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La conscience, il y a des maisons pour ça!

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Célébrer l’avortement comme un accomplissement est une dérive, s’alarme Elisabeth Lévy dans sa chronique radio. Nous vous proposons de l’écouter.


Le gouvernement veut « réévaluer » le cadre légal de l’IVG. Qu’est-ce que ça veut dire ? C’est une info dénichée par La Croix dans la « troisième feuille de route de la stratégie nationale santé sexuelle 2026-2030 » publiée lundi[1]. Le gouvernement y annonce qu’il va saisir ou plutôt ressaisir le Comité consultatif national d’Ethique (CCNE) puis légiférer en 2027-28. Deux objectifs : allonger le délai légal de recours à l’avortement (fixé à 14 semaines depuis la loi Gaillot de 2022) et abroger la clause de conscience spécifique.

En retard !

Un mot d’abord concernant les délais: comme la Grande Bretagne va jusqu’à 24 semaines (six mois, tout de même), la France est forcément en retard. Les militants finiront un jour par demander qu’on puisse ramener les enfants au magasin un mois après leur naissance. Pardon d’ironiser sur un sujet grave.

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Abordons à présent cette affaire de la clause de conscience. Le code de santé publique comprend une clause de conscience générale autorisant les personnels de santé à refuser de pratiquer un acte contraire à leurs convictions (tous les personnels soignants, pas seulement les médecins, et tous les actes). La loi Veil, considérant que l’IVG n’est pas un acte médical comme un autre, a ajouté une clause les autorisant explicitement à refuser de pratiquer l’IVG. Le CCNE a recommandé son maintien en 2020, en soulignant que, contrairement à la clause générale, la clause spécifique impose de trouver une alternative à la patiente. Si un médecin refuse de pratiquer l’IVG, il doit indiquer à sa patiente où elle peut le faire. Donc, la législation en place est protectrice pour les médecins et pour les femmes.

Les militants veulent faire de l’IVG un acte anodin

Peut-être mais l’accès à l’IVG est difficile. En êtes-vous sûr ? En 2024, on a dénombré 663000 naissances en France et 251000 IVG. Ce nombre est constant, ce qui signifie que ce n’est pas toujours un recours ultime mais un quasi-moyen de contraception (d’autant que 80% des IVG sont réalisées par voie médicamenteuse). Rappelons aux jeunes qu’il existe de nombreux moyens de faire l’amour sans procréer. L’IVG est l’un d’eux, peut-être pas le plus simple ni le plus joyeux.

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Pourtant, les féministes et les nigauds progressistes veulent absolument que l’avortement soit archi-banal. Ils ne défendent pas le droit à l’avortement, ils le célèbrent comme si c’était un accomplissement merveilleux. Toute réserve, tout rappel des souffrances qu’il occasionne est réactionnaire. La clause de conscience est, selon la députée Albane Gaillot, « le symbole d’une médecine qui tente de contrôler le corps des femmes ». Obliger les médecins à pratiquer un acte qu’ils jugent attentatoire à la vie, ça ce n’est pas grave.  Que vaut la liberté de conscience à côté d’une lubie militante ?

Reste que toute cette discussion est un peu théorique. Un gouvernement infichu aujourd’hui de faire voter un budget prétend légiférer sur l’IVG le jour où il ne sera plus en fonction… Tout ça est une diversion ou, comme le dit le président, du « bullshit ».


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth dans la matinale du lundi au jeudi.


[1] https://www.la-croix.com/societe/avortement-delais-d-acces-et-clause-de-conscience-le-gouvernement-veut-reevaluer-le-cadre-legal-20260908

Affaire Guillaume Pley: l’animateur de Legend est-il la cible d’une vengeance des milieux d’affaires?

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Le présentateur de la chaîne YouTube aux 3,7 millions d’abonnés a fait les frais de plusieurs enquêtes menées par de grands médias comme Le Monde ou Les Inrocks. Coïncidence troublante, les propriétaires de ces journaux sont les mêmes hommes d’affaires qui avaient, en vain, tenté de racheter Legend quelques mois auparavant, pour une somme que Guillaume Pley aurait lui-même jugée « ridicule ».


YouTube, ton univers impitoyable. Quand on pèse, comme la chaîne Legend, 3,7 millions d’abonnés, 8 millions d’écoutes mensuelles et plus de 6 milliards de vues annuelles — et que le tout réalise 10 millions d’euros de chiffre d’affaires et un résultat net de 3,82 millions en 2025 —, il faut s’attendre, comme les protagonistes de la série Dallas, à aiguiser les appétits. Mais aussi à recevoir des coups, y compris sous la ceinture.

Tout cela, Guillaume Pley, le fondateur et présentateur star de Legend, le sait bien. Et dans le cas contraire, il l’a appris à ses dépens, lui dont l’été a été plus que chahuté par un certain nombre de polémiques dont l’animateur se serait sans doute bien passé. Presque coup sur coup en effet, plusieurs médias que, a priori, rien ne relie entre eux ont dégainé des enquêtes dévastatrices pour l’image — et par conséquent, les activités et l’influence — de Guillaume Pley.

Tirs groupés

Les Inrocks, Le Monde, Society, bientôt rejoints par certaines chaînes YouTube comme celle de l’influenceur TPZ : à quelques jours d’intervalle seulement, tous ces médias ont publié (ou annoncé leur intention de publier) des formats à charge contre l’animateur de Legend. Les uns ont pointé un « système Pley » prétendument à l’œuvre au sein de l’actuelle société du présentateur, qui fait travailler une quarantaine de salariés, tandis que les autres ont dénoncé ses pratiques supposées quand l’ex-animateur de radio amusait la galerie sur l’antenne de NRJ.

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L’impact de ces tirs groupés, qui plus est de la part de médias aussi prestigieux, fut à la hauteur de l’influence exponentielle de celui que certains (et parfois les mêmes, dans le cas du quotidien vespéral) n’hésitaient pas jusqu’alors à présenter comme un potentiel arbitre de la future élection présidentielle. Accusé de racisme, de comportements déplacés avec de jeunes filles ou encore de pratiques managériales flirtant avec le harcèlement, Guillaume Pley est passé, du jour au lendemain, de l’Olympe au pilori médiatique. Comme le disait Jean-François Kahn : « D’abord, on lèche, ensuite, on lâche et enfin, on lynche. »

Cette chute estivale n’a rien d’une première dans le paysage médiatique français. À l’ère post-MeToo, la chute brutale d’idoles masculines est presque devenue un feuilleton. Et la justice, si elle est un jour saisie (démarche que seul Guillaume Pley a, pour l’heure, menée en portant plainte pour diffamation), tranchera — éventuellement — les allégations à l’encontre de l’animateur. S’il est à ce stade impossible de démêler le vrai du faux, il est en revanche possible de s’interroger sur la curieuse concordance des attaques visant le fondateur de Legend.

Quand Mediawan se prend une veste… légendaire

Et c’est ici qu’il faut revenir à l’analogie avec la série Dallas. Certes, Guillaume Pley n’est pas J.R. Ewing et Legend n’extrait pas de pétrole du sous-sol texan, mais comme l’antihéros du soap opera, le présentateur pèse — en argent, on l’a vu —, et ce qui vaut sans doute encore plus cher en ces temps préélectoraux, en influence. Vu sous un angle plus contemporain, Legend est une start-up hyperrentable qui a grossi vite, très vite, et qui vaut cher, très cher. Et comme toute start-up qui se respecte, Legend a rapidement attiré la convoitise de plus gros qu’elle.

Approché par ce beau monde, Guillaume Pley n’en est pas moins tombé de sa chaise quand Mediawan lui a proposé de racheter 51 % de Legend pour… deux tout petits millions d’euros. Une offre que l’intéressé et ses coactionnaires ont, toujours d’après Le Point, jugée « ridicule ». À raison, si l’on en croit les 17 millions d’euros que le fonds d’investissement FG Bros a, quelques mois plus tard, allongés pour s’arroger 25 % (seulement) du capital de la société Legend Metamedia. Pour résumer : conscient de sa propre valeur, Pley a décliné une première offre manifestement sous-évaluée et a fini par faire une bonne affaire. Business as usual.

Et pas n’importe qui. Au cours de l’hiver dernier, nous apprend Le Point dans un article daté du 27 août, Mediawan aurait proposé de racheter son bébé à Guillaume Pley. Fondé en 2015 par Matthieu Pigasse, Xavier Niel et Pierre-Antoine Capton, le groupe pèse aujourd’hui 1,3 milliard d’euros de chiffre d’affaires, produit des émissions comme C à vous, des séries à succès comme Dix pour cent, et est l’actionnaire majoritaire de Plan B Entertainment, la société de production de Brad Pitt, excusez du peu. Du lourd, du très lourd.

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De bien étranges coïncidences

L’affaire aurait pu en rester là, mais Le Monde, Les Inrocks et Society en ont décidé autrement. S’en est suivi l’été houleux que l’on sait et bien malin qui saurait ce que l’avenir réserve, en cette rentrée, à Guillaume Pley. À moins que, comme le relève Le Point, qui donne la parole à un cadre anonyme de Legend : « Les Inrocks appartiennent à Matthieu Pigasse, Pierre-Antoine Capton est actionnaire de So Press, qui édite Society, Xavier Niel est actionnaire du Monde. »

En d’autres termes, les trois médias installés qui ont, à quelques jours ou semaines d’intervalle, sorti (ou prévu de sortir) des papiers à charge contre Legend et Guillaume Pley, appartiennent ou ont des liens capitalistiques avec les trois personnalités qui ont échoué, il y a quelques mois de cela, à prendre le contrôle de Legend. « Si ça n’est pas une opération de représailles, ça y ressemble quand même un peu, non ? », fait mine de s’interroger la même source anonyme dans les colonnes du Point. Et si des coïncidences ne valent ni preuve ni condamnation, elles interrogent à tout le moins.

Napoléon III: Nigel Farage rouvre le dossier du rapatriement de l’Empereur

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À Birmingham, aux côtés de Jordan Bardella, Nigel Farage s’est dit prêt à favoriser le rapatriement de Napoléon III s’il devenait Premier ministre. Une déclaration qui relance une vieille revendication française, malgré les réserves de la Maison impériale et les nombreux obstacles juridiques et religieux auxquels fait face cette proposition.


Le 4 septembre 2026, à Birmingham, le député Nigel Farage a reçu l’eurodéputé Jordan Bardella dans le cadre du rapprochement entre le parti Reform UK et le Rassemblement national (RN). À cette occasion, le leader britannique s’est déclaré favorable au rapatriement du dernier empereur des Français s’il devenait Premier ministre lors des prochaines élections législatives prévues en 2029. Interrogé sur la possibilité de rendre à la France les restes de Napoléon III, actuellement conservés à l’abbaye Saint-Michel de Farnborough, Farage a répondu : « If they want him, I think they can have him » – s’ils le veulent, je pense qu’ils peuvent l’avoir. Jordan Bardella s’est lui aussi montré favorable à cette perspective au nom du Rassemblement national.

Cette déclaration commune n’est pas anodine. Elle intervient alors que les deux formations cherchent à afficher une nouvelle proximité politique franco-britannique, notamment sur l’immigration et les traversées de la Manche. Farage a ainsi évoqué une forme de « nouvelle Entente cordiale » entre les deux pays, en référence à celle signée entre Londres et Paris en 1904. Mais derrière cette promesse politique se trouve une réalité historique, familiale et religieuse beaucoup plus complexe.

Un empereur français qui repose au Royaume-Uni

C’est un destin qui continue de fasciner encore des générations. Malgré un parcours chaotique qui le mènera en prison (1840-1846) pour tentative de coup d’état, d’où il s’en échappera de manière spectaculaire, au prix d’un long exil, Louis-Napoléon Bonaparte revient en France au cours d’un processus démocratique.  

En 1848, il est élu président de la Seconde République. Ce neveu de l’Empereur Napoléon Ier proclame l’empire en 1852 et prend le nom de Napoléon III afin d’assoir sa légitimité politique et dynastique.  La défaite de Sedan, en septembre 1870, à l’issue de la guerre franco-prussienne, provoquera la chute du Second Empire, dernière système monarchique de France.

Contraint à l’exil, l’ancien souverain rejoignit l’Angleterre avec l’impératrice Eugénie et leur fils, le prince impérial Louis-Napoléon. Napoléon III meurt le 9 janvier 1873 à Chislehurst, dans le Kent, à la veille d’un retour qui s’avérait prometteur. Six ans plus tard, c’est au tour de son fils unique de décéder en Afrique du Sud, en combattant héroïquement les Zoulous, alors qu’il servait dans l’armée britannique. C’est à partir de ces deux drames que l’impératrice Eugénie entreprit de créer à Farnborough un lieu destiné à devenir le mausolée de la famille impériale. Les dépouilles de Napoléon III et du prince impérial furent transférées en 1888 dans l’abbaye Saint-Michel. Lorsque Eugénie mourut en 1920, elle les rejoignit dans la crypte.

DR

La France a déjà demandé son retour

S’il est le premier Britannique à aborder de front cette question, Nigel Farage n’est pas le premier responsable politique à défendre le retour de Napoléon III en France. Dès les années 1990, le député Philippe Séguin, qui avait largement contribué à réhabiliter la mémoire du Second Empire, s’était prononcé en faveur du rapatriement de l’Empereur. En 2007, l’ancien ministre et maire de Nice, Christian Estrosi, avait à son tour porté cette revendication, sans parvenir à la concrétiser. Dix ans plus tard, en pleine campagne présidentielle en Corse, Marine Le Pen relançait également l’idée, suscitant un vif débat dans le milieu bonapartiste. Au sein du Rassemblement national, elle n’est pas la seule à appuyer ce projet. Depuis plusieurs années, Jean-Philippe Tanguy poursuit cette démarche en demandant le retour en France de Napoléon III, de l’impératrice Eugénie et du prince impérial. Se revendiquant gaullo-bonapartiste, le député RN de la Somme présente ce projet comme un acte de mémoire et de réconciliation avec l’histoire nationale, plutôt que comme une nostalgie impériale.

Portée à l’Assemblée nationale en 2023 puis renouvelée en 2024, sa démarche vise, selon ses termes, à permettre à la France de « faire la paix avec toute son histoire » comme il l’avait par ailleurs indiqué lors d’une interview à Causeur.

Volontés de réhabilitation

Pour le prince Joachim Murat, le Second Empire constitue l’une des grandes périodes de modernisation et de prospérité de l’histoire française. Il estime que Napoléon III a profondément transformé le pays, tant sur le plan économique et industriel que social, éducatif et urbain. Sans nier le caractère autoritaire des débuts du régime ni les erreurs qui ont marqué son règne, il refuse que le Second Empire soit résumé au coup d’État de 1851 et à la défaite de Sedan. Il défend au contraire une lecture plus nuancée de Napoléon III, qu’il considère comme un dirigeant dont l’action a contribué à faire entrer la France dans la modernité. Il insiste notamment sur le développement du chemin de fer, de l’industrie et des infrastructures, les transformations de Paris, mais aussi sur plusieurs avancées sociales et éducatives. L’ancien candidat aux élections européennes voit dans cette période un exemple d’État stratège, combinant développement économique, progrès social et intervention publique.

Joachim Murat. DR.

Cette réhabilitation est également personnelle : descendant direct du maréchal Joachim Murat, roi de Naples, il revendique une fidélité à l’héritage bonapartiste qui repose notamment sur le mérite, l’autorité de l’État, la souveraineté populaire et la capacité à moderniser le pays.

Son regard sur Napoléon III est donc clairement assumé : il ne s’agit pas de restaurer l’Empire, mais de réhabiliter une période de l’histoire française qu’il estime avoir été durablement caricaturée, notamment par la IIIe République née illégitimement. Cette démarche est d’ailleurs au cœur de son ouvrage Napoléon III, l’incompris, publié en 2025 avec son cousin Olivier Pastré, dans lequel il défend l’idée que l’expérience du Second Empire peut encore nourrir la réflexion politique contemporaine. Joachim Murat avait salué l’initiative du député Tanguy tout en doutant de son aboutissement. Pour ce défenseur de l’Empereur, très populaire au sein du milieu bonapartiste, il s’agirait plutôt de dépasser une « légende noire » et de restituer au Second Empire la place qui lui revient dans l’histoire nationale.

Le retour de Napoléon III divise la famille impériale et les bonapartistes

Le paradoxe de la proposition de Nigel Farage est que la principale branche de la Maison impériale ne réclame pas le retour de Napoléon III. C’est un obstacle de taille quand on sait que l’Elysée exigera dans sa demande, l’accord préalable des membres dynastes de la maison impériale.

Le prince Jean-Christophe Napoléon (40 ans), chef de la Maison impériale, prétendant au trône de France, s’inscrit dans une position déjà défendue par son père, Charles Bonaparte : le maintien de la sépulture à Farnborough est cohérent avec la volonté exprimée par l’impératrice Eugénie.

Interrogé par le passé sur un éventuel rapatriement des dépouilles impériales, Charles Bonaparte, ancien maire adjoint d’Ajaccio, avait balayé tout argument en rappelant que Londres et Paris étaient désormais suffisamment proches pour permettre aux Français de venir se recueillir à Farnborough. Dont acte !

Cette position ne signifie toutefois pas que l’ensemble des descendants de Napoléon III s’opposent au rapatriement. Le comte Jean-Marc Banquet d’Orx, descendant direct de l’Empereur et qui partage une extraordinaire ressemblance avec Napoléon III, milite au contraire pour son retour en France.

La question divise donc la descendance elle-même comme la mouvance bonapartiste qui s’écharpe sur ce sujet sur les réseaux sociaux. Certains affirmant que l’état actuel « désastreux » de la France ne permet pas de réunir les conditions favorables à un tel projet quand d’autres s’en félicitent ouvertement.

Président de l’Appel au Peuple, mouvement bonapartiste qui a été reformé et qui a eu ses heures de gloire durant l’entre-deux-guerres, David Saforcada défend depuis longtemps le principe d’un retour en France de la famille impériale et de ceux qui l’ont accompagnée dans l’exil. Sceptique au fait que Nigel Farage ouvre à nouveau cette perspective, il refuse toutefois que le sujet soit réduit à un simple instrument de communication ou une pièce dans un jeu électoral. « La mémoire nationale mérite mieux que les effets d’annonce. L’héritage napoléonien, qu’il s’agisse de Napoléon Ier ou de Napoléon III, ne doit pas être utilisé comme un argument de circonstance par ceux qui découvrent aujourd’hui une histoire qu’ils ont longtemps ignorée. », déclare-t-il en pointant le Rassemblement national du doigt. « La mémoire nationale mérite mieux que les effets d’annonce », ajoute David Saforcada. Pour celui qui est également candidat à l’élection présidentielle de 2027, il ne s’agit pas de « récupérer un symbole politique », mais de rendre à une page de l’histoire de France la place qui lui revient. Tout est dans la nuance.

Le député UDR Maxime Michelet, qui ne cache pas sa proximité avec les deux Empires, s’est déclaré favorable à la proposition de Nigel Farage. « Au regard de l’héritage exceptionnel du règne de l’empereur Napoléon III, notre premier président et dernier souverain mérite un tombeau en terre française et une place éminente dans notre mémoire nationale. », a déclaré l’élu de la Marne sur son compte X (Twitter). Avant d’ajouter un brin enthousiaste : « Merci à Nigel Farage d’ouvrir la porte à ce chemin de réconciliation. ».

En 2025, une pétition citoyenne en ce sens avait été lancée par de jeunes bonapartistes, toujours en ligne. Elle a recueilli plus de 10 000 signatures à date, signe de l’engouement que ce sujet suscité. Ironie de l’histoire, Jordan Bardella est actuellement en couple avec la princesse Maria-Carolina de Bourbon-Deux-Siciles, cousine directe du prince Jean-Christophe. Elle est régulièrement présente aux Invalides afin de rendre hommage à l’Empereur Napoléon Ier, les 5 mai de chaque année.

Farnborough, les moines gardiens du mausolée impérial

Depuis le transfert des dépouilles dans la crypte, les moines perpétuent depuis lors une tradition religieuse attachée à leur mémoire, avec notamment des offices commémoratifs et des prières célébrées chaque année pour l’Empereur, l’Impératrice et leur fils.

Si aucune déclaration récente ne permet toutefois d’affirmer que l’abbaye a formellement mis un veto à toute exhumation, elle n’a jamais souhaité y donner suite. 

Il serait cependant réducteur de considérer les moines comme de simples détenteurs matériels des restes impériaux : ils se considèrent avant tout comme les gardiens d’un mausolée et d’une tradition religieuse voulue par l’impératrice Eugénie. Cette continuité explique la prudence de l’abbaye face aux projets de rapatriement.

C’est précisément ce qui rend la proposition de Nigel Farage particulièrement complexe. Un éventuel rapatriement ne concernerait pas seulement le déplacement des restes d’un ancien souverain français : il remettrait en question la vocation même du mausolée créé par Eugénie de Montijo.

Une proposition qui se heurte à plusieurs questions sans réponse

Même s’il devenait Premier ministre, Nigel Farage ne pourrait pas simplement ordonner l’ouverture de la crypte et le transfert des restes en France. Une exhumation au Royaume-Uni est soumise à des procédures et autorisations spécifiques. Le statut de la sépulture, les droits liés au lieu, les autorités compétentes, la communauté religieuse et les descendants devraient notamment être pris en considération. Le gouvernement britannique pourrait en revanche faciliter une négociation, examiner le cadre juridique et engager des discussions avec la France, la Maison impériale et l’abbaye.

Le scénario d’un transfert de Napoléon III seul soulève immédiatement une autre question. Que deviendraient Eugénie et leur fils ? Les laisser à Farnborough reviendrait à rompre l’unité du mausolée. Les transférer également en France changerait radicalement la nature de l’opération. On ne parlerait plus du rapatriement d’un ancien chef d’État, mais du transfert de l’ensemble de la famille impériale. C’est précisément pourquoi le dossier est aussi sensible pour la Maison impériale.

Enfin, où reposerait l’Empereur ? Napoléon III avait exprimé le souhait de reposer à l’église Saint-Augustin, à Paris. Les Invalides constitueraient une autre possibilité symbolique, mais sa vocation militaire rendrait le choix politiquement et historiquement significatif… La basilique royale Saint-Denis soulèverait une autre question : faudrait-il intégrer Napoléon III à la tradition des souverains capétiens ? Un lieu directement associé au Second Empire pourrait enfin être privilégié. Pour l’heure, aucune solution ne fait consensus.

Une nouvelle bataille autour de la mémoire impériale

La déclaration de Nigel Farage donne donc une nouvelle dimension à un dossier ancien. Mais au-delà de ce rapprochement entre les deux partis conservateurs, le véritable enjeu dépasse largement le retour des restes de Napoléon III. Il concerne la capacité de la France à regarder son histoire sans en exclure certaines périodes, à reconnaître les héritages contradictoires de ses régimes successifs et à donner une place à ceux qui ont incarné le Second Empire sans le juger avec des yeux actuels.

Le retour de Napoléon III ne pourra cependant être un acte improvisé. S’il devait avoir lieu, il ne pourrait prendre son sens que dans un cadre solennel, historique et familial, associant la France, la Grande-Bretagne, la Maison impériale et l’abbaye de Farnborough. Car derrière la proposition de Nigel Farage se trouve une question simple, mais lourde de symboles : la France est-elle vraiment prête à faire revenir chez elle son dernier empereur ? Pour l’instant, une chose est certaine : la porte que plusieurs générations de défenseurs du bonapartisme avaient tenté d’entrouvrir vient d’être rouverte depuis Londres. Reste à savoir qui acceptera de la franchir.

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Une perle noire

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Un polar français un peu oublié où cinq truands d’une élégance folle prouvent que la meilleure façon de partager un butin reste encore de liquider tous ses associés… En ce moment sur Arte


J’ai découvert l’autre soir sur Arte ce splendide film noir. Lorsqu’il réalise Symphonie pour un massacre en 1963, Jacques Deray n’est encore qu’au début d’une carrière qui le conduira à devenir l’un des grands artisans du polar français. Après Le Gigolo, son premier film réalisé en 1960, il signe Rififi à Tokyo, puis ce film noir qui impose immédiatement une manière, une atmosphère et un regard. Viendront ensuite Par un beau matin d’été, L’Homme de Marrakech, puis La Piscine, qui consacrera définitivement son association avec Alain Delon.

Mais c’est peut-être avec Symphonie pour un massacre que Deray atteint le plus naturellement cette alliance entre la sécheresse du récit policier et une véritable élégance cinématographique. Le film appartient pleinement au cinéma noir français des années soixante, tout en possédant déjà quelque chose de l’univers de Jean-Pierre Melville : des hommes seuls, des professionnels du crime, des rapports fondés sur la méfiance, le silence et la trahison. La Cinémathèque française elle-même souligne cette proximité avec le « Jean-Pierre Melville des grands jours ».

Un monde d’hommes sans confiance

Le scénario, écrit par Jacques Deray, José Giovanni et Claude Sautet d’après Les Mystifiés d’Alain Reynaud-Fourton, repose sur une mécanique implacable. Cinq trafiquants préparent une importante affaire. Si chacun d’entre eux rêve secrètement de garder pour lui la totalité du butin, seul l’un d’entre eux passe implacablement à l’acte. Le crime devient alors une affaire de calcul, de duplicité et de survie.

Ce qui intéresse Deray n’est pourtant pas seulement le mécanisme du casse. C’est la manière dont un groupe d’hommes se désagrège lorsque disparaissent la confiance et la loyauté. Chacun soupçonne l’autre, chacun dissimule une partie de la vérité, chacun croit pouvoir être plus intelligent que ses partenaires. Le film avance ainsi vers le massacre annoncé, avec une froideur presque clinique.

A ne pas manquer, Elisabeth Lévy: Causeur a besoin de vous !

Il n’y a chez Deray ni romantisme du truand ni fascination excessive pour la pègre. Ces hommes vivent dans un univers sans morale où l’amitié n’est qu’un arrangement provisoire et où la trahison constitue la seule véritable règle. Le titre prend alors toute sa force : ce n’est pas seulement une histoire criminelle, c’est une véritable composition musicale où chaque personnage apporte sa note avant que l’ensemble ne se transforme en requiem.

L’élégance melvillienne

Deray filme ce monde avec une remarquable sobriété. Les cadrages sont souvent serrés, emprisonnant les personnages dans des espaces étroits : des chambres, des cafés, des couloirs, des wagons. Les visages deviennent alors des paysages inquiétants. Un regard, une hésitation, un silence suffisent parfois à faire comprendre qu’une décision irréparable vient d’être prise.

La mise en scène ne cherche jamais à souligner artificiellement la violence. Elle la laisse surgir, sèche, brutale, presque inattendue. Pas de complaisance : Deray préfère filmer ceux qui restent plutôt que ceux qui meurent. La violence est davantage ressentie qu’exhibée.

Cette retenue donne au film son élégance melvillienne. On pense évidemment au Doulos ou au Deuxième Souffle, à cette conception du polar comme monde fermé où les hommes obéissent à des codes dont la transgression entraîne nécessairement la mort. Mais Deray ne copie pas Melville. Il possède déjà son propre sens du rythme et de l’espace.

Des cadrages qui enferment

La caméra de Claude Renoir joue un rôle essentiel dans cette réussite. Son magnifique noir et blanc donne au film une densité presque physique. La nuit parisienne, les néons, les cafés enfumés, les quais de gare, les chambres et les voitures composent un univers où la lumière semble toujours menacée de disparaître. La photographie magnifie une France urbaine encore très éloignée du cinéma policier spectaculaire qui viendra plus tard.

La rigueur des cadrages serrés semble réduire progressivement l’espace vital des personnages. Ils sont pris au piège de leurs propres manœuvres. Plus ils avancent, plus le monde paraît se refermer autour d’eux. Le montage de Paul Cayatte participe de cette sensation. Il est abrupt, nerveux, parfois elliptique. Deray ne s’attarde pas là où d’autres auraient cherché à expliquer. Une action est commencée, puis interrompue ; un événement est parfois découvert après coup ; un raccord sec fait basculer le récit d’une situation à une autre. Ce montage refuse la complaisance narrative et donne au film une modernité étonnante.

Des acteurs d’une justesse admirable

La grande force de Symphonie pour un massacre réside également dans sa distribution. Tous les acteurs sont remarquablement justes, sans jamais chercher à voler la vedette à leurs partenaires. Charles Vanel, avec son visage buriné et son extraordinaire économie de gestes, impose à Paoli une autorité tranquille. Il n’a pas besoin de hausser la voix : sa présence suffit. Claude Dauphin apporte à Valoti une élégance plus mondaine, mais derrière cette apparente distinction se cache le même monde de calcul et de violence. Michel Auclair est lui aussi remarquable dans le rôle de Clavet. Il donne au personnage une nervosité contenue, une fragilité presque imperceptible qui contraste avec l’assurance affichée des autres truands.

A lire ensuite, Jean Chauvet: Suicide assisté

Et puis il y a Jean Rochefort. C’est peut-être la révélation la plus éclatante du film. Dans le rôle de Jabeke, il possède cette élégance féline, ce sourire légèrement ironique et cette manière de se déplacer avec une désinvolture qui dissimule parfaitement la dangerosité du personnage. Rochefort est magnifique parce qu’il ne joue jamais le gangster de façon démonstrative : il joue un homme qui sait qu’il est plus intelligent que les autres, jusqu’au moment où cette certitude devient sa faiblesse.

Michèle Mercier et Daniela Rocca, enfin, apportent aux personnages féminins une présence plus discrète, presque en retrait dans cet univers d’hommes. Elles participent néanmoins à l’atmosphère du film, comme des présences qui observent silencieusement la mécanique de destruction qui se met en place.

Une musique comme un requiem

La musique de Michel Magne est admirable. Son jazz accompagne le film sans jamais l’alourdir. Il ne s’agit pas d’une musique illustrative mais d’une véritable pulsation intérieure. Les cuivres, les rythmes et les sonorités jazzy semblent suivre les personnages dans leur traversée de la nuit. La musique donne au film son mouvement et, paradoxalement, annonce déjà sa fin. Cette Symphonie est bien une symphonie mortuaire : chaque note semble accompagner un personnage vers sa disparition.

C’est là que le titre devient presque musical au sens propre. Le film commence comme une affaire criminelle et s’achève comme une partition dont les instruments, un à un, cessent de jouer.

Un grand film noir

Symphonie pour un massacre est donc bien davantage qu’un solide polar des années soixante. C’est un film d’atmosphère, de regards et de silences, un film où la mise en scène compte autant que l’intrigue.

Jacques Deray y révèle un véritable talent de cinéaste. Il possède déjà cette précision, cette sobriété et cette efficacité qui feront de lui l’un des maîtres du polar français. Il retrouvera souvent ces qualités par la suite, notamment dans L’Homme de Marrakech (1966), La Piscine (1969, assurément son plus beau film), Borsalino (1970), Un homme est mort (1972) ou Un papillon sur l’épaule (1978), mais rarement avec une telle pureté.

Il y a dans Symphonie pour un massacre quelque chose de profondément classique et, en même temps, de remarquablement moderne. Un cinéma d’hommes, de nuit, de solitude et de mort. Un cinéma sans bavardage inutile, où les regards disent souvent davantage que les dialogues. Un très beau film noir, sec, élégant, mystérieux, dont le noir et blanc, les cadrages serrés, le montage abrupt et le jazz de Michel Magne composent une musique funèbre qui continue de résonner longtemps après la dernière image.


1 h 47.

Sur ARTE samedi 19 septembre à 13:30. Et à la demande gratuitement dès maintenant et jusqu’au 24/11/2026 sur la plateforme ARTE.TV

Mamdani, le Mélenchon new-yorkais?

Il est touchant de voir chaque génération croire à nouveau dans l’efficacité du socialisme. À New York, le maire Zohran Mamdani a promis à coups de TikTok gel des loyers, bus gratuits, épiceries solidaires… Débandade huit mois plus tard, après un début d’exode des riches et les rappels à l’ordre du gouverneur et des investisseurs.


« Eat the rich ! », « Mangeons les riches ! » Depuis 2019, cette injonction attribuée à Jean-Jacques Rousseau est devenue le slogan des jeunes socialistes du monde anglophone. Sous sa forme moins agressive, « Tax the rich ! », elle exprime l’obsession primordiale du socialisme façon génération Z qui, outre-Atlantique, permet aux socialistes démocrates d’Amérique (les DSA) d’engranger un certain nombre de succès électoraux. Cette organisation, fondée sous sa forme actuelle en 1983, a connu un développement rapide au cours des dix dernières années, en parallèle à la montée de LFI en France. Pour le moment, elle œuvre au sein du Parti démocrate pour le pousser plus vers la gauche et, aux primaires, faire gagner ses propres candidats face aux démocrates traditionnels, plus modérés. C’est ainsi qu’Alexandria Ocasio-Cortez, DSA et démocrate, a été élue à la Chambre des représentants en 2018. Elle pourrait même être la candidate démocrate à la présidentielle de 2028. Un autre membre des deux formations, Zohran Mamdani, a été élu maire de la ville de New York en 2025. À 34 ans, c’est un vrai jeune comparé à Jean-Luc Mélenchon. Né en Ouganda de parents indiens, il est lui-même issu de l’immigration et pratique la foi musulmane. Son électorat et celui de LFI en France se recoupent partiellement par l’âge et les préoccupations. Au pouvoir dans une grande ville depuis huit mois, la gestion de Mamdani donne un avant-goût de ce que pourrait être un gouvernement Insoumis. Certes, sa marge de manœuvre est limitée par des instances supérieures – l’État de New York et l’administration fédérale –, mais son action sur le plan économique montre ce qui se passe quand les idéaux de la gauche « gen Z » rencontrent la réalité du terrain.

Revanche

Le socialisme des jeunes d’aujourd’hui se distingue et du socialisme classique et du wokisme post-BLM. Les références au marxisme et à l’idéologie DEI, toujours présentes, sont éclipsées par des préoccupations plus quotidiennes. Cette nouvelle gauche est en faveur de tout ce qui peut améliorer la vie au jour le jour : contrôle des prix et subvention des denrées alimentaires ; accès facile au logement et gel des loyers ; gratuité pour tous des soins médicaux, des transports publics, de la garde des enfants et de l’éducation. Ces revendications sont compréhensibles : la vie pour bien des jeunes est matériellement difficile. D’ailleurs, beaucoup sont des Blancs diplômés (80 % des adhérents des DSA) qui se trouvent lésés, n’ayant pas atteint le statut social et le niveau salarial qu’on leur avait promis. Pour financer leur revanche, il suffirait de faire payer les riches. Là où les socialistes traditionnels prônaient des augmentations d’impôts pour tous, les nouveaux préfèrent un transfert massif de richesses par la fiscalité. Ils citent l’« économie en forme de K » : selon ce schéma, les revenus des plus aisés sont en train de monter en flèche, tandis que ceux des autres chutent. Aux élus, donc, de renverser la situation par décret.

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C’est sur ce programme, à la fois pratique et utopique, que Mamdani est devenu maire. Il a vite compris qu’il fallait modérer ses ambitions, sans doute parce qu’il a découvert les limites de son pouvoir de diriger l’économie. Il voulait augmenter le SMIC à New York de 17 à 30 dollars de l’heure, mais cette décision appartient à la gouverneure de l’État, Kathy Hochul, qui est une démocrate centriste prudente. Il se dit en faveur de la gratuité des soins pour tous mais, depuis 2003 au Congrès fédéral, et 1991 à l’assemblée de l’État de New York, des projets de loi allant dans ce sens sont restés bloqués. Mamdani n’y peut rien. Il va investir 22 milliards de dollars, somme énorme mais insuffisante, dans la construction de 200 000 nouveaux logements et la rénovation de 200 000 autres sur dix ans. Tous seront soumis à des contrôles de loyer. Sauf que le vrai besoin de la ville serait de 700 000 logements, chiffre inatteignable sans le secteur privé. Or, les contrôles sont de nature à décourager l’investissement et la location, limitant le nombre de logements disponibles et augmentant les prix. Pire, pour le million de logements où la ville a le droit de limiter le pouvoir des propriétaires, Mamdani a imposé un gel complet des loyers pendant deux ans. Cette approche a déjà été tentée par un de ses prédécesseurs, Bill de Blasio, sans succès.

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Mamdani a obtenu l’approbation de la gouverneure pour investir 1,2 milliard dans l’extension de la garde d’enfants gratuite à 22 000 familles modestes, mais aller plus loin demanderait entre 6 et 9 milliards. Il a voulu rendre gratuits les bus publics, mais cela coûterait autour d’un milliard par an, et le système de transports a déjà presque 48 milliards de dettes. Hochul a refusé, et le maire doit se contenter de quelques projets pilotes. Il promet la construction de cinq épiceries publiques – une par arrondissement – pratiquant une réduction de 30 % sur les prix des produits de première nécessité. 70 millions ont été affectés à la construction d’une première boutique l’année prochaine, mais la subvention des denrées sera à la charge de la ville dans la durée. Seule une minorité de New-Yorkais vivant près d’une épicerie y aura accès. Ce sont les autres contribuables, riches ou pauvres, qui vont payer.

Pas facile

En juin, Mamdani a fait voter le budget le plus élevé de l’histoire de New York, près de 125 milliards, l’équivalent de la dette de la ville. Il a voulu augmenter les impôts sur les sociétés et introduire un impôt supplémentaire sur les revenus de plus d’un million de dollars, mais Hochul et la présidente du conseil municipal ont fait obstacle. Déjà, des riches déménageaient en Floride, et une telle mesure en Californie a fait perdre à l’État 536 milliards en revenus. Enfin le maire a trouvé un compromis avec la gouverneure pour promulguer une surcharge – surnommée la « taxe pied-à-terre » – sur certaines catégories de résidences secondaires. La mise en œuvre malhabile de la mesure, présentée par Mamdani comme visant « les élites mondialisées », a provoqué l’ire de beaucoup de citoyens aisés mais pas richissimes. Le maire prétend avoir déjà démontré que « les socialistes comprennent l’économie aussi bien que les capitalistes ». En réalité, il pratique une politique de « vibes », comme on dit en anglais, ou de « bonnes ondes ». Il se montre affable et empathique ; il maîtrise TikTok ; mais sa gestion montre surtout que les riches ne se laissent pas manger facilement.

L’affaire de Carcassonne et le mensonge antiraciste

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Les propos racistes tenus en 2025 par un policier municipal de Carcassonne, enregistrés par sa caméra piétonne et diffusés par Midi Libre, ont valu à l’agent et à ses collègues d’être suspendus de leurs fonctions, parallèlement à la saisie du parquet. Laurent Nuñez a quant à lui ordonné un contrôle de l’Inspection générale de l’administration. Pour certains éditorialistes et opposants à la municipalité, l’occasion est évidemment trop tentante d’amalgamer bêtise crasse et dérives verbales graves de ces agents avec les inquiétudes légitimes de l’électorat RN.


Il suffit parfois d’un fait divers, de quelques paroles ignobles enregistrées par hasard, d’un homme assez stupide pour croire qu’une caméra s’est tue alors qu’elle continue de recueillir sa bassesse, pour que se remette en branle cette grande machine française de l’indignation dont le fonctionnement, à force d’être prévisible, devrait finir par nous renseigner moins sur les événements qu’elle commente que sur ceux qui les commentent, sur leur besoin presque voluptueux de retrouver dans le réel la confirmation des catégories morales avec lesquelles ils l’ont préalablement découpé. L’affaire du policier municipal de Carcassonne (11) est de celles-là : des propos racistes, misogynes, homophobes, complotistes, d’une vulgarité qui ne mérite ni indulgence ni contorsion, ont été enregistrés au cours d’une patrouille ; l’un des protagonistes, qui avait participé au service d’ordre du Rassemblement national, a été exclu du parti, les agents concernés ont été suspendus, une enquête judiciaire a été ouverte, et l’on pourrait croire que les faits, dans leur simplicité sordide, suffiraient à l’information.

Rediabolisation

Mais non. Il fallait davantage. Il fallait le RN. Il fallait cette proximité politique, aussitôt devenue le centre symbolique de l’affaire, et l’on entend alors France Inter et France info reprendre avec une sorte de gourmandise cette information qui paraît enfin rendre visible ce que tant de journalistes croient savoir depuis longtemps: derrière l’électeur du Rassemblement national, derrière l’homme qui parle d’immigration, derrière celui qui s’inquiète de l’insécurité ou de la transformation culturelle du pays, derrière celui qui ne reconnaît plus certains quartiers de la ville où il a grandi, sommeillerait toujours le même personnage honteux, cet être obscur que quelques paroles abjectes prononcées à Carcassonne permettraient enfin de démasquer.

Savoureux ! Patrick Cohen décortiquait ce matin sur France Inter une vidéo volée, qui accable la police de Carcassonne. Il nous expliquait pourtant il y a un an que la publication d’enregistrements non désirés était anti-déontologique… On se souvient qu’à l’époque, c’est une ses conversations privées (et non moins professionnelles) qui l’avait mis dans le pétrin.


Il faudrait pourtant commencer par une évidence, précisément parce que notre époque ne sait plus très bien que faire des évidences : les propos rapportés dans cette affaire sont racistes, et rien ne serait plus absurde que de vouloir les excuser sous prétexte que le mot « racisme » est aujourd’hui galvaudé. Mais il faudrait ajouter aussitôt une seconde évidence, devenue beaucoup plus difficile à prononcer: qu’un homme soit raciste ne démontre pas que des millions d’autres le soient ; qu’un individu ayant fréquenté le service d’ordre d’un parti politique profère des insanités ne transforme pas mécaniquement ces insanités en doctrine secrète de ce parti ; pas davantage qu’elle ne permet de ranger dans la même catégorie morale l’injure adressée à un homme en raison de sa couleur de peau et l’inquiétude d’un citoyen devant l’immigration, l’islamisme, l’insécurité, certaines formes de violence ou certaines conduites qu’il estime incompatibles avec les règles élémentaires de la vie commune.

C’est pourtant là que commence le mensonge, non pas dans l’existence du racisme, qui existe et dont il serait aussi vain que malhonnête de nier la persistance, mais dans l’extension indéfinie de son domaine, dans cette manière de faire d’un mot historiquement chargé d’une gravité considérable une sorte de filet moral jeté sur des expériences, des inquiétudes, des observations et des opinions qui peuvent être justes ou fausses, raisonnables ou excessives, mais qui devraient précisément pour cette raison être discutées plutôt qu’excommuniées.

Car il est des mots qui connaissent un destin plus tragique encore que celui des hommes : les hommes meurent une seule fois, tandis que les mots peuvent mourir plusieurs fois, d’abord par oubli, ensuite par corruption, enfin sous les soins empressés de ceux qui prétendent les sauver. Le mot « racisme » appartient désormais à cette catégorie funèbre. Jamais peut-être il n’a été autant prononcé, jamais il n’a occupé autant de tribunes, de plateaux, de colloques, de discours ministériels, d’éditoriaux et de campagnes militantes ; et pourtant, à mesure qu’il envahit la langue, quelque chose de son sens se défait, comme si l’omniprésence du mot devait nécessairement s’accompagner de l’effacement progressif de la chose précise qu’il désignait.

Sortez les dicos !

Il suffit pourtant d’un dictionnaire, ce vieux livre presque inconvenant dans un monde où l’on préfère l’émotion immédiate à la définition et le verdict à la distinction, pour retrouver ce que le mot avait d’abord de simple et de terrible : juger un homme selon son origine, sa naissance, son appartenance ethnique ou la couleur de sa peau, lui attribuer une valeur supérieure ou inférieure en fonction de ce qu’il est et non de ce qu’il fait. Voilà le cœur du racisme, et il suffirait déjà largement à occuper notre vigilance morale sans qu’il soit nécessaire d’y faire entrer toute critique d’une religion, toute inquiétude devant une politique migratoire, toute dénonciation d’une violence, toute interrogation sur l’intégration ou toute exaspération née de l’expérience quotidienne.

Car ce que l’on baptise désormais « racisme » relève souvent d’une expérience autrement complexe. Ce n’est pas nécessairement la couleur d’une peau qui inquiète mais un comportement ; ce n’est pas nécessairement l’origine qui provoque la réprobation mais une attitude, une violence, une intimidation, un refus des règles communes, parfois une conception religieuse ou politique du monde que l’on estime incompatible avec la liberté des autres. Confondre ces choses, c’est précisément renoncer à penser, puisque penser consiste d’abord à distinguer ce que la passion, l’intérêt ou l’idéologie voudraient confondre.

Les hommes ordinaires, ceux dont on parle tant et que l’on écoute si peu, ne passent pas leurs journées à méditer sur les races, les identités et les catégories savantes dont les spécialistes du ressentiment ont fait leur commerce. Ils veulent rentrer chez eux sans peur, envoyer leurs enfants à l’école sans craindre qu’ils y soient humiliés ou frappés, prendre un train sans être agressés, habiter un quartier où l’on puisse encore dormir, parler à une femme sans qu’elle soit insultée pour sa tenue, transmettre une langue, des usages, une certaine idée de la politesse, de la liberté, de la relation entre les sexes et de cette civilité presque invisible qui rend possible la présence d’inconnus les uns auprès des autres sans que la société se transforme en juxtaposition de tribus hostiles.

Or c’est précisément cette expérience que l’on a trop souvent entrepris de délégitimer, non pas en lui opposant des faits, ce qui serait la règle élémentaire d’une société démocratique, mais en lui opposant une qualification morale. On ne dit plus à celui qui s’inquiète : « Vous vous trompez, voici les chiffres, voici les faits, voici ce qui permet de corriger votre perception. » On lui laisse entendre : « Le fait même que vous perceviez cela révèle quelque chose de honteux en vous. » La discussion devient alors impossible puisque l’objet de la discussion n’est plus la réalité extérieure mais la moralité de celui qui prétend en parler.

L’antiracisme fut autrefois une grande révolte contre l’injustice parce qu’il affirmait cette vérité magnifique et presque élémentaire qu’aucun homme ne devait être humilié, diminué, persécuté ou privé de ses droits en raison de ce qu’il n’avait pas choisi d’être. Il y avait dans cette exigence quelque chose d’universel, donc quelque chose qui dépassait les appartenances particulières et rappelait à chacun que l’humanité d’un homme précède la couleur de son visage.

Mais les idées nobles ne sont pas davantage protégées de la corruption que les hommes qui les portent. Elles commencent comme des révoltes, deviennent des doctrines, puis des institutions, des professions, des administrations de la vertu ; et vient parfois le moment où elles ne demandent plus seulement que l’on respecte leur principe mais que l’on adopte leur vocabulaire, leurs catégories, leurs interdits, leur manière de découper le réel, jusqu’à ce que la morale, née pour protéger l’homme contre l’arbitraire du pouvoir, devienne elle-même une manière d’exercer un pouvoir sur les consciences.

Le destin du mot « racisme » devrait inquiéter ceux-là mêmes qui veulent combattre le racisme véritable. Car à force d’appeler du même nom la haine d’un homme en raison de sa naissance et la critique d’un comportement, l’infériorisation d’une population et la critique d’une religion, la discrimination raciale et l’inquiétude devant l’immigration, on ne rend pas seulement impossible la compréhension du monde : on finit par priver le mot de sa force au moment précis où nous aurions besoin de lui. L’affaire de Carcassonne devrait nous rappeler cette nécessité de la distinction. Il existe encore des propos authentiquement racistes, des hommes qui pensent selon les catégories les plus sommaires de la race et de l’origine, et il faut pouvoir les nommer comme tels sans hésitation ; mais c’est justement parce que ces choses existent qu’il faut refuser de diluer leur nom dans l’océan des opinions interdites. Un mot qui signifie tout finit par ne plus rien signifier, et une morale qui condamne indistinctement l’ignoble, le discutable et le simplement dissident cesse bientôt d’être une morale pour devenir une police du langage. Le mensonge antiraciste est là, dans cette substitution presque imperceptible : non pas dans l’affirmation que le racisme existe, puisqu’il existe, mais dans la prétention à reconnaître sa présence partout où le réel résiste aux représentations que l’on voudrait lui imposer. Et lorsqu’une vertu cesse d’être une exigence que l’on s’impose à soi-même pour devenir une arme avec laquelle on organise le silence des autres, elle a déjà commencé, sans même s’en apercevoir, à se transformer en son contraire.

La société malade

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10 septembre 2001, le jour d’avant

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Le 11-Septembre a balayé nos certitudes d’Occidentaux


Tout a déjà été écrit sur le 11 septembre 2001, sur les jours et sur les années qui ont suivi, jusqu’à aujourd’hui, car plus jamais, depuis cette date qui sonne comme une déflagration, le monde ne fut comme avant. Et le monde d’avant, nous disait-on, allait nous entraîner en pente douce vers le triomphe de l’Occident et de son libéralisme… 

Le conflit des civilisations larvait pourtant et Ben Laden finit par réveiller Clio, muse de l’Histoire, dont on doute aujourd’hui qu’elle puisse retrouver le sommeil. Le 10 septembre donc ressemblait à peu près à ceci pour des jeunes qui, à l’époque, avaient la vingtaine et n’avaient connu ni la Guerre froide, ni les chocs pétroliers et n’avaient pas encore atteint la dizaine au moment de la chute du Mur. Nous nous préparions à entamer une nouvelle année académique et, pour financer nos sorties, nous accomplissions des jobs d’étudiants plus ou moins bien rémunérés. Entre copains, nous nous écharpions à propos de nos clubs de football respectifs, avec la perspective de la journée de Champions League du lendemain. Nous draguions maladroitement en multipliant des SMS aux filles que nous convoitions ; parfois, elles nous répondaient, souvent elles ignoraient nos avances.

Nous sommes tous Américains

Les plus à gauche parmi nous raillaient les étourderies de George W. Bush, ce président un peu plouc que j’avais décidé de soutenir par esprit de contradiction. Les plus littéraires avaient lu American Psycho, L.A. Confidential et Autant en emporte le vent ; les cinéphiles s’étaient contentés d’en voir les films. Les hamburgers dans nos assiettes et les Coca-Cola sur les tables signaient notre américanisation dont nous ne savions que penser.  Le lendemain, nous serions de toute façon tous Américains ; deux ans après, au moment de la guerre en Irak, tous anti-Américains ; et une décennie plus tard, nos sentiments à l’égard de l’Oncle Sam commenceraient à varier en fonction de la personnalité du pensionnaire de la Maison Blanche…

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Pour fixer notre rendez-vous de ce soir-là, nous avions usé de nos premiers téléphones portables, un Nokia pour la majorité d’entre nous. Les réseaux sociaux n’avaient pas encore envahi nos vies ni bouleversé notre rapport aux autres. La télé-réalité n’en était qu’à ses balbutiements et personne, en dehors de quelques farfelus, n’avait vraiment entrepris de faire de sa vie un spectacle durant davantage que le quart d’heure warholien. Nous n’avions pas encore Wikipedia, qui naîtrait à peu près à cette époque, et encore moins les outils de l’intelligence artificielle, pour nos recherches rapides.

Insouciance perdue

Surtout, nous étions insouciants, épris de notre sécurité car certains que rien de fâcheux n’arriverait de notre vivant. Le commandant Massoud venait d’être assassiné, mais cela ne préfigurait à nos yeux rien de l’enchaînement qui allait dès le lendemain plonger le monde dans le chaos. Le dragon chinois était certes réveillé, mais ne constituait pas une menace existentielle. La Russie poutinienne peinait encore à effacer les affres de décennies de communisme et d’ouverture soudaine aux marchés. Deux mois auparavant, un de ces professeurs qui se sont trompés sur tout avait peu apprécié que je lui suggérasse l’avènement d’un monde multipolaire basé sur les civilisations de Huntington. Pour le reste, le réchauffement climatique n’avait pas encore décidé de tous nous tuer, le wokisme de nous culpabiliser et Black Lives Matter de faire de nous des racistes systémiques.  


À plusieurs milliers de kilomètres de notre tablée, ce 10 septembre 2001, les 3000 personnes qui ont aujourd’hui leur nom gravé à l’emplacement des anciennes tours du World Trade mangeaient les mêmes burgers et avaient des préoccupations similaires aux nôtres : dans cette Amérique qui n’avait déjà plus rien de celle de John Wayne, leurs conversations tournaient sans doute autour des Yankees qui s’apprêtaient à affronter les White Sox, du dernier album d’Alicia Keys qui occupait la tête du hit-parade, du cours de la bourse, de l’été qui se terminait, des amis, des amours et des emmerdes, sans savoir que ce soir-là serait leur dernier. Pearl Harbour, retraçant ce qui était encore la plus grande attaque jamais commise sur le sol américain, figurait depuis quelques semaines à l’affiche des cinémas.

En même temps que les tours, tout s’est donc effondré le lendemain, à commencer par nos certitudes. Chacun se souviendra toujours ce qu’il faisait ce jour-là. Les plus madrés comprirent instantanément que le monde serait différent, sans deviner l’enchaînement qui allait mener de la guerre en Afghanistan aux attentats qui secouèrent l’Europe. Les complotistes trouvèrent dans cet événement planétaire et dans les nouvelles technologies qui pointaient le premier fait sur lequel asseoir leur révisionnisme. Déjà, le « pas d’amalgame » sévissait dans les rangs de la gauche qui, vingt-cinq ans plus tard, n’a toujours rien compris et s’allie désormais avec les islamistes. Très peu ont tiré les leçons de ce qui s’est passé, avec pour conséquence, l’installation du conflit de civilisations jusque dans nos villages isolés. Assurément, en analysant le monde qui est advenu et, pire encore, celui qui s’annonce, il m’arrive parfois d’avoir envie de remonter le temps et, l’espace d’un instant, de voir apparaître sur le calendrier la date du 10 septembre 2001.

Causeur a besoin de vous !

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L’appel d’Élisabeth Lévy à tous ceux qui lisent, soutiennent et accompagnent Causeur. Notre journal traverse aujourd’hui une période particulièrement difficile. Pour préserver cette voix libre, singulière et indépendante, nous avons plus que jamais besoin de l’aide de nos lecteurs et de nos amis. Merci.


Je ne tournerai pas autour du pot. Depuis le début de l’aventure Causeur en 2007, nous n’avons jamais été aussi près de mettre la clef sous la porte. CECI EST UN SOS !

Depuis 2022, avec la dégradation de la situation économique, nous avons subi une chute notable des ventes et une hausse des coûts (à l’exception des salaires). Comme toute la presse. Mais à la différence de la plupart de nos confrères et concurrents, nous ne disposons pas d’un matelas de ressources publicitaires pour amortir le choc, ni d’une trésorerie permettant de faire face aux imprévus.

Nous n’attendons pas les bras croisés. Nous travaillons d’arrache-pied pour trouver de nouvelles sources de revenus. Mais pour inventer l’avenir, il faut assurer le présent. Ce qui, pour nous, suppose de trouver 120000 euros d’ici le 25 septembre. Nous cherchons donc 120 super-donateurs qui, moyennant 1000 euros (soit 340 une fois la déduction fiscale appliquée) auront, en plus de la satisfaction d’avoir sauvé un espace de liberté, celle d’être des sociétaires permanents de la société des amis de Causeur qui sera en quelque sorte le salon de la patronne. À ce titre, ils auront la possibilité d’échanger régulièrement avec la rédaction de Causeur et votre servante, et ceci dès le début de l’année 2027, quand nous les convierons à faire connaissance autour d’un verre. Nous organiserons aussi dans tout le pays des rencontres avec des personnalités du monde intellectuel, politique et économique. Autrement dit, nous ne vous proposons pas seulement de financer la conversation civique, nous vous offrons la possibilité d’y participer directement.

Pourquoi nous sauver ?

Vous êtes nombreux à nous dire que grâce à Causeur, vous vous sentez moins seul. Nous sommes certes un journal de droite, d’une droite malicieuse, décalée, libertaire, un peu punk sur les bords, mais nous sommes d’abord des défenseurs de l’esprit des Lumières, de l’engueulade civilisée. Quand l’entre-soi idéologique devient une vertu, nous voulons renouer avec l’esprit de salon qui a fait la grandeur de la France.

Peter Sloterdijk explique qu’écrire c’est adresser une lettre à des amis inconnus. Vous êtes ces amis. Nous avons besoin de vous. Et nous voulons croire que vous avez besoin de nous.

Pisa 2025: sans surprise, les résultats de la «grande garderie» sont nuls

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Les résultats de l’enquête Pisa 2025 sont tombés hier. Tombés. C’est le mot. Lourdement tombés même. Ils confirment en effet une tendance très inquiétante: le niveau scolaire des Français s’effondre. Libérons l’école ! L’appel de Lisa Hirsig


Le niveau des élèves français continue de reculer fortement dans tous les domaines testés : compréhension de l’écrit, mathématiques et culture scientifique. Cette dégradation n’est pas propre à la France : de nombreux pays de l’OCDE enregistrent des baisses, notamment depuis le choc de la pandémie. Mais nous chutons plus vite que la moyenne. Depuis le début des années 2000, on peut même parler de dégringolade: -53 points en mathématiques, – 28 en lecture et -20 en sciences ! Les scores de 2022, déjà historiquement bas, n’ont pas été corrigés. Ces contre-performances ne reflètent plus l’ambition d’un pays qui continue de se voir comme une référence éducative[1].

Geffray charge les réseaux sociaux

Monsieur Geffray s’est empressé de rejeter la responsabilité de ces résultats désastreux sur ses prédécesseurs, promettant un retour en tête de classement dès 2033 et tentant de faire oublier qu’il grenouille à l’Education nationale depuis 2017 et qu’il a même été Directeur général de l’enseignement scolaire (DGESCO), c’est-à-dire « numéro 2 du ministère » et qu’il a à ce titre piloté des « réformes majeures »… qui n’ont donné aucun résultat positif. Il incrimine les réseaux sociaux et veut se concentrer sur le collège dont les objectifs sont selon lui « un peu flous ». Pourtant, si le test PISA teste des élèves de 15 ans, les difficultés sont avérées dès l’école primaire.

Discours de rentrée du ministre Édouard Geffray, Lycée Arago, Paris 12e, 25 août 2026 © Jeanne Accorsini /SIPA

Car cette descente aux enfers n’est pas un accident. Elle a des causes structurelles, identifiées depuis longtemps, mais que les gouvernements successifs refusent de traiter, par incompétence et manque de courage. Elles sont trop nombreuses pour que j’en fasse une liste exhaustive ici mais découlent toutes du péché originel : la volonté de remplacer la transmission du savoir, jugée bourgeoise et discriminante par la lutte contre les inégalités sociales. Au nom de celle-ci, on a privé tous les élèves de l’héritage auquel ils ont droit : la somme des connaissances acquises avant eux et le patrimoine culturel de leur pays.  

Cette politique de la table rase a permis de baisser le volume d’heures consacrées aux enseignements fondamentaux, notamment à la maîtrise de langue française et à la découverte de la littérature. Depuis les années 1970, le temps qui leur est consacré sur l’ensemble du cursus primaire a été réduit de près de 400 heures[2]. Un élève sortant de CM2 aujourd’hui a reçu l’équivalent d’une année de français de moins qu’un élève des années 1970…  Cette amputation progressive affaiblit la maîtrise des fondamentaux – lecture, écriture, orthographe, grammaire et même les compétences en mathématiques – alors que le système accueille un public de plus en plus hétérogène.

Querelles de pédagos jamais vraiment réglées

Au nom de l’égalité, on a également expérimenté dès les années 60 de nouvelles méthodes d’apprentissage de la lecture qui se sont durablement installées dans les classes. Une étude récente de Jérôme Deauvieau et Paul Gioia (enquête Formalect de 2021) a démontré la nocivité de ces méthodes dites mixtes ou globales encore largement pratiquées. En effet, ces approches, qui mélangent déchiffrage et reconnaissance globale de mots, fonctionnent mal, particulièrement avec les élèves issus de familles dites défavorisées. Les méthodes strictement phoniques et syllabiques, utilisées au début du XXe siècle, produisent de meilleurs résultats et accélèrent l’acquisition de la lecture pour tous les élèves, quel que soit le milieu social dont ils sont issus. Or, l’étude est formelle : moins de 5% des enseignants de CP utilisent la méthode la plus efficace[3].   

La formation des enseignants elle-même constitue un problème majeur. Trop idéologisée, trop éloignée des données scientifiques sur l’apprentissage, elle privilégie depuis des décennies des théories pédagogiques rousseauistes (le fameux « élève au centre du système »), défendues par les chantres de la lutte contre les inégalités par l’éducation nouvelle tels Philippe Meirieu, Jean Foucambert ou Eveline Charmeux. Ils ont installé durablement dans les Inspé[4] l’obsession sociale au détriment de la transmission des savoirs, jugée trop bourgeoise… Les enseignants, formés dans ce cadre marxisant, incapables d’analyser avec recul leurs pratiques pédagogiques, et les parents qui ont eux-mêmes traversé ce système, peinent à transmettre ce qu’ils n’ont pas solidement acquis. On assiste à un effet cumulatif de transmission défaillante. C’est ainsi que se trouvent dans les listes de références de l’Education nationale des œuvres militantes comme Cent culottes et sans papier, Mandela et Nelson au détriment de textes classiques.

Les effets de l’immigration de masse sur la baisse du niveau

Enfin, l’impact de l’immigration ne peut plus être occulté[5] Les données PISA montrent de manière récurrente que les élèves issus de parents étrangers obtiennent, en moyenne, des scores nettement inférieurs à ceux des élèves autochtones. En France, cet écart est particulièrement marqué. Même si le milieu socio-économique explique une part importante de la différence, l’effet net reste significatif. Joachim Le Floch-Imad, dans Main basse sur l’Éducation nationale (2025) et dans les analyses de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie, souligne que l’immigration n’est pas la cause première de l’effondrement, mais qu’elle en accentue toutes les difficultés préexistantes, contribuant à tirer le niveau global vers le bas. Ignorer cette réalité au nom d’un tabou n’aide ni les élèves concernés ni le système dans son ensemble.

La chute critique du niveau n’est pas une nouveauté. Isabelle Stal et  Françoise Thom dans l’Ecole des barbares, Jean-Paul Brighelli, dans La Fabrique du crétin (2005) et ses suites, avaient déjà dressé un diagnostic implacable de cette « mort programmée de l’école », dénonçant les effets cumulés du pédagogisme, de la baisse d’exigence et de la perte des fondamentaux. Les solutions cosmétiques adoptées par les responsables politiques successifs– ajustements de programmes, annonces de « refondation » ou de « choc des savoirs », uniformisation des tenues scolaires, – se sont révélées insuffisantes. A trop longtemps privilégier l’idéologie sur les faits, le volume administratif sur le volume d’heures utiles, et l’égalité formelle sur l’efficacité réelle, le système ne produit plus que dégradation, mensonge, et malheur. Car n’oublions pas que derrière ces chiffres se cachent des destins individuels brisés et la détresse de millions de « petits Pierre qui ne savent pas lire » pour paraphraser Chantal Delsol[6]. La chute n’est pas inéluctable mais plus on attend, plus les efforts à fournir seront difficiles à soutenir.

Ne confondez pas uniforme à l’école et école uniforme

Il faut changer de logique. La libéralisation de l’école, c’est-à-dire l’ouverture à une plus grande autonomie des établissements notamment dans leur recrutement et la gestion de leurs budgets, à la liberté de choix des familles et à une concurrence réelle entre projets pédagogiques, apparaît comme la voie la plus prometteuse. La plupart des parents désirent une bonne instruction pour leurs enfants et attendent de l’Etat qu’il finance des écoles qui fonctionnent vraiment, se moquant bien de leur statut ! Un système monopolistique, centralisé et uniformisé, ne peut pas s’adapter à la diversité des besoins ni sanctionner l’inefficacité. Là où la concurrence existe les établissements qui réussissent attirent, et ceux qui échouent sont contraints de s’améliorer ou de disparaître.

Libérer l’offre scolaire ne signifie pas abandonner l’État, mais lui faire jouer un rôle de garant des programmes fondamentaux et de financeur. Les expériences étrangères et les exemples français de réussite (établissements privés ou publics autonomes) montrent que la pression concurrentielle force à se concentrer sur ce qui marche : méthodes efficaces, discipline, exigence et temps d’enseignement suffisant. Les candidats à la présidentielle sont très peu nombreux à se saisir de ces solutions, par crainte de la réaction du « mammouth » de l’Education nationale. Lors de la présentation du budget 2024, Gabriel Attal se vantait d’être à la tête du plus gros employeur public. Il jugeait cette « énormité » flatteuse et sous-entendait qu’elle lui conférait de la puissance. En réalité, ce monstre bureaucratique enfanté par un Etat trop centralisateur est aujourd’hui quasi irréformable. Le poids des syndicats de professeurs et les blocages idéologiques liés à des décennies de gauchisme militant au sein de l’institution compliquent encore la tâche. Mais le courage ne sera plus une option si nous voulons sauver nos enfants d’une mort cérébrale certaine et notre pays d’un déclassement définitif.


[1] Données de long terme (différence entre 2003 et 2025) : Mathématiques : -53 points (de 511 à 458) Compréhension de l’écrit : -40 points (de 496 à 456) Sciences : – 28 points (de 511 à 483)

[2] Baisse du nombre d’heures de français depuis les années 1970
Site « Sauver les lettres » (sauv.net / horcomp.php) qui compile les arrêtés officiels d’horaires.

[3] Mauvaise méthode d’apprentissage de la lecture (étude Deauvieau-Gioia / Formalect 2021)

Enquête Formalect (2021) : questionnaire auprès de ~9 300 enseignants de CP (échantillon large et représentatif), croisé avec les résultats des évaluations nationales de leurs élèves (~140 000 élèves).

Résultat principal : les méthodes phoniques synthétiques strictes (syllabiques, sans mots « outils » ou reconnaissance globale non décodable) sont plus efficaces pour la fluence et la compréhension que les méthodes mixtes. L’écart est plus marqué pour les élèves fragiles et ceux scolarisés dans des écoles à recrutement social populaire. Elles sont utilisées dans moins de 5% des classes.

Rapport Deauvieau J. et Gioia P., « L’efficacité des méthodes d’enseignement de la lecture. Une enquête sur le cas français », Études et documents du CMH n° 45, avril 2024.

Note du Conseil scientifique de l’Éducation nationale (CSEN) n° 11, juin 2024, rédigée par les mêmes auteurs.

[4] Les 33 Instituts nationaux supérieurs du professorat et de l’éducation (INSPÉ) forment les enseignants du primaire/ secondaire et les conseillers principaux d’éducation.

[5] Impact de l’immigration sur les résultats.

– Le test PISA de l’OCDE distingue les élèves autochtones des élèves issus de l’immigration de manière détaillée. Ces données sont disponibles dans les bases de données PISA (publiques) et font l’objet de chapitres dédiés dans les rapports officiels.

– Analyses complémentaires (Observatoire de l’immigration et de la démographie, 2025) soulignent que l’écart contribue à tirer la moyenne nationale vers le bas, même si le milieu social reste le facteur dominant.

[6] La détresse du petit Pierre qui ne sait pas lire (PLON), Chantal Delsol.

« J’sais pas j’étais pas née »

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«J’ai pas de souvenir…»: face à Darius Rochebin qui l’interrogeait sur LCI sur les présidents de la Ve République, l’écologiste Marine Tondelier était gênée et a vécu un grand moment de solitude


Comme prévu le classement PISA est catastrophique. En réalité c’est un effondrement français, européen et occidental. Pour notre pays, on n’a pas besoin d’études internationales pour connaître l’étendue du désastre. Il suffit d’écouter Marine Tondelier interrogée par Darius Rochebin.

– Pompidou ?
– J’ai pas de souvenirs, pas de trucs marquants à dire sur lui en tant que citoyenne, électrice.
– La croissance, le développement, l’industrie ?
– Bah vous ça vous a marqué apparemment
– Giscard ?
– Bah moi il me fait penser à Macron.

Comme l’observe mon ami Amine El-Khatmi, cette grande féministe n’est même pas fichue de citer l’IVG pour Giscard. Le reste est à l’avenant. Son couplet convenu sur De Gaulle se conclut par « des comme lui, on n’en a plus ! » – quelle profondeur de jugement. Sarkozy c’est très mal et, de Chirac, ce qui l’a marquée, c’est « Mangez des pommes », c’est-à-dire une phrase prononcée par la marionnette de Chirac aux Guignols. Et elle ignore évidemment que Pompidou est le premier à avoir parlé de risque environnemental. D’accord, moi aussi je l’ignorais et je l’ai appris dans un post de Raphaël Doan, mais notez que je n’aspire pas à diriger la France. À moins bien sûr que des pressions amicales….

Marine Tondelier est pré-candidate à la magistrature suprême mais ne sait rien sur ses prédécesseurs. Avec un argument massue (et particulièrement significatif) : J’sais pas, j’étais pas née. On croyait que la politique consistait à s’inscrire dans une généalogie, à penser qu’il y a quelque chose de plus grand que soi qui nous a précédé et nous survivra. Pas pour Tondelier. Son seul horizon c’est ce qu’elle a vécu. Heureusement qu’on ne l’a pas interrogée sur Napoléon ou Du Guesclin – pour le dernier, je ne suis pas sûre qu’elle connaisse le nom.

Sans surprise, les réseaux sociaux ont été pris d’un immense éclat de rire : vacuité, naufrage, néant vertigineux, elle prend cher. Pour ma part, j’ai de la peine pour elle.

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Marine Tondelier ne sait même pas qu’elle ne sait pas. Elle est doublement victime: de la destruction de l’école et du mensonge sur cette destruction. Si j’en crois Wikipédia, Tondelier a fait une hypokhâgne et obtenu un diplôme de Sciences Po Lille. L’Etat lui a fait croire (à elle et ses parents) qu’elle était armée pour appartenir à l’élite. Tout comme il délivre chaque année le bac et le droit d’aller à la fac à des ados qui ne maîtrisent pas leur langue et ignorent qui est Pompidou et ne parlons pas de Montaigne.

La recette bien connue de ce désastre est une bouillie de lâcheté et d’idéologie, dont le résultat est : exigence minimale, bienveillance maximale. On a remplacé la verticalité – un maitre un élève, un qui enseigne, l’autre qui apprend. Ne les vexons pas avec des mauvaises notes. La seule bienveillance, c’est la vérité qui commencerait par annoncer que, désormais, il n’y aura pas plus de 60 % de reçus au bac (et je suis sympa). Ce qui bien entendu n’arrivera pas, tous les parents sont électeurs.

Dans la foulée, comme le souligne Lisa Hirsig dans son excellente analyse, l’Ecole ne se donne plus comme mission la transmission des savoirs qui nous ont forgés, mais la lutte contre les inégalités. Comme on ne pouvait pas faire progresser les médiocres (qu’on qualifie pudiquement d’élèves défavorisés) on s’est employé à faire régresser les bons. Et on y est arrivé. Un expert-éducation de l’OCDE, commanditaire du classement PISA, fait cet aveu stupéfiant dans Le Monde : « La forte baisse des résultats des élèves les plus favorisés entre 2015 et 2025 est presque une bonne nouvelle. »

À l’image de Marine Tondelier, beaucoup de jeunes adultes sont titulaires de diplômes Potemkine. Mais comme elle, ils ne savent pas d’où ils viennent et n’ont pas les armes pour penser le monde où ils vivent. Demain, ils feront tourner le pays. Et ça, ça fait peur.


Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Sud Radio

La conscience, il y a des maisons pour ça!

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La ministre de la Santé Stéphanie Rist, Assemblée nationale, 16 juillet 2026 © ISA HARSIN/SIPA

Célébrer l’avortement comme un accomplissement est une dérive, s’alarme Elisabeth Lévy dans sa chronique radio. Nous vous proposons de l’écouter.


Le gouvernement veut « réévaluer » le cadre légal de l’IVG. Qu’est-ce que ça veut dire ? C’est une info dénichée par La Croix dans la « troisième feuille de route de la stratégie nationale santé sexuelle 2026-2030 » publiée lundi[1]. Le gouvernement y annonce qu’il va saisir ou plutôt ressaisir le Comité consultatif national d’Ethique (CCNE) puis légiférer en 2027-28. Deux objectifs : allonger le délai légal de recours à l’avortement (fixé à 14 semaines depuis la loi Gaillot de 2022) et abroger la clause de conscience spécifique.

En retard !

Un mot d’abord concernant les délais: comme la Grande Bretagne va jusqu’à 24 semaines (six mois, tout de même), la France est forcément en retard. Les militants finiront un jour par demander qu’on puisse ramener les enfants au magasin un mois après leur naissance. Pardon d’ironiser sur un sujet grave.

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Abordons à présent cette affaire de la clause de conscience. Le code de santé publique comprend une clause de conscience générale autorisant les personnels de santé à refuser de pratiquer un acte contraire à leurs convictions (tous les personnels soignants, pas seulement les médecins, et tous les actes). La loi Veil, considérant que l’IVG n’est pas un acte médical comme un autre, a ajouté une clause les autorisant explicitement à refuser de pratiquer l’IVG. Le CCNE a recommandé son maintien en 2020, en soulignant que, contrairement à la clause générale, la clause spécifique impose de trouver une alternative à la patiente. Si un médecin refuse de pratiquer l’IVG, il doit indiquer à sa patiente où elle peut le faire. Donc, la législation en place est protectrice pour les médecins et pour les femmes.

Les militants veulent faire de l’IVG un acte anodin

Peut-être mais l’accès à l’IVG est difficile. En êtes-vous sûr ? En 2024, on a dénombré 663000 naissances en France et 251000 IVG. Ce nombre est constant, ce qui signifie que ce n’est pas toujours un recours ultime mais un quasi-moyen de contraception (d’autant que 80% des IVG sont réalisées par voie médicamenteuse). Rappelons aux jeunes qu’il existe de nombreux moyens de faire l’amour sans procréer. L’IVG est l’un d’eux, peut-être pas le plus simple ni le plus joyeux.

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Pourtant, les féministes et les nigauds progressistes veulent absolument que l’avortement soit archi-banal. Ils ne défendent pas le droit à l’avortement, ils le célèbrent comme si c’était un accomplissement merveilleux. Toute réserve, tout rappel des souffrances qu’il occasionne est réactionnaire. La clause de conscience est, selon la députée Albane Gaillot, « le symbole d’une médecine qui tente de contrôler le corps des femmes ». Obliger les médecins à pratiquer un acte qu’ils jugent attentatoire à la vie, ça ce n’est pas grave.  Que vaut la liberté de conscience à côté d’une lubie militante ?

Reste que toute cette discussion est un peu théorique. Un gouvernement infichu aujourd’hui de faire voter un budget prétend légiférer sur l’IVG le jour où il ne sera plus en fonction… Tout ça est une diversion ou, comme le dit le président, du « bullshit ».


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth dans la matinale du lundi au jeudi.


[1] https://www.la-croix.com/societe/avortement-delais-d-acces-et-clause-de-conscience-le-gouvernement-veut-reevaluer-le-cadre-legal-20260908

Affaire Guillaume Pley: l’animateur de Legend est-il la cible d’une vengeance des milieux d’affaires?

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Le vidéaste YouTube et ancien animateur de NRJ Guillaume Pley, ici à Roland Garros en 2023 © Laurent VU/SIPA

Le présentateur de la chaîne YouTube aux 3,7 millions d’abonnés a fait les frais de plusieurs enquêtes menées par de grands médias comme Le Monde ou Les Inrocks. Coïncidence troublante, les propriétaires de ces journaux sont les mêmes hommes d’affaires qui avaient, en vain, tenté de racheter Legend quelques mois auparavant, pour une somme que Guillaume Pley aurait lui-même jugée « ridicule ».


YouTube, ton univers impitoyable. Quand on pèse, comme la chaîne Legend, 3,7 millions d’abonnés, 8 millions d’écoutes mensuelles et plus de 6 milliards de vues annuelles — et que le tout réalise 10 millions d’euros de chiffre d’affaires et un résultat net de 3,82 millions en 2025 —, il faut s’attendre, comme les protagonistes de la série Dallas, à aiguiser les appétits. Mais aussi à recevoir des coups, y compris sous la ceinture.

Tout cela, Guillaume Pley, le fondateur et présentateur star de Legend, le sait bien. Et dans le cas contraire, il l’a appris à ses dépens, lui dont l’été a été plus que chahuté par un certain nombre de polémiques dont l’animateur se serait sans doute bien passé. Presque coup sur coup en effet, plusieurs médias que, a priori, rien ne relie entre eux ont dégainé des enquêtes dévastatrices pour l’image — et par conséquent, les activités et l’influence — de Guillaume Pley.

Tirs groupés

Les Inrocks, Le Monde, Society, bientôt rejoints par certaines chaînes YouTube comme celle de l’influenceur TPZ : à quelques jours d’intervalle seulement, tous ces médias ont publié (ou annoncé leur intention de publier) des formats à charge contre l’animateur de Legend. Les uns ont pointé un « système Pley » prétendument à l’œuvre au sein de l’actuelle société du présentateur, qui fait travailler une quarantaine de salariés, tandis que les autres ont dénoncé ses pratiques supposées quand l’ex-animateur de radio amusait la galerie sur l’antenne de NRJ.

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L’impact de ces tirs groupés, qui plus est de la part de médias aussi prestigieux, fut à la hauteur de l’influence exponentielle de celui que certains (et parfois les mêmes, dans le cas du quotidien vespéral) n’hésitaient pas jusqu’alors à présenter comme un potentiel arbitre de la future élection présidentielle. Accusé de racisme, de comportements déplacés avec de jeunes filles ou encore de pratiques managériales flirtant avec le harcèlement, Guillaume Pley est passé, du jour au lendemain, de l’Olympe au pilori médiatique. Comme le disait Jean-François Kahn : « D’abord, on lèche, ensuite, on lâche et enfin, on lynche. »

Cette chute estivale n’a rien d’une première dans le paysage médiatique français. À l’ère post-MeToo, la chute brutale d’idoles masculines est presque devenue un feuilleton. Et la justice, si elle est un jour saisie (démarche que seul Guillaume Pley a, pour l’heure, menée en portant plainte pour diffamation), tranchera — éventuellement — les allégations à l’encontre de l’animateur. S’il est à ce stade impossible de démêler le vrai du faux, il est en revanche possible de s’interroger sur la curieuse concordance des attaques visant le fondateur de Legend.

Quand Mediawan se prend une veste… légendaire

Et c’est ici qu’il faut revenir à l’analogie avec la série Dallas. Certes, Guillaume Pley n’est pas J.R. Ewing et Legend n’extrait pas de pétrole du sous-sol texan, mais comme l’antihéros du soap opera, le présentateur pèse — en argent, on l’a vu —, et ce qui vaut sans doute encore plus cher en ces temps préélectoraux, en influence. Vu sous un angle plus contemporain, Legend est une start-up hyperrentable qui a grossi vite, très vite, et qui vaut cher, très cher. Et comme toute start-up qui se respecte, Legend a rapidement attiré la convoitise de plus gros qu’elle.

Approché par ce beau monde, Guillaume Pley n’en est pas moins tombé de sa chaise quand Mediawan lui a proposé de racheter 51 % de Legend pour… deux tout petits millions d’euros. Une offre que l’intéressé et ses coactionnaires ont, toujours d’après Le Point, jugée « ridicule ». À raison, si l’on en croit les 17 millions d’euros que le fonds d’investissement FG Bros a, quelques mois plus tard, allongés pour s’arroger 25 % (seulement) du capital de la société Legend Metamedia. Pour résumer : conscient de sa propre valeur, Pley a décliné une première offre manifestement sous-évaluée et a fini par faire une bonne affaire. Business as usual.

Et pas n’importe qui. Au cours de l’hiver dernier, nous apprend Le Point dans un article daté du 27 août, Mediawan aurait proposé de racheter son bébé à Guillaume Pley. Fondé en 2015 par Matthieu Pigasse, Xavier Niel et Pierre-Antoine Capton, le groupe pèse aujourd’hui 1,3 milliard d’euros de chiffre d’affaires, produit des émissions comme C à vous, des séries à succès comme Dix pour cent, et est l’actionnaire majoritaire de Plan B Entertainment, la société de production de Brad Pitt, excusez du peu. Du lourd, du très lourd.

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De bien étranges coïncidences

L’affaire aurait pu en rester là, mais Le Monde, Les Inrocks et Society en ont décidé autrement. S’en est suivi l’été houleux que l’on sait et bien malin qui saurait ce que l’avenir réserve, en cette rentrée, à Guillaume Pley. À moins que, comme le relève Le Point, qui donne la parole à un cadre anonyme de Legend : « Les Inrocks appartiennent à Matthieu Pigasse, Pierre-Antoine Capton est actionnaire de So Press, qui édite Society, Xavier Niel est actionnaire du Monde. »

En d’autres termes, les trois médias installés qui ont, à quelques jours ou semaines d’intervalle, sorti (ou prévu de sortir) des papiers à charge contre Legend et Guillaume Pley, appartiennent ou ont des liens capitalistiques avec les trois personnalités qui ont échoué, il y a quelques mois de cela, à prendre le contrôle de Legend. « Si ça n’est pas une opération de représailles, ça y ressemble quand même un peu, non ? », fait mine de s’interroger la même source anonyme dans les colonnes du Point. Et si des coïncidences ne valent ni preuve ni condamnation, elles interrogent à tout le moins.

Napoléon III: Nigel Farage rouvre le dossier du rapatriement de l’Empereur

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Napoléon III sur son lit de mort, photographie de William Downey, 1873. DR.

À Birmingham, aux côtés de Jordan Bardella, Nigel Farage s’est dit prêt à favoriser le rapatriement de Napoléon III s’il devenait Premier ministre. Une déclaration qui relance une vieille revendication française, malgré les réserves de la Maison impériale et les nombreux obstacles juridiques et religieux auxquels fait face cette proposition.


Le 4 septembre 2026, à Birmingham, le député Nigel Farage a reçu l’eurodéputé Jordan Bardella dans le cadre du rapprochement entre le parti Reform UK et le Rassemblement national (RN). À cette occasion, le leader britannique s’est déclaré favorable au rapatriement du dernier empereur des Français s’il devenait Premier ministre lors des prochaines élections législatives prévues en 2029. Interrogé sur la possibilité de rendre à la France les restes de Napoléon III, actuellement conservés à l’abbaye Saint-Michel de Farnborough, Farage a répondu : « If they want him, I think they can have him » – s’ils le veulent, je pense qu’ils peuvent l’avoir. Jordan Bardella s’est lui aussi montré favorable à cette perspective au nom du Rassemblement national.

Cette déclaration commune n’est pas anodine. Elle intervient alors que les deux formations cherchent à afficher une nouvelle proximité politique franco-britannique, notamment sur l’immigration et les traversées de la Manche. Farage a ainsi évoqué une forme de « nouvelle Entente cordiale » entre les deux pays, en référence à celle signée entre Londres et Paris en 1904. Mais derrière cette promesse politique se trouve une réalité historique, familiale et religieuse beaucoup plus complexe.

Un empereur français qui repose au Royaume-Uni

C’est un destin qui continue de fasciner encore des générations. Malgré un parcours chaotique qui le mènera en prison (1840-1846) pour tentative de coup d’état, d’où il s’en échappera de manière spectaculaire, au prix d’un long exil, Louis-Napoléon Bonaparte revient en France au cours d’un processus démocratique.  

En 1848, il est élu président de la Seconde République. Ce neveu de l’Empereur Napoléon Ier proclame l’empire en 1852 et prend le nom de Napoléon III afin d’assoir sa légitimité politique et dynastique.  La défaite de Sedan, en septembre 1870, à l’issue de la guerre franco-prussienne, provoquera la chute du Second Empire, dernière système monarchique de France.

Contraint à l’exil, l’ancien souverain rejoignit l’Angleterre avec l’impératrice Eugénie et leur fils, le prince impérial Louis-Napoléon. Napoléon III meurt le 9 janvier 1873 à Chislehurst, dans le Kent, à la veille d’un retour qui s’avérait prometteur. Six ans plus tard, c’est au tour de son fils unique de décéder en Afrique du Sud, en combattant héroïquement les Zoulous, alors qu’il servait dans l’armée britannique. C’est à partir de ces deux drames que l’impératrice Eugénie entreprit de créer à Farnborough un lieu destiné à devenir le mausolée de la famille impériale. Les dépouilles de Napoléon III et du prince impérial furent transférées en 1888 dans l’abbaye Saint-Michel. Lorsque Eugénie mourut en 1920, elle les rejoignit dans la crypte.

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La France a déjà demandé son retour

S’il est le premier Britannique à aborder de front cette question, Nigel Farage n’est pas le premier responsable politique à défendre le retour de Napoléon III en France. Dès les années 1990, le député Philippe Séguin, qui avait largement contribué à réhabiliter la mémoire du Second Empire, s’était prononcé en faveur du rapatriement de l’Empereur. En 2007, l’ancien ministre et maire de Nice, Christian Estrosi, avait à son tour porté cette revendication, sans parvenir à la concrétiser. Dix ans plus tard, en pleine campagne présidentielle en Corse, Marine Le Pen relançait également l’idée, suscitant un vif débat dans le milieu bonapartiste. Au sein du Rassemblement national, elle n’est pas la seule à appuyer ce projet. Depuis plusieurs années, Jean-Philippe Tanguy poursuit cette démarche en demandant le retour en France de Napoléon III, de l’impératrice Eugénie et du prince impérial. Se revendiquant gaullo-bonapartiste, le député RN de la Somme présente ce projet comme un acte de mémoire et de réconciliation avec l’histoire nationale, plutôt que comme une nostalgie impériale.

Portée à l’Assemblée nationale en 2023 puis renouvelée en 2024, sa démarche vise, selon ses termes, à permettre à la France de « faire la paix avec toute son histoire » comme il l’avait par ailleurs indiqué lors d’une interview à Causeur.

Volontés de réhabilitation

Pour le prince Joachim Murat, le Second Empire constitue l’une des grandes périodes de modernisation et de prospérité de l’histoire française. Il estime que Napoléon III a profondément transformé le pays, tant sur le plan économique et industriel que social, éducatif et urbain. Sans nier le caractère autoritaire des débuts du régime ni les erreurs qui ont marqué son règne, il refuse que le Second Empire soit résumé au coup d’État de 1851 et à la défaite de Sedan. Il défend au contraire une lecture plus nuancée de Napoléon III, qu’il considère comme un dirigeant dont l’action a contribué à faire entrer la France dans la modernité. Il insiste notamment sur le développement du chemin de fer, de l’industrie et des infrastructures, les transformations de Paris, mais aussi sur plusieurs avancées sociales et éducatives. L’ancien candidat aux élections européennes voit dans cette période un exemple d’État stratège, combinant développement économique, progrès social et intervention publique.

Joachim Murat. DR.

Cette réhabilitation est également personnelle : descendant direct du maréchal Joachim Murat, roi de Naples, il revendique une fidélité à l’héritage bonapartiste qui repose notamment sur le mérite, l’autorité de l’État, la souveraineté populaire et la capacité à moderniser le pays.

Son regard sur Napoléon III est donc clairement assumé : il ne s’agit pas de restaurer l’Empire, mais de réhabiliter une période de l’histoire française qu’il estime avoir été durablement caricaturée, notamment par la IIIe République née illégitimement. Cette démarche est d’ailleurs au cœur de son ouvrage Napoléon III, l’incompris, publié en 2025 avec son cousin Olivier Pastré, dans lequel il défend l’idée que l’expérience du Second Empire peut encore nourrir la réflexion politique contemporaine. Joachim Murat avait salué l’initiative du député Tanguy tout en doutant de son aboutissement. Pour ce défenseur de l’Empereur, très populaire au sein du milieu bonapartiste, il s’agirait plutôt de dépasser une « légende noire » et de restituer au Second Empire la place qui lui revient dans l’histoire nationale.

Le retour de Napoléon III divise la famille impériale et les bonapartistes

Le paradoxe de la proposition de Nigel Farage est que la principale branche de la Maison impériale ne réclame pas le retour de Napoléon III. C’est un obstacle de taille quand on sait que l’Elysée exigera dans sa demande, l’accord préalable des membres dynastes de la maison impériale.

Le prince Jean-Christophe Napoléon (40 ans), chef de la Maison impériale, prétendant au trône de France, s’inscrit dans une position déjà défendue par son père, Charles Bonaparte : le maintien de la sépulture à Farnborough est cohérent avec la volonté exprimée par l’impératrice Eugénie.

Interrogé par le passé sur un éventuel rapatriement des dépouilles impériales, Charles Bonaparte, ancien maire adjoint d’Ajaccio, avait balayé tout argument en rappelant que Londres et Paris étaient désormais suffisamment proches pour permettre aux Français de venir se recueillir à Farnborough. Dont acte !

Cette position ne signifie toutefois pas que l’ensemble des descendants de Napoléon III s’opposent au rapatriement. Le comte Jean-Marc Banquet d’Orx, descendant direct de l’Empereur et qui partage une extraordinaire ressemblance avec Napoléon III, milite au contraire pour son retour en France.

La question divise donc la descendance elle-même comme la mouvance bonapartiste qui s’écharpe sur ce sujet sur les réseaux sociaux. Certains affirmant que l’état actuel « désastreux » de la France ne permet pas de réunir les conditions favorables à un tel projet quand d’autres s’en félicitent ouvertement.

Président de l’Appel au Peuple, mouvement bonapartiste qui a été reformé et qui a eu ses heures de gloire durant l’entre-deux-guerres, David Saforcada défend depuis longtemps le principe d’un retour en France de la famille impériale et de ceux qui l’ont accompagnée dans l’exil. Sceptique au fait que Nigel Farage ouvre à nouveau cette perspective, il refuse toutefois que le sujet soit réduit à un simple instrument de communication ou une pièce dans un jeu électoral. « La mémoire nationale mérite mieux que les effets d’annonce. L’héritage napoléonien, qu’il s’agisse de Napoléon Ier ou de Napoléon III, ne doit pas être utilisé comme un argument de circonstance par ceux qui découvrent aujourd’hui une histoire qu’ils ont longtemps ignorée. », déclare-t-il en pointant le Rassemblement national du doigt. « La mémoire nationale mérite mieux que les effets d’annonce », ajoute David Saforcada. Pour celui qui est également candidat à l’élection présidentielle de 2027, il ne s’agit pas de « récupérer un symbole politique », mais de rendre à une page de l’histoire de France la place qui lui revient. Tout est dans la nuance.

Le député UDR Maxime Michelet, qui ne cache pas sa proximité avec les deux Empires, s’est déclaré favorable à la proposition de Nigel Farage. « Au regard de l’héritage exceptionnel du règne de l’empereur Napoléon III, notre premier président et dernier souverain mérite un tombeau en terre française et une place éminente dans notre mémoire nationale. », a déclaré l’élu de la Marne sur son compte X (Twitter). Avant d’ajouter un brin enthousiaste : « Merci à Nigel Farage d’ouvrir la porte à ce chemin de réconciliation. ».

En 2025, une pétition citoyenne en ce sens avait été lancée par de jeunes bonapartistes, toujours en ligne. Elle a recueilli plus de 10 000 signatures à date, signe de l’engouement que ce sujet suscité. Ironie de l’histoire, Jordan Bardella est actuellement en couple avec la princesse Maria-Carolina de Bourbon-Deux-Siciles, cousine directe du prince Jean-Christophe. Elle est régulièrement présente aux Invalides afin de rendre hommage à l’Empereur Napoléon Ier, les 5 mai de chaque année.

Farnborough, les moines gardiens du mausolée impérial

Depuis le transfert des dépouilles dans la crypte, les moines perpétuent depuis lors une tradition religieuse attachée à leur mémoire, avec notamment des offices commémoratifs et des prières célébrées chaque année pour l’Empereur, l’Impératrice et leur fils.

Si aucune déclaration récente ne permet toutefois d’affirmer que l’abbaye a formellement mis un veto à toute exhumation, elle n’a jamais souhaité y donner suite. 

Il serait cependant réducteur de considérer les moines comme de simples détenteurs matériels des restes impériaux : ils se considèrent avant tout comme les gardiens d’un mausolée et d’une tradition religieuse voulue par l’impératrice Eugénie. Cette continuité explique la prudence de l’abbaye face aux projets de rapatriement.

C’est précisément ce qui rend la proposition de Nigel Farage particulièrement complexe. Un éventuel rapatriement ne concernerait pas seulement le déplacement des restes d’un ancien souverain français : il remettrait en question la vocation même du mausolée créé par Eugénie de Montijo.

Une proposition qui se heurte à plusieurs questions sans réponse

Même s’il devenait Premier ministre, Nigel Farage ne pourrait pas simplement ordonner l’ouverture de la crypte et le transfert des restes en France. Une exhumation au Royaume-Uni est soumise à des procédures et autorisations spécifiques. Le statut de la sépulture, les droits liés au lieu, les autorités compétentes, la communauté religieuse et les descendants devraient notamment être pris en considération. Le gouvernement britannique pourrait en revanche faciliter une négociation, examiner le cadre juridique et engager des discussions avec la France, la Maison impériale et l’abbaye.

Le scénario d’un transfert de Napoléon III seul soulève immédiatement une autre question. Que deviendraient Eugénie et leur fils ? Les laisser à Farnborough reviendrait à rompre l’unité du mausolée. Les transférer également en France changerait radicalement la nature de l’opération. On ne parlerait plus du rapatriement d’un ancien chef d’État, mais du transfert de l’ensemble de la famille impériale. C’est précisément pourquoi le dossier est aussi sensible pour la Maison impériale.

Enfin, où reposerait l’Empereur ? Napoléon III avait exprimé le souhait de reposer à l’église Saint-Augustin, à Paris. Les Invalides constitueraient une autre possibilité symbolique, mais sa vocation militaire rendrait le choix politiquement et historiquement significatif… La basilique royale Saint-Denis soulèverait une autre question : faudrait-il intégrer Napoléon III à la tradition des souverains capétiens ? Un lieu directement associé au Second Empire pourrait enfin être privilégié. Pour l’heure, aucune solution ne fait consensus.

Une nouvelle bataille autour de la mémoire impériale

La déclaration de Nigel Farage donne donc une nouvelle dimension à un dossier ancien. Mais au-delà de ce rapprochement entre les deux partis conservateurs, le véritable enjeu dépasse largement le retour des restes de Napoléon III. Il concerne la capacité de la France à regarder son histoire sans en exclure certaines périodes, à reconnaître les héritages contradictoires de ses régimes successifs et à donner une place à ceux qui ont incarné le Second Empire sans le juger avec des yeux actuels.

Le retour de Napoléon III ne pourra cependant être un acte improvisé. S’il devait avoir lieu, il ne pourrait prendre son sens que dans un cadre solennel, historique et familial, associant la France, la Grande-Bretagne, la Maison impériale et l’abbaye de Farnborough. Car derrière la proposition de Nigel Farage se trouve une question simple, mais lourde de symboles : la France est-elle vraiment prête à faire revenir chez elle son dernier empereur ? Pour l’instant, une chose est certaine : la porte que plusieurs générations de défenseurs du bonapartisme avaient tenté d’entrouvrir vient d’être rouverte depuis Londres. Reste à savoir qui acceptera de la franchir.

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Une perle noire

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Jean Rochefort dans "Symphonie pour un massacre" (1963). DR.

Un polar français un peu oublié où cinq truands d’une élégance folle prouvent que la meilleure façon de partager un butin reste encore de liquider tous ses associés… En ce moment sur Arte


J’ai découvert l’autre soir sur Arte ce splendide film noir. Lorsqu’il réalise Symphonie pour un massacre en 1963, Jacques Deray n’est encore qu’au début d’une carrière qui le conduira à devenir l’un des grands artisans du polar français. Après Le Gigolo, son premier film réalisé en 1960, il signe Rififi à Tokyo, puis ce film noir qui impose immédiatement une manière, une atmosphère et un regard. Viendront ensuite Par un beau matin d’été, L’Homme de Marrakech, puis La Piscine, qui consacrera définitivement son association avec Alain Delon.

Mais c’est peut-être avec Symphonie pour un massacre que Deray atteint le plus naturellement cette alliance entre la sécheresse du récit policier et une véritable élégance cinématographique. Le film appartient pleinement au cinéma noir français des années soixante, tout en possédant déjà quelque chose de l’univers de Jean-Pierre Melville : des hommes seuls, des professionnels du crime, des rapports fondés sur la méfiance, le silence et la trahison. La Cinémathèque française elle-même souligne cette proximité avec le « Jean-Pierre Melville des grands jours ».

Un monde d’hommes sans confiance

Le scénario, écrit par Jacques Deray, José Giovanni et Claude Sautet d’après Les Mystifiés d’Alain Reynaud-Fourton, repose sur une mécanique implacable. Cinq trafiquants préparent une importante affaire. Si chacun d’entre eux rêve secrètement de garder pour lui la totalité du butin, seul l’un d’entre eux passe implacablement à l’acte. Le crime devient alors une affaire de calcul, de duplicité et de survie.

Ce qui intéresse Deray n’est pourtant pas seulement le mécanisme du casse. C’est la manière dont un groupe d’hommes se désagrège lorsque disparaissent la confiance et la loyauté. Chacun soupçonne l’autre, chacun dissimule une partie de la vérité, chacun croit pouvoir être plus intelligent que ses partenaires. Le film avance ainsi vers le massacre annoncé, avec une froideur presque clinique.

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Il n’y a chez Deray ni romantisme du truand ni fascination excessive pour la pègre. Ces hommes vivent dans un univers sans morale où l’amitié n’est qu’un arrangement provisoire et où la trahison constitue la seule véritable règle. Le titre prend alors toute sa force : ce n’est pas seulement une histoire criminelle, c’est une véritable composition musicale où chaque personnage apporte sa note avant que l’ensemble ne se transforme en requiem.

L’élégance melvillienne

Deray filme ce monde avec une remarquable sobriété. Les cadrages sont souvent serrés, emprisonnant les personnages dans des espaces étroits : des chambres, des cafés, des couloirs, des wagons. Les visages deviennent alors des paysages inquiétants. Un regard, une hésitation, un silence suffisent parfois à faire comprendre qu’une décision irréparable vient d’être prise.

La mise en scène ne cherche jamais à souligner artificiellement la violence. Elle la laisse surgir, sèche, brutale, presque inattendue. Pas de complaisance : Deray préfère filmer ceux qui restent plutôt que ceux qui meurent. La violence est davantage ressentie qu’exhibée.

Cette retenue donne au film son élégance melvillienne. On pense évidemment au Doulos ou au Deuxième Souffle, à cette conception du polar comme monde fermé où les hommes obéissent à des codes dont la transgression entraîne nécessairement la mort. Mais Deray ne copie pas Melville. Il possède déjà son propre sens du rythme et de l’espace.

Des cadrages qui enferment

La caméra de Claude Renoir joue un rôle essentiel dans cette réussite. Son magnifique noir et blanc donne au film une densité presque physique. La nuit parisienne, les néons, les cafés enfumés, les quais de gare, les chambres et les voitures composent un univers où la lumière semble toujours menacée de disparaître. La photographie magnifie une France urbaine encore très éloignée du cinéma policier spectaculaire qui viendra plus tard.

La rigueur des cadrages serrés semble réduire progressivement l’espace vital des personnages. Ils sont pris au piège de leurs propres manœuvres. Plus ils avancent, plus le monde paraît se refermer autour d’eux. Le montage de Paul Cayatte participe de cette sensation. Il est abrupt, nerveux, parfois elliptique. Deray ne s’attarde pas là où d’autres auraient cherché à expliquer. Une action est commencée, puis interrompue ; un événement est parfois découvert après coup ; un raccord sec fait basculer le récit d’une situation à une autre. Ce montage refuse la complaisance narrative et donne au film une modernité étonnante.

Des acteurs d’une justesse admirable

La grande force de Symphonie pour un massacre réside également dans sa distribution. Tous les acteurs sont remarquablement justes, sans jamais chercher à voler la vedette à leurs partenaires. Charles Vanel, avec son visage buriné et son extraordinaire économie de gestes, impose à Paoli une autorité tranquille. Il n’a pas besoin de hausser la voix : sa présence suffit. Claude Dauphin apporte à Valoti une élégance plus mondaine, mais derrière cette apparente distinction se cache le même monde de calcul et de violence. Michel Auclair est lui aussi remarquable dans le rôle de Clavet. Il donne au personnage une nervosité contenue, une fragilité presque imperceptible qui contraste avec l’assurance affichée des autres truands.

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Et puis il y a Jean Rochefort. C’est peut-être la révélation la plus éclatante du film. Dans le rôle de Jabeke, il possède cette élégance féline, ce sourire légèrement ironique et cette manière de se déplacer avec une désinvolture qui dissimule parfaitement la dangerosité du personnage. Rochefort est magnifique parce qu’il ne joue jamais le gangster de façon démonstrative : il joue un homme qui sait qu’il est plus intelligent que les autres, jusqu’au moment où cette certitude devient sa faiblesse.

Michèle Mercier et Daniela Rocca, enfin, apportent aux personnages féminins une présence plus discrète, presque en retrait dans cet univers d’hommes. Elles participent néanmoins à l’atmosphère du film, comme des présences qui observent silencieusement la mécanique de destruction qui se met en place.

Une musique comme un requiem

La musique de Michel Magne est admirable. Son jazz accompagne le film sans jamais l’alourdir. Il ne s’agit pas d’une musique illustrative mais d’une véritable pulsation intérieure. Les cuivres, les rythmes et les sonorités jazzy semblent suivre les personnages dans leur traversée de la nuit. La musique donne au film son mouvement et, paradoxalement, annonce déjà sa fin. Cette Symphonie est bien une symphonie mortuaire : chaque note semble accompagner un personnage vers sa disparition.

C’est là que le titre devient presque musical au sens propre. Le film commence comme une affaire criminelle et s’achève comme une partition dont les instruments, un à un, cessent de jouer.

Un grand film noir

Symphonie pour un massacre est donc bien davantage qu’un solide polar des années soixante. C’est un film d’atmosphère, de regards et de silences, un film où la mise en scène compte autant que l’intrigue.

Jacques Deray y révèle un véritable talent de cinéaste. Il possède déjà cette précision, cette sobriété et cette efficacité qui feront de lui l’un des maîtres du polar français. Il retrouvera souvent ces qualités par la suite, notamment dans L’Homme de Marrakech (1966), La Piscine (1969, assurément son plus beau film), Borsalino (1970), Un homme est mort (1972) ou Un papillon sur l’épaule (1978), mais rarement avec une telle pureté.

Il y a dans Symphonie pour un massacre quelque chose de profondément classique et, en même temps, de remarquablement moderne. Un cinéma d’hommes, de nuit, de solitude et de mort. Un cinéma sans bavardage inutile, où les regards disent souvent davantage que les dialogues. Un très beau film noir, sec, élégant, mystérieux, dont le noir et blanc, les cadrages serrés, le montage abrupt et le jazz de Michel Magne composent une musique funèbre qui continue de résonner longtemps après la dernière image.


1 h 47.

Sur ARTE samedi 19 septembre à 13:30. Et à la demande gratuitement dès maintenant et jusqu’au 24/11/2026 sur la plateforme ARTE.TV

Mamdani, le Mélenchon new-yorkais?

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Zohran Mamdani, candidat du gel des loyers, lors d’une conférence de presse à New York, 6 juin 2025 © Daniel Efram/ZUMA Press Wire/SIPA

Il est touchant de voir chaque génération croire à nouveau dans l’efficacité du socialisme. À New York, le maire Zohran Mamdani a promis à coups de TikTok gel des loyers, bus gratuits, épiceries solidaires… Débandade huit mois plus tard, après un début d’exode des riches et les rappels à l’ordre du gouverneur et des investisseurs.


« Eat the rich ! », « Mangeons les riches ! » Depuis 2019, cette injonction attribuée à Jean-Jacques Rousseau est devenue le slogan des jeunes socialistes du monde anglophone. Sous sa forme moins agressive, « Tax the rich ! », elle exprime l’obsession primordiale du socialisme façon génération Z qui, outre-Atlantique, permet aux socialistes démocrates d’Amérique (les DSA) d’engranger un certain nombre de succès électoraux. Cette organisation, fondée sous sa forme actuelle en 1983, a connu un développement rapide au cours des dix dernières années, en parallèle à la montée de LFI en France. Pour le moment, elle œuvre au sein du Parti démocrate pour le pousser plus vers la gauche et, aux primaires, faire gagner ses propres candidats face aux démocrates traditionnels, plus modérés. C’est ainsi qu’Alexandria Ocasio-Cortez, DSA et démocrate, a été élue à la Chambre des représentants en 2018. Elle pourrait même être la candidate démocrate à la présidentielle de 2028. Un autre membre des deux formations, Zohran Mamdani, a été élu maire de la ville de New York en 2025. À 34 ans, c’est un vrai jeune comparé à Jean-Luc Mélenchon. Né en Ouganda de parents indiens, il est lui-même issu de l’immigration et pratique la foi musulmane. Son électorat et celui de LFI en France se recoupent partiellement par l’âge et les préoccupations. Au pouvoir dans une grande ville depuis huit mois, la gestion de Mamdani donne un avant-goût de ce que pourrait être un gouvernement Insoumis. Certes, sa marge de manœuvre est limitée par des instances supérieures – l’État de New York et l’administration fédérale –, mais son action sur le plan économique montre ce qui se passe quand les idéaux de la gauche « gen Z » rencontrent la réalité du terrain.

Revanche

Le socialisme des jeunes d’aujourd’hui se distingue et du socialisme classique et du wokisme post-BLM. Les références au marxisme et à l’idéologie DEI, toujours présentes, sont éclipsées par des préoccupations plus quotidiennes. Cette nouvelle gauche est en faveur de tout ce qui peut améliorer la vie au jour le jour : contrôle des prix et subvention des denrées alimentaires ; accès facile au logement et gel des loyers ; gratuité pour tous des soins médicaux, des transports publics, de la garde des enfants et de l’éducation. Ces revendications sont compréhensibles : la vie pour bien des jeunes est matériellement difficile. D’ailleurs, beaucoup sont des Blancs diplômés (80 % des adhérents des DSA) qui se trouvent lésés, n’ayant pas atteint le statut social et le niveau salarial qu’on leur avait promis. Pour financer leur revanche, il suffirait de faire payer les riches. Là où les socialistes traditionnels prônaient des augmentations d’impôts pour tous, les nouveaux préfèrent un transfert massif de richesses par la fiscalité. Ils citent l’« économie en forme de K » : selon ce schéma, les revenus des plus aisés sont en train de monter en flèche, tandis que ceux des autres chutent. Aux élus, donc, de renverser la situation par décret.

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C’est sur ce programme, à la fois pratique et utopique, que Mamdani est devenu maire. Il a vite compris qu’il fallait modérer ses ambitions, sans doute parce qu’il a découvert les limites de son pouvoir de diriger l’économie. Il voulait augmenter le SMIC à New York de 17 à 30 dollars de l’heure, mais cette décision appartient à la gouverneure de l’État, Kathy Hochul, qui est une démocrate centriste prudente. Il se dit en faveur de la gratuité des soins pour tous mais, depuis 2003 au Congrès fédéral, et 1991 à l’assemblée de l’État de New York, des projets de loi allant dans ce sens sont restés bloqués. Mamdani n’y peut rien. Il va investir 22 milliards de dollars, somme énorme mais insuffisante, dans la construction de 200 000 nouveaux logements et la rénovation de 200 000 autres sur dix ans. Tous seront soumis à des contrôles de loyer. Sauf que le vrai besoin de la ville serait de 700 000 logements, chiffre inatteignable sans le secteur privé. Or, les contrôles sont de nature à décourager l’investissement et la location, limitant le nombre de logements disponibles et augmentant les prix. Pire, pour le million de logements où la ville a le droit de limiter le pouvoir des propriétaires, Mamdani a imposé un gel complet des loyers pendant deux ans. Cette approche a déjà été tentée par un de ses prédécesseurs, Bill de Blasio, sans succès.

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Mamdani a obtenu l’approbation de la gouverneure pour investir 1,2 milliard dans l’extension de la garde d’enfants gratuite à 22 000 familles modestes, mais aller plus loin demanderait entre 6 et 9 milliards. Il a voulu rendre gratuits les bus publics, mais cela coûterait autour d’un milliard par an, et le système de transports a déjà presque 48 milliards de dettes. Hochul a refusé, et le maire doit se contenter de quelques projets pilotes. Il promet la construction de cinq épiceries publiques – une par arrondissement – pratiquant une réduction de 30 % sur les prix des produits de première nécessité. 70 millions ont été affectés à la construction d’une première boutique l’année prochaine, mais la subvention des denrées sera à la charge de la ville dans la durée. Seule une minorité de New-Yorkais vivant près d’une épicerie y aura accès. Ce sont les autres contribuables, riches ou pauvres, qui vont payer.

Pas facile

En juin, Mamdani a fait voter le budget le plus élevé de l’histoire de New York, près de 125 milliards, l’équivalent de la dette de la ville. Il a voulu augmenter les impôts sur les sociétés et introduire un impôt supplémentaire sur les revenus de plus d’un million de dollars, mais Hochul et la présidente du conseil municipal ont fait obstacle. Déjà, des riches déménageaient en Floride, et une telle mesure en Californie a fait perdre à l’État 536 milliards en revenus. Enfin le maire a trouvé un compromis avec la gouverneure pour promulguer une surcharge – surnommée la « taxe pied-à-terre » – sur certaines catégories de résidences secondaires. La mise en œuvre malhabile de la mesure, présentée par Mamdani comme visant « les élites mondialisées », a provoqué l’ire de beaucoup de citoyens aisés mais pas richissimes. Le maire prétend avoir déjà démontré que « les socialistes comprennent l’économie aussi bien que les capitalistes ». En réalité, il pratique une politique de « vibes », comme on dit en anglais, ou de « bonnes ondes ». Il se montre affable et empathique ; il maîtrise TikTok ; mais sa gestion montre surtout que les riches ne se laissent pas manger facilement.

L’affaire de Carcassonne et le mensonge antiraciste

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Image d'illustration © SICCOLI PATRICK/SIPA

Les propos racistes tenus en 2025 par un policier municipal de Carcassonne, enregistrés par sa caméra piétonne et diffusés par Midi Libre, ont valu à l’agent et à ses collègues d’être suspendus de leurs fonctions, parallèlement à la saisie du parquet. Laurent Nuñez a quant à lui ordonné un contrôle de l’Inspection générale de l’administration. Pour certains éditorialistes et opposants à la municipalité, l’occasion est évidemment trop tentante d’amalgamer bêtise crasse et dérives verbales graves de ces agents avec les inquiétudes légitimes de l’électorat RN.


Il suffit parfois d’un fait divers, de quelques paroles ignobles enregistrées par hasard, d’un homme assez stupide pour croire qu’une caméra s’est tue alors qu’elle continue de recueillir sa bassesse, pour que se remette en branle cette grande machine française de l’indignation dont le fonctionnement, à force d’être prévisible, devrait finir par nous renseigner moins sur les événements qu’elle commente que sur ceux qui les commentent, sur leur besoin presque voluptueux de retrouver dans le réel la confirmation des catégories morales avec lesquelles ils l’ont préalablement découpé. L’affaire du policier municipal de Carcassonne (11) est de celles-là : des propos racistes, misogynes, homophobes, complotistes, d’une vulgarité qui ne mérite ni indulgence ni contorsion, ont été enregistrés au cours d’une patrouille ; l’un des protagonistes, qui avait participé au service d’ordre du Rassemblement national, a été exclu du parti, les agents concernés ont été suspendus, une enquête judiciaire a été ouverte, et l’on pourrait croire que les faits, dans leur simplicité sordide, suffiraient à l’information.

Rediabolisation

Mais non. Il fallait davantage. Il fallait le RN. Il fallait cette proximité politique, aussitôt devenue le centre symbolique de l’affaire, et l’on entend alors France Inter et France info reprendre avec une sorte de gourmandise cette information qui paraît enfin rendre visible ce que tant de journalistes croient savoir depuis longtemps: derrière l’électeur du Rassemblement national, derrière l’homme qui parle d’immigration, derrière celui qui s’inquiète de l’insécurité ou de la transformation culturelle du pays, derrière celui qui ne reconnaît plus certains quartiers de la ville où il a grandi, sommeillerait toujours le même personnage honteux, cet être obscur que quelques paroles abjectes prononcées à Carcassonne permettraient enfin de démasquer.

Savoureux ! Patrick Cohen décortiquait ce matin sur France Inter une vidéo volée, qui accable la police de Carcassonne. Il nous expliquait pourtant il y a un an que la publication d’enregistrements non désirés était anti-déontologique… On se souvient qu’à l’époque, c’est une ses conversations privées (et non moins professionnelles) qui l’avait mis dans le pétrin.


Il faudrait pourtant commencer par une évidence, précisément parce que notre époque ne sait plus très bien que faire des évidences : les propos rapportés dans cette affaire sont racistes, et rien ne serait plus absurde que de vouloir les excuser sous prétexte que le mot « racisme » est aujourd’hui galvaudé. Mais il faudrait ajouter aussitôt une seconde évidence, devenue beaucoup plus difficile à prononcer: qu’un homme soit raciste ne démontre pas que des millions d’autres le soient ; qu’un individu ayant fréquenté le service d’ordre d’un parti politique profère des insanités ne transforme pas mécaniquement ces insanités en doctrine secrète de ce parti ; pas davantage qu’elle ne permet de ranger dans la même catégorie morale l’injure adressée à un homme en raison de sa couleur de peau et l’inquiétude d’un citoyen devant l’immigration, l’islamisme, l’insécurité, certaines formes de violence ou certaines conduites qu’il estime incompatibles avec les règles élémentaires de la vie commune.

C’est pourtant là que commence le mensonge, non pas dans l’existence du racisme, qui existe et dont il serait aussi vain que malhonnête de nier la persistance, mais dans l’extension indéfinie de son domaine, dans cette manière de faire d’un mot historiquement chargé d’une gravité considérable une sorte de filet moral jeté sur des expériences, des inquiétudes, des observations et des opinions qui peuvent être justes ou fausses, raisonnables ou excessives, mais qui devraient précisément pour cette raison être discutées plutôt qu’excommuniées.

Car il est des mots qui connaissent un destin plus tragique encore que celui des hommes : les hommes meurent une seule fois, tandis que les mots peuvent mourir plusieurs fois, d’abord par oubli, ensuite par corruption, enfin sous les soins empressés de ceux qui prétendent les sauver. Le mot « racisme » appartient désormais à cette catégorie funèbre. Jamais peut-être il n’a été autant prononcé, jamais il n’a occupé autant de tribunes, de plateaux, de colloques, de discours ministériels, d’éditoriaux et de campagnes militantes ; et pourtant, à mesure qu’il envahit la langue, quelque chose de son sens se défait, comme si l’omniprésence du mot devait nécessairement s’accompagner de l’effacement progressif de la chose précise qu’il désignait.

Sortez les dicos !

Il suffit pourtant d’un dictionnaire, ce vieux livre presque inconvenant dans un monde où l’on préfère l’émotion immédiate à la définition et le verdict à la distinction, pour retrouver ce que le mot avait d’abord de simple et de terrible : juger un homme selon son origine, sa naissance, son appartenance ethnique ou la couleur de sa peau, lui attribuer une valeur supérieure ou inférieure en fonction de ce qu’il est et non de ce qu’il fait. Voilà le cœur du racisme, et il suffirait déjà largement à occuper notre vigilance morale sans qu’il soit nécessaire d’y faire entrer toute critique d’une religion, toute inquiétude devant une politique migratoire, toute dénonciation d’une violence, toute interrogation sur l’intégration ou toute exaspération née de l’expérience quotidienne.

Car ce que l’on baptise désormais « racisme » relève souvent d’une expérience autrement complexe. Ce n’est pas nécessairement la couleur d’une peau qui inquiète mais un comportement ; ce n’est pas nécessairement l’origine qui provoque la réprobation mais une attitude, une violence, une intimidation, un refus des règles communes, parfois une conception religieuse ou politique du monde que l’on estime incompatible avec la liberté des autres. Confondre ces choses, c’est précisément renoncer à penser, puisque penser consiste d’abord à distinguer ce que la passion, l’intérêt ou l’idéologie voudraient confondre.

Les hommes ordinaires, ceux dont on parle tant et que l’on écoute si peu, ne passent pas leurs journées à méditer sur les races, les identités et les catégories savantes dont les spécialistes du ressentiment ont fait leur commerce. Ils veulent rentrer chez eux sans peur, envoyer leurs enfants à l’école sans craindre qu’ils y soient humiliés ou frappés, prendre un train sans être agressés, habiter un quartier où l’on puisse encore dormir, parler à une femme sans qu’elle soit insultée pour sa tenue, transmettre une langue, des usages, une certaine idée de la politesse, de la liberté, de la relation entre les sexes et de cette civilité presque invisible qui rend possible la présence d’inconnus les uns auprès des autres sans que la société se transforme en juxtaposition de tribus hostiles.

Or c’est précisément cette expérience que l’on a trop souvent entrepris de délégitimer, non pas en lui opposant des faits, ce qui serait la règle élémentaire d’une société démocratique, mais en lui opposant une qualification morale. On ne dit plus à celui qui s’inquiète : « Vous vous trompez, voici les chiffres, voici les faits, voici ce qui permet de corriger votre perception. » On lui laisse entendre : « Le fait même que vous perceviez cela révèle quelque chose de honteux en vous. » La discussion devient alors impossible puisque l’objet de la discussion n’est plus la réalité extérieure mais la moralité de celui qui prétend en parler.

L’antiracisme fut autrefois une grande révolte contre l’injustice parce qu’il affirmait cette vérité magnifique et presque élémentaire qu’aucun homme ne devait être humilié, diminué, persécuté ou privé de ses droits en raison de ce qu’il n’avait pas choisi d’être. Il y avait dans cette exigence quelque chose d’universel, donc quelque chose qui dépassait les appartenances particulières et rappelait à chacun que l’humanité d’un homme précède la couleur de son visage.

Mais les idées nobles ne sont pas davantage protégées de la corruption que les hommes qui les portent. Elles commencent comme des révoltes, deviennent des doctrines, puis des institutions, des professions, des administrations de la vertu ; et vient parfois le moment où elles ne demandent plus seulement que l’on respecte leur principe mais que l’on adopte leur vocabulaire, leurs catégories, leurs interdits, leur manière de découper le réel, jusqu’à ce que la morale, née pour protéger l’homme contre l’arbitraire du pouvoir, devienne elle-même une manière d’exercer un pouvoir sur les consciences.

Le destin du mot « racisme » devrait inquiéter ceux-là mêmes qui veulent combattre le racisme véritable. Car à force d’appeler du même nom la haine d’un homme en raison de sa naissance et la critique d’un comportement, l’infériorisation d’une population et la critique d’une religion, la discrimination raciale et l’inquiétude devant l’immigration, on ne rend pas seulement impossible la compréhension du monde : on finit par priver le mot de sa force au moment précis où nous aurions besoin de lui. L’affaire de Carcassonne devrait nous rappeler cette nécessité de la distinction. Il existe encore des propos authentiquement racistes, des hommes qui pensent selon les catégories les plus sommaires de la race et de l’origine, et il faut pouvoir les nommer comme tels sans hésitation ; mais c’est justement parce que ces choses existent qu’il faut refuser de diluer leur nom dans l’océan des opinions interdites. Un mot qui signifie tout finit par ne plus rien signifier, et une morale qui condamne indistinctement l’ignoble, le discutable et le simplement dissident cesse bientôt d’être une morale pour devenir une police du langage. Le mensonge antiraciste est là, dans cette substitution presque imperceptible : non pas dans l’affirmation que le racisme existe, puisqu’il existe, mais dans la prétention à reconnaître sa présence partout où le réel résiste aux représentations que l’on voudrait lui imposer. Et lorsqu’une vertu cesse d’être une exigence que l’on s’impose à soi-même pour devenir une arme avec laquelle on organise le silence des autres, elle a déjà commencé, sans même s’en apercevoir, à se transformer en son contraire.

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10 septembre 2001, le jour d’avant

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New York en 1994. A gauche la statue de la Liberté, au fond Manhattan dominé par les deux tours du World Trade Center © FIEVEZ/SIPA

Le 11-Septembre a balayé nos certitudes d’Occidentaux


Tout a déjà été écrit sur le 11 septembre 2001, sur les jours et sur les années qui ont suivi, jusqu’à aujourd’hui, car plus jamais, depuis cette date qui sonne comme une déflagration, le monde ne fut comme avant. Et le monde d’avant, nous disait-on, allait nous entraîner en pente douce vers le triomphe de l’Occident et de son libéralisme… 

Le conflit des civilisations larvait pourtant et Ben Laden finit par réveiller Clio, muse de l’Histoire, dont on doute aujourd’hui qu’elle puisse retrouver le sommeil. Le 10 septembre donc ressemblait à peu près à ceci pour des jeunes qui, à l’époque, avaient la vingtaine et n’avaient connu ni la Guerre froide, ni les chocs pétroliers et n’avaient pas encore atteint la dizaine au moment de la chute du Mur. Nous nous préparions à entamer une nouvelle année académique et, pour financer nos sorties, nous accomplissions des jobs d’étudiants plus ou moins bien rémunérés. Entre copains, nous nous écharpions à propos de nos clubs de football respectifs, avec la perspective de la journée de Champions League du lendemain. Nous draguions maladroitement en multipliant des SMS aux filles que nous convoitions ; parfois, elles nous répondaient, souvent elles ignoraient nos avances.

Nous sommes tous Américains

Les plus à gauche parmi nous raillaient les étourderies de George W. Bush, ce président un peu plouc que j’avais décidé de soutenir par esprit de contradiction. Les plus littéraires avaient lu American Psycho, L.A. Confidential et Autant en emporte le vent ; les cinéphiles s’étaient contentés d’en voir les films. Les hamburgers dans nos assiettes et les Coca-Cola sur les tables signaient notre américanisation dont nous ne savions que penser.  Le lendemain, nous serions de toute façon tous Américains ; deux ans après, au moment de la guerre en Irak, tous anti-Américains ; et une décennie plus tard, nos sentiments à l’égard de l’Oncle Sam commenceraient à varier en fonction de la personnalité du pensionnaire de la Maison Blanche…

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Pour fixer notre rendez-vous de ce soir-là, nous avions usé de nos premiers téléphones portables, un Nokia pour la majorité d’entre nous. Les réseaux sociaux n’avaient pas encore envahi nos vies ni bouleversé notre rapport aux autres. La télé-réalité n’en était qu’à ses balbutiements et personne, en dehors de quelques farfelus, n’avait vraiment entrepris de faire de sa vie un spectacle durant davantage que le quart d’heure warholien. Nous n’avions pas encore Wikipedia, qui naîtrait à peu près à cette époque, et encore moins les outils de l’intelligence artificielle, pour nos recherches rapides.

Insouciance perdue

Surtout, nous étions insouciants, épris de notre sécurité car certains que rien de fâcheux n’arriverait de notre vivant. Le commandant Massoud venait d’être assassiné, mais cela ne préfigurait à nos yeux rien de l’enchaînement qui allait dès le lendemain plonger le monde dans le chaos. Le dragon chinois était certes réveillé, mais ne constituait pas une menace existentielle. La Russie poutinienne peinait encore à effacer les affres de décennies de communisme et d’ouverture soudaine aux marchés. Deux mois auparavant, un de ces professeurs qui se sont trompés sur tout avait peu apprécié que je lui suggérasse l’avènement d’un monde multipolaire basé sur les civilisations de Huntington. Pour le reste, le réchauffement climatique n’avait pas encore décidé de tous nous tuer, le wokisme de nous culpabiliser et Black Lives Matter de faire de nous des racistes systémiques.  


À plusieurs milliers de kilomètres de notre tablée, ce 10 septembre 2001, les 3000 personnes qui ont aujourd’hui leur nom gravé à l’emplacement des anciennes tours du World Trade mangeaient les mêmes burgers et avaient des préoccupations similaires aux nôtres : dans cette Amérique qui n’avait déjà plus rien de celle de John Wayne, leurs conversations tournaient sans doute autour des Yankees qui s’apprêtaient à affronter les White Sox, du dernier album d’Alicia Keys qui occupait la tête du hit-parade, du cours de la bourse, de l’été qui se terminait, des amis, des amours et des emmerdes, sans savoir que ce soir-là serait leur dernier. Pearl Harbour, retraçant ce qui était encore la plus grande attaque jamais commise sur le sol américain, figurait depuis quelques semaines à l’affiche des cinémas.

En même temps que les tours, tout s’est donc effondré le lendemain, à commencer par nos certitudes. Chacun se souviendra toujours ce qu’il faisait ce jour-là. Les plus madrés comprirent instantanément que le monde serait différent, sans deviner l’enchaînement qui allait mener de la guerre en Afghanistan aux attentats qui secouèrent l’Europe. Les complotistes trouvèrent dans cet événement planétaire et dans les nouvelles technologies qui pointaient le premier fait sur lequel asseoir leur révisionnisme. Déjà, le « pas d’amalgame » sévissait dans les rangs de la gauche qui, vingt-cinq ans plus tard, n’a toujours rien compris et s’allie désormais avec les islamistes. Très peu ont tiré les leçons de ce qui s’est passé, avec pour conséquence, l’installation du conflit de civilisations jusque dans nos villages isolés. Assurément, en analysant le monde qui est advenu et, pire encore, celui qui s’annonce, il m’arrive parfois d’avoir envie de remonter le temps et, l’espace d’un instant, de voir apparaître sur le calendrier la date du 10 septembre 2001.

Causeur a besoin de vous !

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L’appel d’Élisabeth Lévy à tous ceux qui lisent, soutiennent et accompagnent Causeur. Notre journal traverse aujourd’hui une période particulièrement difficile. Pour préserver cette voix libre, singulière et indépendante, nous avons plus que jamais besoin de l’aide de nos lecteurs et de nos amis. Merci.


Je ne tournerai pas autour du pot. Depuis le début de l’aventure Causeur en 2007, nous n’avons jamais été aussi près de mettre la clef sous la porte. CECI EST UN SOS !

Depuis 2022, avec la dégradation de la situation économique, nous avons subi une chute notable des ventes et une hausse des coûts (à l’exception des salaires). Comme toute la presse. Mais à la différence de la plupart de nos confrères et concurrents, nous ne disposons pas d’un matelas de ressources publicitaires pour amortir le choc, ni d’une trésorerie permettant de faire face aux imprévus.

Nous n’attendons pas les bras croisés. Nous travaillons d’arrache-pied pour trouver de nouvelles sources de revenus. Mais pour inventer l’avenir, il faut assurer le présent. Ce qui, pour nous, suppose de trouver 120000 euros d’ici le 25 septembre. Nous cherchons donc 120 super-donateurs qui, moyennant 1000 euros (soit 340 une fois la déduction fiscale appliquée) auront, en plus de la satisfaction d’avoir sauvé un espace de liberté, celle d’être des sociétaires permanents de la société des amis de Causeur qui sera en quelque sorte le salon de la patronne. À ce titre, ils auront la possibilité d’échanger régulièrement avec la rédaction de Causeur et votre servante, et ceci dès le début de l’année 2027, quand nous les convierons à faire connaissance autour d’un verre. Nous organiserons aussi dans tout le pays des rencontres avec des personnalités du monde intellectuel, politique et économique. Autrement dit, nous ne vous proposons pas seulement de financer la conversation civique, nous vous offrons la possibilité d’y participer directement.

Pourquoi nous sauver ?

Vous êtes nombreux à nous dire que grâce à Causeur, vous vous sentez moins seul. Nous sommes certes un journal de droite, d’une droite malicieuse, décalée, libertaire, un peu punk sur les bords, mais nous sommes d’abord des défenseurs de l’esprit des Lumières, de l’engueulade civilisée. Quand l’entre-soi idéologique devient une vertu, nous voulons renouer avec l’esprit de salon qui a fait la grandeur de la France.

Peter Sloterdijk explique qu’écrire c’est adresser une lettre à des amis inconnus. Vous êtes ces amis. Nous avons besoin de vous. Et nous voulons croire que vous avez besoin de nous.

Pisa 2025: sans surprise, les résultats de la «grande garderie» sont nuls

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Lisa Hirsig est enseignante, chroniqueuse et auteur de "La grande garderie" (Albin Michel) © Hannah Assouline

Les résultats de l’enquête Pisa 2025 sont tombés hier. Tombés. C’est le mot. Lourdement tombés même. Ils confirment en effet une tendance très inquiétante: le niveau scolaire des Français s’effondre. Libérons l’école ! L’appel de Lisa Hirsig


Le niveau des élèves français continue de reculer fortement dans tous les domaines testés : compréhension de l’écrit, mathématiques et culture scientifique. Cette dégradation n’est pas propre à la France : de nombreux pays de l’OCDE enregistrent des baisses, notamment depuis le choc de la pandémie. Mais nous chutons plus vite que la moyenne. Depuis le début des années 2000, on peut même parler de dégringolade: -53 points en mathématiques, – 28 en lecture et -20 en sciences ! Les scores de 2022, déjà historiquement bas, n’ont pas été corrigés. Ces contre-performances ne reflètent plus l’ambition d’un pays qui continue de se voir comme une référence éducative[1].

Geffray charge les réseaux sociaux

Monsieur Geffray s’est empressé de rejeter la responsabilité de ces résultats désastreux sur ses prédécesseurs, promettant un retour en tête de classement dès 2033 et tentant de faire oublier qu’il grenouille à l’Education nationale depuis 2017 et qu’il a même été Directeur général de l’enseignement scolaire (DGESCO), c’est-à-dire « numéro 2 du ministère » et qu’il a à ce titre piloté des « réformes majeures »… qui n’ont donné aucun résultat positif. Il incrimine les réseaux sociaux et veut se concentrer sur le collège dont les objectifs sont selon lui « un peu flous ». Pourtant, si le test PISA teste des élèves de 15 ans, les difficultés sont avérées dès l’école primaire.

Discours de rentrée du ministre Édouard Geffray, Lycée Arago, Paris 12e, 25 août 2026 © Jeanne Accorsini /SIPA

Car cette descente aux enfers n’est pas un accident. Elle a des causes structurelles, identifiées depuis longtemps, mais que les gouvernements successifs refusent de traiter, par incompétence et manque de courage. Elles sont trop nombreuses pour que j’en fasse une liste exhaustive ici mais découlent toutes du péché originel : la volonté de remplacer la transmission du savoir, jugée bourgeoise et discriminante par la lutte contre les inégalités sociales. Au nom de celle-ci, on a privé tous les élèves de l’héritage auquel ils ont droit : la somme des connaissances acquises avant eux et le patrimoine culturel de leur pays.  

Cette politique de la table rase a permis de baisser le volume d’heures consacrées aux enseignements fondamentaux, notamment à la maîtrise de langue française et à la découverte de la littérature. Depuis les années 1970, le temps qui leur est consacré sur l’ensemble du cursus primaire a été réduit de près de 400 heures[2]. Un élève sortant de CM2 aujourd’hui a reçu l’équivalent d’une année de français de moins qu’un élève des années 1970…  Cette amputation progressive affaiblit la maîtrise des fondamentaux – lecture, écriture, orthographe, grammaire et même les compétences en mathématiques – alors que le système accueille un public de plus en plus hétérogène.

Querelles de pédagos jamais vraiment réglées

Au nom de l’égalité, on a également expérimenté dès les années 60 de nouvelles méthodes d’apprentissage de la lecture qui se sont durablement installées dans les classes. Une étude récente de Jérôme Deauvieau et Paul Gioia (enquête Formalect de 2021) a démontré la nocivité de ces méthodes dites mixtes ou globales encore largement pratiquées. En effet, ces approches, qui mélangent déchiffrage et reconnaissance globale de mots, fonctionnent mal, particulièrement avec les élèves issus de familles dites défavorisées. Les méthodes strictement phoniques et syllabiques, utilisées au début du XXe siècle, produisent de meilleurs résultats et accélèrent l’acquisition de la lecture pour tous les élèves, quel que soit le milieu social dont ils sont issus. Or, l’étude est formelle : moins de 5% des enseignants de CP utilisent la méthode la plus efficace[3].   

La formation des enseignants elle-même constitue un problème majeur. Trop idéologisée, trop éloignée des données scientifiques sur l’apprentissage, elle privilégie depuis des décennies des théories pédagogiques rousseauistes (le fameux « élève au centre du système »), défendues par les chantres de la lutte contre les inégalités par l’éducation nouvelle tels Philippe Meirieu, Jean Foucambert ou Eveline Charmeux. Ils ont installé durablement dans les Inspé[4] l’obsession sociale au détriment de la transmission des savoirs, jugée trop bourgeoise… Les enseignants, formés dans ce cadre marxisant, incapables d’analyser avec recul leurs pratiques pédagogiques, et les parents qui ont eux-mêmes traversé ce système, peinent à transmettre ce qu’ils n’ont pas solidement acquis. On assiste à un effet cumulatif de transmission défaillante. C’est ainsi que se trouvent dans les listes de références de l’Education nationale des œuvres militantes comme Cent culottes et sans papier, Mandela et Nelson au détriment de textes classiques.

Les effets de l’immigration de masse sur la baisse du niveau

Enfin, l’impact de l’immigration ne peut plus être occulté[5] Les données PISA montrent de manière récurrente que les élèves issus de parents étrangers obtiennent, en moyenne, des scores nettement inférieurs à ceux des élèves autochtones. En France, cet écart est particulièrement marqué. Même si le milieu socio-économique explique une part importante de la différence, l’effet net reste significatif. Joachim Le Floch-Imad, dans Main basse sur l’Éducation nationale (2025) et dans les analyses de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie, souligne que l’immigration n’est pas la cause première de l’effondrement, mais qu’elle en accentue toutes les difficultés préexistantes, contribuant à tirer le niveau global vers le bas. Ignorer cette réalité au nom d’un tabou n’aide ni les élèves concernés ni le système dans son ensemble.

La chute critique du niveau n’est pas une nouveauté. Isabelle Stal et  Françoise Thom dans l’Ecole des barbares, Jean-Paul Brighelli, dans La Fabrique du crétin (2005) et ses suites, avaient déjà dressé un diagnostic implacable de cette « mort programmée de l’école », dénonçant les effets cumulés du pédagogisme, de la baisse d’exigence et de la perte des fondamentaux. Les solutions cosmétiques adoptées par les responsables politiques successifs– ajustements de programmes, annonces de « refondation » ou de « choc des savoirs », uniformisation des tenues scolaires, – se sont révélées insuffisantes. A trop longtemps privilégier l’idéologie sur les faits, le volume administratif sur le volume d’heures utiles, et l’égalité formelle sur l’efficacité réelle, le système ne produit plus que dégradation, mensonge, et malheur. Car n’oublions pas que derrière ces chiffres se cachent des destins individuels brisés et la détresse de millions de « petits Pierre qui ne savent pas lire » pour paraphraser Chantal Delsol[6]. La chute n’est pas inéluctable mais plus on attend, plus les efforts à fournir seront difficiles à soutenir.

Ne confondez pas uniforme à l’école et école uniforme

Il faut changer de logique. La libéralisation de l’école, c’est-à-dire l’ouverture à une plus grande autonomie des établissements notamment dans leur recrutement et la gestion de leurs budgets, à la liberté de choix des familles et à une concurrence réelle entre projets pédagogiques, apparaît comme la voie la plus prometteuse. La plupart des parents désirent une bonne instruction pour leurs enfants et attendent de l’Etat qu’il finance des écoles qui fonctionnent vraiment, se moquant bien de leur statut ! Un système monopolistique, centralisé et uniformisé, ne peut pas s’adapter à la diversité des besoins ni sanctionner l’inefficacité. Là où la concurrence existe les établissements qui réussissent attirent, et ceux qui échouent sont contraints de s’améliorer ou de disparaître.

Libérer l’offre scolaire ne signifie pas abandonner l’État, mais lui faire jouer un rôle de garant des programmes fondamentaux et de financeur. Les expériences étrangères et les exemples français de réussite (établissements privés ou publics autonomes) montrent que la pression concurrentielle force à se concentrer sur ce qui marche : méthodes efficaces, discipline, exigence et temps d’enseignement suffisant. Les candidats à la présidentielle sont très peu nombreux à se saisir de ces solutions, par crainte de la réaction du « mammouth » de l’Education nationale. Lors de la présentation du budget 2024, Gabriel Attal se vantait d’être à la tête du plus gros employeur public. Il jugeait cette « énormité » flatteuse et sous-entendait qu’elle lui conférait de la puissance. En réalité, ce monstre bureaucratique enfanté par un Etat trop centralisateur est aujourd’hui quasi irréformable. Le poids des syndicats de professeurs et les blocages idéologiques liés à des décennies de gauchisme militant au sein de l’institution compliquent encore la tâche. Mais le courage ne sera plus une option si nous voulons sauver nos enfants d’une mort cérébrale certaine et notre pays d’un déclassement définitif.


[1] Données de long terme (différence entre 2003 et 2025) : Mathématiques : -53 points (de 511 à 458) Compréhension de l’écrit : -40 points (de 496 à 456) Sciences : – 28 points (de 511 à 483)

[2] Baisse du nombre d’heures de français depuis les années 1970
Site « Sauver les lettres » (sauv.net / horcomp.php) qui compile les arrêtés officiels d’horaires.

[3] Mauvaise méthode d’apprentissage de la lecture (étude Deauvieau-Gioia / Formalect 2021)

Enquête Formalect (2021) : questionnaire auprès de ~9 300 enseignants de CP (échantillon large et représentatif), croisé avec les résultats des évaluations nationales de leurs élèves (~140 000 élèves).

Résultat principal : les méthodes phoniques synthétiques strictes (syllabiques, sans mots « outils » ou reconnaissance globale non décodable) sont plus efficaces pour la fluence et la compréhension que les méthodes mixtes. L’écart est plus marqué pour les élèves fragiles et ceux scolarisés dans des écoles à recrutement social populaire. Elles sont utilisées dans moins de 5% des classes.

Rapport Deauvieau J. et Gioia P., « L’efficacité des méthodes d’enseignement de la lecture. Une enquête sur le cas français », Études et documents du CMH n° 45, avril 2024.

Note du Conseil scientifique de l’Éducation nationale (CSEN) n° 11, juin 2024, rédigée par les mêmes auteurs.

[4] Les 33 Instituts nationaux supérieurs du professorat et de l’éducation (INSPÉ) forment les enseignants du primaire/ secondaire et les conseillers principaux d’éducation.

[5] Impact de l’immigration sur les résultats.

– Le test PISA de l’OCDE distingue les élèves autochtones des élèves issus de l’immigration de manière détaillée. Ces données sont disponibles dans les bases de données PISA (publiques) et font l’objet de chapitres dédiés dans les rapports officiels.

– Analyses complémentaires (Observatoire de l’immigration et de la démographie, 2025) soulignent que l’écart contribue à tirer la moyenne nationale vers le bas, même si le milieu social reste le facteur dominant.

[6] La détresse du petit Pierre qui ne sait pas lire (PLON), Chantal Delsol.

« J’sais pas j’étais pas née »

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Capture LCI.

«J’ai pas de souvenir…»: face à Darius Rochebin qui l’interrogeait sur LCI sur les présidents de la Ve République, l’écologiste Marine Tondelier était gênée et a vécu un grand moment de solitude


Comme prévu le classement PISA est catastrophique. En réalité c’est un effondrement français, européen et occidental. Pour notre pays, on n’a pas besoin d’études internationales pour connaître l’étendue du désastre. Il suffit d’écouter Marine Tondelier interrogée par Darius Rochebin.

– Pompidou ?
– J’ai pas de souvenirs, pas de trucs marquants à dire sur lui en tant que citoyenne, électrice.
– La croissance, le développement, l’industrie ?
– Bah vous ça vous a marqué apparemment
– Giscard ?
– Bah moi il me fait penser à Macron.

Comme l’observe mon ami Amine El-Khatmi, cette grande féministe n’est même pas fichue de citer l’IVG pour Giscard. Le reste est à l’avenant. Son couplet convenu sur De Gaulle se conclut par « des comme lui, on n’en a plus ! » – quelle profondeur de jugement. Sarkozy c’est très mal et, de Chirac, ce qui l’a marquée, c’est « Mangez des pommes », c’est-à-dire une phrase prononcée par la marionnette de Chirac aux Guignols. Et elle ignore évidemment que Pompidou est le premier à avoir parlé de risque environnemental. D’accord, moi aussi je l’ignorais et je l’ai appris dans un post de Raphaël Doan, mais notez que je n’aspire pas à diriger la France. À moins bien sûr que des pressions amicales….

Marine Tondelier est pré-candidate à la magistrature suprême mais ne sait rien sur ses prédécesseurs. Avec un argument massue (et particulièrement significatif) : J’sais pas, j’étais pas née. On croyait que la politique consistait à s’inscrire dans une généalogie, à penser qu’il y a quelque chose de plus grand que soi qui nous a précédé et nous survivra. Pas pour Tondelier. Son seul horizon c’est ce qu’elle a vécu. Heureusement qu’on ne l’a pas interrogée sur Napoléon ou Du Guesclin – pour le dernier, je ne suis pas sûre qu’elle connaisse le nom.

Sans surprise, les réseaux sociaux ont été pris d’un immense éclat de rire : vacuité, naufrage, néant vertigineux, elle prend cher. Pour ma part, j’ai de la peine pour elle.

A lire aussi, du même auteur: Vénération Mélenchon

Marine Tondelier ne sait même pas qu’elle ne sait pas. Elle est doublement victime: de la destruction de l’école et du mensonge sur cette destruction. Si j’en crois Wikipédia, Tondelier a fait une hypokhâgne et obtenu un diplôme de Sciences Po Lille. L’Etat lui a fait croire (à elle et ses parents) qu’elle était armée pour appartenir à l’élite. Tout comme il délivre chaque année le bac et le droit d’aller à la fac à des ados qui ne maîtrisent pas leur langue et ignorent qui est Pompidou et ne parlons pas de Montaigne.

La recette bien connue de ce désastre est une bouillie de lâcheté et d’idéologie, dont le résultat est : exigence minimale, bienveillance maximale. On a remplacé la verticalité – un maitre un élève, un qui enseigne, l’autre qui apprend. Ne les vexons pas avec des mauvaises notes. La seule bienveillance, c’est la vérité qui commencerait par annoncer que, désormais, il n’y aura pas plus de 60 % de reçus au bac (et je suis sympa). Ce qui bien entendu n’arrivera pas, tous les parents sont électeurs.

Dans la foulée, comme le souligne Lisa Hirsig dans son excellente analyse, l’Ecole ne se donne plus comme mission la transmission des savoirs qui nous ont forgés, mais la lutte contre les inégalités. Comme on ne pouvait pas faire progresser les médiocres (qu’on qualifie pudiquement d’élèves défavorisés) on s’est employé à faire régresser les bons. Et on y est arrivé. Un expert-éducation de l’OCDE, commanditaire du classement PISA, fait cet aveu stupéfiant dans Le Monde : « La forte baisse des résultats des élèves les plus favorisés entre 2015 et 2025 est presque une bonne nouvelle. »

À l’image de Marine Tondelier, beaucoup de jeunes adultes sont titulaires de diplômes Potemkine. Mais comme elle, ils ne savent pas d’où ils viennent et n’ont pas les armes pour penser le monde où ils vivent. Demain, ils feront tourner le pays. Et ça, ça fait peur.


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