Le peuple, cette priorité oubliée

Une leçon de l’AfD ? Ce coup de tonnerre est à analyser. Quand on scrute un événement traumatisant, il perd sa nuisance pour souvent se muer en enseignement. Magdebourg, « nouvel épicentre de l’extrême droite européenne », selon le journal Le Parisien, fait de la région de Saxe-Anhalt un laboratoire que la majorité de ses habitants désirent appréhender comme une renaissance.
Raison garder
Pour être angoissé par cette victoire, on a le droit cependant de garder raison et de ne pas prendre intégralement l’avancée de l’AfD, dans le climat actuel de l’Allemagne et malgré la déconfiture du chancelier Merz, pour le retour de l’hitlérisme dans toute son horreur.
L’Histoire ne repasse jamais les mêmes plats et le propre de sa totale imprévisibilité est qu’elle peut surprendre favorablement même les plus pessimistes d’entre nous. Puis-je faire référence à un sondage d’auditeurs, le 7 septembre, sur Sud Radio – aux antipodes de l’extrême droite –, qui, à 90 %, ont déclaré ne pas s’émouvoir du succès de l’AfD !
On peut laisser les politologues nous expliquer les raisons identitaires, politiques et sociales de cette éclatante progression de l’AfD – nostalgie de l’Allemagne de l’Est, immigration, faiblesse du pouvoir central, déclassement –, mais je voudrais insister sur un point pas si dérisoire que cela : l’apparence. Le leader de l’AfD, Ulrich Siegmund, n’avait pas une tête de « néo-nazi » et son amabilité, son sourire, son urbanité, sans contradiction avec la dureté du fond et du projet, n’ont pas été pour rien dans le score du parti.
J’espère que Jean-Luc Mélenchon ne s’en inspirera pas et qu’il continuera, par son hostilité ostensible à l’égard de tous ceux qui n’appartiennent pas à son camp extrême, à décourager quiconque de le rejoindre ! À l’évidence, il hait même ceux qu’il devrait convaincre.
L’AfD, ou l’art de parler au peuple ?
Mais, pour m’attacher à l’essentiel, un propos de Linda, dans l’article du Parisien, assistante sociale de 32 ans, dit tout au sujet de l’AfD : « Pour la première fois, j’ai l’impression qu’un candidat a fait de son peuple une priorité. »
Cette pensée est capitale : elle vise, dans le programme comme dans la forme, à persuader le peuple qu’on a véritablement changé de registre, qu’on ne se contente plus de l’invoquer comme un mantra et que la préoccupation fondamentale de la politique – pour gagner comme pour durer – sera de répondre effectivement à ses attentes en apaisant ses plaies. C’est ce qu’affirme à sa manière cette citoyenne allemande.
Sur le plan national, à l’occasion de cette campagne présidentielle, qui parviendra à transmettre le message selon lequel le peuple sera « vraiment une priorité » ? Pas seulement dans les propos, en façade, mais dans tout ce qui relève de l’organisation, de l’imagination et de l’invention. Par exemple, Bruno Retailleau nous présente une équipe de campagne très estimable, mais absolument pas accordée à un humus démocratique qui s’est lassé des mêmes têtes, des professionnels répétitifs et d’une vague qui est incapable de faire croire, par sa seule existence, qu’elle va engendrer du renouveau. Geoffroy Didier !!!
Aucune dérision à l’encontre de nos responsables politiques. Ils doivent composer avec un système démocratique qui est devenu l’art de retarder indéfiniment l’appel au peuple, de noyer les référendums nécessaires envisagés sous une avalanche bureaucratique et de convaincre le citoyen que s’occuper de ce qui le regarde serait un crime. Pour agir, il faudra d’abord détruire tous ces écrans importuns traduisant, en état de droit, en langage noble, les raisons de notre impuissance. Est-il impossible de retenir la leçon de Linda, ce seul enseignement de l’AfD ?




