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Tennis: l’étrange mal qui a éliminé Djokovic


Tennis: l’étrange mal qui a éliminé Djokovic
Novak Djokovic lors de son match face à l'Argentin Mariano Navone, à New York, le 31 août 2026 © Frank Franklin II/AP/SIPA

Alors que des ennuis de santé mystérieux ont ému son public, lors de son dernier match, perdu, à New York, et alors que Prime Vidéo lui consacre un documentaire d’une heure et demie (voir notre vidéo ci-dessous), on ne sait pas si le champion serbe hors norme pourra participer aux prochains Jeux olympiques à Los Angeles.


« Mon corps commence à me lâcher », a dit, laconique, Novak Djokovic, à l’issue du match qui a vu son élimination dès le premier tour de l’US Open de tennis, à New York, le 31 août, par le 49ème joueur mondial, l’Argentin Mariano Navone, au rachitique palmarès comparé au sien. Au cours de la rencontre, il a été à plusieurs fois pris de vomissements et de nausées, victime d’un étrange mal dont il ignore la cause.

Vomissements

« C’est malheureusement quelque chose que j’ai connu à chaque match cette année. Les vomissements, c’est sérieux », a-t-il précisé ajoutant que ceux-ci étaient accompagnés de crampes, de douleurs. « A la fin, le dos et l’épaule m’ont abandonné », malgré l’intervention à plusieurs reprises d’un kiné.

Pourtant le début de la confrontation avec Navone ne laissait pas présager cette cuisante défaite. Certes, il avait concédé le premier set (7-6) mais remporté les deux suivants (5-7 et 4-6). Il avait pris l’ascendant sur son jeune adversaire. La victoire se profilait. Tout à coup, c’est au quatrième set, bien qu’ayant fait le break à l’entame, qu’il est parti en vrille et s’est incliné sur 6-2. Le cinquième, et dernier, vire à la déroute sur un 6-1. Quand au milieu de celui-ci, quand il a pris conscience qu’il ne franchirait pas pour la première fois depuis deux décennies le cap du premier tour, il n’a pas pu retenir quelques larmes. Le public de Flushing Meadows a fait silence, stupéfait d’assister peut-être au début de la fin d’un des plus grands joueurs de tennis de l’histoire.

La dernière fois où il a été sorti à ce stade d’un tournoi remontait à 2006. C’était à l’Open d’Australie qu’il remportera par la suite à dix reprises. Il avait été battu par l’Américain Paul Goldstein. Il avait 22 ans. Il n’était pro que depuis trois ans.

Avec Roger Federer et Rafael Nadal, il faisait partie de ceux qu’on avait baptisés les « Big Three » parce qu’à eux trois, ils ont trusté les victoires, ne laissant aux autres que les accessits durant la décennie écoulée. Les deux premiers ont pris leur retraite. Vu son palmarès à nul autre pareil, on se demande pourquoi il n’a pas fait de même, au lieu de courir le risque de disputer un humiliant match de trop, comme pourrait se révéler être celui-ci, dans la chaleur et l’humidité d’une journée de fin de mois d’août.

Recordman de tous les temps en Grands Chelems

Agé de 39 ans, il est le doyen du Top 100 de l’ATP. Avec cette défaite, il est rétrogradé 11ème joueur mondial alors qu’il a été classé huit fois numéro Un. Si en nombre de titres, il est précédé d’une courte tête par Federer (101 contre 103 à ce dernier) mais devance Nadal (92), en revanche, en détenteur de Grands Chelems, il est le recordman de tous les temps avec un total de 24, et n’est sans doute pas près d’être égalé ; tout comme il l’est aussi en Masters 1000 avec 40 à son tableau, ayant remporté chacun des tournois de cette catégorie deux fois. Il a conquis sept Masters, plus une coupe Davis, et une médaille d’or olympique.

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Financièrement, il bat aussi, et largement ses deux rivaux. D’après plusieurs sites spécialisés, il aurait engrangé tout long de sa carrière, d’une longévité exceptionnelle, 194 millions de dollars, contre 134 à Nadal et 130 à Federer.

Alors pourquoi persévère-t-il ?

Il se disait que son ambition était d’aller jusqu’aux JO de 2028 à Los Angeles pour y décrocher une seconde médaille d’or. Réputé pour son endurance et sa hargne à vaincre qui faisaient vaciller ses adversaires, cet objectif ne relevait pas de l’impossible. En 2025, malgré les ans, il a disputé quatre finales majeures et conquis son 101ème titre en reportant le tournoi de Genève. Cette année, en dépit de son problème de santé, une, la finale de l’Open d’Australie où il été battu par le jeune prodige espagnol Carlos Alcaraz, 3ème mondial, plus une demi-finale à Wimbledon qu’il a perdue contre le numéro Un mondial, Jannik Sinner. Et à Rolland Garros, sans doute déjà en proie à ce mal étrange qui le prive de ses moyens, le visage rougi par un effort qui visiblement lui pesait, le souffle court, il s’était fait sortir qu’au 3ème tour par le jeune Brésilien Joao Fonseca.

Pour l’entraîneur français, Patrick Mouratoglou, réputé pour son franc-parler, la raison de son entêtement à ne pas raccrocher est tout autre, d’ordre psychologique. Il serait en quête d’une revanche sur le fait d’avoir été des « Big Three » le mal-aimé du public, à cause d’un caractère souvent ombrageux. « Je pense, a écrit l’entraîneur qui n’est pas le sien, qu’il est toujours là pour, enfin, recevoir l’amour des fans. Il a énormément souffert de ne pas être autant apprécié que Federer et Nandal. Il s’est dit : Je veux leur montrer ma vraie personnalité. » Sa défaite contre Navone lui aura peut-être, paradoxalement, permis d’atteindre cet objectif, en ne cachant qu’il pouvait être faible sans pour autant capituler. Au 4ème set, il a dit qu’il avait envisagé d’abandonner. S’il ne l’a pas fait, ç’a été pour le public.

Marqué par la guerre

Un événement de son enfance explique très probablement ce caractère entier. En 1998, c’est la guerre de Yougoslavie. De mars à juin, l’OTAN bombarde Belgrade, sa ville natale. Il a 11 ans. Une nuit, lui et ses parents quittent précipitamment leur logement pour se mettre à l’abri des bombes. « Il était 2 ou 3 heures, raconte-t-il dans un documentaire qui lui a été consacré, ‘Le Loup en hiver’. Tout le monde courait en panique. Personne ne savait où aller. Tout le monde essayait de sauver sa vie. J’ai trébuché. J’ai vu ma famille s’éloigner. J’ai crié ‘au secours, au secours’. Personne ne m’entendu. C’est à ce moment-là que j’ai vu deux bombes tomber sur l’hôpital voisin de notre domicile… » Il retrouvera ses parents plus tard, peu avant que le jour se lève sur une capitale noyée sous la fumée d’immeubles éventrés et en feu… En 1999, toute la famille s’exile à Munich. C’est là qu’il s’inscrit dans club de tennis.

Marque de son caractère que la guerre lui a sûrement forgé, en 2022, en pleine crise du Covid, il est expulsé d’Australie et ne peut disputer l’Open, pour avoir refusé de faire vacciner. « Pourquoi je me serais fait vacciner. J’étais un athlète en pleine forme, en pleine santé. Je ne présentais aucun danger pour quiconque… » Désormais la question qui se pose aujourd’hui, c’est de savoir si on le reverra prochainement sur un court, s’il sera éventuellement capable de tenir jusqu’aux JO pour y décrocher à 41 ans une deuxième médaille d’or. Son couronnement !


« Novak Djokovic. Le loup en hiver », sur Prime Video. Un film de Jason Hehir (1h33)




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écrivain et journaliste français.

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