Au lendemain de la publication du classement PISA, état des lieux du niveau scolaire dans les principaux pays développés de la planète, nous aurions grand tort de bomber le torse. S’il y a une chose – une seule – qui prospère en France, c’est bien l’ignorance. Voilà ce que nous révèle l’implacable palmarès. Et de tous les échecs – si nombreux – du président Macron après dix années de pitoyables services, celui-ci est de loin le plus cuisant, le plus dramatique et le plus impardonnable.
L’ignorance donc, chez nous, caracole. Ce n’est pas nouveau. Dès 1980, Paul Guth publiait chez Albin Michel un petit livre, Lettre ouverte aux futurs illettrés, avec en exergue ce constat désabusé : « Autrefois, les illettrés étaient ceux qui n’allaient pas à l’école, aujourd’hui ce sont ceux qui y vont ». L’année précédente, l’historien et homme de télévision Alain Decaux lançait lui aussi un cri d’alerte sous la forme d’un long article publié dans le Figaro Magazine : « On n’enseigne plus l’histoire à nos enfants. » Dès les années 60, le linguiste Étiemble s’inquiétait du dépérissement galopant de notre langue au profit d’une anglicisation, ou plutôt une américanisation qui allait inéluctablement aboutir à ce que nous subissons aujourd’hui dans nos échanges quotidiens, le triomphe de ce que l’auteur appelait « le sabir Atlantique ».
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Il n’est sans doute pas inutile de préciser que la gauche n’était pas encore au pouvoir en France lorsque ces cris d’alerte étaient lancés et ces constats accablants mis sur la table.
Depuis, le désastre en ces domaines n’a fait que croître et embellir. L’ignorance serait donc le point fort des acquis de l’instruction publique à la française. Avec une conséquence à laquelle on ne prête pas suffisamment attention. L’ignorance est le fumier sur lequel l’obscurantisme et les superstitions – toutes les superstitions – prospèrent. Claude Lévi-Strauss le notait déjà au début des années 1990. Plus le savoir et la maîtrise du raisonnement reculent, plus prospèrent les fausses certitudes, les feintes vérités toutes faites, prêtes à l’emploi, à la fois terriblement pernicieuses et formidablement confortables. Elles sont le refuge commode où les cerveaux impréparés à l’acquisition des savoirs, à la connaissance, à la capacité d’analyse et de critique, et donc incapables de poser clairement les limites entre le certain, le probable et le douteux (la définition même du philosophe donnée par l’Encyclopédie des Lumières) vont trouver à se gaver des anesthésiantes pilules que savent si bien dorer les marchands de dogmes à deux balles dont le commerce est aujourd’hui aussi florissant qu’il a pu l’être dans les temps les plus reculés de l’histoire de l’humanité.
« Nous savons maintenant que les civilisations sont mortelles » constataient amer et lucide Paul Valéry dans un texte célèbre de 1919. Eh bien, nous savons, ici et maintenant, clairement quel sera le fossoyeur de la nôtre, de civilisation : l’ignorance, tout simplement.

