Quand l’école décroche, la politique aussi. La médiocrité est devenue la norme, et notre pays souffre d’un manque de profondeur.
Il est clair que le niveau moyen des élèves, dans les collèges et les lycées, a considérablement baissé. Il est clair que certains instituteurs et professeurs font eux-mêmes des fautes d’orthographe qu’ils ne cherchent d’ailleurs plus à sanctionner chez leurs élèves, et pour cause ! Il est clair qu’il est peu de professions qui, par rapport aux temps anciens, ne se soient pas dégradées. Il est clair que la culture générale s’est appauvrie au point que la littérature et l’Histoire pourraient devenir des territoires quasiment inconnus.
Cette déploration sans nuance n’est pas originale et elle n’est pas seulement le fait d’aigres conservateurs qui, parfois, s’oublient eux-mêmes dans leur vitupération de l’époque. La manière assez fréquente dont on se console de cette médiocrité consiste d’abord à ne jamais la voir chez soi – je n’échappe pas à cette dérive – et ensuite de l’enfermer dans le seul domaine de l’enseignement au sens large. Alors qu’elle est partout et qu’on peut soutenir, en effet, que tout se dégrade.
Amateurisme global
Sur le plan international, c’est à cause de ce constat, dont chaque jour permet de vérifier la pertinence, que certaines personnalités atypiques, imprévisibles, erratiques, cyniques aussi, sans morale souvent, surgissent et obtiennent un vote majoritaire de la part de leurs concitoyens, quand la dictature ne les prive pas confortablement des affres de la démocratie.
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Il n’est pas besoin d’être un spécialiste en géopolitique pour relever que l’équipe autour du président Trump est gangrenée par un amateurisme chaotique directement hérité de son maître. Dominique de Villepin a eu raison de souligner que la diplomatie est un métier et qu’une forme de classicisme, de savoir et de rationalité est nécessaire. On peut d’ailleurs regretter que lui-même, doué pour la dénonciation lyrique et volontariste, ne prenne jamais la peine de nous expliciter le « comment ».
La récrée électorale
Le niveau baisse partout et le climat de notre vie politique en est une lamentable illustration. Cette évidence est d’autant plus saisissante qu’elle ne rejoint pas les crachats habituels sur l’ensemble de la classe politique, qui serait globalement au-dessous de tout. À considérer la pluralité des personnalités qui, pour l’instant, paraissent décidées à concourir pour 2027 – il y aura bientôt une décantation nette –, aucune n’est médiocre, mais aucune n’est transcendante. Il est étonnant de voir, d’ailleurs, à quel point le talent pur est moqué – combien de fois ai-je eu droit à de la dérision parce que je vantais celui de Gabriel Attal ! – comme si d’autres qualités et dispositions plus fondamentales avaient pris la relève, alors que, le plus souvent, ce n’est pas le cas.
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Cette perception n’épargne ni la gauche ni la droite, et encore moins l’extrême gauche et la droite radicale. Jordan Bardella est perçu comme une star et il échappe, de ce fait, au sort commun des politiques : il n’est plus jugé sur ce qu’il pense et dit, mais sur la lumière qui l’entoure. Pour LFI et ceux qui gravitent autour de Jean-Luc Mélenchon, la si piètre prestation de Mathilde Panot au Grand Jury n’a fait que confirmer que l’idéologie ne peut pas remplacer l’intelligence, ni la logorrhée partisane la finesse de l’analyse et la maîtrise du langage.
La politique du superficiel
Dans le passé, il a pu y avoir des échecs, même des désastres ponctuels, de la part de certains politiques, mais ils étaient aussi capables d’être exceptionnels. Dans toutes les professions, celle d’avocat en particulier, on n’atteint l’exceptionnel que si l’on succombe, une fois ou l’autre, au pire. Nos politiques ne déçoivent jamais parce qu’ils sont toujours ordinaires, dans la mesure. Jamais franchement mauvais, mais laissant toujours le citoyen sur sa faim. On a toujours envie de leur dire : « Mais allez encore plus loin, ne vous arrêtez pas là, la profondeur est ailleurs ! »
Le niveau baisse partout. C’est sans doute aussi à cause de cette réduction que la démobilisation politique s’amplifie. Nous cherchons désespérément des individus sortant du lot. On n’est pas obligé de repartir vers Charles de Gaulle. Je songe à Nicolas Sarkozy dans sa campagne de 2007 : il y avait là l’irruption, dans l’espace démocratique, d’un être politique hors du commun. La rançon du vide relatif d’aujourd’hui est que certaines personnalités, par compensation, sont ponctuellement portées aux nues par idéologie : l’enflure et le tocsin permanent d’un Philippe de Villiers par le camp conservateur ou la pauvreté monomaniaque et belliqueuse d’une Rima Hassan de l’autre côté.
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Dans ce désert, qui montre que les adeptes du « c’était mieux avant » ont raison, surgissent des pépites qui illuminent précisément parce qu’elles apposent, sur l’instantanéité et l’immédiateté du flot de l’actualité, l’airain d’une pensée solide et durable, la beauté d’un style, la puissance de l’universel. Il n’y en a pas beaucoup. Tant de médiatisations qui donnent la nausée, saturent. Parmi ces pépites, une, en particulier, est l’absolu antidote à ce pessimisme étouffant. Il est joyeux et pourtant sans illusion. Il s’agit de Sylvain Tesson. Le niveau baisse partout, mais lui nous élève.
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