée, un objectif stratégique que les colonnes blindées traditionnelles n’avaient pas réussi à atteindre lors de la contre-offensive de 2023. Gil Mihaely raconte.


Au printemps 2026, dans le sud de l’Ukraine, des drones ukrainiens frappent régulièrement les infrastructures logistiques russes reliant Rostov-sur-le-Don aux territoires occupés puis à la Crimée. La route R-280 dite « Novorossiya », devenue depuis quatre ans un axe vital pour l’effort de guerre russe, se trouve désormais sous pression. Les autorités russes ont dû restreindre la circulation civile sur certains tronçons face au risque permanent d’attaques aériennes ukrainiennes. Une situation qui présente une ironie stratégique remarquable. Car cet objectif militaire n’est pas nouveau. Il était déjà au cœur de la grande offensive ukrainienne de l’été 2023. À l’époque, Kiev voulait atteindre la mer d’Azov à l’ouest de Berdiansk afin de couper le corridor terrestre russe vers la Crimée. L’opération échoua. Trois ans plus tard, ce que les colonnes blindées ukrainiennes n’avaient pas réussi à accomplir semble partiellement devenir possible grâce aux drones.

Pour comprendre la situation actuelle, il faut revenir à l’été 2023. À l’automne précédent, l’Ukraine avait connu ses plus grands succès militaires depuis le début de l’invasion russe. Après avoir remporté la bataille de Kiev en février-mars 2022, les forces ukrainiennes, dans la région de Kharkiv d’abord, puis autour de Kherson, avaient repris plusieurs milliers de kilomètres carrés. L’enthousiasme dominait à Kiev comme dans les capitales occidentales. L’idée qu’une victoire ukrainienne pouvait être obtenue par des opérations offensives classiques s’imposait progressivement.

La perspective d’une grande contre-offensive prit alors forme. Son objectif principal était situé dans la région de Zaporijjia. Le plan consistait à progresser vers Tokmak puis Melitopol afin d’atteindre la mer d’Azov. Une telle percée aurait coupé le corridor terrestre reliant la Russie continentale à la Crimée occupée. Depuis février 2022, cet axe était devenu essentiel pour Moscou. Munitions, carburant, pièces détachées, renforts humains, tout transitait largement par cette continuité territoriale obtenue au prix des conquêtes russes du sud.

Nouveaux obstacles

Le débat stratégique entre Washington et Kiev fut intense. Les responsables militaires américains privilégiaient une offensive concentrée sur un axe principal afin de maximiser les chances d’obtenir une rupture opérationnelle. Plusieurs responsables du Pentagone considéraient qu’une dispersion des forces ukrainiennes réduirait fortement les probabilités de succès. Les dirigeants ukrainiens voyaient la situation différemment. Craignant des attaques russes sur d’autres secteurs du front et soucieux de préserver des réserves, ils préféraient répartir davantage leurs moyens.

L’Ukraine engagea néanmoins des ressources considérables. De nouvelles brigades furent entraînées en Europe selon des standards occidentaux. Les livraisons de matériel lourd s’accélérèrent. Les chars Leopard 2 allemands et les véhicules Bradley américains arrivèrent ainsi que des chars Challenger britanniques. L’espoir était clair : reproduire, à plus grande échelle, la dynamique de Kharkiv.

Mais entre novembre 2022 et juin 2023, le champ de bataille avait profondément changé. Pendant des mois, la Russie avait préparé ses défenses. Les images satellites montraient l’apparition progressive de plusieurs lignes fortifiées successives. Des champs de mines massifs furent déployés. Des fossés antichars furent creusés. Des réseaux de tranchées se multiplièrent. Les fameuses « dents du dragon » apparurent sur des dizaines de kilomètres. L’armée russe avait également renforcé son artillerie et préparé l’emploi systématique d’hélicoptères d’attaque, notamment les Ka-52, qui jouèrent un rôle important contre les blindés ukrainiens.

Les premiers jours de l’offensive révélèrent immédiatement la difficulté de l’entreprise. En juin 2023, plusieurs attaques mécanisées ukrainiennes subirent des pertes importantes dans la région d’Orikhiv. Des véhicules occidentaux furent détruits ou endommagés. Les images de Bradley immobilisés et de Leopard touchés circulèrent rapidement. Ces pertes furent parfois instrumentalisées politiquement, mais elles révélaient une réalité plus profonde : le modèle de guerre mobile imaginé à partir des expériences de 2022 rencontrait désormais des obstacles majeurs.

A lire aussi, du même auteur: De la terre promise à la terre due

Le problème n’était pas uniquement russe. La guerre elle-même évoluait. L’omniprésence des drones de reconnaissance rendait les concentrations de forces beaucoup plus visibles. La surveillance permanente du champ de bataille réduisait considérablement l’effet de surprise. Les véhicules détectés devenaient rapidement des cibles pour l’artillerie. Les opérations mécanisées classiques se heurtaient à une densité de détection et de feu rarement observée depuis la Seconde Guerre mondiale.

L’Ukraine adapta progressivement ses méthodes. Les grandes manœuvres blindées laissèrent davantage place à une progression lente, prudente, souvent menée par de petits groupes d’infanterie. Quelques gains furent obtenus. Robotyne fut reprise en août 2023. Certaines lignes russes furent percées localement. Mais le rythme demeurait insuffisant.

À l’automne 2023, le constat s’imposa progressivement. L’objectif stratégique principal ne serait pas atteint. La grande offensive ukrainienne avait échoué à atteindre la mer d’Azov. Elle marqua également la fin d’une période particulière du conflit. Depuis les succès spectaculaires de Kharkiv et Kherson, l’Ukraine n’a plus retrouvé la même capacité de reprise territoriale rapide. La Russie, de son côté, adapta progressivement sa stratégie à ses avantages structurels.

Avantages russes

Le premier est démographique. Moscou dispose d’un réservoir humain supérieur. Le deuxième est industriel. Malgré les sanctions occidentales, la Russie a réussi à accroître fortement certaines productions militaires. Obus d’artillerie, drones, missiles, véhicules rénovés, équipements électroniques, une partie importante de l’économie a progressivement été réorientée vers l’effort de guerre. Le troisième est économique. Les prévisions occidentales d’effondrement rapide ne se sont pas réalisées. Les exportations énergétiques russes se sont réorganisées vers l’Asie. Les capacités d’adaptation logistique ont été plus importantes qu’anticipé.

Pendant ce temps, l’Ukraine demeure dépendante de ses soutiens occidentaux pour ses munitions, ses systèmes de défense aérienne, ses véhicules spécialisés et une partie importante de son financement. Pourtant, l’évolution technologique du conflit produit aujourd’hui un paradoxe remarquable.

Au printemps 2026, l’objectif central de la contre-offensive de 2023 réapparaît sous une autre forme. Non plus grâce aux brigades blindées mais grâce aux drones. L’Ukraine a considérablement développé sa capacité de frappe à longue distance. Drones FPV, drones d’interdiction logistique, frappes profondes contre dépôts, infrastructures ferroviaires et convois modifient progressivement les équilibres opérationnels.

La route R-280 reliant Rostov aux territoires occupés du sud représente aujourd’hui un axe logistique majeur pour Moscou. Or les frappes ukrainiennes compliquent désormais son utilisation. Là où l’Ukraine cherchait autrefois à couper physiquement le corridor terrestre, elle tente désormais d’en réduire l’utilité opérationnelle. Cette évolution illustre une transformation plus profonde.

La guerre industrielle classique n’a pas disparu. L’artillerie reste centrale. Les blindés demeurent importants et les effectifs humains continuent de peser lourdement. Mais une nouvelle couche technologique transforme l’ensemble. Le drone est devenu à la fois capteur, arme, moyen de correction d’artillerie et outil d’interdiction logistique. La capacité ukrainienne repose également sur un autre élément souvent moins visible : les communications.

Le réseau Starlink a joué un rôle majeur depuis 2022. La résilience des communications ukrainiennes, la coordination tactique, la transmission rapide d’informations et le pilotage d’une partie des systèmes sans pilote ont bénéficié de cette infrastructure satellitaire. Cet avantage technologique a profondément influencé certaines dimensions du conflit.

La Russie s’est adaptée à son tour. Production massive de drones FPV. Renforcement de la guerre électronique. Développement de drones guidés par fibre optique afin d’échapper au brouillage. Industrialisation accélérée de nouvelles capacités.

Trois ans après la contre-offensive de Zaporijjia, la leçon apparaît plus clairement. L’Ukraine de 2023 tentait encore de gagner une guerre du XXIe siècle avec certains outils conceptuels hérités du XXe. L’Ukraine de 2026 cherche désormais à atteindre les mêmes objectifs par des moyens profondément différents. Et cette évolution pourrait bien constituer l’une des transformations militaires majeures de notre époque.

La culture du combat en Israël

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Mirwais et la fabrique du vide contemporain

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Le musicien français Mirwais © Séguier

À l’occasion de la parution de Nihilium aux Éditions Séguier, Mirwais, figure incontournable de la scène artistique française et compositeur de renom, signe un texte d’une noirceur satirique féroce. L’ancien guitariste de Taxi Girl et producteur de Madonna délaisse ses machines pour livrer un roman clinique et désenchanté, qui radiographie sans concession les impasses politiques et existentielles d’une génération Z prise au piège de la société du spectacle.


Nihilium frappe d’abord par son architecture verbale. Mirwais y forge un idiolecte composite mêlant argot urbain, langue des réseaux, hispanismes et résidus du Nadsat d’Anthony Burgess. Cette langue artificielle installe une distance clinique. Le narrateur Juan Nihilski s’exprime dans un flux fragmenté, symptôme d’une conscience saturée par les flux numériques et les paradis artificiels : « Je me réveille d’un coup, avec un gros dégoût en moi, viddying bien ce que j’ai gobé… ». L’alternance entre trivialité brutale et références savantes déstabilise. La langue cesse d’être un outil, elle devient le symptôme d’une culture disloquée, un idiome qui accompagne la disparition du réel.

Radicalisation et dépolitisation

Sur le plan politique, le roman dresse le portrait d’une jeunesse radicalisée mais profondément dépolitisée. Juan Nihilski incarne ce basculement : de la contestation sociale vers un nihilisme esthétique. L’émeute n’est plus un levier collectif, mais une performance individuelle, un espace de jouissance et de prédation. Mirwais cible avec précision les dérives d’une contestation devenue posture, renvoyant dos à dos parents anesthésiés par les écrans et violence fétichisée des Black Blocs.

La trajectoire de Juan constitue le cœur du récit. Elle est linéaire, implacable : de la subversion marginale à la complicité d’État. D’abord prédateur nocturne sous uniforme anonyme, il incarne un anarchisme de surface où casser et voler tiennent lieu de pensée. Mais cette révolte contient déjà sa capitulation. Juan ne hait pas le système marchand, il le désire. Fasciné par ses signes extérieurs, il cherche à en capter la puissance. Sa quête n’est ni morale ni politique : elle est celle de la domination et de la visibilité. « Moi, je voulais être politikon célèbre… »

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Après son arrestation place de la Nation, la bascule s’opère sans heurt. Introduit dans les cercles du pouvoir, Juan n’a rien à apprendre. Le voyou et le technocrate partagent une même logique: mépris des “gens honnêtes” et culte de la mise en scène. Du jogging noir au costume de conseiller, il n’y a pas de rupture morale. Le roman révèle ainsi une continuité troublante: le nihilisme des barricades et le cynisme institutionnel relèvent d’un même régime de pensée. L’État ne réprime plus la révolte, il la récupère et la transforme en spectacle.

L’ombre de William S. Burroughs

Cette vision s’inscrit dans un imaginaire nourri de science-fiction postmoderne. Le rapport de Juan au réel est profondément dickien : le monde n’est qu’un empilement d’illusions. « La réalité, c’est tout ce qui revient chaque den’ au même endroit. » Dans cet univers instable, saturé de drogues de synthèse, toute morale devient caduque. Si le réel n’est qu’un décor, alors violence, pillage ou trahison ne sont que des interactions sans poids. L’ombre de William S. Burroughs plane également sur le texte, renforçant l’idée d’un Occident en phase terminale, où la liberté dérive vers un contrôle total.

Ce détachement prend racine dans une cellule familiale dégradée. Les parents, Jefe et Jefa, incarnent une bourgeoisie vide, oscillant entre confort matériel et vacuité existentielle. Ils « zonent devant Netflix », consomment une spiritualité de façade pour masquer leur inertie. Leur hypocrisie nourrit chez Juan une haine sourde. L’absence de repères et d’autorité le pousse à chercher ailleurs une structure, d’abord dans la rue, puis dans le pouvoir. Sa rébellion apparaît dès lors comme une tentative désespérée d’échapper au néant domestique.

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Le roman déploie également une satire féroce des médias. À travers la journaliste de « Dnwaz », Mirwais caricature une presse fétichiste et déconnectée. Avant même d’informer, elle exhibe des signes de classe : peau lisse, sac Vuitton, Rolex. L’information devient récit, calibré pour les réseaux et les plateaux. La violence réelle s’efface derrière sa mise en scène. Le fait divers n’est plus rapporté, il est produit. Les médias ne transmettent pas le réel, ils le fabriquent et le neutralisent, transformant la conflictualité sociale en divertissement.

Les forces de l’ordre, elles aussi, passent par le filtre de cette fascination. Juan ne les perçoit pas comme des garants de l’ordre républicain, mais comme des techniciens efficaces de la violence. Il admire leur organisation, leur calme, leur professionnalisme. Cette admiration révèle sa dépolitisation totale : seule compte l’efficacité. Le roman insiste aussi sur un point essentiel : la protection de la marchandise prime sur celle des individus. « Défoncer la gueule des jeunes… ça passait crème, mais toucher au saint matos, non… » Lorsque Juan rejoint les sphères du pouvoir, il ne fait que rejoindre la logique qu’il admirait déjà.

Nihilium évite pourtant toute leçon. Mirwais ne moralise pas, il tend un miroir brutal. La trajectoire de Juan résume un cynisme contemporain où barricades et palais ne s’opposent plus, mais participent d’un même théâtre. La révolte devient une valeur d’échange, récupérable et monnayable. C’est dans ce refus du compromis que le roman trouve sa force. Texte inconfortable, parfois glaçant, Nihilium s’impose comme une autopsie lucide et électrique de notre aliénation collective.

192 pages

Nihilium

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Comment «Star Wars» est devenu une grosse madeleine industrielle

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Grogu dans "The Mandalorian and Grogu" © Lucasfilm LTD

En cherchant constamment à plaire aux fans, Star Wars s’est transformé en produit nostalgique figé, loin de son identité originale fondée sur l’innovation et l’imaginaire


C’est pratiquement un demi-siècle qui sépare le tout premier film Star Wars, A New Hope (1977), de tout ce qui a suivi après le rachat de Lucasfilm par The Walt Disney Company. Cinquante années qui embrassent quatre générations… bientôt cinq, pour aboutir à The Mandalorian & Grogu.

Vers l’infini et au-delà !

George Lucas en 2009. DR.

George Lucas, grand démiurge de tout cela, barbu grisonnant arborant une banane à la Dick Rivers, imagina un jour, le mélange improbable entre Le Seigneur des Anneaux, Dune et les sérials Flash Gordon qu’il regardait enfant à la télévision. Il saupoudra le tout de récits arthuriens, des films de cape et d’épée de l’âge d’or hollywoodien, des chanbaras d’Akira Kurosawa, le tout lié à la maïzena Joseph Campbell. Finalement, voilà ce qui allait devenir l’ultime représentation de la pop culture mondiale : une vulgarisation des grands mythes fondateurs de notre histoire, fondue avec de la spiritualité bouddhiste et mâtinée de robots, de créatures étranges et de vaisseaux spatiaux… L’identité Star Wars était née.

Ce titre, accompagné de son logo jaune inimitable sur fond de nuit galactique, va devenir un mantra, une formule magique. Pas seulement pour tous ceux qui avaient compris très tôt, qu’il y avait énormément d’argent à gagner avec ces deux mots-là, mais aussi pour des générations d’enfants qui grandiraient avec cet univers conçu pour eux.

Effets spéciaux inédits

Star Wars fut également pensé comme un fantasme en perpétuelle expansion : la partie émergée d’un iceberg laissant deviner un univers infini de personnages, d’histoires et de possibilités. Lucas nous proposait avant tout une invitation à nourrir notre propre imaginaire. Même lorsqu’il fallait attendre trois ans entre deux films — chacun possédait sa propre Guerre des Étoiles intérieure. C’est probablement là la plus grande force de ce qu’a imaginé le réalisateur d’American Graffiti. Un monde sans limites, sans contours précis, sans véritable début ni fin. Voilà pourquoi cela génère autant de passion, de débats, d’amour et de haine. George Lucas a enfanté un monstre qu’il a fini par ne plus pouvoir contrôler : un enfant qui, un jour, s’est retourné contre son père.

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À l’origine, Lucas ne voulait pas seulement raconter une épopée opposant le bien au mal. Il voulait surtout utiliser ces mythes fédérateurs pour innover, surprendre et repousser les limites technologiques en matière d’effets spéciaux, de son et de mise en scène. Toujours plus audacieux, il tenta ensuite de sublimer et de complexifier son œuvre en y injectant de la politique et des enjeux plus adultes. Un pari risqué car une partie du public ne semblait se réveiller qu’à l’apparition du logo “Star Wars” sur un paquet de céréales. En essayant de renouveler l’image de sa saga, Lucas se heurta violemment au conservatisme des gardiens du temple. La nouvelle trilogie (1999-2005) représentait un bond technologique gigantesque et libérait enfin toutes les frustrations créatives de l’inventeur du son THX. Jamais une série de films n’aura été autant décriée par des fans qui, quelques années plus tôt, ne juraient pourtant que par cet homme à l’allure débonnaire. Ces mêmes fans réclamaient désormais des comptes et criaient à la trahison, oubliant que celui qui leur proposait ces nouveaux films restait George Lucas lui-même, propriétaire intellectuel de cet univers. Star Wars ne pouvait donc plus évoluer, ni se transformer, ni devenir autre chose que ce qu’il avait toujours été. La saga devait rester figée dans une esthétique précise, avec ses codes, ses personnages et ses archétypes immuables. Un univers placé sous cloche.

Cinéma ou taxidermie ?

Lucas, passé du statut de réalisateur à celui d’inventeur visionnaire, devait désormais, selon les injonctions de certains fans, devenir le taxidermiste de sa propre création. Mais c’était sans compter sur une souris carnassière qui rôdait dans les parages et qui avait parfaitement compris les attentes de ce public nostalgique. En rachetant Lucasfilm pour quatre milliards de dollars, Disney n’allait pas seulement exploiter Star Wars comme une franchise destinée à quelques passionnés quadragénaires. Non. L’entreprise allait entretenir cette nostalgie à coups de fan- service[1] et de recettes déjà usées. Marvel, les Studios Pixar… La compagnie aux grandes oreilles, tel un ogre jamais rassasié, engloutit tout ce qui évoque le rêve, mais surtout tout ce qui génère des billets verts. Pressé de rentabiliser son coûteux investissement, Disney lança rapidement une nouvelle trilogie ainsi qu’une série que deux spin-offs. Le problème, c’est que ces productions se contentaient souvent de recycler les Star Wars du passé sans retrouver l’ombre de leur originalité. Les récits perdaient leur sens, les nouveaux personnages paraissaient bien falots et même le retour des anciennes gloires semblait enterrer ce qu’elles avaient contribué à bâtir autrefois et à faire résonner en nous (Luke, Leia et Han, des figures désormais essoufflées) pour un résultat vite consommé… puis oublié.

Jon Favreau donnant des directions à son acteur Pedro Pascal sur le tournage © Nicola Goode. 2026 Lucasfilm Ltd.

Pour nourrir les orphelins en manque de “starwarseries”, Disney va nous abreuver aussi d’une avalanche de séries pour sa plateforme : Obi-Wan Kenobi, Ahsoka, Andor, Skeleton Crew, The Acolyte, sans compter les innombrables séries animées. À une exception près — Andor — beaucoup de ces productions ressemblent davantage à de belles démos de jeux vidéo qu’à de véritables œuvres inventives et originales. Bref, Star Wars est devenu un produit de consommation comme un autre. Ni meilleur ni pire qu’une série quelconque proposée par une plateforme de streaming et consommée distraitement devant un paquet de chips. Fini l’événement. Fini le film rare attendu fébrilement pendant trois ans.

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The Mandalorian et Grogu, sorti récemment en salle, est une suite directe de la série éponyme qui a connu un joli succès sur la plateforme. On y suit une nouvelle aventure galactique de ce chasseur de primes et son petit compagnon Grogu, un mini Yoda adorable doté de pouvoirs de Jedi. Le film s’adressant davantage cette fois-ci aux enfants, il se résume à deux trois péripéties et quelques bonds en hyper espace. Entre des seigneurs Impériaux revanchards, la famille de l’infâme Jabba The Hutt (à ne pas confondre avec la Pizza) et de plus grands dangers encore. Ce nouveau Star Wars avec les stars Pédro Pascal et Sigourney Weaver ne va pas vraiment révolutionner l’univers du space opéra le plus connu au monde. Une fois de plus, on navigue en terrain archi balisé et truffé de fan service au ras des pâquerettes et autres références pour afficionados incollables. On surfe ici sur un total fétichisme entre objets, tenues, bruitage et décors référentiels. On ne prend surtout aucun risque par peur d’énerver ou de frustrer.

Concernant notre amour irrationnel pour ce que George Lucas a créé à partir de 1977, il ne sert probablement plus à rien d’espérer davantage de cette franchise et de ses dérivés. Il faut désormais se contenter de fantasmer ce monde comme un mirage inaccessible ou une malédiction collective. Oui, Star Wars est devenu le tonneau des Danaïdes. L’ironie et le paradoxe, c’est qu’on a longtemps présenté George Lucas comme un simple homme d’affaires devenu milliardaire grâce à sa poule aux œufs d’or. Pourtant, Lucas voyait surtout dans Star Wars un moyen d’inventer de nouvelles technologies — THX, Industrial Light & Magic, Skywalker Ranch — et de pousser le cinéma vers l’avenir. Quelle déconvenue de constater que sa création ne sert plus aujourd’hui qu’à photocopier encore et encore le même produit sans âme. Avec les mêmes moules à madeleines, Disney recuit sans cesse cette nostalgie industrielle. Pour nous, rêveurs impénitents ayant découvert cet univers à la fin des années 70, Star Wars restera toujours cette petite lumière au loin, semblable à une étoile située à des millions d’années-lumière. Une lumière que l’on voudrait toucher du doigt mais qui s’éloigne à mesure qu’on tente de s’en approcher. Un amour impossible. « Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine… »


[1] Le « fan service » peut se définir comme un clin d’œil dans la narration. Ce sont les histoires, personnages, actions, etc. qui sont ajoutés dans un film ou une série télévisée spécifiquement afin de faire plaisir à ses fans NDLR.

Tu seras gamer, mon fils

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DaXe (à droite), joueur star esport du PSG, est le champion du monde en titre et grand favori de la compétition lors de la phase finale du tournoi esport France FIFA17 qui s'est déroulé à l'Olympia de Paris, le mardi 20 décembre 2016. © Tristan Reynaud/SIPA

L’inscription de l’esport, le «jeu vidéo compétitif», dans le cursus scolaire à la rentrée prochaine fait bondir l’enseignante et essayiste Lisa Hirsig. À juste titre. La France n’en finit pas de sacrifier sa jeunesse.


Le gouvernement affiche bruyamment sa croisade contre l’addiction des adolescents aux écrans. Mais en même temps, Matignon a validé en catimini la stratégie nationale « Esport 2026-2030 » qui prévoit d’intégrer le jeu vidéo de compétition dans les parcours scolaires ! Le 8 avril dernier, les huiles qui nous gouvernent ont décidé d’un plan quinquennal en vue d’aménager des horaires pour les jeunes gamers à l’école.

Depuis des mois, des campagnes point gouv nous exhortent à « faire bouger nos ados », rappelant que l’obésité et la sédentarité sont des fléaux et les professeurs de sport s’alarment du fait que la moitié des élèves de sixième soient incapables de courir plus de cinq minutes. Comment expliquer alors que le ministère de l’Éducation nationale valide cette promotion de l’esport – qui n’a de sportif que le nom puisqu’il s’agit de tournois en ligne – au cœur de nos écoles ? Accès de schizophrénie ou calcul cynique ?

Dirigisme et marchandisation de l’école

Sous couvert de développement économique de l’industrie numérique, ce plan déploie une stratégie interministérielle incluant des partenariats avec les acteurs privés du jeu vidéo, l’inscription de l’esport dans les parcours éducatifs, un programme national « Esport et Éducation » pour vanter les « débouchés professionnels », et la création d’outils pédagogiques pour les enseignants. 

Cette initiative illustre une dérive étatique typique : l’interventionnisme public au service d’un secteur privé, au mépris des libertés individuelles et des données scientifiques sur la santé des enfants. L’État s’apprête à transformer les écoles en incubateurs de futurs « pros du joystick », alors même que l’illettrisme, le décrochage et l’obésité explosent.

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Convaincus de son bon droit à flécher l’argent du contribuable, l’État se montre une nouvelle fois interventionniste sans aucune excuse. Nous ne sommes pas en guerre, les Français n’ont pas réclamé une « stratégie de développement de l’esport en France », bref, rien ne justifie que des fonctionnaires fassent profiter d’un public captif et mineur à des « partenaires privés ». L’école publique n’est pas un laboratoire. Nos enfants ne sont pas des cobayes. Et les subventions déguisées sont illégales.

Personne n’a demandé leur avis aux parents d’élèves qui bien souvent bataillent à la maison pour que leurs enfants décrochent des écrans. Il leur revient pourtant de choisir s’ils souhaitent exposer leurs enfants à des pratiques potentiellement addictives. Les fonds publics et les heures de classe n’ont pas pour vocation de stimuler tel ou tel secteur. Que les studios vendent leurs jeux ; que les individus et le marché décident. Pas un ministère.

Des ravages sanitaires en cascade

L’Organisation Mondiale de la Santé recommande de façon on ne peut plus claire des temps d’écran extrêmement limités pour les enfants. Elle se base sur de nombreuses études concordantes : une recherche de l’université canadienne McMaster démontre notamment que l’addiction aux jeux vidéo est à l’origine du manque de sommeil chez les jeunes joueurs, ce qui a pour conséquences une élévation de la pression artérielle, du taux de mauvais cholestérol, de triglycérides, et de la résistance à l’insuline. Le Dr. Mark Tremblay et ses collègues soulignent le lien direct entre sédentarité, écrans et obésité. Harvard Health note que le gaming excessif est associé à la dépression, l’agressivité et l’anxiété, sans oublier la prise de poids due à la surconsommation alimentaire pendant les sessions.

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Les pédiatres et neurologues ne mâchent pas leurs mots. Le Dr. Rebecca Foljambe, pédiatre, témoigne des effets dévastateurs sur le développement physique et mental: anxiété et troubles de l’attention doublés au-delà de trois heures d’écran par jour. Le Dr. Ran Barzilay (Children’s Hospital of Philadelphia) lie également l’accès précoce aux jeux sur écrans à une hausse des risques de dépression, d’obésité et d’insomnies. Des neurologues pédiatriques alertent sur les conséquences des jeux vidéo à hautes doses sur un cerveau en développement: circuits de récompense dopaminergiques hyperstimulés, addiction comparable aux drogues ou à l’alcool, altération de l’attention et de la régulation émotionnelle. Le tableau est terrifiant. 

Snobisme chronologique

« L’homme moderne est l’esclave de la modernité : il n’est point de progrès qui ne tourne pas à sa plus complète servitude », écrivait Paul Valéry. Or l’école doit former des personnes libres, pas des adorateurs de leur propre asservissement ni des « élèves sensibilisés aux débouchés » d’une industrie quelle qu’elle soit. Elle doit donc se montrer critique vis-à-vis des lubies modernes. Pendant que la France dégringole dans les classements internationaux, on mise sur le ludique virtuel qui n’a jamais fait ses preuves. C’est la tendance qu’avait amorcée Najat Vallaud-Belkacem avec la mise en œuvre du « plan numérique » à l’école.

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Nous savons tous que le sport c’est l’effort, la discipline, la constance, qualités éminemment utiles dans la démarche d’apprentissage. Comme l’écrit Julia de Funès dans La Vertu dangereuse : « Une seule et unique vérité féroce gouverne le sport : celle du mérite. » Or celui-ci est aujourd’hui méthodiquement rejeté de l’école au profit de l’égalitarisme.

Nos responsables politiques nous rebattent les oreilles de leurs discours d’exigence et d’excellence puis décident, sans aucun débat public, de transformer les collèges en LAN parties1 subventionnées. Le progressisme, ce « snobisme chronologique2 » qui empêche l’école de jouer son rôle de transmission et de conservation civilisationnelle, est un fléau bien plus redoutable que l’obésité, surtout lorsqu’il est érigé en dogme par la caste au pouvoir.

La Grande Garderie

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  1. Tournois de jeux en ligne. ↩︎
  2. Expression que je dois à Clive Staples Lewis. ↩︎

Ebola, révélateur d’un État en déliquescence

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Vanny Birungi, volontaire de la Croix-Rouge, s'adresse à la population lors d'une campagne de sensibilisation publique menée à Bunia, au Congo, le lundi 25 mai, en pleine épidémie d'Ebola © Moses Sawasawa/AP/SIPA

Selon la BBC, la police congolaise a tiré des coups de feu en l’air dimanche alors que des foules ont tenté de récupérer les corps de leurs proches décédés dans un centre de traitement d’Ebola à Mongbwalu, dans l’est du pays. La maladie s’ajoute aux malheurs de la RDC déjà en proie à la guerre civile et au régime autoritaire de son président, dans la plus grande indifférence à l’international. Le Congo mérite mieux qu’un troisième mandat de Tshisekedi


L’épidémie d’Ebola remet le conflit relativement oublié de la République fort peu démocratique du Congo (RDC) sous les projecteurs. Même si l’origine de l’épidémie se situe en Ituri, une province du nord-est qui échappe largement au contrôle des autorités, le fait que le pays soit frappé pour la 17ᵉ fois depuis 1976 par ce virus mortel témoigne de la déliquescence généralisée de l’État, notamment de son système sanitaire, dans un pays désormais failli.

En un an, le conflit dans l’est du Congo, entre le M23 et l’Alliance Fleuve Congo (M23/AFC) d’un côté et le régime du président Tshisekedi de l’autre, a considérablement évolué. La perspective d’une chute du régime s’est éloignée, alors même qu’elle demeure le seul véritable espoir du peuple congolais. Trois évolutions majeures méritent d’être soulignées.

Les drones changent la donne militaire

D’abord, l’évolution de la situation militaire. Avec la prise de Goma, Bukavu et d’autres localités au début de 2025, les FARDC (forces armées congolaises) subissent des défaites cuisantes face à une armée pourtant inférieure en nombre et en équipement, alors même que les forces de Kinshasa étaient appuyées par les FDLR (héritiers des génocidaires du Rwanda en 1994), les Wazalendo (des milices villageoises armées par Kinshasa) et des mercenaires étrangers, principalement roumains. L’armée congolaise est notoirement inefficace et profondément corrompue.

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Toutefois, avec l’apparition massive des drones, encore inexistants au début de l’année 2025, la donne a changé. Le régime est désormais capable de mener des offensives meurtrières, d’éliminer des leaders du M23 et, surtout, de terroriser et massacrer des populations civiles depuis Kisangani, la troisième ville du pays, ou depuis d’autres bases, grâce à des drones opérés par des mercenaires étrangers. Tshisekedi retrouve ainsi un certain avantage, que son armée demeure pourtant incapable de traduire en avancées terrestres. Les civils restent les principales victimes de ces opérations, tandis que la communauté internationale demeure indifférente à des crimes qui se répètent quotidiennement.

Washington abandonne sa neutralité

La seconde évolution est la sortie de Washington de sa neutralité et de sa volonté initiale de rechercher une solution équilibrée, au profit d’un soutien accru au régime de Tshisekedi. Cela s’explique à la fois par le potentiel minier colossal du Congo, sans comparaison possible avec celui du Rwanda, et peut-être aussi par les dizaines de millions de dollars que Kinshasa consacre à son lobbying à Washington. Sous pression américaine, le M23 a dû se retirer d’Uvira, au sud du pays, à la frontière du Burundi, conquise fin 2025, et certains militaires rwandais ont été sanctionnés.

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Pourtant, les mesures de défense du Rwanda au Congo sont absolument indispensables pour la sécurité du petit État rwandais, qui pourrait être facilement attaqué si l’armée congolaise contrôlait les frontières à Goma et Bukavu. Je compare volontiers cette situation à celle d’Israël, qui a besoin de la profondeur stratégique du Golan et de la Jordanie pour repousser une éventuelle attaque venue de Syrie ou de Jordanie.

Tshisekedi prépare son maintien au pouvoir

La troisième évolution, désormais manifeste, est la volonté de Tshisekedi de se maintenir au pouvoir, soit par un « glissement » du calendrier électoral, en repoussant la date du scrutin, comme l’avait fait son prédécesseur, soit, plus probablement, en modifiant la constitution. Ses affidés sont déjà à la manœuvre, et l’intéressé s’est dit ouvert à cette possibilité « si le peuple le réclame ». Défense de rire.

Un régime prédateur et une population abandonnée

En réalité, le régime Tshisekedi est l’un des plus prédateurs au monde. Dans ce pays de plus de 100 millions d’habitants, le deuxième le plus peuplé d’Afrique, les largesses du pouvoir ne profitent qu’à une petite clique de privilégiés. La population vit dans une misère absolue, sans bénéficier des richesses géologiques ni du potentiel agricole immense d’un pays qui figure parmi les derniers au monde selon tous les indicateurs de développement.

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Tétanisée par la crainte d’une explosion de cet immense territoire et par les difficultés récurrentes d’organiser un scrutin, comme l’ont montré les précédentes élections, la communauté internationale semble déjà résignée à accepter ce scénario.

Répression, dérive ethnique et autoritaire

Il faut rappeler que Tshisekedi n’a gagné aucune élection crédible : son arrivée au pouvoir en 2018 résulte d’un accord avec son prédécesseur, Joseph Kabila, alors que le véritable gagnant du scrutin, Martin Fayulu, refusait de négocier l’immunité du président sortant. Kabila conservait d’ailleurs la majorité parlementaire après les élections concomitantes. Tshisekedi a ensuite réussi — par la corruption ? — à faire basculer une majorité de l’Assemblée dans son camp, et les deux chambres lui sont désormais totalement acquises. Sa réélection en 2023 a été notoirement entachée d’irrégularités majeures. Désormais, il étouffe toute dissidence, emprisonne ses adversaires, favorise outrageusement son ethnie (les Luba) et encourage, à travers ses proches, une dangereuse discrimination ethnique.

La communauté internationale a choisi le mauvais camp

Il ne fait aucun doute que les régions sous contrôle du M23/AFC, un territoire équivalent à celui de la Belgique, à l’est du pays dans les provinces du Kivu, sont mieux gérées dans l’intérêt des populations, même si le M23/AFC fait face à des difficultés considérables, notamment l’absence d’un système bancaire et de reconnaissance internationale.La communauté internationale, les États-Unis surtout, mais aussi l’UE, la France et la Belgique, pourrait exiger un dialogue national entre tous les acteurs politiques, comme le demande la CENCO, la Conférence épiscopale nationale du Congo. Mais elle semble avoir pris parti pour l’odieux régime de Tshisekedi. À défaut d’un dialogue sincère ou d’une victoire militaire du M23, la prolongation du conflit et de la misère du peuple congolais est inévitable.

Mayotte : Comment l’immigration détruit une société

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Rwanda 94: le carnage: 30 ans après, retour sur place

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Le niveau baisse partout…

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Le magistrat et essayiste français Philippe Bilger © l'Archipel

Quand l’école décroche, la politique aussi. La médiocrité est devenue la norme, et notre pays souffre d’un manque de profondeur.


Il est clair que le niveau moyen des élèves, dans les collèges et les lycées, a considérablement baissé. Il est clair que certains instituteurs et professeurs font eux-mêmes des fautes d’orthographe qu’ils ne cherchent d’ailleurs plus à sanctionner chez leurs élèves, et pour cause ! Il est clair qu’il est peu de professions qui, par rapport aux temps anciens, ne se soient pas dégradées. Il est clair que la culture générale s’est appauvrie au point que la littérature et l’Histoire pourraient devenir des territoires quasiment inconnus.

Cette déploration sans nuance n’est pas originale et elle n’est pas seulement le fait d’aigres conservateurs qui, parfois, s’oublient eux-mêmes dans leur vitupération de l’époque. La manière assez fréquente dont on se console de cette médiocrité consiste d’abord à ne jamais la voir chez soi – je n’échappe pas à cette dérive – et ensuite de l’enfermer dans le seul domaine de l’enseignement au sens large. Alors qu’elle est partout et qu’on peut soutenir, en effet, que tout se dégrade.

Amateurisme global

Sur le plan international, c’est à cause de ce constat, dont chaque jour permet de vérifier la pertinence, que certaines personnalités atypiques, imprévisibles, erratiques, cyniques aussi, sans morale souvent, surgissent et obtiennent un vote majoritaire de la part de leurs concitoyens, quand la dictature ne les prive pas confortablement des affres de la démocratie.

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Il n’est pas besoin d’être un spécialiste en géopolitique pour relever que l’équipe autour du président Trump est gangrenée par un amateurisme chaotique directement hérité de son maître. Dominique de Villepin a eu raison de souligner que la diplomatie est un métier et qu’une forme de classicisme, de savoir et de rationalité est nécessaire. On peut d’ailleurs regretter que lui-même, doué pour la dénonciation lyrique et volontariste, ne prenne jamais la peine de nous expliciter le « comment ».

La récrée électorale

Le niveau baisse partout et le climat de notre vie politique en est une lamentable illustration. Cette évidence est d’autant plus saisissante qu’elle ne rejoint pas les crachats habituels sur l’ensemble de la classe politique, qui serait globalement au-dessous de tout. À considérer la pluralité des personnalités qui, pour l’instant, paraissent décidées à concourir pour 2027 – il y aura bientôt une décantation nette –, aucune n’est médiocre, mais aucune n’est transcendante. Il est étonnant de voir, d’ailleurs, à quel point le talent pur est moqué – combien de fois ai-je eu droit à de la dérision parce que je vantais celui de Gabriel Attal ! – comme si d’autres qualités et dispositions plus fondamentales avaient pris la relève, alors que, le plus souvent, ce n’est pas le cas.

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Cette perception n’épargne ni la gauche ni la droite, et encore moins l’extrême gauche et la droite radicale. Jordan Bardella est perçu comme une star et il échappe, de ce fait, au sort commun des politiques : il n’est plus jugé sur ce qu’il pense et dit, mais sur la lumière qui l’entoure. Pour LFI et ceux qui gravitent autour de Jean-Luc Mélenchon, la si piètre prestation de Mathilde Panot au Grand Jury n’a fait que confirmer que l’idéologie ne peut pas remplacer l’intelligence, ni la logorrhée partisane la finesse de l’analyse et la maîtrise du langage.

La politique du superficiel

Dans le passé, il a pu y avoir des échecs, même des désastres ponctuels, de la part de certains politiques, mais ils étaient aussi capables d’être exceptionnels. Dans toutes les professions, celle d’avocat en particulier, on n’atteint l’exceptionnel que si l’on succombe, une fois ou l’autre, au pire. Nos politiques ne déçoivent jamais parce qu’ils sont toujours ordinaires, dans la mesure. Jamais franchement mauvais, mais laissant toujours le citoyen sur sa faim. On a toujours envie de leur dire : « Mais allez encore plus loin, ne vous arrêtez pas là, la profondeur est ailleurs ! »

Le niveau baisse partout. C’est sans doute aussi à cause de cette réduction que la démobilisation politique s’amplifie. Nous cherchons désespérément des individus sortant du lot. On n’est pas obligé de repartir vers Charles de Gaulle. Je songe à Nicolas Sarkozy dans sa campagne de 2007 : il y avait là l’irruption, dans l’espace démocratique, d’un être politique hors du commun. La rançon du vide relatif d’aujourd’hui est que certaines personnalités, par compensation, sont ponctuellement portées aux nues par idéologie : l’enflure et le tocsin permanent d’un Philippe de Villiers par le camp conservateur ou la pauvreté monomaniaque et belliqueuse d’une Rima Hassan de l’autre côté.

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Dans ce désert, qui montre que les adeptes du « c’était mieux avant » ont raison, surgissent des pépites qui illuminent précisément parce qu’elles apposent, sur l’instantanéité et l’immédiateté du flot de l’actualité, l’airain d’une pensée solide et durable, la beauté d’un style, la puissance de l’universel. Il n’y en a pas beaucoup. Tant de médiatisations qui donnent la nausée, saturent. Parmi ces pépites, une, en particulier, est l’absolu antidote à ce pessimisme étouffant. Il est joyeux et pourtant sans illusion. Il s’agit de Sylvain Tesson. Le niveau baisse partout, mais lui nous élève.

L'Heure des crocs - De CNews et du délit d'opinion

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L’intelligence à l’arrêt

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Christian Baptiste, rapporteur, et Maud Petit, présidente de la commission d'enquête parlementaire sur les violences sexuelles incestueuses. Audition de Gérald Darmanin, ministre français de la Justice, dans le cadre de cette commission. 13 mai 2026, Paris © Jeanne Accorsini/SIPA

La présidente de la commission d’enquête sur l’inceste à l’Assemblée nationale Maud Petit s’est emparée d’un sujet grave pour en faire un théâtre idéologique, dénoncent ici Agathe Denis, avocate au barreau de Versailles, et Paul Bensussan, psychiatre, expert agréé par la Cour de cassation. Grande analyse.


Une présidente en larmes. La voix étranglée, Maud Petit clôt en ces termes trois mois de travaux parlementaires : « Aujourd’hui, j’ai la parfaite conscience que la France n’aime pas ses enfants… Et c’est terrible pour moi de le dire… J’ai honte. » Silence pesant. Rideau.

Il y a dans cette image quelque chose de parfaitement révélateur : une commission d’enquête qui s’achève dans l’émotion plutôt que dans l’analyse, dans la commisération plutôt que dans la rigueur. Comme si la gravité du sujet et la noblesse de la cause dispensaient de penser. Marc Bonnant, ancien bâtonnier de Genève et meilleur orateur francophone vivant, avait pourtant averti, avec sa concision habituelle : « Le doute, c’est l’intelligence en mouvement ; la certitude, c’est l’intelligence à l’arrêt. »

Trois mois durant, nous avons assisté en direct à ce phénomène.

L’idée unique

« Rien n’est plus dangereux qu’une idée, quand on n’a qu’une idée » écrivait le philosophe Alain. La « Commission d’enquête parlementaire sur le traitement judiciaire des violences sexuelles incestueuses parentales et la situation des parents protecteurs, notamment des mères protectrices » [sic] s’était donné pour mission d’examiner un fait réel, grave, massif : l’inceste. Nul ici ne le conteste, nul ne l’a jamais contesté. L’inceste est un crime. De nombreuses situations sont certainement occultes, les victimes se comptent par milliers, et leur parole mérite d’être entendue avec toute la gravité que le sujet impose.

Mais cette évidence ne justifie pas n’importe quelle méthode. Et c’est sur la méthode que la commission a failli, gravement, irrémédiablement.

Dès l’intitulé, le prisme était fixé. Le credo était simple, pour ne pas dire simpliste : des pères agressent (ce qui est une réalité non contestable), des mères protègent (ce qui ne l’est pas moins). Mais à partir de cette réalité anthropologique, le propos devenait monoïdéique et complotiste. Que l’on juge : la police ne protège pas les enfants victimes d’inceste et « classe » systématiquement les plaintes, quand elle ne refuse pas de les prendre. Bien pis encore : l’Ordre des médecins « terrorise » et sanctionne sans pitié les médecins qui tentent de protéger les enfants. L’Ordre des médecins «bafoue la loi, s’assoit dessus » (selon les propos de pédopsychiatres auditionnés, que nous ne nommons pas par charité, en réalité condamnés pour des attestations téméraires ou de complaisance). Et surtout, la justice sanctionne les mères « protectrices », en les jetant en prison, ou, dans le meilleur des cas, en leur ôtant la garde de leur enfant. Pour le confier à qui ? Au parent agresseur, naturellement…

Aucun des pères ayant obtenu, après des années de procédure, la garde de leurs enfants à l’issue d’une affaire d’allégations d’inceste n’a été convoqué. Sauf à ce qu’ils n’aient été considérés que comme autant d’agresseurs impunis, désormais libres de torturer leur enfant avec la caution de l’institution judiciaire, il apparaît pour le moins curieux que le principe du contradictoire, pierre angulaire non seulement du droit français, mais de tout régime démocratique, n’ait pas eu sa place dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.

Le faux dilemme, ou « la pensée à deux cases »

Semaine après semaine, une même question a structuré les débats, comme une ornière dont on ne pouvait sortir : pourquoi une mère mentirait-elle ? Pourquoi un enfant mentirait-il ? La réponse attendue était toujours la même : ils ne mentent pas. « CQFD. »

Posée en ces termes, la problématique montre avant tout une chose : la limite évidente de ce qu’étaient capables de concevoir, d’entendre ou de comprendre, les membres de cette commission. Cette ignorance s’est doublée de comportements étonnants : présidente au bord des larmes à de multiples reprises, émotion ostentatoire ou surjouée, termes offensants envers certains intervenants, mépris avéré de connaissances scientifiques établies… l’ensemble étant incompatible avec un débat à la hauteur de l’enjeu.  

Il faut en premier lieu rappeler que « la parole de l’enfant » n’est pas toujours une parole : il peut s’agir d’un symptôme (anxiété, troubles du sommeil, modifications du comportement…) qu’il s’agira d’interpréter et qui peut avoir différentes origines, en particulier dans le contexte d’une séparation hautement conflictuelle. Par ailleurs, la « parole de l’enfant » n’émane pas toujours…  de l’enfant !  C’est parfois le parent inquiet qui accuse, alors que l’enfant ne confirme pas. Qui faut-il « croire », que faut-il faire, dans de tels cas ? Analyser, décrypter, contextualiser. Tel est précisément le rôle de l’expert, qui semble bien inutile aux militants : à leurs yeux, les fausses allégations sont si rares que l’on pourrait les négliger. L’accusation vaudrait donc preuve.

Le docteur Maurice Berger assène ainsi, lors de son audition du 2 avril 2026 : « La déclaration spontanée d’un enfant, c’est 99,9 % exact. » (On ne peut qu’admirer la précision, à la décimale près). Il ajoute lors de cette même audition : « On a entre 0,5 et 6% de fausses allégations volontaires. »

Si nous soulignons « volontaires », c’est parce que la psychologie du témoignage — discipline exigeante, documentée depuis des décennies — ne peut se cantonner à cet espace binaire. Elle n’oppose pas le mensonge à la vérité. Elle les dépasse. Car entre le mensonge délibéré et la vérité objective existe un espace clinique considérable, que la commission a catégoriquement refusé d’explorer : celui de l’allégation sincère, avec un abus fantasmé. Celui du « processus de contamination par l’interrogatoire », qui a montré, en psychologie expérimentale, que l’on peut induire, y compris involontairement, des paroles d’enfant par un questionnement maladroit, inducteur, répété. Ce processus peut aboutir à ce que l’on appelle « dévoilement sollicité », infiniment moins fiable qu’un dévoilement spontané. Et pourtant, personne n’aura menti.

Dans le cas des fausses allégations, une infinie palette de nuances existe entre deux extrêmes : la dénonciation calomnieuse (l’accusateur sait que ce qu’il dénonce est faux) et le délire (conviction inébranlable d’un abus fantasmé). Mais ces nuances n’ont jamais semblé intéresser une commission monoïdéique, dont le raisonnement ne n’est jamais affranchi du manichéisme.

Un enfant peut parler avec l’intensité bouleversante de celui qui revit une scène (le souffle coupé, les yeux écarquillés, la voix qui se brise) sans que les faits qu’il décrit se soient produits. Il ne ment pas. Il croit. Il croit de toutes ses forces, parce que son cerveau en développement, soumis à des interrogatoires répétés, à l’inquiétude contagieuse d’un adulte qui attend quelque chose, à la pression diffuse d’une séparation hautement conflictuelle, a progressivement introduit une distorsion dans la réalité.

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Il avait déjà coûté, en France, des années de détention provisoire à des innocents. L’affaire s’appelait Outreau. Le jeune Jonathan décrivait devant les experts des viols par tous les animaux d’une ferme imaginaire, des meurtres d’enfants, des cadavres enterrés dans des jardins… Chacun se souvient des pelleteuses creusant en direct au journal télévisé à la recherche de cadavres d’enfants. Cet enfant ne mentait pas. Il avait été abusé, violé, horriblement et ce depuis le berceau. Et pourtant, ses révélations supplémentaires étaient fausses. Pas mensongères : fausses. La nuance est essentielle.

Myriam Badaoui (mère coupable et complice de viols incestueux) s’est montrée plus subtile que les experts judiciaires. Lorsqu’après sa spectaculaire rétractation, le président Monier lui avait demandé si ses enfants avaient menti, elle avait répondu : « Ils ne mentent pas, Monsieur le Président ; mais parfois, ils se trompent. » Cette phrase aurait dû résonner comme un avertissement permanent dans la salle des auditions. Elle n’y a pas été entendue. Elle y a même été étouffée.

Le Défenseur des droits l’expose d’ailleurs très clairement dans son rapport de 2013[1] »  :

« L’expérience a montré, douloureusement, que la parole de l’enfant n’est pas à « prendre au pied de la lettre », mais à recueillir et examiner en fonction d’éléments techniques qui s’appuient sur des repères partagés.  (..)

La béatification des martyrs

La commission a auditionné des psychiatres et des médecins qui se présentaient comme des résistants de la protection de l’enfance, des hérauts et des héros, broyés par un Ordre des médecins décrit, sous serment, comme « le bras armé des agresseurs ». On les écoutait avec une émotion non feinte, teintée d’admiration. On ne leur posait pas de questions difficiles.

Or ces professionnels avaient, pour certains, fait l’objet de sanctions ordinales. Non pour avoir osé signaler — aucun médecin n’est condamné pour un signalement fait dans les règles —, mais pour immixtion dans des affaires de famille, pour des certificats téméraires ou de complaisance, pour des prises de position militantes dépassant très largement les limites de leur mission. L’une d’elles a déclaré à la commission que ses expertises avaient été suivies par les juridictions « dans 100 % des cas pendant douze ans ». Assertion vertigineuse, qui, si elle était vraie, dirait moins l’excellence de l’expertise que la confusion des rôles. Il faut dire que la même pédopsychiatre assurait retrouver « 100 % de psychotraumatismes » dans les situations d’inceste : on voit mal comment, dès lors, un juge pourrait s’écarter de conclusions aussi péremptoires. Il est d’ailleurs notable de constater qu’elle ne figure plus sur les listes d’experts judiciaires. Sans doute nous dira-t-elle que cette mise à l’écart n’a eu pour but que de l’empêcher de protéger les enfants…

Alain-Gérard Slama l’avait pressenti : « La confusion contre nature du juge et de l’expert a engendré un monstre intellectuel — un angélisme exterminateur. » L’expert n’est pas là pour décider. Il est là pour éclairer une décision qui ne lui appartient pas. Mais la commission ne cherchait pas la complexité. Elle cherchait des témoins. Elle les a trouvés, soigneusement triés.

Le tweet et l’impartialité

Il est un fait que nous ne pouvons taire, car il dépasse l’anecdote et touche à l’honneur des travaux parlementaires.

Avant même la première audition contradictoire de l’un d’entre nous, la présidente de la commission a relayé publiquement, sur les réseaux sociaux, un message hostile émanant d’une experte judiciaire évincée des listes officielles en 2015. Son éviction avait été motivée par son militantisme, jugé incompatible avec les exigences d’objectivité, de neutralité et d’impartialité qu’impose la fonction d’expert judiciaire, termes exacts du courrier du Procureur général près la Cour d’appel de Rennes.

Informée après coup, la présidente a déclaré ne pas connaître cette personne. On lui accordera volontiers le bénéfice du doute. Mais relayer sans vérifier un contenu hostile à un témoin que l’on n’a pas encore entendu, venant d’une « experte » que l’on prétend ne pas connaître, n’est pas seulement une légèreté. C’est un signal. Le signal d’une commission dont la conclusion précédait l’instruction.

Une commission d’enquête peut-elle rendre un rapport impartial lorsque sa présidente a, avant la première confrontation contradictoire, exprimé publiquement sa défiance envers l’un des experts convoqués ? La question mérite d’être posée, sans agressivité, mais avec la netteté que la démocratie réclame.

La dictature de l’émotion

Mais la commission n’a pas seulement enquêté. Elle a préconisé, et c’est là que le théâtre idéologique devient véritablement dangereux.

Première préconisation : la suspension automatique des droits parentaux du père dès la « révélation » d’un inceste. Vraie ou fausse, peu importe, puisque les fausses allégations sont, selon ces témoins de choix, si rares qu’on peut les négliger. En d’autres termes : l’accusation vaut preuve, et justifie l’éviction immédiate du parent mis en cause. Et nous qui pensions, depuis Voltaire et Beccaria, que c’était précisément ce que le droit était censé éviter.

Deuxième préconisation : la dépénalisation de la non-représentation d’enfant. Traduction : une mère « protectrice » ne devrait pas être poursuivie pour avoir refusé de remettre son enfant à son père, fût-ce en exécution d’une décision de justice définitive. L’invitation est claire : contourner impunément les jugements dont on désapprouve le dispositif. C’est la fin de l’autorité de la chose jugée.

Troisième préconisation : l’imprescriptibilité des crimes sexuels incestueux. En apparence généreuse. En réalité, et tout magistrat instructeur le sait, une mesure qui rendra ces dossiers proprement impossibles à instruire : pas de témoins, pas de traces, des souvenirs reconstruits sur des décennies, une psychologie du témoignage qui enseigne précisément la fragilité croissante des mémoires avec le temps. L’imprescriptibilité, dans ce contexte, n’est pas un outil de justice. C’est un instrument de paralysie.

Quatrième préconisation : l’interdiction d’évoquer le concept d’aliénation parentale. Ce concept, qui désigne simplement le rejet inexplicable (en tout cas, au regard de la relation antérieure) d’un parent autrefois aimé par un enfant, a préoccupé au plus haut point les membres de cette commission, comme les intervenants militants. Il serait le moyen de nier la parole de l’enfant (ou de sa mère) et devrait donc être prohibé et pourquoi pas, sanctionné ! Soit l’interdiction d’une réalité clinique documentée par des milliers de publications internationales, par des décisions de justice, au motif qu’elle dérange le récit dominant.

Le Défenseur des droits, dans son rapport « l’Enfant et sa parole en justice », exposait que :

Devenir une arme entre des parents perdus dans une séparation très conflictuelle place l’enfant ou l’adolescent dans un tiraillement permanent, un conflit de loyauté (… ) Parfois, à l’encontre de ce qu’il souhaite réellement, il tient un discours en faveur d’un parent qu’il a « choisi », parce qu’il se sent investi de la mission de soutenir ce parent qui souffre. (…)

Les détracteurs du concept d’aliénation parentale ont anticipé la parade : s’indignant que l’on puisse contourner l’obstacle en décrivant la réalité sans la nommer, c’est la réalité elle-même qu’il faudrait proscrire. On cherchera dans l’histoire des sciences un précédent à cette ambition. On en trouvera un : en 1633, le Saint-Office contraignit Galilée à abjurer le mouvement de la Terre. La Terre continua de tourner. « Et pourtant, elle se meut… » aurait dit Galilée.

Face à l’ensemble de ces préconisations, le Garde des Sceaux a répondu « oui » à tout, sans réserve, sans nuance. On cherchera dans cette unanimité le signe d’une réflexion approfondie. On y verra plus vraisemblablement le réflexe d’un responsable soucieux de ne froisser personne sur un sujet où l’émotion tient lieu de boussole[2]. Ce n’est pas ainsi que l’on protège les enfants. C’est ainsi que l’on fait de la politique.

Ce que les enfants méritent

L’inceste est un crime. La détresse des victimes est réelle, et souvent dévastatrice. Leur parole mérite d’être entendue, mais précisément entendue, c’est-à-dire évaluée avec tout le sérieux clinique que commande leur vulnérabilité. Le sérieux de cette analyse n’est pas un obstacle à leur protection. Il en est la condition indispensable.

Un enfant qui n’a pas été abusé, mais qui, à force de révélations sollicitées, de questions inductrices, de certitudes adultes, va grandir dans la conviction d’avoir été abusé, est une victime, lui aussi. Victime d’un système qui a confondu la compassion avec la méthode, l’émotion avec le raisonnement, la conviction avec la vérité. Faute d’avoir été victime d’un abus physique, il sera victime d’un abus psychologique. Si l’aliénation parentale ne figure pas dans les classifications internationales, « l’abus psychologique de l’enfant », et « l’enfant affecté par une séparation parentale conflictuelle », eux, y figurent bel et bien, au chapitre des troubles relationnels. Va-t-on nous interdire des références à ces diagnostics ? Ces faux-dévots de la protection de l’enfance en seraient bien capables, d’autant plus dangereux en leur âpre colère, qu’ils prennent contre nous des armes qu’on révère[3] ».

Prendre au sérieux la parole de l’enfant ne signifie pas la prendre mécaniquement à la lettre. Cela signifie l’examiner : comment a-t-elle surgi ? Qui l’a recueillie, et combien de fois ? Quelles ont été les toutes premières questions posées, et par qui ? Ces questions ne constituent pas une attaque contre l’enfant. Elles sont un hommage à sa dignité.

Éric Dupond-Moretti, entendu par la commission, l’a rappelé : aucune cause, si noble soit-elle, ne justifie que l’on renverse la charge de la preuve, que l’on instaure ce que la juriste Marcela Iacub nomme une exception sexuelle du droit, une zone où la présomption d’innocence se suspend et où l’accusation tient lieu de preuve.

La leçon qu’on refuse d’apprendre

Il y a dans cette commission quelque chose de profondément triste. Elle s’est emparée d’un sujet grave pour en faire un théâtre idéologique. Elle a béatifié des témoins, stigmatisé des experts, tenu à l’écart la littérature scientifique internationale, refusé d’entendre les voix qui auraient pu complexifier le récit.

Le rapport qui en résultera sera un monument à la pensée univoque. Il sera peut-être éloquent. Il sera certainement sincère. Mais il sera ce que les experts judiciaires apprennent à éviter dès les premiers mois de leur formation : la conclusion qui précède l’examen. Comme le dit Hubert van Gijseghem, spécialiste internationalement reconnu de la psychologie du témoignage : « On ne peut pas faire d’expertise avec un cœur qui saigne. » La dimension humaine est essentielle ; elle ne dispense ni l’expert, ni le législateur, de leur technicité.

Et les enfants, ces enfants dont on prétendait faire le cœur du débat, en seront les premiers sacrifiés. Ceux qui ont vraiment souffert méritaient mieux qu’un rapport militant. Ceux qui ont cru avoir souffert, parce que les adultes de leur vie les en ont convaincus, méritaient eux aussi d’être protégés : de la confusion, de l’instrumentalisation, du dommage irréparable d’une histoire traumatique qui n’est pas la leur.

« Rien n’est plus dangereux qu’une idée quand on n’a qu’une idée. » Cette commission avait une idée. Elle était généreuse. Elle était simple et dangereuse. Et les enfants, qui sont le bien le plus précieux d’une nation, méritaient qu’on en eût plusieurs.

Agathe Denis est avocate au barreau de Versailles.

Le Dr Paul Bensussan est psychiatre, expert agréé par la Cour de cassation, auteur de plusieurs ouvrages sur la protection de l’enfant et la délinquance sexuelle.


[1] L’enfant et sa parole en justice, rapport annuel sur les droits de l’enfant, 20 novembre 2013, remis au Président de la République

[2] La Dictature de l’émotion, publié en 2002 par Paul Bensussan et Florence Rault, portait en sous-titre « La Protection de l’enfant et ses dérives ».

[3] Molière, Le Tartuffe, acte I, scène 5

Arc-en-ciel et keffieh: la pride captive de l’intersectionnalité

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La police sécurise le char du parti de droite flamand NVA lors du défilé de la gay pride, Bruxelles, 16 mai 2026 © NICOLAS MAETERLINCK/BELGA/SIPA

Punir l’homophobie et combattre l’idéologie LGBT: le juste milieu à trouver


Samedi dernier se tenait la Brussels Pride, ponctuant la semaine consacrée aux droits LGBTQIA et autres préférences sexuelles, dans la capitale belge. L’événement a lieu tous les ans et fut pendant longtemps connu sous l’appellation Gay Pride, encore largement utilisée par tous ceux qui, comme moi, observent ce qui s’y passe de façon lointaine et désintéressée. Comprenez : je suis hétérosexuel ; je suis né homme et souhaite le rester ; je pense que la vie intime doit rester cantonnée dans la sphère privée – comme les religions, les émotions et tutti quanti – ; et j’avoue ne pas aimer l’étalage vulgaire de chair que cet événement a pendant longtemps été (et est encore parfois).

Fourre-tout

S’il a toujours été chargé d’une dimension politique, le grand raout s’est mué en vitrine d’une idéologie qui s’est greffée à l’intersectionnalité des luttes, toutes ancrées dans le narratif d’une gauche qui ne reconnaît, en aucun cas, à la droite la légitimité de les partager avec elle. Et c’est justement dans ce fourre-tout antinomique, où l’arc-en-ciel se mêle au rouge du socialisme, au vert de l’écologie punitive et surtout au drapeau palestinien, bref où le cuir des combinaisons lascives se mêle aux keffiehs des Occidentaux parmi les fedayin de chez Tasty Crousty, que le mélange devient explosif : on imagine d’ailleurs mal les « Queers pour la Palestine » survivre plus de trois minutes dans la bande de Gaza, du moins tant que le Hamas y aura de nombreux soutiens ; on leur souhaiterait bien du courage dans certains quartiers de Bruxelles que la Pride évite précautionneusement.

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Et comme le monde actuel se consume à tout vouloir politiser et cliver, la marche annuelle n’a pas échappé à la radicalisation.  Les partis belges de centre-droit, N-VA côté flamand et MR du côté wallon, voulant être plus progressistes que les progressistes en ayant leurs propres chars et slogans (« Kiss me, I’m liberal ») furent ciblés par les habituels ennemis de la liberté de penser. Certains responsables politiques de gauche jouant la carte communautariste avaient quant à eux aquagym – et c’était davantage pour ne pas se fâcher avec une partie de leur électorat que pour vérifier si les cabines de la piscine étaient genrées.

Non-dit

Evidemment, tout ceci ne sert pas vraiment la cause des homosexuels, pas plus d’ailleurs que les passages cloutés repeints aux couleurs de l’arc-en-ciel un peu partout à Bruxelles – du moins, là où l’islamisme n’est pas encore hégémonique. Car c’est bien là que se situe le non-dit : aucun des progressistes ne mentionne clairement la nature des menaces planant sur les gays dans les pays de l’espace occidental ; et bien sûr la réponse est dans la question car elles ne proviennent ni de l’extrême droite – ni de vous, ni de Bolloré, ni de moi donc -, ni du Belge lambda qui s’est d’ailleurs accommodé du mariage pour tous et de l’adoption par les couples homosexuels – en parlant du Belge, tout au plus s’aventure-t-il encore à quelques réflexions limites et graveleuses, après deux verres d’alcool ou quand il se trouve dans un stade de foot… et si ce n’est pas très malin, ce n’est pas non plus bien grave.

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Forcément, dans un pays laxiste, surtout quand le coupable n’est pas un Belge de souche, les agressions dont sont victimes les homosexuels ne sont pas punies à leur juste mesure. L’élu gantois du Vlaams Belang, parti nationaliste flamand, Ywein Joris a d’ailleurs fait sensation dernièrement au conseil communal de Gand, quand, au moment de répondre à la gauche qui reprochait à son parti de ne pas comprendre la situation des homosexuels, a fait part de son expérience lorsqu’il se promenait avec son compagnon : « Nous avons croisé trois jeunes gens issus d’un milieu que je n’ai pas besoin de vous décrire. Ils m’ont demandé sans détour si j’étais gay. J’ai simplement répondu honnêtement que, oui, la personne qui m’accompagnait est mon petit ami (…) L’atmosphère a immédiatement changé. Ils se sont mis à rire et à crier : on va se battre ? » Le réel, forcément, ne plaît pas aux progressistes. Ni propagande LGBT, ni homophobie, il existe un juste milieu où les préférences sexuelles ne sont pas des pancartes idéologiques – un individu ne devrait jamais résumer son identité à ce qu’il fait sous la couette – et où la sécurité devrait être le premier des droits des homosexuels, contrairement à ce que tentent de faire croire les propagandistes fous qui tentent d’imposer leurs lubies à grands coups de victimisation : thérapies de conversions, présences de drag queens dans les écoles, suppression de la mention du sexe biologique sur la carte d’identité, toilettes non genrées… Il est définitivement temps de refermer la « cage aux phobes ».