Le président américain Trump tente encore de faire aboutir les discussions avec Téhéran sur la cessation des hostilités et la réouverture du détroit d’Ormuz. Les Israéliens, eux, connaissent la nature profondément extrémiste et pragmatique du régime iranien, ses mensonges, et sont nettement moins pressés de faire la « paix » tant que les mollahs restent en place. Rappels historiques.
Double discours à Neauphle-le-Château
« La République islamique sera fondée sur la liberté d’expression et luttera contre toutes les formes de censure. » « Les femmes seront libres de choisir le mode vestimentaire qu’elles désirent. » Ce sont des déclarations à la presse internationale de l’ayatollah Khomeini, réfugié à Neauphle-le-Château (78) depuis octobre 1978, après son expulsion de Najaf, en Irak. Six semaines après son retour à Téhéran, Khomeini édicte à l’égard des femmes une série de règles d’une violence exceptionnelle. Puis, lorsque Mehdi Bazargan, son Premier ministre intérimaire, lui propose un référendum sur une république démocratique islamique, il répond que ceux qui parlent de république « démocratique » ne savent rien de l’islam…
Pour Khomeini, mentir était un comportement rationnel et licite de protection (la célèbre taqiya) quand il parlait aux journalistes occidentaux. Ceux-ci auraient dû savoir que ses paroles étaient aux antipodes de ce qu’il avait écrit durant son exil irakien, et notamment de sa doctrine selon laquelle le faqih (le jurisconsulte avisé) devait exercer un pouvoir absolu en tant que représentant sur terre de l’imam caché, et seul interprète légitime du Coran.
Personne ne se préoccupait de ces détails dans l’intelligentsia française qui, à la suite de Sartre et Foucault, exaltait Khomeini comme un libérateur démocrate et l’accompagnait en pâmoison dans l’avion de son retour glorieux à Téhéran.
Bientôt, ceux qui l’avaient aidé en pensant qu’il était compatible avec la liberté de conscience étaient en fuite, morts ou en prison, comme Bazargan, Sanjabi ou Bani Sadr, sans parler de Chapour Bakhtiar, dernier Premier ministre du Shah, égorgé à Paris.
Les trois figures de l’ombre
Khomeini s’est inspiré de trois figures contemporaines, dont les idées et les obsessions ont tourmenté le monde de ces cinquante dernières années :
- Navvab Safavi (fusillé en 1956) : Il avait créé une organisation pour assassiner les Iraniens collaborant avec l’Occident. Il l’a appelée « fedayin de l’Islam », la première occurrence du mot dans le vocabulaire islamique moderne. Il signifie « ceux qui se sacrifient », et la notion de martyre au nom d’Allah, inhérente à la tradition chiite, sera largement promue par Khomeini.
- Sayyid Qutb : Ce Frère musulman égyptien (donc sunnite) fut pendu en 1966 par Nasser. Il admirait Safavi, et son propre traducteur en persan s’appelait Ali Khamenei. Son appel à la lutte armée de l’islam contre un Occident satanique n’a pas seulement conduit à Al-Qaïda et Daech, mais a profondément inspiré la révolution chiite.
- Ali Shariati : Sa mort en 1977, attribuée sans preuve à la police politique du Shah, en a fait un martyr. Il avait étudié à la Sorbonne et a popularisé l’idée, historiquement absurde, que l’islam étant la religion des opprimés, le marxisme y était soluble.
La réalité du régime : répression et pragmatisme
Dans les faits, la République islamique a protégé la propriété privée. Aux déshérités, elle a plutôt offert les fonctions de bassidj : exécuteurs des basses œuvres ou chair à canon au cours de la guerre contre l’Irak. Quant aux communistes du Toudeh (pourtant très déférents à l’égard de Khomeini) ou aux Moudjahidines du peuple (dont la terrible répression s’acheva en 1988 par un massacre dans les prisons), ils sont la preuve d’un islamo-gauchisme et de ses déboires.
Khomeini a imposé la charia dans un bain de sang, et l’assassinat de dizaines de milliers de manifestants en janvier 2026 est un épisode de plus dans cette histoire tragique. Le régime actuel s’inscrit en continuité directe avec celui de Khomeini, à ceci près que son successeur, Khamenei, a fait basculer peu à peu le pouvoir des mains du clergé à celles des chefs pasdarans. Ces hommes se sont extrémisés dans la terrible guerre contre l’Irak qui fit un million de morts. Ce fut un véritable crève–cœur pour Khomeini d’arrêter cette guerre, non pas en raison du nombre de victimes, mais parce qu’il avait espéré en faire l’étendard de sa lutte contre l’Occident honni.
Face à l’Occident et Israël
Certains des dirigeants actuels de l’Iran sont corrompus, mais beaucoup sont convaincus que le martyre les rapprochera de la vérité et vouent un mépris abyssal aux Occidentaux. Trump, qui voit les relations humaines sous forme de transactions où l’argent est le moteur unique, est mal outillé intellectuellement pour les affronter.
L’Europe, inerte, espère une « paix entre ennemis », une notion qui n’a pas de sens si on l’applique à des gens qui ne veulent en aucune façon respecter un accord, mais simplement gagner du temps pour détruire ce qu’ils appellent le Mal : le Grand et le Petit Satan.
La grande majorité des Israéliens savent qu’avec l’Iran des mollahs, la paix ne sera possible que si le régime est détruit pour que, sur ses restes, se construise un Iran de dialogue. C’est un combat existentiel et le livre récent de Stéphanie Rosa et Amirpasha Tavakkoli, Lumières et anti-Lumières en Iran, montre, après d’autres, le caractère obsessionnel de la haine anti-israélienne qui ronge le régime de la théocratie fanatique que Khomeini a imposée.
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