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Ebola, révélateur d’un État en déliquescence

Alain Destexhe joue cartes sur table


Ebola, révélateur d’un État en déliquescence
Vanny Birungi, volontaire de la Croix-Rouge, s'adresse à la population lors d'une campagne de sensibilisation publique menée à Bunia, au Congo, le lundi 25 mai, en pleine épidémie d'Ebola © Moses Sawasawa/AP/SIPA

Selon la BBC, la police congolaise a tiré des coups de feu en l’air dimanche alors que des foules ont tenté de récupérer les corps de leurs proches décédés dans un centre de traitement d’Ebola à Mongbwalu, dans l’est du pays. La maladie s’ajoute aux malheurs de la RDC déjà en proie à la guerre civile et au régime autoritaire de son président, dans la plus grande indifférence à l’international. Le Congo mérite mieux qu’un troisième mandat de Tshisekedi


L’épidémie d’Ebola remet le conflit relativement oublié de la République fort peu démocratique du Congo (RDC) sous les projecteurs. Même si l’origine de l’épidémie se situe en Ituri, une province du nord-est qui échappe largement au contrôle des autorités, le fait que le pays soit frappé pour la 17ᵉ fois depuis 1976 par ce virus mortel témoigne de la déliquescence généralisée de l’État, notamment de son système sanitaire, dans un pays désormais failli.

En un an, le conflit dans l’est du Congo, entre le M23 et l’Alliance Fleuve Congo (M23/AFC) d’un côté et le régime du président Tshisekedi de l’autre, a considérablement évolué. La perspective d’une chute du régime s’est éloignée, alors même qu’elle demeure le seul véritable espoir du peuple congolais. Trois évolutions majeures méritent d’être soulignées.

Les drones changent la donne militaire

D’abord, l’évolution de la situation militaire. Avec la prise de Goma, Bukavu et d’autres localités au début de 2025, les FARDC (forces armées congolaises) subissent des défaites cuisantes face à une armée pourtant inférieure en nombre et en équipement, alors même que les forces de Kinshasa étaient appuyées par les FDLR (héritiers des génocidaires du Rwanda en 1994), les Wazalendo (des milices villageoises armées par Kinshasa) et des mercenaires étrangers, principalement roumains. L’armée congolaise est notoirement inefficace et profondément corrompue.

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Toutefois, avec l’apparition massive des drones, encore inexistants au début de l’année 2025, la donne a changé. Le régime est désormais capable de mener des offensives meurtrières, d’éliminer des leaders du M23 et, surtout, de terroriser et massacrer des populations civiles depuis Kisangani, la troisième ville du pays, ou depuis d’autres bases, grâce à des drones opérés par des mercenaires étrangers. Tshisekedi retrouve ainsi un certain avantage, que son armée demeure pourtant incapable de traduire en avancées terrestres. Les civils restent les principales victimes de ces opérations, tandis que la communauté internationale demeure indifférente à des crimes qui se répètent quotidiennement.

Washington abandonne sa neutralité

La seconde évolution est la sortie de Washington de sa neutralité et de sa volonté initiale de rechercher une solution équilibrée, au profit d’un soutien accru au régime de Tshisekedi. Cela s’explique à la fois par le potentiel minier colossal du Congo, sans comparaison possible avec celui du Rwanda, et peut-être aussi par les dizaines de millions de dollars que Kinshasa consacre à son lobbying à Washington. Sous pression américaine, le M23 a dû se retirer d’Uvira, au sud du pays, à la frontière du Burundi, conquise fin 2025, et certains militaires rwandais ont été sanctionnés.

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Pourtant, les mesures de défense du Rwanda au Congo sont absolument indispensables pour la sécurité du petit État rwandais, qui pourrait être facilement attaqué si l’armée congolaise contrôlait les frontières à Goma et Bukavu. Je compare volontiers cette situation à celle d’Israël, qui a besoin de la profondeur stratégique du Golan et de la Jordanie pour repousser une éventuelle attaque venue de Syrie ou de Jordanie.

Tshisekedi prépare son maintien au pouvoir

La troisième évolution, désormais manifeste, est la volonté de Tshisekedi de se maintenir au pouvoir, soit par un « glissement » du calendrier électoral, en repoussant la date du scrutin, comme l’avait fait son prédécesseur, soit, plus probablement, en modifiant la constitution. Ses affidés sont déjà à la manœuvre, et l’intéressé s’est dit ouvert à cette possibilité « si le peuple le réclame ». Défense de rire.

Un régime prédateur et une population abandonnée

En réalité, le régime Tshisekedi est l’un des plus prédateurs au monde. Dans ce pays de plus de 100 millions d’habitants, le deuxième le plus peuplé d’Afrique, les largesses du pouvoir ne profitent qu’à une petite clique de privilégiés. La population vit dans une misère absolue, sans bénéficier des richesses géologiques ni du potentiel agricole immense d’un pays qui figure parmi les derniers au monde selon tous les indicateurs de développement.

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Tétanisée par la crainte d’une explosion de cet immense territoire et par les difficultés récurrentes d’organiser un scrutin, comme l’ont montré les précédentes élections, la communauté internationale semble déjà résignée à accepter ce scénario.

Répression, dérive ethnique et autoritaire

Il faut rappeler que Tshisekedi n’a gagné aucune élection crédible : son arrivée au pouvoir en 2018 résulte d’un accord avec son prédécesseur, Joseph Kabila, alors que le véritable gagnant du scrutin, Martin Fayulu, refusait de négocier l’immunité du président sortant. Kabila conservait d’ailleurs la majorité parlementaire après les élections concomitantes. Tshisekedi a ensuite réussi — par la corruption ? — à faire basculer une majorité de l’Assemblée dans son camp, et les deux chambres lui sont désormais totalement acquises. Sa réélection en 2023 a été notoirement entachée d’irrégularités majeures. Désormais, il étouffe toute dissidence, emprisonne ses adversaires, favorise outrageusement son ethnie (les Luba) et encourage, à travers ses proches, une dangereuse discrimination ethnique.

La communauté internationale a choisi le mauvais camp

Il ne fait aucun doute que les régions sous contrôle du M23/AFC, un territoire équivalent à celui de la Belgique, à l’est du pays dans les provinces du Kivu, sont mieux gérées dans l’intérêt des populations, même si le M23/AFC fait face à des difficultés considérables, notamment l’absence d’un système bancaire et de reconnaissance internationale.La communauté internationale, les États-Unis surtout, mais aussi l’UE, la France et la Belgique, pourrait exiger un dialogue national entre tous les acteurs politiques, comme le demande la CENCO, la Conférence épiscopale nationale du Congo. Mais elle semble avoir pris parti pour l’odieux régime de Tshisekedi. À défaut d’un dialogue sincère ou d’une victoire militaire du M23, la prolongation du conflit et de la misère du peuple congolais est inévitable.

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Sénateur honoraire belge, ex-secrétaire général de Médecins sans frontières, ex-président de l’International Crisis Group

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