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Midterms: et si la messe n’était pas dite…

L’analyse de Gerald Olivier, auteur de "Sur la route de la Maison Blanche" et "Cover up"


Midterms: et si la messe n’était pas dite…
Le président Donald Trump s'exprime lors d'un rassemblement de campagne au Rock Hill Sports and Event Center, le jeudi 29 octobre 2026, à Rock Hill, en Caroline du Sud. © Alex Brandon/AP/SIPA

Donald Trump, à qui un échec cuisant est promis aux élections du 3 novembre, fait campagne chaque jour et espère conserver le Sénat.


A croire certains observateurs et les médias américains, une « vague bleue »  va submerger l’Amérique le 3 novembre prochain. Par  « vague bleue » il faut comprendre un vote massif pour les Démocrates, le bleu étant la couleur symbolique de ce parti, à l’occasion des élections de mi-mandat. L’affaire est entendue. Les électeurs Républicains sont invités à ne même pas faire l’effort de se déplacer aux urnes. C’est peut-être d’ailleurs le but de la manœuvre ! Car, en vérité, cette vague annoncée n’est en aucun cas garantie. Le raz de marée pronostiqué pourrait s’avérer n’être qu’une vaguelette. De nombreuses incertitudes demeurent concernant ces élections, alors même que dans certains Etats, le vote par anticipation a déjà commencé. La seule certitude est que ce scrutin aura un impact majeur sur la seconde moitié du mandat de M. Trump et même déjà sur l’élection présidentielle de 2028.

Enjeux des élections de mi-mandat

En jeu, le renouvellement de la Chambre des Représentants (435 sièges), le renouvellement de 35 sièges de Sénateurs sur 100, ainsi que l’élection de 36 gouverneurs d’Etat. Plus, et on l’oublie souvent, le renouvellement de milliers de sièges de législateurs au sein de chaque Etat, ainsi que de membres de commissions locales, autant d’anonymes de la politique américaine à l’influence considérable.

Bien évidement les médias concentrent leur attention sur le Congrès (Chambre des Représentants plus Sénat) ainsi que sur quelques initiatives populaires soumises à référendum, histoire de prendre la température politique du pays.

Actuellement, le parti Républicain dispose de la majorité au Congrès – ils ont 220 élus à la  Chambre contre 215 pour les Démocrates et 53 sénateurs contre 47. Cette majorité, bien que très étroite, a permis au président Trump de mener sa politique sans trop d’entraves. Ce sont surtout les juges fédéraux – nommés à leur poste par des présidents passés – qui ont tenté de bloquer par la voie judiciaire ses différents décrets ainsi que divers aspects des lois votés par le Congrès. Tout cela pourrait changer si les Républicains perdent leur majorité. C’est le principal enjeu de ce scrutin. Les Démocrates sont convaincus qu’ils vont reprendre la Chambre, où il ne leur manque que trois sièges, sur 435. Mais ils espèrent surtout remporter le Sénat. Pour cela il leur faut gagner quatre sièges. En cas d’égalité 50-50, le vice-président JD Vance pourrait apporter le vote décisif en faveur des Républicains. Les Démocrates doivent donc avoir 51 sièges ou plus pour contrôler ce cénacle…

Un Congrès à majorité démocrate signifierait le contrôle des commissions, et de l’agenda législatif par le parti Démocrate et donc non seulement le blocage des initiatives de l’administration mais potentiellement la mise en place de multiples commissions d’enquêtes sur Trump, ses collaborateurs, ses proches et sa famille, comme cela a déjà été le cas entre 2017 et 2024…

Deux exceptions historiques

Historiquement une telle victoire n’aurait rien de surprenant. C’est un fait établi de la politique américaine depuis plus d’un siècle que le parti qui occupe la Maison Blanche est sanctionné par les électeurs lors des « midterms ». Sur les 50 derniers scrutins c’est arrivé 48 fois. Soit à chaque fois depuis 1926, sauf en 1934 et en 2002, deux circonstances exceptionnelles. En 1934 le pays était au plus profond de la grande dépression et les espoirs de tous reposaient sur la « nouvelle donne » du président Roosevelt, élu deux ans plus tôt et perçu comme l’homme providentiel. En 2002 le pays était encore sous le choc des attentats du 11 septembre 2001 et s’était rallié au président Bush et à sa guerre contre le terrorisme.

En 2026 le pays est certes en guerre contre le régime islamique d’Iran, mais loin d’unifier le pays, ce conflit le divise et divise même le camp présidentiel. L’économie se porte plutôt bien (la Fed devrait annoncer un taux de croissance annuel de 3,5% pour le troisième trimestre 2026) mais les Américains ne voient toujours pas se concrétiser le « nouvel âge d’or » annoncé par Donald Trump dans sa campagne de 2024 et son discours d’investiture de 2025. Au contraire l’inflation persiste, notamment dans le secteur de l’énergie et le prix du carburant à la pompe reste anormalement élevé, du fait des conflits au Moyen Orient et en Ukraine. Beaucoup d’observateurs s’attendent donc à ce que les électeurs, y compris certains au sein du camp Républicain, sanctionnent l’administration pour ces difficultés. D’autant qu’elles résultent en partie du choix délibéré du président d’affronter militairement le régime islamique d’Iran, alors qu’il avait promis de ne pas déclencher de nouvelles guerres…  D’ailleurs la côte de popularité de Donald Trump est au plus bas et ne cesse de baisser. Selon le site Real Clear Politics qui offre une synthèse des différents sondages disponibles, Donald Trump bénéficie de 38% d’opinion favorables contre 50% en janvier 2025.  Sur des sujets spécifiques, tels l’immigration ou la criminalité, 44% seulement des Américains approuvent sa politique, alors même que les améliorations intervenues sur ces questions depuis son élection sont indéniables. Mais cette côte tombe à 35% pour la politique étrangère, 34% pour l’économie et même 27% pour l’inflation. Or l’économie est supposée être l’un de ses points forts.  

Depuis 1945, seuls deux présidents ont affronté les « midterms » de leur second mandat avec une côte de popularité plus basse : le Démocrate Harry Truman en 1950 et le Républicain George W. Bush en 2006. Tous deux ont perdu la majorité dont ils disposaient au Congrès, avec un recul d’une trentaine de sièges à la Chambre et six sièges au Sénat.

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Or en 2026, les Républicains n’ont que trois sièges d’avance à la Chambre et trois au Sénat. Le scrutin s’annonce donc comme difficile et défavorable aux Républicains et à Donald Trump. Mais il n’est pas joué d’avance. De nombreuses incertitudes subsistent qui laisse l’espoir aux Républicains de conserver, au moins, le contrôle du Sénat.

Première incertitude, la fiabilité des sondages. Tous sont favorables au parti Démocrates, mais l’histoire récente démontre qu’ils se trompent souvent et peuvent parfois être littéralement à côté de la plaque. Aucun sondage n’avait prévu la victoire de Trump en 2016 ! Au contraire tous avaient annoncé l’avènement historique d’une première femme président des Etats-Unis…En 2024 un sondage présidentiel fait à la veille du scrutin avait donné Kamala Harris vainqueur dans l’Iowa avec trois points d’avance sur Donald Trump. Au final, c’est Trump qui a remporté cet Etat avec treize points d’avance (55,7% contre 42,5). La chaine CNN, qu’on ne peut pas accuser d’être « pro-Trump », rappelait récemment, via son analyste politique Harry Enten, que lors de quatorze des seize derniers scrutins électoraux, les sondages avaient sous-estimé le score des candidats Républicains de quatre points en moyenne. En clair si un sondage donne le candidat Démocrate en tête de seulement deux ou trois points, il est probable qu’il soit battu. Actuellement les sondages donnent le candidat Démocrate aux sénatoriales en tête de moins trois points dans sept Etats (Alaska, Iowa, Kansas, Maine, Michigan, Ohio, Texas). Six de ces sièges sont actuellement détenus par des Républicains, et le basculement de quatre d’entre est nécessaire pour donner la majorité sénatoriale aux Démocrates…  Non seulement les Démocrates pourraient ne pas renverser ces quatre sièges, mais ils pourraient en perdre un, au Michigan…  

Un redécoupage défavorable aux Démocrates ?

Deuxième incertitude, le redécoupage électoral. L’année 2026 a vu une double révolution dans le dessin des circonscriptions électorales. Cela compte pour les électons à la Chambre des Représentants et pour les assemblées d’Etat.

Dans un premier temps, la Cour Suprême a limité le recours aux critères raciaux dans le tracé des circonscriptions. En clair dessiner, là où cela est possible, des circonscriptions à majorité noire pour garantir l’élection d’un Noir, en général sous l’étiquette démocrate, c’est fini. Dans les Etats du Sud (Texas, Louisiane, Mississippi, Alabama etc.) cela peut signifier un ou deux sièges perdus pour les Démocrates par Etat ! Dans un deuxième temps les législatures de plusieurs Etats ont redessiné leur carte électorale, pour tenir compte, à la fois de la décision de la Cour Suprême et de l’évolution démographique. Habituellement ce genre de redécoupage se fait une fois par décennie, à la publication du nouveau recensement.  Sur l’ensemble du territoire américain ces redécoupages, effectués avec une volonté délibérément partisane, représentent une quinzaine de sièges consolidés pour les Républicains. Sachant que les Démocrates espèrent gagner une vingtaine de sièges à la Chambre, ces deux incertitudes suffisent à contrecarrer leurs ambitions.

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Troisième incertitude, le vote par correspondance et l’obligation de présenter une pièce d’identité pour pouvoir voter. Sur ce sujet Donald Trump n’a pas obtenu tout ce qu’il souhaitait. Ses volontés étaient inscrites dans une nouvelle loi, le SAVE Act, «Safeguard American Voter Eligibility » Act, qui aurait imposé de fournir une preuve de citoyenneté américaine pour toute inscription sur les listes électorales. Mais cette loi n’a pas été votée à temps. Elle est passée à la Chambre en février (218 voix contre 213) bien que tous les Démocrates aient voté contre, mais elle n’a pas passé le Sénat où une majorité de 60 voix était requise… Néanmoins des restrictions sur le vote par correspondance et l’obligation de montrer une pièce d’identité pour voter ont été mises en place dans plusieurs Etats, dont le New Hampshire et l’Ohio, deux Etats où se tient un scrutin sénatorial serré. Moralité, l’intégrité électorale a été renforcée localement et la capacité des Démocrates à favoriser les votes illicites est plus limitée que par le passé.

Des candidats sulfureux

Quatrième incertitude, l’impact des candidats radicaux issus des « Démocrates Socialistes Américains » sur l’électorat Indépendant et les Démocrates plus modérés. 2026 a vu l’émergence de dizaines de candidats issus de l’aile la plus extrême du parti Démocrate à la faveur de leur victoire lors des primaires qui mobilisent toujours l’électorat le plus radical. C’est comme cela que Alexandria Occasio Cortez put être élue au Congrès en 2018, que Zohran Mandani est devenu maire de New York en 2025 et qu’un certain Abdul Rahman al Sayed est devenu le candidat Démocrate au siège de sénateur du Michigan…

Abdul El-Sayed et son épouse.

Officiellement, M. Al Sayed ne se revendique pas « Démocrate Socialiste » mais ses positions sont tout aussi extrêmes que les leurs, et il revendique en prime un engagement propalestinien décomplexé, une proximité familiale avec l’islamisme et l’organisation des Frères Musulmans. Ce pédigrée a pu plaire aux électeurs radicaux de la primaire Démocrate, il n’est pas acquis qu’il plaise à l’électorat le plus large. Et al Sayed, candidat au Sénat, n’est que le plus visible de dizaines de candidats extrémistes qui pourraient se voir rejeter…

Cinquième incertitude, la participation. Historiquement ce sont toujours les électeurs les plus insatisfaits qui se rendent aux urnes. Cette tendance traditionnelle favorise les Démocrates, dont les militants sont remontés à bloc contre Trump, ses tarifs douaniers, sa guerre contre l’Iran, son hégémonie sur l’hémisphère occidentale, son blocage de l’immigration sauvage, sa lutte contre le « wokisme » au sein de la fonction publique américaine, et autres… Mais en face, il y a le camp MAGA que Trump s’efforce de mobiliser. Depuis début octobre, le président américain sillonne le pays profond, à raison de trois réunions publiques par jour, principalement dans des Etats Républicains, pour soutenir les candidats républicains et préserver l’élan populaire qui l’a ramené à la Maison Blanche voici deux ans. Déçus ou pas par les événements de 2026, les électeurs de Donald Trump croient encore en lui et ne sont pas décidés à le lâcher. Ils savent que lorsqu’il quittera la Maison Blanche et se retirera de la politique, les Etats-Unis se retrouveront, comme sous Joe Biden, sous la menace d’un avenir aussi sombre que celui de la… France. Car, ce scrutin passé, les Etats-Unis entreront dans le crépuscule des années Trump et la préparation de l’élection présidentielle de 2028. Si l’aile radicale du parti Démocrate se sent galvanisée par des résultats favorables, elle redoublera d’effort pour envoyer à la Maison Blanche, non plus un « Sleepy Joe », mais une « Kalamity Kamala »…

Sur la route de la Maison Blanche

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Cette analyse a d’abord été publiée sur le blog de Gerald Olivier.



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est un journaliste franco-américain, éditeur du blog "France-Amérique, le blog de Gérald Olivier" et auteur en 2013 de "Kennedy le Temps de l'Amérique" aux éditions Jean Picollec

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