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Squat idéologique contre squat marginal: l’utopie se fracture

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Squat idéologique contre squat marginal: l’utopie se fracture
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« Ce sont tous des squatteurs. Il n’y a pas de bons ou de mauvais squatteurs », a pesté la maire de Vitoria-Gasteiz, au pays basque espagnol, après des affrontements graves survenus dans le quartier d’Errekaleor entre habitants gauchistes d’un collectif autogéré installé depuis des années et nouveaux marginaux du Maghreb venus d’une usine un peu plus loin.


Né dans les années cinquante pour accueillir les familles ouvrières de Vitoria-Gasteiz, le quartier d’Errekaleor est devenu, au fil des décennies, l’un des symboles les plus emblématiques du militantisme alternatif espagnol. Avant de progressivement péricliter. Occupé depuis 2013, devenu un vaste squat autogéré, il s’est construit une réputation de laboratoire social mêlant écologie, anticapitalisme et rejet des structures traditionnelles d’autorité. Pour une partie de la gauche radicale européenne, il incarne encore aujourd’hui l’idée qu’une autre manière de vivre serait possible.

Mais ces derniers jours, cette utopie revendiquée s’est heurtée de plein fouet à la réalité.

Les tensions ont éclaté lorsque plusieurs dizaines de sans-abri et de squatteurs venus d’anciens bâtiments industriels désaffectés ont tenté de s’installer à leur tour dans le quartier. Une arrivée qui semblait pourtant correspondre aux principes affichés depuis des années par les habitants : solidarité, accueil des exclus et refus de l’exclusion sociale. Pourtant, les occupants historiques ont refusé leur installation, invoquant les « règles internes » de leur communauté autogérée. Très vite, la situation a dégénéré en affrontements physiques, obligeant la police basque à intervenir.

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Le paradoxe est saisissant : des squatteurs refusant d’autres squatteurs au nom de leur propre organisation collective. La maire socialiste de la ville, Maider Etxebarria, a d’ailleurs reconnu le caractère « quelque peu grotesque » de la situation, affirmant que « le squat idéologique et le squat marginal ne font pas bon ménage ».

Au-delà de l’anecdote, l’affaire révèle surtout les contradictions d’une partie de la gauche européenne contemporaine. Tant que l’accueil et l’ouverture restent des concepts théoriques, ils rassemblent facilement. Mais lorsqu’il faut partager concrètement un territoire, des ressources limitées et une organisation collective avec des populations plus précaires ou instables, les grands principes se heurtent rapidement au réel.

Dans une Espagne déjà divisée par la politique migratoire controversée du Premier ministre Pedro Sanchez, l’épisode d’Errekaleor agit comme un révélateur : il est toujours plus facile de défendre l’ouverture dans les principes… jusqu’au jour où il faut réellement en assumer toutes les conséquences.




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Journaliste , conférencier et historien.

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