Tour Eiffel: soumission à tous les étages?

La tour Eiffel était encore fermée hier après-midi pour cause de colère du personnel. Contrairement à l’autre Dame de fer, Margaret Thatcher, la nôtre plie à la première sommation.
Pourquoi ? La tour était interdite samedi aux femmes (pour les chiens, on ne sait pas), à l’occasion de la visite d’une délégation du BAPS, congrégation religieuse hindoue qui m’a l’air passablement rigoriste et pas trop regardante sur les droits de l’homme (et de la femme). Les membres de la secte étaient reçus en grande pompe pour l’inauguration d’un temple hindou à Bussy-Saint-Georges, en Seine-et-Marne. Treize jours de festivités colorées et de parades folkloriques sont programmés. Pour la visite du 3ᵉ étage de la tour Eiffel, ils ont demandé qu’on épargne à leur gourou de 93 ans[1] toute interaction avec des femmes.
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Cette demande était déjà culottée, mais le pire, c’est que la Société d’exploitation de la tour Eiffel (SETE), c’est-à-dire la mairie de Paris, s’est exécutée et a demandé aux salariées de se faire discrètes. Colère du personnel, grève sauvage, mea culpa de la direction, excuses de la congrégation religieuse qui nie avoir fait cette requête, enquête… Mais cette anecdote est significative. Et si Sa sainteté, quel que soit son titre, voulait visiter le Louvre, couvrirait-on tous les lolos dénudés ? Notez qu’il y a une sorte de précédent : on a pratiquement accepté de n’envoyer au Louvre Abou Dabi que des tableaux convenables (pas de juifs, pas de femmes nues), ce qui exclut une grande partie de l’art européen. Il est vrai que l’Italie a fait encore mieux en voilant des statues pour la visite de je ne sais plus quel Iranien.
Si sur le principe, on peut me suivre, on me dit que la diplomatie n’est pas un festival de vertu droit-de-l’hommiste. Je ne suis pas angélique. Business is business. Quand on veut vendre des milliards d’armement aux Saoudiens et aux Qataris, c’est vrai qu’on ne leur envoie pas des filles en minijupes. Et on ne propose pas non plus un transsexuel comme ambassadeur à Téhéran. Mais entre realpolitik et soumission, il y a une différence.
J’aimerais savoir pourquoi les pouvoirs publics se plient en quatre pour cette organisation religieuse. D’accord, des emplois et nos fructueuses relations avec l’Inde sont en jeu. Mais, sérieusement, annuleraient-ils vraiment le projet ou des contrats si Sa grandeur le gourou avait vu un minois féminin ? C’est nous qui accueillons leur temple, cela devrait être en toute logique à eux de nous dire merci, me semble-t-il.
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Qu’on ne veuille pas indisposer nos partenaires commerciaux, d’accord. Renier ce qu’on est pour leur faire plaisir, non seulement c’est indigne, mais cela ne marche pas. Tu viens voir la tour Eiffel, tu viens voir la France, donc des femmes libres. C’est peut-être même pour cela que tu viens à Paris ! Et c’est non négociable. D’ailleurs, il y a une règle valable pour les relations amoureuses, humaines et étatiques : on ne respecte que ceux qui savent dire non.
Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio
Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Jacques Cardoze
[1] Mahant Swami Maharaj, actuel guide spirituel de l’organisation hindoue BAPS (Bochasanwasi Akshar Purushottam Swaminarayan Sanstha), soutien du Bharatiya Janata Party du Premier ministre Modi NDLR




