Poupées sans visage et quartier sans musique: drôle d’ambiance à Roubaix. En annulant le festival de musiques électroniques NAME dans sa ville, le lfiste David Guiraud cèderait-il à des pressions communautaires religieuses?
Le maire LFI de Roubaix David Guiraud annule un festival de musique électro. Quand le maire RN de Castres annule une représentation théâtrale qui lui déplait idéologiquement[1], tout le monde hurle, à raison. Quand c’est un maire insoumis, on peut certes trouver quelques articles, y compris dans Télérama, fait notable[2], mais ça ne prend pas. La cancel culture de gauche, ce n’est pas grave.
On croyait les Insoumis amis de la teuf et des cultures jeunes. En juin, ils votaient contre la loi RIPOST qui durcit la répression des free-parties. Et non. La XXème édition du festival NAME[3] n’aura pas lieu. Créé par la Franco-sénégalaise Fanny Bouyagui et le département du Nord, il a lieu au Pile, l’un des quartiers les plus pauvres de France.
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Cet été, le nouveau maire a demandé un moratoire. Motif ? « Les habitants n’y participent pas, ne s’y sentent pas les bienvenus, et les nuisances sont devenues invivables. » L’édile parle même de « mépris politique et social » ce qui enrage évidemment Mme Bouyagui qui rappelle qu’elle travaille avec 150 écoles.
Soyons honnêtes : les nuisances sont certainement réelles mais comme le tweete une Roubaisienne, chez elle les nuisances c’est toute l’année: « Cris, musique à fond, rodéos, trafics, consommation de crack dans l’espace public. Et notre quartier, conclut-elle, ne peut pas être déprogrammé » …
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Peut-être mais il n’est pas scandaleux d’écouter les habitants, me rétorquerez-vous. La politique est la recherche de l’équilibre entre intérêt général et intérêts particuliers. Le riverain n’a pas tous les droits. Sinon, il faut aussi annuler la messe du Pape prévue le 26 septembre place de la Concorde qui va compliquer la vie des Parisiens. Et tous les concerts en plein air qui empêchent toujours quelqu’un de dormir. Si ce festival se tenait dans les beaux quartiers de Paris, je vous fiche mon billet que M. Guiraud le défendrait en hurlant.
Il prétend avoir écouté les habitants. Lesquels ? Il a reçu lors d’une réunion trois hommes et une élue. En quoi sont-ils légitimes ? En réalité, ces fanfreluches participatives me semblent être le cache-sexe du clientélisme. On se souvient que David Guiraud défendait les commerçants vendant des poupées sans visage dans sa ville, car conformes à l’islam le plus rigoriste…
C’est l’éléphant dans la pièce. L’histoire qu’on refuse de nous raconter dans cette affaire. La Condition publique, le bâtiment qui accueille le NAME festival, abrite aussi une importante mosquée salafiste (3000 places). Deux des sept mosquées de Roubaix sont d’ailleurs situées dans ce fameux quartier du Pile, qui semble donc être particulièrement islamisé. Certains habitants n’apprécient peut-être guère le spectacle de jeunes gens des deux sexes écoutant la musique du diable, dansant, buvant et plus si affinités ? Quand M. Guiraud dit que les habitants ne participent pas à NAME (amalgame éhonté, il ne leur a pas demandé à chacun), il valide à son corps défendant l’existence d’une incompatibilité culturelle. Et il confirme au passage que, dans certains quartiers de France, le grand remplacement n’est pas un fantasme.
Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio
Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale au micro de Jacques Cardoze à 8 heures.
[1] « Passeport » d’Alexis Michalik NDLR
[2] https://www.telerama.fr/musique/a-roubaix-le-name-festival-deprogramme-et-accuse-de-mepris-politique-et-social-par-la-mairie-7032729.php
[3] Nord Art Musique Electronique NDLR
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