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La petite chienne

Mortelle canicule ?


La petite chienne
Canicule à Bordeaux, 26 mai © UGO AMEZ/SIPA

Les températures hors norme en France devraient prendre fin aujourd’hui. Mais le match du PSG ce soir pourrait échauffer les esprits des supporters et de voyous dans la capitale, redoutent les policiers.


Le peuple français est éruptif. La France est portée aux extrêmes. Et voilà que la canicule s’en mêle, mettant à mal les corps, échauffant les esprits, montant la droite contre la gauche. Les bornes d’incendie dans certaines rues ne sont pas suffisantes pour rafraîchir. A 18 heures, le match promet surchauffe et échauffourées.

Face à cette canicule précoce, le gouvernement est pris de court, même «bousculé», titre Le Monde. On se souvient de la canicule de 2003 ; mais elle avait eu lieu en août. Les climatologues déplorent aujourd’hui un manque d’anticipation. Pour la lfiste Mathilde Panot, « la Macronie est incapable de répondre à l’enjeu de notre siècle ». L’écolo Marine Tondelier se dit « effarée par le degré d’impréparation du gouvernement » contre la chaleur. Face à ce climat de surchauffe, le Premier ministre Sébastien Lecornu a décidé de présider une réunion interministérielle sur le sujet. C’est dire combien l’heure est grave. Pourra-t-on éluder la question brûlante et sa problématique : la canicule est-elle d’extrême droite ?

La « petite chienne », c’est Procyon, l’étoile la plus brillante de la constellation du Petit Chien, qui se lève avant Sirius, du 22 juillet au 27 août. Ce sont les Romains qui lui ont donné ce nom, hérité du grec, de « petite chienne », Canis Minor. Et c’est au XVIe siècle que le mot « canicule » prit le sens astronomique qu’on lui connaît. La canicule, stricto sensu, désigne donc une période précise de notre calendrier, redoutée des agriculteurs. À présent, on donne le nom de canicule à une période de très forte chaleur s’étendant sur plusieurs jours, où les maximales doivent dépasser 36 degrés et les minimales 21 degrés. Ces fortes chaleurs ne sont pas exceptionnelles. On dénombre 51 vagues de chaleur depuis 1947, et c’est le 28 juin 2019 que la température la plus chaude a été enregistrée : 45,9 °C à Gallargues-le-Montueux (Gard). Ce qui désoriente, c’est la précocité ou le caractère aléatoire des dates.

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Ce dérèglement climatique plonge donc le monde agricole dans l’inconnu, mais pas seulement lui. Si les récoltes sont décalées, voire compromises (vignes, maïs, blé, fruits), la chaleur affecte notre vie quotidienne : elle touche les transports, fait éclater les rails, arrête les trains en rase campagne, favorisant bientôt les attaques de voyageurs par des voyous venus de nulle part, dessèche les canalisations, pousse les jeunes gens irréfléchis à se précipiter dans l’eau (quitte à se noyer), déshydrate les vieillards, tape sur la tête des jeunes et paralyse les esprits. Et que dire des vaches qui, au-dessus de 25 degrés, tournent au ralenti ? Cerise sur le pompon, enfin : les nuits torrides empêchent de faire l’amour. Et ça, ce n’est pas bon pour la planète ! Certes, en France, on continue toujours à avoir du bon vin, mais pour le reblochon et la tomme de Savoie, produits emblématiques s’il en est de notre beau pays, leur saveur n’est plus garantie malgré la présence d’un groupe froid électrique. Comme si le pays avait besoin de ça !

On le voit, le climat n’est pas au beau. Alors, que faire ? Boire et encore boire — de l’eau, bien entendu ! —, prendre soin de soi et de ses proches, se rafraîchir, fréquenter les Monoprix où vous rencontrez vos semblables assoiffés. S’accorder également un peu de rêve et de culture ? Si on le peut ! Rafraîchir ses souvenirs de mythologie, par exemple sur Orion, grand chasseur devant l’Éternel, devenu aveugle à la suite d’une punition des dieux et qui, pour recouvrer la vue, alla vers le soleil levant, le plus loin possible à l’est, guidé par un jeune garçon sur ses épaules. L’affaire, on s’en doute, se termina bien puisqu’il recouvra la vue et fut transformé par Zeus en constellation, flanqué d’un chien qui n’est autre que Sirius, l’étoile la plus brillante de la constellation du Grand Chien qui jouxte Canis Minor ! La figure d’Orion a inspiré nombre de poètes dont Homère, Horace, Ovide, Virgile, René Char, Yves Bonnefoy, Philippe Jaccottet, ainsi qu’un peintre, Nicolas Poussin, avec son magnifique tableau : Paysage avec Orion aveugle cherchant le soleil.




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Marie-Hélène Verdier est agrégée de Lettres classiques et a enseigné au lycée Louis-le-Grand, à Paris. Poète, écrivain et chroniqueuse, elle est l'auteur de l'essai "La guerre au français" publié au Cerf.

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