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Sea, Rolex and sun : un été de pré-campagne pour les candidats à l’Élysée

Les vacances fastueuses de la classe politique


Sea, Rolex and sun : un été de pré-campagne pour les candidats à l’Élysée
La plage de Nice vue depuis l'hôtel Negresco. 25/11/2025. SYSPEO/SIPA

Cet été, une grande partie de la France a brûlé. Les Français ont souffert des conséquences financières de la guerre au Moyen Orient et du blocus du détroit d’Ormuz. Cela n’a pas empêché un certain nombre de nos politiques, y compris des candidats à la présidentielle, de passer de très bonnes vacances.


La France est la première destination touristique du monde. Selon le ministère du Tourisme, le pays a accueilli 102 millions de visiteurs en 2025, un record. Les étrangers y viennent pour son histoire, sa culture, sa mode unique et sa gastronomie. Pourtant, les Français eux-mêmes voyagent peu : en moyenne, ils visitent seulement 5 pays au cours de leur vie. 40 % d’entre eux ne partent pas en vacances d’une année sur l’autre. Et cet été, la situation s’est encore dégradée. Selon Ipsos, dès le printemps, 27 % des Français savaient déjà qu’ils ne pourraient pas se permettre de partir en raison de l’inflation élevée et d’une épargne insuffisante. Même ceux qui ont réussi à mettre de l’argent de côté ont réduit leur budget de 14 %, à 1 700 € par personne, un plus bas depuis 2022.

Le jet-ski du scandale 

Pour les dirigeants du pays, en revanche, c’est vacances cinq étoiles. Emmanuel Macron s’est installé dans la résidence luxueuse de Brégançon, où il se rend chaque été depuis 2018, parfois plusieurs fois par saison. L’entretien de cette forteresse sur la Côte d’Azur – où le président joue au tennis et navigue sur un yacht – coûte chaque année 400 000 € au budget de l’État. Dans l’entourage de Macron, on assure qu’il apprécie cet endroit pour pouvoir y allier repos et travail. L’opposition, elle, y voit une stratégie : Brégançon serait pour lui un symbole lui permettant de rester intouchable, tant physiquement que politiquement.

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Mais cet été, ses vacances ont tourné au scandale. Alors que 67 départements français étaient en crise de l’eau et que les pompiers combattaient vaillamment les flammes malgré une pénurie de Canadairs, Macron se baignait dans sa piscine, se détendait en faisant du ski nautique et du surf. C’est d’ailleurs au cours d’une de ces activités que des journalistes l’ont surpris. Dès le lendemain, une photo le montrant, souriant, en short, filant sur un jet-ski au-dessus des vagues, a fait la une de Paris Match.

Les potentiels successeurs du président ont, eux aussi, l’habitude de vacances fastueuses. L’ancien Premier ministre Gabriel Attal avait d’abord promis de ne pas prendre de congés et de mener une campagne électorale active tout l’été. Il ne disparaît certes pas du paysage médiatique : interviews à répétition, rencontres avec des électeurs, déclarations sur de possibles réformes et référendums. Mais le travail n’empêche pas l’ex-macroniste de passer ses journées dans des villas privées du sud de la France. La location de l’une d’elles coûte au moins 15 000 € par semaine. En comparaison, avec un salaire moyen de 2 500 €, il faut épargner au moins six mois pour pouvoir débourser une telle somme. Même l’entourage d’Attal qualifie son choix de « réflexe assez bourgeois ».

Un été à l’italienne

Édouard Philippe, quant à lui, préfère rester discret sur sa vie privée. Il s’est confié brièvement sur ses projets de vacances, affirmant vouloir « se ressourcer » avant la course à l’Élysée et partira avec sa femme et ses trois enfants. Ses vacances idéales ? « Dormir, lire, faire du sport, jouer, et recharger les batteries pour revenir plus fort ». La presse suppose que la famille Philippe est partie en Italie, car le chef d’Horizons est un grand amateur de Sicile et de Toscane.

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Le socialiste Glucksmann, dont le programme politique a d’étonnants accents macronistes, a choisi de s’envoler vers l’un des endroits les plus chers de la Méditerranée : Canari, en Haute-Corse. C’est là que le chef de Place publique possède une résidence familiale qu’il considère comme « son paradis ». Un bien immobilier de ce standing est estimé en moyenne entre 1,5 et 2,5 millions d’euros. Le matin, Glucksmann et sa compagne Léa Salamé se prélassent sur la côte et, le soir, ils reçoivent des amis pour des barbecues arrosés de grands crus.

Macron est visiblement un amateur du faste et de l’apparat des souverains. Au même moment, les Français se débattent contre l’adversité, qu’il s’agisse de catastrophes naturelles ou de difficultés économiques, voire de misère pour certains. Attal, Philippe et Glucksmann, les trois principaux prétendants à sa succession, semblent partager ses goûts et choisissent des lieux inaccessibles à la majorité de leurs concitoyens. S’ils reprennent les rênes du pouvoir, on peut s’attendre à ce qu’ils poursuivent sur la même voie, faisant financer par le contribuable les salaires dispendieux du personnel politique, leurs retraites dorées et toute leur suite… et diminuant à la portion congrue les vacances des Français.



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Raphaëlle Auclert est spécialiste d’histoire slave. Elle enseigne à l’Institut catholique d’Etudes supérieures de La Roche-sur-Yon.

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