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Macron, Trump: les copains d’abord

Prompts à critiquer les dérives constatées aux Etats-Unis, nos champions de l’Etat de droit ne se privent pas de placer partout leurs pions pour faire barrage à qui vous savez…


Jerome Powell, actuel patron de la Fed (la Réserve fédérale des États-Unis), achèvera son mandat en mai prochain. Hostile aux baisses des taux réclamées par Trump, bien que nommé par ce dernier en 2017 (!), Jay Powell s’est vu récemment gratifié de tombereaux d’injures par le Donald : « Qui est notre plus grand ennemi, Jay Powell ou le président Xi ? »

Le président a déjà désigné Kevin Warsh, un proche, pour diriger la banque centrale. Il est donc de bon ton de souligner l’entorse ainsi faite à la sacro-sainte (quoique très théorique) indépendance d’une banque centrale. De là à voir dans cette nomination une preuve supplémentaire du despotisme trumpien, il n’y a qu’un pas que tous ses adversaires, notamment français, n’hésitent pas à franchir.

C’est pas chez nous qu’un truc comme ça arriverait. Ah, en fait si. C’est même arrivé trois fois en l’espace de quelques jours. François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, a opportunément annoncé sa démission. Macron s’apprête à nommer son remplaçant. Idem pour Christine Lagarde, dont le départ anticipé est annoncé. Enfin, Amélie de Monchalin va prendre la présidence de la Cour des comptes, afin de porter un jugement impartial sur… le budget qu’elle vient de concocter. Rien à voir évidemment avec les menées scélérates de Trump. Tous ces Français sont là pour une cause noble : faire barrage à Bardella, au cas où…

Quel soulagement pour les amoureux de l’« État de droit ».

Le droit international à l’épreuve de la guerre hybride

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Proxies. En droit international, la légitime défense invoquée par Israël ne peut être légale et recevable que si les attaques menées par les groupes soutenus par l’Iran peuvent être considérées comme une attaque armée imputable à l’Iran.


La question des proxies est devenue l’un des angles morts les plus sensibles du droit international contemporain. Le principe général est clair :  un État est responsable des actes internationalement illicites qui lui sont imputables. Encore faut-il établir le lien d’imputation. Or les stratégies indirectes prospèrent – et c’est précisément là que le bât blesse.

En droit international, la responsabilité d’un État pour les actes d’un acteur non étatique suppose de démontrer un degré suffisant de contrôle. La jurisprudence de la Cour internationale de Justice (CIJ) a posé le critère du « contrôle effectif ». Il ne suffit pas de financer, armer ou entraîner un groupe. Il faut prouver que l’État dirigeait ou contrôlait l’opération spécifique au cours de laquelle la violation a été commise.

Dans cette jurisprudence, l’affaire des Activités militaires et paramilitaires au Nicaragua (Nicaragua c. États-Unis) jugée en 1986 par la CIJ constitue un jalon majeur. En condamnant le soutien américain aux Contras et le minage des ports nicaraguayens comme violations du principe de non-recours à la force et du principe de non-intervention, la CIJ a fixé le cadre juridique de la responsabilité d’un État pour les actes commis par des acteurs armés non étatiques.

La Cour y distingue le soutien matériel, financier et logistique à un groupe rebelle (qui d’ailleurs peut constituer en soi une violation du droit international), et l’imputation directe des crimes commis par ce groupe à l’État soutien. Or, pour que cette imputation soit juridiquement établie, la Cour exige la preuve d’un « contrôle effectif » sur l’opération spécifique au cours de laquelle la violation a été commise. Autrement, elle exige la preuve que l’État a dirigé ou contrôlé l’acte précis en cause.

Ce seuil, particulièrement élevé, rend extrêmement difficile l’attribution automatique des exactions d’un proxy à son parrain étatique, même lorsque l’ampleur du soutien structurel ne fait guère de doute. En établissant ce critère, la décision de 1986 a façonné toute la réflexion ultérieure sur ce que nous appelions plus tard « guerres hybrides ». En privilégiant le droit des Etats, la Cour a offert une protection contre l’ingérence armée mais en même temps créée un espace juridique dans lequel peuvent prospérer des stratégies de « déni plausible » et donc de projection de puissance par procuration.

Une grosse décennie plus tard, le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, dans l’arrêt Tadić de 1999, a proposé une lecture différente. Là où la CIJ exigeait la preuve d’un « contrôle effectif » sur l’opération spécifique ayant donné lieu à la violation, le Tribunal a introduit le critère plus souple de « contrôle global ». Selon cette approche, il n’est pas nécessaire de démontrer qu’un État a ordonné ou dirigé chaque attaque précise. Il suffit d’établir qu’il exerce un rôle d’organisation, de coordination ou de soutien structurant sur le groupe armé dans son ensemble, au point d’en orienter l’action générale. Le Tribunal considérait que dans les conflits contemporains, caractérisés par des relations organiques entre États et forces paramilitaires, exiger un contrôle opérationnel détaillé revenait à ignorer la réalité des chaînes de commandement indirectes.

Cette divergence touchait à la qualification même des conflits armés. Dans l’arrêt Tadić, le Tribunal cherchait à déterminer si le conflit en Bosnie devait être qualifié d’international, ce qui dépendait de l’attribution des forces serbes de Bosnie à la République fédérale de Yougoslavie. En adoptant le critère du « contrôle global », les magistrats abaissaient le seuil d’imputation afin de mieux refléter l’emprise exercée par Belgrade.

Cependant, dans son arrêt Bosnie c. Serbie de 2007, la CIJ a explicitement refusé d’adopter cette conception plus large et a réaffirmé le standard du contrôle effectif pour engager la responsabilité internationale d’un État. Elle a estimé que le critère du Tribunal, pertinent dans un cadre pénal visant à déterminer la nature d’un conflit, ne pouvait être transposé tel quel à la question de la responsabilité étatique.

A lire aussi, du même auteur: Iran: quand la propagande du regime se retourne contre lui

Cette divergence entre les deux juridictions révèle une fracture dans le droit international contemporain. D’un côté, le TPI exprime une approche réaliste cherchant à appréhender les formes hybrides de la guerre moderne. De l’autre, la CIJ formule une exigence stricte de preuve destinée à préserver la stabilité du système international en évitant une extension excessive de la responsabilité des États. Ce sont deux réponses différentes à la question : à qui profite la zone grise ?

C’est dans cet espace ambigu que s’inscrit la stratégie iranienne avec le Hezbollah. Il ne fait guère de doute que la République islamique d’Iran fournit au Hezbollah un soutien financier, logistique, technologique et doctrinal massif. Des cadres sont formés, des systèmes d’armes transférés, des capacités de renseignement coordonnées, des crédits et des liquidités accordés. Sur le plan stratégique, l’alignement est manifeste. Pourtant, établir juridiquement que Téhéran a exercé un contrôle effectif sur un tir de roquette par le Hezbollah, même lorsqu’il s’agit d’un armement d’origine iranienne utilisé par un cadre formé et financé par l’Iran contre un objectif israélien, demeure quasiment impossible sans preuve directe d’un ordre opérationnel précis. Ce qui a valu aux États-Unis leur condamnation en 1986 tient précisément à l’existence d’une documentation abondante et traçable issue d’institutions structurées comme la CIA, le Pentagone ou la Maison-Blanche, fonctionnant selon des protocoles formalisés. À l’inverse, le système iranien – et c’est à la fois sa force et sa faiblesse – repose largement sur des circuits personnels et informels, souvent opaques. Les décisions y laissent peu de traces écrites, les flux financiers passent par des canaux difficiles à retracer et le contrôle échappe largement à la publicité, à la presse et au contrôle parlementaire. Il en résulte une absence quasi totale de « paper trail » exploitable juridiquement entre la République islamique et le Hezbollah, ce qui rend l’imputation directe d’un acte déterminé extrêmement difficile.

Le résultat est que ce seuil probatoire élevé crée une zone grise. Il permet à la République Islamique d’Iran de bénéficier d’une forme de déni plausible tout en tirant les bénéfices stratégiques de l’action du proxy. En pratique, cela complique l’engagement de la responsabilité internationale et limite les voies de recours devant les juridictions internationales.

À partir de ce cadre, la question de la légalité de la guerre en cours contre l’Iran ne peut être tranchée qu’en distinguant deux plans. En principe, toute attaque armée contre un État souverain constitue une violation du droit international. Pour qu’elle soit licite, elle doit soit être autorisée par le Conseil de sécurité, soit relever de la légitime défense en réponse à une « attaque armée ». Tout l’enjeu est donc de savoir si les actions menées par les proxies soutenus par l’Iran peuvent être juridiquement qualifiées d’« attaque armée » imputable à Téhéran et justifiant la légitime défense.

Si l’on retient le standard strict du « contrôle effectif » de la Cour internationale de Justice, l’imputation directe des tirs du Hezbollah, du Hamas, des Houtis ou d’autres milices à l’État iranien demeure extrêmement difficile à établir sans preuves qui probablement n’existent pas (un ordre direct, clair et signé par exemple). En revanche, si l’on adopte l’approche plus fonctionnelle du « contrôle global » ou d’une lecture extensive de l’article 51 tenant compte des guerres hybrides, on peut soutenir qu’un État qui organise, arme, finance et coordonne durablement des attaques répétées contre un autre État engage sa responsabilité directe comme s’il est lui-même l’auteur de l’agression. Dans cette perspective, la riposte directe contre l’État soutien pourrait être qualifiée de légitime défense face à une agression par procuration.

La controverse tient donc moins aux faits qu’au seuil juridique retenu, et la guerre actuelle se situe précisément dans cette zone grise, entre une lecture formaliste qui y verrait une violation de l’interdiction du recours à la force et une lecture stratégique qui invoquerait la légitime défense face à une agression indirecte structurée et durable. Le cas iranien illustre plus largement une transformation profonde du conflit armé contemporain, où la projection de puissance s’opère de plus en plus par des réseaux hybrides brouillant la frontière entre guerre interétatique « classique » et violence non étatique. Conçu pour des affrontements classiques entre armées régulières, le droit international peine à saisir ces configurations diffuses. La question dépasse ainsi la seule responsabilité de l’Iran pour les actes du Hezbollah et renvoie à un enjeu plus fondamental, celui de l’adaptation des normes juridiques à une époque où la souveraineté s’exerce fréquemment par délégation armée et par l’entremise de proxies.

Islam libéral: mode d’emploi introuvable!

Ni le réel n’est entièrement rationnel ni le rationnel tout à fait réel.
Albert Camus.

Notre vie est une constante négociation entre le rationnel, l’imaginaire et nos émotions.
Albert Memmi.


L’Islam contre la modernité. Tel est le titre, sans point d’interrogation, et donc la conclusion professée par Ferghane Azihari dans son dernier essai, au sens où l’entendait Montaigne.

De prime abord, elle tombe sous le sens. Il cite Tocqueville :

Mahomet a fait descendre du ciel, et a placé dans le Coran, non seulement des doctrines religieuses, mais des maximes politiques, des lois civiles et criminelles, des théories scientifiques.

Livre pimenté de récits légendaires et merveilleux, dicté au VIIe siècle par Allah lui-même à un scribe illettré. Or, chacun sait que, pour toute religion, la parole divine est immuable. Le Coran expose donc une vision du monde figée. Comme pour tout système juridique, ne sont pas exclues les controverses doctrinales, mais elles ont pour limites un cadre intangible. Si les constitutions et les lois séculaires peuvent être révisées et adaptées aux nouvelles réalités sociales, il ne saurait en aller de même quand le Créateur a légiféré une fois pour toutes, pour l’éternité. Un exemple : s’il est légitime de discuter du sexe des anges, l’existence de ces auxiliaires ailés de Dieu ne saurait être mise en doute, sous peine d’hérésie.

Les pendules remises à l’heure

Avant même de lire cet ouvrage, nul besoin d’être un érudit orientaliste pour connaître les principes fondamentaux consacrés par le droit islamique : infériorité des femmes, soumises à l’autorité des hommes (père, frères) si elles sont célibataires et à celle de leur mari (librement choisi, ça va de soi…); dans une procédure judiciaire, leur témoignage a un poids inférieur à celui d’un homme; le divorce est un acte de répudiation unilatéral de la part du mari et l’ex-femme n’a aucun droit sur la garde des enfants; il y a inégalité sur le plan successoral… L’exogamie est licite pour ces messieurs, mais ces dames restent strictement soumises à l’endogamie et sont nubiles à l’âge mûr de 9 ans. Par ailleurs, si les minorités juives et chrétiennes bénéficient de la généreuse mansuétude que l’état islamique refuse aux païens, leurs membres sont toujours soumis à une infériorité juridique dont l’intensité dépend de la bienveillance et de l’ouverture d’esprit du sultan local. N’oublions pas l’esclavage, qui n’épargne ni les « nègres » (qui « ont peu de ce qui est essentiellement humain et possèdent des attributs tout à fait voisins de ceux d’animaux stupides », dixit le grand sage Ibn Khaldoun), ni, bien sûr, les « négresses »; la polygamie (mais il ne faut rien exagérer car elle est limitée à 4 épouses); et, last but not least, l’apostasie, qui est sanctionnée par la peine de mort.

En matière de droits civiques, de droit de la famille et de droit du travail, un modèle quelque peu désuet.

M. Azihari donne une passionnante rétrospective historique, bien étayée par de solides références documentaires. Mieux, il remet quelques pendules à l’heure.

En ce qui concerne le soi-disant âge d’or de la civilisation musulmane du XIIe siècle, laquelle aurait alors rendu à l’Occident son héritage philosophique grec, le lecteur apprend que cette retransmission fut plutôt l’œuvre d’intellectuels non musulmans, arabophones mais polyglottes : les disciples du prophète répugnaient à l’étude des langues étrangères. Une possible préfiguration du dictateur cambodgien Pol Pot?

D’aucuns, comme jadis Napoléon, voient dans le prophète le chef ayant instauré un certain ordre dans une contrée désertique. L’auteur fait ce constat que, en réalité, le Moyen-Orient, y compris la péninsule arabique, était une région riche, tant sur le plan matériel que sur celui de la diversité culturelle. Au lieu de s’appuyer sur ce fertile terreau, les autorités conquérantes l’ont étouffé. D’ailleurs, il souligne avec ironie que Khadija, la première épouse du prophète, non seulement n’était pas analphabète, mais était une femme d’affaires accomplie, marchande de chameaux de son état, concessionnaire des limousines de l’époque. Or, non seulement la Saoudienne d’aujourd’hui n’est juridiquement qu’une mineure incapable, mais, ô ironie, elle était, jusqu’à une époque récente, interdite de conduite de véhicules automobiles… Est-il possible de mieux illustrer la déchéance de la femme?

Le totalitarisme se traduit toujours par la régression de la pensée et de la justice sociale.

Spirituel et temporel

En matière scientifique, l’islam est hostile à la créativité théorique, seul l’utilitaire compte. Métaphoriquement, le musulman pieux peut faire un bon ingénieur, mais pas un physicien. 76% des musulmans feraient primer le dogme sur la science en cas de conflit.

La cause est entendue : l’islam est totalement incompatible avec l’État moderne. En effet, l’« islam libéral » est un oxymore et est fausse la distinction entre « islam » et « islamisme »

La question est plutôt de savoir si les individus nés musulmans peuvent vivre en Occident en citoyens, notamment respectueux de la laïcité à la française. Autrement dit, peuvent-ils faire abstraction des injonctions divines et respecter intégralement le droit séculier?

En ce qui concerne les libres penseurs (et surtout penseuses…), qui ont brisé leurs chaînes mentales, aucun problème; ils sont plus nombreux que l’on croit. Quant au musulman modérément pratiquant lambda, ignorant en matière d’histoire et qui tient pour acquis, comme son homologue chrétien, que sa religion prêche simplement l’amour du prochain et la tolérance (vu qu’il n’a pas pris connaissance des précisions totalitaires exposées dans les notes de bas de page), ce ne sont que d’inoffensives brebis égarées.

Mais quid des intégristes, ou plus exactement, des rigoristes?

L’auteur cite le saint-simonien Ismayl Urbain, conseiller de Napoléon III quant à sa politique algérienne, qui pose parfaitement le problème :

Tant que les Indigènes n’auront pas opéré une séparation radicale entre le spirituel et le temporel, tant que leur culte et leurs dogmes religieux seront en contradiction avec nos Codes, ils ne pourront être investis du titre de citoyens français. Il faut que le Koran devienne pour eux un livre purement religieux, sans action sur la législation civile. Ce progrès n’est pas impossible. D’autres peuples sont sortis de l’organisation théocratique et se sont rangés sous un gouvernement séculier, sans abdiquer leurs croyances.

Grosso modo, le judaïsme, y compris orthodoxe, a atteint cet objectif. La loyauté envers le pays d’accueil est une obligation prescrite par la halakha, laquelle reconnaît aussi une sorte de pouvoir réglementaire qui a permis aux communautés établies en Occident de légiférer, dans une certaine mesure, en fonction de l’évolution sociale. Le meilleur exemple est l’abolition de la polygamie il y a plusieurs siècles. Idem pour le christianisme, encore que ses prétentions monopolistiques aient été habilement mises en veilleuse suite aux coups de boutoir des Lumières. A signaler toutefois que l’Église catholique s’est parfois permis de faire obstacle au législateur sur certains sujets, comme le divorce ou l’avortement; elle a du mal à comprendre que nulle chrétienne pieuse n’est contrainte ni à divorcer ni à se faire avorter. Mentionnons les Mormons américains, qui croient toujours en la polygamie dans l’au-delà, mais qui en interdisent la pratique sur Terre.

A noter que de nombreuses croyances sont parfaitement inoffensives. Par exemple, n’a rien de nuisible socialement la conviction portant que vient d’être accueilli triomphalement dans l’autre monde par 72 vierges feu le Guide suprême Ali Khamenei, qui a bien mérité son paradis à titre de dévoué serviteur d’Allah. Croire qu’un certain Lazare fut ressuscité par un multiplicateur de pains et de poissons, ce n’est que croire en une suspension ponctuelle lointaine des lois de la nature. Grand bien fasse au fidèle.

Cela dit, la charia, elle, semble muette quant à la démarche du fidèle au regard des institutions de son pays de résidence. Pour les rigoristes, tout est donc une question de rapport de forces.

Et M. Azihari fait état de statistiques préoccupantes provenant du Royaume-Uni. Près d’un tiers des musulmans au Royaume-Uni demeurent en principe favorables à la peine de mort pour les apostats.

(On se souviendra que Youssouf Islam, alias Cat Stevens dans une vie antérieure où ses chansons s’inscrivaient dans l’esprit « peace and love », avait déclaré que si Salman Rushdie avait insulté le prophète, il devait mourir. Pas d’affolement cependant : il précisa par la suite, avec une indulgence qui frisait la faiblesse, qu’il n’appelait pas à la violation des lois britanniques. Fausse alerte donc).

Une petite majorité prône l’illégalité de l’homosexualité.

(On comprend mal en quoi cette question puisse déranger quelque hétéro que ce soit vu qu’elle ne le touche en aucune manière, ni de près, ni de loin, par définition. A l’instar des chrétiennes libres de refuser le divorce et l’avortement, que les dévots de tout poil soient entièrement rassurés : dans un état de droit laïc, ne se fait sodomiser que qui veut. La chose ne concerne que les adultes consentants).

Moins théoriquement, plus de deux tiers sont en faveur d’un délit de blasphème pour les contempteurs de l’islam.

Quelques réserves, qui n’entachent en rien la validité de ses constats sur l’islam.

Excellent état des lieux, mais…

Notons que, sans vouloir adhérer au christianisme qu’il critique (il ne suivra pas les récentes brisées d’une Ayaan Hirsi Ali), l’auteur a quand même tendance à lui manifester une bienveillance un tantinet excessive, même s’il a été moins oppressif que l’islam, notamment ce qui concerne les femmes, ce qui n’était évidemment pas difficile ainsi qu’il le reconnaît lui-même.

Il abonde dans le sens de Tocqueville :

L’évangile ne parle, au contraire [du Coran], que des rapports généraux des hommes avec Dieu et entre eux. Hors de là, il n’enseigne rien et n’oblige à rien croire.

Tellement généraux qu’une substantielle doctrine sociale et politique a été construite sur le nouveau testament! Selon l’apôtre Paul, la bonne épouse chrétienne doit obéissance à son mari et, sans approuver directement l’esclavage, il invite l’esclave à la résignation. Par ailleurs, la marche sur les eaux du rédempteur est toujours considérée comme un fait incontestablement historique.

Azihari définit le christianisme comme un « judaïsme hellénisé », ce qui est inexact. Il est totalitaire en ce qu’il invoque un monopole de la vérité, opportunément rappelé par feu NSP Benoît XVI, qui explique avec fermeté que les autres religions ne détiennent que de plus ou moins maigres parcelles de vérité.

Le judaïsme, lui, s’est révélé nettement plus ouvert aux nouvelles connaissances scientifiques : selon Maïmonide (le RAMBAM), en cas de conflit entre la raison et le récit biblique, celle-là appelle une lecture métaphorique de celui-ci. Mieux, le judaïsme ne prétend pas constituer une formule obligatoire de salut pour l’humanité, et les non juifs, les fils de Noé, ne sont pas voués à la damnation éternelle. Le fanatisme, notamment chez les Hassidiques, se traduit non pas par une volonté de conquête, mais pas un auto-enfermement dans un ghetto.

Quant à l’hellénisme, le Nazaréen, trop souvent enclin à des accès de rage folle et à cracher ses menaces de géhenne et autres imprécations sur les contradicteurs et sceptiques, ne fait pas le poids face à un Socrate calme et posé, préférant le dialogue serein.

L’auteur attribue à Grégoire de Nysse le premier plaidoyer contre l’esclavage au IVe siècle, qui aurait alors pris ses distances de l’apôtre Paul. C’est ignorer que les sophistes présocratiques grecs étaient opposés à cette institution, ultérieurement avalisée par Aristote, comme faisant partie de l’ordre naturel des choses.

Enfin, il est dommage que l’auteur ait succombé à une tentation démagogique en prônant la déchéance de nationalité et l’expulsion du territoire national des militants au service d’organisations fondamentalistes alors que la bonne application du droit pénal suffit. On entend trop souvent d’ailleurs cette idée en France, au Royaume-Uni et, bien sûr, dans l’Amérique trumpienne. On répondra que ce genre de mesure peut être instrumentalisé par n’importe quel gouvernement tyrannique afin de réduire au silence des dissidents dont la parole est utile (cf. l’Allemagne nazie et la perte de nationalité et l’expulsion de Soljenitsyne par l’Union soviétique en 1974); elle n’a aucune vertu dissuasive et donne à l’intéressé la qualité de martyr; enfin, elle est contre-productive car elle prive l’État concerné de sa compétence concernant les crimes commis à l’étranger. La nationalité confère des droits, mais impose corrélativement des devoirs.

Il n’y a là selon moi qu’une fétichiste transposition de l’excommunication.

En conclusion, globalement, M. Azihari fait un excellent état des lieux. Force est de constater en effet que l’idéologie islamique exerce une influence délétère. Même si les terroristes actifs ne constituent qu’une infime minorité, leurs motivations, puisées dans des sources scripturales aux origines et à la signification obscures, résonnent, hélas, de manière nuisible au débat public et, ce qui est pire, contribuent au maintien de donjons idéologiques où sont retenues captives trop de jeunes générations. En guise de comparaison, le sectarisme des nostalgiques de l’Église pré-Vatican II, laquelle priait pour les « perfides juifs », ne se manifeste plus de nos jours par des actes violents, mais de manière plus ciblée et feutrée, par exemple par le sournois contournement de l’instruction en matière de la sexualité et d’impératifs de la laïcité dans leurs bunkers scolaires. La réalité incontournable est que l’arme de destruction massive des superstitions que dénonce efficacement M. Azihari par ce terme est l’exposition à la pensée rationnelle et critique, d’où l’importance capitale d’assurer le respect des programmes établis par le ministère de l’Education nationale, notamment en histoire et en philosophie.

M. Azihari nous donne donc un essai instructif que chaque lecteur droit recommander à un ami. Et la lectrice de 18 ans et plus pourra utilement en confronter les données avec un opuscule qui vient tout juste de paraître aussi (coïncidence ou providence?…), Moi la jeune musulmane d’un éminent salafiste, le Dr Ahmad Ibn Moubarak Al-Mazrou’, digne héritier de Piaget, spécialiste confirmé des outils pédagogiques destinés aux enfants. Ce petit bijou de guide pratique de développement personnel est interdit de vente aux mineures en France (bonne nouvelle, l’accès en est libre au Québec), mais ces futures adultes reproductrices peuvent compter sur leurs parents soucieux de leur épanouissement pour le leur offrir.

400 pages

L'Islam contre la modernité

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Sarah Knafo: la trouble-fête

La candidate de Reconquête ! à la mairie de Paris est ce mois-ci en une de Causeur. Créditée de 12% dans les sondages, elle pourrait se maintenir au second tour.


De mémoire de Cinquième République, on avait rarement vu relooking politique plus spectaculaire. Quand, le 7 janvier, Sarah Knafo annonce au 20 heures de TF1 qu’elle part à l’assaut des municipales parisiennes (les 15 et 22 mars), la plupart des observateurs prévoient qu’elle profitera de cette campagne, à forte exposition médiatique, pour affirmer son style sage et sérieux de diplômée de Sciences-Po et d’ancienne élève de l’ENA. Qui aurait imaginé qu’elle opterait plutôt pour un ton sémillant et accessible ? Depuis qu’elle est entrée au Parlement européen en 2024, la secrétaire générale de Reconquête !, qui n’a certes jamais été une femme austère, s’est forgé l’image d’une « lanceuse d’alerte », en guerre contre les gaspillages publics, rédigeant ici un rapport au vitriol contre l’Agence française de développement, là une étude sans concession sur le poids de l’immigration algérienne en France. Un discours plus chiffré et technique que le registre lyrique et identitaire de son compagnon Éric Zemmour, qui passe presque pour le poète du couple. Mais voilà que la jeune mère de famille montre qu’elle sait faire vibrer une corde plus glamour et se mettre à hauteur de citoyen. Normal, dira-t-on, quand on vise une mairie, serait-ce celle d’une des plus grandes métropoles occidentales. Sauf qu’en promettant « une ville heureuse », en publiant sur les réseaux sociaux des clips animés façon studio Pixar et en se revêtant de robes jaune flashy pour battre le pavé de la capitale, la native de Seine-Saint-Denis a cassé tous les codes de la communication politique. Depuis lors, c’est la panique dans les états-majors des vieux partis, où l’on se pince en regardant son ascension dans les sondages, avec désormais 12 % au dernier baromètre parisien de l’institut Harris Interactive, soit quatre points de mieux que le score d’Éric Zemmour à Paris intra-muros lors des présidentielles de 2022. Or, depuis la récente réforme électorale, tout candidat dépassant 10 % peut se maintenir au second tour dans la capitale. Pour Frédéric Dabi, directeur général opinion de l’IFOP, malgré cette remarquable percée, la volonté de changement, voire de rupture, des Parisiens favorise une polarisation que Knafo aura du mal à ébranler. Toutefois, pour lui, celle qui a reçu le prix 2026 de la révélation politique du Trombinoscope « pourrait bien faire figure de trouble-fête et jouer les faiseuses de roi dans ce scrutin », d’autant plus qu’à Paris, elle s’est « libérée de la sociologie de la droite dure ». Si le scénario d’un duel final entre Emmanuel Grégoire (PS, 31 % d’intentions de vote) et Rachida Dati (LR, 27 %) demeure le plus probable, notre « outsideuse » pourrait donc être celle qui donnera les clés de la victoire à l’ex-ministre de la Culture en passant avec elle un accord de coalition dans la dernière ligne droite. On comprend mieux pourquoi, depuis le début de la campagne, Knafo se garde bien d’attaquer sa concurrente pourtant très macrono-compatible… Serait-elle en train de se chiraquiser ? La comparaison n’est pas absurde. Comme le Corrézien, Knafo est passée par la Cour des comptes et, comme lui, elle a été conseillée par l’inimitable Marie-France Garaud. Mais l’histoire ne dit pas si, comme lui, elle devra laisser passer dix-huit ans entre sa première campagne parisienne et son entrée à l’Élysée.

Nantes: le silence pesant de Johanna Rolland

La maire de Nantes, numéro 2 du PS, est prise en étau entre possible défaite aux municipales et compromission avec LFI.


Il y a des images et des attitudes dont un parti ne se remet pas. Et il y a des mots qui, une fois prononcés, ne s’effacent plus. Et il y a un mort. Quentin Deranque avait 23 ans. Le 12 février 2026, en marge d’un meeting de Rima Hassan à Sciences-Po Lyon, ce jeune homme assurant la sécurité bénévole de militantes du collectif Némésis a été passé à tabac par au moins six antifas masqués et cagoulés. Parmi eux, Jacques-Élie Favrot (assistant parlementaire en titre du député LFI Raphaël Arnault, fondateur de la Jeune Garde). Malgré l’horreur de ce lynchage, LFI a choisi de ne pas rompre avec sa milice.

« Ok Jean-Marie Le Pen » : Mélenchon s’enfonce

Si l’assassinat du jeune Quentin constitue la plus grave ignominie récente impliquant LFI, c’est une autre séquence, survenue dans les jours suivants, qui a précipité l’isolement définitif de LFI. Et qui éclaire, à Nantes comme ailleurs, l’impossibilité croissante de toute alliance avec ce parti.

Le 26 février 2026, en meeting à Lyon, Jean-Luc Mélenchon fait du Le Pen en « ironisant » sur la prononciation du nom du criminel sexuel américain Jeffrey Epstein : « L’affaire Epstein ? Ah, je voulais dire Epstine, pardon ! Cela fait plus russe, alors maintenant vous direz Einstine au lieu d’Einstein, Frankenstine au lieu de Frankenstein. Voilà, tout le monde comprend comment il faut faire. » La salle est hilare. Comme l’avait fait Jean-Marie Le Pen, le gourou insoumis joue sur la consonance juive d’un patronyme pour insinuer un complot visant à dissimuler l’origine d’Epstein. Un ressort antisémite classique : celui du nom comme marqueur d’appartenance.

Quelques jours plus tard, le 1er mars à Perpignan, il récidive en prononçant délibérément mal le nom de l’eurodéputé Place publique Raphaël Glucksmann : « Monsieur Gluckman… Glucksmann pardon… après j’en ai pour des heures. » Même mécanique, même public hilare. La réponse de Glucksmann sur X est cinglante et laconique : « Ok Jean-Marie Le Pen. » Le parallèle est dévastateur : Jean-Marie Le Pen avait été condamné par la justice pour son fameux « Durafour crématoire », jeu de mot associant le nom d’un ministre juif aux fours des camps nazis. Deux occurrences en moins d’une semaine ne constituent plus un lapsus. Elles dessinent une stratégie. Celle d’un Mélenchon qui a compris qu’il ne serait jamais président, et dévoile son vrai visage. A défaut de gagner dans les urnes, il cherche le chaos et la guerre civile.

Cette fois, plus personne ne peut faire semblant d’ignorer l’antisémitisme de LFI, y compris à gauche.

Au PS, la rupture se dit tout haut. Sauf pour l’instant à Nantes

L’onde de choc nationale a des conséquences directes sur la politique locale nantaise. François Hollande a été d’une clarté absolue sur BFMTV : « Je considère que la relation avec LFI est terminée, elle est rompue. Il ne peut pas y avoir, pour les élections qui viennent, d’alliances entre les socialistes et La France insoumise. » Jérôme Guedj, Carole Delga, Pierre Jouvet — la liste des socialistes qui refusent toute alliance avec LFI s’allonge chaque jour. Le mouvement Place publique a, de son côté, confirmé sans équivoque n’avoir conclu « aucune alliance, même locale et isolée, avec La France insoumise » dans toute la France, rappelant que l’antisémitisme « n’a pas sa place dans notre société » et qu’ « aucune complaisance, aucune ambiguïté, aucun sous-entendu ne peuvent être tolérés ».

A lire aussi, Foulques Chombart de Lauwe et David Angevin : En finir avec la gauche radicale dans nos mairies

À Nantes, le premier adjoint de Johanna Rolland, Bassem Asseh, a clairement exprimé sur X — comme d’autres cadres du PS local — l’incompatibilité fondamentale entre les valeurs républicaines et une alliance avec un parti qui accumule impunément les sorties antisémites. Sa position rejoint celle d’une majorité des leaders socialistes : après la mort de Quentin, après les blagues de Mélenchon sur les noms juifs, s’allier avec LFI reviendrait à cautionner la dérive raciste et violente de LFI.

Le dilemme cornélien de Johanna Rolland

Le sondage Odoxa commandé par Foulques Chombart de Lauwe (candidat unique de le droite et du centre à Nantes) et publié par Le Point a mis en lumière une réalité arithmétique : dans une triangulaire au second tour, la maire sortante est donnée perdante à 40 % contre 42 % pour son challenger de droite, avec LFI maintenu à 18 %. Si Johanna Rolland fait alliance avec LFI, elle atteindrait 54 % et la mairie serait conservée. Sans cette alliance, Nantes basculerait à droite pour la première fois depuis des décennies.

Numéro deux du Parti socialiste au plan national, Johanna Rolland se retrouve face au choix le plus difficile de sa vie politique. Si elle accepte la main des Insoumis pour conserver son fauteuil, elle envoie un signal dévastateur : que la conservation du pouvoir vaut plus que les principes, que les blagues de Mélenchon sur les noms juifs sont un détail négligeable, que le sang de Quentin et les milices encadrées par des élus LFI ne constituent pas un obstacle rédhibitoire. Elle contredirait frontalement la ligne de son propre camp. Elle affaiblirait la reconstruction du PS en tant que force républicaine identifiée à des valeurs claires. Et elle offre à Chombart de Lauwe l’argument massue pour la suite de la campagne : « Johanna Rolland s’est alliée aux antisémites pour garder sa mairie. »

Foulques Chombart de Lauwe l’a d’ailleurs exprimé sans détour, interpellant publiquement la maire sortante sur une éventuelle « alliance de la honte » : « Est-ce qu’elle vend ses propres valeurs politiques pour un poste ? »

Chombart de Lauwe ou la droite enfin soudée

De l’autre côté de l’échiquier, Foulques Chombart de Lauwe a réussi un pari qu’on jugeait impossible il y a dix-huit mois : fédérer l’intégralité de la droite et du centre nantais, de LR à Renaissance en passant par Horizons, le MoDem, et Nouvelle Énergie, parti de David Lisnard. L’ancienne ministre centriste Sarah El Haïry figure en numéro deux sur sa liste. Bruno Retailleau, David Lisnard, Gabriel Attal se sont déplacés pour le soutenir. Son premier grand meeting à la Cité des congrès a réuni 1 200 personnes et refusé du monde. Une dynamique jamais vu dans le camp conservateur nantais. Il a exclu toute alliance avec le Rassemblement national, au premier comme au second tour, désarmant ainsi l’une des principales attaques de ses adversaires.

Sa stratégie de campagne est claire : outre le bilan calamiteux du PS à Nantes, devenue une ZAD géante, Chombard insiste sur l’ignominie morale de LFI. Il n’a pas attendu le sondage pour pointer le paradoxe : « Depuis 12 ans, rien ne va entre le PS et l’extrême gauche LFI. Tout les oppose, mais ils s’allient pour se maintenir au pouvoir. » Dans cette configuration, chaque jour sans réponse claire de Johanna Rolland sur l’alliance LFI est un jour supplémentaire où Chombart de Lauwe peut légitimement demander aux Nantais : sera-t-elle républicaine ?

À douze jours du premier tour, une seule question structure désormais la campagne nantaise, au-delà des programmes, des promesses et des sondages : Johanna Rolland, numéro deux du Parti socialiste français, aura-t-elle le courage de dire ce que ses propres alliés disent déjà : qu’une alliance avec le parti de Jean-Luc Mélenchon, celui qui a laissé sa milice impunie et qui plaisante en meeting sur les noms juifs, est devenue moralement impossible ? La réponse à cette question ne sera pas seulement nantaise. Elle dira quelque chose de l’état de la gauche française, de sa capacité à choisir les principes plutôt que les strapontins, de sa sincérité dans la lutte contre l’antisémitisme quand ce combat a un coût électoral. Les Nantais attendent. Le silence de Johanna Rolland commence à ressembler à une réponse.

Alerte jaune sur Paris: elle leur casse les codes!

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Sarah Knafo est-elle une trouble-fête ? Présentant notre dossier sur la candidate de Reconquête ! à la mairie de Paris, Jean-Baptiste Roques souligne un grand contraste : tandis que la plupart des observateurs s’attendaient à ce qu’elle affirme « son style sage et sérieux de diplômée de Sciences Po et d’ancienne élève de l’ENA », elle a choisi plutôt « un ton sémillant et accessible », montrant qu’elle « sait faire vibrer une corde plus glamour et se mettre à la hauteur du citoyen ». Se confiant à Elisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques, Sarah Knafo parle de son plan « Haussmann 2.0 » pour tourner la page des années Hidalgo. Et se targue d’être la seule qui fera l’union des droites plutôt que l’alliance avec les macronistes. Éric Naulleau, président du parti foutuïste, qui ne cache pas son amitié et son admiration pour Sarah Knafo, salue en elle une intellectuelle qui a le courage de descendre dans l’arène pour défendre ses convictions, et reconnaît que si le pessimisme les sépare, la littérature les unit. Martin Pimentel a suivi la candidate de Reconquête ! pendant toute une journée où elle est allée à la rencontre des commerçants et des hôteliers restaurateurs parisiens qui sont touchés de plein fouet par la circulation calamiteuse dans la capitale.

Le numéro de mars est disponible aujourd’hui sur le kiosque numérique et demain mercredi 4 dans les kioques !

L’édito d’Elisabeth Lévy commente l’incident des Bafta, l’équivalent british des Césars, qui a vu un homme atteint du syndrome de Gilles de La Tourette crier publiquement le « mot en n » quand deux acteurs noirs sont montés sur la scène. « Ce scandale aberrant met en lumière la mécanique folle du politiquement correcte ». Dans un conflit entre l’antiracisme et le respect de la dignité des faibles, c’est le premier qui gagne. De surcroît, l’humour, qui autrefois permettait de parler de tout, a été livré aux maîtres-censeurs, et sa fonction cathartique bien oubliée. Sauf quand il s’agit de « l’humour officiel subventionné par vos impôts ». Pourquoi la droite, à la suite de la mort dramatique de Quentin Deranque, n’a-t-elle pas pu organiser l’ostracisation de LFI et l’érection d’un front républicain contre le parti mélenchoniste ? Selon l’analyse d’Elisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques, c’est parce que les Insoumis et leur idéologie prospèrent dans un écosystème multiforme qui se déploie dans les universités, la Justice et les médias publics. Pour Gil Mihaely, si la gauche a réussi à diaboliser le FN dans les années 1980, en faisant passer ses propres divisions au second plan et en affaiblissant la droite, c’était grâce à l’habileté politique de François Mitterrand. La droite d’aujourd’hui cherche encore son Mitterrand. Selon l’analyse de Pierre Vermeren, la violence révolutionnaire légitimée par la Terreur de 1793 n’a jamais quitté la vie politique française : elle est prônée par l’extrême gauche au fil des générations, et trouve aujourd’hui ses adeptes chez LFI.

Marion Maréchal, la petite-fille de Jean-Marie Le Pen, revient sur le devant de la scène avec la sortie d’un livre très personnel, et propose, avec son mouvement Identité-Libertés, de servir de cheville ouvrière pour une union des droites en 2027. Dans une interview avec Gil Mihaely et Jean-Baptiste Roques, elle affirme que, malgré les profonds clivages, une alliance est possible sur le contrôle de l’immigration et la sécurité. Selon elle, « ce qui rassemble la droite est plus important que ce qui la divise ». Noémie Halioua se demande où en est la droite sociale aujourd’hui. Depuis la mort de Philippe Séguin, la tradition du gaullisme social n’est plus représentée au sein de la droite classique. Ironie de l’histoire, c’est dans un parti fondé par un ennemi du Général, le RN, que cet héritage est aujourd’hui revendiqué.

Le journaliste britannique, Gavin Mortimer, souligne la différence de traitement des soldats des forces spéciales par les gouvernements français et britannique. Ce dernier a fait voter une loi abrogeant l’immunité judiciaire des soldats britanniques ayant combattu en Irlande du Nord, en Irak et en Afghanistan. Parmi eux, des membres du Special Air Service, une unité d’élite créée en 1941. Ces commandos s’estiment trahis par des responsables politiques censés les couvrir. Avec un article de Jean-Baptiste Roques et un autre de moi-même, nous revenons sur l’affaire Epstein qui, au-delà du mal réel qu’a fait le financier pédophile et ce que ses relations disent de beaucoup des membres des élites, a nourri les fantasmes complotistes les plus extravagants.

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Parmi nos chroniqueurs, Olivier Dartigolles dénonce notre époque : à la campagne, les agriculteurs disparaissent peu à peu ; à l’Assemblée nationale, les élus débattent de « l’aide à mourir » ; à Lyon, Quentin a été massacré par des salopards. Pour Ivan Rioufol, l’écroulement du régime peut intervenir à tout moment. Il ne parle pas de l’Iran, mais de la France : après les médias d’État, d’autres citadelles de la gauche seront sommées de rendre des comptes. Jack Lang, tout un symbole, est déjà tombé. Emmanuelle Ménard décrie la proposition d’une députée LFI appelant à ce que la loi reconnaisse le rôle central joué dans notre société par l’amitié plutôt que par la famille « traditionnelle ». Elle vitupère le cynisme de Jean-Luc Mélenchon qui soutient à fond Raphaël Arnault et commente les hauts et les bas de la campagne électorale à Béziers. Selon Jean-Jacques Netter, les intérêts de la dette du Trésor public va bientôt dépasser le montant de ce que rapporte l’impôt sur le revenu. Ce qui a plombé l’économie française, ce n’est pas un prétendu excès de néolibéralisme, mais la gestion délétère de l’État.

Des choses plus réjouissantes se trament – en partie littéralement – côté culture. L’art textile a la cote en ce moment, nous explique Georgia Ray. Certes, plusieurs expositions de sculptures en sisal, laine ou lin qui promeuvent le féminisme et le décolonialisme, sont peu propices au retissage du lien social. En revanche, Eva Jospin poursuit en solitaire une quête de beauté formelle en sachant tirer ce fil invisible qui, comme la conversation, relie les individus entre eux. Yannis Ezziadi rappelle à notre bon souvenir l’immense comédien qu’était Michel Galabru, mort le 4 janvier 2016. Au théâtre, il a presque toujours joué les plus grands auteurs. Au cinéma, les plus grands réalisateurs l’ont toujours boudé, sa puissante théâtralité étant devenue « cinématographiquement incorrecte ». Le public, lui, l’a toujours adulé. Frédéric Magellan et Lucien Rabouille se penchent sur les rapports ambigus que, depuis les années 1870, la droite nationaliste entretient avec l’homosexualité. Loin de ses condamnations officielles, ses rangs fourmillent de célèbres homos que la société feint d’ignorer, comme le montre la thèse de doctorat de Mickaël Studnicki, soutenue en Sorbonne.

Alexandra Lemasson nous parle d’un livre sur le rapport mère-fille pas comme les autres, tandis qu’Emmanuel Domont trouve dans Les tendresses de Zanzibar de Thomas Morales l’histoire d’un bonheur rare, léger mais crépusculaire. Malraux maintenant de Pascal Louvrier n’est pas une énième biographie de l’aventurier-écrivain-ministre. Pour Julien San Frax, c’est le mémorial d’une passion quasi-filiale, un hommage à ce « dilettante planétaire ». Alain Paucard est un écrivain subtil et élégant, au savoir encyclopédique et à l’humour tranchant. Selon François Kasbi, il connaît actuellement une seconde jeunesse, car le président à vie du club des Ronchons voit son œuvre s’imposer auprès des fins lettrés. Emmanuel Tresmontant nous fait découvrir la gastronomie simple mais délicate de la cuisine mexicaine, l’une des plus anciennes de l’histoire. Et Jean Chauvet trois films français qui sont trois histoires de pères et de filles. Enfin, pour Gilles-William Goldnadel, un certain grand quotidien de gauche, journal dit « de référence », qui s’est encore surpassé le mois dernier, ne mérite plus aucune déférence. Sa conclusion est définitive : si Le Monde n’existait plus, ce ne serait pas la fin du monde. En revanche, si jamais Causeur n’existait plus, ce serait tout le contraire.

L’inclusivité n’est pas un dîner de gala

Syndrome Gilles de la Tourette. Cette année, aux Bafta, un p’tit truc encore en plus…


Les organisateurs des Bafta, l’équivalent british de nos Césars, ne s’attendaient pas à se faire attraper par la patrouille des bonnes manières, encore moins pour cause de sortie de route raciste, alors qu’ils avaient concocté un événement bien sous tous rapports. Leur sélection merveilleusement progressiste comportait l’inévitable chef-d’œuvre anti-Trump, Une bataille après l’autre, de l’Américain Paul Thomas Anderson, reparti avec six statuettes, et dont Le Monde nous apprend qu’il « fait écho aux récentes actions de l’ICE, la police de l’immigration américaine », c’est dire si le gars est visionnaire. Et courageux, avec ça : il a appelé un parterre en smoking et robes du soir à « mener la révolution, sans violence si possible » – on appréciera la nuance. Dans la catégorie antiraciste, Sinners qui, paraît-il, parle de blues – sans doute pour l’approuver – et de ségrégation – probablement pour la dénoncer – a gagné trois prix. Pour faire bonne mesure et cocher toutes les cases de la tolérance, les membres de l’académie britannique du cinéma ont aussi retenu et récompensé I Swear, une œuvre qui célèbre le vivre-ensemble avec les fous (si on me permet ce résumé lapidaire et sans doute pénalement répréhensible), à travers la vie d’un homme atteint du syndrome de la Tourette, dont l’interprète, le jeune Robert Aramayo, a ravi le prix du meilleur acteur à Leonardo DiCaprio.

Seulement, les fous, il vaut parfois mieux les avoir à l’écran qu’en pension. Soucieux de défendre dans la vie les mêmes nobles causes qu’à l’écran, les Bafta avaient, en plus de l’équipe du film, invité John Davidson, qui a servi de modèle au héros. Ce sympathique Écossais souffre donc réellement de cette affection neurologique qui le pousse irrépressiblement à proférer les propos les plus choquants possible pour ses interlocuteurs – comme un p’tit tic en plus. Pour faire court, les gens atteints de ce syndrome ont une tendance marquée et tout à fait involontaire à péter à table. Quand Davidson interrompt le speech introductif de la présidente par un sonore « shut the fuck up » (« ferme ta gueule »), la salle, qui a été préalablement mise en garde, fait semblant de ne pas entendre. Mais un peu plus tard, alors que deux acteurs noirs se trouvent sur scène, on entend clairement fuser le « n-word » – pas « nazi », « nigger », terme à connotation raciale et raciste, particulièrement radioactif aux États-Unis où il charrie la mémoire de la ségrégation. Stupeur et tremblement dans la salle dont le malheureux s’auto-exfiltre, mortifié d’avoir cassé l’ambiance. Ce dérapage non contrôlé fait autant de barouf, peut-être encore plus, que le bout de sein dévoilé par je ne sais plus quelle starlette lors d’une cérémonie des Oscars.

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L’affaire aurait pu en rester là, dès lors que, comme le résume délicieusement le critique de Libération, « le caractère pathologique de l’insulte » est établi. Sauf que, dans les deux heures séparant l’événement de sa diffusion, la BBC oublie de couper le passage offensant. La tornade de boue s’abat donc sur la chaîne publique qui pourtant fait et refait repentance. Sans calmer ses accusateurs qui ont en plus remarqué que le « Free Palestine ! » lancé par le cinéaste britannico-nigérien, Akinola Davies Jr, récompensé pour My Father’s Shadow, avait en revanche bien été effacé. Après ça, si vous ne savez pas qui dirige le monde et les médias, c’est que vous êtes bouchés.

Ce scandale aberrant met en lumière la mécanique folle du politiquement correct. Au départ, il proscrit certains mots en postulant que cela fera disparaître la chose, logique déjà fort discutable. On ne sache pas que le racisme ait reculé parce qu’il est interdit de traiter quelqu’un de « sale ceci ou cela » ou que l’homophobie ait disparu depuis qu’on ne parle plus de « pédés ». Admettons cependant que la vie en société exige une certaine retenue. On ne cause pas à la télé comme dans son salon. Cependant, dans les années 1980 et 1990, il restait un territoire libre, celui de l’humour. Il était admis qu’on pouvait blaguer sur tout, y compris avec des propos qui, au premier degré, auraient conduit leur auteur au tribunal. Coluche pouvait affirmer que « la première étape africaine du Paris-Dakar, c’est Marseille », sans être excommunié.

Las, l’humour aussi a été livré aux prêchi-prêcheurs. Attention, ils n’ont rien contre l’humour officiel subventionné par vos impôts. Il est toujours permis et même encouragé de se payer la tête des ploucs, des riches et des cathos (pour les blondes, j’ai un doute). Pour le reste, toute blagounette sur l’origine, la religion ou la sexualité, passée à la moulinette du premier degré, peut valoir à son auteur un bannissement à vie et des ennuis judiciaires. Les maîtres-censeurs n’ont jamais entendu parler de la fonction cathartique de l’humour – cathartique ta mère.

Or voilà que les fous, pardon les personnes atteintes de troubles psychiques, sont désormais sommés eux aussi de rester dans les clous. C’est encore la bataille de Moderne contre Moderne, délicieusement dévoilée par Muray : à ma droite l’antiracisme, à ma gauche le respect de la dignité des faibles (deux idéaux parfaitement respectables). Eh bien, l’antiracisme a gagné. Un esprit chagrin comme celui de votre servante pourrait remarquer que dans les sociétés civilisées, on ne juge pas les malades mentaux, aussi insupportable soit-il pour des victimes d’entendre dire qu’un meurtrier est irresponsable. Mais les crimes de parole ne connaissent aucune atténuation de responsabilité, même si leur auteur, en plus d’être dérangé de là-haut, a fumé un joint. Dans le nouveau monde, même les fous n’ont pas le droit de déconner.

Quand les exilés de Dubaï pleurnichent

Ils ont fui la « France pourrie » et ses impôts pour le soleil de Dubaï. Soudain, les missiles iraniens les ont rattrapés. Résultat : passeport brandi, larmes de crocodile et hurlements : « La France, protégez-nous ! » Et le contribuable, comme toujours, devrait casquer…


Dubaï s’embrase. Pas en un feu d’artifice sponsorisé par une marque de luxe, mais en traînées de missiles iraniens qui déchirent le ciel au-dessus des piscines à débordement.

Les influenceurs français, ces champions de l’évasion fiscale en string léopard, filment leur terreur en live, passeport tricolore brandi comme un bouclier anti-missile. Quatre ans à cracher sur la France — « pays de nazis fiscaux », « trou à rats woke », « machine à braquages » — et au premier boom, le disque rayé change de face : « Macron, sors-nous de là ! France, protège-nous ! »

Bienvenue au spectacle des ingrats en mode PLS. Ceux qui ont sucé le contribuable jusqu’à la moelle, l’ont insulté en stories monétisées, et qui exigent maintenant qu’il les sorte du merdier qu’ils ont choisi pour zéro impôt. Plongeons sans combinaison dans le marécage de cette hypocrisie dorée.

Le patriotisme d’urgence : quand un missile fait dégouliner le mascara et réveille le Français qui sommeillait

Ils avaient fui pour le soleil gratuit, les villas à dix millions et la « sécurité » émiratie vendue comme un coffre-fort inviolable. Puis les missiles iraniens, riposte furieuse aux frappes US-Israël ayant liquidé Khamenei, ont transformé la Marina en champ de tir géant.

Maeva Ghennam, ex-Marseillais, trois millions d’abonnés (on se demande bien qui ils sont, et on frémit à la réponse), se filme en panique totale, passeport coincé dans le décolleté : « On a tous nos passeports ici dans nos tétés : on est des Français hein, oh la France, protégez-nous ! » Elle avoue avoir « crié comme une hystérique », pleuré, et même « fait pipi dans sa culotte » (sic). Hilarant. Quelques mois plus tôt, elle vomissait encore : « Pour rien au monde je ne rentrerai vivre en France. » La même qui, après un contrôle douanier en 2024, crachait : « La justice en France, je peux plus. À Dubaï, personne ne nous braque. » Sauf que les braqueurs, cette fois, s’appellent Fateh ou Qiam ??, et eux ne demandent pas de papiers, ils n’en ont pas besoin.

Benjamin Samat, ce phare de la pensée issu des eaux troubles de la téléréalité, hurle contre les moqueurs : « Se faire réveiller par des missiles qui explosent en pleine nuit, je le souhaite à personne, sauf à vous, bande de chiens ! » Le même qui glorifiait le paradis où l’on échappe aux « gens qui viennent nous braquer et nous chier dessus ». Jazz Correia, cash en caméra cachée en 2021 : « Je déteste la France ! Moi très clairement, je la déteste. » Revenus : jusqu’à 300 000 euros mensuels. Le prix du vide intersidéral entre deux oreilles. Zéro au fisc français, merci les free-zones. Aujourd’hui, elle chiale. Le patriotisme, chez ces gens-là, est un interrupteur : off pour les taxes, on pour les évacuations d’urgence. Méprisable ne suffit même plus.

La ménagerie des pleurnichards : portraits au vitriol d’une caste en mode survie

Maeva, Jazz, Benjamin, Agathe Auproux, Élodie Gossuin, Diego El Glaoui, Laura Lempika, Fidji Ruiz… Un best-of des Marseillais en version Apocalypse Now. Tous ont bâti leur empire sur le dos des vues françaises : placements produits, contrats avec des marques tricolores, audience hexagonale crédule et lobotomisée. Puis dès que l’argent a commencé à pleuvoir, tous ont filé aux Émirats pour snober l’impôt sur le revenu, les cotisations, la « France qui taxe jusqu’au trognon ». Setup société : 5 000 à 10 000 euros, zéro impôt sur revenus et dividendes. Le rêve humide du parasite professionnel.

Le mépris ? Quotidien, rentable, assumé sans vergogne. La France « pourrie », « socialiste », « woke jusqu’à la nausée ». Dubaï : « safe », « propre », « méritocratique », on se demande bien quel mérite ils invoquent, eux dont la valeur ajoutée à la civilisation humaine est strictement négative. Jusqu’au premier intercepteur qui pète au-dessus de la Burj. Là, la France redevient la nounou providentielle, l’État sauveur, le pays dont on agite le passeport comme un sésame anti-missiles. Nabilla vole au secours de Maeva dans un élan de solidarité de caste qui aurait fait ricaner Balzac.

Tibo InShape, resté en France et payant ses impôts – détail apparemment révolutionnaire dans ce milieu – balance le tweet fatal : « Les influenceurs de Dubaï, finalement, on est bien en France, n’est-ce pas ? » Réponse de Nabilla : « Pauvre homme. » Difficile, pour un cerveau à peine plus évolué que celui d’un gastéropode oublié sur la plage artificielle de Jumeirah, d’articuler davantage. Le niveau du débat : stories, emojis, larmes de crocodile premium. D’un affligeant consommé.

Répétons-le sans gants, puisque la politesse serait ici une faute de goût : ces exilés ne sont pas des stratèges fiscaux de génie égarés sous les projecteurs. Ce sont des rebuts de téléréalité dont le business model repose entièrement sur le filtre Instagram et le bling revendu à des adolescents français lobotomisés par des années de contenu à zéro calorie intellectuelle. Ils dénigrent sans relâche un pays qu’ils n’ont jamais compris – ou jamais eu la capacité de comprendre. La France « qui n’offre rien », sauf l’audience qui les a enrichis, sauf la Sécurité sociale qu’ils fuient mais qu’ils invoqueraient au premier mal de gorge, sauf les routes, les écoles, les hôpitaux financés par les pigeons qu’ils méprisent en story sponsorisée.

Leur rapacité n’est pas un vice, c’est leur oxygène, leur identité, leur unique talent. Gagner des fortunes sur le dos du contribuable français, puis lui refuser le moindre centime. Monter des structures-écrans aux Émirats pour garder le cash immaculé. Et quand la géopolitique fait sauter le décor en carton-pâte, hurler au secours de la même France qu’ils ont piétinée entre deux placements produits. Quelques saillies savoureuses ont au moins eu le mérite de nommer les choses : Bruno Poncet aux Grandes Gueules sur RMC : « Ils sont partis, ne paient pas d’impôts en France, crachent sur la France et nous demandent de l’aide. Si Dubaï c’est si bien, qu’ils y restent jusqu’au bout. » Bastos va plus loin, avec une concision admirable : « Si tu veux revenir, tu paies. »

La vache à lait insultée, vidée, puis suppliée en pleurs

Le contribuable français, ce dindon consentant et récidiviste, finance donc leur rapatriement potentiel. Vols spéciaux, crise au Quai d’Orsay, Jean-Noël Barrot qui répète « priorité absolue » avec la conviction d’un homme qui sait pertinemment qu’il sauve des gens qui le détestent. Principe républicain touchant dans sa naïveté : la France protège les siens, sans scanner le bulletin de paie fiscal. Sauf que ces clowns ont sciemment choisi une poudrière géopolitique pour des motifs purement vénaux, les yeux ouverts, le portefeuille grand ouvert, la conscience hermétiquement close.

La loi permet de leur refiler la facture – « jusqu’à 100 000 euros par tête », ricane Charles Consigny sur RMC. « On les fait payer jusqu’au dernier centime. » Vincent Moscato : « Ils font honte à la France. » Guillaume Durand, laconique et définitif : « Chouineurs. » Et le contribuable paie. Comme il a payé leurs écoles, financé leur notoriété, alimenté leurs premières vues. Comme il paie encore via les marques qui les gavent. La boucle est infernale et parfaitement absurde : cracher sur le pays, le fuir, le haïr, puis exiger qu’il vous sauve et repartir cracher dessus dès que l’avion a atterri. C’est d’une stupidité, d’une cohérence presque admirable, si elle n’était pas si coûteuse.

Doit-on les rapatrier, ou les laisser méditer sur le tarmac ?

À titre personnel, la seconde option conserve un charme certain. Néanmoins, la France, dans son masochisme patriotique légendaire, les rapatriera sans doute. Comme elle l’a toujours fait pour les fuyards opportunistes, comme elle protège même ceux qui la vomissent avec application. C’est sa grandeur tordue, sa faiblesse congénitale, ce réflexe de la main tendue que rien n’éteint – pas même la gifle permanente.

Le goût de bile, lui, demeure. Ces exilés fiscaux sont le reflet grossi, caricatural, définitif de la France qu’ils prétendent haïr : une nation qui tolère l’ingratitude industrielle, finance ses propres fossoyeurs et ouvre grand les bras à ceux qui lui ont craché dessus en story monétisée. Leur avidité n’excuse rien. Ils ont choisi Dubaï pour l’argent facile et le ciel sans nuages. Qu’ils en boivent les explosions jusqu’à la lie. Dans le monde réel, on les laisserait cuire sur le bitume. Dans la nation-France, on leur tend la main – et le contribuable signe le chèque en fermant les yeux. La différence ? Le pigeon paie. Toujours. Pendant que les rapaces, une fois rentrés, reprendront leurs stories, l’air de rien : « La France, finalement, c’est pas si mal… pour se faire rembourser les implants. » Et le cirque reprendra. Jusqu’au prochain missile. Ou au prochain redressement fiscal. On a le droit de rêver.

Magasins physiques VS plateformes de e-commerce: «je t’aime, moi aussi?»

Alors que les taux de vacance commerciale dans les centres-villes français atteignent des niveaux record, beaucoup pointent la responsabilité supposée du e-commerce dans cette lente désaffection. Une manière d’éviter d’interroger les autres causes structurelles de ce déclin, mais aussi de refuser de voir comment l’omnicanal et le phygital ont d’ores et déjà transformé les boutiques « en dur », tout en étant largement plébiscités par les consommateurs.


Ce n’est pas encore une hémorragie, mais ça y ressemble. En vingt ans (2004-2024), le taux de vacance moyen des magasins dans les centres-villes français est passé de 5,94% à 10,85%, selon la société spécialisée Codata. D’après la même source, plus d’une boutique sur cinq a, au cours de cette période, définitivement baissé le rideau dans 15% des centres-villes de l’Hexagone. En France, la vacance commerciale atteint des « niveaux record », reconnaît dans les pages du Monde Pascal Madry, directeur de l’Institut pour la ville et le commerce.

« Une mutation rapide et déstabilisante »

L’année 2025 ne semble pas avoir enrayé ce lent – et en apparence inéluctable – déclin. Au mois de juin dernier, la fréquentation des points de vente a ainsi diminué de 4,3% par rapport au même mois de l’année précédente, d’après les données de la fédération du commerce spécialisé Procos, qui a également relevé un recul du chiffre d’affaires de -3,2%. « On vit une mutation du commerce extrêmement rapide et déstabilisante », concède Frédérique Macarez, maire de Saint-Quentin, dans l’Aisne, et vice-présidente de l’association Villes de France.

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Si toutes les régions ne sont pas également affectées par le phénomène, villes comme campagnes sont confrontées aux mêmes maux : flambée des loyers commerciaux, inflation post-guerre en Ukraine, pouvoir d’achat en berne, conséquences à long terme de la pandémie de Covid-19, etc. Parmi ces dernières, experts, élus et commerçants s’accordent à pointer l’essor du commerce en ligne, notamment dans le secteur de l’habillement. Ainsi en France, Internet représente d’ores et déjà 29% des ventes de vêtements, d’après l’Institut français de la mode (IFM).

« La digitalisation est d’abord une opportunité » pour les petits commerces

Pour certains, les responsables de la désertification des centres-villes sont donc tout trouvés : Internet, le e-commerce et, par extension, les plateformes de vente de vêtements en ligne. Un diagnostic que semble confirmer Marc Lolivier, délégué général de la Fédération du e-commerce et de la vente à distance (Fevad), selon qui « en 2025, les Français ont effectué 3,2 milliards de commandes, soit cent chaque seconde. C’est 300 millions (de commandes) de plus que l’année précédente », relève-t-il dans la dernière édition du JDD.

Trois facteurs expliquent, selon Marc Lolivier, cet engouement. Le gain de temps, « l’enjeu du pouvoir d’achat » et, « enfin, l’offre large et diversifiée accessible à tous » – à commencer par les populations rurales –, via les sites de vente en ligne. A ce titre, relève le dirigeant de la Fevad, « le e-commerce est un facteur d’égalité et un acteur d’aménagement du territoire ». A rebours du discours dominant, Marc Lolivier estime en effet que « la digitalisation est d’abord une opportunité » pour les petits commerces et centres-villes. Qu’en est-il vraiment ?

Les Français ont adopté l’omnicanal

Pour la plupart des consommateurs français, l’opposition entre commerces « physiques » ou de proximité d’une part, et e-commerce de l’autre, semble bel et bien factice. Ainsi dans l’Hexagone, plus de sept consommateurs sur dix (71%) combinent leurs achats sur les deux canaux, d’après un rapport publié en 2024 par la société Packlink. Selon la même source, plus de six achats en ligne sur dix (60,3%) impliquent une interaction avec un magasin physique. En d’autres termes, les Français ont totalement intégré les pratiques du commerce « omnicanal ».

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Dans le détail, 31% des consommateurs français recherchent des produits en ligne avant d’effectuer leurs achats en boutiques ; et, dans le même ordre d’idées, 19% achètent des produits en ligne mais choisissent de se les faire livrer en magasin. Bien plus qu’une menace, le e-commerce apparaît donc comme une opportunité qui permet, pour Marc Lolivier, « à des PME, artisans et commerçants de proximité de s’affranchir de leur seule clientèle locale et de vendre partout en France, voire à l’international ».

« Le meilleur des deux mondes »

En d’autres termes, « la fragilité de certains commerces de proximité tient à bien d’autres facteurs : accès aux centres-villes, urbanisme commercial, poids des baux, mobilité territoriale », poursuit le délégué général de la Fevad, selon qui « mettre ces difficultés sur le compte du e-commerce évite de traiter de ces sujets structurels ». Bien plus qu’une menace, « le phygital redéfinit les frontières du commerce », abonde dans une tribune aux Échos Julien Cailleau, directeur général adjoint de Oney, selon qui il s’agit de « combiner le meilleur des deux mondes ».

Ainsi, pour près de huit consommateurs sur dix (79%), d’après une étude The Future 100-VLM, le magasin physique n’est « plus un simple lieu de transaction, mais un lieu d’expérience multisensorielle ». La digitalisation et le e-commerce apparaissent alors non plus comme des dangers, mais comme « un levier clé pour permettre aux magasins de s’adapter (…), de mieux connaître le client, d’anticiper ses besoins, de lui proposer des offres sur-mesure ». Bref, de réinventer les commerces de proximité et les centres-villes, qui n’ont jamais cessé de s’adapter – certes non sans heurts – aux nouvelles habitudes de consommation.

Faucons et colombes

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Cette guerre en Iran n’est peut-être pas conforme au droit international, mais c’est tant mieux, lance Elisabeth Lévy dans sa chronique matinale. Nous vous proposons de l’écouter pour savoir pourquoi.


La guerre américano-israélienne ressuscite la fracture de 2003 entre faucons et colombes (avant l’Irak). On est cependant loin des passions de 2003, quand la France, gonflée à bloc par le lyrisme chiraco-villepiniste, fustigeait le néo-impérialisme américain et que les rares défenseurs des néoconservateurs étaient conspués.

Aujourd’hui, si on fait abstraction (et on le fait) des dingueries insoumises, le débat est plus feutré. Pas sûr que l’opinion soit passionnée par cette guerre qui semble encore assez lointaine. Sur les plateaux télé, on ne voit pas partisans et adversaires de la guerre s’invectiver. Il faut bien dire qu’après la répression sanglante du début d’année en Iran, il est difficile de pleurer publiquement Khamenei.

Cependant, oui, il y a bien une petite musique qui monte : Trump et Netanyahou vont mettre le feu à la région. Laquelle, il est vrai, était pacifique et très calme jusque-là, comme chacun sait. Si une puissance menaçait ses voisins, armait des groupes terroristes et opprimait sa population, on pourrait discuter. Mais non, on psalmodie le même mantra : jamais un régime n’est tombé à la suite d’une campagne aérienne.

Jamais, peut-être. Enfin, jusqu’au jour où ça arrive. La géopolitique n’est pas une science exacte.

Par ailleurs, l’Iran n’est pas l’Irak ni la Libye.

A lire aussi, Gil Mihaely: Iran: quand la propagande du regime se retourne contre lui

Le but de guerre des Israéliens et des Américains n’est pas de renverser le régime, mais de priver l’Iran de ses capacités de nuire. Tout le monde espère que cela créera les conditions pour que le peuple iranien, sur le terrain, se débarrasse de ses mollahs.

D’accord, mais cette politique de la force oublie le « droit international », entend-on. Cela désole Le Monde, qui a mobilisé d’obscurs spécialistes pour fustiger cette transgression. Marine Tondelier regrette qu’on ait tué Khamenei au lieu de le juger, mais ne nous dit pas quel tribunal s’en serait chargé. Toutes sortes de bonnes âmes expliquent que l’ONU devrait être à la manœuvre, autrement dit que rien ne devrait se passer, vu que l’Assemblée générale de l’ONU est un conglomérat de dictatures animé par la haine d’Israël et de l’Amérique.

Le problème, c’est que cette ligne mollassonne, c’est aussi la colonne vertébrale de la diplomatie française. Pour Emmanuel Macron, la question du nucléaire iranien doit être réglée par la diplomatie. Autrement dit, ne pas être réglée du tout, parce que, depuis quinze ans, malgré tous les efforts diplomatiques, le régime trimballe l’Occident. Jean-Noël Barrot a dit : « Cette intervention unilatérale aurait mérité d’être débattue. » L’Histoire est en marche et la France regrette qu’il n’y ait pas eu suffisamment de bla-bla. Cette guerre n’est peut-être pas conforme au droit international, et tant mieux. Droit international, cela veut dire impuissance.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale chez Patrick Roger

Macron, Trump: les copains d’abord

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© Christian Liewig/SIPA

Prompts à critiquer les dérives constatées aux Etats-Unis, nos champions de l’Etat de droit ne se privent pas de placer partout leurs pions pour faire barrage à qui vous savez…


Jerome Powell, actuel patron de la Fed (la Réserve fédérale des États-Unis), achèvera son mandat en mai prochain. Hostile aux baisses des taux réclamées par Trump, bien que nommé par ce dernier en 2017 (!), Jay Powell s’est vu récemment gratifié de tombereaux d’injures par le Donald : « Qui est notre plus grand ennemi, Jay Powell ou le président Xi ? »

Le président a déjà désigné Kevin Warsh, un proche, pour diriger la banque centrale. Il est donc de bon ton de souligner l’entorse ainsi faite à la sacro-sainte (quoique très théorique) indépendance d’une banque centrale. De là à voir dans cette nomination une preuve supplémentaire du despotisme trumpien, il n’y a qu’un pas que tous ses adversaires, notamment français, n’hésitent pas à franchir.

C’est pas chez nous qu’un truc comme ça arriverait. Ah, en fait si. C’est même arrivé trois fois en l’espace de quelques jours. François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, a opportunément annoncé sa démission. Macron s’apprête à nommer son remplaçant. Idem pour Christine Lagarde, dont le départ anticipé est annoncé. Enfin, Amélie de Monchalin va prendre la présidence de la Cour des comptes, afin de porter un jugement impartial sur… le budget qu’elle vient de concocter. Rien à voir évidemment avec les menées scélérates de Trump. Tous ces Français sont là pour une cause noble : faire barrage à Bardella, au cas où…

Quel soulagement pour les amoureux de l’« État de droit ».

Le droit international à l’épreuve de la guerre hybride

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Manifestants favorables à Ali Khamenei, Beyrouth, Liban, 1er mars 2026 © Marwan Naamani/DPA/SIPA

Proxies. En droit international, la légitime défense invoquée par Israël ne peut être légale et recevable que si les attaques menées par les groupes soutenus par l’Iran peuvent être considérées comme une attaque armée imputable à l’Iran.


La question des proxies est devenue l’un des angles morts les plus sensibles du droit international contemporain. Le principe général est clair :  un État est responsable des actes internationalement illicites qui lui sont imputables. Encore faut-il établir le lien d’imputation. Or les stratégies indirectes prospèrent – et c’est précisément là que le bât blesse.

En droit international, la responsabilité d’un État pour les actes d’un acteur non étatique suppose de démontrer un degré suffisant de contrôle. La jurisprudence de la Cour internationale de Justice (CIJ) a posé le critère du « contrôle effectif ». Il ne suffit pas de financer, armer ou entraîner un groupe. Il faut prouver que l’État dirigeait ou contrôlait l’opération spécifique au cours de laquelle la violation a été commise.

Dans cette jurisprudence, l’affaire des Activités militaires et paramilitaires au Nicaragua (Nicaragua c. États-Unis) jugée en 1986 par la CIJ constitue un jalon majeur. En condamnant le soutien américain aux Contras et le minage des ports nicaraguayens comme violations du principe de non-recours à la force et du principe de non-intervention, la CIJ a fixé le cadre juridique de la responsabilité d’un État pour les actes commis par des acteurs armés non étatiques.

La Cour y distingue le soutien matériel, financier et logistique à un groupe rebelle (qui d’ailleurs peut constituer en soi une violation du droit international), et l’imputation directe des crimes commis par ce groupe à l’État soutien. Or, pour que cette imputation soit juridiquement établie, la Cour exige la preuve d’un « contrôle effectif » sur l’opération spécifique au cours de laquelle la violation a été commise. Autrement, elle exige la preuve que l’État a dirigé ou contrôlé l’acte précis en cause.

Ce seuil, particulièrement élevé, rend extrêmement difficile l’attribution automatique des exactions d’un proxy à son parrain étatique, même lorsque l’ampleur du soutien structurel ne fait guère de doute. En établissant ce critère, la décision de 1986 a façonné toute la réflexion ultérieure sur ce que nous appelions plus tard « guerres hybrides ». En privilégiant le droit des Etats, la Cour a offert une protection contre l’ingérence armée mais en même temps créée un espace juridique dans lequel peuvent prospérer des stratégies de « déni plausible » et donc de projection de puissance par procuration.

Une grosse décennie plus tard, le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, dans l’arrêt Tadić de 1999, a proposé une lecture différente. Là où la CIJ exigeait la preuve d’un « contrôle effectif » sur l’opération spécifique ayant donné lieu à la violation, le Tribunal a introduit le critère plus souple de « contrôle global ». Selon cette approche, il n’est pas nécessaire de démontrer qu’un État a ordonné ou dirigé chaque attaque précise. Il suffit d’établir qu’il exerce un rôle d’organisation, de coordination ou de soutien structurant sur le groupe armé dans son ensemble, au point d’en orienter l’action générale. Le Tribunal considérait que dans les conflits contemporains, caractérisés par des relations organiques entre États et forces paramilitaires, exiger un contrôle opérationnel détaillé revenait à ignorer la réalité des chaînes de commandement indirectes.

Cette divergence touchait à la qualification même des conflits armés. Dans l’arrêt Tadić, le Tribunal cherchait à déterminer si le conflit en Bosnie devait être qualifié d’international, ce qui dépendait de l’attribution des forces serbes de Bosnie à la République fédérale de Yougoslavie. En adoptant le critère du « contrôle global », les magistrats abaissaient le seuil d’imputation afin de mieux refléter l’emprise exercée par Belgrade.

Cependant, dans son arrêt Bosnie c. Serbie de 2007, la CIJ a explicitement refusé d’adopter cette conception plus large et a réaffirmé le standard du contrôle effectif pour engager la responsabilité internationale d’un État. Elle a estimé que le critère du Tribunal, pertinent dans un cadre pénal visant à déterminer la nature d’un conflit, ne pouvait être transposé tel quel à la question de la responsabilité étatique.

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Cette divergence entre les deux juridictions révèle une fracture dans le droit international contemporain. D’un côté, le TPI exprime une approche réaliste cherchant à appréhender les formes hybrides de la guerre moderne. De l’autre, la CIJ formule une exigence stricte de preuve destinée à préserver la stabilité du système international en évitant une extension excessive de la responsabilité des États. Ce sont deux réponses différentes à la question : à qui profite la zone grise ?

C’est dans cet espace ambigu que s’inscrit la stratégie iranienne avec le Hezbollah. Il ne fait guère de doute que la République islamique d’Iran fournit au Hezbollah un soutien financier, logistique, technologique et doctrinal massif. Des cadres sont formés, des systèmes d’armes transférés, des capacités de renseignement coordonnées, des crédits et des liquidités accordés. Sur le plan stratégique, l’alignement est manifeste. Pourtant, établir juridiquement que Téhéran a exercé un contrôle effectif sur un tir de roquette par le Hezbollah, même lorsqu’il s’agit d’un armement d’origine iranienne utilisé par un cadre formé et financé par l’Iran contre un objectif israélien, demeure quasiment impossible sans preuve directe d’un ordre opérationnel précis. Ce qui a valu aux États-Unis leur condamnation en 1986 tient précisément à l’existence d’une documentation abondante et traçable issue d’institutions structurées comme la CIA, le Pentagone ou la Maison-Blanche, fonctionnant selon des protocoles formalisés. À l’inverse, le système iranien – et c’est à la fois sa force et sa faiblesse – repose largement sur des circuits personnels et informels, souvent opaques. Les décisions y laissent peu de traces écrites, les flux financiers passent par des canaux difficiles à retracer et le contrôle échappe largement à la publicité, à la presse et au contrôle parlementaire. Il en résulte une absence quasi totale de « paper trail » exploitable juridiquement entre la République islamique et le Hezbollah, ce qui rend l’imputation directe d’un acte déterminé extrêmement difficile.

Le résultat est que ce seuil probatoire élevé crée une zone grise. Il permet à la République Islamique d’Iran de bénéficier d’une forme de déni plausible tout en tirant les bénéfices stratégiques de l’action du proxy. En pratique, cela complique l’engagement de la responsabilité internationale et limite les voies de recours devant les juridictions internationales.

À partir de ce cadre, la question de la légalité de la guerre en cours contre l’Iran ne peut être tranchée qu’en distinguant deux plans. En principe, toute attaque armée contre un État souverain constitue une violation du droit international. Pour qu’elle soit licite, elle doit soit être autorisée par le Conseil de sécurité, soit relever de la légitime défense en réponse à une « attaque armée ». Tout l’enjeu est donc de savoir si les actions menées par les proxies soutenus par l’Iran peuvent être juridiquement qualifiées d’« attaque armée » imputable à Téhéran et justifiant la légitime défense.

Si l’on retient le standard strict du « contrôle effectif » de la Cour internationale de Justice, l’imputation directe des tirs du Hezbollah, du Hamas, des Houtis ou d’autres milices à l’État iranien demeure extrêmement difficile à établir sans preuves qui probablement n’existent pas (un ordre direct, clair et signé par exemple). En revanche, si l’on adopte l’approche plus fonctionnelle du « contrôle global » ou d’une lecture extensive de l’article 51 tenant compte des guerres hybrides, on peut soutenir qu’un État qui organise, arme, finance et coordonne durablement des attaques répétées contre un autre État engage sa responsabilité directe comme s’il est lui-même l’auteur de l’agression. Dans cette perspective, la riposte directe contre l’État soutien pourrait être qualifiée de légitime défense face à une agression par procuration.

La controverse tient donc moins aux faits qu’au seuil juridique retenu, et la guerre actuelle se situe précisément dans cette zone grise, entre une lecture formaliste qui y verrait une violation de l’interdiction du recours à la force et une lecture stratégique qui invoquerait la légitime défense face à une agression indirecte structurée et durable. Le cas iranien illustre plus largement une transformation profonde du conflit armé contemporain, où la projection de puissance s’opère de plus en plus par des réseaux hybrides brouillant la frontière entre guerre interétatique « classique » et violence non étatique. Conçu pour des affrontements classiques entre armées régulières, le droit international peine à saisir ces configurations diffuses. La question dépasse ainsi la seule responsabilité de l’Iran pour les actes du Hezbollah et renvoie à un enjeu plus fondamental, celui de l’adaptation des normes juridiques à une époque où la souveraineté s’exerce fréquemment par délégation armée et par l’entremise de proxies.

Islam libéral: mode d’emploi introuvable!

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L'essayiste Ferghane Azihari © Ph. Matsas / Presses de la Cité

Ni le réel n’est entièrement rationnel ni le rationnel tout à fait réel.
Albert Camus.

Notre vie est une constante négociation entre le rationnel, l’imaginaire et nos émotions.
Albert Memmi.


L’Islam contre la modernité. Tel est le titre, sans point d’interrogation, et donc la conclusion professée par Ferghane Azihari dans son dernier essai, au sens où l’entendait Montaigne.

De prime abord, elle tombe sous le sens. Il cite Tocqueville :

Mahomet a fait descendre du ciel, et a placé dans le Coran, non seulement des doctrines religieuses, mais des maximes politiques, des lois civiles et criminelles, des théories scientifiques.

Livre pimenté de récits légendaires et merveilleux, dicté au VIIe siècle par Allah lui-même à un scribe illettré. Or, chacun sait que, pour toute religion, la parole divine est immuable. Le Coran expose donc une vision du monde figée. Comme pour tout système juridique, ne sont pas exclues les controverses doctrinales, mais elles ont pour limites un cadre intangible. Si les constitutions et les lois séculaires peuvent être révisées et adaptées aux nouvelles réalités sociales, il ne saurait en aller de même quand le Créateur a légiféré une fois pour toutes, pour l’éternité. Un exemple : s’il est légitime de discuter du sexe des anges, l’existence de ces auxiliaires ailés de Dieu ne saurait être mise en doute, sous peine d’hérésie.

Les pendules remises à l’heure

Avant même de lire cet ouvrage, nul besoin d’être un érudit orientaliste pour connaître les principes fondamentaux consacrés par le droit islamique : infériorité des femmes, soumises à l’autorité des hommes (père, frères) si elles sont célibataires et à celle de leur mari (librement choisi, ça va de soi…); dans une procédure judiciaire, leur témoignage a un poids inférieur à celui d’un homme; le divorce est un acte de répudiation unilatéral de la part du mari et l’ex-femme n’a aucun droit sur la garde des enfants; il y a inégalité sur le plan successoral… L’exogamie est licite pour ces messieurs, mais ces dames restent strictement soumises à l’endogamie et sont nubiles à l’âge mûr de 9 ans. Par ailleurs, si les minorités juives et chrétiennes bénéficient de la généreuse mansuétude que l’état islamique refuse aux païens, leurs membres sont toujours soumis à une infériorité juridique dont l’intensité dépend de la bienveillance et de l’ouverture d’esprit du sultan local. N’oublions pas l’esclavage, qui n’épargne ni les « nègres » (qui « ont peu de ce qui est essentiellement humain et possèdent des attributs tout à fait voisins de ceux d’animaux stupides », dixit le grand sage Ibn Khaldoun), ni, bien sûr, les « négresses »; la polygamie (mais il ne faut rien exagérer car elle est limitée à 4 épouses); et, last but not least, l’apostasie, qui est sanctionnée par la peine de mort.

En matière de droits civiques, de droit de la famille et de droit du travail, un modèle quelque peu désuet.

M. Azihari donne une passionnante rétrospective historique, bien étayée par de solides références documentaires. Mieux, il remet quelques pendules à l’heure.

En ce qui concerne le soi-disant âge d’or de la civilisation musulmane du XIIe siècle, laquelle aurait alors rendu à l’Occident son héritage philosophique grec, le lecteur apprend que cette retransmission fut plutôt l’œuvre d’intellectuels non musulmans, arabophones mais polyglottes : les disciples du prophète répugnaient à l’étude des langues étrangères. Une possible préfiguration du dictateur cambodgien Pol Pot?

D’aucuns, comme jadis Napoléon, voient dans le prophète le chef ayant instauré un certain ordre dans une contrée désertique. L’auteur fait ce constat que, en réalité, le Moyen-Orient, y compris la péninsule arabique, était une région riche, tant sur le plan matériel que sur celui de la diversité culturelle. Au lieu de s’appuyer sur ce fertile terreau, les autorités conquérantes l’ont étouffé. D’ailleurs, il souligne avec ironie que Khadija, la première épouse du prophète, non seulement n’était pas analphabète, mais était une femme d’affaires accomplie, marchande de chameaux de son état, concessionnaire des limousines de l’époque. Or, non seulement la Saoudienne d’aujourd’hui n’est juridiquement qu’une mineure incapable, mais, ô ironie, elle était, jusqu’à une époque récente, interdite de conduite de véhicules automobiles… Est-il possible de mieux illustrer la déchéance de la femme?

Le totalitarisme se traduit toujours par la régression de la pensée et de la justice sociale.

Spirituel et temporel

En matière scientifique, l’islam est hostile à la créativité théorique, seul l’utilitaire compte. Métaphoriquement, le musulman pieux peut faire un bon ingénieur, mais pas un physicien. 76% des musulmans feraient primer le dogme sur la science en cas de conflit.

La cause est entendue : l’islam est totalement incompatible avec l’État moderne. En effet, l’« islam libéral » est un oxymore et est fausse la distinction entre « islam » et « islamisme »

La question est plutôt de savoir si les individus nés musulmans peuvent vivre en Occident en citoyens, notamment respectueux de la laïcité à la française. Autrement dit, peuvent-ils faire abstraction des injonctions divines et respecter intégralement le droit séculier?

En ce qui concerne les libres penseurs (et surtout penseuses…), qui ont brisé leurs chaînes mentales, aucun problème; ils sont plus nombreux que l’on croit. Quant au musulman modérément pratiquant lambda, ignorant en matière d’histoire et qui tient pour acquis, comme son homologue chrétien, que sa religion prêche simplement l’amour du prochain et la tolérance (vu qu’il n’a pas pris connaissance des précisions totalitaires exposées dans les notes de bas de page), ce ne sont que d’inoffensives brebis égarées.

Mais quid des intégristes, ou plus exactement, des rigoristes?

L’auteur cite le saint-simonien Ismayl Urbain, conseiller de Napoléon III quant à sa politique algérienne, qui pose parfaitement le problème :

Tant que les Indigènes n’auront pas opéré une séparation radicale entre le spirituel et le temporel, tant que leur culte et leurs dogmes religieux seront en contradiction avec nos Codes, ils ne pourront être investis du titre de citoyens français. Il faut que le Koran devienne pour eux un livre purement religieux, sans action sur la législation civile. Ce progrès n’est pas impossible. D’autres peuples sont sortis de l’organisation théocratique et se sont rangés sous un gouvernement séculier, sans abdiquer leurs croyances.

Grosso modo, le judaïsme, y compris orthodoxe, a atteint cet objectif. La loyauté envers le pays d’accueil est une obligation prescrite par la halakha, laquelle reconnaît aussi une sorte de pouvoir réglementaire qui a permis aux communautés établies en Occident de légiférer, dans une certaine mesure, en fonction de l’évolution sociale. Le meilleur exemple est l’abolition de la polygamie il y a plusieurs siècles. Idem pour le christianisme, encore que ses prétentions monopolistiques aient été habilement mises en veilleuse suite aux coups de boutoir des Lumières. A signaler toutefois que l’Église catholique s’est parfois permis de faire obstacle au législateur sur certains sujets, comme le divorce ou l’avortement; elle a du mal à comprendre que nulle chrétienne pieuse n’est contrainte ni à divorcer ni à se faire avorter. Mentionnons les Mormons américains, qui croient toujours en la polygamie dans l’au-delà, mais qui en interdisent la pratique sur Terre.

A noter que de nombreuses croyances sont parfaitement inoffensives. Par exemple, n’a rien de nuisible socialement la conviction portant que vient d’être accueilli triomphalement dans l’autre monde par 72 vierges feu le Guide suprême Ali Khamenei, qui a bien mérité son paradis à titre de dévoué serviteur d’Allah. Croire qu’un certain Lazare fut ressuscité par un multiplicateur de pains et de poissons, ce n’est que croire en une suspension ponctuelle lointaine des lois de la nature. Grand bien fasse au fidèle.

Cela dit, la charia, elle, semble muette quant à la démarche du fidèle au regard des institutions de son pays de résidence. Pour les rigoristes, tout est donc une question de rapport de forces.

Et M. Azihari fait état de statistiques préoccupantes provenant du Royaume-Uni. Près d’un tiers des musulmans au Royaume-Uni demeurent en principe favorables à la peine de mort pour les apostats.

(On se souviendra que Youssouf Islam, alias Cat Stevens dans une vie antérieure où ses chansons s’inscrivaient dans l’esprit « peace and love », avait déclaré que si Salman Rushdie avait insulté le prophète, il devait mourir. Pas d’affolement cependant : il précisa par la suite, avec une indulgence qui frisait la faiblesse, qu’il n’appelait pas à la violation des lois britanniques. Fausse alerte donc).

Une petite majorité prône l’illégalité de l’homosexualité.

(On comprend mal en quoi cette question puisse déranger quelque hétéro que ce soit vu qu’elle ne le touche en aucune manière, ni de près, ni de loin, par définition. A l’instar des chrétiennes libres de refuser le divorce et l’avortement, que les dévots de tout poil soient entièrement rassurés : dans un état de droit laïc, ne se fait sodomiser que qui veut. La chose ne concerne que les adultes consentants).

Moins théoriquement, plus de deux tiers sont en faveur d’un délit de blasphème pour les contempteurs de l’islam.

Quelques réserves, qui n’entachent en rien la validité de ses constats sur l’islam.

Excellent état des lieux, mais…

Notons que, sans vouloir adhérer au christianisme qu’il critique (il ne suivra pas les récentes brisées d’une Ayaan Hirsi Ali), l’auteur a quand même tendance à lui manifester une bienveillance un tantinet excessive, même s’il a été moins oppressif que l’islam, notamment ce qui concerne les femmes, ce qui n’était évidemment pas difficile ainsi qu’il le reconnaît lui-même.

Il abonde dans le sens de Tocqueville :

L’évangile ne parle, au contraire [du Coran], que des rapports généraux des hommes avec Dieu et entre eux. Hors de là, il n’enseigne rien et n’oblige à rien croire.

Tellement généraux qu’une substantielle doctrine sociale et politique a été construite sur le nouveau testament! Selon l’apôtre Paul, la bonne épouse chrétienne doit obéissance à son mari et, sans approuver directement l’esclavage, il invite l’esclave à la résignation. Par ailleurs, la marche sur les eaux du rédempteur est toujours considérée comme un fait incontestablement historique.

Azihari définit le christianisme comme un « judaïsme hellénisé », ce qui est inexact. Il est totalitaire en ce qu’il invoque un monopole de la vérité, opportunément rappelé par feu NSP Benoît XVI, qui explique avec fermeté que les autres religions ne détiennent que de plus ou moins maigres parcelles de vérité.

Le judaïsme, lui, s’est révélé nettement plus ouvert aux nouvelles connaissances scientifiques : selon Maïmonide (le RAMBAM), en cas de conflit entre la raison et le récit biblique, celle-là appelle une lecture métaphorique de celui-ci. Mieux, le judaïsme ne prétend pas constituer une formule obligatoire de salut pour l’humanité, et les non juifs, les fils de Noé, ne sont pas voués à la damnation éternelle. Le fanatisme, notamment chez les Hassidiques, se traduit non pas par une volonté de conquête, mais pas un auto-enfermement dans un ghetto.

Quant à l’hellénisme, le Nazaréen, trop souvent enclin à des accès de rage folle et à cracher ses menaces de géhenne et autres imprécations sur les contradicteurs et sceptiques, ne fait pas le poids face à un Socrate calme et posé, préférant le dialogue serein.

L’auteur attribue à Grégoire de Nysse le premier plaidoyer contre l’esclavage au IVe siècle, qui aurait alors pris ses distances de l’apôtre Paul. C’est ignorer que les sophistes présocratiques grecs étaient opposés à cette institution, ultérieurement avalisée par Aristote, comme faisant partie de l’ordre naturel des choses.

Enfin, il est dommage que l’auteur ait succombé à une tentation démagogique en prônant la déchéance de nationalité et l’expulsion du territoire national des militants au service d’organisations fondamentalistes alors que la bonne application du droit pénal suffit. On entend trop souvent d’ailleurs cette idée en France, au Royaume-Uni et, bien sûr, dans l’Amérique trumpienne. On répondra que ce genre de mesure peut être instrumentalisé par n’importe quel gouvernement tyrannique afin de réduire au silence des dissidents dont la parole est utile (cf. l’Allemagne nazie et la perte de nationalité et l’expulsion de Soljenitsyne par l’Union soviétique en 1974); elle n’a aucune vertu dissuasive et donne à l’intéressé la qualité de martyr; enfin, elle est contre-productive car elle prive l’État concerné de sa compétence concernant les crimes commis à l’étranger. La nationalité confère des droits, mais impose corrélativement des devoirs.

Il n’y a là selon moi qu’une fétichiste transposition de l’excommunication.

En conclusion, globalement, M. Azihari fait un excellent état des lieux. Force est de constater en effet que l’idéologie islamique exerce une influence délétère. Même si les terroristes actifs ne constituent qu’une infime minorité, leurs motivations, puisées dans des sources scripturales aux origines et à la signification obscures, résonnent, hélas, de manière nuisible au débat public et, ce qui est pire, contribuent au maintien de donjons idéologiques où sont retenues captives trop de jeunes générations. En guise de comparaison, le sectarisme des nostalgiques de l’Église pré-Vatican II, laquelle priait pour les « perfides juifs », ne se manifeste plus de nos jours par des actes violents, mais de manière plus ciblée et feutrée, par exemple par le sournois contournement de l’instruction en matière de la sexualité et d’impératifs de la laïcité dans leurs bunkers scolaires. La réalité incontournable est que l’arme de destruction massive des superstitions que dénonce efficacement M. Azihari par ce terme est l’exposition à la pensée rationnelle et critique, d’où l’importance capitale d’assurer le respect des programmes établis par le ministère de l’Education nationale, notamment en histoire et en philosophie.

M. Azihari nous donne donc un essai instructif que chaque lecteur droit recommander à un ami. Et la lectrice de 18 ans et plus pourra utilement en confronter les données avec un opuscule qui vient tout juste de paraître aussi (coïncidence ou providence?…), Moi la jeune musulmane d’un éminent salafiste, le Dr Ahmad Ibn Moubarak Al-Mazrou’, digne héritier de Piaget, spécialiste confirmé des outils pédagogiques destinés aux enfants. Ce petit bijou de guide pratique de développement personnel est interdit de vente aux mineures en France (bonne nouvelle, l’accès en est libre au Québec), mais ces futures adultes reproductrices peuvent compter sur leurs parents soucieux de leur épanouissement pour le leur offrir.

400 pages

L'Islam contre la modernité

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Sarah Knafo: la trouble-fête

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Sarah Knafo, candidate de Reconquête! à la Mairie de Paris © Hannah Assouline

La candidate de Reconquête ! à la mairie de Paris est ce mois-ci en une de Causeur. Créditée de 12% dans les sondages, elle pourrait se maintenir au second tour.


De mémoire de Cinquième République, on avait rarement vu relooking politique plus spectaculaire. Quand, le 7 janvier, Sarah Knafo annonce au 20 heures de TF1 qu’elle part à l’assaut des municipales parisiennes (les 15 et 22 mars), la plupart des observateurs prévoient qu’elle profitera de cette campagne, à forte exposition médiatique, pour affirmer son style sage et sérieux de diplômée de Sciences-Po et d’ancienne élève de l’ENA. Qui aurait imaginé qu’elle opterait plutôt pour un ton sémillant et accessible ? Depuis qu’elle est entrée au Parlement européen en 2024, la secrétaire générale de Reconquête !, qui n’a certes jamais été une femme austère, s’est forgé l’image d’une « lanceuse d’alerte », en guerre contre les gaspillages publics, rédigeant ici un rapport au vitriol contre l’Agence française de développement, là une étude sans concession sur le poids de l’immigration algérienne en France. Un discours plus chiffré et technique que le registre lyrique et identitaire de son compagnon Éric Zemmour, qui passe presque pour le poète du couple. Mais voilà que la jeune mère de famille montre qu’elle sait faire vibrer une corde plus glamour et se mettre à hauteur de citoyen. Normal, dira-t-on, quand on vise une mairie, serait-ce celle d’une des plus grandes métropoles occidentales. Sauf qu’en promettant « une ville heureuse », en publiant sur les réseaux sociaux des clips animés façon studio Pixar et en se revêtant de robes jaune flashy pour battre le pavé de la capitale, la native de Seine-Saint-Denis a cassé tous les codes de la communication politique. Depuis lors, c’est la panique dans les états-majors des vieux partis, où l’on se pince en regardant son ascension dans les sondages, avec désormais 12 % au dernier baromètre parisien de l’institut Harris Interactive, soit quatre points de mieux que le score d’Éric Zemmour à Paris intra-muros lors des présidentielles de 2022. Or, depuis la récente réforme électorale, tout candidat dépassant 10 % peut se maintenir au second tour dans la capitale. Pour Frédéric Dabi, directeur général opinion de l’IFOP, malgré cette remarquable percée, la volonté de changement, voire de rupture, des Parisiens favorise une polarisation que Knafo aura du mal à ébranler. Toutefois, pour lui, celle qui a reçu le prix 2026 de la révélation politique du Trombinoscope « pourrait bien faire figure de trouble-fête et jouer les faiseuses de roi dans ce scrutin », d’autant plus qu’à Paris, elle s’est « libérée de la sociologie de la droite dure ». Si le scénario d’un duel final entre Emmanuel Grégoire (PS, 31 % d’intentions de vote) et Rachida Dati (LR, 27 %) demeure le plus probable, notre « outsideuse » pourrait donc être celle qui donnera les clés de la victoire à l’ex-ministre de la Culture en passant avec elle un accord de coalition dans la dernière ligne droite. On comprend mieux pourquoi, depuis le début de la campagne, Knafo se garde bien d’attaquer sa concurrente pourtant très macrono-compatible… Serait-elle en train de se chiraquiser ? La comparaison n’est pas absurde. Comme le Corrézien, Knafo est passée par la Cour des comptes et, comme lui, elle a été conseillée par l’inimitable Marie-France Garaud. Mais l’histoire ne dit pas si, comme lui, elle devra laisser passer dix-huit ans entre sa première campagne parisienne et son entrée à l’Élysée.

Nantes: le silence pesant de Johanna Rolland

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La maire sortante de Nantes Johanna Rolland, Paris, 20 janvier 2026 © ISA HARSIN/SIPA

La maire de Nantes, numéro 2 du PS, est prise en étau entre possible défaite aux municipales et compromission avec LFI.


Il y a des images et des attitudes dont un parti ne se remet pas. Et il y a des mots qui, une fois prononcés, ne s’effacent plus. Et il y a un mort. Quentin Deranque avait 23 ans. Le 12 février 2026, en marge d’un meeting de Rima Hassan à Sciences-Po Lyon, ce jeune homme assurant la sécurité bénévole de militantes du collectif Némésis a été passé à tabac par au moins six antifas masqués et cagoulés. Parmi eux, Jacques-Élie Favrot (assistant parlementaire en titre du député LFI Raphaël Arnault, fondateur de la Jeune Garde). Malgré l’horreur de ce lynchage, LFI a choisi de ne pas rompre avec sa milice.

« Ok Jean-Marie Le Pen » : Mélenchon s’enfonce

Si l’assassinat du jeune Quentin constitue la plus grave ignominie récente impliquant LFI, c’est une autre séquence, survenue dans les jours suivants, qui a précipité l’isolement définitif de LFI. Et qui éclaire, à Nantes comme ailleurs, l’impossibilité croissante de toute alliance avec ce parti.

Le 26 février 2026, en meeting à Lyon, Jean-Luc Mélenchon fait du Le Pen en « ironisant » sur la prononciation du nom du criminel sexuel américain Jeffrey Epstein : « L’affaire Epstein ? Ah, je voulais dire Epstine, pardon ! Cela fait plus russe, alors maintenant vous direz Einstine au lieu d’Einstein, Frankenstine au lieu de Frankenstein. Voilà, tout le monde comprend comment il faut faire. » La salle est hilare. Comme l’avait fait Jean-Marie Le Pen, le gourou insoumis joue sur la consonance juive d’un patronyme pour insinuer un complot visant à dissimuler l’origine d’Epstein. Un ressort antisémite classique : celui du nom comme marqueur d’appartenance.

Quelques jours plus tard, le 1er mars à Perpignan, il récidive en prononçant délibérément mal le nom de l’eurodéputé Place publique Raphaël Glucksmann : « Monsieur Gluckman… Glucksmann pardon… après j’en ai pour des heures. » Même mécanique, même public hilare. La réponse de Glucksmann sur X est cinglante et laconique : « Ok Jean-Marie Le Pen. » Le parallèle est dévastateur : Jean-Marie Le Pen avait été condamné par la justice pour son fameux « Durafour crématoire », jeu de mot associant le nom d’un ministre juif aux fours des camps nazis. Deux occurrences en moins d’une semaine ne constituent plus un lapsus. Elles dessinent une stratégie. Celle d’un Mélenchon qui a compris qu’il ne serait jamais président, et dévoile son vrai visage. A défaut de gagner dans les urnes, il cherche le chaos et la guerre civile.

Cette fois, plus personne ne peut faire semblant d’ignorer l’antisémitisme de LFI, y compris à gauche.

Au PS, la rupture se dit tout haut. Sauf pour l’instant à Nantes

L’onde de choc nationale a des conséquences directes sur la politique locale nantaise. François Hollande a été d’une clarté absolue sur BFMTV : « Je considère que la relation avec LFI est terminée, elle est rompue. Il ne peut pas y avoir, pour les élections qui viennent, d’alliances entre les socialistes et La France insoumise. » Jérôme Guedj, Carole Delga, Pierre Jouvet — la liste des socialistes qui refusent toute alliance avec LFI s’allonge chaque jour. Le mouvement Place publique a, de son côté, confirmé sans équivoque n’avoir conclu « aucune alliance, même locale et isolée, avec La France insoumise » dans toute la France, rappelant que l’antisémitisme « n’a pas sa place dans notre société » et qu’ « aucune complaisance, aucune ambiguïté, aucun sous-entendu ne peuvent être tolérés ».

A lire aussi, Foulques Chombart de Lauwe et David Angevin : En finir avec la gauche radicale dans nos mairies

À Nantes, le premier adjoint de Johanna Rolland, Bassem Asseh, a clairement exprimé sur X — comme d’autres cadres du PS local — l’incompatibilité fondamentale entre les valeurs républicaines et une alliance avec un parti qui accumule impunément les sorties antisémites. Sa position rejoint celle d’une majorité des leaders socialistes : après la mort de Quentin, après les blagues de Mélenchon sur les noms juifs, s’allier avec LFI reviendrait à cautionner la dérive raciste et violente de LFI.

Le dilemme cornélien de Johanna Rolland

Le sondage Odoxa commandé par Foulques Chombart de Lauwe (candidat unique de le droite et du centre à Nantes) et publié par Le Point a mis en lumière une réalité arithmétique : dans une triangulaire au second tour, la maire sortante est donnée perdante à 40 % contre 42 % pour son challenger de droite, avec LFI maintenu à 18 %. Si Johanna Rolland fait alliance avec LFI, elle atteindrait 54 % et la mairie serait conservée. Sans cette alliance, Nantes basculerait à droite pour la première fois depuis des décennies.

Numéro deux du Parti socialiste au plan national, Johanna Rolland se retrouve face au choix le plus difficile de sa vie politique. Si elle accepte la main des Insoumis pour conserver son fauteuil, elle envoie un signal dévastateur : que la conservation du pouvoir vaut plus que les principes, que les blagues de Mélenchon sur les noms juifs sont un détail négligeable, que le sang de Quentin et les milices encadrées par des élus LFI ne constituent pas un obstacle rédhibitoire. Elle contredirait frontalement la ligne de son propre camp. Elle affaiblirait la reconstruction du PS en tant que force républicaine identifiée à des valeurs claires. Et elle offre à Chombart de Lauwe l’argument massue pour la suite de la campagne : « Johanna Rolland s’est alliée aux antisémites pour garder sa mairie. »

Foulques Chombart de Lauwe l’a d’ailleurs exprimé sans détour, interpellant publiquement la maire sortante sur une éventuelle « alliance de la honte » : « Est-ce qu’elle vend ses propres valeurs politiques pour un poste ? »

Chombart de Lauwe ou la droite enfin soudée

De l’autre côté de l’échiquier, Foulques Chombart de Lauwe a réussi un pari qu’on jugeait impossible il y a dix-huit mois : fédérer l’intégralité de la droite et du centre nantais, de LR à Renaissance en passant par Horizons, le MoDem, et Nouvelle Énergie, parti de David Lisnard. L’ancienne ministre centriste Sarah El Haïry figure en numéro deux sur sa liste. Bruno Retailleau, David Lisnard, Gabriel Attal se sont déplacés pour le soutenir. Son premier grand meeting à la Cité des congrès a réuni 1 200 personnes et refusé du monde. Une dynamique jamais vu dans le camp conservateur nantais. Il a exclu toute alliance avec le Rassemblement national, au premier comme au second tour, désarmant ainsi l’une des principales attaques de ses adversaires.

Sa stratégie de campagne est claire : outre le bilan calamiteux du PS à Nantes, devenue une ZAD géante, Chombard insiste sur l’ignominie morale de LFI. Il n’a pas attendu le sondage pour pointer le paradoxe : « Depuis 12 ans, rien ne va entre le PS et l’extrême gauche LFI. Tout les oppose, mais ils s’allient pour se maintenir au pouvoir. » Dans cette configuration, chaque jour sans réponse claire de Johanna Rolland sur l’alliance LFI est un jour supplémentaire où Chombart de Lauwe peut légitimement demander aux Nantais : sera-t-elle républicaine ?

À douze jours du premier tour, une seule question structure désormais la campagne nantaise, au-delà des programmes, des promesses et des sondages : Johanna Rolland, numéro deux du Parti socialiste français, aura-t-elle le courage de dire ce que ses propres alliés disent déjà : qu’une alliance avec le parti de Jean-Luc Mélenchon, celui qui a laissé sa milice impunie et qui plaisante en meeting sur les noms juifs, est devenue moralement impossible ? La réponse à cette question ne sera pas seulement nantaise. Elle dira quelque chose de l’état de la gauche française, de sa capacité à choisir les principes plutôt que les strapontins, de sa sincérité dans la lutte contre l’antisémitisme quand ce combat a un coût électoral. Les Nantais attendent. Le silence de Johanna Rolland commence à ressembler à une réponse.

Alerte jaune sur Paris: elle leur casse les codes!

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© Causeur

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Sarah Knafo est-elle une trouble-fête ? Présentant notre dossier sur la candidate de Reconquête ! à la mairie de Paris, Jean-Baptiste Roques souligne un grand contraste : tandis que la plupart des observateurs s’attendaient à ce qu’elle affirme « son style sage et sérieux de diplômée de Sciences Po et d’ancienne élève de l’ENA », elle a choisi plutôt « un ton sémillant et accessible », montrant qu’elle « sait faire vibrer une corde plus glamour et se mettre à la hauteur du citoyen ». Se confiant à Elisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques, Sarah Knafo parle de son plan « Haussmann 2.0 » pour tourner la page des années Hidalgo. Et se targue d’être la seule qui fera l’union des droites plutôt que l’alliance avec les macronistes. Éric Naulleau, président du parti foutuïste, qui ne cache pas son amitié et son admiration pour Sarah Knafo, salue en elle une intellectuelle qui a le courage de descendre dans l’arène pour défendre ses convictions, et reconnaît que si le pessimisme les sépare, la littérature les unit. Martin Pimentel a suivi la candidate de Reconquête ! pendant toute une journée où elle est allée à la rencontre des commerçants et des hôteliers restaurateurs parisiens qui sont touchés de plein fouet par la circulation calamiteuse dans la capitale.

Le numéro de mars est disponible aujourd’hui sur le kiosque numérique et demain mercredi 4 dans les kioques !

L’édito d’Elisabeth Lévy commente l’incident des Bafta, l’équivalent british des Césars, qui a vu un homme atteint du syndrome de Gilles de La Tourette crier publiquement le « mot en n » quand deux acteurs noirs sont montés sur la scène. « Ce scandale aberrant met en lumière la mécanique folle du politiquement correcte ». Dans un conflit entre l’antiracisme et le respect de la dignité des faibles, c’est le premier qui gagne. De surcroît, l’humour, qui autrefois permettait de parler de tout, a été livré aux maîtres-censeurs, et sa fonction cathartique bien oubliée. Sauf quand il s’agit de « l’humour officiel subventionné par vos impôts ». Pourquoi la droite, à la suite de la mort dramatique de Quentin Deranque, n’a-t-elle pas pu organiser l’ostracisation de LFI et l’érection d’un front républicain contre le parti mélenchoniste ? Selon l’analyse d’Elisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques, c’est parce que les Insoumis et leur idéologie prospèrent dans un écosystème multiforme qui se déploie dans les universités, la Justice et les médias publics. Pour Gil Mihaely, si la gauche a réussi à diaboliser le FN dans les années 1980, en faisant passer ses propres divisions au second plan et en affaiblissant la droite, c’était grâce à l’habileté politique de François Mitterrand. La droite d’aujourd’hui cherche encore son Mitterrand. Selon l’analyse de Pierre Vermeren, la violence révolutionnaire légitimée par la Terreur de 1793 n’a jamais quitté la vie politique française : elle est prônée par l’extrême gauche au fil des générations, et trouve aujourd’hui ses adeptes chez LFI.

Marion Maréchal, la petite-fille de Jean-Marie Le Pen, revient sur le devant de la scène avec la sortie d’un livre très personnel, et propose, avec son mouvement Identité-Libertés, de servir de cheville ouvrière pour une union des droites en 2027. Dans une interview avec Gil Mihaely et Jean-Baptiste Roques, elle affirme que, malgré les profonds clivages, une alliance est possible sur le contrôle de l’immigration et la sécurité. Selon elle, « ce qui rassemble la droite est plus important que ce qui la divise ». Noémie Halioua se demande où en est la droite sociale aujourd’hui. Depuis la mort de Philippe Séguin, la tradition du gaullisme social n’est plus représentée au sein de la droite classique. Ironie de l’histoire, c’est dans un parti fondé par un ennemi du Général, le RN, que cet héritage est aujourd’hui revendiqué.

Le journaliste britannique, Gavin Mortimer, souligne la différence de traitement des soldats des forces spéciales par les gouvernements français et britannique. Ce dernier a fait voter une loi abrogeant l’immunité judiciaire des soldats britanniques ayant combattu en Irlande du Nord, en Irak et en Afghanistan. Parmi eux, des membres du Special Air Service, une unité d’élite créée en 1941. Ces commandos s’estiment trahis par des responsables politiques censés les couvrir. Avec un article de Jean-Baptiste Roques et un autre de moi-même, nous revenons sur l’affaire Epstein qui, au-delà du mal réel qu’a fait le financier pédophile et ce que ses relations disent de beaucoup des membres des élites, a nourri les fantasmes complotistes les plus extravagants.

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Parmi nos chroniqueurs, Olivier Dartigolles dénonce notre époque : à la campagne, les agriculteurs disparaissent peu à peu ; à l’Assemblée nationale, les élus débattent de « l’aide à mourir » ; à Lyon, Quentin a été massacré par des salopards. Pour Ivan Rioufol, l’écroulement du régime peut intervenir à tout moment. Il ne parle pas de l’Iran, mais de la France : après les médias d’État, d’autres citadelles de la gauche seront sommées de rendre des comptes. Jack Lang, tout un symbole, est déjà tombé. Emmanuelle Ménard décrie la proposition d’une députée LFI appelant à ce que la loi reconnaisse le rôle central joué dans notre société par l’amitié plutôt que par la famille « traditionnelle ». Elle vitupère le cynisme de Jean-Luc Mélenchon qui soutient à fond Raphaël Arnault et commente les hauts et les bas de la campagne électorale à Béziers. Selon Jean-Jacques Netter, les intérêts de la dette du Trésor public va bientôt dépasser le montant de ce que rapporte l’impôt sur le revenu. Ce qui a plombé l’économie française, ce n’est pas un prétendu excès de néolibéralisme, mais la gestion délétère de l’État.

Des choses plus réjouissantes se trament – en partie littéralement – côté culture. L’art textile a la cote en ce moment, nous explique Georgia Ray. Certes, plusieurs expositions de sculptures en sisal, laine ou lin qui promeuvent le féminisme et le décolonialisme, sont peu propices au retissage du lien social. En revanche, Eva Jospin poursuit en solitaire une quête de beauté formelle en sachant tirer ce fil invisible qui, comme la conversation, relie les individus entre eux. Yannis Ezziadi rappelle à notre bon souvenir l’immense comédien qu’était Michel Galabru, mort le 4 janvier 2016. Au théâtre, il a presque toujours joué les plus grands auteurs. Au cinéma, les plus grands réalisateurs l’ont toujours boudé, sa puissante théâtralité étant devenue « cinématographiquement incorrecte ». Le public, lui, l’a toujours adulé. Frédéric Magellan et Lucien Rabouille se penchent sur les rapports ambigus que, depuis les années 1870, la droite nationaliste entretient avec l’homosexualité. Loin de ses condamnations officielles, ses rangs fourmillent de célèbres homos que la société feint d’ignorer, comme le montre la thèse de doctorat de Mickaël Studnicki, soutenue en Sorbonne.

Alexandra Lemasson nous parle d’un livre sur le rapport mère-fille pas comme les autres, tandis qu’Emmanuel Domont trouve dans Les tendresses de Zanzibar de Thomas Morales l’histoire d’un bonheur rare, léger mais crépusculaire. Malraux maintenant de Pascal Louvrier n’est pas une énième biographie de l’aventurier-écrivain-ministre. Pour Julien San Frax, c’est le mémorial d’une passion quasi-filiale, un hommage à ce « dilettante planétaire ». Alain Paucard est un écrivain subtil et élégant, au savoir encyclopédique et à l’humour tranchant. Selon François Kasbi, il connaît actuellement une seconde jeunesse, car le président à vie du club des Ronchons voit son œuvre s’imposer auprès des fins lettrés. Emmanuel Tresmontant nous fait découvrir la gastronomie simple mais délicate de la cuisine mexicaine, l’une des plus anciennes de l’histoire. Et Jean Chauvet trois films français qui sont trois histoires de pères et de filles. Enfin, pour Gilles-William Goldnadel, un certain grand quotidien de gauche, journal dit « de référence », qui s’est encore surpassé le mois dernier, ne mérite plus aucune déférence. Sa conclusion est définitive : si Le Monde n’existait plus, ce ne serait pas la fin du monde. En revanche, si jamais Causeur n’existait plus, ce serait tout le contraire.

L’inclusivité n’est pas un dîner de gala

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John Davidson et Robert Aramayo à la cérémonie du cinéma britannique, Londres, le 21 février 2026 © Ash Knotek/Shutterstock/SIPA

Syndrome Gilles de la Tourette. Cette année, aux Bafta, un p’tit truc encore en plus…


Les organisateurs des Bafta, l’équivalent british de nos Césars, ne s’attendaient pas à se faire attraper par la patrouille des bonnes manières, encore moins pour cause de sortie de route raciste, alors qu’ils avaient concocté un événement bien sous tous rapports. Leur sélection merveilleusement progressiste comportait l’inévitable chef-d’œuvre anti-Trump, Une bataille après l’autre, de l’Américain Paul Thomas Anderson, reparti avec six statuettes, et dont Le Monde nous apprend qu’il « fait écho aux récentes actions de l’ICE, la police de l’immigration américaine », c’est dire si le gars est visionnaire. Et courageux, avec ça : il a appelé un parterre en smoking et robes du soir à « mener la révolution, sans violence si possible » – on appréciera la nuance. Dans la catégorie antiraciste, Sinners qui, paraît-il, parle de blues – sans doute pour l’approuver – et de ségrégation – probablement pour la dénoncer – a gagné trois prix. Pour faire bonne mesure et cocher toutes les cases de la tolérance, les membres de l’académie britannique du cinéma ont aussi retenu et récompensé I Swear, une œuvre qui célèbre le vivre-ensemble avec les fous (si on me permet ce résumé lapidaire et sans doute pénalement répréhensible), à travers la vie d’un homme atteint du syndrome de la Tourette, dont l’interprète, le jeune Robert Aramayo, a ravi le prix du meilleur acteur à Leonardo DiCaprio.

Seulement, les fous, il vaut parfois mieux les avoir à l’écran qu’en pension. Soucieux de défendre dans la vie les mêmes nobles causes qu’à l’écran, les Bafta avaient, en plus de l’équipe du film, invité John Davidson, qui a servi de modèle au héros. Ce sympathique Écossais souffre donc réellement de cette affection neurologique qui le pousse irrépressiblement à proférer les propos les plus choquants possible pour ses interlocuteurs – comme un p’tit tic en plus. Pour faire court, les gens atteints de ce syndrome ont une tendance marquée et tout à fait involontaire à péter à table. Quand Davidson interrompt le speech introductif de la présidente par un sonore « shut the fuck up » (« ferme ta gueule »), la salle, qui a été préalablement mise en garde, fait semblant de ne pas entendre. Mais un peu plus tard, alors que deux acteurs noirs se trouvent sur scène, on entend clairement fuser le « n-word » – pas « nazi », « nigger », terme à connotation raciale et raciste, particulièrement radioactif aux États-Unis où il charrie la mémoire de la ségrégation. Stupeur et tremblement dans la salle dont le malheureux s’auto-exfiltre, mortifié d’avoir cassé l’ambiance. Ce dérapage non contrôlé fait autant de barouf, peut-être encore plus, que le bout de sein dévoilé par je ne sais plus quelle starlette lors d’une cérémonie des Oscars.

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L’affaire aurait pu en rester là, dès lors que, comme le résume délicieusement le critique de Libération, « le caractère pathologique de l’insulte » est établi. Sauf que, dans les deux heures séparant l’événement de sa diffusion, la BBC oublie de couper le passage offensant. La tornade de boue s’abat donc sur la chaîne publique qui pourtant fait et refait repentance. Sans calmer ses accusateurs qui ont en plus remarqué que le « Free Palestine ! » lancé par le cinéaste britannico-nigérien, Akinola Davies Jr, récompensé pour My Father’s Shadow, avait en revanche bien été effacé. Après ça, si vous ne savez pas qui dirige le monde et les médias, c’est que vous êtes bouchés.

Ce scandale aberrant met en lumière la mécanique folle du politiquement correct. Au départ, il proscrit certains mots en postulant que cela fera disparaître la chose, logique déjà fort discutable. On ne sache pas que le racisme ait reculé parce qu’il est interdit de traiter quelqu’un de « sale ceci ou cela » ou que l’homophobie ait disparu depuis qu’on ne parle plus de « pédés ». Admettons cependant que la vie en société exige une certaine retenue. On ne cause pas à la télé comme dans son salon. Cependant, dans les années 1980 et 1990, il restait un territoire libre, celui de l’humour. Il était admis qu’on pouvait blaguer sur tout, y compris avec des propos qui, au premier degré, auraient conduit leur auteur au tribunal. Coluche pouvait affirmer que « la première étape africaine du Paris-Dakar, c’est Marseille », sans être excommunié.

Las, l’humour aussi a été livré aux prêchi-prêcheurs. Attention, ils n’ont rien contre l’humour officiel subventionné par vos impôts. Il est toujours permis et même encouragé de se payer la tête des ploucs, des riches et des cathos (pour les blondes, j’ai un doute). Pour le reste, toute blagounette sur l’origine, la religion ou la sexualité, passée à la moulinette du premier degré, peut valoir à son auteur un bannissement à vie et des ennuis judiciaires. Les maîtres-censeurs n’ont jamais entendu parler de la fonction cathartique de l’humour – cathartique ta mère.

Or voilà que les fous, pardon les personnes atteintes de troubles psychiques, sont désormais sommés eux aussi de rester dans les clous. C’est encore la bataille de Moderne contre Moderne, délicieusement dévoilée par Muray : à ma droite l’antiracisme, à ma gauche le respect de la dignité des faibles (deux idéaux parfaitement respectables). Eh bien, l’antiracisme a gagné. Un esprit chagrin comme celui de votre servante pourrait remarquer que dans les sociétés civilisées, on ne juge pas les malades mentaux, aussi insupportable soit-il pour des victimes d’entendre dire qu’un meurtrier est irresponsable. Mais les crimes de parole ne connaissent aucune atténuation de responsabilité, même si leur auteur, en plus d’être dérangé de là-haut, a fumé un joint. Dans le nouveau monde, même les fous n’ont pas le droit de déconner.

Quand les exilés de Dubaï pleurnichent

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«Pauvre homme ! » L'influenceuse Nabilla exilée à Dubai depuis 2019 a taclé Tibo InShape après un message sur les frappes iraniennes. Photos DR.

Ils ont fui la « France pourrie » et ses impôts pour le soleil de Dubaï. Soudain, les missiles iraniens les ont rattrapés. Résultat : passeport brandi, larmes de crocodile et hurlements : « La France, protégez-nous ! » Et le contribuable, comme toujours, devrait casquer…


Dubaï s’embrase. Pas en un feu d’artifice sponsorisé par une marque de luxe, mais en traînées de missiles iraniens qui déchirent le ciel au-dessus des piscines à débordement.

Les influenceurs français, ces champions de l’évasion fiscale en string léopard, filment leur terreur en live, passeport tricolore brandi comme un bouclier anti-missile. Quatre ans à cracher sur la France — « pays de nazis fiscaux », « trou à rats woke », « machine à braquages » — et au premier boom, le disque rayé change de face : « Macron, sors-nous de là ! France, protège-nous ! »

Bienvenue au spectacle des ingrats en mode PLS. Ceux qui ont sucé le contribuable jusqu’à la moelle, l’ont insulté en stories monétisées, et qui exigent maintenant qu’il les sorte du merdier qu’ils ont choisi pour zéro impôt. Plongeons sans combinaison dans le marécage de cette hypocrisie dorée.

Le patriotisme d’urgence : quand un missile fait dégouliner le mascara et réveille le Français qui sommeillait

Ils avaient fui pour le soleil gratuit, les villas à dix millions et la « sécurité » émiratie vendue comme un coffre-fort inviolable. Puis les missiles iraniens, riposte furieuse aux frappes US-Israël ayant liquidé Khamenei, ont transformé la Marina en champ de tir géant.

Maeva Ghennam, ex-Marseillais, trois millions d’abonnés (on se demande bien qui ils sont, et on frémit à la réponse), se filme en panique totale, passeport coincé dans le décolleté : « On a tous nos passeports ici dans nos tétés : on est des Français hein, oh la France, protégez-nous ! » Elle avoue avoir « crié comme une hystérique », pleuré, et même « fait pipi dans sa culotte » (sic). Hilarant. Quelques mois plus tôt, elle vomissait encore : « Pour rien au monde je ne rentrerai vivre en France. » La même qui, après un contrôle douanier en 2024, crachait : « La justice en France, je peux plus. À Dubaï, personne ne nous braque. » Sauf que les braqueurs, cette fois, s’appellent Fateh ou Qiam ??, et eux ne demandent pas de papiers, ils n’en ont pas besoin.

Benjamin Samat, ce phare de la pensée issu des eaux troubles de la téléréalité, hurle contre les moqueurs : « Se faire réveiller par des missiles qui explosent en pleine nuit, je le souhaite à personne, sauf à vous, bande de chiens ! » Le même qui glorifiait le paradis où l’on échappe aux « gens qui viennent nous braquer et nous chier dessus ». Jazz Correia, cash en caméra cachée en 2021 : « Je déteste la France ! Moi très clairement, je la déteste. » Revenus : jusqu’à 300 000 euros mensuels. Le prix du vide intersidéral entre deux oreilles. Zéro au fisc français, merci les free-zones. Aujourd’hui, elle chiale. Le patriotisme, chez ces gens-là, est un interrupteur : off pour les taxes, on pour les évacuations d’urgence. Méprisable ne suffit même plus.

La ménagerie des pleurnichards : portraits au vitriol d’une caste en mode survie

Maeva, Jazz, Benjamin, Agathe Auproux, Élodie Gossuin, Diego El Glaoui, Laura Lempika, Fidji Ruiz… Un best-of des Marseillais en version Apocalypse Now. Tous ont bâti leur empire sur le dos des vues françaises : placements produits, contrats avec des marques tricolores, audience hexagonale crédule et lobotomisée. Puis dès que l’argent a commencé à pleuvoir, tous ont filé aux Émirats pour snober l’impôt sur le revenu, les cotisations, la « France qui taxe jusqu’au trognon ». Setup société : 5 000 à 10 000 euros, zéro impôt sur revenus et dividendes. Le rêve humide du parasite professionnel.

Le mépris ? Quotidien, rentable, assumé sans vergogne. La France « pourrie », « socialiste », « woke jusqu’à la nausée ». Dubaï : « safe », « propre », « méritocratique », on se demande bien quel mérite ils invoquent, eux dont la valeur ajoutée à la civilisation humaine est strictement négative. Jusqu’au premier intercepteur qui pète au-dessus de la Burj. Là, la France redevient la nounou providentielle, l’État sauveur, le pays dont on agite le passeport comme un sésame anti-missiles. Nabilla vole au secours de Maeva dans un élan de solidarité de caste qui aurait fait ricaner Balzac.

Tibo InShape, resté en France et payant ses impôts – détail apparemment révolutionnaire dans ce milieu – balance le tweet fatal : « Les influenceurs de Dubaï, finalement, on est bien en France, n’est-ce pas ? » Réponse de Nabilla : « Pauvre homme. » Difficile, pour un cerveau à peine plus évolué que celui d’un gastéropode oublié sur la plage artificielle de Jumeirah, d’articuler davantage. Le niveau du débat : stories, emojis, larmes de crocodile premium. D’un affligeant consommé.

Répétons-le sans gants, puisque la politesse serait ici une faute de goût : ces exilés ne sont pas des stratèges fiscaux de génie égarés sous les projecteurs. Ce sont des rebuts de téléréalité dont le business model repose entièrement sur le filtre Instagram et le bling revendu à des adolescents français lobotomisés par des années de contenu à zéro calorie intellectuelle. Ils dénigrent sans relâche un pays qu’ils n’ont jamais compris – ou jamais eu la capacité de comprendre. La France « qui n’offre rien », sauf l’audience qui les a enrichis, sauf la Sécurité sociale qu’ils fuient mais qu’ils invoqueraient au premier mal de gorge, sauf les routes, les écoles, les hôpitaux financés par les pigeons qu’ils méprisent en story sponsorisée.

Leur rapacité n’est pas un vice, c’est leur oxygène, leur identité, leur unique talent. Gagner des fortunes sur le dos du contribuable français, puis lui refuser le moindre centime. Monter des structures-écrans aux Émirats pour garder le cash immaculé. Et quand la géopolitique fait sauter le décor en carton-pâte, hurler au secours de la même France qu’ils ont piétinée entre deux placements produits. Quelques saillies savoureuses ont au moins eu le mérite de nommer les choses : Bruno Poncet aux Grandes Gueules sur RMC : « Ils sont partis, ne paient pas d’impôts en France, crachent sur la France et nous demandent de l’aide. Si Dubaï c’est si bien, qu’ils y restent jusqu’au bout. » Bastos va plus loin, avec une concision admirable : « Si tu veux revenir, tu paies. »

La vache à lait insultée, vidée, puis suppliée en pleurs

Le contribuable français, ce dindon consentant et récidiviste, finance donc leur rapatriement potentiel. Vols spéciaux, crise au Quai d’Orsay, Jean-Noël Barrot qui répète « priorité absolue » avec la conviction d’un homme qui sait pertinemment qu’il sauve des gens qui le détestent. Principe républicain touchant dans sa naïveté : la France protège les siens, sans scanner le bulletin de paie fiscal. Sauf que ces clowns ont sciemment choisi une poudrière géopolitique pour des motifs purement vénaux, les yeux ouverts, le portefeuille grand ouvert, la conscience hermétiquement close.

La loi permet de leur refiler la facture – « jusqu’à 100 000 euros par tête », ricane Charles Consigny sur RMC. « On les fait payer jusqu’au dernier centime. » Vincent Moscato : « Ils font honte à la France. » Guillaume Durand, laconique et définitif : « Chouineurs. » Et le contribuable paie. Comme il a payé leurs écoles, financé leur notoriété, alimenté leurs premières vues. Comme il paie encore via les marques qui les gavent. La boucle est infernale et parfaitement absurde : cracher sur le pays, le fuir, le haïr, puis exiger qu’il vous sauve et repartir cracher dessus dès que l’avion a atterri. C’est d’une stupidité, d’une cohérence presque admirable, si elle n’était pas si coûteuse.

Doit-on les rapatrier, ou les laisser méditer sur le tarmac ?

À titre personnel, la seconde option conserve un charme certain. Néanmoins, la France, dans son masochisme patriotique légendaire, les rapatriera sans doute. Comme elle l’a toujours fait pour les fuyards opportunistes, comme elle protège même ceux qui la vomissent avec application. C’est sa grandeur tordue, sa faiblesse congénitale, ce réflexe de la main tendue que rien n’éteint – pas même la gifle permanente.

Le goût de bile, lui, demeure. Ces exilés fiscaux sont le reflet grossi, caricatural, définitif de la France qu’ils prétendent haïr : une nation qui tolère l’ingratitude industrielle, finance ses propres fossoyeurs et ouvre grand les bras à ceux qui lui ont craché dessus en story monétisée. Leur avidité n’excuse rien. Ils ont choisi Dubaï pour l’argent facile et le ciel sans nuages. Qu’ils en boivent les explosions jusqu’à la lie. Dans le monde réel, on les laisserait cuire sur le bitume. Dans la nation-France, on leur tend la main – et le contribuable signe le chèque en fermant les yeux. La différence ? Le pigeon paie. Toujours. Pendant que les rapaces, une fois rentrés, reprendront leurs stories, l’air de rien : « La France, finalement, c’est pas si mal… pour se faire rembourser les implants. » Et le cirque reprendra. Jusqu’au prochain missile. Ou au prochain redressement fiscal. On a le droit de rêver.

Magasins physiques VS plateformes de e-commerce: «je t’aime, moi aussi?»

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Image d'illustration Unsplash.

Alors que les taux de vacance commerciale dans les centres-villes français atteignent des niveaux record, beaucoup pointent la responsabilité supposée du e-commerce dans cette lente désaffection. Une manière d’éviter d’interroger les autres causes structurelles de ce déclin, mais aussi de refuser de voir comment l’omnicanal et le phygital ont d’ores et déjà transformé les boutiques « en dur », tout en étant largement plébiscités par les consommateurs.


Ce n’est pas encore une hémorragie, mais ça y ressemble. En vingt ans (2004-2024), le taux de vacance moyen des magasins dans les centres-villes français est passé de 5,94% à 10,85%, selon la société spécialisée Codata. D’après la même source, plus d’une boutique sur cinq a, au cours de cette période, définitivement baissé le rideau dans 15% des centres-villes de l’Hexagone. En France, la vacance commerciale atteint des « niveaux record », reconnaît dans les pages du Monde Pascal Madry, directeur de l’Institut pour la ville et le commerce.

« Une mutation rapide et déstabilisante »

L’année 2025 ne semble pas avoir enrayé ce lent – et en apparence inéluctable – déclin. Au mois de juin dernier, la fréquentation des points de vente a ainsi diminué de 4,3% par rapport au même mois de l’année précédente, d’après les données de la fédération du commerce spécialisé Procos, qui a également relevé un recul du chiffre d’affaires de -3,2%. « On vit une mutation du commerce extrêmement rapide et déstabilisante », concède Frédérique Macarez, maire de Saint-Quentin, dans l’Aisne, et vice-présidente de l’association Villes de France.

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Si toutes les régions ne sont pas également affectées par le phénomène, villes comme campagnes sont confrontées aux mêmes maux : flambée des loyers commerciaux, inflation post-guerre en Ukraine, pouvoir d’achat en berne, conséquences à long terme de la pandémie de Covid-19, etc. Parmi ces dernières, experts, élus et commerçants s’accordent à pointer l’essor du commerce en ligne, notamment dans le secteur de l’habillement. Ainsi en France, Internet représente d’ores et déjà 29% des ventes de vêtements, d’après l’Institut français de la mode (IFM).

« La digitalisation est d’abord une opportunité » pour les petits commerces

Pour certains, les responsables de la désertification des centres-villes sont donc tout trouvés : Internet, le e-commerce et, par extension, les plateformes de vente de vêtements en ligne. Un diagnostic que semble confirmer Marc Lolivier, délégué général de la Fédération du e-commerce et de la vente à distance (Fevad), selon qui « en 2025, les Français ont effectué 3,2 milliards de commandes, soit cent chaque seconde. C’est 300 millions (de commandes) de plus que l’année précédente », relève-t-il dans la dernière édition du JDD.

Trois facteurs expliquent, selon Marc Lolivier, cet engouement. Le gain de temps, « l’enjeu du pouvoir d’achat » et, « enfin, l’offre large et diversifiée accessible à tous » – à commencer par les populations rurales –, via les sites de vente en ligne. A ce titre, relève le dirigeant de la Fevad, « le e-commerce est un facteur d’égalité et un acteur d’aménagement du territoire ». A rebours du discours dominant, Marc Lolivier estime en effet que « la digitalisation est d’abord une opportunité » pour les petits commerces et centres-villes. Qu’en est-il vraiment ?

Les Français ont adopté l’omnicanal

Pour la plupart des consommateurs français, l’opposition entre commerces « physiques » ou de proximité d’une part, et e-commerce de l’autre, semble bel et bien factice. Ainsi dans l’Hexagone, plus de sept consommateurs sur dix (71%) combinent leurs achats sur les deux canaux, d’après un rapport publié en 2024 par la société Packlink. Selon la même source, plus de six achats en ligne sur dix (60,3%) impliquent une interaction avec un magasin physique. En d’autres termes, les Français ont totalement intégré les pratiques du commerce « omnicanal ».

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Dans le détail, 31% des consommateurs français recherchent des produits en ligne avant d’effectuer leurs achats en boutiques ; et, dans le même ordre d’idées, 19% achètent des produits en ligne mais choisissent de se les faire livrer en magasin. Bien plus qu’une menace, le e-commerce apparaît donc comme une opportunité qui permet, pour Marc Lolivier, « à des PME, artisans et commerçants de proximité de s’affranchir de leur seule clientèle locale et de vendre partout en France, voire à l’international ».

« Le meilleur des deux mondes »

En d’autres termes, « la fragilité de certains commerces de proximité tient à bien d’autres facteurs : accès aux centres-villes, urbanisme commercial, poids des baux, mobilité territoriale », poursuit le délégué général de la Fevad, selon qui « mettre ces difficultés sur le compte du e-commerce évite de traiter de ces sujets structurels ». Bien plus qu’une menace, « le phygital redéfinit les frontières du commerce », abonde dans une tribune aux Échos Julien Cailleau, directeur général adjoint de Oney, selon qui il s’agit de « combiner le meilleur des deux mondes ».

Ainsi, pour près de huit consommateurs sur dix (79%), d’après une étude The Future 100-VLM, le magasin physique n’est « plus un simple lieu de transaction, mais un lieu d’expérience multisensorielle ». La digitalisation et le e-commerce apparaissent alors non plus comme des dangers, mais comme « un levier clé pour permettre aux magasins de s’adapter (…), de mieux connaître le client, d’anticiper ses besoins, de lui proposer des offres sur-mesure ». Bref, de réinventer les commerces de proximité et les centres-villes, qui n’ont jamais cessé de s’adapter – certes non sans heurts – aux nouvelles habitudes de consommation.

Faucons et colombes

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Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot,préside une réunion de crise sur la situation au Moyen-Orient, au Quai d'Orsay, à Paris, le 2 mars 2026, à la suite des frappes des États-Unis et d’Israël contre l’Iran © Raphael Lafargue-Pool/SIPA

Cette guerre en Iran n’est peut-être pas conforme au droit international, mais c’est tant mieux, lance Elisabeth Lévy dans sa chronique matinale. Nous vous proposons de l’écouter pour savoir pourquoi.


La guerre américano-israélienne ressuscite la fracture de 2003 entre faucons et colombes (avant l’Irak). On est cependant loin des passions de 2003, quand la France, gonflée à bloc par le lyrisme chiraco-villepiniste, fustigeait le néo-impérialisme américain et que les rares défenseurs des néoconservateurs étaient conspués.

Aujourd’hui, si on fait abstraction (et on le fait) des dingueries insoumises, le débat est plus feutré. Pas sûr que l’opinion soit passionnée par cette guerre qui semble encore assez lointaine. Sur les plateaux télé, on ne voit pas partisans et adversaires de la guerre s’invectiver. Il faut bien dire qu’après la répression sanglante du début d’année en Iran, il est difficile de pleurer publiquement Khamenei.

Cependant, oui, il y a bien une petite musique qui monte : Trump et Netanyahou vont mettre le feu à la région. Laquelle, il est vrai, était pacifique et très calme jusque-là, comme chacun sait. Si une puissance menaçait ses voisins, armait des groupes terroristes et opprimait sa population, on pourrait discuter. Mais non, on psalmodie le même mantra : jamais un régime n’est tombé à la suite d’une campagne aérienne.

Jamais, peut-être. Enfin, jusqu’au jour où ça arrive. La géopolitique n’est pas une science exacte.

Par ailleurs, l’Iran n’est pas l’Irak ni la Libye.

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Le but de guerre des Israéliens et des Américains n’est pas de renverser le régime, mais de priver l’Iran de ses capacités de nuire. Tout le monde espère que cela créera les conditions pour que le peuple iranien, sur le terrain, se débarrasse de ses mollahs.

D’accord, mais cette politique de la force oublie le « droit international », entend-on. Cela désole Le Monde, qui a mobilisé d’obscurs spécialistes pour fustiger cette transgression. Marine Tondelier regrette qu’on ait tué Khamenei au lieu de le juger, mais ne nous dit pas quel tribunal s’en serait chargé. Toutes sortes de bonnes âmes expliquent que l’ONU devrait être à la manœuvre, autrement dit que rien ne devrait se passer, vu que l’Assemblée générale de l’ONU est un conglomérat de dictatures animé par la haine d’Israël et de l’Amérique.

Le problème, c’est que cette ligne mollassonne, c’est aussi la colonne vertébrale de la diplomatie française. Pour Emmanuel Macron, la question du nucléaire iranien doit être réglée par la diplomatie. Autrement dit, ne pas être réglée du tout, parce que, depuis quinze ans, malgré tous les efforts diplomatiques, le régime trimballe l’Occident. Jean-Noël Barrot a dit : « Cette intervention unilatérale aurait mérité d’être débattue. » L’Histoire est en marche et la France regrette qu’il n’y ait pas eu suffisamment de bla-bla. Cette guerre n’est peut-être pas conforme au droit international, et tant mieux. Droit international, cela veut dire impuissance.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale chez Patrick Roger