L’islamo-gauchisme représente d’emblée une alliance bancale, opportuniste, qui réunit des idéologies fondamentalement opposées. Les première fissures dans cette façade viennent de paraître au grand jour à Berlin. La candidate de la gauche radicale qui est la favorite pour le poste de bourgmestre-gouverneur, a révélé involontairement au newsmagazine Der Spiegel qu’elle avait peur des éléments islamistes liés à sa propre formation politique.
Le soir du 20 septembre, Erif Eralp triomphait. Tête de liste de son parti, Die Linke (La Gauche), elle avait mené ses troupes à la victoire dans les élections régionales. Députée à la Chambre de Berlin, l’assemblée régionale, depuis 2021, elle était devenue le numéro deux de son groupe parlementaire en 2024, avant d’être choisie comme tête de liste pour les élections de 2026. Le triomphe était spectaculaire. Avec 25,65 % des suffrages, Die Linke, un parti de la gauche radicale, était arrivée devant les chrétiens-démocrates conservateurs de la CDU (18,77 %), les populistes de droite de l’AfD (16,26 %), les Verts (Die Grünen ; 14,29), et les social-démocrates du SPD (12,11 %). Le nombre de ses sièges a plus que doublé, montant de 22 à 47. La coalition sortante, formée par la CDU et le SPD, a perdu collectivement 30 sièges, la privant désormais d’une majorité absolue, tandis que Die Linke avait désormais la possibilité de former une coalition rouge-vert-rouge avec Die Grünen et le SPD. Et une voie royale s’ouvrait devant Elif Eralp pour devenir bourgmestre-gouverneur de Berlin.
Il y avait pourtant une ombre au tableau. Bien qu’Elif Eralp, d’ascendance turque, ait mené campagne principalement sur des questions sociales et économiques, notamment le logement – donnant lieu à des comparaisons avec le maire de New York, Zohran Mamdani – son parti faisait l’objet de reproches pour ses accointances avec des personnalités dont le soutien aux Palestiniens et les condamnations d’Israël pouvaient facilement être pris pour de l’antisémitisme. Fin août, lors d’une réunion de Die Linke, un rappeur – suivant l’exemple du groupe britannique, Bob Vylan, en 2025 – a chanté « Mort à Tsahal ! ». Mme Eralp et d’autres chefs du parti ont essayé de limiter les dégâts en condamnant l’incident, mais sans pouvoir dissiper l’impression générale que le parti restait proche de milieux extrêmistes. Il existe à Berlin une importante communauté palestinienne dont Die Linke prétend défendre sa cause. Le succès électoral du parti – comme celui d’autres formations politiques en Europe qui versent dans l’islamo-gauchisme – dépend dans une certaine mesure du vote palestinien.
A lire aussi : Ces minorités menaçantes qui terrorisent l’État
Cette ombre au tableau s’est concrétisée le soir du 20 septembre. Car lors d’une fête au siège du parti dans la circonscription multi-ethnique de Neukölln, le député local au Bundestag, Ferat Koçak, a apparu flanqué d’un militant propalestinien, Ibrahim Ibrahim, un sympathisant du Hamas connu pour sa proximité avec le Front populaire de libération de la Palestine (PFLP), catégorisé par l’UE comme une organisation terroriste. Une autre présence gênante était celle d’Issa Remmo, considéré comme le chef d’un clan libanais lié au crime organisé. Ce dernier – qui n’avait pas été invité, selon Ferat Koçak – prétend militer pour la cause de familles libanaises qui seraient stigmatisées par le terme de « clan ». Malgré les efforts d’Elif Eralp pour prendre ses distances, malgré son insistance qu’elle protégera la communauté juive, les deux autres partis de la possible coalition rouge-vert-rouge, les Grünen et le SPD, ont exprimé des réserves.
Cette semaine, un nouveau rebondissement a semé le trouble au moment où la Chambre de Berlin ouvrait une nouvelle session et envisageait des négociations en vue de la création d’une nouvelle coalition de gouvernement et du choix d’un nouveau bourgmestre-gouverneur. Lundi, le newsmagazine Der Spiegel conduit une interview avec Elif Eralp en l’interrogeant sur les liens entre son parti et Ibrahim Ibrahim. Quand le texte est envoyé par la revue pour avoir l’aval définitif de la femme politique avant la publication, le bureau d’Elif Eralp le renvoie à Der Spiegel accompagné – par erreur – des commentaires de l’élue et d’une correspondance interne au sujet de l’entretien. Le document complet, publié par le magazine, révèle qu’Elif Eralp a peur des extrémistes liés au Hamas. Au cours de l’interview, elle a indiqué qu’elle était au courant de liens possibles entre son parti et des militants propalestiniens et, quand on lui a demandé si Ibrahim Ibrahim figurait parmi ce groupe, elle a répondu oui.
Or, les commentaires publiés par Der Spiegel montrent que la députée voulait barrer le nom d’Ibrahim Ibrahim, car « Ni mon mari ni moi ne voulons mentionner des noms spécifiques. Il a peur de ces gens et moi aussi ». Plus loin elle commente : « Je ne peux pas risquer ma sécurité et celle de ma famille pour Der Spiegel. Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? On annule toute l’interview ? » Elle ajoute que, dans le passé, elle aurait reçu les conseils d’une agence de détectives berlinoise qui préconisait d’éviter de citer certains noms pour sa propre sécurité. « A cette époque, la recommandation était de ne jamais mentionner des noms spécifiques. En ce temps-là, il s’agissait du crime organisé ; maintenant il est question d’individus ayant des liens avec le Hamas ».
A lire aussi : Mao, on refait le match
Lors de l’ouverture de la session parlementaire, jeudi 29 octobre, Elif Eralp a essayé de minimiser l’importance des révélations, déclarant : « Je ne serai intimidée par personne ». Selon elle, elle entend bien lutter aussi bien contre le crime organisé que contre toutes les organisations qui glorifient la violence et la terreur. On décèle ici une référence implicite au militant Ibrahim Ibrahim et au chef de clan Issa Remmo. Cela n’a pas empêché les autres chefs de parti d’exprimer leurs inquiétudes. Selon le leader du SPD à Berlin, Steffen Krach, « Quiconque veut gouverner cette ville doit nommer clairement les dangers et protéger Berlin contre eux. Ni les chefs de clans ni un Ibrahim Ibrahim ne doivent avoir la moindre influence à Berlin ». Stefan Evers, de la CDU, va plus loin, espérant faire dérailler les négociations rouge-vert-rouge au nom d’une coalition potentielle entre son parti, le SPD et Die Grünen : « Les révélations actuelles renforcent l’inquiétude générale qui entoure l’idée d’un gouvernement régional dirigé par Die Linke à Berlin ». Il se demande comment Elif Eralp peut assurer la sécurité de millions de citoyens si elle « a peur des éléments islamistes dans son propre parti ? » Le diagnostic le plus tranchant est celui du maire SPD de Neukölln, Martin Hikel : « Si quelqu’un se permet d’être bridé de cette façon, cela montre combien ces forces antisémites adeptes de la terreur sont profondément enracinées dans Die Linke et veulent accéder au pouvoir avec l’aide de Die Linke ».
Le cas d’Elif Eralp est en train de devenir un avertissement qui expose au grand jour les dangers véritables de l’alliance islamo-gauchiste qui, à la longue, profitera beaucoup plus aux islamistes qu’aux gauchistes naïfs. Les Berlinois seront-ils capables d’entendre cet avertissement et de réagir à temps ? L’Europe occidentale tirera-t-elle les leçons de Berlin ?




