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Rentrée en berne dans les écoles françaises

... et lendemains qui déchantent


Rentrée en berne dans les écoles françaises
Discours de rentrée du ministre Édouard Geffray, Lycee Arago, Paris 12e, 25 août 2026 © Jeanne Accorsini /SIPA

Les propositions pour l’école des candidats du bloc central à l’élection présidentielle ne sont pas de nature à inverser la courbe des résultats scolaires français de plus en plus décevants


Dernière minute !
Le dernier classement PISA, évaluant les connaissances des élèves de 15 ans en mathématiques, sciences et lecture, est tombé ce 8 septembre. Et les résultats de la France montrent un effondrement inexorable du niveau scolaire : en mathématiques, – 16 points par rapport à 2022 et – 35 points par rapport à 2015 ; en lecture, respectivement – 18 et – 43 points ! 40 points équivaut à deux années d’apprentissage selon Eric Charbonnier, analyste à la direction de l’éducation et des compétences de l’OCDE. Occupant la 27ème place, l’hexagone parvient toutefois à se maintenir dans le premier tiers du classement, mais loin derrière la Chine qui caracole en tête, talonnée par Singapour et Macao. RA

En cette période de rentrée, assombrissant la joie habituelle de début d’année, une ombre plane sur les esprits de nombreux Français : celle de la facture. En effet, pour équiper un enfant, il faut débourser au minimum 400 €, soit environ 15 % du salaire mensuel moyen, estimé à 2 700 € [1]. Pour les parents d’un élève entrant en CP, la facture atteint même 450 €, et les dépenses annuelles liées à la scolarité avoisinent les 1 300 €.

Beaucoup de familles ont déjà réduit leur budget de rentrée de 10 % et se tournent vers la seconde main pour acheter fournitures scolaires, cartables ou vêtements [2]. Selon un sondage Elabe, 80 % des Français déclarent se « serrer la ceinture » à cause de l’inflation, a fortiori au mois de septembre [3].

Le naufrage éducatif de l’ère Macron

Au-delà des difficultés économiques, le système éducatif français traverse une crise profonde qui s’est aggravée sous le mandat d’Emmanuel Macron. Le président a de fait interdit l’instruction en famille, privant les parents du choix de scolariser leurs enfants à la maison, et a renforcé dans les écoles les « groupes de niveau », un dispositif qui creuse les inégalités. En 2022, il avait promis une revalorisation annuelle de 10 % des salaires des enseignants, mais cette mesure n’a jamais été appliquée, les augmentations n’ayant pas dépassé les 4 % [4]. L’épuisement professionnel touche des milliers d’enseignants et aujourd’hui 3 000 postes ne sont pas pourvus. Lorsqu’un professeur est absent pour maladie ou pour raisons personnelles, il est rarement remplacé : un cours sur deux est tout simplement annulé.

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Conséquence logique, le niveau des élèves plonge irrémédiablement, comme en témoignent les résultats des derniers classements TIMSS, PISA (mathématiques et sciences) et PIRLS (capacité de lecture en primaire), où la France occupe les dernières places. Le Conseil d’évaluation de l’école, créé par M. Macron en 2019, s’est également révélé inutile. Cet organe indépendant devait évaluer la qualité de l’éducation et proposer des réformes. Mais en sept ans d’existence, aucune de ses conclusions n’a eu d’impact réel sur les politiques éducatives. En avril, l’un de ses membres, le géographe Jacques Lévy, a démissionné en expliquant qu’il était « impossible d’atteindre les objectifs fixés » [5].

Parmi les candidats à l’élection présidentielle, certains partagent l’approche d’Emmanuel Macron et considèrent sa politique éducative comme un succès. MM. Glucksmann, Attal et Philippe, qui présentent leurs programmes comme une « rénovation » du système, ne proposent en réalité qu’un ravalement du même modèle : contrôle des établissements, ségrégation scolaire et même, dans certains cas, remplacement des enseignants par des algorithmes.

Et demain ? Les propositions des candidats Attal et Glucksmann

Dès l’annonce officielle de sa candidature, Raphaël Glucksmann a promis d’« éradiquer tous les extrémismes politiques » [6]. Le candidat de centre gauche entend investir dans l’éducation autant que dans la défense, sans toutefois préciser comment il financera ces dépenses, alors que la dette publique atteint un niveau record de 3536 milliards d’euros soit 117% du PIB. Son programme ne contient pas de chiffres concrets mais, signe de continuité avec le président actuel, sa coordination est assurée par Marguerite Cazeneuve, ancienne conseillère sociale d’Emmanuel Macron [7]. Renonçant à éduquer les jeunes, le leader de Place Publique propose de les occuper par l’instauration d’un service civique obligatoire de dix mois non rémunéré : en pleine période de développement et d’apprentissage, les jeunes gens seraient envoyés dans des maisons de retraite, des parcs ou des associations. Cette tendance à l’exploitation des jeunes dans leurs meilleures années n’est du reste pas sans rappeler le projet du révolutionnaire Michel Le Peletier de Saint-Fargeau, à qui Jaurès lui-même reprochait de « livrer les enfants aux maîtres de la production ». Celui-ci en effet, sous prétexte de « façonner une conception nouvelle de la vie », voulait faire travailler les enfants dès 12 ans dans des ateliers nationaux.

Gabriel Attal, ancien ministre de l’Éducation nationale, veut quant à lui instaurer un « choc des savoirs », une réforme qu’il avait déjà tenté de lancer, mais avait dû suspendre après la dissolution de l’Assemblée nationale en juin 2024. Aujourd’hui, le candidat centriste promet de la remettre en œuvre intégralement et de renforcer la ségrégation scolaire : les élèves faibles suivraient des cours avec les faibles, les plus forts avec les plus forts, une organisation qui ne ferait qu’ancrer les inégalités et créer des tensions entre les élèves. Par ailleurs, M. Attal souhaite rendre le brevet obligatoire pour accéder au lycée. C’est l’idée de « brevet couperet » : tout élève qui échouerait à cet examen verrait se fermer les portes de l’enseignement secondaire. Pour ces derniers, Attal a esquissé la création de « prépas-seconde » dont on ne voit guère où elles mèneraient ni à quoi elles serviraient à part perdre une année. Or, en 2025, 15 % des candidats ont échoué au brevet, soit 120 000 jeunes qui, avec ce nouveau système, se retrouveraient sans aucune perspective de poursuite d’études [8].

L’école arbitraire et post-humaine de Philippe

Édouard Philippe affirme lui vouloir mener une réforme scolaire « sans précédent depuis 140 ans », c’est-à-dire depuis Jules Ferry [9]. Philippe souhaite faire du chef d’établissement un « véritable patron », pour ne pas dire un shérif, lui donnant le droit de modifier les programmes, de licencier des enseignants et d’imposer des restrictions à sa guise. Si un enfant tombe sur un directeur autoritaire, qui décide de durcir les règles ou de raccourcir les récréations, il n’y aura aucun recours possible : les parents perdraient tout droit de regard sur la vie scolaire.

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Pour accélérer l’apprentissage, le centriste veut supprimer les disciplines artistiques à l’école primaire : plus de dessin, plus de musique, plus de projets, seulement la lecture, l’écriture et le calcul. L’école cesserait d’être un lieu d’épanouissement pour devenir le royaume du par cœur. Enfin, la grande « innovation » du chef d’Horizons est un « service universel de soutien scolaire » destiné à chaque élève, qui remplacerait les enseignants par des assistants IA. En 2024, la France a déjà lancé une expérimentation avec la plateforme MIA pour la préparation aux examens, pour un coût de 2 millions d’euros. Étendre ce dispositif à tout le pays multiplierait de manière significative le coût de cette mesure. L’algorithme proposerait des exercices et évaluerait les résultats de l’enfant. Mais, bien évidemment, une machine ne remplacera jamais un enseignant, a fortiori pour des élèves en difficulté ayant perdu leur confiance en eux et leur motivation. Il fonctionne sur un modèle standardisé, percevant uniquement le résultat final sans analyser les erreurs. Un professeur, lui, remarquerait que l’élève bute sur une règle précise ou a besoin de temps pour assimiler et adapterait son approche. L’intelligence artificielle, elle, se contente d’enchaîner les exercices. Or, apprendre sans comprendre n’est qu’une assimilation formelle de connaissances qui est insuffisante pour former de jeunes esprits, condamnant les générations futures au conditionnement et à l’ignorance.

Au terme de dix ans de présidence Macron, le constat des parents est sans appel : les réformes se soldent par de nouvelles restrictions, des dépenses supplémentaires et des résultats de plus en plus décevants. Les annonces de Glucksmann, Attal et Philippe plaident pour la même politique éducative, qui traite les enfants, c’est selon, comme une ressource gratuite, du bétail à trier, voire un problème à régler. Dans leurs programmes, l’école est un atout optimal pour l’État mais pas pour l’avenir des petits Français.


[1] https://www.bfmtv.com/pratique/finances-perso/rentree-scolaire-quel-budget-par-enfant-selon-son-age_AN-202608200457.html

[2] https://theconversation.com/allocation-de-rentree-scolaire-ce-que-les-familles-modestes-font-de-cet-argent-289931

[3] https://www.bfmtv.com/economie/economie-social/sondage-bfmtv-pres-de-8-francais-sur-10-se-serrent-la-ceinture-le-pouvoir-d-achat-doit-etre-la-priorite-d-emmanuel-macron-pour-eux_AN-202608260538.html

[4] https://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2027/article/2026/08/24/presidentielle-2027-edouard-philippe-veut-augmenter-de-20-la-remuneration-moyenne-des-enseignants-sur-un-quinquennat_6755790_6205049.html?srsltid=AfmBOopEmBla9FHnbUjyZzzcF2EOf7K8GF_MjhYeBmD9hyRlUgElCeCC

[5] https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/04/28/evaluation-du-systeme-scolaire-sept-ans-apres-sa-mise-en-place-questions-persistantes-autour-d-une-politique-phare-d-emmanuel-macron_6683878_3224.html?srsltid=AfmBOop-EUY69VanvB8aCvtL2Oev4wvZG5UA7CLr_aPK8-uavg4iClFD

[6] https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/08/23/raphael-glucksmann-annonce-etre-candidat-a-l-election-presidentielle-dans-le-cadre-de-la-primaire-organisee-avec-le-parti-socialiste_6754507_823448.html?srsltid=AfmBOorStXXjWAEb-aFCBCmLbAJF92Y-HnZKM2kK41JB-ArDYsUMUvmN

[7] https://www.franceinfo.fr/politique/raphael-glucksmann/soutiens-sondages-programme-sur-quoi-s-appuie-la-candidature-de-raphael-glucksmann-qui-lance-sa-campagne-pour-la-presidentielle-2027_8153303.html

[8] https://www.vousnousils.fr/2026/02/27/15-des-eleves-nont-pas-obtenu-le-brevet-au-cours-de-la-session-2025-701035

[9] https://www.bfmtv.com/politique/horizons/presidentielle-2027-edouard-philippe-proposera-une-refonte-massive-de-l-ecole-la-plus-importante-peut-etre-depuis-jules-ferry_AD-202607050311.html



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Raphaëlle Auclert est spécialiste d’histoire slave. Elle enseigne à l’Institut catholique d’Etudes supérieures de La Roche-sur-Yon.

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