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« J’sais pas j’étais pas née »

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«J’ai pas de souvenir…»: face à Darius Rochebin qui l’interrogeait sur LCI sur les présidents de la Ve République, l’écologiste Marine Tondelier était gênée et a vécu un grand moment de solitude


Comme prévu le classement PISA est catastrophique. En réalité c’est un effondrement français, européen et occidental. Pour notre pays, on n’a pas besoin d’études internationales pour connaître l’étendue du désastre. Il suffit d’écouter Marine Tondelier interrogée par Darius Rochebin.

– Pompidou ?
– J’ai pas de souvenirs, pas de trucs marquants à dire sur lui en tant que citoyenne, électrice.
– La croissance, le développement, l’industrie ?
– Bah vous ça vous a marqué apparemment
– Giscard ?
– Bah moi il me fait penser à Macron.

Comme l’observe mon ami Amine El-Khatmi, cette grande féministe n’est même pas fichue de citer l’IVG pour Giscard. Le reste est à l’avenant. Son couplet convenu sur De Gaulle se conclut par « des comme lui, on n’en a plus ! » – quelle profondeur de jugement. Sarkozy c’est très mal et, de Chirac, ce qui l’a marquée, c’est « Mangez des pommes », c’est-à-dire une phrase prononcée par la marionnette de Chirac aux Guignols. Et elle ignore évidemment que Pompidou est le premier à avoir parlé de risque environnemental. D’accord, moi aussi je l’ignorais et je l’ai appris dans un post de Raphaël Doan, mais notez que je n’aspire pas à diriger la France. À moins bien sûr que des pressions amicales….

Marine Tondelier est pré-candidate à la magistrature suprême mais ne sait rien sur ses prédécesseurs. Avec un argument massue (et particulièrement significatif) : J’sais pas, j’étais pas née. On croyait que la politique consistait à s’inscrire dans une généalogie, à penser qu’il y a quelque chose de plus grand que soi qui nous a précédé et nous survivra. Pas pour Tondelier. Son seul horizon c’est ce qu’elle a vécu. Heureusement qu’on ne l’a pas interrogée sur Napoléon ou Du Guesclin – pour le dernier, je ne suis pas sûre qu’elle connaisse le nom.

Sans surprise, les réseaux sociaux ont été pris d’un immense éclat de rire : vacuité, naufrage, néant vertigineux, elle prend cher. Pour ma part, j’ai de la peine pour elle.

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Marine Tondelier ne sait même pas qu’elle ne sait pas. Elle est doublement victime: de la destruction de l’école et du mensonge sur cette destruction. Si j’en crois Wikipédia, Tondelier a fait une hypokhâgne et obtenu un diplôme de Sciences Po Lille. L’Etat lui a fait croire (à elle et ses parents) qu’elle était armée pour appartenir à l’élite. Tout comme il délivre chaque année le bac et le droit d’aller à la fac à des ados qui ne maîtrisent pas leur langue et ignorent qui est Pompidou et ne parlons pas de Montaigne.

La recette bien connue de ce désastre est une bouillie de lâcheté et d’idéologie, dont le résultat est : exigence minimale, bienveillance maximale. On a remplacé la verticalité – un maitre un élève, un qui enseigne, l’autre qui apprend. Ne les vexons pas avec des mauvaises notes. La seule bienveillance, c’est la vérité qui commencerait par annoncer que, désormais, il n’y aura pas plus de 60 % de reçus au bac (et je suis sympa). Ce qui bien entendu n’arrivera pas, tous les parents sont électeurs.

Dans la foulée, comme le souligne Lisa Hirsig dans son excellente analyse, l’Ecole ne se donne plus comme mission la transmission des savoirs qui nous ont forgés, mais la lutte contre les inégalités. Comme on ne pouvait pas faire progresser les médiocres (qu’on qualifie pudiquement d’élèves défavorisés) on s’est employé à faire régresser les bons. Et on y est arrivé. Un expert-éducation de l’OCDE, commanditaire du classement PISA, fait cet aveu stupéfiant dans Le Monde : « La forte baisse des résultats des élèves les plus favorisés entre 2015 et 2025 est presque une bonne nouvelle. »

À l’image de Marine Tondelier, beaucoup de jeunes adultes sont titulaires de diplômes Potemkine. Mais comme elle, ils ne savent pas d’où ils viennent et n’ont pas les armes pour penser le monde où ils vivent. Demain, ils feront tourner le pays. Et ça, ça fait peur.


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La voix des peuples n’affole que les faux démocrates

La droite populiste étant aux portes du pouvoir en France, les accusations contre les « parias » et la diabolisation envers les « déclinistes » montent en intensité verbeuse, observe notre chroniqueur.


Le crescendo dans l’injure caractérise la classe politique, paniquée devant la voix des peuples. L’enflure de ses mots blessants est proportionnelle à sa négation du réel. Ceux qui osaient naguère perturber le système dans son confort intellectuel étaient considérés, j’en témoigne, comme « populistes », « complotistes », « déclinistes ». La routine, pour les infréquentables.

Cette fois, la présidentielle approchant, les accusations contre les parias montent en intensité verbeuse. Qui critique le bloc central ou La France insoumise prend le risque d’être qualifié d’« extrême droite », de « fasciste », de « nazi ». La nette victoire de l’AfD (Alternative für Deutschland) dans une élection régionale allemande a été qualifiée lundi par Libération de « choc fasciste ». Même la pensée bourgeoise ronronnante a pu y voir l’arrivée de « néo-nazis ». Il est vrai qu’il est plus simple de disqualifier un résultat électoral que d’en comprendre les ressorts.

Ainsi procède la « bêtise des gens intelligents » dont Jacques Julliard se lamentait. L’effondrement de l’école dans le classement Pisaest plus généralement celui des partis. Même le RN n’a pas osé féliciter l’AfD pour son succès, terrorisé à l’idée d’être assimilé à une formation hitlérienne, à en croire les fabricants de bobards. En réalité, l’AfD a été plébiscitée, y compris par beaucoup d’abstentionnistes d’hier, pour s’être adressée au peuple allemand méprisé de ses élites. Ce mouvement libéral-conservateur, soutien d’Israël et de Donald Trump, a le tort, pour les censeurs, de vouloir appliquer une radicalité dans son refus d’une immigration musulmane qui ne s’intègre plus, et dans le rapatriement — la remigration — des étrangers indésirables. Ces électeurs exaspérés sont les porte-voix d’un mouvement plus général, qui ne se laisse plus intimider par des procédés de diabolisation trop usés.

Le risque totalitaire n’est pas dans ce sursaut populaire, terreau de la démocratie ; il est chez ceux qui veulent le briser. Hurler au nazisme, au prétexte que l’AfD invite les Allemands à retrouver leur fierté perdue, est un procédé stalinien. D’autant que l’ex-RDA, dont est issue la Saxe-Anhalt mal-pensante, a été biberonnée à l’antifascisme d’Etat. Criminaliser le nationalisme allemand en laissant croire à une résurgence de Mein Kampf est également une ineptie : le IIIe Reich méprisait les États-nations et se voyait comme la perpétuation des mille ans du Saint-Empire romain germanique.

Ce qui se dessine, à l’approche de la présidentielle, est une régression obscurantiste portée par des mouvements dits progressistes. La France insoumise, qui défend l’idée d’une insurrection en cas de victoire du RN en mai 2027, est un mouvement inquiétant, tant pour sa revendication de la violence que pour ses accointances avec le suprémacisme islamiste. Le personnel de Radio France, qui appelle à la grève au prétexte qu’un journaliste de Valeurs actuelles, Charles Sapin, fera chaque dimanche matin un éditorial de trois minutes sur France Inter, confirme le sectarisme de l’audiovisuel public. Ceux qui, au centre et à droite, prédisent le chaos en cas de victoire de Marine Le Pen ont pareillement peur de la colère du peuple oublié. Hier soir, sur CNews, Bruno Retailleau a clairement rompu avec le bloc central tout en qualifiant de RN de « démagogique ». Or, si le candidat LR veut redonner aux Français le dernier mot, il s’oblige dès lors à regarder dans la même direction qu’eux.

Le monde brûle-t-il ?

Cet été, les incendies ont envahi les écrans français, au point de donner l’impression d’une planète entière en flammes. Pourtant, les données satellitaires racontent une histoire sensiblement différente: spectaculaire à l’échelle nationale, la saison des feux de 2026 est loin de constituer un embrasement mondial.


Une carte constellée de taches rouges, des murs de flammes, des villages et des campings évacués ! L’affaire semble entendue: ce que la France a vécu cet été, la planète entière le vivra demain. L’extrapolation mérite pourtant examen.

Sans conteste, la France a connu cette année des incendies sans précédent depuis le début des relevés satellitaires, en 2012. Pour les habitants évacués, la vitesse et la violence des feux ont laissé des traces indélébiles. Les images de cet été ont donc bien reflété des catastrophes. Mais elles ne disent pas tout. La France n’est pas le monde. Si, à la même date, l’Espagne, le Portugal et l’Allemagne ont aussi connu une mauvaise saison, la Roumanie, la Croatie et la Grèce sont restées très en dessous de leurs niveaux habituels. L’Europe a ainsi offert des tableaux opposés.

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Élargissons encore. Le Global Wildfire Information System, qui suit les feux par satellite à l’échelle du globe, indique que 2026 est jusqu’ici une année plutôt calme. Cela tient principalement au faible nombre de feux en Afrique, qui représente habituellement plus de la moitié des surfaces brûlées mondiales, ainsi qu’en Amérique du Sud.

Sur vingt ans, la superficie mondiale brûlée chaque année est même à la baisse, en raison surtout du recul des feux de savane et de broussailles. Rien de tout cela ne rend moins graves les incendies français. Aussi la prévention doit-elle être une priorité, d’autant que le réchauffement climatique peut accroître le risque en favorisant des conditions plus chaudes et plus sèches. Mais il ne faut pas oublier qu’une catastrophe locale ne préjuge pas de la situation planétaire. Reste à comprendre pourquoi nous croyons souvent l’inverse.

Une raison importante tient au fait que les incendies possèdent un avantage redoutable dans la bataille des perceptions: les caméras filment admirablement les forêts en flammes, beaucoup moins bien les millions d’hectares qui ne brûlent pas. Pour savoir si le monde brûle, mieux vaut donc regarder les séries statistiques que les écrans de télévision.

Sous l’ignorance, le voile


Au lendemain de la publication du classement PISA, état des lieux du niveau scolaire dans les principaux pays développés de la planète, nous aurions grand tort de bomber le torse. S’il y a une chose – une seule – qui prospère en France, c’est bien l’ignorance. Voilà ce que nous révèle l’implacable palmarès. Et de tous les échecs – si nombreux – du président Macron après dix années de pitoyables services, celui-ci est de loin le plus cuisant, le plus dramatique et le plus impardonnable.

L’ignorance donc, chez nous, caracole. Ce n’est pas nouveau. Dès 1980, Paul Guth publiait chez Albin Michel un petit livre, Lettre ouverte aux futurs illettrés, avec en exergue ce constat désabusé : « Autrefois, les illettrés étaient ceux qui n’allaient pas à l’école, aujourd’hui ce sont ceux qui y vont ». L’année précédente, l’historien et homme de télévision Alain Decaux lançait lui aussi un cri d’alerte sous la forme d’un long article publié dans le Figaro Magazine : « On n’enseigne plus l’histoire à nos enfants. » Dès les années 60, le linguiste Étiemble s’inquiétait du dépérissement galopant de notre langue au profit d’une anglicisation, ou plutôt une américanisation qui allait inéluctablement aboutir à ce que nous subissons aujourd’hui dans nos échanges quotidiens, le triomphe de ce que l’auteur appelait « le sabir Atlantique ».

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Il n’est sans doute pas inutile de préciser que la gauche n’était pas encore au pouvoir en France lorsque ces cris d’alerte étaient lancés et ces constats accablants mis sur la table.

Depuis, le désastre en ces domaines n’a fait que croître et embellir. L’ignorance serait donc le point fort des acquis de l’instruction publique à la française. Avec une conséquence à laquelle on ne prête pas suffisamment attention. L’ignorance est le fumier sur lequel l’obscurantisme et les superstitions – toutes les superstitions – prospèrent. Claude Lévi-Strauss le notait déjà au début des années 1990. Plus le savoir et la maîtrise du raisonnement reculent, plus prospèrent les fausses certitudes, les feintes vérités toutes faites, prêtes à l’emploi, à la fois terriblement pernicieuses et formidablement confortables. Elles sont le refuge commode où les cerveaux impréparés à l’acquisition des savoirs, à la connaissance, à la capacité d’analyse et de critique,  et donc incapables de poser clairement les limites entre le certain, le probable et le douteux (la définition même du philosophe donnée par l’Encyclopédie des Lumières) vont trouver à se gaver des anesthésiantes pilules que savent si bien dorer les marchands de dogmes à deux balles dont le commerce est aujourd’hui aussi florissant qu’il a pu l’être dans les temps les plus reculés de l’histoire de l’humanité.

« Nous savons maintenant que les civilisations sont mortelles » constataient amer et lucide Paul Valéry dans un texte célèbre de 1919. Eh bien, nous savons, ici et maintenant, clairement quel sera le fossoyeur de la nôtre, de civilisation : l’ignorance, tout simplement.

L’Évangile selon Abel Ferrara

Le réalisateur new-yorkais Abel Ferrara revient sur son parcours dans un livre. Ses mémoires permettent d’entrer dans les coulisses d’une œuvre aussi libre que conflictuelle


Dans Scène, ses mémoires publiés aux éditions Séguier (traduit de l’anglais (États-Unis) par Yves Gabay), Abel Ferrara revient sur près d’un demi-siècle de cinéma. Des premiers films tournés à New York aux productions internationales, il traverse les tournages, les acteurs, les producteurs, les excès et les conflits. Mais le livre tient surtout à une obsession : trouver les moyens de faire le film qu’il a en tête.

Ferrara commence avec presque rien. En 1976, il réalise 9 Lives of a Wet Pussy sous le pseudonyme de Jimmy Boy L., qu’il considère comme son « diplôme ». Il garde de cette période ce qu’il appelle « le fantasme de la percée » : réunir trois sous, faire un film et voir le monde entier venir le regarder. Ce rêve ne l’a jamais quitté.

Puis vient Driller Killer. Un peintre fauché, un appartement, une perceuse transformée en arme. Ferrara filme le New York de la fin des années 1970, ses immeubles abandonnés, ses graffitis, sa violence. La ville fournit le décor, mais aussi la matière même de ses premiers films.

De L’Ange de la vengeance à King of New York, de Bad Lieutenant à The Addiction et New Rose Hotel, une même tension traverse son cinéma. Les personnages sont poussés jusqu’à leurs limites, qu’il s’agisse de violence, de drogue, de foi ou de culpabilité. Christopher Walken, Harvey Keitel, Willem Dafoe, Juliette Binoche et Gérard Depardieu viendront donner à cette œuvre des visages très différents.

King of New York naît notamment du choc provoqué chez Ferrara par Terminator et Mad Max 2. Il imagine une fusillade dans une église, avec un tireur déguisé en hassid. De cette idée surgit un film où Frank White, interprété par Christopher Walken, revient à New York pour reprendre le contrôle de la ville.

Bad Lieutenant conduit cette logique beaucoup plus loin. Harvey Keitel y incarne un policier détruit par la drogue, le jeu et la culpabilité. Après avoir touché le fond, il rencontre dans le pardon accordé par une religieuse une possibilité de rédemption. La vision du Christ dans l’église fait basculer le film vers une forme de Passion. Scorsese, qui avait lui-même affronté ces questions dans La Dernière Tentation du Christ, considérera Bad Lieutenant comme l’un des grands films consacrés à la rédemption.

Ferrara ne sépare guère cette matière de sa propre existence. Dans Scène, il raconte ses addictions et ses arrestations. Lors de l’une d’elles, il se retrouve avec des pochons de cocaïne dans la main, coincé par les policiers devant son propre appartement. La scène possède l’absurdité d’une séquence de film, sauf qu’elle s’est réellement produite.

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Cette proximité entre vie et cinéma donne aussi au livre sa part la plus sombre. Ferrara revient sur les dégâts de l’alcool et de la drogue, notamment dans sa vie familiale. La légende du cinéaste maudit laisse alors place à quelque chose de plus difficile : les conséquences concrètes d’une existence menée à toute vitesse. Son rapport à l’industrie explique une autre constante de son parcours. À Hollywood, il voit « les experts-comptables » prendre le pouvoir sur le cinéma. Les films commencent à être pensés en fonction de ce qu’ils doivent rapporter. Ferrara supporte mal cette logique, comme il supporte mal qu’on lui dise ce que le public est censé aimer. Il écrit qu’il va au cinéma pour être « bousculé, chaviré ». Cette opposition se retrouve dans son rapport au montage. Après l’expérience désastreuse de Cat Chaser, dont le film a été profondément remanié sans son accord, il fait du final cut une condition non négociable. Pour Ferrara, le montage constitue le dernier lieu où le cinéaste peut encore décider de ce que sera son film. New Rose Hotel offre une illustration particulièrement intéressante de cette méthode. Le texte de William Gibson modifie sa conception du récit. Les flashback, les variations d’une même scène et les prises différentes de Christopher Walken permettent au montage de faire surgir plusieurs films à partir du même matériau. Le récit devient une matière à recomposer plutôt qu’une ligne à suivre.

Le conflit avec Cannes autour de Welcome to New York prolonge cette volonté de conserver la maîtrise du film. Thierry Frémaux, directeur du Festival de Cannes, lui demande des coupes pour une éventuelle sélection. Ferrara refuse. Le film ne sera retenu ni par la compétition, ni par la Quinzaine des réalisateurs, ni pour une séance spéciale.

Ferrara regarde pourtant les nouvelles technologies avec moins de méfiance que l’industrie traditionnelle. Le téléphone permet désormais de tourner avec une caméra dans la poche ; Internet offre un accès direct à la diffusion. Pour celui qui a commencé avec quelques dollars et des moyens de fortune, cette évolution ouvre de nouvelles possibilités. Scène raconte finalement la trajectoire d’un cinéaste qui n’a cessé de défendre sa manière de faire des films. Une trajectoire faite de succès, de dérapages, de conflits et de fidélités. Ferrara en connaît le prix, mais continue d’avancer avec la même obstination.

256 pages, publication le 1er octobre.

La petite phrase allemande qui devrait inquiéter les centristes français

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Le peuple, cette priorité oubliée


Une leçon de l’AfD ? Ce coup de tonnerre est à analyser. Quand on scrute un événement traumatisant, il perd sa nuisance pour souvent se muer en enseignement. Magdebourg, « nouvel épicentre de l’extrême droite européenne », selon le journal Le Parisien, fait de la région de Saxe-Anhalt un laboratoire que la majorité de ses habitants désirent appréhender comme une renaissance.

Raison garder

Pour être angoissé par cette victoire, on a le droit cependant de garder raison et de ne pas prendre intégralement l’avancée de l’AfD, dans le climat actuel de l’Allemagne et malgré la déconfiture du chancelier Merz, pour le retour de l’hitlérisme dans toute son horreur.

L’Histoire ne repasse jamais les mêmes plats et le propre de sa totale imprévisibilité est qu’elle peut surprendre favorablement même les plus pessimistes d’entre nous. Puis-je faire référence à un sondage d’auditeurs, le 7 septembre, sur Sud Radio – aux antipodes de l’extrême droite –, qui, à 90 %, ont déclaré ne pas s’émouvoir du succès de l’AfD !

On peut laisser les politologues nous expliquer les raisons identitaires, politiques et sociales de cette éclatante progression de l’AfD – nostalgie de l’Allemagne de l’Est, immigration, faiblesse du pouvoir central, déclassement –, mais je voudrais insister sur un point pas si dérisoire que cela : l’apparence. Le leader de l’AfD, Ulrich Siegmund, n’avait pas une tête de « néo-nazi » et son amabilité, son sourire, son urbanité, sans contradiction avec la dureté du fond et du projet, n’ont pas été pour rien dans le score du parti.

J’espère que Jean-Luc Mélenchon ne s’en inspirera pas et qu’il continuera, par son hostilité ostensible à l’égard de tous ceux qui n’appartiennent pas à son camp extrême, à décourager quiconque de le rejoindre ! À l’évidence, il hait même ceux qu’il devrait convaincre.

L’AfD, ou l’art de parler au peuple ?

Mais, pour m’attacher à l’essentiel, un propos de Linda, dans l’article du Parisien, assistante sociale de 32 ans, dit tout au sujet de l’AfD : « Pour la première fois, j’ai l’impression qu’un candidat a fait de son peuple une priorité. »

Cette pensée est capitale : elle vise, dans le programme comme dans la forme, à persuader le peuple qu’on a véritablement changé de registre, qu’on ne se contente plus de l’invoquer comme un mantra et que la préoccupation fondamentale de la politique – pour gagner comme pour durer – sera de répondre effectivement à ses attentes en apaisant ses plaies. C’est ce qu’affirme à sa manière cette citoyenne allemande.

Sur le plan national, à l’occasion de cette campagne présidentielle, qui parviendra à transmettre le message selon lequel le peuple sera « vraiment une priorité » ? Pas seulement dans les propos, en façade, mais dans tout ce qui relève de l’organisation, de l’imagination et de l’invention. Par exemple, Bruno Retailleau nous présente une équipe de campagne très estimable, mais absolument pas accordée à un humus démocratique qui s’est lassé des mêmes têtes, des professionnels répétitifs et d’une vague qui est incapable de faire croire, par sa seule existence, qu’elle va engendrer du renouveau. Geoffroy Didier !!!

Aucune dérision à l’encontre de nos responsables politiques. Ils doivent composer avec un système démocratique qui est devenu l’art de retarder indéfiniment l’appel au peuple, de noyer les référendums nécessaires envisagés sous une avalanche bureaucratique et de convaincre le citoyen que s’occuper de ce qui le regarde serait un crime. Pour agir, il faudra d’abord détruire tous ces écrans importuns traduisant, en état de droit, en langage noble, les raisons de notre impuissance. Est-il impossible de retenir la leçon de Linda, ce seul enseignement de l’AfD ?

7-Octobre: le coup de téléphone qui embarrasse Netanyahou

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Selon une enquête de Haaretz, le Premier ministre israélien aurait été personnellement averti par Mohammed ben Zayed et le chef du renseignement égyptien. Comme en 1973, les informations existaient, mais elles se sont heurtées aux certitudes du pouvoir.


Selon une enquête de Haaretz, fondée sur des dizaines de témoignages, des documents et des échanges entre membres de l’entourage de Benyamin Netanyahou, ce dernier aurait reçu plusieurs avertissements explicites dans les semaines précédant le 7 octobre 2023. Le bureau du Premier ministre dément catégoriquement ces informations.

Négociations secrètes

Selon l’enquête, depuis le début de 2023, Israël et le Hamas auraient mené, avec l’autorisation de Netanyahou, des négociations secrètes en vue d’une trêve durable à Gaza. Les discussions portaient sur un allègement du blocus, la création de zones commerciales, l’entrée de marchandises, l’exploitation du gisement gazier Gaza Marine et la libération des quatre Israéliens alors détenus dans l’enclave. À la fin d’août, Netanyahou aurait accepté la libération de trente prisonniers palestiniens, dont vingt condamnés à perpétuité, mais aurait ensuite retardé la réunion du comité ministériel nécessaire pour approuver l’accord.

Début septembre, Yahya Sinwar aurait brusquement interrompu les pourparlers. Il aurait ensuite demandé à un intermédiaire du Fatah de prévenir Israël qu’il préparait une « immense surprise », une opération exceptionnelle qu’il qualifiait de zilzal, « tremblement de terre ». Le message aurait été transmis à un conseiller palestinien de Mohammed ben Zayed, président des Émirats arabes unis, puis au Shin Bet le 15 septembre.

Ronen Bar, chef du renseignement intérieur israélien de 2021 à 2025

Ronen Bar, directeur du Shin Bet, aurait immédiatement alerté Netanyahou. Lors d’une réunion organisée le 17 septembre, il aurait estimé qu’Israël se trouvait sur une trajectoire d’affrontement et recommandé une attaque préventive ou, au minimum, un renforcement important des défenses à Gaza et en Cisjordanie. Aucune décision n’aurait été prise. Les services auraient toutefois interprété la menace comme pouvant concerner l’enlèvement d’Elizabeth Tsurkov, alors captive en Irak, et non une attaque massive depuis Gaza.

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Constatant l’absence de réaction israélienne, Mohammed ben Zayed aurait personnellement téléphoné à Netanyahou une dizaine de jours avant le massacre. Au cours d’une conversation de 45 minutes, il l’aurait averti que Sinwar préparait une opération majeure susceptible d’embraser toute la région et de menacer les accords d’Abraham. Netanyahou aurait répondu que le Hamas projetait probablement une action en Cisjordanie et qu’Israël était prêt à tous les scénarios. Pourtant, selon l’enquête, Netanyahou n’aurait communiqué l’alerte émiratie ni au chef du Mossad, ni au directeur du Shin Bet, ni au chef d’état-major.

Mohammed ben Zayed, Émir d’Abou Dabi. DR.

L’article replace ces avertissements dans une politique plus ancienne. Depuis 2017, Sinwar aurait poursuivi simultanément deux stratégies : préparer militairement le Hamas à une confrontation décisive et rechercher un accord économique susceptible d’améliorer la situation à Gaza. Plusieurs projets de trêve et d’échange de prisonniers auraient progressé, avant d’être retardés par Netanyahou. Dans le même temps, celui-ci aurait régulièrement refusé les propositions de l’armée visant à mener une opération d’envergure contre le Hamas, préférant contenir Gaza pour concentrer les efforts sur l’Iran et le front nord. L’enquête affirme également que plusieurs possibilités de libérer rapidement des otages civils se seraient présentées dans les premières heures et les premiers jours suivant le massacre.

Le 7 octobre à 19 heures, le Premier ministre qatari, Mohammed ben Abdelrahmane Al-Thani, aurait informé le directeur du Mossad, David Barnea, que le Hamas était prêt à libérer immédiatement tous les civils et que Doha proposait sa médiation. Barnea aurait répondu qu’Israël refusait alors toute discussion avec le Hamas. Son entourage confirme l’existence de la proposition, mais affirme que le Hamas exigeait en contrepartie l’arrêt de l’offensive israélienne et de nouveaux droits sur le mont du Temple. Le Qatar conteste cette version et soutient qu’aucune condition aussi lourde n’avait été formulée à ce stade.

Le lendemain, Rawhi Mushtaha, bras droit de Sinwar, aurait également informé un proche de Mohammed Dahlan que le Hamas était prêt à libérer sans contrepartie les civils, terme qui, dans la définition de Sinwar, désignait les otages âgés de moins de 18 ans ou de plus de 50 ans. Le message aurait été transmis au Shin Bet, sans susciter de négociation. Un haut responsable israélien reconnaît que certaines de ces propositions sont parvenues aux services et au gouvernement, mais explique que les dirigeants, encore sous le choc, n’étaient pas psychologiquement ni opérationnellement prêts à les examiner. Le soir du 7 octobre, la libération des otages ne figurait d’ailleurs pas encore parmi les objectifs de guerre arrêtés par le gouvernement.

Washington ne serait intervenu que plusieurs jours plus tard. Antony Blinken aurait évoqué la question avec Netanyahou le 12 octobre, sans obtenir de réponse claire. Ce n’est que le 14 octobre que le Premier ministre israélien aurait accepté la médiation qatarie. David Barnea se rendit à Doha le lendemain, huit jours après la première proposition. Entre-temps, les bombardements s’étaient intensifiés, les positions s’étaient durcies et le prix exigé par le Hamas avait augmenté.

« Immense surprise »

La thèse générale de l’enquête est donc double. Avant le 7-Octobre, plusieurs avertissements suffisamment inquiétants n’auraient pas été correctement interprétés, partagés ou suivis d’effet tandis qu’après l’attaque, le choc et la priorité donnée à la destruction du Hamas auraient empêché Israël d’examiner immédiatement des propositions susceptibles de sauver des dizaines d’otages civils.

À la même période, vraisemblablement dans les derniers jours de septembre 2023, une autre alerte serait parvenue directement au cabinet du Premier ministre. Le général Abbas Kamel, chef du renseignement égyptien, aurait averti Netanyahou que le Hamas préparait « quelque chose d’inhabituel », une « opération terrifiante ». Selon Yediot Aharonot, Netanyahou lui aurait répondu qu’Israël maîtrisait la situation à Gaza et que le véritable danger se trouvait en Cisjordanie, où des forces étaient redéployées. L’article de Haaretz ne précise toutefois ni la date exacte de cet avertissement ni quels responsables israéliens, en dehors de Netanyahou et de son cabinet, en auraient été informés. Il affirme seulement que, lors d’une réunion sécuritaire tenue le 1er octobre, le Premier ministre n’a mentionné aucune des alertes personnelles qu’il aurait reçues.

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L’enquête de Haaretz entretient une ambiguïté qui renforce l’accusation portée contre Netanyahou. Dès le 15 septembre 2023, le Shin Bet avait reçu, par l’intermédiaire d’un responsable du Fatah et d’un conseiller palestinien de Mohammed ben Zayed, un avertissement attribué à Yahya Sinwar selon lequel celui-ci préparait une « immense surprise », qualifiée de zilzal. Ronen Bar avait immédiatement transmis l’information à Netanyahou et, le 17 septembre, une réunion réunissant le Shin Bet, l’armée, le Mossad et le Conseil national de sécurité avait examiné la menace. Bar avait même estimé qu’Israël se trouvait sur une « trajectoire d’affrontement » et recommandé une attaque préventive ou, au minimum, un renforcement des défenses. La menace avait donc bien été portée à la connaissance de l’ensemble de l’appareil sécuritaire, même si elle avait été mal interprétée, certains responsables imaginant une opération en Cisjordanie ou une tentative de s’emparer d’Elizabeth Tsurkov en Irak. L’alerte que Netanyahou aurait ensuite passée sous silence est différente. Il s’agit de l’appel personnel de Mohammed ben Zayed, une dizaine de jours plus tard, confirmant que Sinwar préparait une action majeure contre Israël. Lorsque Ronen Bar et Herzi Halevi affirment ne pas avoir été informés de « l’alerte du président des Émirats », ils désignent cette seconde mise en garde, et non le message reçu le 15 septembre. La nuance est toutefois essentielle. Netanyahou n’aurait pas dissimulé aux services l’existence même de la menace, puisqu’ils en connaissaient déjà la substance mais il aurait omis de leur transmettre une confirmation supplémentaire, émanant cette fois directement d’un chef d’État allié. Cette confirmation aurait pu donner davantage de poids au premier avertissement et conduire les responsables israéliens à « faire un plus un », mais présenter l’appareil sécuritaire comme entièrement maintenu dans l’ignorance par le Premier ministre va au-delà de ce que démontre l’article.

Publiée à quarante jours des élections, l’information a fait l’effet d’une bombe. Les chefs des partis d’opposition ont même publié un communiqué commun réclamant la création d’une commission d’enquête d’État, une décision que Netanyahou s’est jusqu’ici bien gardé de prendre. Une telle commission pourrait pourtant établir rapidement si cet appel entre Bibi et Mohammed ben Zayed a bien eu lieu car ce genre d’échange entre deux chefs d’État ne se déroule jamais sans intermédiaires, sans témoins ni sans laisser de traces.

Sur le fond, plus on en apprend sur les semaines qui ont précédé le 7-Octobre, plus le parallèle avec septembre-octobre 1973 s’impose. À l’époque, le roi Hussein de Jordanie avait personnellement averti Golda Meir de l’imminence d’une attaque syrienne. À la veille de la guerre, Ashraf Marwan, proche conseiller du président égyptien Anouar el-Sadate, avait également donné l’alerte lors d’un rendez-vous d’urgence à Londres avec le chef du Mossad, Zvi Zamir. En 2023 comme en 1973, les informations existaient et provenaient de sources jugées fiables. Mais lorsque les dirigeants tiennent un scénario pour impossible, parce qu’il leur paraît irrationnel ou contraire aux intérêts de l’ennemi, même les meilleures alertes peinent à ébranler leurs certitudes. Le renseignement échoue alors moins à voir qu’à convaincre ceux qui croient déjà savoir.

Un hindou dans la ville

Tour Eiffel: soumission à tous les étages?


 – Mimisiku c’est pas un nom ça ! – Et Roch Voisine tu crois que c’est un nom ? « Un Indien dans la ville », Hervé Palud, 1994. DR.

La tour Eiffel était encore fermée hier après-midi pour cause de colère du personnel. Contrairement à l’autre Dame de fer, Margaret Thatcher, la nôtre plie à la première sommation.

Pourquoi ? La tour était interdite samedi aux femmes (pour les chiens, on ne sait pas), à l’occasion de la visite d’une délégation du BAPS, congrégation religieuse hindoue qui m’a l’air passablement rigoriste et pas trop regardante sur les droits de l’homme (et de la femme). Les membres de la secte étaient reçus en grande pompe pour l’inauguration d’un temple hindou à Bussy-Saint-Georges, en Seine-et-Marne. Treize jours de festivités colorées et de parades folkloriques sont programmés. Pour la visite du 3ᵉ étage de la tour Eiffel, ils ont demandé qu’on épargne à leur gourou de 93 ans[1] toute interaction avec des femmes.

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Cette demande était déjà culottée, mais le pire, c’est que la Société d’exploitation de la tour Eiffel (SETE), c’est-à-dire la mairie de Paris, s’est exécutée et a demandé aux salariées de se faire discrètes. Colère du personnel, grève sauvage, mea culpa de la direction, excuses de la congrégation religieuse qui nie avoir fait cette requête, enquête… Mais cette anecdote est significative. Et si Sa sainteté, quel que soit son titre, voulait visiter le Louvre, couvrirait-on tous les lolos dénudés ? Notez qu’il y a une sorte de précédent: on a pratiquement accepté de n’envoyer au Louvre Abou Dabi que des tableaux convenables (pas de juifs, pas de femmes nues), ce qui exclut une grande partie de l’art européen. Il est vrai que l’Italie a fait encore mieux en voilant des statues pour la visite de je ne sais plus quel Iranien.

La diplomatie n’est pas un festival de vertu droit-de-l’hommiste, je ne suis pas angélique. Business is business. Quand on veut vendre des milliards d’armement aux Saoudiens et aux Qataris, on ne leur envoie pas des filles en minijupes. Et on ne propose pas non plus un transsexuel comme ambassadeur à Téhéran. Mais entre realpolitik et soumission, il y a une différence.

J’aimerais savoir pourquoi les pouvoirs publics se plient en quatre pour cette organisation religieuse. D’accord, des emplois et nos fructueuses relations avec l’Inde sont en jeu. Mais, sérieusement, annuleraient-ils vraiment le projet ou des contrats si Sa grandeur le gourou avait vu un minois féminin ? C’est nous qui accueillons leur temple, cela devrait être en toute logique à eux de nous dire merci, me semble-t-il.

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Qu’on ne veuille pas indisposer nos partenaires commerciaux, d’accord. Renier ce qu’on est pour leur faire plaisir, non seulement c’est indigne, mais cela ne marche pas. Tu viens voir la tour Eiffel, tu viens voir la France, donc des femmes libres. C’est peut-être même pour cela que tu viens à Paris ! Et c’est non négociable. D’ailleurs, il y a une règle valable pour les relations amoureuses, humaines et étatiques : on ne respecte que ceux qui savent dire non.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Jacques Cardoze


[1] Mahant Swami Maharaj, actuel guide spirituel de l’organisation hindoue BAPS (Bochasanwasi Akshar Purushottam Swaminarayan Sanstha), soutien du Bharatiya Janata Party du Premier ministre Modi NDLR

Tennis: l’étrange mal qui a éliminé Djokovic

Alors que des ennuis de santé mystérieux ont ému son public, lors de son dernier match, perdu, à New York, et alors que Prime Vidéo lui consacre un documentaire d’une heure et demie (voir notre vidéo ci-dessous), on ne sait pas si le champion serbe hors norme pourra participer aux prochains Jeux olympiques à Los Angeles.


« Mon corps commence à me lâcher », a dit, laconique, Novak Djokovic, à l’issue du match qui a vu son élimination dès le premier tour de l’US Open de tennis, à New York, le 31 août, par le 49ème joueur mondial, l’Argentin Mariano Navone, au rachitique palmarès comparé au sien. Au cours de la rencontre, il a été à plusieurs fois pris de vomissements et de nausées, victime d’un étrange mal dont il ignore la cause.

Vomissements

« C’est malheureusement quelque chose que j’ai connu à chaque match cette année. Les vomissements, c’est sérieux », a-t-il précisé ajoutant que ceux-ci étaient accompagnés de crampes, de douleurs. « A la fin, le dos et l’épaule m’ont abandonné », malgré l’intervention à plusieurs reprises d’un kiné.

Pourtant le début de la confrontation avec Navone ne laissait pas présager cette cuisante défaite. Certes, il avait concédé le premier set (7-6) mais remporté les deux suivants (5-7 et 4-6). Il avait pris l’ascendant sur son jeune adversaire. La victoire se profilait. Tout à coup, c’est au quatrième set, bien qu’ayant fait le break à l’entame, qu’il est parti en vrille et s’est incliné sur 6-2. Le cinquième, et dernier, vire à la déroute sur un 6-1. Quand au milieu de celui-ci, quand il a pris conscience qu’il ne franchirait pas pour la première fois depuis deux décennies le cap du premier tour, il n’a pas pu retenir quelques larmes. Le public de Flushing Meadows a fait silence, stupéfait d’assister peut-être au début de la fin d’un des plus grands joueurs de tennis de l’histoire.

La dernière fois où il a été sorti à ce stade d’un tournoi remontait à 2006. C’était à l’Open d’Australie qu’il remportera par la suite à dix reprises. Il avait été battu par l’Américain Paul Goldstein. Il avait 22 ans. Il n’était pro que depuis trois ans.

Avec Roger Federer et Rafael Nadal, il faisait partie de ceux qu’on avait baptisés les « Big Three » parce qu’à eux trois, ils ont trusté les victoires, ne laissant aux autres que les accessits durant la décennie écoulée. Les deux premiers ont pris leur retraite. Vu son palmarès à nul autre pareil, on se demande pourquoi il n’a pas fait de même, au lieu de courir le risque de disputer un humiliant match de trop, comme pourrait se révéler être celui-ci, dans la chaleur et l’humidité d’une journée de fin de mois d’août.

Recordman de tous les temps en Grands Chelems

Agé de 39 ans, il est le doyen du Top 100 de l’ATP. Avec cette défaite, il est rétrogradé 11ème joueur mondial alors qu’il a été classé huit fois numéro Un. Si en nombre de titres, il est précédé d’une courte tête par Federer (101 contre 103 à ce dernier) mais devance Nadal (92), en revanche, en détenteur de Grands Chelems, il est le recordman de tous les temps avec un total de 24, et n’est sans doute pas près d’être égalé ; tout comme il l’est aussi en Masters 1000 avec 40 à son tableau, ayant remporté chacun des tournois de cette catégorie deux fois. Il a conquis sept Masters, plus une coupe Davis, et une médaille d’or olympique.

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Financièrement, il bat aussi, et largement ses deux rivaux. D’après plusieurs sites spécialisés, il aurait engrangé tout long de sa carrière, d’une longévité exceptionnelle, 194 millions de dollars, contre 134 à Nadal et 130 à Federer.

Alors pourquoi persévère-t-il ?

Il se disait que son ambition était d’aller jusqu’aux JO de 2028 à Los Angeles pour y décrocher une seconde médaille d’or. Réputé pour son endurance et sa hargne à vaincre qui faisaient vaciller ses adversaires, cet objectif ne relevait pas de l’impossible. En 2025, malgré les ans, il a disputé quatre finales majeures et conquis son 101ème titre en reportant le tournoi de Genève. Cette année, en dépit de son problème de santé, une, la finale de l’Open d’Australie où il été battu par le jeune prodige espagnol Carlos Alcaraz, 3ème mondial, plus une demi-finale à Wimbledon qu’il a perdue contre le numéro Un mondial, Jannik Sinner. Et à Rolland Garros, sans doute déjà en proie à ce mal étrange qui le prive de ses moyens, le visage rougi par un effort qui visiblement lui pesait, le souffle court, il s’était fait sortir qu’au 3ème tour par le jeune Brésilien Joao Fonseca.

Pour l’entraîneur français, Patrick Mouratoglou, réputé pour son franc-parler, la raison de son entêtement à ne pas raccrocher est tout autre, d’ordre psychologique. Il serait en quête d’une revanche sur le fait d’avoir été des « Big Three » le mal-aimé du public, à cause d’un caractère souvent ombrageux. « Je pense, a écrit l’entraîneur qui n’est pas le sien, qu’il est toujours là pour, enfin, recevoir l’amour des fans. Il a énormément souffert de ne pas être autant apprécié que Federer et Nandal. Il s’est dit : Je veux leur montrer ma vraie personnalité. » Sa défaite contre Navone lui aura peut-être, paradoxalement, permis d’atteindre cet objectif, en ne cachant qu’il pouvait être faible sans pour autant capituler. Au 4ème set, il a dit qu’il avait envisagé d’abandonner. S’il ne l’a pas fait, ç’a été pour le public.

Marqué par la guerre

Un événement de son enfance explique très probablement ce caractère entier. En 1998, c’est la guerre de Yougoslavie. De mars à juin, l’OTAN bombarde Belgrade, sa ville natale. Il a 11 ans. Une nuit, lui et ses parents quittent précipitamment leur logement pour se mettre à l’abri des bombes. « Il était 2 ou 3 heures, raconte-t-il dans un documentaire qui lui a été consacré, ‘Le Loup en hiver’. Tout le monde courait en panique. Personne ne savait où aller. Tout le monde essayait de sauver sa vie. J’ai trébuché. J’ai vu ma famille s’éloigner. J’ai crié ‘au secours, au secours’. Personne ne m’entendu. C’est à ce moment-là que j’ai vu deux bombes tomber sur l’hôpital voisin de notre domicile… » Il retrouvera ses parents plus tard, peu avant que le jour se lève sur une capitale noyée sous la fumée d’immeubles éventrés et en feu… En 1999, toute la famille s’exile à Munich. C’est là qu’il s’inscrit dans club de tennis.

Marque de son caractère que la guerre lui a sûrement forgé, en 2022, en pleine crise du Covid, il est expulsé d’Australie et ne peut disputer l’Open, pour avoir refusé de faire vacciner. « Pourquoi je me serais fait vacciner. J’étais un athlète en pleine forme, en pleine santé. Je ne présentais aucun danger pour quiconque… » Désormais la question qui se pose aujourd’hui, c’est de savoir si on le reverra prochainement sur un court, s’il sera éventuellement capable de tenir jusqu’aux JO pour y décrocher à 41 ans une deuxième médaille d’or. Son couronnement !


« Novak Djokovic. Le loup en hiver », sur Prime Video. Un film de Jason Hehir (1h33)

Rentrée en berne dans les écoles françaises

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Les propositions pour l’école des candidats du bloc central à l’élection présidentielle ne sont pas de nature à inverser la courbe des résultats scolaires français de plus en plus décevants


Dernière minute !
Le dernier classement PISA, évaluant les connaissances des élèves de 15 ans en mathématiques, sciences et lecture, est tombé ce 8 septembre. Et les résultats de la France montrent un effondrement inexorable du niveau scolaire : en mathématiques, – 16 points par rapport à 2022 et – 35 points par rapport à 2015 ; en lecture, respectivement – 18 et – 43 points ! 40 points équivaut à deux années d’apprentissage selon Eric Charbonnier, analyste à la direction de l’éducation et des compétences de l’OCDE. Occupant la 27ème place, l’hexagone parvient toutefois à se maintenir dans le premier tiers du classement, mais loin derrière la Chine qui caracole en tête, talonnée par Singapour et Macao. RA

En cette période de rentrée, assombrissant la joie habituelle de début d’année, une ombre plane sur les esprits de nombreux Français : celle de la facture. En effet, pour équiper un enfant, il faut débourser au minimum 400 €, soit environ 15 % du salaire mensuel moyen, estimé à 2 700 € [1]. Pour les parents d’un élève entrant en CP, la facture atteint même 450 €, et les dépenses annuelles liées à la scolarité avoisinent les 1 300 €.

Beaucoup de familles ont déjà réduit leur budget de rentrée de 10 % et se tournent vers la seconde main pour acheter fournitures scolaires, cartables ou vêtements [2]. Selon un sondage Elabe, 80 % des Français déclarent se « serrer la ceinture » à cause de l’inflation, a fortiori au mois de septembre [3].

Le naufrage éducatif de l’ère Macron

Au-delà des difficultés économiques, le système éducatif français traverse une crise profonde qui s’est aggravée sous le mandat d’Emmanuel Macron. Le président a de fait interdit l’instruction en famille, privant les parents du choix de scolariser leurs enfants à la maison, et a renforcé dans les écoles les « groupes de niveau », un dispositif qui creuse les inégalités. En 2022, il avait promis une revalorisation annuelle de 10 % des salaires des enseignants, mais cette mesure n’a jamais été appliquée, les augmentations n’ayant pas dépassé les 4 % [4]. L’épuisement professionnel touche des milliers d’enseignants et aujourd’hui 3 000 postes ne sont pas pourvus. Lorsqu’un professeur est absent pour maladie ou pour raisons personnelles, il est rarement remplacé : un cours sur deux est tout simplement annulé.

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Conséquence logique, le niveau des élèves plonge irrémédiablement, comme en témoignent les résultats des derniers classements TIMSS, PISA (mathématiques et sciences) et PIRLS (capacité de lecture en primaire), où la France occupe les dernières places. Le Conseil d’évaluation de l’école, créé par M. Macron en 2019, s’est également révélé inutile. Cet organe indépendant devait évaluer la qualité de l’éducation et proposer des réformes. Mais en sept ans d’existence, aucune de ses conclusions n’a eu d’impact réel sur les politiques éducatives. En avril, l’un de ses membres, le géographe Jacques Lévy, a démissionné en expliquant qu’il était « impossible d’atteindre les objectifs fixés » [5].

Parmi les candidats à l’élection présidentielle, certains partagent l’approche d’Emmanuel Macron et considèrent sa politique éducative comme un succès. MM. Glucksmann, Attal et Philippe, qui présentent leurs programmes comme une « rénovation » du système, ne proposent en réalité qu’un ravalement du même modèle : contrôle des établissements, ségrégation scolaire et même, dans certains cas, remplacement des enseignants par des algorithmes.

Et demain ? Les propositions des candidats Attal et Glucksmann

Dès l’annonce officielle de sa candidature, Raphaël Glucksmann a promis d’« éradiquer tous les extrémismes politiques » [6]. Le candidat de centre gauche entend investir dans l’éducation autant que dans la défense, sans toutefois préciser comment il financera ces dépenses, alors que la dette publique atteint un niveau record de 3536 milliards d’euros soit 117% du PIB. Son programme ne contient pas de chiffres concrets mais, signe de continuité avec le président actuel, sa coordination est assurée par Marguerite Cazeneuve, ancienne conseillère sociale d’Emmanuel Macron [7]. Renonçant à éduquer les jeunes, le leader de Place Publique propose de les occuper par l’instauration d’un service civique obligatoire de dix mois non rémunéré : en pleine période de développement et d’apprentissage, les jeunes gens seraient envoyés dans des maisons de retraite, des parcs ou des associations. Cette tendance à l’exploitation des jeunes dans leurs meilleures années n’est du reste pas sans rappeler le projet du révolutionnaire Michel Le Peletier de Saint-Fargeau, à qui Jaurès lui-même reprochait de « livrer les enfants aux maîtres de la production ». Celui-ci en effet, sous prétexte de « façonner une conception nouvelle de la vie », voulait faire travailler les enfants dès 12 ans dans des ateliers nationaux.

Gabriel Attal, ancien ministre de l’Éducation nationale, veut quant à lui instaurer un « choc des savoirs », une réforme qu’il avait déjà tenté de lancer, mais avait dû suspendre après la dissolution de l’Assemblée nationale en juin 2024. Aujourd’hui, le candidat centriste promet de la remettre en œuvre intégralement et de renforcer la ségrégation scolaire : les élèves faibles suivraient des cours avec les faibles, les plus forts avec les plus forts, une organisation qui ne ferait qu’ancrer les inégalités et créer des tensions entre les élèves. Par ailleurs, M. Attal souhaite rendre le brevet obligatoire pour accéder au lycée. C’est l’idée de « brevet couperet » : tout élève qui échouerait à cet examen verrait se fermer les portes de l’enseignement secondaire. Pour ces derniers, Attal a esquissé la création de « prépas-seconde » dont on ne voit guère où elles mèneraient ni à quoi elles serviraient à part perdre une année. Or, en 2025, 15 % des candidats ont échoué au brevet, soit 120 000 jeunes qui, avec ce nouveau système, se retrouveraient sans aucune perspective de poursuite d’études [8].

L’école arbitraire et post-humaine de Philippe

Édouard Philippe affirme lui vouloir mener une réforme scolaire « sans précédent depuis 140 ans », c’est-à-dire depuis Jules Ferry [9]. Philippe souhaite faire du chef d’établissement un « véritable patron », pour ne pas dire un shérif, lui donnant le droit de modifier les programmes, de licencier des enseignants et d’imposer des restrictions à sa guise. Si un enfant tombe sur un directeur autoritaire, qui décide de durcir les règles ou de raccourcir les récréations, il n’y aura aucun recours possible : les parents perdraient tout droit de regard sur la vie scolaire.

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Pour accélérer l’apprentissage, le centriste veut supprimer les disciplines artistiques à l’école primaire : plus de dessin, plus de musique, plus de projets, seulement la lecture, l’écriture et le calcul. L’école cesserait d’être un lieu d’épanouissement pour devenir le royaume du par cœur. Enfin, la grande « innovation » du chef d’Horizons est un « service universel de soutien scolaire » destiné à chaque élève, qui remplacerait les enseignants par des assistants IA. En 2024, la France a déjà lancé une expérimentation avec la plateforme MIA pour la préparation aux examens, pour un coût de 2 millions d’euros. Étendre ce dispositif à tout le pays multiplierait de manière significative le coût de cette mesure. L’algorithme proposerait des exercices et évaluerait les résultats de l’enfant. Mais, bien évidemment, une machine ne remplacera jamais un enseignant, a fortiori pour des élèves en difficulté ayant perdu leur confiance en eux et leur motivation. Il fonctionne sur un modèle standardisé, percevant uniquement le résultat final sans analyser les erreurs. Un professeur, lui, remarquerait que l’élève bute sur une règle précise ou a besoin de temps pour assimiler et adapterait son approche. L’intelligence artificielle, elle, se contente d’enchaîner les exercices. Or, apprendre sans comprendre n’est qu’une assimilation formelle de connaissances qui est insuffisante pour former de jeunes esprits, condamnant les générations futures au conditionnement et à l’ignorance.

Au terme de dix ans de présidence Macron, le constat des parents est sans appel : les réformes se soldent par de nouvelles restrictions, des dépenses supplémentaires et des résultats de plus en plus décevants. Les annonces de Glucksmann, Attal et Philippe plaident pour la même politique éducative, qui traite les enfants, c’est selon, comme une ressource gratuite, du bétail à trier, voire un problème à régler. Dans leurs programmes, l’école est un atout optimal pour l’État mais pas pour l’avenir des petits Français.


[1] https://www.bfmtv.com/pratique/finances-perso/rentree-scolaire-quel-budget-par-enfant-selon-son-age_AN-202608200457.html

[2] https://theconversation.com/allocation-de-rentree-scolaire-ce-que-les-familles-modestes-font-de-cet-argent-289931

[3] https://www.bfmtv.com/economie/economie-social/sondage-bfmtv-pres-de-8-francais-sur-10-se-serrent-la-ceinture-le-pouvoir-d-achat-doit-etre-la-priorite-d-emmanuel-macron-pour-eux_AN-202608260538.html

[4] https://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2027/article/2026/08/24/presidentielle-2027-edouard-philippe-veut-augmenter-de-20-la-remuneration-moyenne-des-enseignants-sur-un-quinquennat_6755790_6205049.html?srsltid=AfmBOopEmBla9FHnbUjyZzzcF2EOf7K8GF_MjhYeBmD9hyRlUgElCeCC

[5] https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/04/28/evaluation-du-systeme-scolaire-sept-ans-apres-sa-mise-en-place-questions-persistantes-autour-d-une-politique-phare-d-emmanuel-macron_6683878_3224.html?srsltid=AfmBOop-EUY69VanvB8aCvtL2Oev4wvZG5UA7CLr_aPK8-uavg4iClFD

[6] https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/08/23/raphael-glucksmann-annonce-etre-candidat-a-l-election-presidentielle-dans-le-cadre-de-la-primaire-organisee-avec-le-parti-socialiste_6754507_823448.html?srsltid=AfmBOorStXXjWAEb-aFCBCmLbAJF92Y-HnZKM2kK41JB-ArDYsUMUvmN

[7] https://www.franceinfo.fr/politique/raphael-glucksmann/soutiens-sondages-programme-sur-quoi-s-appuie-la-candidature-de-raphael-glucksmann-qui-lance-sa-campagne-pour-la-presidentielle-2027_8153303.html

[8] https://www.vousnousils.fr/2026/02/27/15-des-eleves-nont-pas-obtenu-le-brevet-au-cours-de-la-session-2025-701035

[9] https://www.bfmtv.com/politique/horizons/presidentielle-2027-edouard-philippe-proposera-une-refonte-massive-de-l-ecole-la-plus-importante-peut-etre-depuis-jules-ferry_AD-202607050311.html

« J’sais pas j’étais pas née »

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Capture LCI.

«J’ai pas de souvenir…»: face à Darius Rochebin qui l’interrogeait sur LCI sur les présidents de la Ve République, l’écologiste Marine Tondelier était gênée et a vécu un grand moment de solitude


Comme prévu le classement PISA est catastrophique. En réalité c’est un effondrement français, européen et occidental. Pour notre pays, on n’a pas besoin d’études internationales pour connaître l’étendue du désastre. Il suffit d’écouter Marine Tondelier interrogée par Darius Rochebin.

– Pompidou ?
– J’ai pas de souvenirs, pas de trucs marquants à dire sur lui en tant que citoyenne, électrice.
– La croissance, le développement, l’industrie ?
– Bah vous ça vous a marqué apparemment
– Giscard ?
– Bah moi il me fait penser à Macron.

Comme l’observe mon ami Amine El-Khatmi, cette grande féministe n’est même pas fichue de citer l’IVG pour Giscard. Le reste est à l’avenant. Son couplet convenu sur De Gaulle se conclut par « des comme lui, on n’en a plus ! » – quelle profondeur de jugement. Sarkozy c’est très mal et, de Chirac, ce qui l’a marquée, c’est « Mangez des pommes », c’est-à-dire une phrase prononcée par la marionnette de Chirac aux Guignols. Et elle ignore évidemment que Pompidou est le premier à avoir parlé de risque environnemental. D’accord, moi aussi je l’ignorais et je l’ai appris dans un post de Raphaël Doan, mais notez que je n’aspire pas à diriger la France. À moins bien sûr que des pressions amicales….

Marine Tondelier est pré-candidate à la magistrature suprême mais ne sait rien sur ses prédécesseurs. Avec un argument massue (et particulièrement significatif) : J’sais pas, j’étais pas née. On croyait que la politique consistait à s’inscrire dans une généalogie, à penser qu’il y a quelque chose de plus grand que soi qui nous a précédé et nous survivra. Pas pour Tondelier. Son seul horizon c’est ce qu’elle a vécu. Heureusement qu’on ne l’a pas interrogée sur Napoléon ou Du Guesclin – pour le dernier, je ne suis pas sûre qu’elle connaisse le nom.

Sans surprise, les réseaux sociaux ont été pris d’un immense éclat de rire : vacuité, naufrage, néant vertigineux, elle prend cher. Pour ma part, j’ai de la peine pour elle.

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Marine Tondelier ne sait même pas qu’elle ne sait pas. Elle est doublement victime: de la destruction de l’école et du mensonge sur cette destruction. Si j’en crois Wikipédia, Tondelier a fait une hypokhâgne et obtenu un diplôme de Sciences Po Lille. L’Etat lui a fait croire (à elle et ses parents) qu’elle était armée pour appartenir à l’élite. Tout comme il délivre chaque année le bac et le droit d’aller à la fac à des ados qui ne maîtrisent pas leur langue et ignorent qui est Pompidou et ne parlons pas de Montaigne.

La recette bien connue de ce désastre est une bouillie de lâcheté et d’idéologie, dont le résultat est : exigence minimale, bienveillance maximale. On a remplacé la verticalité – un maitre un élève, un qui enseigne, l’autre qui apprend. Ne les vexons pas avec des mauvaises notes. La seule bienveillance, c’est la vérité qui commencerait par annoncer que, désormais, il n’y aura pas plus de 60 % de reçus au bac (et je suis sympa). Ce qui bien entendu n’arrivera pas, tous les parents sont électeurs.

Dans la foulée, comme le souligne Lisa Hirsig dans son excellente analyse, l’Ecole ne se donne plus comme mission la transmission des savoirs qui nous ont forgés, mais la lutte contre les inégalités. Comme on ne pouvait pas faire progresser les médiocres (qu’on qualifie pudiquement d’élèves défavorisés) on s’est employé à faire régresser les bons. Et on y est arrivé. Un expert-éducation de l’OCDE, commanditaire du classement PISA, fait cet aveu stupéfiant dans Le Monde : « La forte baisse des résultats des élèves les plus favorisés entre 2015 et 2025 est presque une bonne nouvelle. »

À l’image de Marine Tondelier, beaucoup de jeunes adultes sont titulaires de diplômes Potemkine. Mais comme elle, ils ne savent pas d’où ils viennent et n’ont pas les armes pour penser le monde où ils vivent. Demain, ils feront tourner le pays. Et ça, ça fait peur.


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La voix des peuples n’affole que les faux démocrates

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Marine Le Pen, ici photographiée à l'Assemblée nationale en janvier, est la favorite des sondages pour la prochaine élection présidentielle française © J.E.E/SIPA

La droite populiste étant aux portes du pouvoir en France, les accusations contre les « parias » et la diabolisation envers les « déclinistes » montent en intensité verbeuse, observe notre chroniqueur.


Le crescendo dans l’injure caractérise la classe politique, paniquée devant la voix des peuples. L’enflure de ses mots blessants est proportionnelle à sa négation du réel. Ceux qui osaient naguère perturber le système dans son confort intellectuel étaient considérés, j’en témoigne, comme « populistes », « complotistes », « déclinistes ». La routine, pour les infréquentables.

Cette fois, la présidentielle approchant, les accusations contre les parias montent en intensité verbeuse. Qui critique le bloc central ou La France insoumise prend le risque d’être qualifié d’« extrême droite », de « fasciste », de « nazi ». La nette victoire de l’AfD (Alternative für Deutschland) dans une élection régionale allemande a été qualifiée lundi par Libération de « choc fasciste ». Même la pensée bourgeoise ronronnante a pu y voir l’arrivée de « néo-nazis ». Il est vrai qu’il est plus simple de disqualifier un résultat électoral que d’en comprendre les ressorts.

Ainsi procède la « bêtise des gens intelligents » dont Jacques Julliard se lamentait. L’effondrement de l’école dans le classement Pisaest plus généralement celui des partis. Même le RN n’a pas osé féliciter l’AfD pour son succès, terrorisé à l’idée d’être assimilé à une formation hitlérienne, à en croire les fabricants de bobards. En réalité, l’AfD a été plébiscitée, y compris par beaucoup d’abstentionnistes d’hier, pour s’être adressée au peuple allemand méprisé de ses élites. Ce mouvement libéral-conservateur, soutien d’Israël et de Donald Trump, a le tort, pour les censeurs, de vouloir appliquer une radicalité dans son refus d’une immigration musulmane qui ne s’intègre plus, et dans le rapatriement — la remigration — des étrangers indésirables. Ces électeurs exaspérés sont les porte-voix d’un mouvement plus général, qui ne se laisse plus intimider par des procédés de diabolisation trop usés.

Le risque totalitaire n’est pas dans ce sursaut populaire, terreau de la démocratie ; il est chez ceux qui veulent le briser. Hurler au nazisme, au prétexte que l’AfD invite les Allemands à retrouver leur fierté perdue, est un procédé stalinien. D’autant que l’ex-RDA, dont est issue la Saxe-Anhalt mal-pensante, a été biberonnée à l’antifascisme d’Etat. Criminaliser le nationalisme allemand en laissant croire à une résurgence de Mein Kampf est également une ineptie : le IIIe Reich méprisait les États-nations et se voyait comme la perpétuation des mille ans du Saint-Empire romain germanique.

Ce qui se dessine, à l’approche de la présidentielle, est une régression obscurantiste portée par des mouvements dits progressistes. La France insoumise, qui défend l’idée d’une insurrection en cas de victoire du RN en mai 2027, est un mouvement inquiétant, tant pour sa revendication de la violence que pour ses accointances avec le suprémacisme islamiste. Le personnel de Radio France, qui appelle à la grève au prétexte qu’un journaliste de Valeurs actuelles, Charles Sapin, fera chaque dimanche matin un éditorial de trois minutes sur France Inter, confirme le sectarisme de l’audiovisuel public. Ceux qui, au centre et à droite, prédisent le chaos en cas de victoire de Marine Le Pen ont pareillement peur de la colère du peuple oublié. Hier soir, sur CNews, Bruno Retailleau a clairement rompu avec le bloc central tout en qualifiant de RN de « démagogique ». Or, si le candidat LR veut redonner aux Français le dernier mot, il s’oblige dès lors à regarder dans la même direction qu’eux.

Le monde brûle-t-il ?

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D.R.

Cet été, les incendies ont envahi les écrans français, au point de donner l’impression d’une planète entière en flammes. Pourtant, les données satellitaires racontent une histoire sensiblement différente: spectaculaire à l’échelle nationale, la saison des feux de 2026 est loin de constituer un embrasement mondial.


Une carte constellée de taches rouges, des murs de flammes, des villages et des campings évacués ! L’affaire semble entendue: ce que la France a vécu cet été, la planète entière le vivra demain. L’extrapolation mérite pourtant examen.

Sans conteste, la France a connu cette année des incendies sans précédent depuis le début des relevés satellitaires, en 2012. Pour les habitants évacués, la vitesse et la violence des feux ont laissé des traces indélébiles. Les images de cet été ont donc bien reflété des catastrophes. Mais elles ne disent pas tout. La France n’est pas le monde. Si, à la même date, l’Espagne, le Portugal et l’Allemagne ont aussi connu une mauvaise saison, la Roumanie, la Croatie et la Grèce sont restées très en dessous de leurs niveaux habituels. L’Europe a ainsi offert des tableaux opposés.

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Élargissons encore. Le Global Wildfire Information System, qui suit les feux par satellite à l’échelle du globe, indique que 2026 est jusqu’ici une année plutôt calme. Cela tient principalement au faible nombre de feux en Afrique, qui représente habituellement plus de la moitié des surfaces brûlées mondiales, ainsi qu’en Amérique du Sud.

Sur vingt ans, la superficie mondiale brûlée chaque année est même à la baisse, en raison surtout du recul des feux de savane et de broussailles. Rien de tout cela ne rend moins graves les incendies français. Aussi la prévention doit-elle être une priorité, d’autant que le réchauffement climatique peut accroître le risque en favorisant des conditions plus chaudes et plus sèches. Mais il ne faut pas oublier qu’une catastrophe locale ne préjuge pas de la situation planétaire. Reste à comprendre pourquoi nous croyons souvent l’inverse.

Une raison importante tient au fait que les incendies possèdent un avantage redoutable dans la bataille des perceptions: les caméras filment admirablement les forêts en flammes, beaucoup moins bien les millions d’hectares qui ne brûlent pas. Pour savoir si le monde brûle, mieux vaut donc regarder les séries statistiques que les écrans de télévision.

Sous l’ignorance, le voile

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2015 © WITT/SIPA

Au lendemain de la publication du classement PISA, état des lieux du niveau scolaire dans les principaux pays développés de la planète, nous aurions grand tort de bomber le torse. S’il y a une chose – une seule – qui prospère en France, c’est bien l’ignorance. Voilà ce que nous révèle l’implacable palmarès. Et de tous les échecs – si nombreux – du président Macron après dix années de pitoyables services, celui-ci est de loin le plus cuisant, le plus dramatique et le plus impardonnable.

L’ignorance donc, chez nous, caracole. Ce n’est pas nouveau. Dès 1980, Paul Guth publiait chez Albin Michel un petit livre, Lettre ouverte aux futurs illettrés, avec en exergue ce constat désabusé : « Autrefois, les illettrés étaient ceux qui n’allaient pas à l’école, aujourd’hui ce sont ceux qui y vont ». L’année précédente, l’historien et homme de télévision Alain Decaux lançait lui aussi un cri d’alerte sous la forme d’un long article publié dans le Figaro Magazine : « On n’enseigne plus l’histoire à nos enfants. » Dès les années 60, le linguiste Étiemble s’inquiétait du dépérissement galopant de notre langue au profit d’une anglicisation, ou plutôt une américanisation qui allait inéluctablement aboutir à ce que nous subissons aujourd’hui dans nos échanges quotidiens, le triomphe de ce que l’auteur appelait « le sabir Atlantique ».

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Il n’est sans doute pas inutile de préciser que la gauche n’était pas encore au pouvoir en France lorsque ces cris d’alerte étaient lancés et ces constats accablants mis sur la table.

Depuis, le désastre en ces domaines n’a fait que croître et embellir. L’ignorance serait donc le point fort des acquis de l’instruction publique à la française. Avec une conséquence à laquelle on ne prête pas suffisamment attention. L’ignorance est le fumier sur lequel l’obscurantisme et les superstitions – toutes les superstitions – prospèrent. Claude Lévi-Strauss le notait déjà au début des années 1990. Plus le savoir et la maîtrise du raisonnement reculent, plus prospèrent les fausses certitudes, les feintes vérités toutes faites, prêtes à l’emploi, à la fois terriblement pernicieuses et formidablement confortables. Elles sont le refuge commode où les cerveaux impréparés à l’acquisition des savoirs, à la connaissance, à la capacité d’analyse et de critique,  et donc incapables de poser clairement les limites entre le certain, le probable et le douteux (la définition même du philosophe donnée par l’Encyclopédie des Lumières) vont trouver à se gaver des anesthésiantes pilules que savent si bien dorer les marchands de dogmes à deux balles dont le commerce est aujourd’hui aussi florissant qu’il a pu l’être dans les temps les plus reculés de l’histoire de l’humanité.

« Nous savons maintenant que les civilisations sont mortelles » constataient amer et lucide Paul Valéry dans un texte célèbre de 1919. Eh bien, nous savons, ici et maintenant, clairement quel sera le fossoyeur de la nôtre, de civilisation : l’ignorance, tout simplement.

L’Évangile selon Abel Ferrara

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Le réalisateur new-yorkais Abel Ferrara revient sur son parcours dans un livre. Ses mémoires permettent d’entrer dans les coulisses d’une œuvre aussi libre que conflictuelle


Dans Scène, ses mémoires publiés aux éditions Séguier (traduit de l’anglais (États-Unis) par Yves Gabay), Abel Ferrara revient sur près d’un demi-siècle de cinéma. Des premiers films tournés à New York aux productions internationales, il traverse les tournages, les acteurs, les producteurs, les excès et les conflits. Mais le livre tient surtout à une obsession : trouver les moyens de faire le film qu’il a en tête.

Ferrara commence avec presque rien. En 1976, il réalise 9 Lives of a Wet Pussy sous le pseudonyme de Jimmy Boy L., qu’il considère comme son « diplôme ». Il garde de cette période ce qu’il appelle « le fantasme de la percée » : réunir trois sous, faire un film et voir le monde entier venir le regarder. Ce rêve ne l’a jamais quitté.

Puis vient Driller Killer. Un peintre fauché, un appartement, une perceuse transformée en arme. Ferrara filme le New York de la fin des années 1970, ses immeubles abandonnés, ses graffitis, sa violence. La ville fournit le décor, mais aussi la matière même de ses premiers films.

De L’Ange de la vengeance à King of New York, de Bad Lieutenant à The Addiction et New Rose Hotel, une même tension traverse son cinéma. Les personnages sont poussés jusqu’à leurs limites, qu’il s’agisse de violence, de drogue, de foi ou de culpabilité. Christopher Walken, Harvey Keitel, Willem Dafoe, Juliette Binoche et Gérard Depardieu viendront donner à cette œuvre des visages très différents.

King of New York naît notamment du choc provoqué chez Ferrara par Terminator et Mad Max 2. Il imagine une fusillade dans une église, avec un tireur déguisé en hassid. De cette idée surgit un film où Frank White, interprété par Christopher Walken, revient à New York pour reprendre le contrôle de la ville.

Bad Lieutenant conduit cette logique beaucoup plus loin. Harvey Keitel y incarne un policier détruit par la drogue, le jeu et la culpabilité. Après avoir touché le fond, il rencontre dans le pardon accordé par une religieuse une possibilité de rédemption. La vision du Christ dans l’église fait basculer le film vers une forme de Passion. Scorsese, qui avait lui-même affronté ces questions dans La Dernière Tentation du Christ, considérera Bad Lieutenant comme l’un des grands films consacrés à la rédemption.

Ferrara ne sépare guère cette matière de sa propre existence. Dans Scène, il raconte ses addictions et ses arrestations. Lors de l’une d’elles, il se retrouve avec des pochons de cocaïne dans la main, coincé par les policiers devant son propre appartement. La scène possède l’absurdité d’une séquence de film, sauf qu’elle s’est réellement produite.

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Cette proximité entre vie et cinéma donne aussi au livre sa part la plus sombre. Ferrara revient sur les dégâts de l’alcool et de la drogue, notamment dans sa vie familiale. La légende du cinéaste maudit laisse alors place à quelque chose de plus difficile : les conséquences concrètes d’une existence menée à toute vitesse. Son rapport à l’industrie explique une autre constante de son parcours. À Hollywood, il voit « les experts-comptables » prendre le pouvoir sur le cinéma. Les films commencent à être pensés en fonction de ce qu’ils doivent rapporter. Ferrara supporte mal cette logique, comme il supporte mal qu’on lui dise ce que le public est censé aimer. Il écrit qu’il va au cinéma pour être « bousculé, chaviré ». Cette opposition se retrouve dans son rapport au montage. Après l’expérience désastreuse de Cat Chaser, dont le film a été profondément remanié sans son accord, il fait du final cut une condition non négociable. Pour Ferrara, le montage constitue le dernier lieu où le cinéaste peut encore décider de ce que sera son film. New Rose Hotel offre une illustration particulièrement intéressante de cette méthode. Le texte de William Gibson modifie sa conception du récit. Les flashback, les variations d’une même scène et les prises différentes de Christopher Walken permettent au montage de faire surgir plusieurs films à partir du même matériau. Le récit devient une matière à recomposer plutôt qu’une ligne à suivre.

Le conflit avec Cannes autour de Welcome to New York prolonge cette volonté de conserver la maîtrise du film. Thierry Frémaux, directeur du Festival de Cannes, lui demande des coupes pour une éventuelle sélection. Ferrara refuse. Le film ne sera retenu ni par la compétition, ni par la Quinzaine des réalisateurs, ni pour une séance spéciale.

Ferrara regarde pourtant les nouvelles technologies avec moins de méfiance que l’industrie traditionnelle. Le téléphone permet désormais de tourner avec une caméra dans la poche ; Internet offre un accès direct à la diffusion. Pour celui qui a commencé avec quelques dollars et des moyens de fortune, cette évolution ouvre de nouvelles possibilités. Scène raconte finalement la trajectoire d’un cinéaste qui n’a cessé de défendre sa manière de faire des films. Une trajectoire faite de succès, de dérapages, de conflits et de fidélités. Ferrara en connaît le prix, mais continue d’avancer avec la même obstination.

256 pages, publication le 1er octobre.

La petite phrase allemande qui devrait inquiéter les centristes français

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Ulrich Siegmund de l'AfD s'amuse de la couverture du magazine Der Spiegel le présentant en une comme "l'homme le plus dangereux d'Allemagne", lors d'un rassemblement de son mouvement politique à Klötze, 16 août 2026 © Peter Gercke/DPA/SIPA

Le peuple, cette priorité oubliée


Une leçon de l’AfD ? Ce coup de tonnerre est à analyser. Quand on scrute un événement traumatisant, il perd sa nuisance pour souvent se muer en enseignement. Magdebourg, « nouvel épicentre de l’extrême droite européenne », selon le journal Le Parisien, fait de la région de Saxe-Anhalt un laboratoire que la majorité de ses habitants désirent appréhender comme une renaissance.

Raison garder

Pour être angoissé par cette victoire, on a le droit cependant de garder raison et de ne pas prendre intégralement l’avancée de l’AfD, dans le climat actuel de l’Allemagne et malgré la déconfiture du chancelier Merz, pour le retour de l’hitlérisme dans toute son horreur.

L’Histoire ne repasse jamais les mêmes plats et le propre de sa totale imprévisibilité est qu’elle peut surprendre favorablement même les plus pessimistes d’entre nous. Puis-je faire référence à un sondage d’auditeurs, le 7 septembre, sur Sud Radio – aux antipodes de l’extrême droite –, qui, à 90 %, ont déclaré ne pas s’émouvoir du succès de l’AfD !

On peut laisser les politologues nous expliquer les raisons identitaires, politiques et sociales de cette éclatante progression de l’AfD – nostalgie de l’Allemagne de l’Est, immigration, faiblesse du pouvoir central, déclassement –, mais je voudrais insister sur un point pas si dérisoire que cela : l’apparence. Le leader de l’AfD, Ulrich Siegmund, n’avait pas une tête de « néo-nazi » et son amabilité, son sourire, son urbanité, sans contradiction avec la dureté du fond et du projet, n’ont pas été pour rien dans le score du parti.

J’espère que Jean-Luc Mélenchon ne s’en inspirera pas et qu’il continuera, par son hostilité ostensible à l’égard de tous ceux qui n’appartiennent pas à son camp extrême, à décourager quiconque de le rejoindre ! À l’évidence, il hait même ceux qu’il devrait convaincre.

L’AfD, ou l’art de parler au peuple ?

Mais, pour m’attacher à l’essentiel, un propos de Linda, dans l’article du Parisien, assistante sociale de 32 ans, dit tout au sujet de l’AfD : « Pour la première fois, j’ai l’impression qu’un candidat a fait de son peuple une priorité. »

Cette pensée est capitale : elle vise, dans le programme comme dans la forme, à persuader le peuple qu’on a véritablement changé de registre, qu’on ne se contente plus de l’invoquer comme un mantra et que la préoccupation fondamentale de la politique – pour gagner comme pour durer – sera de répondre effectivement à ses attentes en apaisant ses plaies. C’est ce qu’affirme à sa manière cette citoyenne allemande.

Sur le plan national, à l’occasion de cette campagne présidentielle, qui parviendra à transmettre le message selon lequel le peuple sera « vraiment une priorité » ? Pas seulement dans les propos, en façade, mais dans tout ce qui relève de l’organisation, de l’imagination et de l’invention. Par exemple, Bruno Retailleau nous présente une équipe de campagne très estimable, mais absolument pas accordée à un humus démocratique qui s’est lassé des mêmes têtes, des professionnels répétitifs et d’une vague qui est incapable de faire croire, par sa seule existence, qu’elle va engendrer du renouveau. Geoffroy Didier !!!

Aucune dérision à l’encontre de nos responsables politiques. Ils doivent composer avec un système démocratique qui est devenu l’art de retarder indéfiniment l’appel au peuple, de noyer les référendums nécessaires envisagés sous une avalanche bureaucratique et de convaincre le citoyen que s’occuper de ce qui le regarde serait un crime. Pour agir, il faudra d’abord détruire tous ces écrans importuns traduisant, en état de droit, en langage noble, les raisons de notre impuissance. Est-il impossible de retenir la leçon de Linda, ce seul enseignement de l’AfD ?

7-Octobre: le coup de téléphone qui embarrasse Netanyahou

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Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, à droite, et son épouse Sara votent lors des élections primaires du parti Likoud, en vue des élections législatives israéliennes d’octobre, à Jérusalem, lundi 17 août 2026 © UPI/Newscom/SIPA

Selon une enquête de Haaretz, le Premier ministre israélien aurait été personnellement averti par Mohammed ben Zayed et le chef du renseignement égyptien. Comme en 1973, les informations existaient, mais elles se sont heurtées aux certitudes du pouvoir.


Selon une enquête de Haaretz, fondée sur des dizaines de témoignages, des documents et des échanges entre membres de l’entourage de Benyamin Netanyahou, ce dernier aurait reçu plusieurs avertissements explicites dans les semaines précédant le 7 octobre 2023. Le bureau du Premier ministre dément catégoriquement ces informations.

Négociations secrètes

Selon l’enquête, depuis le début de 2023, Israël et le Hamas auraient mené, avec l’autorisation de Netanyahou, des négociations secrètes en vue d’une trêve durable à Gaza. Les discussions portaient sur un allègement du blocus, la création de zones commerciales, l’entrée de marchandises, l’exploitation du gisement gazier Gaza Marine et la libération des quatre Israéliens alors détenus dans l’enclave. À la fin d’août, Netanyahou aurait accepté la libération de trente prisonniers palestiniens, dont vingt condamnés à perpétuité, mais aurait ensuite retardé la réunion du comité ministériel nécessaire pour approuver l’accord.

Début septembre, Yahya Sinwar aurait brusquement interrompu les pourparlers. Il aurait ensuite demandé à un intermédiaire du Fatah de prévenir Israël qu’il préparait une « immense surprise », une opération exceptionnelle qu’il qualifiait de zilzal, « tremblement de terre ». Le message aurait été transmis à un conseiller palestinien de Mohammed ben Zayed, président des Émirats arabes unis, puis au Shin Bet le 15 septembre.

Ronen Bar, chef du renseignement intérieur israélien de 2021 à 2025

Ronen Bar, directeur du Shin Bet, aurait immédiatement alerté Netanyahou. Lors d’une réunion organisée le 17 septembre, il aurait estimé qu’Israël se trouvait sur une trajectoire d’affrontement et recommandé une attaque préventive ou, au minimum, un renforcement important des défenses à Gaza et en Cisjordanie. Aucune décision n’aurait été prise. Les services auraient toutefois interprété la menace comme pouvant concerner l’enlèvement d’Elizabeth Tsurkov, alors captive en Irak, et non une attaque massive depuis Gaza.

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Constatant l’absence de réaction israélienne, Mohammed ben Zayed aurait personnellement téléphoné à Netanyahou une dizaine de jours avant le massacre. Au cours d’une conversation de 45 minutes, il l’aurait averti que Sinwar préparait une opération majeure susceptible d’embraser toute la région et de menacer les accords d’Abraham. Netanyahou aurait répondu que le Hamas projetait probablement une action en Cisjordanie et qu’Israël était prêt à tous les scénarios. Pourtant, selon l’enquête, Netanyahou n’aurait communiqué l’alerte émiratie ni au chef du Mossad, ni au directeur du Shin Bet, ni au chef d’état-major.

Mohammed ben Zayed, Émir d’Abou Dabi. DR.

L’article replace ces avertissements dans une politique plus ancienne. Depuis 2017, Sinwar aurait poursuivi simultanément deux stratégies : préparer militairement le Hamas à une confrontation décisive et rechercher un accord économique susceptible d’améliorer la situation à Gaza. Plusieurs projets de trêve et d’échange de prisonniers auraient progressé, avant d’être retardés par Netanyahou. Dans le même temps, celui-ci aurait régulièrement refusé les propositions de l’armée visant à mener une opération d’envergure contre le Hamas, préférant contenir Gaza pour concentrer les efforts sur l’Iran et le front nord. L’enquête affirme également que plusieurs possibilités de libérer rapidement des otages civils se seraient présentées dans les premières heures et les premiers jours suivant le massacre.

Le 7 octobre à 19 heures, le Premier ministre qatari, Mohammed ben Abdelrahmane Al-Thani, aurait informé le directeur du Mossad, David Barnea, que le Hamas était prêt à libérer immédiatement tous les civils et que Doha proposait sa médiation. Barnea aurait répondu qu’Israël refusait alors toute discussion avec le Hamas. Son entourage confirme l’existence de la proposition, mais affirme que le Hamas exigeait en contrepartie l’arrêt de l’offensive israélienne et de nouveaux droits sur le mont du Temple. Le Qatar conteste cette version et soutient qu’aucune condition aussi lourde n’avait été formulée à ce stade.

Le lendemain, Rawhi Mushtaha, bras droit de Sinwar, aurait également informé un proche de Mohammed Dahlan que le Hamas était prêt à libérer sans contrepartie les civils, terme qui, dans la définition de Sinwar, désignait les otages âgés de moins de 18 ans ou de plus de 50 ans. Le message aurait été transmis au Shin Bet, sans susciter de négociation. Un haut responsable israélien reconnaît que certaines de ces propositions sont parvenues aux services et au gouvernement, mais explique que les dirigeants, encore sous le choc, n’étaient pas psychologiquement ni opérationnellement prêts à les examiner. Le soir du 7 octobre, la libération des otages ne figurait d’ailleurs pas encore parmi les objectifs de guerre arrêtés par le gouvernement.

Washington ne serait intervenu que plusieurs jours plus tard. Antony Blinken aurait évoqué la question avec Netanyahou le 12 octobre, sans obtenir de réponse claire. Ce n’est que le 14 octobre que le Premier ministre israélien aurait accepté la médiation qatarie. David Barnea se rendit à Doha le lendemain, huit jours après la première proposition. Entre-temps, les bombardements s’étaient intensifiés, les positions s’étaient durcies et le prix exigé par le Hamas avait augmenté.

« Immense surprise »

La thèse générale de l’enquête est donc double. Avant le 7-Octobre, plusieurs avertissements suffisamment inquiétants n’auraient pas été correctement interprétés, partagés ou suivis d’effet tandis qu’après l’attaque, le choc et la priorité donnée à la destruction du Hamas auraient empêché Israël d’examiner immédiatement des propositions susceptibles de sauver des dizaines d’otages civils.

À la même période, vraisemblablement dans les derniers jours de septembre 2023, une autre alerte serait parvenue directement au cabinet du Premier ministre. Le général Abbas Kamel, chef du renseignement égyptien, aurait averti Netanyahou que le Hamas préparait « quelque chose d’inhabituel », une « opération terrifiante ». Selon Yediot Aharonot, Netanyahou lui aurait répondu qu’Israël maîtrisait la situation à Gaza et que le véritable danger se trouvait en Cisjordanie, où des forces étaient redéployées. L’article de Haaretz ne précise toutefois ni la date exacte de cet avertissement ni quels responsables israéliens, en dehors de Netanyahou et de son cabinet, en auraient été informés. Il affirme seulement que, lors d’une réunion sécuritaire tenue le 1er octobre, le Premier ministre n’a mentionné aucune des alertes personnelles qu’il aurait reçues.

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L’enquête de Haaretz entretient une ambiguïté qui renforce l’accusation portée contre Netanyahou. Dès le 15 septembre 2023, le Shin Bet avait reçu, par l’intermédiaire d’un responsable du Fatah et d’un conseiller palestinien de Mohammed ben Zayed, un avertissement attribué à Yahya Sinwar selon lequel celui-ci préparait une « immense surprise », qualifiée de zilzal. Ronen Bar avait immédiatement transmis l’information à Netanyahou et, le 17 septembre, une réunion réunissant le Shin Bet, l’armée, le Mossad et le Conseil national de sécurité avait examiné la menace. Bar avait même estimé qu’Israël se trouvait sur une « trajectoire d’affrontement » et recommandé une attaque préventive ou, au minimum, un renforcement des défenses. La menace avait donc bien été portée à la connaissance de l’ensemble de l’appareil sécuritaire, même si elle avait été mal interprétée, certains responsables imaginant une opération en Cisjordanie ou une tentative de s’emparer d’Elizabeth Tsurkov en Irak. L’alerte que Netanyahou aurait ensuite passée sous silence est différente. Il s’agit de l’appel personnel de Mohammed ben Zayed, une dizaine de jours plus tard, confirmant que Sinwar préparait une action majeure contre Israël. Lorsque Ronen Bar et Herzi Halevi affirment ne pas avoir été informés de « l’alerte du président des Émirats », ils désignent cette seconde mise en garde, et non le message reçu le 15 septembre. La nuance est toutefois essentielle. Netanyahou n’aurait pas dissimulé aux services l’existence même de la menace, puisqu’ils en connaissaient déjà la substance mais il aurait omis de leur transmettre une confirmation supplémentaire, émanant cette fois directement d’un chef d’État allié. Cette confirmation aurait pu donner davantage de poids au premier avertissement et conduire les responsables israéliens à « faire un plus un », mais présenter l’appareil sécuritaire comme entièrement maintenu dans l’ignorance par le Premier ministre va au-delà de ce que démontre l’article.

Publiée à quarante jours des élections, l’information a fait l’effet d’une bombe. Les chefs des partis d’opposition ont même publié un communiqué commun réclamant la création d’une commission d’enquête d’État, une décision que Netanyahou s’est jusqu’ici bien gardé de prendre. Une telle commission pourrait pourtant établir rapidement si cet appel entre Bibi et Mohammed ben Zayed a bien eu lieu car ce genre d’échange entre deux chefs d’État ne se déroule jamais sans intermédiaires, sans témoins ni sans laisser de traces.

Sur le fond, plus on en apprend sur les semaines qui ont précédé le 7-Octobre, plus le parallèle avec septembre-octobre 1973 s’impose. À l’époque, le roi Hussein de Jordanie avait personnellement averti Golda Meir de l’imminence d’une attaque syrienne. À la veille de la guerre, Ashraf Marwan, proche conseiller du président égyptien Anouar el-Sadate, avait également donné l’alerte lors d’un rendez-vous d’urgence à Londres avec le chef du Mossad, Zvi Zamir. En 2023 comme en 1973, les informations existaient et provenaient de sources jugées fiables. Mais lorsque les dirigeants tiennent un scénario pour impossible, parce qu’il leur paraît irrationnel ou contraire aux intérêts de l’ennemi, même les meilleures alertes peinent à ébranler leurs certitudes. Le renseignement échoue alors moins à voir qu’à convaincre ceux qui croient déjà savoir.

Un hindou dans la ville

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Tour Eiffel: soumission à tous les étages?


 – Mimisiku c’est pas un nom ça ! – Et Roch Voisine tu crois que c’est un nom ? « Un Indien dans la ville », Hervé Palud, 1994. DR.

La tour Eiffel était encore fermée hier après-midi pour cause de colère du personnel. Contrairement à l’autre Dame de fer, Margaret Thatcher, la nôtre plie à la première sommation.

Pourquoi ? La tour était interdite samedi aux femmes (pour les chiens, on ne sait pas), à l’occasion de la visite d’une délégation du BAPS, congrégation religieuse hindoue qui m’a l’air passablement rigoriste et pas trop regardante sur les droits de l’homme (et de la femme). Les membres de la secte étaient reçus en grande pompe pour l’inauguration d’un temple hindou à Bussy-Saint-Georges, en Seine-et-Marne. Treize jours de festivités colorées et de parades folkloriques sont programmés. Pour la visite du 3ᵉ étage de la tour Eiffel, ils ont demandé qu’on épargne à leur gourou de 93 ans[1] toute interaction avec des femmes.

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Cette demande était déjà culottée, mais le pire, c’est que la Société d’exploitation de la tour Eiffel (SETE), c’est-à-dire la mairie de Paris, s’est exécutée et a demandé aux salariées de se faire discrètes. Colère du personnel, grève sauvage, mea culpa de la direction, excuses de la congrégation religieuse qui nie avoir fait cette requête, enquête… Mais cette anecdote est significative. Et si Sa sainteté, quel que soit son titre, voulait visiter le Louvre, couvrirait-on tous les lolos dénudés ? Notez qu’il y a une sorte de précédent: on a pratiquement accepté de n’envoyer au Louvre Abou Dabi que des tableaux convenables (pas de juifs, pas de femmes nues), ce qui exclut une grande partie de l’art européen. Il est vrai que l’Italie a fait encore mieux en voilant des statues pour la visite de je ne sais plus quel Iranien.

La diplomatie n’est pas un festival de vertu droit-de-l’hommiste, je ne suis pas angélique. Business is business. Quand on veut vendre des milliards d’armement aux Saoudiens et aux Qataris, on ne leur envoie pas des filles en minijupes. Et on ne propose pas non plus un transsexuel comme ambassadeur à Téhéran. Mais entre realpolitik et soumission, il y a une différence.

J’aimerais savoir pourquoi les pouvoirs publics se plient en quatre pour cette organisation religieuse. D’accord, des emplois et nos fructueuses relations avec l’Inde sont en jeu. Mais, sérieusement, annuleraient-ils vraiment le projet ou des contrats si Sa grandeur le gourou avait vu un minois féminin ? C’est nous qui accueillons leur temple, cela devrait être en toute logique à eux de nous dire merci, me semble-t-il.

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Qu’on ne veuille pas indisposer nos partenaires commerciaux, d’accord. Renier ce qu’on est pour leur faire plaisir, non seulement c’est indigne, mais cela ne marche pas. Tu viens voir la tour Eiffel, tu viens voir la France, donc des femmes libres. C’est peut-être même pour cela que tu viens à Paris ! Et c’est non négociable. D’ailleurs, il y a une règle valable pour les relations amoureuses, humaines et étatiques : on ne respecte que ceux qui savent dire non.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Jacques Cardoze


[1] Mahant Swami Maharaj, actuel guide spirituel de l’organisation hindoue BAPS (Bochasanwasi Akshar Purushottam Swaminarayan Sanstha), soutien du Bharatiya Janata Party du Premier ministre Modi NDLR

Tennis: l’étrange mal qui a éliminé Djokovic

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Novak Djokovic lors de son match face à l'Argentin Mariano Navone, à New York, le 31 août 2026 © Frank Franklin II/AP/SIPA

Alors que des ennuis de santé mystérieux ont ému son public, lors de son dernier match, perdu, à New York, et alors que Prime Vidéo lui consacre un documentaire d’une heure et demie (voir notre vidéo ci-dessous), on ne sait pas si le champion serbe hors norme pourra participer aux prochains Jeux olympiques à Los Angeles.


« Mon corps commence à me lâcher », a dit, laconique, Novak Djokovic, à l’issue du match qui a vu son élimination dès le premier tour de l’US Open de tennis, à New York, le 31 août, par le 49ème joueur mondial, l’Argentin Mariano Navone, au rachitique palmarès comparé au sien. Au cours de la rencontre, il a été à plusieurs fois pris de vomissements et de nausées, victime d’un étrange mal dont il ignore la cause.

Vomissements

« C’est malheureusement quelque chose que j’ai connu à chaque match cette année. Les vomissements, c’est sérieux », a-t-il précisé ajoutant que ceux-ci étaient accompagnés de crampes, de douleurs. « A la fin, le dos et l’épaule m’ont abandonné », malgré l’intervention à plusieurs reprises d’un kiné.

Pourtant le début de la confrontation avec Navone ne laissait pas présager cette cuisante défaite. Certes, il avait concédé le premier set (7-6) mais remporté les deux suivants (5-7 et 4-6). Il avait pris l’ascendant sur son jeune adversaire. La victoire se profilait. Tout à coup, c’est au quatrième set, bien qu’ayant fait le break à l’entame, qu’il est parti en vrille et s’est incliné sur 6-2. Le cinquième, et dernier, vire à la déroute sur un 6-1. Quand au milieu de celui-ci, quand il a pris conscience qu’il ne franchirait pas pour la première fois depuis deux décennies le cap du premier tour, il n’a pas pu retenir quelques larmes. Le public de Flushing Meadows a fait silence, stupéfait d’assister peut-être au début de la fin d’un des plus grands joueurs de tennis de l’histoire.

La dernière fois où il a été sorti à ce stade d’un tournoi remontait à 2006. C’était à l’Open d’Australie qu’il remportera par la suite à dix reprises. Il avait été battu par l’Américain Paul Goldstein. Il avait 22 ans. Il n’était pro que depuis trois ans.

Avec Roger Federer et Rafael Nadal, il faisait partie de ceux qu’on avait baptisés les « Big Three » parce qu’à eux trois, ils ont trusté les victoires, ne laissant aux autres que les accessits durant la décennie écoulée. Les deux premiers ont pris leur retraite. Vu son palmarès à nul autre pareil, on se demande pourquoi il n’a pas fait de même, au lieu de courir le risque de disputer un humiliant match de trop, comme pourrait se révéler être celui-ci, dans la chaleur et l’humidité d’une journée de fin de mois d’août.

Recordman de tous les temps en Grands Chelems

Agé de 39 ans, il est le doyen du Top 100 de l’ATP. Avec cette défaite, il est rétrogradé 11ème joueur mondial alors qu’il a été classé huit fois numéro Un. Si en nombre de titres, il est précédé d’une courte tête par Federer (101 contre 103 à ce dernier) mais devance Nadal (92), en revanche, en détenteur de Grands Chelems, il est le recordman de tous les temps avec un total de 24, et n’est sans doute pas près d’être égalé ; tout comme il l’est aussi en Masters 1000 avec 40 à son tableau, ayant remporté chacun des tournois de cette catégorie deux fois. Il a conquis sept Masters, plus une coupe Davis, et une médaille d’or olympique.

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Financièrement, il bat aussi, et largement ses deux rivaux. D’après plusieurs sites spécialisés, il aurait engrangé tout long de sa carrière, d’une longévité exceptionnelle, 194 millions de dollars, contre 134 à Nadal et 130 à Federer.

Alors pourquoi persévère-t-il ?

Il se disait que son ambition était d’aller jusqu’aux JO de 2028 à Los Angeles pour y décrocher une seconde médaille d’or. Réputé pour son endurance et sa hargne à vaincre qui faisaient vaciller ses adversaires, cet objectif ne relevait pas de l’impossible. En 2025, malgré les ans, il a disputé quatre finales majeures et conquis son 101ème titre en reportant le tournoi de Genève. Cette année, en dépit de son problème de santé, une, la finale de l’Open d’Australie où il été battu par le jeune prodige espagnol Carlos Alcaraz, 3ème mondial, plus une demi-finale à Wimbledon qu’il a perdue contre le numéro Un mondial, Jannik Sinner. Et à Rolland Garros, sans doute déjà en proie à ce mal étrange qui le prive de ses moyens, le visage rougi par un effort qui visiblement lui pesait, le souffle court, il s’était fait sortir qu’au 3ème tour par le jeune Brésilien Joao Fonseca.

Pour l’entraîneur français, Patrick Mouratoglou, réputé pour son franc-parler, la raison de son entêtement à ne pas raccrocher est tout autre, d’ordre psychologique. Il serait en quête d’une revanche sur le fait d’avoir été des « Big Three » le mal-aimé du public, à cause d’un caractère souvent ombrageux. « Je pense, a écrit l’entraîneur qui n’est pas le sien, qu’il est toujours là pour, enfin, recevoir l’amour des fans. Il a énormément souffert de ne pas être autant apprécié que Federer et Nandal. Il s’est dit : Je veux leur montrer ma vraie personnalité. » Sa défaite contre Navone lui aura peut-être, paradoxalement, permis d’atteindre cet objectif, en ne cachant qu’il pouvait être faible sans pour autant capituler. Au 4ème set, il a dit qu’il avait envisagé d’abandonner. S’il ne l’a pas fait, ç’a été pour le public.

Marqué par la guerre

Un événement de son enfance explique très probablement ce caractère entier. En 1998, c’est la guerre de Yougoslavie. De mars à juin, l’OTAN bombarde Belgrade, sa ville natale. Il a 11 ans. Une nuit, lui et ses parents quittent précipitamment leur logement pour se mettre à l’abri des bombes. « Il était 2 ou 3 heures, raconte-t-il dans un documentaire qui lui a été consacré, ‘Le Loup en hiver’. Tout le monde courait en panique. Personne ne savait où aller. Tout le monde essayait de sauver sa vie. J’ai trébuché. J’ai vu ma famille s’éloigner. J’ai crié ‘au secours, au secours’. Personne ne m’entendu. C’est à ce moment-là que j’ai vu deux bombes tomber sur l’hôpital voisin de notre domicile… » Il retrouvera ses parents plus tard, peu avant que le jour se lève sur une capitale noyée sous la fumée d’immeubles éventrés et en feu… En 1999, toute la famille s’exile à Munich. C’est là qu’il s’inscrit dans club de tennis.

Marque de son caractère que la guerre lui a sûrement forgé, en 2022, en pleine crise du Covid, il est expulsé d’Australie et ne peut disputer l’Open, pour avoir refusé de faire vacciner. « Pourquoi je me serais fait vacciner. J’étais un athlète en pleine forme, en pleine santé. Je ne présentais aucun danger pour quiconque… » Désormais la question qui se pose aujourd’hui, c’est de savoir si on le reverra prochainement sur un court, s’il sera éventuellement capable de tenir jusqu’aux JO pour y décrocher à 41 ans une deuxième médaille d’or. Son couronnement !


« Novak Djokovic. Le loup en hiver », sur Prime Video. Un film de Jason Hehir (1h33)

Rentrée en berne dans les écoles françaises

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Discours de rentrée du ministre Édouard Geffray, Lycee Arago, Paris 12e, 25 août 2026 © Jeanne Accorsini /SIPA

Les propositions pour l’école des candidats du bloc central à l’élection présidentielle ne sont pas de nature à inverser la courbe des résultats scolaires français de plus en plus décevants


Dernière minute !
Le dernier classement PISA, évaluant les connaissances des élèves de 15 ans en mathématiques, sciences et lecture, est tombé ce 8 septembre. Et les résultats de la France montrent un effondrement inexorable du niveau scolaire : en mathématiques, – 16 points par rapport à 2022 et – 35 points par rapport à 2015 ; en lecture, respectivement – 18 et – 43 points ! 40 points équivaut à deux années d’apprentissage selon Eric Charbonnier, analyste à la direction de l’éducation et des compétences de l’OCDE. Occupant la 27ème place, l’hexagone parvient toutefois à se maintenir dans le premier tiers du classement, mais loin derrière la Chine qui caracole en tête, talonnée par Singapour et Macao. RA

En cette période de rentrée, assombrissant la joie habituelle de début d’année, une ombre plane sur les esprits de nombreux Français : celle de la facture. En effet, pour équiper un enfant, il faut débourser au minimum 400 €, soit environ 15 % du salaire mensuel moyen, estimé à 2 700 € [1]. Pour les parents d’un élève entrant en CP, la facture atteint même 450 €, et les dépenses annuelles liées à la scolarité avoisinent les 1 300 €.

Beaucoup de familles ont déjà réduit leur budget de rentrée de 10 % et se tournent vers la seconde main pour acheter fournitures scolaires, cartables ou vêtements [2]. Selon un sondage Elabe, 80 % des Français déclarent se « serrer la ceinture » à cause de l’inflation, a fortiori au mois de septembre [3].

Le naufrage éducatif de l’ère Macron

Au-delà des difficultés économiques, le système éducatif français traverse une crise profonde qui s’est aggravée sous le mandat d’Emmanuel Macron. Le président a de fait interdit l’instruction en famille, privant les parents du choix de scolariser leurs enfants à la maison, et a renforcé dans les écoles les « groupes de niveau », un dispositif qui creuse les inégalités. En 2022, il avait promis une revalorisation annuelle de 10 % des salaires des enseignants, mais cette mesure n’a jamais été appliquée, les augmentations n’ayant pas dépassé les 4 % [4]. L’épuisement professionnel touche des milliers d’enseignants et aujourd’hui 3 000 postes ne sont pas pourvus. Lorsqu’un professeur est absent pour maladie ou pour raisons personnelles, il est rarement remplacé : un cours sur deux est tout simplement annulé.

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Conséquence logique, le niveau des élèves plonge irrémédiablement, comme en témoignent les résultats des derniers classements TIMSS, PISA (mathématiques et sciences) et PIRLS (capacité de lecture en primaire), où la France occupe les dernières places. Le Conseil d’évaluation de l’école, créé par M. Macron en 2019, s’est également révélé inutile. Cet organe indépendant devait évaluer la qualité de l’éducation et proposer des réformes. Mais en sept ans d’existence, aucune de ses conclusions n’a eu d’impact réel sur les politiques éducatives. En avril, l’un de ses membres, le géographe Jacques Lévy, a démissionné en expliquant qu’il était « impossible d’atteindre les objectifs fixés » [5].

Parmi les candidats à l’élection présidentielle, certains partagent l’approche d’Emmanuel Macron et considèrent sa politique éducative comme un succès. MM. Glucksmann, Attal et Philippe, qui présentent leurs programmes comme une « rénovation » du système, ne proposent en réalité qu’un ravalement du même modèle : contrôle des établissements, ségrégation scolaire et même, dans certains cas, remplacement des enseignants par des algorithmes.

Et demain ? Les propositions des candidats Attal et Glucksmann

Dès l’annonce officielle de sa candidature, Raphaël Glucksmann a promis d’« éradiquer tous les extrémismes politiques » [6]. Le candidat de centre gauche entend investir dans l’éducation autant que dans la défense, sans toutefois préciser comment il financera ces dépenses, alors que la dette publique atteint un niveau record de 3536 milliards d’euros soit 117% du PIB. Son programme ne contient pas de chiffres concrets mais, signe de continuité avec le président actuel, sa coordination est assurée par Marguerite Cazeneuve, ancienne conseillère sociale d’Emmanuel Macron [7]. Renonçant à éduquer les jeunes, le leader de Place Publique propose de les occuper par l’instauration d’un service civique obligatoire de dix mois non rémunéré : en pleine période de développement et d’apprentissage, les jeunes gens seraient envoyés dans des maisons de retraite, des parcs ou des associations. Cette tendance à l’exploitation des jeunes dans leurs meilleures années n’est du reste pas sans rappeler le projet du révolutionnaire Michel Le Peletier de Saint-Fargeau, à qui Jaurès lui-même reprochait de « livrer les enfants aux maîtres de la production ». Celui-ci en effet, sous prétexte de « façonner une conception nouvelle de la vie », voulait faire travailler les enfants dès 12 ans dans des ateliers nationaux.

Gabriel Attal, ancien ministre de l’Éducation nationale, veut quant à lui instaurer un « choc des savoirs », une réforme qu’il avait déjà tenté de lancer, mais avait dû suspendre après la dissolution de l’Assemblée nationale en juin 2024. Aujourd’hui, le candidat centriste promet de la remettre en œuvre intégralement et de renforcer la ségrégation scolaire : les élèves faibles suivraient des cours avec les faibles, les plus forts avec les plus forts, une organisation qui ne ferait qu’ancrer les inégalités et créer des tensions entre les élèves. Par ailleurs, M. Attal souhaite rendre le brevet obligatoire pour accéder au lycée. C’est l’idée de « brevet couperet » : tout élève qui échouerait à cet examen verrait se fermer les portes de l’enseignement secondaire. Pour ces derniers, Attal a esquissé la création de « prépas-seconde » dont on ne voit guère où elles mèneraient ni à quoi elles serviraient à part perdre une année. Or, en 2025, 15 % des candidats ont échoué au brevet, soit 120 000 jeunes qui, avec ce nouveau système, se retrouveraient sans aucune perspective de poursuite d’études [8].

L’école arbitraire et post-humaine de Philippe

Édouard Philippe affirme lui vouloir mener une réforme scolaire « sans précédent depuis 140 ans », c’est-à-dire depuis Jules Ferry [9]. Philippe souhaite faire du chef d’établissement un « véritable patron », pour ne pas dire un shérif, lui donnant le droit de modifier les programmes, de licencier des enseignants et d’imposer des restrictions à sa guise. Si un enfant tombe sur un directeur autoritaire, qui décide de durcir les règles ou de raccourcir les récréations, il n’y aura aucun recours possible : les parents perdraient tout droit de regard sur la vie scolaire.

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Pour accélérer l’apprentissage, le centriste veut supprimer les disciplines artistiques à l’école primaire : plus de dessin, plus de musique, plus de projets, seulement la lecture, l’écriture et le calcul. L’école cesserait d’être un lieu d’épanouissement pour devenir le royaume du par cœur. Enfin, la grande « innovation » du chef d’Horizons est un « service universel de soutien scolaire » destiné à chaque élève, qui remplacerait les enseignants par des assistants IA. En 2024, la France a déjà lancé une expérimentation avec la plateforme MIA pour la préparation aux examens, pour un coût de 2 millions d’euros. Étendre ce dispositif à tout le pays multiplierait de manière significative le coût de cette mesure. L’algorithme proposerait des exercices et évaluerait les résultats de l’enfant. Mais, bien évidemment, une machine ne remplacera jamais un enseignant, a fortiori pour des élèves en difficulté ayant perdu leur confiance en eux et leur motivation. Il fonctionne sur un modèle standardisé, percevant uniquement le résultat final sans analyser les erreurs. Un professeur, lui, remarquerait que l’élève bute sur une règle précise ou a besoin de temps pour assimiler et adapterait son approche. L’intelligence artificielle, elle, se contente d’enchaîner les exercices. Or, apprendre sans comprendre n’est qu’une assimilation formelle de connaissances qui est insuffisante pour former de jeunes esprits, condamnant les générations futures au conditionnement et à l’ignorance.

Au terme de dix ans de présidence Macron, le constat des parents est sans appel : les réformes se soldent par de nouvelles restrictions, des dépenses supplémentaires et des résultats de plus en plus décevants. Les annonces de Glucksmann, Attal et Philippe plaident pour la même politique éducative, qui traite les enfants, c’est selon, comme une ressource gratuite, du bétail à trier, voire un problème à régler. Dans leurs programmes, l’école est un atout optimal pour l’État mais pas pour l’avenir des petits Français.


[1] https://www.bfmtv.com/pratique/finances-perso/rentree-scolaire-quel-budget-par-enfant-selon-son-age_AN-202608200457.html

[2] https://theconversation.com/allocation-de-rentree-scolaire-ce-que-les-familles-modestes-font-de-cet-argent-289931

[3] https://www.bfmtv.com/economie/economie-social/sondage-bfmtv-pres-de-8-francais-sur-10-se-serrent-la-ceinture-le-pouvoir-d-achat-doit-etre-la-priorite-d-emmanuel-macron-pour-eux_AN-202608260538.html

[4] https://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2027/article/2026/08/24/presidentielle-2027-edouard-philippe-veut-augmenter-de-20-la-remuneration-moyenne-des-enseignants-sur-un-quinquennat_6755790_6205049.html?srsltid=AfmBOopEmBla9FHnbUjyZzzcF2EOf7K8GF_MjhYeBmD9hyRlUgElCeCC

[5] https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/04/28/evaluation-du-systeme-scolaire-sept-ans-apres-sa-mise-en-place-questions-persistantes-autour-d-une-politique-phare-d-emmanuel-macron_6683878_3224.html?srsltid=AfmBOop-EUY69VanvB8aCvtL2Oev4wvZG5UA7CLr_aPK8-uavg4iClFD

[6] https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/08/23/raphael-glucksmann-annonce-etre-candidat-a-l-election-presidentielle-dans-le-cadre-de-la-primaire-organisee-avec-le-parti-socialiste_6754507_823448.html?srsltid=AfmBOorStXXjWAEb-aFCBCmLbAJF92Y-HnZKM2kK41JB-ArDYsUMUvmN

[7] https://www.franceinfo.fr/politique/raphael-glucksmann/soutiens-sondages-programme-sur-quoi-s-appuie-la-candidature-de-raphael-glucksmann-qui-lance-sa-campagne-pour-la-presidentielle-2027_8153303.html

[8] https://www.vousnousils.fr/2026/02/27/15-des-eleves-nont-pas-obtenu-le-brevet-au-cours-de-la-session-2025-701035

[9] https://www.bfmtv.com/politique/horizons/presidentielle-2027-edouard-philippe-proposera-une-refonte-massive-de-l-ecole-la-plus-importante-peut-etre-depuis-jules-ferry_AD-202607050311.html