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Etats-Unis: la radicalisation n’a plus de camp exclusif

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Dans un courrier de revendication adressé à ses proches avant son passage à l’acte, le tireur de la soirée des correspondants de presse indiquait qu’il voulait s’en prendre à tous les responsables de l’administration Trump, à l’exception de Kash Patel, le directeur du FBI. Il chargeait le président américain: «Je ne suis plus disposé à permettre à un pédophile, un violeur et à un traître de me salir les mains de ces crimes». Détails. 


Le 25 avril, vers 20h25, dans la grande salle de bal du Washington Hilton – ce même hôtel où Ronald Reagan avait failli laisser la peau en 1981, l’Amérique mondaine et médiatique prenait son bain de glamour. Robes du soir, smokings, salade de petits pois et burrata, des milliers de convives en train de trinquer à la « liberté de la presse » quand les premiers coups de feu ont claqué près du point de contrôle de sécurité.

Friendly Federal Assassin

Donald Trump, assis à la table d’honneur aux côtés de Weijia Jiang, présidente de l’Association des correspondants de la Maison-Blanche, a été évacué en urgence par le service de protection présidentielle. Melania a blêmi, les journalistes se sont jetés sous les tables, un agent a encaissé une balle en pleine poitrine – arrêtée net par son gilet pare-balles. Quelques minutes plus tard, le tireur gisait au sol, torse nu, menotté : Cole Tomas Allen, 31 ans, ingénieur mécanique sorti de Caltech en 2017, développeur indépendant de jeux vidéo (il a réalisé notamment un titre non violent nommé Bohrdom) et tuteur pour étudiants en prépa.

Le tireur Cole Tomas Allen arrêté par les forces de sécurité, à l’hôtel Washington Hilton. DR.

Ce que l’on sait, grâce aux premiers éléments de l’enquête et au texte envoyé à sa famille quelques minutes avant l’acte, est d’une clarté glaçante. Allen se présente comme le « Friendly Federal Assassin[1] ». Il vomit sur les « politiques » de l’administration Trump, cite les frappes américaines contre les bateaux de trafiquants de drogue dans le Pacifique oriental et, sans jamais nommer le président, reprend le lexique de la haine dominante : pédophile, violeur, traître. Pas de manifeste délirant à la Unabomber, pas de réseau, pas de cellule. Un loup solitaire, « individu très malade » et « taré » selon les propres mots de Trump, qui avait tout préparé : train Amtrak depuis la Californie via Chicago, réservation d’hôtel plusieurs jours à l’avance, étude des failles de sécurité. Aucun antécédent judiciaire à Los Angeles County. Ses anciens camarades de lycée ou d’université, stupéfaits, le décrivent comme un « génie borderline », « super stable », « le plus gentil de l’équipe ». Le genre de type dont on dit, après coup : « On ne l’aurait jamais vu venir. »

La soirée reprogrammée

Le dîner des correspondants – ce raout annuel où la presse de Washington, si prompte à dénoncer Trump le reste de l’année, se pavane en smoking avec le pouvoir s’est achevé dans la panique et l’annulation pure et simple. L’événement sera reprogrammé dans un mois.

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Trump, a tenu une conférence de presse depuis la Maison-Blanche deux heures plus tard. Il a salué le professionnalisme du service de protection présidentielle, ironisé sur ce « métier dangereux » qu’est celui de président, et relancé, une fois de plus, son projet de grande salle de bal sécurisée sur les pelouses de la Maison-Blanche : « Ce qui s’est passé hier soir est exactement la raison pour laquelle nous avons besoin d’une grande salle de bal sûre et sécurisée. »

Les complotistes sont de sortie

Et puis, fidèle à la liturgie américaine de la violence politique, les théories du complot ont jailli avant même que le sang ne sèche. Sur X (ex Twitter) et Bluesky, les accusations de « mise en scène », d’« opération sous faux drapeau » et les sweat-shirts IDF (armée israélienne) imaginaires ont inondé la toile. L’attentat aurait été monté pour justifier la salle de bal souhaitée à la Maison Blanche, gonfler les sondages, détourner l’attention de l’Iran ou de l’affaire Epstein… Comme si la réalité, un surdoué californien radicalisé par des années de rhétorique déshumanisante était trop banale, trop embarrassante pour être vraie. Ces théories ne naissent pourtant pas du vide. Elles prospèrent sur une défiance structurelle, nourrie par des années de narratifs officiels qui se sont effondrés les uns après les autres : le Russiagate, l’ordinateur de Hunter Biden, l’origine du Covid, les émeutes de 2020 qualifiées de « largement pacifiques ». Quand les institutions et la grande presse ont passé leur temps à traiter les sceptiques de complotistes pour mieux cacher leurs propres manipulations, il ne faut pas s’étonner que, face à un attentat anti-Trump, une partie de l’Amérique refuse d’emblée le récit du « loup solitaire ». C’est la rançon d’une crédibilité perdue.

C’est là que l’analyse se fait impitoyable. Car le vrai scandale, ce n’est pas l’acte d’un déséquilibré. C’est la promptitude avec laquelle une partie de l’opinion refuse le récit le plus évident : celui d’un homme nourri pendant des années à la détestation institutionnelle de Trump. Les formules qu’Allen reprend dans son texte ne sont pas sorties de son cerveau malade. Elles ont été martelées pendant une décennie dans les colonnes du New York Times, sur CNN, dans les tweets de stars et les discours de campagne. Quand on répète à longueur d’antenne qu’un adversaire politique n’est pas un rival mais un monstre existentiel, un danger pour la démocratie, un violeur en série, il arrive qu’un esprit fragile tire la conclusion logique. Avec une balle plutôt qu’un bulletin de vote.

3e tentative d’assassinat

Le service de protection présidentielle a fait son boulot : le président est vivant, Cole Tomas Allen a été immédiatement maîtrisé, inculpé et placé en détention fédérale. Il restera incarcéré en attendant la suite de la procédure. Pas de second Butler. Mais l’image restera gravée : ce dîner censé célébrer le quatrième pouvoir s’est terminé dans les cris, les tables renversées, le vin par terre et les menottes. L’Amérique, à force de polarisation, ne sait plus distinguer le débat de l’exécution. Et le contexte est lourd : Trump a déjà échappé à trois tentatives d’assassinat, tandis que la violence politique fait rage des deux côtés : assassinat de Charlie Kirk, de la députée démocrate Melissa Hortman et de son mari. La radicalisation n’a plus de camp exclusif, mais elle a désormais un visage précis quand elle vise le président. Cole Allen n’est pas un héros tragique. C’est un paumé certes brillant qui a choisi la violence plutôt que la parole. Ses motivations tiennent en quelques lignes de haine froide. Et cette haine n’est pas née dans le vide : elle est le fruit direct d’une culture de la détestation absolue que la gauche médiatique et culturelle a patiemment construite, brique après brique, depuis 2016. Comme l’a rappelé Karoline Leavitt, porte-parole de la Maison-Blanche, « les mensonges délirants et les calomnies contre le président, sa famille et ses partisans ont conduit des gens fous à croire des choses folles, et ils sont inspirés à commettre des violences à cause de ces mots ». Tant qu’on refusera de le reconnaître, les loups solitaires continueront à naître de la parole publique déchaînée. 


[1] Sympathique assassin fédéral NDLR

«Plante ton slip»: l’Ademe perpétue sans le savoir une tradition plus que millénaire

Cette semaine, 29 slips en coton biologique sont enterrés dans les sols de jardins de la merveilleuse ville de Nantes dirigée par Johanna Rolland. Le but? Mesurer la biodiversité des sols en observant l’état de dégradation du tissu après deux mois passés sous terre…


Il existait jadis dans les cours royales d’Europe une figure à part entière : le fou du roi. Couvert de grelots, armé de sa marotte, il pouvait absolument tout se permettre. Se livrer aux facéties les plus folles, se gausser du roi, de la reine, de tous les grands qui fréquentaient la cour: princes, cardinaux, maîtresses royales. Il pouvait railler les décisions royales, dauber sur les guerres, sans craindre la moindre sanction. Son privilège était absolu, sa pension assurée. On le supportait.

On riait jaune. On grinçait un peu des dents. On haussait les épaules, mais on le finançait. De grands universitaires ont étudié le phénomène de façon extensive tant il est fascinant[1]. L’histoire des bouffons est une caractéristique commune à bien des régimes autoritaires. Déjà, dans l’Égypte de la 6e Dynastie, des Pygmées étaient employés à cet effet sous le règne du pharaon Neferkare. En Mésopotamie, on retrouve l’aluzinnu ( 𒇽 𒀭 𒍪), un bouffon de cour décrit comme « un divertisseur intellectuel qui entre dans un dialogue ludique », contradicteur autorisé des puissants. La tradition impériale chinoise a laissé une longue tradition de bouffons. Le plus célèbre d’entre eux étant probablement You Zhan qui servit la dynastie Qin au troisième siècle avant notre ère. On en retrouve aussi chez les Aztèques, en Afrique, en Inde, en Perse, au Japon et même dans l’islam.

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Leurs fonctions étaient peu ou prou identiques

Ils permettaient d’humaniser les tyrans. D’offrir du souverain une image d’opprimé et de désavantagé par le biais du rire et de la dérision. Le titre formel de bouffon lui conférait une irresponsabilité informelle essentielle. Il était irresponsable dans le sens où il n’avait pas de pouvoir de décision. On pouvait – et on devait- l’écouter, rire avec lui, rire de lui mais in fine, son poste ne l’autorisait à aucun engagement. Ses fonctions étaient celles donc celles d’une soupape permettant d’évacuer la pression liée à l’autoritarisme du régime et d’un conseiller, parfois d’un oracle.

Aujourd’hui, l’Ademe est le fou du roi de la transition écologique

La transition écologique ne peut se faire que de façon autoritaire contre l’avis des peuples. L’écologie est punitive ou ne sera pas. [2]

Tous les artifices pour contourner la démocratie l’ont été: Décrets plutôt que débats parlementaires, ou Convention Citoyenne sur le Climat.
car on ne peut sans contrainte forte amener nos concitoyens à passer d’une émission annuelle per capita de 11,0 T/an à 2,o T/an comme c’est expressément prévu sans user de contrainte. Interdire la viande, les voitures et les pavillons individuels, ce n’est pas simple à faire passer. Dans ce contexte, d’autoritarisme, il était donc logique que l’on retrouve l’utilité d’un fou du roi. Rassurez-vous : c’est fait! Dotée d’un budget dépassant le milliard d’euros annuel, dont cent sept millions pour entretenir sa propre cour de plus de mille bouffons salariés, l’Agence de la transition écologique promène ses grelots d’une campagne de communication à l’autre avec la sérénité des institutions assurées de leur pérennité. Elle s’est un jour préoccupée de la fréquence de lavage de nos sous-vêtements. Elle conseille désormais de les enterrer.

La ville de Nantes, laboratoire exemplaire du progressisme vert, s’est aussitôt emparée de l’aubaine. Le 22 avril 2026[3]  la maire Johanna Rolland a lancé l’opération « Plante ton slip » dans les parcs de sa ville. Un slip blanc, de préférence bio, enterré à quinze centimètres de profondeur, exhumé en juin, exposé en septembre.

Cependant, la rigueur scientifique est sacrifiée au profit de la communication

Soyons honnêtes : le protocole original n’est pas sans fondement. La méthode repose sur un indicateur empirique simple : la dégradation du coton par les micro-organismes du sol. Le coton, constitué à 95 % de cellulose, offre aux bactéries et champignons un substrat carboné de choix, assez facilement assimilable.

Cependant, il est regrettable que cette opération de sensibilisation des esprits à la biodiversité échappe à toute rigueur scientifique. En effet, celle-ci supposerait un exposé préalable des caractéristiques du matériel utilisé. Là, un cruel manque d’information entache irrémédiablement le résultat du test.

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L’ADEME sacrifiant au ludique, a omis de préciser l’état de propreté initial du sous-vêtement. En effet la science doit reprendre ses droits : la dégradation du coton par les bactéries n’est pas indépendante de la population microbienne déjà présente dans le textile au moment de l’enfouissement. Sans compter l’appétence de toute la mésofaune composée de collemboles, acariens ou enchytréides. Ces petites bêtes dédaigneront de la cellulose pure, mais ne resteraient pas indifférentes à d’appétissantes traces organiques. Un slip fraîchement lavé au savon de Marseille, quasiment stérilisé par le lave-linge à 60°C, présente un inoculum négligeable. Un slip plus généreux en histoire personnelle contient un écosystème susceptible de biaiser significativement les courbes de dégradation.

Il faudrait donc, dans tout protocole sérieux, distinguer au moins quatre catégories:

  • Catégorie 1 :  slip vierge de toute aventure biologique, lavé, séché, plié,
  • Catégorie 2 : slip ayant accompli un usage raisonnable, enrichi d’une microflore personnelle diversifiée,
  • Catégorie 3 : slip usagé conformément aux préconisations de l’ADEME en termes de fréquence de lavage,
  • Catégorie 4 : slip que la décence et la bienséance interdisent de décrire plus outre dans un article de cette qualité.

La vraie question n’est pas de savoir si les sols nantais sont vivants. L’Ademe dispose du budget, du logo, du communiqué de presse et de l’impunité. Nul ne tique quand, sans vergogne, elle annonce à grands cris une opération aussi stupide que ridicule. Sauver la planète est un slogan permettant de justifier toutes les inepties. Et personne ne critique, car critiquer serait remettre en cause le dogme de l’origine anthropique du réchauffement climatique.

Là est le génie de la posture (ou de l’imposture)

Le fou du roi médiéval était protégé pour sa bouffonnerie assumée.
Le fou institutionnel du XXIe siècle se protège par l’onction écologiste.
Touchez à ses grelots et vous serez donc climatosceptique, donc « carbofasciste »[4].

Un milliard d’euros. Des slips dans la terre. Une exposition à la rentrée. Et s’il manque un peu partout de fonctionnaires qui fonctionnent (personnel de santé, enseignants, policiers ou gardiens de prison), on trouvera toujours à justifier les postes de ceux qui ne fonctionnent pas. On disait autrefois que le ridicule tuait. Désormais, c’est bien fini : il a obtenu un poste permanent avec prime d’ancienneté.


[1] Beatrice Otto Fools Are Everywhere University of Chicago Press -2001.

[2] James Lovelock (scientifique, théoricien de Gaïa) : « Even the best democracies agree that when a major war approaches, democracy must be put on hold for the time being. I have a feeling that climate change may be an issue as severe as a war. It may be necessary to put democracy on hold for a while. » Source : The Guardian, 29 mars 2010. Traduction : « Même les meilleures démocraties conviennent qu’à l’approche d’une grande guerre, il faut mettre temporairement la démocratie entre parenthèses. Je pense que le changement climatique est peut-être un enjeu aussi grave qu’une guerre. Il sera peut-être nécessaire de suspendre la démocratie pendant un certain temps.»

« Il nous faut une dictature écologiste pour sauver la planète » Pentti Linkola, militant écologiste finlandais.

[4] Le site Greenpeace de mars 2026 donne cette définition : « les carbofascistes freinent les politiques destinées à lutter contre le changement climatique, relativisent la responsabilité humaine dans le changement climatique en cours, voire la nient de façon ostentatoire, et attaquent directement les scientifiques. »

Edouard Philippe: au boulot et au Boulin!

On connaitra vraisemblablement plus vite les résultats de l’élection présidentielle que les circonstances précises de la mort de Robert Boulin en 1979. A moins que… Le pôle « cold case », au parquet de Nanterre, pourrait s’emparer de l’affaire du suicide du ministre du Travail RPR.


De bon poil, quand il se rase chaque matin, il doit y penser : « Et si en mai 2027 j’étais élu président de… » L’ancien Premier ministre Edouard Philippe n’en fait pas mystère, l’Élysée est son but.

Amateurs de polars

En conséquence, le maire du Havre et leader du parti Horizons, a constitué une équipe solide pour battre la campagne, avec notamment Gilles Boyer, son ancien conseiller spécial lorsqu’il était à Matignon, aujourd’hui député européen, délégué général de Horizons et membre influent de la commission des investitures.

A lire aussi, Dominique Labarrière: Affaire Boulin: l’autre hypothèse

Robert Boulin. DR.

Mais Boyer n’est pas seulement le bras droit d’Edouard, il lui prête parfois sa plume, pour écrire des livres à quatre mains. Les deux comparses ont déjà signé deux polars, tramés sur un canevas politique, L’heure de vérité en 2007 et Dans l’ombre en 2011. En solo Boyer a également publié un livre sur l’attentat du Petit-Clamart, où le général de Gaulle aurait pu perdre la vie le 22 août 1962. Et aujourd’hui, il s’intéresse à… Robert Boulin.

Un nouveau livre très attendu

Boulin, c’est ce ministre (du gouvernement Barre, sous Valery Giscard d’Estaing) qu’on a retrouvé mort le 30 octobre 1979 dans un étang de la forêt de Rambouillet. L’affaire Boulin est à la Ve République ce que l’affaire Gregory est à la famille Villemin, une histoire sans fin, avec de vrais faux rebondissements. Bref, la mort de Boulin est-elle un assassinat maquillé en suicide, ou au contraire, un vrai suicide que certains ont intérêt à faire passer pour un assassinat ? Gilles Boyer enquête. Très sérieusement. Il a épluché le dossier judiciaire, il s’est rendu dans le Sud-Ouest, à Libourne, ville dont Boulin fut maire, a rencontré une dame qui jeune femme fut la maîtresse de Chaban-Delmas, très proche de Boulin. Alors quelles vérités Boyer pourrait-il faire remonter à la surface de l’étang de Rambouillet, susceptibles d’éclabousser les institutions de la Ve ?

Une chose semble acquise : le livre doit sortir chez Lattès avant l’élection présidentielle.

Les femmes de Loosdrecht et la mairie en colocation (non choisie)

A Loosdrecht aux Pays-Bas, la mairie de la commune a été remplacée par un centre pour migrants. La plupart des habitants se rebellent.


Aux Pays-Bas, la révolte anti-migrants gronde dans un village propret qui a vu sa mairie réquisitionnée pour accueillir une centaine de jeunes demandeurs d’asile. Des habitants de Loosdrecht, aux bords du lac du même nom, ne comptent pas se laisser faire pour autant. Les femmes y sont en première ligne dans le combat, assurent-elles, pour la sécurité de leurs filles. C’est que Monsieur le maire vient de céder au diktat de l’État d’héberger dans « sa » mairie des « demandeurs d’asile masculins, jeunes et non accompagnés ».

Trois soirées de heurts

Des mots comme autant de chiffons rouges dans un pays où de jeunes et faux réfugiés maghrébins et syriens, dont les chances d’obtenir l’asile politique sont quasi nulles, jouissent d’une réputation exécrable. Non seulement du fait de leurs nombreux larcins et comportements agressifs envers les contrôleurs des transports publics, mais aussi pour leur attitude machiste envers de jeunes Néerlandaises.

Loosdrecht, situé à une trentaine de kilomètres au sud d’Amsterdam, avec quelque neuf mille habitants, était déjà mécontente de perdre son indépendance administrative pour être incorporée dans la ville, pas si voisine, d’Hilversum. Voir leur mairie, désormais inoccupée, destinée à l’accueil de jeunes indésirables était le pied-de-nez de trop pour ce village plutôt huppé situé dans le « cœur vert » de la Hollande, région jalousement protégée contre l’urbanisation galopante de l’ouest du pays.

Pendant trois soirées consécutives1, des villageois, avec des renforts pas forcément désirés de jeunes ultras vêtus de noir venus d’ailleurs, ont vainement tenté de prendre d’assaut la mairie de tous les malheurs. La police antiémeute a parfois été attaquée avec de lourds pétards, même si la grande majorité du millier de manifestants du premier soir criait sa colère pacifiquement. Au village, on a très mal pris que le ministre de la Justice traite leurs jeunes de « racailles ».

A lire aussi: «Le remplacisme est un ennemi implacable du temps»

Samedi 25 avril, des villageoises ont pris le relais et juré de continuer leur combat jusqu’à ce que le maire libéral-conservateur retire son projet. Elles étaient quelques centaines2, et les hommes ont été priés de se borner à des encouragements en marge du cortège. À Loosdrecht aussi, le nom de Lisa était sur toutes les lèvres, celui de la jeune fille de 17 ans, assassinée l’été dernier alors qu’elle se rendait à vélo à son domicile dans un village près d’Amsterdam. Un demandeur d’asile nigérian, hébergé dans un centre d’accueil, qui n’a rien fait pour empêcher ses chasses nocturnes de femmes, a avoué le meurtre, ainsi qu’un viol et une tentative de viol quelques jours plus tôt. « Plus de cent jeunes hommes venus d’on ne sait où, groupés au centre du village, avec toutes nos filles qui passent devant la mairie en se rendant à l’école, au lac ou aux terrains de sport ? On nous prend pour qui ? », a fulminé une manifestante interrogée par les médias locaux.

Rétropédalage

Devant la colère populaire, le maire a commencé à rétropédaler. La centaine de jeunes sera réduite à une bonne soixantaine et l’accueil ne sera que temporaire, pour quelques mois seulement, selon l’édile, qui n’a pas daigné rencontrer les manifestants. Les villageois savent cependant que les promesses des autorités néerlandaises de réduire les flux migratoires se sont avérées autant de mensonges au fil des ans3. Les gouvernements précédents ont tous connu une fin précoce du fait de désaccords internes sur une politique migratoire sévère pourtant souhaitée par la grande majorité de la population.

Ces derniers jours, monsieur anti-immigration, Geert Wilders, a perdu le peu de crédibilité qui lui restait en la matière. Au Sénat, son Parti pour la liberté a voté contre un projet de loi visant à restreindre le regroupement familial, au motif qu’il n’irait pas assez loin. Il était clair cependant que M. Wilders voulait se venger d’avoir été exclu du nouveau gouvernement dirigé par le libéral Rob Jetten. Tambouille politique qui donne la nausée aux Néerlandais, dont le mépris pour leurs dirigeants bat tous les records…

A lire du même auteur: Pays-Bas: Wilders victime d’un puputsch

Elus traités de « collabos »

La révolte des femmes de Loosdrecht, qui, en matière d’agit-prop, pourraient suivre l’exemple de leurs sœurs françaises de Némésis, sera-t-elle couronnée de succès ? Dans d’autres villes et villages prévus pour accueillir des migrants, des maires jugent désormais plus prudent d’enterrer les projets devant la fureur, la violence et les menaces contre les élus traités de « collabos ». La question migratoire pourrit ainsi de plus en plus la vie dans de petites communes rurales, qui accueillent cependant à bras ouverts des réfugiés ukrainiens, loués pour leur adaptation à la vie locale. À Loosdrecht, la petite communauté ukrainienne s’est solidarisée avec la résistance contre l’« usurpation » de la mairie. « Ce sont des chrétiens, ils se comportent de façon exemplaire », a affirmé une manifestante sommée de s’expliquer sur les relents de racisme dénoncés par quelques bien-pensants.

Dans la petite ville d’IJsselstein, au sud de Loosdrecht, la maire a également réuni la population contre elle en enjoignant le club de foot IJFC de céder un terrain à la construction d’un centre de réfugiés. Temporaire, bien sûr… Tollé, manifestations, nouvelles visites des « gars en noir » avec leurs pétards, banderoles avec des textes douteux comme : « Pas de brebis berbères sur nos pelouses »… Présent à IJsselstein et à Loosdrecht, un reporter du journal de droite De Telegraaf a joué les Cassandre : « Ceux qui sont élus par le peuple jouent avec le feu s’ils cessent de représenter ce même peuple. »


  1. https://www.nrc.nl/nieuws/2026/04/24/drie-dagen-gewelddadig-protest-in-loosdrecht-tegen-komst-azc-die-incompetente-burgemeester-heeft-dit-er-gewoon-op-eigen-titel-doorheen-gedrukt-a4926274 ↩︎
  2. https://www.ad.nl/binnenland/honderden-vrouwen-in-loosdrecht-vreedzaam-de-straat-op-asielplan-moet-van-de-baan~a8f7dbec/?slug_rd=1 ↩︎
  3. https://www.telegraaf.nl/opinie/roderick-veelo-politiek-speelt-met-vuur/147187941.html ↩︎

Comment Boualem Sansal est devenu indésirable

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L’Académicien songe à quitter la France. Le petit monde des lettres se mobilise beaucoup plus facilement pour pétitionner contre Bolloré, que contre les condamnations grotesques de l’Algérie, déplore notre chroniqueur.


Le petit monde des Lettres, réduit au cercle germanopratin de la « gauche halal » et de quelques suiveurs mondains, est idéologiquement prêt à mettre au pilon les livres déviants. Ces censeurs ne tolèrent aucun blasphème. Ils rejoignent ceux qui menacent, ce lundi, d’enterrer le rapport du député Charles Alloncle (369 pages) sur l’audiovisuel public. 

Professionnels du rappel à l’ordre

C’est ainsi que Boualem Sansal, qui alerte sur l’islamofascisme importé dans une France angélique, est devenu indésirable aux yeux des sectaires. La pétainisation des consciences molles a contaminé les professionnels du rappel à l’ordre. Ils en sont à exclure les rares insolents qui persistent à dénoncer la colonisation insidieuse de la France et son effacement identitaire. Jean Raspail, Renaud Camus, Richard Millet ont été les premières cibles des dénégationnistes. Les jobards s’attendrissent devant le salafisme des « mal aimés » et occultent ses desseins subversifs. Ces gens-là, qui hurlent en meute, trahissent la France littéraire. Elle est née, ironie de l’histoire, de la Chanson de Roland (XIe siècle) qui opposait les Francs chrétiens aux Sarrasins d’Espagne.

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Les collaborateurs du nouvel occupant ont un air de famille avec ceux des années 1940. Ils en sont à épouser, contre le Soljenitsyne de l’islam qu’est Sansal, les accusations de la dictature algérienne. La caste parisienne, identifiable à son immodestie verbeuse et ses lâchetés de salon, n’a pas osé non plus pétitionner contre la justice algérienne. Elle a condamné par contumace Kamel Daoud, le 21 avril, a trois ans d’emprisonnement et 5 millions de dinars pour son livre Houris (prix Goncourt 2024), publié en France mais qui violerait la « Charte pour la paix et la réconciliation nationale ». Qui a entendu les « autrices et auteurs Grasset », mobilisés contre Vincent Bolloré, appeler à résister à la terreur totalitaire de Tebboune et de ses valets français ?

L’ « intelligentsia » de Saint-Germain-des-Prés fait honte. Son conformisme populophobe et snobinard accompagne un monde qui s’écroule, faute d’emprise sur les réalités et d’empathie pour les Français oubliés. 

Paris, c’est fini ?

Certes, les écrivants, lyncheurs d’écrivains, peuvent se flatter d’avoir eu la tête de Boualem Sansal. Ecœuré par les attaques suscitées par sa décision de quitter Gallimard, qui l’avait mollement défendu durant sa détention arbitraire en Algérie, celui qui a été naturalisé français en 2024 par Emmanuel Macron a déclaré vendredi à l’AFP, alors qu’il s’apprêtait à être intronisé par l’Académie royale de Belgique : « La France, c’est fini pour moi. Il me reste quelques mois à tirer dans ce pays. Puis je me tire. » Il a précisé, au Figaro, qu’il n’en voulait pas aux Français, « adorables » avec lui, mais à « une poignée d’oligarques de la pensée, de petits dictateurs de bureau ». Il explique : « On me fait passer pour un criminel, il faut que je m’évade. C’est pire que la dictature en Algérie. Ils sont en train d’exercer sur moi une dictature de la pensée, parce qu’ils veulent me faire taire, me faire peur ». 

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Il a dit vouloir rejoindre la Belgique ou la Suisse. Sansal a tort de vouloir abandonner la France qui lui a beaucoup donné. Sa place est au cœur de la résistance. Il en est un acteur majeur.

Néanmoins, Sansal aura réussi à dévoiler, outre les dangers de l’islam conquérant, les procédés répugnants des épurateurs.

La révolution des oubliés

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Il y a un admirable Donald Trump…

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À nouveau visé par une tentative d’assassinat, le président américain impressionne par son sang-froid lors du dîner des correspondants de la Maison-Blanche – comme lors de l’attaque de Butler survenue en Pennsylvanie durant la campagne électorale.


Le carnage qui aurait pu résulter de l’incroyable délire meurtrier de ce démocrate déréglé, s’il n’avait pas été appréhendé avant la commission du pire, est encore tout près de nous. Et, à nouveau, le président des Etats-Unis a été admirable de maîtrise et de sang-froid.

Impérieuse solitude

En effet, il faut se résoudre à accepter qu’il y a un Donald Trump dominant, infiniment discutable, et un Donald Trump attaqué, souhaité mort ou blessé, qui est admirable.

Les évènements dramatiques qui à plusieurs reprises ont révélé à la fois des failles de sécurité et le caractère courageux de Donald Trump sont trop constants dans l’enseignement qu’on peut en tirer pour que la psychologie ne s’en mêle pas.

Le président américain, à partir du moment où il peut s’abandonner à l’expansion de soi-même, avec la certitude en partie vraie qu’il est le maître du monde, ne se sent tenu par aucune limite et, malgré la présence d’adversaires sur le plan des rapports de force et de la géopolitique, il a tout loisir de cultiver cette impérieuse solitude à partir de laquelle il appréhende l’univers et tous les autres.

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Derrière les voltes multiples, parfois dans la même journée, engendrées par les fluctuations soit d’un bateleur commerçant soit d’un tacticien hors pair désorientant l’ennemi par des variations insaisissables, il y a toujours le même message : je suis le meilleur.

Et le réel n’est fait que de lui.

Sans forfanterie

Alors que l’irruption brutale et tragique d’une réalité, qu’il est obligé de considérer puisqu’elle visait à le faire disparaître, lui, paradoxalement le remet en état de lucidité, de rationalité, et fait surgir des qualités impressionnantes de tranquillité, de mesure, de courage sans forfanterie, d’équilibre. Comme si, soudain, l’homme ordinaire était tout étonné de se retrouver vivant en avouant qu’il n’imaginait pas que présider était un métier si dangereux.

Il paraît que Donald Trump était prêt, malgré cette terrifiante alerte, à continuer la soirée comme si de rien n’était mais les forces de sécurité en ont décidé autrement. A entendre certaines analyses le dimanche 26 avril, on avait presque l’impression que le président américain avait organisé ce drame pour pouvoir en profiter ! Une telle approche relevait de l’obscène !

Le sûr, en revanche, est qu’il y a un Donald Trump suscitant l’admiration. Quand le risque, le danger, la menace de mort le contraignent à sortir de soi et à affronter autre chose que la pure ivresse, ici efficace, là erratique, de soi.

Aucune inconditionnalité ne doit lui être appliquée : pas plus celle de la détestation que celle du dithyrambe !

L'Heure des crocs - De CNews et du délit d'opinion

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Kamel Daoud au pays des âmes muettes

Le manque de solidarité face à la condamnation absurde et liberticide de l’écrivain par la justice algérienne est choquante. En crachant sur la France, en utilisant des relais complaisants dans l’hexagone, la dictature de ce pays entend imposer l’oubli sur la décennie noire, et intimidider toute voix critique.


Quel contraste, entre le tapage médiatique auquel se sont livrées nos belles âmes de l’élite intellectuelle voilà quelques jours à peine alors en révolte de pacotille contre une péripétie purement managériale de congédiement, et l’assourdissant silence qui entoure aujourd’hui le véritable attentat contre la liberté de penser, d’écrire, auquel est en train de se livrer la dictature algérienne.

Paix et réconciliation

Ce qui tient de justice désormais dans ce pays – justice politique, s’entend – vient de condamner l’écrivain francophone Kamel Daoud à trois ans de prison ferme et cinq millions de dinars d’amende pour avoir publié en 2024 un livre, Houris, qui, d’ailleurs, considéré comme « meilleur livre de l’année » se vit couronné de notre prestigieux prix Goncourt. Or, l’ouvrage n’a pas l’heur de plaire aux autorités algériennes. Celles-ci ont en effet concocté une loi radicalement liberticide, pompeusement rangée sous le vocable de « charte pour la paix et la réconciliation ». En vérité, il s’agit ni plus ni moins que d’interdire au peuple algérien, où qu’il se trouve, d’avoir accès à la connaissance de ce qui s’est réellement passé durant les années noires qu’a traversées le pays et qui ont fait des milliers et des milliers de morts, des milliers et des milliers de disparus. Interdit donc en premier lieu à tout écrivain, tout historien de se pencher sur ce passé et d’en rendre compte si peu que ce soit.

Voilà ce qui est évidemment reproché à Kamal Daoud, son roman étant une plongée à vif dans la réalité de ce temps-là. D’où la condamnation survenue la semaine dernière.

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On l’aura bien compris. Il n’est question que de s’en prendre avec la dernière rigueur à un auteur qui, en France, au pays de Voltaire, Diderot, Camus, Sartre, a écrit – en français- et fait publier – chez Gallimard – un livre qui n’a jamais pu être lu en Algérie puisqu’il y est interdit (Les éditions Gallimard ayant même été refoulées d’une manifestation culturelle autour du livre à Alger).

Le silence gênant de Saint-Germain-des-Prés

En réponse cette ignominie, que se passe-t-il ? Se mobilise-t-on dans les milieux dits intellectuels, chez les écrivains de référence pour clamer son indignation ? Pétitionne-t-on en foule afin de manifester son soutien au confrère Kamel Daoud ? Pond-on et publie-t-on quelque manifeste pour proclamer que, au moins chez nous, au pays où le mot liberté est gravé au fronton de nos mairies, rien n’est plus cher, justement, que cette liberté ? Liberté de penser, liberté de dire, liberté de dénoncer. Non, il ne se passe rien ou presque rien. Comme si à l’instar de ce que prône le système politico-culturel mis en place outre Méditerranée on pouvait tranquillement accepter l’idée, assez monstrueuse en soi, que le fait d’écrire puisse être assimilé à un crime.

Un proverbe chinois, dit-on, affirme que le poisson pourrit toujours par la tête. Chez nous, ce serait donc par la tête pensante, celle de nos prétendues élites intellectuelles, que nos valeurs fondamentales partiraient en charogne.

L’obscurantisme se lève sur une nation lorsque les cavaliers blancs de la pensée se pervertissent en âmes muettes, et que la tombe de la liberté se referme sans qu’un pleur de ceux-là ne soit versé.

Houris

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LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Iran: lire la guerre

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Face à une volonté lente, souterraine et continue, l’Occident hésite, commente et moralise.


La guerre avec l’Iran n’est pas seulement un épisode géopolitique : elle est une déchirure dans le voile des illusions européennes, un rappel brutal que le monde n’a jamais cessé d’être tragique, quand bien même nous avions cru pouvoir l’administrer comme un dossier, le moraliser comme un sermon, le pacifier comme une fiction. Depuis les frappes américaines et israéliennes du 28 février 2026, quelque chose s’est rouvert — non pas une crise, mais une vérité : celle d’un monde où l’on combat encore, où l’on pense en termes de puissance, de durée, de victoire, et non de réparation ou de culpabilité.

Une guerre d’usure ?

L’Iran ne frappe pas seulement : il persiste, il infiltre, il délègue. Il agit par ses relais, ses ombres, ses fidélités anciennes. Il est patient comme le désert, obstiné comme une prière. Et ce que l’Europe ne comprend pas — ou feint de ne pas comprendre —, c’est précisément cette logique : celle d’un temps long, d’une stratégie qui ne cherche pas à convaincre, mais à tenir, à user, à transformer silencieusement le terrain.

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Mais le plus grave n’est pas là. Le plus grave est que nous ne savons plus lire une guerre. Nous en avons perdu le langage. Nous en avons dissous le sens dans une morale de circonstance, dans une compassion sans mémoire, dans un brouillard de commentaires où tout se vaut et où plus rien ne se comprend. Et voici qu’apparaît, comme une rumeur insistante, presque souterraine, l’idée que l’Iran serait en train de gagner cette guerre — non par la force, mais par la simple persistance de son être — tandis que Donald Trump et Israël seraient empêtrés, piégés dans une violence qui les disqualifie.

Mauvaise conscience

Ce renversement est moins une analyse qu’un symptôme. Il dit notre incapacité à penser la guerre autrement que comme une faute. Il dit notre besoin de voir échouer ceux qui assument le conflit, et triompher ceux que nous pouvons encore envelopper dans une fiction de résistance.

Car le régime iranien ne se pense pas comme une nation parmi d’autres. Il est une forme théologico-politique, un centre irradiant, un nœud de croyances et de stratégies qui s’étend bien au-delà de ses frontières visibles. Ses relais — milices, organisations, fidélités armées — ne sont pas des accidents, mais les instruments d’une volonté. Une volonté lente, souterraine, continue.

La politique grand-remplacée par la morale

Mais il serait trop simple de s’arrêter à l’Iran. Car ce qui se joue ici est plus vaste: c’est le retour du monde à la puissance. Les États-Unis, la Russie, la Chine, la Turquie — chacun selon son génie propre, sa mémoire, ses blessures — avancent, projettent, recomposent les équilibres. Les formes diffèrent : force militaire, pression économique, emprise technologique, influence culturelle. Mais partout, la même logique : durer, peser, transformer.

Et face à cela, l’Europe hésite, commente, moralise.

Il n’y a plus d’innocence en ce monde, sinon celle qu’inventent les sociétés pour se sauver d’elles-mêmes. Et cette innocence n’est pas née dans le peuple, mais dans les sphères où l’on fabrique le sens : universités, médias, institutions culturelles. Là s’est imposée une vision du monde où la politique a été remplacée par la morale, où le conflit est devenu suspect, où la réalité doit se plier à l’exigence de pureté.

Cette vision — héritière d’une certaine gauche devenue climat, atmosphère, évidence — ne pense plus en termes d’action, mais de réparation. Elle ne voit plus des adversaires, mais des victimes et des coupables. Elle ne cherche plus à comprendre, mais à juger.

Et dans ce monde-là, le djihadisme ne peut être qu’une réaction, les Frères musulmans qu’une expression sociale, l’Iran qu’un État blessé. On ne voit pas le projet, la volonté, la continuité. On ne voit pas que derrière la plainte peut se tenir une stratégie, derrière la faiblesse une puissance en devenir.

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Pendant ce temps, l’Occident défroqué s’est choisi un Enfant-Jésus de substitution: le Palestinien, victime parfaite, toujours souffrant, jamais responsable. Mais cette figure déborde largement ce seul cas : elle englobe l’immigré, le racialisé, le dominé — toutes ces présences que l’on sanctifie pour mieux se laver soi-même. L’aimer, c’est se purifier. Le défendre, c’est se racheter. Peu importe qu’il échappe à cette image, qu’il contredise cette pureté : il faut qu’il reste innocent, car c’est de cette innocence que dépend notre propre absolution.

D’où ce culte : manifestations, hashtags, indignations rituelles, prêtres médiatiques. Une liturgie sans Dieu, mais avec ses dogmes, ses hérésies, ses excommunications.

On ne dit plus « Juif », mais « sioniste ». Le mot suffit. Il désigne sans dire, il accuse sans nommer, il libère une haine en la rendant acceptable.

Et ainsi s’installe une religion nouvelle, une religion de l’innocence, qui ne cherche pas la vérité mais le pardon. Elle permet d’oublier ce que nous avons perdu : la langue, les églises, la durée. Elle nous dispense de nous juger nous-mêmes.

Mais l’innocence est un mensonge. Elle refuse le réel — la violence des groupes, les stratégies des acteurs, la haine organisée — et prépare, dans son refus même, les violences à venir.

Car pendant que l’Europe s’abîme dans la compassion, le monde avance. Le djihadisme ne pleure pas : il combat. Les organisations patientes travaillent les sociétés de l’intérieur. L’Iran étend ses lignes invisibles. Les puissances recomposent leurs territoires.

Et nous, nous parlons. Deux mondes se font face : l’un cherche à être juste ; l’autre cherche à être fort. Mais l’Histoire ne tranche pas en faveur de la justice. Elle avance avec ceux qui la prennent. Et peut-être est-ce cela, au fond, la tragédie européenne : non pas d’avoir perdu la puissance, mais d’avoir perdu le regard qui permet de la reconnaître — et de s’y confronter sans se dissoudre dans l’illusion de l’innocence.

La société malade

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Trump: coup fourré à Seattle

L’Iran et l’Égypte ne veulent pas d’un «match des fiertés» à Seattle pendant la Coupe du monde. Au-delà de ce match controversé, si l’Iran est bien qualifié pour la compétition et s’y prépare, les autorités du pays annoncent toujours un possible boycott à cause du conflit avec les États-Unis, co-organisateur.


Le conflit américano-iranien joue une surprenante prolongation sur le terrain du… foot. En juin, les États-Unis (secondés par le Mexique et le Canada) accueillent la Coupe du monde ; écueil, l’Iran est l’un des 48 pays qualifiés.

Vu le contexte, le ministre des Sports Ahmad Donyamali avait estimé que la Team Melli, l’équipe nationale iranienne, ne pourrait « en aucun cas participer à la Coupe du monde ». Trump le reprenait alors de volée en déclarant que pour « leur propre vie et sécurité », il était effectivement préférable que les Iraniens ne fassent pas le déplacement… Ces derniers revendiquent maintenant le droit de participer, mais demandent à jouer leurs matches au… Mexique. Cela leur éviterait de mettre les pieds sur un terrain glissant, un gazon maudit – un piège tendu le 5 décembre à New York lors du tirage au sort de la Coupe du monde. Ce jour-là Gianni Infantino, numéro 1 de la FIFA (fédération internationale qui compte 211 pays, soit plus que les 193 États membres de l’ONU) remettait à Donald Trump le prix de la paix de la FIFA (!), une distinction spécialement créée pour lui, et annonçait que lors de la compétition serait disputé le 26 juin à Seattle un « match des fiertés », dédié à la cause LGBT.

Or ironie du sport, le tirage au sort, qui avec le recul ressemble à un coup fourré, a désigné pour jouer ce « match des fiertés » deux équipes musulmanes, l’Égypte et… l’Iran, pays où en vertu de la loi islamique, les relations homosexuelles sont interdites et peuvent être punies de la peine de mort… Maintenant, si l’Iran déclare forfait ou obtient le droit de jouer ses matches au Mexique, la FIFA devra trouver une autre équipe pour disputer à Seattle ce match des fiertés homosexuelles. Le Brésil a le profil… Cela permettrait à la nouvelle Mairie de Paris d’installer une « fan zone » au bois de Boulogne, où les Brésilien-nes sont toujours de la partie (de jambes en l’air) quand il s’agit de faire des passes.

Quand il arrivait en ville…

D’étrangeté locale à égérie de l’art, le dessinateur Marcel Bascoulard (1913-1978) a vécu une vie d’artiste en marge dans la paisible ville de Bourges  


Dans la cité berruyère, au fil des siècles, deux grands hommes demeurent. Leur légende se poursuit grâce au travail des historiens et des écrivains. Elle se propage même dans la mémoire populaire et dans les ruelles de la vieille ville comme une trainée de cendres. Bientôt, ils seront inattaquables, nos deux « vedettes » locales. Chaque génération porte le flambeau du souvenir en ravivant la flamme, exagérant les prouesses ou l’opprobre de ces deux figures qui ont permis à la ville de Bourges de sortir de l’anonymat de la diagonale du vide. Deux personnages qui redorent le blason des ruralités austères et du folklore berrichon dont les chansonniers moquaient l’accent au siècle dernier dans les émissions de variétés.

Phénomène crasseux

La préfecture du Cher doit sa postérité à Jacques Cœur, le grand argentier du roi Charles VII au XVème siècle. Chaque collégien s’est rendu dans son palais pour communier avec le faste d’antan. En substance, les professeurs nous disaient qu’ici avait vécu l’un des personnages centraux du royaume de France. Autour de nous, dès la sortie de la municipalité, les champs s’étendaient à perte de vue, excepté le vignoble, plus au nord, de Menetou-Salon et l’industrie de l’armement florissante, nous sentions que notre avenir n’aurait rien de très flamboyant. Sans ligne TGV, dans l’indifférence totale des gouvernements successifs, les pouvoirs publics estimant que la province dévitalisée était une maladie sans remède, nous étions des victimes disciplinées, en rang, sans une once de rébellion, nous avions fini par accepter notre sort de surnuméraire. Par résistance et aussi pour nous démontrer que de grands hommes avaient émergé du Berry, l’éducation nationale d’alors nous emmenait visiter, chaque printemps, le Palais Jacques Cœur. Une façon pédagogique de faire germer nos rêves et d’entretenir l’illusion d’une réussite possible. Il y avait un autre phénomène dans cette ville connue pour ses maisons à colombages ; crasseux et génial, nauséabond et prolifique, clochard s’habillant en femme, hirsute introverti, provocant non par dissidence mais par amour filial, ce sosie pouilleux de la laitière de Vermeer promenait dans Bourges sa marginalité exubérante. Il sentait fort. À son passage, on changeait de trottoir ou on pouffait de rire. Parfois, des imbéciles l’insultaient. Il ne faisait pas peur, il intriguait surtout par son accoutrement. Marcel Bascoulard n’était pas dangereux.

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Il vivait selon ses propres codes esthétiques et sa moralité poétique. À défaut d’être comprise, sa dérive était largement admise d’où l’émotion sincère quand la ville apprit sa mort.  La plupart des Berruyers ne partageait pas ses fantaisies en termes d’hygiène corporelle et de vêtements, mais ils ne le blâmèrent pas. Il est faux de croire que les différences seraient plus facilement acceptées dans les métropoles que sur nos terres perdues et forcément réactionnaires. Le Berrichon est moins sectaire qu’il n’y paraît, son caractère ombrageux et taiseux ne le pousse pas à attaquer celui qui ne lui ressemble pas à priori. Le Berrichon est assez respectueux de la liberté des autres quand elle n’est pas militante et dominatrice.

© Sarbacane

Talent hors norme

Dire que Bascoulard était adopté de tous serait peut-être exagéré, mais tous les habitants de la ville lui reconnaissaient un talent de dessinateur immense, hors-norme, grandiose, un don céleste, l’œil et la précision, la main et la portée, la délicatesse de l’enlumineur et le détail de la dentellière… Son heure de gloire n’était pas encore arrivée que déjà ses déambulations se racontaient dans les familles au déjeuner du dimanche. Sa fin tragique – il fut assassiné en 1978 – et son visage familier ne furent jamais oubliés. Quand enfant, nous nous rendions au studio Morlet pour un jeu de photographies d’identité, la vie de Bascoulard était résumée dans la vitrine à travers des clichés et des dessins. Nous faisions connaissance avec l’autre célébrité de Bourges.

Le dessinateur Frantz Duchazeau DR.

Le couple Morlet fut d’un soutien sans faille pour cet artiste vagabond.  La renommée de Bascoulard commença à prendre de l’ampleur vers les années 1990. Le travail du biographe Patrick Martinat sur l’homme et l’œuvre eut un retentissement national. Bascoulard né en 1913 est une gloire provinciale en voie de starification internationale. De son vivant, la maison de la culture lui consacra une exposition magistrale. Beaucoup de monde, experts, universitaires et marchands, s’intéressent aujourd’hui à son cas atypique. Son accoutrement qui le délégitimait par le passé des institutions devient un argument de poids dans une société qui s’intéresse aux questions d’inclusivité et de genre. À vrai dire, ce sont les dessins qui fascinent, notamment ceux de la grande Dame de Bourges, la cathédrale Saint-Etienne. Il faut lire la biographie illustrée librement inspirée de la vie de Bascoulard que Frantz Duchazeau vient de publier aux éditions Sarbacane. Un très beau travail de mise en perspective, d’une enfance meurtrie aux mécanismes de la création.

© Sarbacane

Depuis quelques années, chaque Berruyer retourne son grenier pour mettre la main sur l’un des dessins, joyaux de l’artiste. Jadis, il s’en servait pour payer le bifteck de ses chats.


Marcel Bascoulard – Frantz Duchazeau – Sarbacane 168 pages

Bascoulard

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Etats-Unis: la radicalisation n’a plus de camp exclusif

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Le président Trump, avec sa femme Melania sur sa droite et Weijia Jiang sur sa gauche, la présidente de l’Association des correspondants de la Maison-Blanche, assistait à un tour de magie quand à l'extérieur de la salle le passage de sécurité a été forcé et que des coups de feu ont retenti, Washington, 26 avril 2026 © Agenzia Fotogramma/IPA/SIPA

Dans un courrier de revendication adressé à ses proches avant son passage à l’acte, le tireur de la soirée des correspondants de presse indiquait qu’il voulait s’en prendre à tous les responsables de l’administration Trump, à l’exception de Kash Patel, le directeur du FBI. Il chargeait le président américain: «Je ne suis plus disposé à permettre à un pédophile, un violeur et à un traître de me salir les mains de ces crimes». Détails. 


Le 25 avril, vers 20h25, dans la grande salle de bal du Washington Hilton – ce même hôtel où Ronald Reagan avait failli laisser la peau en 1981, l’Amérique mondaine et médiatique prenait son bain de glamour. Robes du soir, smokings, salade de petits pois et burrata, des milliers de convives en train de trinquer à la « liberté de la presse » quand les premiers coups de feu ont claqué près du point de contrôle de sécurité.

Friendly Federal Assassin

Donald Trump, assis à la table d’honneur aux côtés de Weijia Jiang, présidente de l’Association des correspondants de la Maison-Blanche, a été évacué en urgence par le service de protection présidentielle. Melania a blêmi, les journalistes se sont jetés sous les tables, un agent a encaissé une balle en pleine poitrine – arrêtée net par son gilet pare-balles. Quelques minutes plus tard, le tireur gisait au sol, torse nu, menotté : Cole Tomas Allen, 31 ans, ingénieur mécanique sorti de Caltech en 2017, développeur indépendant de jeux vidéo (il a réalisé notamment un titre non violent nommé Bohrdom) et tuteur pour étudiants en prépa.

Le tireur Cole Tomas Allen arrêté par les forces de sécurité, à l’hôtel Washington Hilton. DR.

Ce que l’on sait, grâce aux premiers éléments de l’enquête et au texte envoyé à sa famille quelques minutes avant l’acte, est d’une clarté glaçante. Allen se présente comme le « Friendly Federal Assassin[1] ». Il vomit sur les « politiques » de l’administration Trump, cite les frappes américaines contre les bateaux de trafiquants de drogue dans le Pacifique oriental et, sans jamais nommer le président, reprend le lexique de la haine dominante : pédophile, violeur, traître. Pas de manifeste délirant à la Unabomber, pas de réseau, pas de cellule. Un loup solitaire, « individu très malade » et « taré » selon les propres mots de Trump, qui avait tout préparé : train Amtrak depuis la Californie via Chicago, réservation d’hôtel plusieurs jours à l’avance, étude des failles de sécurité. Aucun antécédent judiciaire à Los Angeles County. Ses anciens camarades de lycée ou d’université, stupéfaits, le décrivent comme un « génie borderline », « super stable », « le plus gentil de l’équipe ». Le genre de type dont on dit, après coup : « On ne l’aurait jamais vu venir. »

La soirée reprogrammée

Le dîner des correspondants – ce raout annuel où la presse de Washington, si prompte à dénoncer Trump le reste de l’année, se pavane en smoking avec le pouvoir s’est achevé dans la panique et l’annulation pure et simple. L’événement sera reprogrammé dans un mois.

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Trump, a tenu une conférence de presse depuis la Maison-Blanche deux heures plus tard. Il a salué le professionnalisme du service de protection présidentielle, ironisé sur ce « métier dangereux » qu’est celui de président, et relancé, une fois de plus, son projet de grande salle de bal sécurisée sur les pelouses de la Maison-Blanche : « Ce qui s’est passé hier soir est exactement la raison pour laquelle nous avons besoin d’une grande salle de bal sûre et sécurisée. »

Les complotistes sont de sortie

Et puis, fidèle à la liturgie américaine de la violence politique, les théories du complot ont jailli avant même que le sang ne sèche. Sur X (ex Twitter) et Bluesky, les accusations de « mise en scène », d’« opération sous faux drapeau » et les sweat-shirts IDF (armée israélienne) imaginaires ont inondé la toile. L’attentat aurait été monté pour justifier la salle de bal souhaitée à la Maison Blanche, gonfler les sondages, détourner l’attention de l’Iran ou de l’affaire Epstein… Comme si la réalité, un surdoué californien radicalisé par des années de rhétorique déshumanisante était trop banale, trop embarrassante pour être vraie. Ces théories ne naissent pourtant pas du vide. Elles prospèrent sur une défiance structurelle, nourrie par des années de narratifs officiels qui se sont effondrés les uns après les autres : le Russiagate, l’ordinateur de Hunter Biden, l’origine du Covid, les émeutes de 2020 qualifiées de « largement pacifiques ». Quand les institutions et la grande presse ont passé leur temps à traiter les sceptiques de complotistes pour mieux cacher leurs propres manipulations, il ne faut pas s’étonner que, face à un attentat anti-Trump, une partie de l’Amérique refuse d’emblée le récit du « loup solitaire ». C’est la rançon d’une crédibilité perdue.

C’est là que l’analyse se fait impitoyable. Car le vrai scandale, ce n’est pas l’acte d’un déséquilibré. C’est la promptitude avec laquelle une partie de l’opinion refuse le récit le plus évident : celui d’un homme nourri pendant des années à la détestation institutionnelle de Trump. Les formules qu’Allen reprend dans son texte ne sont pas sorties de son cerveau malade. Elles ont été martelées pendant une décennie dans les colonnes du New York Times, sur CNN, dans les tweets de stars et les discours de campagne. Quand on répète à longueur d’antenne qu’un adversaire politique n’est pas un rival mais un monstre existentiel, un danger pour la démocratie, un violeur en série, il arrive qu’un esprit fragile tire la conclusion logique. Avec une balle plutôt qu’un bulletin de vote.

3e tentative d’assassinat

Le service de protection présidentielle a fait son boulot : le président est vivant, Cole Tomas Allen a été immédiatement maîtrisé, inculpé et placé en détention fédérale. Il restera incarcéré en attendant la suite de la procédure. Pas de second Butler. Mais l’image restera gravée : ce dîner censé célébrer le quatrième pouvoir s’est terminé dans les cris, les tables renversées, le vin par terre et les menottes. L’Amérique, à force de polarisation, ne sait plus distinguer le débat de l’exécution. Et le contexte est lourd : Trump a déjà échappé à trois tentatives d’assassinat, tandis que la violence politique fait rage des deux côtés : assassinat de Charlie Kirk, de la députée démocrate Melissa Hortman et de son mari. La radicalisation n’a plus de camp exclusif, mais elle a désormais un visage précis quand elle vise le président. Cole Allen n’est pas un héros tragique. C’est un paumé certes brillant qui a choisi la violence plutôt que la parole. Ses motivations tiennent en quelques lignes de haine froide. Et cette haine n’est pas née dans le vide : elle est le fruit direct d’une culture de la détestation absolue que la gauche médiatique et culturelle a patiemment construite, brique après brique, depuis 2016. Comme l’a rappelé Karoline Leavitt, porte-parole de la Maison-Blanche, « les mensonges délirants et les calomnies contre le président, sa famille et ses partisans ont conduit des gens fous à croire des choses folles, et ils sont inspirés à commettre des violences à cause de ces mots ». Tant qu’on refusera de le reconnaître, les loups solitaires continueront à naître de la parole publique déchaînée. 


[1] Sympathique assassin fédéral NDLR

«Plante ton slip»: l’Ademe perpétue sans le savoir une tradition plus que millénaire

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DR

Cette semaine, 29 slips en coton biologique sont enterrés dans les sols de jardins de la merveilleuse ville de Nantes dirigée par Johanna Rolland. Le but? Mesurer la biodiversité des sols en observant l’état de dégradation du tissu après deux mois passés sous terre…


Il existait jadis dans les cours royales d’Europe une figure à part entière : le fou du roi. Couvert de grelots, armé de sa marotte, il pouvait absolument tout se permettre. Se livrer aux facéties les plus folles, se gausser du roi, de la reine, de tous les grands qui fréquentaient la cour: princes, cardinaux, maîtresses royales. Il pouvait railler les décisions royales, dauber sur les guerres, sans craindre la moindre sanction. Son privilège était absolu, sa pension assurée. On le supportait.

On riait jaune. On grinçait un peu des dents. On haussait les épaules, mais on le finançait. De grands universitaires ont étudié le phénomène de façon extensive tant il est fascinant[1]. L’histoire des bouffons est une caractéristique commune à bien des régimes autoritaires. Déjà, dans l’Égypte de la 6e Dynastie, des Pygmées étaient employés à cet effet sous le règne du pharaon Neferkare. En Mésopotamie, on retrouve l’aluzinnu ( 𒇽 𒀭 𒍪), un bouffon de cour décrit comme « un divertisseur intellectuel qui entre dans un dialogue ludique », contradicteur autorisé des puissants. La tradition impériale chinoise a laissé une longue tradition de bouffons. Le plus célèbre d’entre eux étant probablement You Zhan qui servit la dynastie Qin au troisième siècle avant notre ère. On en retrouve aussi chez les Aztèques, en Afrique, en Inde, en Perse, au Japon et même dans l’islam.

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Leurs fonctions étaient peu ou prou identiques

Ils permettaient d’humaniser les tyrans. D’offrir du souverain une image d’opprimé et de désavantagé par le biais du rire et de la dérision. Le titre formel de bouffon lui conférait une irresponsabilité informelle essentielle. Il était irresponsable dans le sens où il n’avait pas de pouvoir de décision. On pouvait – et on devait- l’écouter, rire avec lui, rire de lui mais in fine, son poste ne l’autorisait à aucun engagement. Ses fonctions étaient celles donc celles d’une soupape permettant d’évacuer la pression liée à l’autoritarisme du régime et d’un conseiller, parfois d’un oracle.

Aujourd’hui, l’Ademe est le fou du roi de la transition écologique

La transition écologique ne peut se faire que de façon autoritaire contre l’avis des peuples. L’écologie est punitive ou ne sera pas. [2]

Tous les artifices pour contourner la démocratie l’ont été: Décrets plutôt que débats parlementaires, ou Convention Citoyenne sur le Climat.
car on ne peut sans contrainte forte amener nos concitoyens à passer d’une émission annuelle per capita de 11,0 T/an à 2,o T/an comme c’est expressément prévu sans user de contrainte. Interdire la viande, les voitures et les pavillons individuels, ce n’est pas simple à faire passer. Dans ce contexte, d’autoritarisme, il était donc logique que l’on retrouve l’utilité d’un fou du roi. Rassurez-vous : c’est fait! Dotée d’un budget dépassant le milliard d’euros annuel, dont cent sept millions pour entretenir sa propre cour de plus de mille bouffons salariés, l’Agence de la transition écologique promène ses grelots d’une campagne de communication à l’autre avec la sérénité des institutions assurées de leur pérennité. Elle s’est un jour préoccupée de la fréquence de lavage de nos sous-vêtements. Elle conseille désormais de les enterrer.

La ville de Nantes, laboratoire exemplaire du progressisme vert, s’est aussitôt emparée de l’aubaine. Le 22 avril 2026[3]  la maire Johanna Rolland a lancé l’opération « Plante ton slip » dans les parcs de sa ville. Un slip blanc, de préférence bio, enterré à quinze centimètres de profondeur, exhumé en juin, exposé en septembre.

Cependant, la rigueur scientifique est sacrifiée au profit de la communication

Soyons honnêtes : le protocole original n’est pas sans fondement. La méthode repose sur un indicateur empirique simple : la dégradation du coton par les micro-organismes du sol. Le coton, constitué à 95 % de cellulose, offre aux bactéries et champignons un substrat carboné de choix, assez facilement assimilable.

Cependant, il est regrettable que cette opération de sensibilisation des esprits à la biodiversité échappe à toute rigueur scientifique. En effet, celle-ci supposerait un exposé préalable des caractéristiques du matériel utilisé. Là, un cruel manque d’information entache irrémédiablement le résultat du test.

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L’ADEME sacrifiant au ludique, a omis de préciser l’état de propreté initial du sous-vêtement. En effet la science doit reprendre ses droits : la dégradation du coton par les bactéries n’est pas indépendante de la population microbienne déjà présente dans le textile au moment de l’enfouissement. Sans compter l’appétence de toute la mésofaune composée de collemboles, acariens ou enchytréides. Ces petites bêtes dédaigneront de la cellulose pure, mais ne resteraient pas indifférentes à d’appétissantes traces organiques. Un slip fraîchement lavé au savon de Marseille, quasiment stérilisé par le lave-linge à 60°C, présente un inoculum négligeable. Un slip plus généreux en histoire personnelle contient un écosystème susceptible de biaiser significativement les courbes de dégradation.

Il faudrait donc, dans tout protocole sérieux, distinguer au moins quatre catégories:

  • Catégorie 1 :  slip vierge de toute aventure biologique, lavé, séché, plié,
  • Catégorie 2 : slip ayant accompli un usage raisonnable, enrichi d’une microflore personnelle diversifiée,
  • Catégorie 3 : slip usagé conformément aux préconisations de l’ADEME en termes de fréquence de lavage,
  • Catégorie 4 : slip que la décence et la bienséance interdisent de décrire plus outre dans un article de cette qualité.

La vraie question n’est pas de savoir si les sols nantais sont vivants. L’Ademe dispose du budget, du logo, du communiqué de presse et de l’impunité. Nul ne tique quand, sans vergogne, elle annonce à grands cris une opération aussi stupide que ridicule. Sauver la planète est un slogan permettant de justifier toutes les inepties. Et personne ne critique, car critiquer serait remettre en cause le dogme de l’origine anthropique du réchauffement climatique.

Là est le génie de la posture (ou de l’imposture)

Le fou du roi médiéval était protégé pour sa bouffonnerie assumée.
Le fou institutionnel du XXIe siècle se protège par l’onction écologiste.
Touchez à ses grelots et vous serez donc climatosceptique, donc « carbofasciste »[4].

Un milliard d’euros. Des slips dans la terre. Une exposition à la rentrée. Et s’il manque un peu partout de fonctionnaires qui fonctionnent (personnel de santé, enseignants, policiers ou gardiens de prison), on trouvera toujours à justifier les postes de ceux qui ne fonctionnent pas. On disait autrefois que le ridicule tuait. Désormais, c’est bien fini : il a obtenu un poste permanent avec prime d’ancienneté.


[1] Beatrice Otto Fools Are Everywhere University of Chicago Press -2001.

[2] James Lovelock (scientifique, théoricien de Gaïa) : « Even the best democracies agree that when a major war approaches, democracy must be put on hold for the time being. I have a feeling that climate change may be an issue as severe as a war. It may be necessary to put democracy on hold for a while. » Source : The Guardian, 29 mars 2010. Traduction : « Même les meilleures démocraties conviennent qu’à l’approche d’une grande guerre, il faut mettre temporairement la démocratie entre parenthèses. Je pense que le changement climatique est peut-être un enjeu aussi grave qu’une guerre. Il sera peut-être nécessaire de suspendre la démocratie pendant un certain temps.»

« Il nous faut une dictature écologiste pour sauver la planète » Pentti Linkola, militant écologiste finlandais.

[4] Le site Greenpeace de mars 2026 donne cette définition : « les carbofascistes freinent les politiques destinées à lutter contre le changement climatique, relativisent la responsabilité humaine dans le changement climatique en cours, voire la nient de façon ostentatoire, et attaquent directement les scientifiques. »

Edouard Philippe: au boulot et au Boulin!

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Gilles Boyer et Edouard Philippe photographiés à Paris en 2022 © LE FOUILLE THIERRY/SIPA

On connaitra vraisemblablement plus vite les résultats de l’élection présidentielle que les circonstances précises de la mort de Robert Boulin en 1979. A moins que… Le pôle « cold case », au parquet de Nanterre, pourrait s’emparer de l’affaire du suicide du ministre du Travail RPR.


De bon poil, quand il se rase chaque matin, il doit y penser : « Et si en mai 2027 j’étais élu président de… » L’ancien Premier ministre Edouard Philippe n’en fait pas mystère, l’Élysée est son but.

Amateurs de polars

En conséquence, le maire du Havre et leader du parti Horizons, a constitué une équipe solide pour battre la campagne, avec notamment Gilles Boyer, son ancien conseiller spécial lorsqu’il était à Matignon, aujourd’hui député européen, délégué général de Horizons et membre influent de la commission des investitures.

A lire aussi, Dominique Labarrière: Affaire Boulin: l’autre hypothèse

Robert Boulin. DR.

Mais Boyer n’est pas seulement le bras droit d’Edouard, il lui prête parfois sa plume, pour écrire des livres à quatre mains. Les deux comparses ont déjà signé deux polars, tramés sur un canevas politique, L’heure de vérité en 2007 et Dans l’ombre en 2011. En solo Boyer a également publié un livre sur l’attentat du Petit-Clamart, où le général de Gaulle aurait pu perdre la vie le 22 août 1962. Et aujourd’hui, il s’intéresse à… Robert Boulin.

Un nouveau livre très attendu

Boulin, c’est ce ministre (du gouvernement Barre, sous Valery Giscard d’Estaing) qu’on a retrouvé mort le 30 octobre 1979 dans un étang de la forêt de Rambouillet. L’affaire Boulin est à la Ve République ce que l’affaire Gregory est à la famille Villemin, une histoire sans fin, avec de vrais faux rebondissements. Bref, la mort de Boulin est-elle un assassinat maquillé en suicide, ou au contraire, un vrai suicide que certains ont intérêt à faire passer pour un assassinat ? Gilles Boyer enquête. Très sérieusement. Il a épluché le dossier judiciaire, il s’est rendu dans le Sud-Ouest, à Libourne, ville dont Boulin fut maire, a rencontré une dame qui jeune femme fut la maîtresse de Chaban-Delmas, très proche de Boulin. Alors quelles vérités Boyer pourrait-il faire remonter à la surface de l’étang de Rambouillet, susceptibles d’éclabousser les institutions de la Ve ?

Une chose semble acquise : le livre doit sortir chez Lattès avant l’élection présidentielle.

Les femmes de Loosdrecht et la mairie en colocation (non choisie)

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Manifestations à Loosdrecht le 24 avril 2026 / Capture d'écran YouTube

A Loosdrecht aux Pays-Bas, la mairie de la commune a été remplacée par un centre pour migrants. La plupart des habitants se rebellent.


Aux Pays-Bas, la révolte anti-migrants gronde dans un village propret qui a vu sa mairie réquisitionnée pour accueillir une centaine de jeunes demandeurs d’asile. Des habitants de Loosdrecht, aux bords du lac du même nom, ne comptent pas se laisser faire pour autant. Les femmes y sont en première ligne dans le combat, assurent-elles, pour la sécurité de leurs filles. C’est que Monsieur le maire vient de céder au diktat de l’État d’héberger dans « sa » mairie des « demandeurs d’asile masculins, jeunes et non accompagnés ».

Trois soirées de heurts

Des mots comme autant de chiffons rouges dans un pays où de jeunes et faux réfugiés maghrébins et syriens, dont les chances d’obtenir l’asile politique sont quasi nulles, jouissent d’une réputation exécrable. Non seulement du fait de leurs nombreux larcins et comportements agressifs envers les contrôleurs des transports publics, mais aussi pour leur attitude machiste envers de jeunes Néerlandaises.

Loosdrecht, situé à une trentaine de kilomètres au sud d’Amsterdam, avec quelque neuf mille habitants, était déjà mécontente de perdre son indépendance administrative pour être incorporée dans la ville, pas si voisine, d’Hilversum. Voir leur mairie, désormais inoccupée, destinée à l’accueil de jeunes indésirables était le pied-de-nez de trop pour ce village plutôt huppé situé dans le « cœur vert » de la Hollande, région jalousement protégée contre l’urbanisation galopante de l’ouest du pays.

Pendant trois soirées consécutives1, des villageois, avec des renforts pas forcément désirés de jeunes ultras vêtus de noir venus d’ailleurs, ont vainement tenté de prendre d’assaut la mairie de tous les malheurs. La police antiémeute a parfois été attaquée avec de lourds pétards, même si la grande majorité du millier de manifestants du premier soir criait sa colère pacifiquement. Au village, on a très mal pris que le ministre de la Justice traite leurs jeunes de « racailles ».

A lire aussi: «Le remplacisme est un ennemi implacable du temps»

Samedi 25 avril, des villageoises ont pris le relais et juré de continuer leur combat jusqu’à ce que le maire libéral-conservateur retire son projet. Elles étaient quelques centaines2, et les hommes ont été priés de se borner à des encouragements en marge du cortège. À Loosdrecht aussi, le nom de Lisa était sur toutes les lèvres, celui de la jeune fille de 17 ans, assassinée l’été dernier alors qu’elle se rendait à vélo à son domicile dans un village près d’Amsterdam. Un demandeur d’asile nigérian, hébergé dans un centre d’accueil, qui n’a rien fait pour empêcher ses chasses nocturnes de femmes, a avoué le meurtre, ainsi qu’un viol et une tentative de viol quelques jours plus tôt. « Plus de cent jeunes hommes venus d’on ne sait où, groupés au centre du village, avec toutes nos filles qui passent devant la mairie en se rendant à l’école, au lac ou aux terrains de sport ? On nous prend pour qui ? », a fulminé une manifestante interrogée par les médias locaux.

Rétropédalage

Devant la colère populaire, le maire a commencé à rétropédaler. La centaine de jeunes sera réduite à une bonne soixantaine et l’accueil ne sera que temporaire, pour quelques mois seulement, selon l’édile, qui n’a pas daigné rencontrer les manifestants. Les villageois savent cependant que les promesses des autorités néerlandaises de réduire les flux migratoires se sont avérées autant de mensonges au fil des ans3. Les gouvernements précédents ont tous connu une fin précoce du fait de désaccords internes sur une politique migratoire sévère pourtant souhaitée par la grande majorité de la population.

Ces derniers jours, monsieur anti-immigration, Geert Wilders, a perdu le peu de crédibilité qui lui restait en la matière. Au Sénat, son Parti pour la liberté a voté contre un projet de loi visant à restreindre le regroupement familial, au motif qu’il n’irait pas assez loin. Il était clair cependant que M. Wilders voulait se venger d’avoir été exclu du nouveau gouvernement dirigé par le libéral Rob Jetten. Tambouille politique qui donne la nausée aux Néerlandais, dont le mépris pour leurs dirigeants bat tous les records…

A lire du même auteur: Pays-Bas: Wilders victime d’un puputsch

Elus traités de « collabos »

La révolte des femmes de Loosdrecht, qui, en matière d’agit-prop, pourraient suivre l’exemple de leurs sœurs françaises de Némésis, sera-t-elle couronnée de succès ? Dans d’autres villes et villages prévus pour accueillir des migrants, des maires jugent désormais plus prudent d’enterrer les projets devant la fureur, la violence et les menaces contre les élus traités de « collabos ». La question migratoire pourrit ainsi de plus en plus la vie dans de petites communes rurales, qui accueillent cependant à bras ouverts des réfugiés ukrainiens, loués pour leur adaptation à la vie locale. À Loosdrecht, la petite communauté ukrainienne s’est solidarisée avec la résistance contre l’« usurpation » de la mairie. « Ce sont des chrétiens, ils se comportent de façon exemplaire », a affirmé une manifestante sommée de s’expliquer sur les relents de racisme dénoncés par quelques bien-pensants.

Dans la petite ville d’IJsselstein, au sud de Loosdrecht, la maire a également réuni la population contre elle en enjoignant le club de foot IJFC de céder un terrain à la construction d’un centre de réfugiés. Temporaire, bien sûr… Tollé, manifestations, nouvelles visites des « gars en noir » avec leurs pétards, banderoles avec des textes douteux comme : « Pas de brebis berbères sur nos pelouses »… Présent à IJsselstein et à Loosdrecht, un reporter du journal de droite De Telegraaf a joué les Cassandre : « Ceux qui sont élus par le peuple jouent avec le feu s’ils cessent de représenter ce même peuple. »


  1. https://www.nrc.nl/nieuws/2026/04/24/drie-dagen-gewelddadig-protest-in-loosdrecht-tegen-komst-azc-die-incompetente-burgemeester-heeft-dit-er-gewoon-op-eigen-titel-doorheen-gedrukt-a4926274 ↩︎
  2. https://www.ad.nl/binnenland/honderden-vrouwen-in-loosdrecht-vreedzaam-de-straat-op-asielplan-moet-van-de-baan~a8f7dbec/?slug_rd=1 ↩︎
  3. https://www.telegraaf.nl/opinie/roderick-veelo-politiek-speelt-met-vuur/147187941.html ↩︎

Comment Boualem Sansal est devenu indésirable

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Boualem Sansal © Hannah Assouline

L’Académicien songe à quitter la France. Le petit monde des lettres se mobilise beaucoup plus facilement pour pétitionner contre Bolloré, que contre les condamnations grotesques de l’Algérie, déplore notre chroniqueur.


Le petit monde des Lettres, réduit au cercle germanopratin de la « gauche halal » et de quelques suiveurs mondains, est idéologiquement prêt à mettre au pilon les livres déviants. Ces censeurs ne tolèrent aucun blasphème. Ils rejoignent ceux qui menacent, ce lundi, d’enterrer le rapport du député Charles Alloncle (369 pages) sur l’audiovisuel public. 

Professionnels du rappel à l’ordre

C’est ainsi que Boualem Sansal, qui alerte sur l’islamofascisme importé dans une France angélique, est devenu indésirable aux yeux des sectaires. La pétainisation des consciences molles a contaminé les professionnels du rappel à l’ordre. Ils en sont à exclure les rares insolents qui persistent à dénoncer la colonisation insidieuse de la France et son effacement identitaire. Jean Raspail, Renaud Camus, Richard Millet ont été les premières cibles des dénégationnistes. Les jobards s’attendrissent devant le salafisme des « mal aimés » et occultent ses desseins subversifs. Ces gens-là, qui hurlent en meute, trahissent la France littéraire. Elle est née, ironie de l’histoire, de la Chanson de Roland (XIe siècle) qui opposait les Francs chrétiens aux Sarrasins d’Espagne.

A lire aussi: Renaud Camus expliqué aux parents

Les collaborateurs du nouvel occupant ont un air de famille avec ceux des années 1940. Ils en sont à épouser, contre le Soljenitsyne de l’islam qu’est Sansal, les accusations de la dictature algérienne. La caste parisienne, identifiable à son immodestie verbeuse et ses lâchetés de salon, n’a pas osé non plus pétitionner contre la justice algérienne. Elle a condamné par contumace Kamel Daoud, le 21 avril, a trois ans d’emprisonnement et 5 millions de dinars pour son livre Houris (prix Goncourt 2024), publié en France mais qui violerait la « Charte pour la paix et la réconciliation nationale ». Qui a entendu les « autrices et auteurs Grasset », mobilisés contre Vincent Bolloré, appeler à résister à la terreur totalitaire de Tebboune et de ses valets français ?

L’ « intelligentsia » de Saint-Germain-des-Prés fait honte. Son conformisme populophobe et snobinard accompagne un monde qui s’écroule, faute d’emprise sur les réalités et d’empathie pour les Français oubliés. 

Paris, c’est fini ?

Certes, les écrivants, lyncheurs d’écrivains, peuvent se flatter d’avoir eu la tête de Boualem Sansal. Ecœuré par les attaques suscitées par sa décision de quitter Gallimard, qui l’avait mollement défendu durant sa détention arbitraire en Algérie, celui qui a été naturalisé français en 2024 par Emmanuel Macron a déclaré vendredi à l’AFP, alors qu’il s’apprêtait à être intronisé par l’Académie royale de Belgique : « La France, c’est fini pour moi. Il me reste quelques mois à tirer dans ce pays. Puis je me tire. » Il a précisé, au Figaro, qu’il n’en voulait pas aux Français, « adorables » avec lui, mais à « une poignée d’oligarques de la pensée, de petits dictateurs de bureau ». Il explique : « On me fait passer pour un criminel, il faut que je m’évade. C’est pire que la dictature en Algérie. Ils sont en train d’exercer sur moi une dictature de la pensée, parce qu’ils veulent me faire taire, me faire peur ». 

A lire aussi: Kamel Daoud au pays des âmes muettes

Il a dit vouloir rejoindre la Belgique ou la Suisse. Sansal a tort de vouloir abandonner la France qui lui a beaucoup donné. Sa place est au cœur de la résistance. Il en est un acteur majeur.

Néanmoins, Sansal aura réussi à dévoiler, outre les dangers de l’islam conquérant, les procédés répugnants des épurateurs.

La révolution des oubliés

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Il y a un admirable Donald Trump…

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Donald Trump a tenu une conférence de presse à la Maison Blanche, après avoir été évacué de l'hotel où se tenait le diner des correspondants de la Maison Blanche; Washington, 26 avril 2026 © Jose Luis Magana/AP/SIPA

À nouveau visé par une tentative d’assassinat, le président américain impressionne par son sang-froid lors du dîner des correspondants de la Maison-Blanche – comme lors de l’attaque de Butler survenue en Pennsylvanie durant la campagne électorale.


Le carnage qui aurait pu résulter de l’incroyable délire meurtrier de ce démocrate déréglé, s’il n’avait pas été appréhendé avant la commission du pire, est encore tout près de nous. Et, à nouveau, le président des Etats-Unis a été admirable de maîtrise et de sang-froid.

Impérieuse solitude

En effet, il faut se résoudre à accepter qu’il y a un Donald Trump dominant, infiniment discutable, et un Donald Trump attaqué, souhaité mort ou blessé, qui est admirable.

Les évènements dramatiques qui à plusieurs reprises ont révélé à la fois des failles de sécurité et le caractère courageux de Donald Trump sont trop constants dans l’enseignement qu’on peut en tirer pour que la psychologie ne s’en mêle pas.

Le président américain, à partir du moment où il peut s’abandonner à l’expansion de soi-même, avec la certitude en partie vraie qu’il est le maître du monde, ne se sent tenu par aucune limite et, malgré la présence d’adversaires sur le plan des rapports de force et de la géopolitique, il a tout loisir de cultiver cette impérieuse solitude à partir de laquelle il appréhende l’univers et tous les autres.

A lire aussi: Trump brûle ses vassaux

Derrière les voltes multiples, parfois dans la même journée, engendrées par les fluctuations soit d’un bateleur commerçant soit d’un tacticien hors pair désorientant l’ennemi par des variations insaisissables, il y a toujours le même message : je suis le meilleur.

Et le réel n’est fait que de lui.

Sans forfanterie

Alors que l’irruption brutale et tragique d’une réalité, qu’il est obligé de considérer puisqu’elle visait à le faire disparaître, lui, paradoxalement le remet en état de lucidité, de rationalité, et fait surgir des qualités impressionnantes de tranquillité, de mesure, de courage sans forfanterie, d’équilibre. Comme si, soudain, l’homme ordinaire était tout étonné de se retrouver vivant en avouant qu’il n’imaginait pas que présider était un métier si dangereux.

Il paraît que Donald Trump était prêt, malgré cette terrifiante alerte, à continuer la soirée comme si de rien n’était mais les forces de sécurité en ont décidé autrement. A entendre certaines analyses le dimanche 26 avril, on avait presque l’impression que le président américain avait organisé ce drame pour pouvoir en profiter ! Une telle approche relevait de l’obscène !

Le sûr, en revanche, est qu’il y a un Donald Trump suscitant l’admiration. Quand le risque, le danger, la menace de mort le contraignent à sortir de soi et à affronter autre chose que la pure ivresse, ici efficace, là erratique, de soi.

Aucune inconditionnalité ne doit lui être appliquée : pas plus celle de la détestation que celle du dithyrambe !

L'Heure des crocs - De CNews et du délit d'opinion

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Kamel Daoud au pays des âmes muettes

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© Hannah Assouline

Le manque de solidarité face à la condamnation absurde et liberticide de l’écrivain par la justice algérienne est choquante. En crachant sur la France, en utilisant des relais complaisants dans l’hexagone, la dictature de ce pays entend imposer l’oubli sur la décennie noire, et intimidider toute voix critique.


Quel contraste, entre le tapage médiatique auquel se sont livrées nos belles âmes de l’élite intellectuelle voilà quelques jours à peine alors en révolte de pacotille contre une péripétie purement managériale de congédiement, et l’assourdissant silence qui entoure aujourd’hui le véritable attentat contre la liberté de penser, d’écrire, auquel est en train de se livrer la dictature algérienne.

Paix et réconciliation

Ce qui tient de justice désormais dans ce pays – justice politique, s’entend – vient de condamner l’écrivain francophone Kamel Daoud à trois ans de prison ferme et cinq millions de dinars d’amende pour avoir publié en 2024 un livre, Houris, qui, d’ailleurs, considéré comme « meilleur livre de l’année » se vit couronné de notre prestigieux prix Goncourt. Or, l’ouvrage n’a pas l’heur de plaire aux autorités algériennes. Celles-ci ont en effet concocté une loi radicalement liberticide, pompeusement rangée sous le vocable de « charte pour la paix et la réconciliation ». En vérité, il s’agit ni plus ni moins que d’interdire au peuple algérien, où qu’il se trouve, d’avoir accès à la connaissance de ce qui s’est réellement passé durant les années noires qu’a traversées le pays et qui ont fait des milliers et des milliers de morts, des milliers et des milliers de disparus. Interdit donc en premier lieu à tout écrivain, tout historien de se pencher sur ce passé et d’en rendre compte si peu que ce soit.

Voilà ce qui est évidemment reproché à Kamal Daoud, son roman étant une plongée à vif dans la réalité de ce temps-là. D’où la condamnation survenue la semaine dernière.

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On l’aura bien compris. Il n’est question que de s’en prendre avec la dernière rigueur à un auteur qui, en France, au pays de Voltaire, Diderot, Camus, Sartre, a écrit – en français- et fait publier – chez Gallimard – un livre qui n’a jamais pu être lu en Algérie puisqu’il y est interdit (Les éditions Gallimard ayant même été refoulées d’une manifestation culturelle autour du livre à Alger).

Le silence gênant de Saint-Germain-des-Prés

En réponse cette ignominie, que se passe-t-il ? Se mobilise-t-on dans les milieux dits intellectuels, chez les écrivains de référence pour clamer son indignation ? Pétitionne-t-on en foule afin de manifester son soutien au confrère Kamel Daoud ? Pond-on et publie-t-on quelque manifeste pour proclamer que, au moins chez nous, au pays où le mot liberté est gravé au fronton de nos mairies, rien n’est plus cher, justement, que cette liberté ? Liberté de penser, liberté de dire, liberté de dénoncer. Non, il ne se passe rien ou presque rien. Comme si à l’instar de ce que prône le système politico-culturel mis en place outre Méditerranée on pouvait tranquillement accepter l’idée, assez monstrueuse en soi, que le fait d’écrire puisse être assimilé à un crime.

Un proverbe chinois, dit-on, affirme que le poisson pourrit toujours par la tête. Chez nous, ce serait donc par la tête pensante, celle de nos prétendues élites intellectuelles, que nos valeurs fondamentales partiraient en charogne.

L’obscurantisme se lève sur une nation lorsque les cavaliers blancs de la pensée se pervertissent en âmes muettes, et que la tombe de la liberté se referme sans qu’un pleur de ceux-là ne soit versé.

Houris

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LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Iran: lire la guerre

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Téhéran, 8 avril 2026 © Francisco Seco/AP/SIPA

Face à une volonté lente, souterraine et continue, l’Occident hésite, commente et moralise.


La guerre avec l’Iran n’est pas seulement un épisode géopolitique : elle est une déchirure dans le voile des illusions européennes, un rappel brutal que le monde n’a jamais cessé d’être tragique, quand bien même nous avions cru pouvoir l’administrer comme un dossier, le moraliser comme un sermon, le pacifier comme une fiction. Depuis les frappes américaines et israéliennes du 28 février 2026, quelque chose s’est rouvert — non pas une crise, mais une vérité : celle d’un monde où l’on combat encore, où l’on pense en termes de puissance, de durée, de victoire, et non de réparation ou de culpabilité.

Une guerre d’usure ?

L’Iran ne frappe pas seulement : il persiste, il infiltre, il délègue. Il agit par ses relais, ses ombres, ses fidélités anciennes. Il est patient comme le désert, obstiné comme une prière. Et ce que l’Europe ne comprend pas — ou feint de ne pas comprendre —, c’est précisément cette logique : celle d’un temps long, d’une stratégie qui ne cherche pas à convaincre, mais à tenir, à user, à transformer silencieusement le terrain.

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Mais le plus grave n’est pas là. Le plus grave est que nous ne savons plus lire une guerre. Nous en avons perdu le langage. Nous en avons dissous le sens dans une morale de circonstance, dans une compassion sans mémoire, dans un brouillard de commentaires où tout se vaut et où plus rien ne se comprend. Et voici qu’apparaît, comme une rumeur insistante, presque souterraine, l’idée que l’Iran serait en train de gagner cette guerre — non par la force, mais par la simple persistance de son être — tandis que Donald Trump et Israël seraient empêtrés, piégés dans une violence qui les disqualifie.

Mauvaise conscience

Ce renversement est moins une analyse qu’un symptôme. Il dit notre incapacité à penser la guerre autrement que comme une faute. Il dit notre besoin de voir échouer ceux qui assument le conflit, et triompher ceux que nous pouvons encore envelopper dans une fiction de résistance.

Car le régime iranien ne se pense pas comme une nation parmi d’autres. Il est une forme théologico-politique, un centre irradiant, un nœud de croyances et de stratégies qui s’étend bien au-delà de ses frontières visibles. Ses relais — milices, organisations, fidélités armées — ne sont pas des accidents, mais les instruments d’une volonté. Une volonté lente, souterraine, continue.

La politique grand-remplacée par la morale

Mais il serait trop simple de s’arrêter à l’Iran. Car ce qui se joue ici est plus vaste: c’est le retour du monde à la puissance. Les États-Unis, la Russie, la Chine, la Turquie — chacun selon son génie propre, sa mémoire, ses blessures — avancent, projettent, recomposent les équilibres. Les formes diffèrent : force militaire, pression économique, emprise technologique, influence culturelle. Mais partout, la même logique : durer, peser, transformer.

Et face à cela, l’Europe hésite, commente, moralise.

Il n’y a plus d’innocence en ce monde, sinon celle qu’inventent les sociétés pour se sauver d’elles-mêmes. Et cette innocence n’est pas née dans le peuple, mais dans les sphères où l’on fabrique le sens : universités, médias, institutions culturelles. Là s’est imposée une vision du monde où la politique a été remplacée par la morale, où le conflit est devenu suspect, où la réalité doit se plier à l’exigence de pureté.

Cette vision — héritière d’une certaine gauche devenue climat, atmosphère, évidence — ne pense plus en termes d’action, mais de réparation. Elle ne voit plus des adversaires, mais des victimes et des coupables. Elle ne cherche plus à comprendre, mais à juger.

Et dans ce monde-là, le djihadisme ne peut être qu’une réaction, les Frères musulmans qu’une expression sociale, l’Iran qu’un État blessé. On ne voit pas le projet, la volonté, la continuité. On ne voit pas que derrière la plainte peut se tenir une stratégie, derrière la faiblesse une puissance en devenir.

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Pendant ce temps, l’Occident défroqué s’est choisi un Enfant-Jésus de substitution: le Palestinien, victime parfaite, toujours souffrant, jamais responsable. Mais cette figure déborde largement ce seul cas : elle englobe l’immigré, le racialisé, le dominé — toutes ces présences que l’on sanctifie pour mieux se laver soi-même. L’aimer, c’est se purifier. Le défendre, c’est se racheter. Peu importe qu’il échappe à cette image, qu’il contredise cette pureté : il faut qu’il reste innocent, car c’est de cette innocence que dépend notre propre absolution.

D’où ce culte : manifestations, hashtags, indignations rituelles, prêtres médiatiques. Une liturgie sans Dieu, mais avec ses dogmes, ses hérésies, ses excommunications.

On ne dit plus « Juif », mais « sioniste ». Le mot suffit. Il désigne sans dire, il accuse sans nommer, il libère une haine en la rendant acceptable.

Et ainsi s’installe une religion nouvelle, une religion de l’innocence, qui ne cherche pas la vérité mais le pardon. Elle permet d’oublier ce que nous avons perdu : la langue, les églises, la durée. Elle nous dispense de nous juger nous-mêmes.

Mais l’innocence est un mensonge. Elle refuse le réel — la violence des groupes, les stratégies des acteurs, la haine organisée — et prépare, dans son refus même, les violences à venir.

Car pendant que l’Europe s’abîme dans la compassion, le monde avance. Le djihadisme ne pleure pas : il combat. Les organisations patientes travaillent les sociétés de l’intérieur. L’Iran étend ses lignes invisibles. Les puissances recomposent leurs territoires.

Et nous, nous parlons. Deux mondes se font face : l’un cherche à être juste ; l’autre cherche à être fort. Mais l’Histoire ne tranche pas en faveur de la justice. Elle avance avec ceux qui la prennent. Et peut-être est-ce cela, au fond, la tragédie européenne : non pas d’avoir perdu la puissance, mais d’avoir perdu le regard qui permet de la reconnaître — et de s’y confronter sans se dissoudre dans l’illusion de l’innocence.

La société malade

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Trump: coup fourré à Seattle

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DR

L’Iran et l’Égypte ne veulent pas d’un «match des fiertés» à Seattle pendant la Coupe du monde. Au-delà de ce match controversé, si l’Iran est bien qualifié pour la compétition et s’y prépare, les autorités du pays annoncent toujours un possible boycott à cause du conflit avec les États-Unis, co-organisateur.


Le conflit américano-iranien joue une surprenante prolongation sur le terrain du… foot. En juin, les États-Unis (secondés par le Mexique et le Canada) accueillent la Coupe du monde ; écueil, l’Iran est l’un des 48 pays qualifiés.

Vu le contexte, le ministre des Sports Ahmad Donyamali avait estimé que la Team Melli, l’équipe nationale iranienne, ne pourrait « en aucun cas participer à la Coupe du monde ». Trump le reprenait alors de volée en déclarant que pour « leur propre vie et sécurité », il était effectivement préférable que les Iraniens ne fassent pas le déplacement… Ces derniers revendiquent maintenant le droit de participer, mais demandent à jouer leurs matches au… Mexique. Cela leur éviterait de mettre les pieds sur un terrain glissant, un gazon maudit – un piège tendu le 5 décembre à New York lors du tirage au sort de la Coupe du monde. Ce jour-là Gianni Infantino, numéro 1 de la FIFA (fédération internationale qui compte 211 pays, soit plus que les 193 États membres de l’ONU) remettait à Donald Trump le prix de la paix de la FIFA (!), une distinction spécialement créée pour lui, et annonçait que lors de la compétition serait disputé le 26 juin à Seattle un « match des fiertés », dédié à la cause LGBT.

Or ironie du sport, le tirage au sort, qui avec le recul ressemble à un coup fourré, a désigné pour jouer ce « match des fiertés » deux équipes musulmanes, l’Égypte et… l’Iran, pays où en vertu de la loi islamique, les relations homosexuelles sont interdites et peuvent être punies de la peine de mort… Maintenant, si l’Iran déclare forfait ou obtient le droit de jouer ses matches au Mexique, la FIFA devra trouver une autre équipe pour disputer à Seattle ce match des fiertés homosexuelles. Le Brésil a le profil… Cela permettrait à la nouvelle Mairie de Paris d’installer une « fan zone » au bois de Boulogne, où les Brésilien-nes sont toujours de la partie (de jambes en l’air) quand il s’agit de faire des passes.

Quand il arrivait en ville…

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Détail d'une planche de l'album "Marcel Bascoulard", de Frantz Duchazeau © Sarbacane

D’étrangeté locale à égérie de l’art, le dessinateur Marcel Bascoulard (1913-1978) a vécu une vie d’artiste en marge dans la paisible ville de Bourges  


Dans la cité berruyère, au fil des siècles, deux grands hommes demeurent. Leur légende se poursuit grâce au travail des historiens et des écrivains. Elle se propage même dans la mémoire populaire et dans les ruelles de la vieille ville comme une trainée de cendres. Bientôt, ils seront inattaquables, nos deux « vedettes » locales. Chaque génération porte le flambeau du souvenir en ravivant la flamme, exagérant les prouesses ou l’opprobre de ces deux figures qui ont permis à la ville de Bourges de sortir de l’anonymat de la diagonale du vide. Deux personnages qui redorent le blason des ruralités austères et du folklore berrichon dont les chansonniers moquaient l’accent au siècle dernier dans les émissions de variétés.

Phénomène crasseux

La préfecture du Cher doit sa postérité à Jacques Cœur, le grand argentier du roi Charles VII au XVème siècle. Chaque collégien s’est rendu dans son palais pour communier avec le faste d’antan. En substance, les professeurs nous disaient qu’ici avait vécu l’un des personnages centraux du royaume de France. Autour de nous, dès la sortie de la municipalité, les champs s’étendaient à perte de vue, excepté le vignoble, plus au nord, de Menetou-Salon et l’industrie de l’armement florissante, nous sentions que notre avenir n’aurait rien de très flamboyant. Sans ligne TGV, dans l’indifférence totale des gouvernements successifs, les pouvoirs publics estimant que la province dévitalisée était une maladie sans remède, nous étions des victimes disciplinées, en rang, sans une once de rébellion, nous avions fini par accepter notre sort de surnuméraire. Par résistance et aussi pour nous démontrer que de grands hommes avaient émergé du Berry, l’éducation nationale d’alors nous emmenait visiter, chaque printemps, le Palais Jacques Cœur. Une façon pédagogique de faire germer nos rêves et d’entretenir l’illusion d’une réussite possible. Il y avait un autre phénomène dans cette ville connue pour ses maisons à colombages ; crasseux et génial, nauséabond et prolifique, clochard s’habillant en femme, hirsute introverti, provocant non par dissidence mais par amour filial, ce sosie pouilleux de la laitière de Vermeer promenait dans Bourges sa marginalité exubérante. Il sentait fort. À son passage, on changeait de trottoir ou on pouffait de rire. Parfois, des imbéciles l’insultaient. Il ne faisait pas peur, il intriguait surtout par son accoutrement. Marcel Bascoulard n’était pas dangereux.

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Il vivait selon ses propres codes esthétiques et sa moralité poétique. À défaut d’être comprise, sa dérive était largement admise d’où l’émotion sincère quand la ville apprit sa mort.  La plupart des Berruyers ne partageait pas ses fantaisies en termes d’hygiène corporelle et de vêtements, mais ils ne le blâmèrent pas. Il est faux de croire que les différences seraient plus facilement acceptées dans les métropoles que sur nos terres perdues et forcément réactionnaires. Le Berrichon est moins sectaire qu’il n’y paraît, son caractère ombrageux et taiseux ne le pousse pas à attaquer celui qui ne lui ressemble pas à priori. Le Berrichon est assez respectueux de la liberté des autres quand elle n’est pas militante et dominatrice.

© Sarbacane

Talent hors norme

Dire que Bascoulard était adopté de tous serait peut-être exagéré, mais tous les habitants de la ville lui reconnaissaient un talent de dessinateur immense, hors-norme, grandiose, un don céleste, l’œil et la précision, la main et la portée, la délicatesse de l’enlumineur et le détail de la dentellière… Son heure de gloire n’était pas encore arrivée que déjà ses déambulations se racontaient dans les familles au déjeuner du dimanche. Sa fin tragique – il fut assassiné en 1978 – et son visage familier ne furent jamais oubliés. Quand enfant, nous nous rendions au studio Morlet pour un jeu de photographies d’identité, la vie de Bascoulard était résumée dans la vitrine à travers des clichés et des dessins. Nous faisions connaissance avec l’autre célébrité de Bourges.

Le dessinateur Frantz Duchazeau DR.

Le couple Morlet fut d’un soutien sans faille pour cet artiste vagabond.  La renommée de Bascoulard commença à prendre de l’ampleur vers les années 1990. Le travail du biographe Patrick Martinat sur l’homme et l’œuvre eut un retentissement national. Bascoulard né en 1913 est une gloire provinciale en voie de starification internationale. De son vivant, la maison de la culture lui consacra une exposition magistrale. Beaucoup de monde, experts, universitaires et marchands, s’intéressent aujourd’hui à son cas atypique. Son accoutrement qui le délégitimait par le passé des institutions devient un argument de poids dans une société qui s’intéresse aux questions d’inclusivité et de genre. À vrai dire, ce sont les dessins qui fascinent, notamment ceux de la grande Dame de Bourges, la cathédrale Saint-Etienne. Il faut lire la biographie illustrée librement inspirée de la vie de Bascoulard que Frantz Duchazeau vient de publier aux éditions Sarbacane. Un très beau travail de mise en perspective, d’une enfance meurtrie aux mécanismes de la création.

© Sarbacane

Depuis quelques années, chaque Berruyer retourne son grenier pour mettre la main sur l’un des dessins, joyaux de l’artiste. Jadis, il s’en servait pour payer le bifteck de ses chats.


Marcel Bascoulard – Frantz Duchazeau – Sarbacane 168 pages

Bascoulard

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