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Le monde brûle-t-il ?

Quand les écrans s’enflamment...


Le monde brûle-t-il ?
D.R.

Cet été, les incendies ont envahi les écrans français, au point de donner l’impression d’une planète entière en flammes. Pourtant, les données satellitaires racontent une histoire sensiblement différente: spectaculaire à l’échelle nationale, la saison des feux de 2026 est loin de constituer un embrasement mondial.


Une carte constellée de taches rouges, des murs de flammes, des villages et des campings évacués ! L’affaire semble entendue: ce que la France a vécu cet été, la planète entière le vivra demain. L’extrapolation mérite pourtant examen.

Sans conteste, la France a connu cette année des incendies sans précédent depuis le début des relevés satellitaires, en 2012. Pour les habitants évacués, la vitesse et la violence des feux ont laissé des traces indélébiles. Les images de cet été ont donc bien reflété des catastrophes. Mais elles ne disent pas tout. La France n’est pas le monde. Si, à la même date, l’Espagne, le Portugal et l’Allemagne ont aussi connu une mauvaise saison, la Roumanie, la Croatie et la Grèce sont restées très en dessous de leurs niveaux habituels. L’Europe a ainsi offert des tableaux opposés.

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Élargissons encore. Le Global Wildfire Information System, qui suit les feux par satellite à l’échelle du globe, indique que 2026 est jusqu’ici une année plutôt calme. Cela tient principalement au faible nombre de feux en Afrique, qui représente habituellement plus de la moitié des surfaces brûlées mondiales, ainsi qu’en Amérique du Sud.

Sur vingt ans, la superficie mondiale brûlée chaque année est même à la baisse, en raison surtout du recul des feux de savane et de broussailles. Rien de tout cela ne rend moins graves les incendies français. Aussi la prévention doit-elle être une priorité, d’autant que le réchauffement climatique peut accroître le risque en favorisant des conditions plus chaudes et plus sèches. Mais il ne faut pas oublier qu’une catastrophe locale ne préjuge pas de la situation planétaire. Reste à comprendre pourquoi nous croyons souvent l’inverse.

Une raison importante tient au fait que les incendies possèdent un avantage redoutable dans la bataille des perceptions: les caméras filment admirablement les forêts en flammes, beaucoup moins bien les millions d’hectares qui ne brûlent pas. Pour savoir si le monde brûle, mieux vaut donc regarder les séries statistiques que les écrans de télévision.

Septembre 2026 - #148

Article extrait du Magazine Causeur




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Essayiste et philosophe des sciences

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