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« J’sais pas j’étais pas née »

Le regard libre d’Elisabeth Lévy


« J’sais pas j’étais pas née »
Capture LCI.

«J’ai pas de souvenir…»: face à Darius Rochebin qui l’interrogeait sur LCI sur les présidents de la Ve République, l’écologiste Marine Tondelier était gênée et a vécu un grand moment de solitude


Comme prévu le classement PISA est catastrophique. En réalité c’est un effondrement français, européen et occidental. Pour notre pays, on n’a pas besoin d’études internationales pour connaître l’étendue du désastre. Il suffit d’écouter Marine Tondelier interrogée par Darius Rochebin.

Pompidou ?
– J’ai pas de souvenirs, pas de trucs marquants à dire sur lui en tant que citoyenne, électrice.
La croissance, le développement, l’industrie ?
– Bah vous ça vous a marqué apparemment
– Giscard ?
– Bah moi il me fait penser à Macron.

Comme l’observe mon ami Amine El-Khatmi, cette grande féministe n’est même pas fichue de citer l’IVG pour Giscard. Le reste est à l’avenant. Son couplet convenu sur De Gaulle se conclut par « des comme lui, on n’en a plus ! » – quelle profondeur de jugement. Sarkozy c’est très mal et, de Chirac, ce qui l’a marquée, c’est « Mangez des pommes », c’est-à-dire une phrase prononcée par la marionnette de Chirac aux Guignols. Et elle ignore évidemment que Pompidou est le premier à avoir parlé de risque environnemental. D’accord, moi aussi je l’ignorais et je l’ai appris dans un post de Raphaël Doan, mais notez que je n’aspire pas à diriger la France. À moins bien sûr que des pressions amicales….

Marine Tondelier est pré-candidate à la magistrature suprême mais ne sait rien sur ses prédécesseurs. Avec un argument massue (et particulièrement significatif) : J’sais pas, j’étais pas née. On croyait que la politique consistait à s’inscrire dans une généalogie, à penser qu’il y a quelque chose de plus grand que soi qui nous a précédé et nous survivra. Pas pour Tondelier. Son seul horizon c’est ce qu’elle a vécu. Heureusement qu’on ne l’a pas interrogée sur Napoléon ou Du Guesclin – pour le dernier, je ne suis pas sûre qu’elle connaisse le nom.

Sans surprise, les réseaux sociaux ont été pris d’un immense éclat de rire : vacuité, naufrage, néant vertigineux, elle prend cher. Pour ma part, j’ai de la peine pour elle.

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Marine Tondelier ne sait même pas qu’elle ne sait pas. Elle est doublement victime: de la destruction de l’école et du mensonge sur cette destruction. Si j’en crois Wikipédia, Tondelier a fait une hypokhâgne et obtenu un diplôme de Sciences Po Lille. L’Etat lui a fait croire (à elle et ses parents) qu’elle était armée pour appartenir à l’élite. Tout comme il délivre chaque année le bac et le droit d’aller à la fac à des ados qui ne maîtrisent pas leur langue et ignorent qui est Pompidou et ne parlons pas de Montaigne.

La recette bien connue de ce désastre est une bouillie de lâcheté et d’idéologie, dont le résultat est : exigence minimale, bienveillance maximale. On a remplacé la verticalité – un maitre un élève, un qui enseigne, l’autre qui apprend. Ne les vexons pas avec des mauvaises notes. La seule bienveillance, c’est la vérité qui commencerait par annoncer que, désormais, il n’y aura pas plus de 60 % de reçus au bac (et je suis sympa). Ce qui bien entendu n’arrivera pas, tous les parents sont électeurs.

Dans la foulée, comme le souligne Lisa Hirsig dans son excellente analyse, l’Ecole ne se donne plus comme mission la transmission des savoirs qui nous ont forgés, mais la lutte contre les inégalités. Comme on ne pouvait pas faire progresser les médiocres (qu’on qualifie pudiquement d’élèves défavorisés) on s’est employé à faire régresser les bons. Et on y est arrivé. Un expert-éducation de l’OCDE, commanditaire du classement PISA, fait cet aveu stupéfiant dans Le Monde : « La forte baisse des résultats des élèves les plus favorisés entre 2015 et 2025 est presque une bonne nouvelle. »

À l’image de Marine Tondelier, beaucoup de jeunes adultes sont titulaires de diplômes Potemkine. Mais comme elle, ils ne savent pas d’où ils viennent et n’ont pas les armes pour penser le monde où ils vivent. Demain, ils feront tourner le pays. Et ça, ça fait peur.


Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Sud Radio



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Fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur. Journaliste, elle est chroniqueuse sur CNews, Sud Radio... Auparavant, Elisabeth Lévy a notamment collaboré à Marianne, au Figaro Magazine, à France Culture et aux émissions de télévision de Franz-Olivier Giesbert (France 2). Elle est l’auteur de plusieurs essais, dont le dernier "Les rien-pensants" (Cerf), est sorti en 2017.

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