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L’ensauvagement c’est maintenant

La victoire du PSG et les ennemis du vivre ensemble


L’ensauvagement c’est maintenant
La foule fuit la police qui charge après des débordements, alors que le parc des Princes explose aux couleurs du club PSG, à Paris, le 30 mai 2026 © BENLEULMI ELIAS NEIL/SIPA

Autour de la porte Maillot, de la porte d’Auteuil et dans plusieurs quartiers de Paris, mais aussi dans certaines villes de province, la racaille décérébrée a sorti les mortiers ou commis des violences contre les forces de l’ordre ainsi que des dégradations visant vitrines et mobilier urbain dès le début du match du Paris Saint-Germain, samedi.


Les voitures brûlaient tandis que les joueurs du PSG soulevaient la Coupe. Les écrans diffusaient simultanément les images du triomphe et celles des pillages. D’un côté, des footballeurs célébrés comme des héros nationaux. De l’autre, des commerces dévastés, des vitrines brisées, des policiers attaqués, des rues transformées en terrain d’affrontement.

La soirée s’est soldée par un lourd bilan: un mort circulant en deux-roues sur le périphérique envahi par la foule, 219 blessés, dont huit grièvement, et 780 personnes interpellées par la police. Recevant les joueurs à l’Élysée, le président Macron s’est borné hier à déplorer «des scènes de violences inacceptables», sans qu’il soit certain que d’autres émeutes ne se produiront pas lors de la Coupe du monde qui débute dans une dizaine de jours et alors que rien ne permet d’affirmer que les casseurs seront effectivement sévèrement réprimés par la justice.

La France des émeutes intermittentes

Les commentateurs ont parlé de débordements. Mais le mot est faible.

Car ce qui s’est produit à Paris et dans plusieurs villes françaises après la victoire du PSG ne relève plus de l’accident. Ces scènes se répètent après les matchs, les fêtes nationales, le Nouvel An ou le moindre prétexte susceptible de rassembler les foules. Elles sont devenues un phénomène social à part entière.

Depuis des décennies, les gouvernements de gauche, rejoints souvent par une partie de la droite, ainsi que les organisations militantes comme SOS Racisme, ont promu l’idée selon laquelle il suffirait de proclamer le vivre ensemble pour le faire exister.

Ils ont oublié une évidence : le vivre ensemble ne se décrète pas. Il résulte d’une volonté partagée. Il suppose que des individus différents acceptent librement de respecter les mêmes règles, les mêmes institutions et les mêmes limites. Or une partie croissante de la population manifeste depuis longtemps son refus de cette exigence.

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Depuis des années, il est devenu évident que la dénonciation permanente du racisme supposé de la société française alimentait paradoxalement les logiques de séparation. À force d’expliquer à certains groupes qu’ils vivent dans un pays fondamentalement hostile, on nourrit moins l’intégration que le ressentiment. On fabrique des adversaires là où l’on prétend créer des citoyens.

Une partie des descendants de l’immigration maghrébine, rejoints aujourd’hui par certains groupes issus d’autres immigrations plus récentes, exprime ce rejet sous des formes diverses : violences gratuites, trafics, agressions, refus de l’autorité, attaques contre les représentants de l’État, émeutes périodiques et parfois terrorisme. Pendant longtemps, ces phénomènes ont été minimisés. On les a présentés comme des faits divers. On les a expliqués par la pauvreté, l’exclusion ou les discriminations. Toute analyse plus profonde devenait aussitôt suspecte. Pourtant, les faits s’accumulent.

Ce que révèlent les violences qui accompagnent désormais tant de célébrations publiques, ce n’est pas seulement un problème de sécurité. C’est l’existence de groupes pour lesquels les institutions, les symboles nationaux et les biens communs ne constituent plus un patrimoine à protéger mais une réalité étrangère, parfois hostile. On ne détruit pas ce que l’on considère comme sien. On ne saccage pas ce à quoi l’on appartient. La question devient alors inévitable : comment une société produit-elle ses propres ennemis ?

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Contrairement à ce que prétendent les discours simplistes, l’islam ne suffit pas à expliquer ce phénomène. L’histoire est remplie de mouvements violents qui n’avaient rien de musulman : révolutionnaires chinois, nazis, fascistes, communistes, génocidaires rwandais ou khmers rouges. En Amérique latine, la violence est endémique.

Partout, on retrouve les mêmes mécanismes : le ressentiment, la jalousie, la haine sociale, le désir de domination, la victimisation permanente et, presque toujours, la désignation d’un ennemi supposé responsable de tous les malheurs. Mais dans l’Europe contemporaine, l’islamisme fournit à ces passions un langage, une justification et une promesse.

Nouvelle France

L’immigration massive a favorisé la constitution de territoires où d’autres normes, d’autres autorités et parfois d’autres fidélités concurrencent celles de la nation. Les caïds, les trafiquants et les prédicateurs y exercent souvent davantage d’influence que les représentants de l’État. Les différences de genre, de génération, de couleurs de peau ne sont pas le problème. Le problème est la violence. Le problème est le refus des règles communes. Le problème est l’apparition d’individus ou de groupes qui ne souhaitent pas réellement participer à la société mais la transformer en champ de bataille symbolique où se règlent des comptes historiques, sociaux ou identitaires.

Les prochaines échéances électorales tourneront largement autour de cette question. Car les classes populaires, françaises de toutes origines, vivent quotidiennement les conséquences de cette évolution. Elles n’ont pas la possibilité de s’en abstraire. Les élites, elles, demeurent largement protégées. Elles vivent dans des quartiers préservés, fréquentent des établissements sélectifs et disposent des ressources nécessaires pour échapper aux réalités qu’elles analysent ensuite à distance.

La nuit qui a suivi la victoire du PSG n’était donc pas seulement une nuit d’émeute. Elle fut une démonstration. La démonstration qu’aucune société ne peut survivre longtemps lorsque ceux qui refusent les règles communes deviennent plus déterminés que ceux qui sont chargés de les défendre.



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Essayiste et fondateur d'une approche et d'une école de psychologie politique clinique, " la Thérapie sociale", exercée en France et dans de nombreux pays en prévention ou en réconciliation de violences individuelles et collectives.

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