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Greta Thunberg, les avocats et les politiques : les « invités surprise » de la grève du 13 octobre

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Keffieh sur les épaules et diatribe anti-flic : en s’invitant à Saint-Denis, Greta Thunberg est venue tancer la police et épauler les élèves lors des manifestations de ce 13 octobre. Reste à savoir si la présence de la militante au lycée Paul-Éluard aidera vraiment les étudiants à obtenir des professeurs…

Il est à peine huit heures du matin et le parvis du lycée Paul-Éluard est déjà bloqué. Entre deux conteneurs de poubelles barrant l’accès et les fumigènes, les revendications des élèves comme des enseignants restent concrètes, souligne Midi Libre : classes surchargées, vétusté des bâtiments et professeurs non remplacés. Ce mardi 13 octobre, néanmoins, l’attention médiatique ne porte pas seulement sur le taux de grévistes ou l’ampleur du blocus. Non, la scène est surtout marquée par la présence, distincte mais simultanée, de figures extérieures venues s’afficher auprès des lycéens.

Greta Thunberg s’invite au lycée Paul-Eluard

C’est le premier événement de la matinée. Arrivée sur place en toute discrétion, Greta Thunberg s’est mêlée aux rangs des étudiants. Sa venue dans la banlieue parisienne, vêtue d’un keffieh, a immédiatement transformé le piquet de grève en événement national.

Interrogée devant le lycée Paul-Eluard (Saint-Denis), Greta Thunberg a délivré un message de soutien : « Je suis extrêmement fière des étudiants français », a-t-elle déclaré. Elle a aussi attaqué verbalement la police, qu’elle juge « extrêmement violente comme d’habitude ». « Une telle violence, cela montre tout d’eux et qui ils protègent vraiment. Ils sont censés protéger les jeunes, protéger leurs droits humains, et c’est juste une autre gifle et une trahison pour les jeunes qui voient déjà leur avenir leur être volé et ne peuvent pas aller à l’école avec assez de moyens », a-t-elle ainsi ajouté, non sans insister sur l’idée d’un futur « volé » à des jeunes qui selon elle ne seraient pas considérés comme une priorité des politiques aujourd’hui menées, rapporte Le Monde.

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Le « bouclier » des avocats en robe

À quelques mètres de là, une autre apparition singulière a marqué le rassemblement. Une vingtaine d’avocats du Barreau de la Seine-Saint-Denis, revêtus de leur robe d’audience, ont formé un cordon symbolique autour des lycéens.

Leur objectif était clair : observer et prévenir les tensions lors des interventions policières. À la suite des précédentes journées de mobilisation marquées par des interpellations de mineurs aux abords des lycées, ces professionnels du droit sont venus marquer leur rôle de vigilance citoyenne et de « bouclier juridique » pour l’encadrement des manifestations.
Les politiques locaux et le rendez-vous de l’après-midi

Pour compléter ce tableau, plusieurs figures politiques locales ont également fait le déplacement. Des députés de la Seine-Saint-Denis, à l’image des élus insoumis, sont venus apporter leur soutien formel aux revendications scolaires des élèves de Paul-Éluard.

Alors que les rassemblements parisiens de l’après-midi donneront une mesure plus nationale de la contestation, l’assemblage de Saint-Denis offre une image rare de la diversité des soutiens à la contestation lycéenne. Entre figures internationales, observateurs juridiques et relais politiques, le piquet de grève du 13 octobre restera comme l’un des plus encadrés de ce début d’année scolaire.

L’ère des procès d’appartenance: quand le tribunal de Twitter déménage sur BFMTV

Débat public. Sur les plateaux de télévision comme autour des lycées en ébullition, la gauche préfère disqualifier par anticipation ou aboyer pour couvrir la parole de ses contradicteurs que débattre. Le conformisme ne devient pas émancipateur parce qu’il emprunte le langage de la rébellion, rappelle ici Anne Frémaux.


Il existe une manière particulièrement efficace de clore une discussion : c’est de ne pas la commencer. Il suffit d’identifier le camp auquel appartient votre contradicteur, ou mieux encore, celui auquel on a décidé qu’il appartenait. L’argumentation devient alors superflue, le verdict précédant l’examen.

Le 9 octobre, sur BFMTV, un débat consacré à la mobilisation lycéenne dégénérait en affrontement verbal entre plusieurs invités. Face aux interruptions répétées, la philosophe Bérénice Levet quittait momentanément le plateau, tandis que la présentatrice Julie Hammett tentait de rétablir le dialogue. De retour à la table, elle reprocha à l’avocate Elsa Marcel, militante de Révolution permanente, de disqualifier ses contradicteurs par leurs appartenances politiques supposées. Celle-ci invoqua alors sa proximité avec Valeurs actuelles, suscitant la protestation de la philosophe.

Le lendemain, Révolution permanente diffusait la séquence sous un titre triomphal : « Énorme CLASH sur la RÉVOLTE LYCÉENNE : Elsa Marcel DÉTRUIT trois droitards sur BFM ». En qualifiant ses contradicteurs de « droitards » et en proclamant leur « destruction », le mouvement choisit de présenter la séquence comme une victoire sur des adversaires politiquement identifiés. Le titre ne dit rien, en lui-même, de la qualité des arguments échangés. Il privilégie la mise en scène d’une défaite symbolique plutôt que l’examen du débat.

L’incident révèle un mécanisme qui déborde largement les plateaux de télévision : la transformation du désaccord politique en procès d’appartenance. Dans cette logique, il ne s’agit plus de démontrer qu’une proposition est fausse, mais de ranger celui qui la formule dans une catégorie idéologiquement suspecte. L’identité tient lieu d’objection, la fréquentation devient une preuve à charge.

Le casier judiciaire des opinions

La distinction entre la droite et la gauche, issue de conflits politiques réels et traversée de traditions intellectuelles diverses, se trouve ainsi convertie en frontière morale. Dans cette représentation manichéenne, la gauche se voit attribuer les vertus du progrès, de la justice et de l’émancipation, tandis que la droite se trouve renvoyée à la domination et à l’obscurantisme. Le désaccord politique prend alors la forme d’une opposition morale entre des camps supposés vertueux ou condamnables.

Le procédé repose sur une confusion décisive entre l’origine d’une proposition et sa justification. Les engagements d’un auteur peuvent éclairer ses présupposés ou révéler certains intérêts. Ils ne constituent pas pour autant une réfutation. Si publier dans un hebdomadaire conservateur suffisait à disqualifier un intellectuel, faudrait-il considérer qu’un auteur écrivant dans Libération approuve nécessairement toutes les positions de sa rédaction ? Qu’un collaborateur de L’Humanité souscrit à l’ensemble des orientations du Parti communiste ? Un principe qui ne s’applique qu’à l’adversaire n’est plus un principe : c’est un parti pris.

À cette culpabilité par association s’ajoute un répertoire d’accusations infamantes : « fasciste », « raciste », « antisémite », « réactionnaire », « extrême droite ». Ces termes ne sont pourtant pas interchangeables. Le fascisme désigne une tradition politique historiquement identifiable ; le racisme et l’antisémitisme renvoient à des formes précises de discrimination, d’hostilité ou de haine. Leur gravité exige qu’on ne les emploie pas à la légère. Lorsqu’ils servent à condamner indistinctement un désaccord sur l’immigration, l’autorité, l’identité nationale ou la politique internationale, sans examen des propos effectivement tenus, ils cessent de qualifier des positions pour devenir des instruments de disqualification.

Il ne s’agit évidemment pas de soustraire le racisme, l’antisémitisme ou les doctrines autoritaires à la critique. Lorsqu’une déclaration relève effectivement de l’une de ces catégories, il faut pouvoir la nommer et la combattre. Encore faut-il établir en quoi elle y appartient. Si tout contradicteur devient un fasciste, le mot ne permet plus de distinguer le fascisme de ce qui ne l’est pas. L’inflation des accusations les plus graves risque ainsi d’en affaiblir la portée.

L’école à l’épreuve du conformisme

Cette logique prend une portée particulière lorsqu’elle gagne l’Éducation nationale, dont l’une des missions fondamentales consiste précisément à former le jugement. L’école républicaine doit apprendre aux élèves à distinguer une opinion d’un argument, une conviction d’une démonstration, une critique rationnelle d’une attaque personnelle. Elle ne peut accomplir cette mission si le débat entre adultes se trouve lui-même soumis à des critères de conformité idéologique.

Les débats sur l’autorité pédagogique, la transmission des savoirs, la sélection ou la méritocratie républicaine traversent depuis longtemps les traditions politiques de gauche comme de droite. Pourtant, il arrive que la défense de l’autorité pédagogique, de la rigueur des évaluations ou de l’exigence scolaire soit aussitôt interprétée comme un marqueur conservateur. La question n’est plus alors de discuter les effets d’une pratique pédagogique, mais de déterminer ce que sa défense révélerait des convictions de celui qui la propose. L’étiquette politique tient lieu de réfutation.

Or une proposition relative à l’école doit être jugée sur ses fondements, ses objectifs et ses conséquences. La question n’est pas de savoir si l’exigence scolaire serait de droite ou de gauche, mais si elle favorise effectivement l’acquisition des connaissances, l’autonomie intellectuelle et la réussite des élèves. L’autorité pédagogique peut être défendue au nom de l’émancipation, lorsqu’elle garantit les conditions de la transmission des savoirs et de la formation du jugement. Inversement, une critique de la sélection peut procéder d’une exigence de justice sans impliquer le renoncement à toute évaluation.

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Cette disqualification préalable peut instaurer une véritable terreur intellectuelle. Non pas celle d’une interdiction officielle, mais celle d’une surveillance diffuse des opinions, où chacun apprend à mesurer ses paroles à l’aune des accusations qu’elles pourraient lui valoir. Il n’est plus nécessaire de censurer un enseignant pour obtenir son silence : il suffit qu’il redoute d’être publiquement catalogué, moralement suspecté ou professionnellement isolé. Le coût supposé de la dissidence finit par peser davantage que la force des arguments. Le paradoxe touche au fondement même de l’éducation républicaine : comment apprendre aux élèves à penser librement lorsque les adultes chargés de les instruire hésitent eux-mêmes à exercer leur jugement ?

De la disqualification à l’empêchement

Le procès d’appartenance ne constitue pas en lui-même une censure. Critiquer une doctrine, dénoncer les convictions d’un intervenant ou manifester contre une conférence relève de la liberté d’expression. La frontière est franchie lorsque la condamnation idéologique devient un moyen d’empêcher effectivement la parole d’autrui. On ne cherche plus seulement à contredire un adversaire, mais à soustraire ses idées à la confrontation publique.

Les exemples ne manquent pas. En octobre 2019, l’université Bordeaux-Montaigne annulait une conférence de Sylviane Agacinski après des menaces liées à ses positions sur la procréation médicalement assistée et la gestation pour autrui. En avril 2025, à Lyon 2, le géographe Fabrice Balanche devait interrompre son cours après l’irruption d’individus masqués. En octobre 2026, à Avignon, le théâtre du Rouge-Gorge renonçait à accueillir les universités de rentrée du mouvement de Julien Aubert, invoquant des risques de troubles à l’ordre public contestés par la préfecture. Les organisateurs annonçaient un changement de lieu.

Ces affaires ne sont pas équivalentes : une conférence annulée par précaution, un enseignement interrompu et le retrait d’une salle privée n’engagent ni les mêmes responsabilités ni les mêmes libertés. Elles révèlent néanmoins une difficulté commune : dès lors que la contestation rend matériellement impossible ou plus difficile l’exercice de la parole, la liberté de débattre ne dépend plus seulement des règles communes, mais aussi de la capacité à résister aux pressions.

Or la liberté d’expression ne se réduit pas au droit individuel de parler. Elle suppose également la possibilité, pour les autres, d’entendre des arguments qu’ils ne partagent pas, de les examiner et de les réfuter. Empêcher une conférence, ce n’est donc pas seulement faire taire un intervenant : c’est aussi confisquer le jugement de ceux qui souhaitaient l’écouter. Sous prétexte de les protéger d’idées jugées dangereuses, on décide à leur place de ce qu’ils peuvent entendre. La protection devient alors une tutelle intellectuelle.

Cette distinction est fondamentale. Personne ne possède un droit à être invité partout, ni à obtenir l’approbation de son public. En revanche, nul ne peut s’arroger le pouvoir de décider, par l’intimidation ou l’obstruction, quelles opinions les autres sont autorisés à examiner. Le désaccord démocratique autorise la critique la plus sévère ; il ne confère aucun droit de veto sur la liberté de jugement d’autrui.

La liberté d’expression à l’épreuve de la réciprocité

L’attachement à la liberté d’expression se mesure moins à la vigueur avec laquelle on défend ses propres droits qu’à la constance avec laquelle on reconnaît ceux d’autrui.

En avril 2024, après l’annulation d’une conférence de Jean-Luc Mélenchon et Rima Hassan à l’université de Lille, La France insoumise dénonçait une atteinte à la liberté d’expression et aux libertés universitaires. Manuel Bompard parlait de censure. La revendication était recevable dans son principe : une opinion politiquement contestée ne saurait suffire à justifier l’empêchement de celui qui la défend.

Cette revendication pose une question de principe à toutes les formations politiques, et singulièrement à celles qui font de l’émancipation leur horizon : la liberté d’expression est-elle défendue avec la même fermeté lorsqu’elle bénéficie à leurs adversaires ? Un droit fondamental ne peut dépendre de la sympathie que l’on éprouve pour ceux qui l’exercent. La tolérance politique commence précisément là où s’arrête l’adhésion intellectuelle.

La tolérance politique ne consiste ni à approuver les opinions d’autrui ni à les tenir pour équivalentes. Elle suppose précisément de reconnaître à ceux dont on conteste les convictions le droit de les défendre. On peut juger une proposition fausse, incohérente ou moralement condamnable sans prétendre interdire à son auteur de l’exprimer. Confondre le droit de parler avec la légitimité de ce qui est dit revient à subordonner la liberté d’expression à un jugement de valeur. Or la condamnation d’une idée ne constitue pas sa réfutation.

John Stuart Mill, dans De la liberté (1859), donne à cette exigence une justification intellectuelle décisive. La confrontation des opinions n’est pas seulement une obligation démocratique ; elle constitue une condition de la recherche de la vérité. Une proposition dissidente peut être juste, partiellement juste ou erronée. Son examen permet de corriger une erreur, de compléter une vérité incomplète ou d’éprouver la solidité d’une conviction. La contradiction n’est donc pas un désagrément auquel il faudrait consentir par générosité, mais une épreuve nécessaire à l’intelligence de ce que l’on croit savoir.Une opinion soustraite à toute discussion risque de se figer en dogme, même lorsqu’elle était initialement fondée.

Le pluralisme démocratique ne garantit pas la disparition des conflits ; il organise leur coexistence sans exiger l’unanimité des consciences. Sa difficulté propre est d’instituer un espace commun entre des individus qui ne partagent ni les mêmes convictions ni la même conception du bien. Dès lors que l’accord idéologique ou moral devient une condition de participation, le pluralisme perd sa raison d’être.

L’émancipation sous surveillance

La contradiction devient particulièrement frappante lorsque les pratiques de disqualification se réclament de l’émancipation. Dans Qu’est-ce que les Lumières ? (1784), Kant définit la sortie de la minorité intellectuelle comme la capacité de se servir de son propre entendement sans la direction d’autrui. L’exigence est radicale : aucune autorité ne saurait soustraire définitivement ses prescriptions à l’examen critique de la raison.

Or le conformisme peut parfaitement emprunter le langage de l’insoumission. Celui qui rejette une idée parce qu’elle vient d’un adversaire politique ne fait pas davantage usage de son jugement que celui qui l’accepte parce qu’elle émane de ses alliés. Tous deux abandonnent à une identité collective le soin de décider à leur place. Le conformisme ne devient pas émancipateur parce qu’il emprunte le langage de la rébellion.

La radicalité des convictions ne constitue donc aucune garantie d’indépendance intellectuelle. Un mouvement peut dénoncer les rapports de domination et reproduire, dans ses propres pratiques, une exigence de soumission à l’orthodoxie du groupe. Il peut combattre les autorités établies tout en érigeant ses propres mots d’ordre en vérités soustraites à la discussion. La contestation d’un ordre ne suffit pas à établir que celui qui le conteste s’est affranchi de toute forme de tutelle.

Rosa Luxemburg avait identifié ce danger au sein même du mouvement révolutionnaire. Dans De la révolution russe, rédigé en 1918, elle écrivait : « La liberté, c’est toujours la liberté de celui qui pense autrement. » Cette mise en garde adressée aux bolcheviks venait d’une révolutionnaire convaincue, nullement disposée à renoncer à son idéal politique. Elle ne leur reprochait pas de vouloir transformer radicalement la société, mais de compromettre la liberté en la réservant aux seuls partisans du pouvoir révolutionnaire. Une émancipation qui exige l’adhésion préalable à une doctrine cesse de libérer les consciences : elle leur impose une nouvelle discipline.

Cette leçon dépasse son contexte historique. Un mouvement qui prétend combattre les dominations ne peut réserver la liberté à ceux qui partagent son interprétation du progrès. Il ne suffit pas d’invoquer la justice pour rendre justes les moyens employés en son nom. La valeur d’une cause n’autorise pas ceux qui la défendent à se dispenser de répondre aux objections, pas davantage qu’elle ne leur confère le pouvoir de décider seuls des limites du débat légitime.

Quand la vertu dispense de convaincre

L’épisode de BFMTV prend ici toute sa signification. Que Révolution permanente se félicite d’avoir « détruit trois droitards » ne prouve pas que le mouvement ait exercé une censure. Il révèle une conception de l’affrontement politique dans laquelle l’humiliation supposée des contradicteurs peut être célébrée comme une victoire intellectuelle. L’essentiel n’est plus de convaincre par des arguments, mais de montrer à son camp que l’adversaire a été symboliquement vaincu.

Le danger dépasse les outrances d’un mouvement ou d’une séquence télévisée. Il apparaît chaque fois qu’une cause réputée juste autorise ses défenseurs à s’affranchir des principes qu’ils invoquent contre leurs adversaires. Une telle conception du débat appauvrit ceux qui la pratiquent, puisqu’elle les prive de l’épreuve de la contradiction, sans laquelle aucune conviction ne peut prétendre être véritablement réfléchie.

On ne libère pas les consciences en leur désignant les conclusions auxquelles elles doivent parvenir. On leur impose seulement une nouvelle orthodoxie, avec cette circonstance aggravante qu’elle se présente comme leur émancipation.

«Paysages intérieurs»: la virtuosité ne sauve pas tout

Danse. Paysages intérieurs: un beau titre pour regrouper trois ouvrages de nature très différente exécutés par le Ballet de l’Opéra de Paris, mais qui recouvre des propositions artistiques très inégales.


C’est une belle revanche pour le chorégraphe français Jean-Christophe Maillot de voir entrer l’une de ses œuvres au répertoire de l’Opéra de Paris. Lui qui, non sans quelque raison, s’était longtemps senti mal considéré par les instances culturelles de son propre pays.

On lui a sans doute fait payer son établissement luxueux à la tête des Ballets de Monte Carlo qu’il dirige depuis 1993. Et les milieux de la culture, en France, soit par jacobinisme, soit parce qu’ils affichent une sensibilité de gauche, ne sont pas toujours tendres face à un Français qui aurait « réussi » loin de leur coupe et de surcroît dans une principauté réunissant bien des tares à leurs yeux.

Vers un Pays sage

Mais c’est fait. Et bien fait. Vers un Pays sage, une admirable chorégraphie, magnifiquement portée par une composition de John Adams, a fait une brillante entrée au répertoire du Ballet de l’Opéra de Paris, saluée avec chaleur par le public, un dimanche en matinée, la véritable première, la veille au soir, ayant été confisquée par l’Association pour le rayonnement de l’Opéra (Arop).

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Ce qui est peut-être la pièce la plus aboutie de Jean-Christophe Maillot, sinon son chef d’œuvre, arrive tard (elle a été écrite en 1995, il y a donc près de 30 ans) sur la scène de l’Académie nationale de Musique et de Danse. Mais à un très bon moment : ni trop moderne pour heurter les spectateurs les plus conservateurs, ni classique pour un public amateur de danse contemporaine qui, par aventure, se serait hasardé à l’Opéra et qui déjà, au Théâtre de la Ville, l’an dernier, a plébiscité cette chorégraphie par un succès mérité.

Un rythme diabolique

Accoutumés à se confronter à divers styles d’écriture au gré des chorégraphes invités par la compagnie, les danseurs des Ballets de Monte Carlo sont évidemment façonnés à merveille pour celui de Maillot et ils exécutent à la perfection cette chorégraphie qui est pour eux comme un étendard.

Habitués eux aussi à servir cent chorégraphes différents, et dans un registre de styles incomparablement varié, les danseurs du Ballet de l’Opéra de Paris abordent en revanche pour la première fois cette pièce menée sur un rythme diabolique. C’est un univers bien fait pour leur virtuosité et ils s’y lancent avec tout leur savoir-faire et l’excellence de leur technique. Mais, et c’est bien naturel, on n’y sent pas encore la distanciation et l’aisance qui portent leurs alter ego de Monte Carlo, ni cette sensualité qui imprègne la chorégraphie et qui ne s’épanouira pleinement qu’au moment où une certaine familiarité avec l’ouvrage confèrera aux danseurs l’abandon, la décontraction nécessaires. Ils y viendront assurément, avec le temps, quand leurs corps et leur esprit se seront familiarisés davantage avec la chorégraphie.

Un chorégraphe au long cours

Cependant le résultat est remarquable, comme est remarquable l’interprétation de l’ouvrage qui suit : une pièce de William Forsythe, Rearray (réagencer, réorganiser, déconstruire ?) créée à Londres en 2011.

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Comme un chorégraphe au long cours qui n’a plus rien à prouver, Forsythe se laisse aller négligemment, comme un pianiste virtuose taquinant son clavier sans trop y prêter attention, à des variations sur un thème de déconstruction du ballet académique qu’il a cent fois abordé et où les gestes et les équilibres paraissent s’étirer à l’extrême limite des possibilités du corps humain.  C’est un travail sans doute difficile à exécuter, mais d’un grand ennui à contempler, et qui ne s’étoffe enfin qu’au moment d’un surprenant duo entre jeunes hommes, impeccablement exécuté. Eut-elle été signée par un inconnu que cette chorégraphie ne susciterait sans doute pas un bien grand intérêt.

Sinistre comme la misère

Encapuchonné comme un moine, noyé dans des vêtements surdimensionnés, noir et sinistre comme la misère, dans Busk, troisième ouvrage à l’affiche, un danseur est lancé dans un solo qu’il maîtrise remarquablement. Il symbolise, est-il écrit, « ces artistes qui font la manche en offrant aux passants l’intimité de leur art, le dénuement de leurs corps et de leur condition ».

« BUSK » (Aszure Barton), Ballet de l’Opéra de Paris (c) Julien Benhamou OnP

Cette pièce de la Canadienne Aszure Barton, inconnue jusque-là en France et qui aurait pu le rester sans grand dommage pour nos populations, a quelque chose de geignard, de misérabiliste et d’éternellement sautillant qui ne convainc guère.  Et si elle ne doit pas être commode à exécuter, ne serait ce que par l’incommodité des costumes qui enfouissent les danseurs sous des amas de toile travaillés par les ateliers de couture de l’Opéra à qui quelques pages du programme de la soirée rendent d’ailleurs un juste hommage, si elle n’est pas commode à interpréter, elle manque surtout d’intérêt. C’est une gestuelle dégingandée de pantin désarticulé, de clown triste qu’elle déploie et qui sera reprise par dix autres danseurs encapuchonnés comme des moines de film d’horreur. Effets faciles, discours primaire, commisération pleurnicharde, vocabulaire limité : il faut avoir une fertile imagination pour voir dans cette pièce toutes les belles choses qu’on nous assure s’y trouver. Les interprètes y mettent cependant toute leur énergie à la défendre. Et c’est, espérons-le, cette énergie qu’applaudit sans retenue une grande part du public. 


Paysages intérieurs
Ballet de l’Opéra de Paris. Opéra, salle Garnier.
Jusqu’au 7 novembre 2026.  

Israël: une élection existentielle

Bibi or not Bibi ? Les Israéliens sont appelés aux urnes le 27 octobre. Nous consacrons à cette actualité notre grand dossier du mois (25 pages)


La vérité attendra. Le 23 septembre, la Cour suprême israélienne a, une fois de plus, ajourné la création d’une commission d’enquête sur l’attaque du 7-Octobre. Confrontée à une énième manœuvre dilatoire du gouvernement (qui a invoqué « les contraintes du calendrier de la Knesset »), la haute juridiction n’a eu d’autre choix que de renvoyer sa décision à après les élections législatives du 27 octobre.

Vent mauvais

Il est pourtant de tradition en Israël, seul État de droit au Moyen-Orient, de mener promptement ce type de travaux lorsqu’une catastrophe ou un scandale de dimension nationale vient de se produire. En 1973, la fameuse commission Agranat a ainsi été formée moins d’un mois après le fiasco de la guerre du Kippour. Mais à présent, un vent mauvais souffle sur les institutions du pays. Se posant en victime permanente des élites, Benyamin Netanyahou ne recule devant aucune outrance populiste pour entraver l’action des contre-pouvoirs.

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Résultat, les responsabilités de ceux qui ont failli lors de l’attaque du 7-Octobre n’ont toujours pas été établies. Alors que divers médias (dont Haaretz dans son édition du 8 septembre) ont pointé des dysfonctionnements graves au sein de l’exécutif, jusqu’au Premier ministre en personne.

Le 27 octobre, les électeurs décideront s’ils veulent que le pays soit dirigé par un homme qui, bien qu’au pouvoir depuis dix-sept ans (sauf la parenthèse Natfali Bennett en 2021-2022), refuse d’assumer ses responsabilités dans les échecs du pays. La partie s’annonce serrée. Face à la détestation insensée de l’État juif, les Israéliens ont tendance à resserrer les rangs. Si le monde entier vomit Bibi, il ne peut pas être mauvais. De plus, au regard des immenses dangers pesant sur la nation, beaucoup préfèrent être dirigés par un homme à poigne quand bien même il prendrait des libertés avec les règles. Aussi excusent-ils Netanyahou quand il refuse certaines embauches dans l’audiovisuel public, repousse la nomination de nouveaux juges à la Cour suprême et s’entoure de ministres non seulement cités dans des affaires de corruption, mais également incompétents, telle la ministre du Tourisme Miri Regev, qui faisait du tourisme au Maroc pendant la dernière grève à l’aéroport Ben-Gourion.

Le piège du tout religieux

Ajoutez à cela la présence au gouvernement d’intégristes juifs qui ne font plus mystère de leur projet de saper le compromis officieux régissant les relations entre pouvoir et religion depuis 1947. Un « statu quo » que l’on pourrait résumer par cette formule d’équilibre : « Israël est en même temps un État juif et une démocratie libérale ». Dopés par une démographie galopante, divers courants ultra-orthodoxes alliés de Netanyahou rêvent de ne plus retenir que le premier terme du contrat social afin de transformer progressivement le pays en régime plébiscitaire, voire en théocratie déguisée en démocratie.

Ne croyez pas que ce portrait accablant de l’équipe sortante émane de quelque esprit gauchiste ou complotiste. Ce constat éminemment inquiet, des conservateurs israéliens dont personne ne conteste le sérieux le partagent aussi : par exemple, Ehud Olmert ou Benny Begin (fils de Menahem), deux figures du Likoud old school classées dans la droite dure en raison de leur défense des implantations en Cisjordanie, mais écœurés par les dégâts commis par leur ancien ami Netanyahou.

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En somme, au-delà d’une classique confrontation entre programmes et entre leaders, l’élection déterminera le sort des garde-fous institutionnels qui depuis près de quatre-vingts ans font d’Israël une démocratie vivante, évidemment imparfaite, mais « sachant cultiver l’héritage biblique dans un attachement commun à la dignité humaine et à la liberté », pour parler comme Golda Meir en 1969. L’élection du 27 octobre est donc proprement existentielle.

Jordan Bardella: la leçon de Ceuta

Le président du Rassemblement national a estimé hier que le sort réservé à l’enclave espagnole de Ceuta préfigurait le futur de l’Europe si nous n’agissons pas rapidement contre l’immigration.


Ce lundi 12 octobre, jour de la fête nationale espagnole, Jordan Bardella s’est rendu dans ce pays, et plus précisément dans l’enclave de Ceuta, cet îlot en terre marocaine, envahi en juillet dernier par quelque soixante-dix mille ou quatre-vingt mille migrants en l’espace de quarante-huit heures.

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Aux côtés de Santiago Abascal, le dirigeant de parti nationaliste espagnol Vox, Bardella a rappelé combien il était essentiel pour la survie de nos nations, de notre civilisation de renforcer le rempart que sont nos frontières. Ce qui s’est passé à Ceuta cet été, a-t-il martelé, c’est ce qui attend l’Europe à terme si nous persistons à ne pas voir la nécessité de nous protéger et d’avoir un contrôle réel sur les flux de populations. C’est ce même message que le président du RN fait valoir au parlement européen en tant que président du groupe Patriotes pour l’Europe au sein duquel siège d’ailleurs, Santiago Abascal.

Cette visite espagnole s’inscrit dans la politique de solidarité pour laquelle milite le RN entre les droites nationalistes européennes sur ces questions. C’est ainsi qu’il était l’invité d’honneur le 4 septembre de la formation britannique Reform UK, signant avec son dirigeant Nigel Farage un protocole d’accord contre l’immigration illégale. Le lendemain, c’est en Italie aux côtés de Matteo Salvini qu’il s’exprimait sur la question devant les élites politiques et économiques du Forum Ambrosetti sur les rives du magnifique lac de Côme.

Pour Jordan Bardella et le RN, il est urgent de revoir les accords de Schengen et la politique des frontières pour l’ensemble des nations européennes. Il s’agit d’une question existentielle, souligne-t-il. Ceuta, c’est en raccourci « le futur de l’Europe » si nous tardons à agir, affirme-t-il.

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Est-il besoin de souligner, que pour l’historien et penseur Fernand Braudel, qui était tout sauf un fasciste forcené, les frontières sont un élément fondateur et vital de toutes civilisations. Celles-ci ne pouvant survivre que si elles sont « logées », que si elles ont un « logement » c’est à dire, « un espace, une aire culturelle à laquelle sont rattachés des liens ayant une cohérence entre eux. » C’est ce qu’est en train de nous rappeler Jordan Bardella via la leçon que nous devrions tirer du navrant coup de force migratoire de Ceuta. Ceuta où, selon les sources locales, 6000 à 8000 migrants illégaux se trouveraient toujours planqués, soit environ l’équivalent de 10% de la population habituelle.

Grand Corps Courage

Alors que la présidentielle approche, Grand Corps Malade s’est découvert une nouvelle vocation: sauver la France du RN. Néanmoins, personne n’est parfait, et la vedette a par ailleurs fait repentance dans Libé pour l’achat récent d’une grosse berline allemande.


Libération a récemment consacré une page entière à Fabien Marsaud, alias Grand Corps Malade. Salué par ses pairs comme un emblème et une source d’inspiration, ce parfait exemple d’artiste sensible et engagé revient de Montréal, où il a passé un an et a pu apprécier « une culture de l’accueil qui, estime-t-il, manque cruellement à la France ». Et toc ! Le poète-slameur est intraitable avec son pays d’origine, auquel il reproche par ailleurs son inaction face « au réchauffement climatique » et « aux violences faites aux femmes ». Il se dit dégoûté par « le racisme décomplexé qu’on voit et qu’on entend partout », notamment par les « attaques racistes » dont a été victime son ami, le « charismatique et combatif » maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko. L’artiste sait pertinemment, et depuis longtemps, d’où vient ce vent mauvais : à 15 ans, il écrivait déjà un pamphlet contre le Front national. Ô précoce sagacité ! Libé semble hésiter : du courage ou de la lucidité, qu’est-ce qui l’emporte chez cet homme ? N’écoutant que sa conscience, ce dernier critique en effet ouvertement, désormais, les médias Bolloré. La voix grave, il « exhorte ses compatriotes à réagir » et les appelle à un « sursaut contre l’extrême droite ». Car les élections approchent et Grand Corps Malade a peur. Oh, pas pour lui personnellement. Mais « pour la culture en général, pour les minorités, pour les plus fragiles ».

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Défenseur acharné des droits des femmes, il conteste modestement l’étiquette de féministe : « Je ne sais pas si je la mérite. » Désarmant de sincérité, celui qui affirmait à la radio que « question écologie, on va laisser un monde de merde à nos enfants » avoue ne pas avoir toujours une conduite exemplaire : il aime écouter du rap avec ses deux jeunes fils, « en particulier en voiture, lieu d’inspiration qu’il chérit, même s’il aimerait pouvoir s’en passer pour des raisons écolos ». Touchante confession ! Surtout que notre troubadour a dû se résoudre à acheter une grosse berline allemande : « Sinon, à quatre, avec deux mecs de 1,94 m, c’est compliqué », se justifie-t-il, l’air contrit. Mais comment ne pas pardonner cette petite concession au confort à un artiste qui ose s’engager sur une trajectoire militante si singulière et périlleuse ?

Culture et culture d’entreprise!

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Notre amie Sophie de Menthon lance jeudi sa 24e Fête des entreprises. 72% des salariés déclarent « J’aime ma boîte », révèle-t-elle.


La France vit et meurt de son rapport au travail et à l’entreprise. L’entreprise est la nounou et la bonne à tout faire du pays, même si elle prend ce rôle avec sérieux et même un certain plaisir — à condition de ne pas être matraquée fiscalement à chaque coin de rue ! Elle veille à la santé de ses salariés, elle cultive les jeunes qu’elle accueille (jusqu’à faire des dictées pour éviter les mails d’illettrés qui partent de la boîte !). Elle enseigne l’économie basique à ceux qu’elle rémunère (insuffisamment, du fait des prélèvements exorbitants). Elle console, elle promeut, elle explique, elle accompagne, elle engueule, elle félicite…

Une majorité de bons patrons, une minorité de bons politiques

Cela fait 24 ans qu’est née la « Fête des Entreprises » sur le slogan « J’aime ma boîte », malgré la réaction du vice-président du MEDEF d’alors qui m’avait dit : « On n’est pas là pour être aimés » — c’était une erreur majeure. Il y a comme une nostalgie de paternalisme que les salariés apprécient beaucoup et demandent de plus en plus. Cette année, fêtez-la le jeudi 15 octobre.

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Le dernier sondage IFOP/JAIMEMABOITE2026, dont voici les conclusions majeures, est très révélateur. À la fois de l’inquiétude suscitée par l’international et de la prise de conscience qu’il y a une majorité de bons patrons et une minorité de bons politiques. L’entreprise, de façon incompréhensible, est ignorée de ceux qui nous gouvernent : ils doivent bien y penser de temps en temps, mais pourquoi n’en parlent-ils jamais ? Comment se permettent-ils de jouer les shérifs en imposant aussi bien la mixité des WC que leur séparation, en réglementant les tickets-restaurants et leurs usages possibles, ou en décidant des congés des femmes pour règles douloureuses, etc. ?

Une année toute en contrastes pour « La Fête des Entreprises », car plus on déteste les politiques, plus on aime sa boîte. 72 % des Français ont répondu « oui » à la question : « Aujourd’hui, diriez-vous « j’aime ma boîte » ? ».

Rôle structurant essentiel dans la société française

Cela signifie aussi que l’aspect affectif a gagné du terrain au fil des années. C’est bien d’attachement à l’entreprise dont on parle ; d’ailleurs, ils le confirment à 79 % en considérant que les entreprises représentent un repère important pour la France (et pour eux personnellement, à 70 %). C’est un repère parce que, selon eux, les entreprises jouent un rôle structurant essentiel dans l’économie et la vie des Français. En revanche, ce ne serait pas un repère pour le personnel politique selon 44 % des interviewés… D’où le slogan de l’agence de pub Belinda Média : « L’entreprise, notre boussole à tous ». Ils sont 69 % à considérer que leur niveau de vie dépend de l’activité des entreprises.

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Le travail toutefois est un peu dissocié de l’entité entreprise, puisqu’ils ne sont que 64 % à penser que le travail lui-même est un ancrage dans la vie des individus. Un petit caillou dans la chaussure des dirigeants d’entreprise, car ils sont 52 % à estimer que les dirigeants ne s’appliquent pas assez à ce que leurs salariés soient plus épanouis (48 % en revanche pensent que oui).

L’actualité pourrait nuire au fait que l’entreprise soit une institution rassurante face aux bouleversements du monde. Ils sont 31 % à estimer que, face à tout cela, leur entreprise les rassure moins qu’auparavant. Mais 41 % estiment qu’elle les rassure autant qu’avant.

Comment mieux rémunérer les salariés ?

20 % des salariés ne sont pas contents de leur rémunération, et c’est bien normal puisque le sujet réside dans la différence entre ce que l’entreprise leur verse et ce qu’il reste dans leur poche. 36 % des interrogés considèrent leur rémunération comme suffisante, tandis que 64 % la trouvent insuffisante.

Une véritable satisfaction citoyenne, en revanche, à la question : « Estimez-vous que votre entreprise, quelle que soit sa taille et son secteur, est utile à la France en ce moment ? ». 82 % des interviewés répondent « oui » (4 % « non, pas du tout »). C’est la preuve que les Français jugent leur travail utile, tout comme leur rôle personnel. Un véritable socle qu’il convient de ne pas dégrader. Que l’on soit boulanger ou directeur d’une boîte du CAC 40, on a la même perception de sa propre utilité et de celle de sa boîte. Victoire !

Enfin, une déclaration d’amour à l’entreprise n’est pas inutile une fois par an ! 62 % des Français pensent que « La Fête des Entreprises » est une bonne idée, sachant que le secteur public aime tout autant son entreprise que le secteur privé…

Grève du 13 octobre : pourquoi les lycéens redescendent dans la rue mardi

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Après plusieurs semaines de blocages et de manifestations, les lycéens sont de nouveau appelés à se mobiliser mardi 13 octobre. Manque de professeurs, classes surchargées, journées interminables : derrière les slogans, les témoignages racontent aussi un quotidien scolaire qui s’est sérieusement dégradé.

Le gouvernement espérait que le mouvement s’essoufflerait. Il faudra encore attendre. Mardi 13 octobre, lycéens et étudiants sont une nouvelle fois appelés à manifester partout en France. Des enseignants doivent également rejoindre le mouvement. À Paris, un rassemblement est notamment prévu place d’Italie.

Ce sera l’« acte V » d’une contestation commencée à la mi-septembre et dont l’exécutif espère désormais la décrue. Mais lorsqu’on écoute les élèves, les raisons de la colère apparaissent moins abstraites que les habituels mots d’ordre syndicaux.

« Depuis six mois, nous n’avons pas de professeur »

Devant le lycée Henri-IV à Paris, un lycéen en filière technologique a raconté à Euronews une situation assez difficile à imaginer pour une matière du baccalauréat. « Depuis six mois, nous n’avons pas de professeur, il n’y a pas de remplaçant », explique-t-il. Et le bac approche.

Le même élève évoque des journées se terminant à 17 h 45, voire 18 heures. « Pour être honnête, nos conditions de vie ne sont pas bonnes », résume-t-il.

Ailleurs, ce sont les effectifs qui reviennent dans les conversations. À Nîmes, quatre lycéens interrogés pendant une précédente journée de mobilisation racontaient être jusqu’à 36 par classe. Aux problèmes de professeurs s’ajoutent les bâtiments vétustes, les emplois du temps et Parcoursup. Le mouvement ne se limite donc plus à une revendication unique. C’est aussi ce qui le rend difficile à éteindre.

Des enseignants rejoignent les élèves

Autre évolution notable, les lycéens ne manifestent plus seuls. Des enseignants ont commencé à rejoindre les cortèges. Une professeure interrogée par Public Sénat résumait ainsi la situation : « Ce qu’ils revendiquent, on le revendique aussi en tant que profs. »

Dans plusieurs villes, les précédentes journées ont également été marquées par des tensions avec les forces de l’ordre. À Rennes, quatre lycéennes racontaient encore récemment avoir été profondément marquées par l’intervention des CRS devant leur établissement. « On ne devrait pas avoir peur de la police à 16 ans ! », expliquait l’une d’elles au Monde.

Ces épisodes ont contribué à élargir le mouvement à des parents et à des adultes qui, au départ, n’avaient pas prévu de manifester.

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Manifestation du 13 octobre : le gouvernement joue gros mardi

L’exécutif assure avoir entendu une partie des revendications et a promis un plan destiné notamment à répondre au problème des enseignants absents. Mais mardi donnera surtout une indication beaucoup plus simple : combien de jeunes seront encore prêts à bloquer leur établissement ou à descendre dans la rue après plusieurs semaines de mobilisation ?

La question dépasse désormais l’Éducation nationale. Car une autre date circule déjà massivement sur les réseaux sociaux : celle du samedi 17 octobre, autour cette fois du pouvoir d’achat et d’un possible retour des Gilets jaunes. Si les deux colères finissaient par se croiser, le mouvement changerait de nature.

LVMH à l’heure des comptes : les enjeux de la succession Bernard Arnault

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Alors que LVMH présente ses performances financières du troisième trimestre dans un marché boursier hésitant, l’organisation de la gouvernance du groupe reste sous l’attention des analystes. À 77 ans, le PDG Bernard Arnault sécurise la transmission progressive du groupe à ses cinq enfants. Bilan d’un dispositif juridique et industriel taillé pour la durée.

Ce lundi, après la clôture de la Bourse de Paris, LVMH présente ses performances financières pour le troisième trimestre 2026, comme le rappelle BFM Bourse. Cette publication intervient après plusieurs mois marqués par le ralentissement de la consommation en Asie (et notamment en Chine, souligne France 24) ainsi qu’un repli des cours boursiers des principaux acteurs du luxe. Au-delà des résultats trimestriels, la question de l’évolution de la gouvernance à long terme demeure l’un des sujets centraux pour les analystes financiers et les actionnaires. C’est pourquoi le sujet de la succession de Bernard Arnault (et d’une façon générale, de LVMH) fait encore l’objet de discussions.

La restructuration du contrôle par la holding Agache

Afin d’assurer la pérennité du contrôle familial sur le numéro un mondial du luxe, le groupe a réorganisé sa structure capitalistique. La transformation de la holding familiale Financière Agache en société en commandite par actions (SCA) permet à la famille Arnault de détenir plus de 50 % du capital et environ 66 % des droits de vote de LVMH. Ce montage juridique vise à prémunir le groupe contre d’éventuelles prises de participation hostiles ou des tentatives de déstabilisation du capital, précisait récemment Les Echos.

Certains bureaux d’études, à l’image de Bank of America, évoquent l’existence d’une « décote de gouvernance » liée à l’absence de désignation formelle d’un successeur unique au poste de PDG. Pour autant, l’assemblée générale des actionnaires a repoussé la limite d’âge de la présidence à 80 ans, confirmant le maintien de Bernard Arnault à la tête de l’entreprise tout en fixant le cadre juridique de la transmission jusqu’en 2052.

Succession LVMH : La répartition des rôles entre les cinq enfants de Bernard Arnault

Sur le plan opérationnel, les cinq enfants du fondateur occupent tous des fonctions de premier plan au sein des filiales et de la holding :

  • Delphine Arnault dirige la maison Christian Dior Couture.
  • Antoine Arnault supervise la communication et l’image du groupe, tout en siégeant au comité exécutif.
  • Alexandre, Frédéric et Jean Arnault occupent des postes de direction dans les divisions horlogerie, joaillerie et maroquinerie (notamment chez Tiffany & Co., Tag Heuer et Louis Vuitton).

L’encadrement opérationnel s’appuie également sur des dirigeants chevronnés, tel le directeur général délégué Stéphane Bianchi. Les statuts de la holding Agache prévoient un mécanisme de décision interne imposant l’accord d’une majorité qualifiée entre les membres de la fratrie pour toute modification majeure liée à la détention des titres.

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Un enjeu économique pour le tissu industriel français

Au-delà des aspects boursiers, l’avenir du groupe LVMH concerne directement le tissu industriel national. Avec plusieurs dizaines de sites de production en France — des ateliers de maroquinerie aux domaines viticoles en passant par les parfums —, l’ancrage territorial du groupe constitue un réservoir d’emplois qualifiés et de savoir-faire artisanaux. Il importe néanmoins de préciser que l’objectif officiel affiché par le groupe reste toutefois d’« assurer la pérennité du contrôle familial à long terme ».

L’amitié, cette valeur… de droite

Dans un énième brulot ennuyeux, la lfiste Clémence Guetté propose de politiser l’amitié et entend lui attribuer de nouveaux droits, estimant que notre société valorise à l’excès la famille traditionnelle (pouah !) En réalité, l’amitié est une valeur de droite parce qu’elle repose sur la loyauté, l’effort et le devoir.


Dans un court essai, la députée insoumise Clémence Guetté propose de mettre en place une « politique de l’amitié », souhaitant par là étendre certains droits liés à la famille aux amis (dont l’instauration d’un congé de deuil pour un ami proche et d’un PACS amical). Derrière l’idée, on devine sans mal la volonté de déconstruire un peu plus les liens familiaux traditionnels qui déplaisent viscéralement à la gauche. Cette dernière pourtant n’a pas le monopole de l’amitié et il est bon de rappeler en quoi elle se vit aussi de façon intense à droite.

Guetté ne parviendra pas à préempter l’amitié

En grossissant le trait, on pourrait esquisser ainsi le profil d’un groupe de camarades dont le cœur bat à gauche : discussions tournant autour de la dénonciation du patriarcat, du capitalisme et de l’extrême droite avec en fond sonore du rap insultant la police, guenilleux en t-shirts sans forme mais ornementés de slogans, piercings dans le nez et joint qui circule pour sceller le lien… Mais, qu’ils ne se méprennent pas, il existe aussi une façon tout aussi caricaturale d’être amis quand on penche à droite : seulement, les sujets tournent autour de la civilisation, de l’immigration massive et de la décadence ; les chemises blanches sont repassées ; on écoute de la variété française ou du vieux rock ; et certains fument le cigare pour se donner des airs virils. 

A rebours de l’idée d’amitié défendue par Guetté, qui tente de préempter l’amitié, selon elle “lien d’entraide en période de précarisation”, “refuge et ferment antifasciste et pôle de résistance à l’extrême droite” ou “république des ami.es contre la république des copains”, la notion se cristallise, dans son acception droitière, dans la loyauté, l’honneur et le sacrifice ; elle est faite d’échappées belles au détour des sentiers battus et rebattus de la vie ; elle ne revendique aucun droit, que des devoirs, et encore… ; elle se cristallise dans l’effort, le panache, les petites et grandes aventures, les combats communs autour d’une cause supérieure. 

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Un pour tous, tous pour un !

Ainsi en est-il du lien unissant les Trois Mousquetaires, scellé par un serment apocryphe : “un pour tous, tous pour uns”. Dissemblables dans leurs caractères et leur renommée, entre D’Artagnan, vaillant fer de lance, Aramis, romantique et secret, Athos, sage et torturé, Porthos, armoire à glace et plus rustre, ils n’ont jamais trahi leur relation et, lorsque quelque dissension se fit jour, ils se retrouvèrent, renouvelant le pacte qui les unissait. “Leçon politique majeure : primauté absolue d’un sentiment, l’amitié sur une affinité partisane ou idéologique”, écrivait dans L’âme française le regretté Denis Tillinac qui ajoutait que jamais un collégien, après avoir lu le chef d’œuvre d’Alexandre Dumas, “ne voudrait être de gauche”.

Ne pas tout politiser

Contrairement à la députée LFI je ne pense pas que l’amitié soit « profondément politique », car tout, dans la vie, ne doit pas l’être et, de surcroît, la chose politique peut elle-même constituer un sujet dérisoire parmi ceux que l’on aborde avec nos amis – je me suis bien plus disputé avec des amis pour des questions footballistiques que politiques. On pourrait encore ajouter comme argument à l’encontre de Clémence Guetté qu’on ne perçoit pas en quoi l’amitié ne serait pas soumise elle aussi aux déconstructions habituelles de la gauche qui a l’habitude d’excommunier, jusqu’à passer à la guillotine les anciens camarades.  

Tous les secteurs où l’homme se grandit se nourrissent de ces relations exceptionnelles qu’on appelle l’amitié. Ainsi en est-elle de l’aventure partagée par les pionniers de l’aviation et de l’Aéropostale, pour lesquels j’ai une admiration sans limite. Pensons à celle qui unissait Saint-Exupéry et Guillaumet, atteignant son paroxysme lorsque le premier partit à la recherche du second dans l’hostile Cordillère des Andes suite à un crash ou Jean Mermoz et l’écrivain Joseph Kessel, immortalisée par le second dans un magnifique ouvrage qui se lit avec l’“aride sanglot viril” au coin de l’oeil : “ quand j’étais prêt à renoncer à l’effort (…), je me disais : il y a Mermoz… il va revenir par-dessus l’Atlantique… De lui, de lui seul, j’aurai honte. Et je recommençais la sourde bataille que tout homme se doit de mener, jusqu’à sa mort, contre lui-même”. On ne pourrait soupçonner aucun des quatre hommes, génies dans leur domaine, libres par-dessus tout, aventuriers hors pair, d’être des égalitaristes de gauche quémandant un PACS amical ou des congés de deuil pour mieux sceller leur relation.

Greta Thunberg, les avocats et les politiques : les « invités surprise » de la grève du 13 octobre

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Greta Thunberg s'est rendue au lycée Paul-Eluard à Saint-Denis
Activist Greta Thunberg answers journalist's questions as she attends a gathering in front of the Paul Eluard high school during a protest against under-resourced schools in Saint-Denis, outside Paris, Tuesday Oct. 13, 2026. (AP Photo/John Leicester)/ENA110/26286373047910//2610131229

Keffieh sur les épaules et diatribe anti-flic : en s’invitant à Saint-Denis, Greta Thunberg est venue tancer la police et épauler les élèves lors des manifestations de ce 13 octobre. Reste à savoir si la présence de la militante au lycée Paul-Éluard aidera vraiment les étudiants à obtenir des professeurs…

Il est à peine huit heures du matin et le parvis du lycée Paul-Éluard est déjà bloqué. Entre deux conteneurs de poubelles barrant l’accès et les fumigènes, les revendications des élèves comme des enseignants restent concrètes, souligne Midi Libre : classes surchargées, vétusté des bâtiments et professeurs non remplacés. Ce mardi 13 octobre, néanmoins, l’attention médiatique ne porte pas seulement sur le taux de grévistes ou l’ampleur du blocus. Non, la scène est surtout marquée par la présence, distincte mais simultanée, de figures extérieures venues s’afficher auprès des lycéens.

Greta Thunberg s’invite au lycée Paul-Eluard

C’est le premier événement de la matinée. Arrivée sur place en toute discrétion, Greta Thunberg s’est mêlée aux rangs des étudiants. Sa venue dans la banlieue parisienne, vêtue d’un keffieh, a immédiatement transformé le piquet de grève en événement national.

Interrogée devant le lycée Paul-Eluard (Saint-Denis), Greta Thunberg a délivré un message de soutien : « Je suis extrêmement fière des étudiants français », a-t-elle déclaré. Elle a aussi attaqué verbalement la police, qu’elle juge « extrêmement violente comme d’habitude ». « Une telle violence, cela montre tout d’eux et qui ils protègent vraiment. Ils sont censés protéger les jeunes, protéger leurs droits humains, et c’est juste une autre gifle et une trahison pour les jeunes qui voient déjà leur avenir leur être volé et ne peuvent pas aller à l’école avec assez de moyens », a-t-elle ainsi ajouté, non sans insister sur l’idée d’un futur « volé » à des jeunes qui selon elle ne seraient pas considérés comme une priorité des politiques aujourd’hui menées, rapporte Le Monde.

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Le « bouclier » des avocats en robe

À quelques mètres de là, une autre apparition singulière a marqué le rassemblement. Une vingtaine d’avocats du Barreau de la Seine-Saint-Denis, revêtus de leur robe d’audience, ont formé un cordon symbolique autour des lycéens.

Leur objectif était clair : observer et prévenir les tensions lors des interventions policières. À la suite des précédentes journées de mobilisation marquées par des interpellations de mineurs aux abords des lycées, ces professionnels du droit sont venus marquer leur rôle de vigilance citoyenne et de « bouclier juridique » pour l’encadrement des manifestations.
Les politiques locaux et le rendez-vous de l’après-midi

Pour compléter ce tableau, plusieurs figures politiques locales ont également fait le déplacement. Des députés de la Seine-Saint-Denis, à l’image des élus insoumis, sont venus apporter leur soutien formel aux revendications scolaires des élèves de Paul-Éluard.

Alors que les rassemblements parisiens de l’après-midi donneront une mesure plus nationale de la contestation, l’assemblage de Saint-Denis offre une image rare de la diversité des soutiens à la contestation lycéenne. Entre figures internationales, observateurs juridiques et relais politiques, le piquet de grève du 13 octobre restera comme l’un des plus encadrés de ce début d’année scolaire.

L’ère des procès d’appartenance: quand le tribunal de Twitter déménage sur BFMTV

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Bérénice Levet et Elsa Marcel sur BFMTV. Captures.

Débat public. Sur les plateaux de télévision comme autour des lycées en ébullition, la gauche préfère disqualifier par anticipation ou aboyer pour couvrir la parole de ses contradicteurs que débattre. Le conformisme ne devient pas émancipateur parce qu’il emprunte le langage de la rébellion, rappelle ici Anne Frémaux.


Il existe une manière particulièrement efficace de clore une discussion : c’est de ne pas la commencer. Il suffit d’identifier le camp auquel appartient votre contradicteur, ou mieux encore, celui auquel on a décidé qu’il appartenait. L’argumentation devient alors superflue, le verdict précédant l’examen.

Le 9 octobre, sur BFMTV, un débat consacré à la mobilisation lycéenne dégénérait en affrontement verbal entre plusieurs invités. Face aux interruptions répétées, la philosophe Bérénice Levet quittait momentanément le plateau, tandis que la présentatrice Julie Hammett tentait de rétablir le dialogue. De retour à la table, elle reprocha à l’avocate Elsa Marcel, militante de Révolution permanente, de disqualifier ses contradicteurs par leurs appartenances politiques supposées. Celle-ci invoqua alors sa proximité avec Valeurs actuelles, suscitant la protestation de la philosophe.

Le lendemain, Révolution permanente diffusait la séquence sous un titre triomphal : « Énorme CLASH sur la RÉVOLTE LYCÉENNE : Elsa Marcel DÉTRUIT trois droitards sur BFM ». En qualifiant ses contradicteurs de « droitards » et en proclamant leur « destruction », le mouvement choisit de présenter la séquence comme une victoire sur des adversaires politiquement identifiés. Le titre ne dit rien, en lui-même, de la qualité des arguments échangés. Il privilégie la mise en scène d’une défaite symbolique plutôt que l’examen du débat.

L’incident révèle un mécanisme qui déborde largement les plateaux de télévision : la transformation du désaccord politique en procès d’appartenance. Dans cette logique, il ne s’agit plus de démontrer qu’une proposition est fausse, mais de ranger celui qui la formule dans une catégorie idéologiquement suspecte. L’identité tient lieu d’objection, la fréquentation devient une preuve à charge.

Le casier judiciaire des opinions

La distinction entre la droite et la gauche, issue de conflits politiques réels et traversée de traditions intellectuelles diverses, se trouve ainsi convertie en frontière morale. Dans cette représentation manichéenne, la gauche se voit attribuer les vertus du progrès, de la justice et de l’émancipation, tandis que la droite se trouve renvoyée à la domination et à l’obscurantisme. Le désaccord politique prend alors la forme d’une opposition morale entre des camps supposés vertueux ou condamnables.

Le procédé repose sur une confusion décisive entre l’origine d’une proposition et sa justification. Les engagements d’un auteur peuvent éclairer ses présupposés ou révéler certains intérêts. Ils ne constituent pas pour autant une réfutation. Si publier dans un hebdomadaire conservateur suffisait à disqualifier un intellectuel, faudrait-il considérer qu’un auteur écrivant dans Libération approuve nécessairement toutes les positions de sa rédaction ? Qu’un collaborateur de L’Humanité souscrit à l’ensemble des orientations du Parti communiste ? Un principe qui ne s’applique qu’à l’adversaire n’est plus un principe : c’est un parti pris.

À cette culpabilité par association s’ajoute un répertoire d’accusations infamantes : « fasciste », « raciste », « antisémite », « réactionnaire », « extrême droite ». Ces termes ne sont pourtant pas interchangeables. Le fascisme désigne une tradition politique historiquement identifiable ; le racisme et l’antisémitisme renvoient à des formes précises de discrimination, d’hostilité ou de haine. Leur gravité exige qu’on ne les emploie pas à la légère. Lorsqu’ils servent à condamner indistinctement un désaccord sur l’immigration, l’autorité, l’identité nationale ou la politique internationale, sans examen des propos effectivement tenus, ils cessent de qualifier des positions pour devenir des instruments de disqualification.

Il ne s’agit évidemment pas de soustraire le racisme, l’antisémitisme ou les doctrines autoritaires à la critique. Lorsqu’une déclaration relève effectivement de l’une de ces catégories, il faut pouvoir la nommer et la combattre. Encore faut-il établir en quoi elle y appartient. Si tout contradicteur devient un fasciste, le mot ne permet plus de distinguer le fascisme de ce qui ne l’est pas. L’inflation des accusations les plus graves risque ainsi d’en affaiblir la portée.

L’école à l’épreuve du conformisme

Cette logique prend une portée particulière lorsqu’elle gagne l’Éducation nationale, dont l’une des missions fondamentales consiste précisément à former le jugement. L’école républicaine doit apprendre aux élèves à distinguer une opinion d’un argument, une conviction d’une démonstration, une critique rationnelle d’une attaque personnelle. Elle ne peut accomplir cette mission si le débat entre adultes se trouve lui-même soumis à des critères de conformité idéologique.

Les débats sur l’autorité pédagogique, la transmission des savoirs, la sélection ou la méritocratie républicaine traversent depuis longtemps les traditions politiques de gauche comme de droite. Pourtant, il arrive que la défense de l’autorité pédagogique, de la rigueur des évaluations ou de l’exigence scolaire soit aussitôt interprétée comme un marqueur conservateur. La question n’est plus alors de discuter les effets d’une pratique pédagogique, mais de déterminer ce que sa défense révélerait des convictions de celui qui la propose. L’étiquette politique tient lieu de réfutation.

Or une proposition relative à l’école doit être jugée sur ses fondements, ses objectifs et ses conséquences. La question n’est pas de savoir si l’exigence scolaire serait de droite ou de gauche, mais si elle favorise effectivement l’acquisition des connaissances, l’autonomie intellectuelle et la réussite des élèves. L’autorité pédagogique peut être défendue au nom de l’émancipation, lorsqu’elle garantit les conditions de la transmission des savoirs et de la formation du jugement. Inversement, une critique de la sélection peut procéder d’une exigence de justice sans impliquer le renoncement à toute évaluation.

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Cette disqualification préalable peut instaurer une véritable terreur intellectuelle. Non pas celle d’une interdiction officielle, mais celle d’une surveillance diffuse des opinions, où chacun apprend à mesurer ses paroles à l’aune des accusations qu’elles pourraient lui valoir. Il n’est plus nécessaire de censurer un enseignant pour obtenir son silence : il suffit qu’il redoute d’être publiquement catalogué, moralement suspecté ou professionnellement isolé. Le coût supposé de la dissidence finit par peser davantage que la force des arguments. Le paradoxe touche au fondement même de l’éducation républicaine : comment apprendre aux élèves à penser librement lorsque les adultes chargés de les instruire hésitent eux-mêmes à exercer leur jugement ?

De la disqualification à l’empêchement

Le procès d’appartenance ne constitue pas en lui-même une censure. Critiquer une doctrine, dénoncer les convictions d’un intervenant ou manifester contre une conférence relève de la liberté d’expression. La frontière est franchie lorsque la condamnation idéologique devient un moyen d’empêcher effectivement la parole d’autrui. On ne cherche plus seulement à contredire un adversaire, mais à soustraire ses idées à la confrontation publique.

Les exemples ne manquent pas. En octobre 2019, l’université Bordeaux-Montaigne annulait une conférence de Sylviane Agacinski après des menaces liées à ses positions sur la procréation médicalement assistée et la gestation pour autrui. En avril 2025, à Lyon 2, le géographe Fabrice Balanche devait interrompre son cours après l’irruption d’individus masqués. En octobre 2026, à Avignon, le théâtre du Rouge-Gorge renonçait à accueillir les universités de rentrée du mouvement de Julien Aubert, invoquant des risques de troubles à l’ordre public contestés par la préfecture. Les organisateurs annonçaient un changement de lieu.

Ces affaires ne sont pas équivalentes : une conférence annulée par précaution, un enseignement interrompu et le retrait d’une salle privée n’engagent ni les mêmes responsabilités ni les mêmes libertés. Elles révèlent néanmoins une difficulté commune : dès lors que la contestation rend matériellement impossible ou plus difficile l’exercice de la parole, la liberté de débattre ne dépend plus seulement des règles communes, mais aussi de la capacité à résister aux pressions.

Or la liberté d’expression ne se réduit pas au droit individuel de parler. Elle suppose également la possibilité, pour les autres, d’entendre des arguments qu’ils ne partagent pas, de les examiner et de les réfuter. Empêcher une conférence, ce n’est donc pas seulement faire taire un intervenant : c’est aussi confisquer le jugement de ceux qui souhaitaient l’écouter. Sous prétexte de les protéger d’idées jugées dangereuses, on décide à leur place de ce qu’ils peuvent entendre. La protection devient alors une tutelle intellectuelle.

Cette distinction est fondamentale. Personne ne possède un droit à être invité partout, ni à obtenir l’approbation de son public. En revanche, nul ne peut s’arroger le pouvoir de décider, par l’intimidation ou l’obstruction, quelles opinions les autres sont autorisés à examiner. Le désaccord démocratique autorise la critique la plus sévère ; il ne confère aucun droit de veto sur la liberté de jugement d’autrui.

La liberté d’expression à l’épreuve de la réciprocité

L’attachement à la liberté d’expression se mesure moins à la vigueur avec laquelle on défend ses propres droits qu’à la constance avec laquelle on reconnaît ceux d’autrui.

En avril 2024, après l’annulation d’une conférence de Jean-Luc Mélenchon et Rima Hassan à l’université de Lille, La France insoumise dénonçait une atteinte à la liberté d’expression et aux libertés universitaires. Manuel Bompard parlait de censure. La revendication était recevable dans son principe : une opinion politiquement contestée ne saurait suffire à justifier l’empêchement de celui qui la défend.

Cette revendication pose une question de principe à toutes les formations politiques, et singulièrement à celles qui font de l’émancipation leur horizon : la liberté d’expression est-elle défendue avec la même fermeté lorsqu’elle bénéficie à leurs adversaires ? Un droit fondamental ne peut dépendre de la sympathie que l’on éprouve pour ceux qui l’exercent. La tolérance politique commence précisément là où s’arrête l’adhésion intellectuelle.

La tolérance politique ne consiste ni à approuver les opinions d’autrui ni à les tenir pour équivalentes. Elle suppose précisément de reconnaître à ceux dont on conteste les convictions le droit de les défendre. On peut juger une proposition fausse, incohérente ou moralement condamnable sans prétendre interdire à son auteur de l’exprimer. Confondre le droit de parler avec la légitimité de ce qui est dit revient à subordonner la liberté d’expression à un jugement de valeur. Or la condamnation d’une idée ne constitue pas sa réfutation.

John Stuart Mill, dans De la liberté (1859), donne à cette exigence une justification intellectuelle décisive. La confrontation des opinions n’est pas seulement une obligation démocratique ; elle constitue une condition de la recherche de la vérité. Une proposition dissidente peut être juste, partiellement juste ou erronée. Son examen permet de corriger une erreur, de compléter une vérité incomplète ou d’éprouver la solidité d’une conviction. La contradiction n’est donc pas un désagrément auquel il faudrait consentir par générosité, mais une épreuve nécessaire à l’intelligence de ce que l’on croit savoir.Une opinion soustraite à toute discussion risque de se figer en dogme, même lorsqu’elle était initialement fondée.

Le pluralisme démocratique ne garantit pas la disparition des conflits ; il organise leur coexistence sans exiger l’unanimité des consciences. Sa difficulté propre est d’instituer un espace commun entre des individus qui ne partagent ni les mêmes convictions ni la même conception du bien. Dès lors que l’accord idéologique ou moral devient une condition de participation, le pluralisme perd sa raison d’être.

L’émancipation sous surveillance

La contradiction devient particulièrement frappante lorsque les pratiques de disqualification se réclament de l’émancipation. Dans Qu’est-ce que les Lumières ? (1784), Kant définit la sortie de la minorité intellectuelle comme la capacité de se servir de son propre entendement sans la direction d’autrui. L’exigence est radicale : aucune autorité ne saurait soustraire définitivement ses prescriptions à l’examen critique de la raison.

Or le conformisme peut parfaitement emprunter le langage de l’insoumission. Celui qui rejette une idée parce qu’elle vient d’un adversaire politique ne fait pas davantage usage de son jugement que celui qui l’accepte parce qu’elle émane de ses alliés. Tous deux abandonnent à une identité collective le soin de décider à leur place. Le conformisme ne devient pas émancipateur parce qu’il emprunte le langage de la rébellion.

La radicalité des convictions ne constitue donc aucune garantie d’indépendance intellectuelle. Un mouvement peut dénoncer les rapports de domination et reproduire, dans ses propres pratiques, une exigence de soumission à l’orthodoxie du groupe. Il peut combattre les autorités établies tout en érigeant ses propres mots d’ordre en vérités soustraites à la discussion. La contestation d’un ordre ne suffit pas à établir que celui qui le conteste s’est affranchi de toute forme de tutelle.

Rosa Luxemburg avait identifié ce danger au sein même du mouvement révolutionnaire. Dans De la révolution russe, rédigé en 1918, elle écrivait : « La liberté, c’est toujours la liberté de celui qui pense autrement. » Cette mise en garde adressée aux bolcheviks venait d’une révolutionnaire convaincue, nullement disposée à renoncer à son idéal politique. Elle ne leur reprochait pas de vouloir transformer radicalement la société, mais de compromettre la liberté en la réservant aux seuls partisans du pouvoir révolutionnaire. Une émancipation qui exige l’adhésion préalable à une doctrine cesse de libérer les consciences : elle leur impose une nouvelle discipline.

Cette leçon dépasse son contexte historique. Un mouvement qui prétend combattre les dominations ne peut réserver la liberté à ceux qui partagent son interprétation du progrès. Il ne suffit pas d’invoquer la justice pour rendre justes les moyens employés en son nom. La valeur d’une cause n’autorise pas ceux qui la défendent à se dispenser de répondre aux objections, pas davantage qu’elle ne leur confère le pouvoir de décider seuls des limites du débat légitime.

Quand la vertu dispense de convaincre

L’épisode de BFMTV prend ici toute sa signification. Que Révolution permanente se félicite d’avoir « détruit trois droitards » ne prouve pas que le mouvement ait exercé une censure. Il révèle une conception de l’affrontement politique dans laquelle l’humiliation supposée des contradicteurs peut être célébrée comme une victoire intellectuelle. L’essentiel n’est plus de convaincre par des arguments, mais de montrer à son camp que l’adversaire a été symboliquement vaincu.

Le danger dépasse les outrances d’un mouvement ou d’une séquence télévisée. Il apparaît chaque fois qu’une cause réputée juste autorise ses défenseurs à s’affranchir des principes qu’ils invoquent contre leurs adversaires. Une telle conception du débat appauvrit ceux qui la pratiquent, puisqu’elle les prive de l’épreuve de la contradiction, sans laquelle aucune conviction ne peut prétendre être véritablement réfléchie.

On ne libère pas les consciences en leur désignant les conclusions auxquelles elles doivent parvenir. On leur impose seulement une nouvelle orthodoxie, avec cette circonstance aggravante qu’elle se présente comme leur émancipation.

«Paysages intérieurs»: la virtuosité ne sauve pas tout

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"VERS UN PAYS SAGE" (Jean-Christophe Maillot), Roxane Stojanov, Thomas Docquir, Florent Melac © Julien Benhamou OnP

Danse. Paysages intérieurs: un beau titre pour regrouper trois ouvrages de nature très différente exécutés par le Ballet de l’Opéra de Paris, mais qui recouvre des propositions artistiques très inégales.


C’est une belle revanche pour le chorégraphe français Jean-Christophe Maillot de voir entrer l’une de ses œuvres au répertoire de l’Opéra de Paris. Lui qui, non sans quelque raison, s’était longtemps senti mal considéré par les instances culturelles de son propre pays.

On lui a sans doute fait payer son établissement luxueux à la tête des Ballets de Monte Carlo qu’il dirige depuis 1993. Et les milieux de la culture, en France, soit par jacobinisme, soit parce qu’ils affichent une sensibilité de gauche, ne sont pas toujours tendres face à un Français qui aurait « réussi » loin de leur coupe et de surcroît dans une principauté réunissant bien des tares à leurs yeux.

Vers un Pays sage

Mais c’est fait. Et bien fait. Vers un Pays sage, une admirable chorégraphie, magnifiquement portée par une composition de John Adams, a fait une brillante entrée au répertoire du Ballet de l’Opéra de Paris, saluée avec chaleur par le public, un dimanche en matinée, la véritable première, la veille au soir, ayant été confisquée par l’Association pour le rayonnement de l’Opéra (Arop).

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Ce qui est peut-être la pièce la plus aboutie de Jean-Christophe Maillot, sinon son chef d’œuvre, arrive tard (elle a été écrite en 1995, il y a donc près de 30 ans) sur la scène de l’Académie nationale de Musique et de Danse. Mais à un très bon moment : ni trop moderne pour heurter les spectateurs les plus conservateurs, ni classique pour un public amateur de danse contemporaine qui, par aventure, se serait hasardé à l’Opéra et qui déjà, au Théâtre de la Ville, l’an dernier, a plébiscité cette chorégraphie par un succès mérité.

Un rythme diabolique

Accoutumés à se confronter à divers styles d’écriture au gré des chorégraphes invités par la compagnie, les danseurs des Ballets de Monte Carlo sont évidemment façonnés à merveille pour celui de Maillot et ils exécutent à la perfection cette chorégraphie qui est pour eux comme un étendard.

Habitués eux aussi à servir cent chorégraphes différents, et dans un registre de styles incomparablement varié, les danseurs du Ballet de l’Opéra de Paris abordent en revanche pour la première fois cette pièce menée sur un rythme diabolique. C’est un univers bien fait pour leur virtuosité et ils s’y lancent avec tout leur savoir-faire et l’excellence de leur technique. Mais, et c’est bien naturel, on n’y sent pas encore la distanciation et l’aisance qui portent leurs alter ego de Monte Carlo, ni cette sensualité qui imprègne la chorégraphie et qui ne s’épanouira pleinement qu’au moment où une certaine familiarité avec l’ouvrage confèrera aux danseurs l’abandon, la décontraction nécessaires. Ils y viendront assurément, avec le temps, quand leurs corps et leur esprit se seront familiarisés davantage avec la chorégraphie.

Un chorégraphe au long cours

Cependant le résultat est remarquable, comme est remarquable l’interprétation de l’ouvrage qui suit : une pièce de William Forsythe, Rearray (réagencer, réorganiser, déconstruire ?) créée à Londres en 2011.

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Comme un chorégraphe au long cours qui n’a plus rien à prouver, Forsythe se laisse aller négligemment, comme un pianiste virtuose taquinant son clavier sans trop y prêter attention, à des variations sur un thème de déconstruction du ballet académique qu’il a cent fois abordé et où les gestes et les équilibres paraissent s’étirer à l’extrême limite des possibilités du corps humain.  C’est un travail sans doute difficile à exécuter, mais d’un grand ennui à contempler, et qui ne s’étoffe enfin qu’au moment d’un surprenant duo entre jeunes hommes, impeccablement exécuté. Eut-elle été signée par un inconnu que cette chorégraphie ne susciterait sans doute pas un bien grand intérêt.

Sinistre comme la misère

Encapuchonné comme un moine, noyé dans des vêtements surdimensionnés, noir et sinistre comme la misère, dans Busk, troisième ouvrage à l’affiche, un danseur est lancé dans un solo qu’il maîtrise remarquablement. Il symbolise, est-il écrit, « ces artistes qui font la manche en offrant aux passants l’intimité de leur art, le dénuement de leurs corps et de leur condition ».

« BUSK » (Aszure Barton), Ballet de l’Opéra de Paris (c) Julien Benhamou OnP

Cette pièce de la Canadienne Aszure Barton, inconnue jusque-là en France et qui aurait pu le rester sans grand dommage pour nos populations, a quelque chose de geignard, de misérabiliste et d’éternellement sautillant qui ne convainc guère.  Et si elle ne doit pas être commode à exécuter, ne serait ce que par l’incommodité des costumes qui enfouissent les danseurs sous des amas de toile travaillés par les ateliers de couture de l’Opéra à qui quelques pages du programme de la soirée rendent d’ailleurs un juste hommage, si elle n’est pas commode à interpréter, elle manque surtout d’intérêt. C’est une gestuelle dégingandée de pantin désarticulé, de clown triste qu’elle déploie et qui sera reprise par dix autres danseurs encapuchonnés comme des moines de film d’horreur. Effets faciles, discours primaire, commisération pleurnicharde, vocabulaire limité : il faut avoir une fertile imagination pour voir dans cette pièce toutes les belles choses qu’on nous assure s’y trouver. Les interprètes y mettent cependant toute leur énergie à la défendre. Et c’est, espérons-le, cette énergie qu’applaudit sans retenue une grande part du public. 


Paysages intérieurs
Ballet de l’Opéra de Paris. Opéra, salle Garnier.
Jusqu’au 7 novembre 2026.  

Israël: une élection existentielle

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OpenAI/Causeur

Bibi or not Bibi ? Les Israéliens sont appelés aux urnes le 27 octobre. Nous consacrons à cette actualité notre grand dossier du mois (25 pages)


La vérité attendra. Le 23 septembre, la Cour suprême israélienne a, une fois de plus, ajourné la création d’une commission d’enquête sur l’attaque du 7-Octobre. Confrontée à une énième manœuvre dilatoire du gouvernement (qui a invoqué « les contraintes du calendrier de la Knesset »), la haute juridiction n’a eu d’autre choix que de renvoyer sa décision à après les élections législatives du 27 octobre.

Vent mauvais

Il est pourtant de tradition en Israël, seul État de droit au Moyen-Orient, de mener promptement ce type de travaux lorsqu’une catastrophe ou un scandale de dimension nationale vient de se produire. En 1973, la fameuse commission Agranat a ainsi été formée moins d’un mois après le fiasco de la guerre du Kippour. Mais à présent, un vent mauvais souffle sur les institutions du pays. Se posant en victime permanente des élites, Benyamin Netanyahou ne recule devant aucune outrance populiste pour entraver l’action des contre-pouvoirs.

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Résultat, les responsabilités de ceux qui ont failli lors de l’attaque du 7-Octobre n’ont toujours pas été établies. Alors que divers médias (dont Haaretz dans son édition du 8 septembre) ont pointé des dysfonctionnements graves au sein de l’exécutif, jusqu’au Premier ministre en personne.

Le 27 octobre, les électeurs décideront s’ils veulent que le pays soit dirigé par un homme qui, bien qu’au pouvoir depuis dix-sept ans (sauf la parenthèse Natfali Bennett en 2021-2022), refuse d’assumer ses responsabilités dans les échecs du pays. La partie s’annonce serrée. Face à la détestation insensée de l’État juif, les Israéliens ont tendance à resserrer les rangs. Si le monde entier vomit Bibi, il ne peut pas être mauvais. De plus, au regard des immenses dangers pesant sur la nation, beaucoup préfèrent être dirigés par un homme à poigne quand bien même il prendrait des libertés avec les règles. Aussi excusent-ils Netanyahou quand il refuse certaines embauches dans l’audiovisuel public, repousse la nomination de nouveaux juges à la Cour suprême et s’entoure de ministres non seulement cités dans des affaires de corruption, mais également incompétents, telle la ministre du Tourisme Miri Regev, qui faisait du tourisme au Maroc pendant la dernière grève à l’aéroport Ben-Gourion.

Le piège du tout religieux

Ajoutez à cela la présence au gouvernement d’intégristes juifs qui ne font plus mystère de leur projet de saper le compromis officieux régissant les relations entre pouvoir et religion depuis 1947. Un « statu quo » que l’on pourrait résumer par cette formule d’équilibre : « Israël est en même temps un État juif et une démocratie libérale ». Dopés par une démographie galopante, divers courants ultra-orthodoxes alliés de Netanyahou rêvent de ne plus retenir que le premier terme du contrat social afin de transformer progressivement le pays en régime plébiscitaire, voire en théocratie déguisée en démocratie.

Ne croyez pas que ce portrait accablant de l’équipe sortante émane de quelque esprit gauchiste ou complotiste. Ce constat éminemment inquiet, des conservateurs israéliens dont personne ne conteste le sérieux le partagent aussi : par exemple, Ehud Olmert ou Benny Begin (fils de Menahem), deux figures du Likoud old school classées dans la droite dure en raison de leur défense des implantations en Cisjordanie, mais écœurés par les dégâts commis par leur ancien ami Netanyahou.

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En somme, au-delà d’une classique confrontation entre programmes et entre leaders, l’élection déterminera le sort des garde-fous institutionnels qui depuis près de quatre-vingts ans font d’Israël une démocratie vivante, évidemment imparfaite, mais « sachant cultiver l’héritage biblique dans un attachement commun à la dignité humaine et à la liberté », pour parler comme Golda Meir en 1969. L’élection du 27 octobre est donc proprement existentielle.

Jordan Bardella: la leçon de Ceuta

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Santiago Abascal (Vox) et Jordan Bardella (RN) à Ceuta, Espagne, le 12 octobre 2026. RS.

Le président du Rassemblement national a estimé hier que le sort réservé à l’enclave espagnole de Ceuta préfigurait le futur de l’Europe si nous n’agissons pas rapidement contre l’immigration.


Ce lundi 12 octobre, jour de la fête nationale espagnole, Jordan Bardella s’est rendu dans ce pays, et plus précisément dans l’enclave de Ceuta, cet îlot en terre marocaine, envahi en juillet dernier par quelque soixante-dix mille ou quatre-vingt mille migrants en l’espace de quarante-huit heures.

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Aux côtés de Santiago Abascal, le dirigeant de parti nationaliste espagnol Vox, Bardella a rappelé combien il était essentiel pour la survie de nos nations, de notre civilisation de renforcer le rempart que sont nos frontières. Ce qui s’est passé à Ceuta cet été, a-t-il martelé, c’est ce qui attend l’Europe à terme si nous persistons à ne pas voir la nécessité de nous protéger et d’avoir un contrôle réel sur les flux de populations. C’est ce même message que le président du RN fait valoir au parlement européen en tant que président du groupe Patriotes pour l’Europe au sein duquel siège d’ailleurs, Santiago Abascal.

Cette visite espagnole s’inscrit dans la politique de solidarité pour laquelle milite le RN entre les droites nationalistes européennes sur ces questions. C’est ainsi qu’il était l’invité d’honneur le 4 septembre de la formation britannique Reform UK, signant avec son dirigeant Nigel Farage un protocole d’accord contre l’immigration illégale. Le lendemain, c’est en Italie aux côtés de Matteo Salvini qu’il s’exprimait sur la question devant les élites politiques et économiques du Forum Ambrosetti sur les rives du magnifique lac de Côme.

Pour Jordan Bardella et le RN, il est urgent de revoir les accords de Schengen et la politique des frontières pour l’ensemble des nations européennes. Il s’agit d’une question existentielle, souligne-t-il. Ceuta, c’est en raccourci « le futur de l’Europe » si nous tardons à agir, affirme-t-il.

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Est-il besoin de souligner, que pour l’historien et penseur Fernand Braudel, qui était tout sauf un fasciste forcené, les frontières sont un élément fondateur et vital de toutes civilisations. Celles-ci ne pouvant survivre que si elles sont « logées », que si elles ont un « logement » c’est à dire, « un espace, une aire culturelle à laquelle sont rattachés des liens ayant une cohérence entre eux. » C’est ce qu’est en train de nous rappeler Jordan Bardella via la leçon que nous devrions tirer du navrant coup de force migratoire de Ceuta. Ceuta où, selon les sources locales, 6000 à 8000 migrants illégaux se trouveraient toujours planqués, soit environ l’équivalent de 10% de la population habituelle.

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Grand Corps Courage

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D.R.

Alors que la présidentielle approche, Grand Corps Malade s’est découvert une nouvelle vocation: sauver la France du RN. Néanmoins, personne n’est parfait, et la vedette a par ailleurs fait repentance dans Libé pour l’achat récent d’une grosse berline allemande.


Libération a récemment consacré une page entière à Fabien Marsaud, alias Grand Corps Malade. Salué par ses pairs comme un emblème et une source d’inspiration, ce parfait exemple d’artiste sensible et engagé revient de Montréal, où il a passé un an et a pu apprécier « une culture de l’accueil qui, estime-t-il, manque cruellement à la France ». Et toc ! Le poète-slameur est intraitable avec son pays d’origine, auquel il reproche par ailleurs son inaction face « au réchauffement climatique » et « aux violences faites aux femmes ». Il se dit dégoûté par « le racisme décomplexé qu’on voit et qu’on entend partout », notamment par les « attaques racistes » dont a été victime son ami, le « charismatique et combatif » maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko. L’artiste sait pertinemment, et depuis longtemps, d’où vient ce vent mauvais : à 15 ans, il écrivait déjà un pamphlet contre le Front national. Ô précoce sagacité ! Libé semble hésiter : du courage ou de la lucidité, qu’est-ce qui l’emporte chez cet homme ? N’écoutant que sa conscience, ce dernier critique en effet ouvertement, désormais, les médias Bolloré. La voix grave, il « exhorte ses compatriotes à réagir » et les appelle à un « sursaut contre l’extrême droite ». Car les élections approchent et Grand Corps Malade a peur. Oh, pas pour lui personnellement. Mais « pour la culture en général, pour les minorités, pour les plus fragiles ».

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Défenseur acharné des droits des femmes, il conteste modestement l’étiquette de féministe : « Je ne sais pas si je la mérite. » Désarmant de sincérité, celui qui affirmait à la radio que « question écologie, on va laisser un monde de merde à nos enfants » avoue ne pas avoir toujours une conduite exemplaire : il aime écouter du rap avec ses deux jeunes fils, « en particulier en voiture, lieu d’inspiration qu’il chérit, même s’il aimerait pouvoir s’en passer pour des raisons écolos ». Touchante confession ! Surtout que notre troubadour a dû se résoudre à acheter une grosse berline allemande : « Sinon, à quatre, avec deux mecs de 1,94 m, c’est compliqué », se justifie-t-il, l’air contrit. Mais comment ne pas pardonner cette petite concession au confort à un artiste qui ose s’engager sur une trajectoire militante si singulière et périlleuse ?

Culture et culture d’entreprise!

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Sophie de Menthon, dirigeante de l' organisation patronale Ethic et fondatrice de la Fête des entreprises © Alain ROBERT/SIPA

Notre amie Sophie de Menthon lance jeudi sa 24e Fête des entreprises. 72% des salariés déclarent « J’aime ma boîte », révèle-t-elle.


La France vit et meurt de son rapport au travail et à l’entreprise. L’entreprise est la nounou et la bonne à tout faire du pays, même si elle prend ce rôle avec sérieux et même un certain plaisir — à condition de ne pas être matraquée fiscalement à chaque coin de rue ! Elle veille à la santé de ses salariés, elle cultive les jeunes qu’elle accueille (jusqu’à faire des dictées pour éviter les mails d’illettrés qui partent de la boîte !). Elle enseigne l’économie basique à ceux qu’elle rémunère (insuffisamment, du fait des prélèvements exorbitants). Elle console, elle promeut, elle explique, elle accompagne, elle engueule, elle félicite…

Une majorité de bons patrons, une minorité de bons politiques

Cela fait 24 ans qu’est née la « Fête des Entreprises » sur le slogan « J’aime ma boîte », malgré la réaction du vice-président du MEDEF d’alors qui m’avait dit : « On n’est pas là pour être aimés » — c’était une erreur majeure. Il y a comme une nostalgie de paternalisme que les salariés apprécient beaucoup et demandent de plus en plus. Cette année, fêtez-la le jeudi 15 octobre.

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Le dernier sondage IFOP/JAIMEMABOITE2026, dont voici les conclusions majeures, est très révélateur. À la fois de l’inquiétude suscitée par l’international et de la prise de conscience qu’il y a une majorité de bons patrons et une minorité de bons politiques. L’entreprise, de façon incompréhensible, est ignorée de ceux qui nous gouvernent : ils doivent bien y penser de temps en temps, mais pourquoi n’en parlent-ils jamais ? Comment se permettent-ils de jouer les shérifs en imposant aussi bien la mixité des WC que leur séparation, en réglementant les tickets-restaurants et leurs usages possibles, ou en décidant des congés des femmes pour règles douloureuses, etc. ?

Une année toute en contrastes pour « La Fête des Entreprises », car plus on déteste les politiques, plus on aime sa boîte. 72 % des Français ont répondu « oui » à la question : « Aujourd’hui, diriez-vous « j’aime ma boîte » ? ».

Rôle structurant essentiel dans la société française

Cela signifie aussi que l’aspect affectif a gagné du terrain au fil des années. C’est bien d’attachement à l’entreprise dont on parle ; d’ailleurs, ils le confirment à 79 % en considérant que les entreprises représentent un repère important pour la France (et pour eux personnellement, à 70 %). C’est un repère parce que, selon eux, les entreprises jouent un rôle structurant essentiel dans l’économie et la vie des Français. En revanche, ce ne serait pas un repère pour le personnel politique selon 44 % des interviewés… D’où le slogan de l’agence de pub Belinda Média : « L’entreprise, notre boussole à tous ». Ils sont 69 % à considérer que leur niveau de vie dépend de l’activité des entreprises.

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Le travail toutefois est un peu dissocié de l’entité entreprise, puisqu’ils ne sont que 64 % à penser que le travail lui-même est un ancrage dans la vie des individus. Un petit caillou dans la chaussure des dirigeants d’entreprise, car ils sont 52 % à estimer que les dirigeants ne s’appliquent pas assez à ce que leurs salariés soient plus épanouis (48 % en revanche pensent que oui).

L’actualité pourrait nuire au fait que l’entreprise soit une institution rassurante face aux bouleversements du monde. Ils sont 31 % à estimer que, face à tout cela, leur entreprise les rassure moins qu’auparavant. Mais 41 % estiment qu’elle les rassure autant qu’avant.

Comment mieux rémunérer les salariés ?

20 % des salariés ne sont pas contents de leur rémunération, et c’est bien normal puisque le sujet réside dans la différence entre ce que l’entreprise leur verse et ce qu’il reste dans leur poche. 36 % des interrogés considèrent leur rémunération comme suffisante, tandis que 64 % la trouvent insuffisante.

Une véritable satisfaction citoyenne, en revanche, à la question : « Estimez-vous que votre entreprise, quelle que soit sa taille et son secteur, est utile à la France en ce moment ? ». 82 % des interviewés répondent « oui » (4 % « non, pas du tout »). C’est la preuve que les Français jugent leur travail utile, tout comme leur rôle personnel. Un véritable socle qu’il convient de ne pas dégrader. Que l’on soit boulanger ou directeur d’une boîte du CAC 40, on a la même perception de sa propre utilité et de celle de sa boîte. Victoire !

Enfin, une déclaration d’amour à l’entreprise n’est pas inutile une fois par an ! 62 % des Français pensent que « La Fête des Entreprises » est une bonne idée, sachant que le secteur public aime tout autant son entreprise que le secteur privé…

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Grève du 13 octobre : pourquoi les lycéens redescendent dans la rue mardi

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Des lycéens en amont de la manifestation du 13 octobre
Mandatory Credit: Photo by snapshot-photography/F Boillot/Shutterstock (17212421c) The pupils of the French Gymnasium in Berlin stand in solidarity with the French educational protests of the movement Blocus des Lycées and gather in front of the French Embassy in Berlin. High School Blockade - Solidarity Rally in Berlin, Berlin, Berlin, Germany - 12 Oct 2026/shutterstock_editorial_High_School_Blockade_Solidarit_17212421c//2610121908

Après plusieurs semaines de blocages et de manifestations, les lycéens sont de nouveau appelés à se mobiliser mardi 13 octobre. Manque de professeurs, classes surchargées, journées interminables : derrière les slogans, les témoignages racontent aussi un quotidien scolaire qui s’est sérieusement dégradé.

Le gouvernement espérait que le mouvement s’essoufflerait. Il faudra encore attendre. Mardi 13 octobre, lycéens et étudiants sont une nouvelle fois appelés à manifester partout en France. Des enseignants doivent également rejoindre le mouvement. À Paris, un rassemblement est notamment prévu place d’Italie.

Ce sera l’« acte V » d’une contestation commencée à la mi-septembre et dont l’exécutif espère désormais la décrue. Mais lorsqu’on écoute les élèves, les raisons de la colère apparaissent moins abstraites que les habituels mots d’ordre syndicaux.

« Depuis six mois, nous n’avons pas de professeur »

Devant le lycée Henri-IV à Paris, un lycéen en filière technologique a raconté à Euronews une situation assez difficile à imaginer pour une matière du baccalauréat. « Depuis six mois, nous n’avons pas de professeur, il n’y a pas de remplaçant », explique-t-il. Et le bac approche.

Le même élève évoque des journées se terminant à 17 h 45, voire 18 heures. « Pour être honnête, nos conditions de vie ne sont pas bonnes », résume-t-il.

Ailleurs, ce sont les effectifs qui reviennent dans les conversations. À Nîmes, quatre lycéens interrogés pendant une précédente journée de mobilisation racontaient être jusqu’à 36 par classe. Aux problèmes de professeurs s’ajoutent les bâtiments vétustes, les emplois du temps et Parcoursup. Le mouvement ne se limite donc plus à une revendication unique. C’est aussi ce qui le rend difficile à éteindre.

Des enseignants rejoignent les élèves

Autre évolution notable, les lycéens ne manifestent plus seuls. Des enseignants ont commencé à rejoindre les cortèges. Une professeure interrogée par Public Sénat résumait ainsi la situation : « Ce qu’ils revendiquent, on le revendique aussi en tant que profs. »

Dans plusieurs villes, les précédentes journées ont également été marquées par des tensions avec les forces de l’ordre. À Rennes, quatre lycéennes racontaient encore récemment avoir été profondément marquées par l’intervention des CRS devant leur établissement. « On ne devrait pas avoir peur de la police à 16 ans ! », expliquait l’une d’elles au Monde.

Ces épisodes ont contribué à élargir le mouvement à des parents et à des adultes qui, au départ, n’avaient pas prévu de manifester.

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Manifestation du 13 octobre : le gouvernement joue gros mardi

L’exécutif assure avoir entendu une partie des revendications et a promis un plan destiné notamment à répondre au problème des enseignants absents. Mais mardi donnera surtout une indication beaucoup plus simple : combien de jeunes seront encore prêts à bloquer leur établissement ou à descendre dans la rue après plusieurs semaines de mobilisation ?

La question dépasse désormais l’Éducation nationale. Car une autre date circule déjà massivement sur les réseaux sociaux : celle du samedi 17 octobre, autour cette fois du pouvoir d’achat et d’un possible retour des Gilets jaunes. Si les deux colères finissaient par se croiser, le mouvement changerait de nature.

LVMH à l’heure des comptes : les enjeux de la succession Bernard Arnault

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June 6, 2026, Monte-Carlo, Monaco: BERNARD ARNAULT is seen during the Qualifying session of the Formula 1 Grand Prix of Monaco 2026. (Credit Image: © Mickael Chavet/ZUMA Press Wire)/20260606_zep_c179_096/ZEUS/2606061929

Alors que LVMH présente ses performances financières du troisième trimestre dans un marché boursier hésitant, l’organisation de la gouvernance du groupe reste sous l’attention des analystes. À 77 ans, le PDG Bernard Arnault sécurise la transmission progressive du groupe à ses cinq enfants. Bilan d’un dispositif juridique et industriel taillé pour la durée.

Ce lundi, après la clôture de la Bourse de Paris, LVMH présente ses performances financières pour le troisième trimestre 2026, comme le rappelle BFM Bourse. Cette publication intervient après plusieurs mois marqués par le ralentissement de la consommation en Asie (et notamment en Chine, souligne France 24) ainsi qu’un repli des cours boursiers des principaux acteurs du luxe. Au-delà des résultats trimestriels, la question de l’évolution de la gouvernance à long terme demeure l’un des sujets centraux pour les analystes financiers et les actionnaires. C’est pourquoi le sujet de la succession de Bernard Arnault (et d’une façon générale, de LVMH) fait encore l’objet de discussions.

La restructuration du contrôle par la holding Agache

Afin d’assurer la pérennité du contrôle familial sur le numéro un mondial du luxe, le groupe a réorganisé sa structure capitalistique. La transformation de la holding familiale Financière Agache en société en commandite par actions (SCA) permet à la famille Arnault de détenir plus de 50 % du capital et environ 66 % des droits de vote de LVMH. Ce montage juridique vise à prémunir le groupe contre d’éventuelles prises de participation hostiles ou des tentatives de déstabilisation du capital, précisait récemment Les Echos.

Certains bureaux d’études, à l’image de Bank of America, évoquent l’existence d’une « décote de gouvernance » liée à l’absence de désignation formelle d’un successeur unique au poste de PDG. Pour autant, l’assemblée générale des actionnaires a repoussé la limite d’âge de la présidence à 80 ans, confirmant le maintien de Bernard Arnault à la tête de l’entreprise tout en fixant le cadre juridique de la transmission jusqu’en 2052.

Succession LVMH : La répartition des rôles entre les cinq enfants de Bernard Arnault

Sur le plan opérationnel, les cinq enfants du fondateur occupent tous des fonctions de premier plan au sein des filiales et de la holding :

  • Delphine Arnault dirige la maison Christian Dior Couture.
  • Antoine Arnault supervise la communication et l’image du groupe, tout en siégeant au comité exécutif.
  • Alexandre, Frédéric et Jean Arnault occupent des postes de direction dans les divisions horlogerie, joaillerie et maroquinerie (notamment chez Tiffany & Co., Tag Heuer et Louis Vuitton).

L’encadrement opérationnel s’appuie également sur des dirigeants chevronnés, tel le directeur général délégué Stéphane Bianchi. Les statuts de la holding Agache prévoient un mécanisme de décision interne imposant l’accord d’une majorité qualifiée entre les membres de la fratrie pour toute modification majeure liée à la détention des titres.

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Un enjeu économique pour le tissu industriel français

Au-delà des aspects boursiers, l’avenir du groupe LVMH concerne directement le tissu industriel national. Avec plusieurs dizaines de sites de production en France — des ateliers de maroquinerie aux domaines viticoles en passant par les parfums —, l’ancrage territorial du groupe constitue un réservoir d’emplois qualifiés et de savoir-faire artisanaux. Il importe néanmoins de préciser que l’objectif officiel affiché par le groupe reste toutefois d’« assurer la pérennité du contrôle familial à long terme ».

L’amitié, cette valeur… de droite

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Editions La Découverte

Dans un énième brulot ennuyeux, la lfiste Clémence Guetté propose de politiser l’amitié et entend lui attribuer de nouveaux droits, estimant que notre société valorise à l’excès la famille traditionnelle (pouah !) En réalité, l’amitié est une valeur de droite parce qu’elle repose sur la loyauté, l’effort et le devoir.


Dans un court essai, la députée insoumise Clémence Guetté propose de mettre en place une « politique de l’amitié », souhaitant par là étendre certains droits liés à la famille aux amis (dont l’instauration d’un congé de deuil pour un ami proche et d’un PACS amical). Derrière l’idée, on devine sans mal la volonté de déconstruire un peu plus les liens familiaux traditionnels qui déplaisent viscéralement à la gauche. Cette dernière pourtant n’a pas le monopole de l’amitié et il est bon de rappeler en quoi elle se vit aussi de façon intense à droite.

Guetté ne parviendra pas à préempter l’amitié

En grossissant le trait, on pourrait esquisser ainsi le profil d’un groupe de camarades dont le cœur bat à gauche : discussions tournant autour de la dénonciation du patriarcat, du capitalisme et de l’extrême droite avec en fond sonore du rap insultant la police, guenilleux en t-shirts sans forme mais ornementés de slogans, piercings dans le nez et joint qui circule pour sceller le lien… Mais, qu’ils ne se méprennent pas, il existe aussi une façon tout aussi caricaturale d’être amis quand on penche à droite : seulement, les sujets tournent autour de la civilisation, de l’immigration massive et de la décadence ; les chemises blanches sont repassées ; on écoute de la variété française ou du vieux rock ; et certains fument le cigare pour se donner des airs virils. 

A rebours de l’idée d’amitié défendue par Guetté, qui tente de préempter l’amitié, selon elle “lien d’entraide en période de précarisation”, “refuge et ferment antifasciste et pôle de résistance à l’extrême droite” ou “république des ami.es contre la république des copains”, la notion se cristallise, dans son acception droitière, dans la loyauté, l’honneur et le sacrifice ; elle est faite d’échappées belles au détour des sentiers battus et rebattus de la vie ; elle ne revendique aucun droit, que des devoirs, et encore… ; elle se cristallise dans l’effort, le panache, les petites et grandes aventures, les combats communs autour d’une cause supérieure. 

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Un pour tous, tous pour un !

Ainsi en est-il du lien unissant les Trois Mousquetaires, scellé par un serment apocryphe : “un pour tous, tous pour uns”. Dissemblables dans leurs caractères et leur renommée, entre D’Artagnan, vaillant fer de lance, Aramis, romantique et secret, Athos, sage et torturé, Porthos, armoire à glace et plus rustre, ils n’ont jamais trahi leur relation et, lorsque quelque dissension se fit jour, ils se retrouvèrent, renouvelant le pacte qui les unissait. “Leçon politique majeure : primauté absolue d’un sentiment, l’amitié sur une affinité partisane ou idéologique”, écrivait dans L’âme française le regretté Denis Tillinac qui ajoutait que jamais un collégien, après avoir lu le chef d’œuvre d’Alexandre Dumas, “ne voudrait être de gauche”.

Ne pas tout politiser

Contrairement à la députée LFI je ne pense pas que l’amitié soit « profondément politique », car tout, dans la vie, ne doit pas l’être et, de surcroît, la chose politique peut elle-même constituer un sujet dérisoire parmi ceux que l’on aborde avec nos amis – je me suis bien plus disputé avec des amis pour des questions footballistiques que politiques. On pourrait encore ajouter comme argument à l’encontre de Clémence Guetté qu’on ne perçoit pas en quoi l’amitié ne serait pas soumise elle aussi aux déconstructions habituelles de la gauche qui a l’habitude d’excommunier, jusqu’à passer à la guillotine les anciens camarades.  

Tous les secteurs où l’homme se grandit se nourrissent de ces relations exceptionnelles qu’on appelle l’amitié. Ainsi en est-elle de l’aventure partagée par les pionniers de l’aviation et de l’Aéropostale, pour lesquels j’ai une admiration sans limite. Pensons à celle qui unissait Saint-Exupéry et Guillaumet, atteignant son paroxysme lorsque le premier partit à la recherche du second dans l’hostile Cordillère des Andes suite à un crash ou Jean Mermoz et l’écrivain Joseph Kessel, immortalisée par le second dans un magnifique ouvrage qui se lit avec l’“aride sanglot viril” au coin de l’oeil : “ quand j’étais prêt à renoncer à l’effort (…), je me disais : il y a Mermoz… il va revenir par-dessus l’Atlantique… De lui, de lui seul, j’aurai honte. Et je recommençais la sourde bataille que tout homme se doit de mener, jusqu’à sa mort, contre lui-même”. On ne pourrait soupçonner aucun des quatre hommes, génies dans leur domaine, libres par-dessus tout, aventuriers hors pair, d’être des égalitaristes de gauche quémandant un PACS amical ou des congés de deuil pour mieux sceller leur relation.

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