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L’amitié, cette valeur… de droite

Dans un énième brulot ennuyeux, la lfiste Clémence Guetté propose de politiser l’amitié et entend lui attribuer de nouveaux droits, estimant que notre société valorise à l’excès la famille traditionnelle (pouah !) En réalité, l’amitié est une valeur de droite parce qu’elle repose sur la loyauté, l’effort et le devoir.


Dans un court essai, la députée insoumise Clémence Guetté propose de mettre en place une « politique de l’amitié », souhaitant par là étendre certains droits liés à la famille aux amis (dont l’instauration d’un congé de deuil pour un ami proche et d’un PACS amical). Derrière l’idée, on devine sans mal la volonté de déconstruire un peu plus les liens familiaux traditionnels qui déplaisent viscéralement à la gauche. Cette dernière pourtant n’a pas le monopole de l’amitié et il est bon de rappeler en quoi elle se vit aussi de façon intense à droite.

Guetté ne parviendra pas à préempter l’amitié

En grossissant le trait, on pourrait esquisser ainsi le profil d’un groupe de camarades dont le cœur bat à gauche : discussions tournant autour de la dénonciation du patriarcat, du capitalisme et de l’extrême droite avec en fond sonore du rap insultant la police, guenilleux en t-shirts sans forme mais ornementés de slogans, piercings dans le nez et joint qui circule pour sceller le lien… Mais, qu’ils ne se méprennent pas, il existe aussi une façon tout aussi caricaturale d’être amis quand on penche à droite : seulement, les sujets tournent autour de la civilisation, de l’immigration massive et de la décadence ; les chemises blanches sont repassées ; on écoute de la variété française ou du vieux rock ; et certains fument le cigare pour se donner des airs virils. 

A rebours de l’idée d’amitié défendue par Guetté, qui tente de préempter l’amitié, selon elle “lien d’entraide en période de précarisation”, “refuge et ferment antifasciste et pôle de résistance à l’extrême droite” ou “république des ami.es contre la république des copains”, la notion se cristallise, dans son acception droitière, dans la loyauté, l’honneur et le sacrifice ; elle est faite d’échappées belles au détour des sentiers battus et rebattus de la vie ; elle ne revendique aucun droit, que des devoirs, et encore… ; elle se cristallise dans l’effort, le panache, les petites et grandes aventures, les combats communs autour d’une cause supérieure. 

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Un pour tous, tous pour un !

Ainsi en est-il du lien unissant les Trois Mousquetaires, scellé par un serment apocryphe : “un pour tous, tous pour uns”. Dissemblables dans leurs caractères et leur renommée, entre D’Artagnan, vaillant fer de lance, Aramis, romantique et secret, Athos, sage et torturé, Porthos, armoire à glace et plus rustre, ils n’ont jamais trahi leur relation et, lorsque quelque dissension se fit jour, ils se retrouvèrent, renouvelant le pacte qui les unissait. “Leçon politique majeure : primauté absolue d’un sentiment, l’amitié sur une affinité partisane ou idéologique”, écrivait dans L’âme française le regretté Denis Tillinac qui ajoutait que jamais un collégien, après avoir lu le chef d’œuvre d’Alexandre Dumas, “ne voudrait être de gauche”.

Ne pas tout politiser

Contrairement à la députée LFI je ne pense pas que l’amitié soit « profondément politique », car tout, dans la vie, ne doit pas l’être et, de surcroît, la chose politique peut elle-même constituer un sujet dérisoire parmi ceux que l’on aborde avec nos amis – je me suis bien plus disputé avec des amis pour des questions footballistiques que politiques. On pourrait encore ajouter comme argument à l’encontre de Clémence Guetté qu’on ne perçoit pas en quoi l’amitié ne serait pas soumise elle aussi aux déconstructions habituelles de la gauche qui a l’habitude d’excommunier, jusqu’à passer à la guillotine les anciens camarades.  

Tous les secteurs où l’homme se grandit se nourrissent de ces relations exceptionnelles qu’on appelle l’amitié. Ainsi en est-elle de l’aventure partagée par les pionniers de l’aviation et de l’Aéropostale, pour lesquels j’ai une admiration sans limite. Pensons à celle qui unissait Saint-Exupéry et Guillaumet, atteignant son paroxysme lorsque le premier partit à la recherche du second dans l’hostile Cordillère des Andes suite à un crash ou Jean Mermoz et l’écrivain Joseph Kessel, immortalisée par le second dans un magnifique ouvrage qui se lit avec l’“aride sanglot viril” au coin de l’oeil : “ quand j’étais prêt à renoncer à l’effort (…), je me disais : il y a Mermoz… il va revenir par-dessus l’Atlantique… De lui, de lui seul, j’aurai honte. Et je recommençais la sourde bataille que tout homme se doit de mener, jusqu’à sa mort, contre lui-même”. On ne pourrait soupçonner aucun des quatre hommes, génies dans leur domaine, libres par-dessus tout, aventuriers hors pair, d’être des égalitaristes de gauche quémandant un PACS amical ou des congés de deuil pour mieux sceller leur relation.

Aubagne : « Elle m’a appelée en panique »… un collégien de 14 ans ouvre le feu dans son établissement

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Un adolescent de 14 ans a ouvert le feu lundi matin au collège Joseph-Lakanal d’Aubagne. Le principal et une enseignante ont été blessés. Aucun élève n’a été touché. Devant l’établissement, parents et collégiens ont raconté une matinée de panique.

« Elle m’a appelée en panique. » Comme beaucoup de parents du collège Joseph-Lakanal d’Aubagne, Maryline a abandonné ce qu’elle était en train de faire lundi matin pour rejoindre au plus vite l’établissement de sa fille, scolarisée en cinquième.
Quelques minutes auparavant, un élève de troisième âgé de 14 ans avait ouvert le feu avec un fusil de chasse de calibre 12 dans l’enceinte du collège. Le principal de 53 ans a été atteint par des plombs dans le bas du corps. Une enseignante de 37 ans a également été touchée à la cuisse. Une troisième personne a été légèrement éraflée. Le pronostic vital des deux principales victimes n’est pas engagé et aucun élève n’a été blessé.

« Il y a du sang partout »

Le récit fait par Maryline à l’AFP donne une idée de la confusion qui s’est emparée de l’établissement. Sa fille l’appelle et lui dit, affolée, qu’« il y a du sang partout ». L’adolescente pense alors assister à un attentat. Sa mère quitte immédiatement son travail.

Devant le collège, une autre mère raconte que son fils s’est retrouvé face au tireur. Selon son témoignage, l’adolescent aurait tiré en l’air avant de lui dire qu’il ne lui ferait rien. Le mobile du tireur reste, à ce stade, inconnu.

Le préfet des Bouches-du-Rhône Jacques Witkowski a indiqué que l’adolescent n’était jusqu’ici connu ni pour des faits de délinquance ni pour une radicalisation. Il était normalement scolarisé dans l’établissement. Ce détail rend la scène encore plus difficile à comprendre pour les familles. Comment un garçon de 14 ans a-t-il pu arriver dans son collège avec un fusil de chasse ? Où a-t-il trouvé l’arme ? Pourquoi a-t-il tiré ? L’enquête devra désormais répondre à ces questions.

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Le CPE maîtrise le tireur

L’attaque aurait commencé vers 10 heures. Selon le récit livré par le préfet, le collégien a d’abord tiré sur le principal, puis sur une professeure, avant de faire feu une troisième fois dans un couloir.

Il n’a finalement pas été neutralisé par la police. C’est un membre du personnel de l’établissement qui l’a maîtrisé. La mairie d’Aubagne indique qu’il s’agit du conseiller principal d’éducation du collège. L’adolescent a ensuite été interpellé et placé en garde à vue.

Pendant ce temps, les parents commençaient à affluer devant Joseph-Lakanal pour récupérer leurs enfants. Les pompiers ont installé une cellule psychologique pour les élèves, notamment ceux qui ont directement assisté à la scène. « Mes enfants vont bien mais ma fille est en pleurs », a raconté une autre mère de deux collégiens à CNEWS.

Tirs au collège Lakanal, à Aubagne : aucun lien établi avec la mobilisation lycéenne

L’attaque intervient dans un contexte particulièrement tendu pour l’Éducation nationale, alors qu’un mouvement lycéen se poursuit depuis plusieurs semaines en France. Mais les autorités appellent à ne pas mélanger les deux événements.
« Ce n’est pas lié au mouvement lycéen », a affirmé le préfet des Bouches-du-Rhône. Le collège Joseph-Lakanal n’était d’ailleurs pas touché lundi matin par les blocages.

Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale, et Sabrina Roubache, ministre déléguée à l’Enseignement et à la Formation professionnels, doivent se rendre à Aubagne dans l’après-midi. Pour les familles, l’urgence est pour l’instant ailleurs. Comprendre ce qui s’est passé et ramener les enfants chez eux.

Contre la laideur de la France!

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Dans un court essai brillant et libre, Jonathan Siksou règle ses comptes à l’enlaidissement accéléré de notre pays. Cet honnête homme défend la beauté des paysages, de la langue, de la ville, des corps et de l’Art pourfendant ainsi la meute des salisseurs de mémoire…


D’abord et avant tout, quel que soit le sujet, sa profondeur et son onde, il y a une langue. Ici, elle est présente, en majesté. Souveraine. Fluide. Douce. L’enchaînement des phrases. Le tintement délicat. Ce bonheur diffus qui ne s’explique pas. Ce flux vif et piquant irrigue Le saccage de la beauté sous-titré « Pourquoi notre monde s’enlaidit » dans la collection Pensée Libre chez Fayard. On aime lire Jonathan Siksou pour la précision de son opinion, jamais brouillonne, jamais idéologiquement enfermée, mais surtout pour sa belle langue, ample, d’un académisme pétillant, tel un vin de pays ligérien. Il rira en lisant ces lignes. Sa veine pamphlétaire me fait penser à la Loire, pure, insoumise ; tantôt apaisée, tourangelle d’ascendance ; tantôt turbulente, méchamment remontée contre le progressisme béat et suicidaire quand elle déborde du côté de Pouilly, à cheval entre la Nièvre et le Cher, à chaque début de printemps. Ce balancement, tangage entre la pique chirurgicale contre tous les déconstruits et la rondeur de sa prose (quand il aime un paysage, un alexandrin, un personnage historique, il se fait troubadour) tient de l’équilibre singulier. Aujourd’hui, seules les plumes singulières et batailleuses résisteront au livre prémâché, dicté par la machine et aussi vite digéré. Faites-moi confiance, dans la confusion générale qui règne, dans l’imbroglio IA qui a dévasté l’entre-soi éditorial ces dernières semaines, l’écriture attaquée de toutes parts, massacrée, volée va reprendre, peu à peu, ses droits. Les stylistes qu’on disait morts sur l’autel de la transparence vont renaître. Je prédis une soif d’écrivains naturels sans ajouts numériques. Les plagiaires peuvent remballer leur quincaille. Jonathan incarne cet écrivain nouveau, sans complexe, sûr de ses goûts, n’ayant pas peur de s’inscrire dans le temps long, ancré dans notre Histoire, en dehors des modes, en dehors des clans, qui harmonise sa pensée avec une forme avancée d’écriture, c’est-à-dire qu’il écrit avec sa propre logique, sa propre musique, ses propres mots ; son cadencement et son humeur transparaissent à chaque ligne. C’est un écrivain AOC non victimaire qui est ému par « un monument rescapé de l’Antiquité ». Le lecteur fatigué et lessivé par les faux-nez ne recherchera bientôt que les dissidents en veste de tweed et les ferrailleurs élégants. Jonathan est-il un héritier des universalistes, des romantiques ou des hussards ? Son constat pointilliste est sans appel. Nous le partageons. Nous l’adoubons. L’enlaidissement s’est emparé de notre civilisation et il pèse sur nos consciences. « La beauté subit aujourd’hui les assauts répétés de la laideur née de l’ignorance et de la médiocrité – entretenues par une démagogie généralisée qui légitime le nivellement par le bas et les avidités mercantiles » souligne-t-il, avec justesse. Dans ce texte nerveux, sourcé à la perfection, les références et les citations ne sont pas là pour faire jolies, son érudition a vocation à nous alerter, nous alarmer.

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Levons-nous ! Avec la foi des premiers croyants, il met la pointe de son stylo sur les dossiers brulants de notre époque. Les paysages, cet organdi de la géographie qui faisait la richesse et le statut hautement privilégié de la France, souffrent. Cet entrelacs pondéré et merveilleux courant de la forêt de Tronçais aux cotes cascadeuse de Porspoder dans le Finistère revêt parfois le visage de la honte. Notre maison commune a été piétinée par des éoliennes, mochetés ténébreuses et l’artificialisation des sols. « Aucune leçon n’a été retenue des saccages commis sous le révolution industrielle, c’est même pire » avance-t-il, le cœur serré. Non sans courage, il s’attaque même au sacro-saint lotissement et à la bétonnisation de l’agriculture. Certains crieront au réactionnaire, au nostalgique enfiévré, au fou chantant la Nationale 7. En outre, il milite pour un Paris esthétique, sacrilège dans une capitale qui coupe les arbres et efface les traces de notre mémoire. « La rue est devenue le lieu des obstacles et des divisions », dit-il. Jonathan prend des risques quand il critique vertement l’avachissement des corps. Avoir de la tenue semble, en effet, être devenue la maladie mentale de ce siècle mou. L’écrivain décidément très inspiré nous livre un chapitre sur la langue plein de réjouissances. Il traque les néologismes et les fautes d’accord, et il se souvient avec émotion de la qualité de la langue parlée. Celle que l’on voit dans les archives de l’INA. Jadis, dans les années 50 ou 60 quand on tendait le micro dans le Paris ouvrier, l’homme de la rue s’exprimait avec une instruction et une faconde irrésistible. Cet automne, je vote pour Siksou contre les vertueux saccageurs de notre bien commun.

Le saccage de la beauté de Jonathan Siksou – Fayard, 128 pages.

Le saccage de la beauté: Pourquoi notre monde s'enlaidit

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Mondial de l’Auto : Twingo, 2CV… ces voitures « françaises » qui ne le sont plus tout à fait

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Alors que le Mondial de l’Auto ouvre ses portes à Paris dans un concert de nostalgie et de storytelling tricolore, la réalité industrielle est bien plus crue. Derby de slogans, retours de légendes et promesses d’électrification populaire : derrière la carrosserie chauvine, la chaîne de valeur a largement quitté l’Hexagone.

Le pavillon tricolore flotte fièrement sur les allées de la Porte de Versailles. Pour cette nouvelle édition du Mondial de l’Auto, les constructeurs concurrents rivalisent d’ingéniosité marketing pour réveiller la fibre patriotique des automobilistes français. Retour de icônes pop des années 90, réinvention électrique des mythes des Trente Glorieuses : la nostalgie tourne à plein régime. Mais dès que l’on soulève le capot industriel, le mirage du Made in France s’évapore.

La Twingo électrique : le savoir-faire chinois sous carrosserie slovène

C’est l’une des vedettes incontestées du salon du Mondial de l’Auto. Promise sous la barre symbolique des 20 000 euros pour démocratiser la mobilité électrique, la future Twingo porte un nom ancré dans la mémoire collective nationale. Pourtant, le cœur technologique et la fabrication de la citadine ont déserté le territoire national. Développée en un temps record de deux ans en Chine pour comprimer les coûts, la voiture embarque près de 40 % de valeur ajoutée chinoise, notamment sur les batteries et la plateforme comme l’explique Auto Infos. Quant à l’assemblage final, il sera assuré dans l’usine slovène de Novo Mesto, poursuivent nos confrères. La french touch se limite donc à la griffe du design et au badge du volant, dorénavant.

La 2CV de Citroën : une icône populaire assemblée en Italie

Même constat du côté de la marque aux chevrons, qui prépare le retour de la légendaire 2CV à l’horizon 2028, ainsi que le souligne Le Journal de l’Automobile. Si le concept fait vibrer les amoureux du patrimoine automobile français, les réalités économiques du groupe Stellantis imposent une tout autre géographie. La future citadine sera produite dans l’usine italienne de Pomigliano d’Arco, sur une plateforme technique partagée avec la Fiat Pandina et la marque chinoise Leapmotor. Une mutualisation internationale indispensable pour tenir les prix, mais qui achève de couper le lien physique entre le véhicule et ses usines historiques françaises.

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Quid du Dacia Striker ?

Le Dacia Striker, qui doit être commercialisé d’ici la fin d’année, n’est pas non plus assemblé en France, rappelle Auto Infos. Contrairement à ce que d’aucuns auraient pu penser, le SUV coupé ne sera ni roumain, ni marocain… mais bien turc, comme la Renault Clio. Les lignes d’assemblages sont en effet installées à Bursa, en Turquie et ont été ainsi déplacées en raison de la saturation du site de Pitesti, le berceau traditionnel des Dacia. Force est de constater que c’est un modèle très international dans sa production.

Que reste-t-il de la production nationale ?

Faut-il pour autant enterrer définitivement l’industrie automobile française ? Pas tout à fait, à condition de distinguer l’illusion marketing des véritables choix industriels. Pour qu’une voiture puisse légitimement se revendiquer française, trois critères doivent être réunis : la conception, l’assemblage et la souveraineté des composants majeurs. Dans ce paysage morcelé, le pôle Nord-Électric de Renault à Douai fait figure de résistance : l’usine nordiste assemble la R5, la Mégane et le Scénic électriques, tandis que l’ensemble des véhicules utilitaires de la gamme Renault Pro+ restent ancrés sur le sol français. Un contre-exemple salutaire qui démontre qu’une souveraineté industrielle reste possible, à condition de refuser le seul cynisme de la délocalisation.

L’Antéchrist, c’est les autres

Dans une série de conférences, de San Francisco à Rome, Peter Thiel annonce la venue de l’Apocalypse sous les traits d’un État-monde régulateur. Un langage théologique alambiqué qui cache mal les intérêts très terrestres du magnat de la high-tech, occupé à bâtir les outils de l’ordre mondial qu’il prétend redouter.


Le pape « travaille pour les communistes chinois ». Ces propos, rapportés par CNN en juillet, sont de Peter Thiel, fondateur de PayPal et de Palantir, mentor de Sam Altman et de J. D. Vance. Il répond à l’encyclique de Léon XIV appelant à « désarmer » l’intelligence artificielle. Pour le milliardaire, une telle attitude de prudence menace de freiner les États-Unis dans la course à l’IA avec la Chine. Cette saillie n’est que le dernier épisode de sa croisade. Depuis l’automne 2025, Peter Thiel donne une série de conférences sur l’Antéchrist, notamment à Rome, à deux pas du Vatican. Dernière étape en date : Nashville, le 28 septembre, en pleine mobilisation locale contre les data centers. Bien qu’elles se déroulent à huis clos et sans presse, The Guardian a pu obtenir des enregistrements. Il y expose sa vision : l’Antéchrist ne serait pas une personne, mais un système, un gouvernement mondial unique qui s’imposerait au nom de la « paix et de la sécurité », en jouant sur la peur de l’IA. Selon lui, la voie vers l’Antéchrist passe par l’appel à « arrêter la science ».

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Il y oppose sa conception du « katechon » (dans la Bible, une puissance destinée à entraver la venue de l’Antéchrist) qui serait la force retardatrice des États-nations empêchant la venue de l’État-monde. Dans ce schéma, toute régulation de l’IA, du nucléaire ou de la finance est un pas vers la tyrannie universelle. Par une curieuse providence, cette eschatologie sert admirablement ses affaires. La fortune personnelle de Peter Thiel dépend de l’accélération technologique sans frein. Il reste un investisseur d’OpenAI, et sa firme Palantir vend des outils de surveillance de masse au Pentagone et à l’ICE. Or, ce libertarien prêche la vision d’une technique émancipatrice alors qu’elle peut tout autant asservir. L’homme qui redoute un système totalitaire mondial est aussi celui qui en construit, avec Palantir, les fondations technologiques les plus abouties. Faut-il rappeler que la figure de l’Antéchrist est d’abord celle d’un imposteur ?

Jordan Bardella: une affaire classée?

On ignore si les propos de jeunesse prêtés à Jordan Bardella par Mediapart auront en fin de compte quelque influence sur la candidature de Marine Le Pen et l’élection présidentielle. Beaucoup d’observateurs voient dans les dénégations de M. Bardella une stratégie risquée: le piège du déni. En Israël, le ministre de la Diaspora est monté au créneau pour le défendre.


« Le juif veut dominer les autres peuples, les écraser et les voler. » Ce sont, parmi d’autres, les messages Messenger envoyés par un jeune homme de 17 ans à l’un de ses amis de l’époque, qui ne l’est manifestement plus maintenant qu’il en a transmis le contenu à Mediapart. Ces accusations, piochées dans une rhétorique complotiste éculée, proviendraient de Jordan Bardella, aujourd’hui l’homme politique le plus populaire de France. Il les qualifie de faux grossiers et a déposé plainte, mais Mediapart a dévoilé le processus de vérification de ces informations et sa démonstration est implacable. Ce ne sont pas des captures d’écran facilement falsifiables, mais des données personnelles de l’interlocuteur de M. Bardella qui en a fait la demande à Meta, la maison mère de Facebook, au titre du règlement européen sur la protection des données (RGPD).

Le fichier d’archives contient des éléments d’authentification tels que la date des messages et indique le nom du compte Facebook des interlocuteurs. Un huissier a constaté que ce fichier n’a pas été ultérieurement altéré.

Il reste à Jordan Bardella soit à démontrer que le compte à son nom ne lui appartenait pas — ce qui sera difficile en raison des détails biographiques personnels qui y sont retrouvés —, soit à prouver que les serveurs de Meta ont été piratés, ce qui, pour les experts, est très improbable. La plainte pour faux et usage de faux, déposée en plus de la plainte pour diffamation contre Mediapart, risque de ne pas prospérer.

En janvier 2024, l’émission Complément d’enquête avait, sur la base d’un faisceau d’indices, accusé Jordan Bardella d’avoir détenu un compte Twitter qui, entre 2015 et 2017, publiait des messages racistes. Comme les tweets sont publics, un lecteur n’a pas accès aux données privées. Pour démontrer que le pseudonyme incriminé n’était pas le sien, M. Bardella aurait dû déposer plainte. Il ne l’a pas fait.

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Il y a aujourd’hui une très haute vraisemblance qu’il soit bien l’émetteur des messages publiés par Mediapart.

Qu’il ait été antisémite ne surprend pas. On n’entrait pas au Front national de Jean-Marie Le Pen — dont les fondateurs, en 1972, étaient presque tous d’anciens Waffen-SS, d’anciens collaborateurs ou des négationnistes — sans partager leur état d’esprit. De plus, au Forum, ce local parisien où le jeune Bardella se formait politiquement, le maître à penser était Alain Soral, même après son départ du FN en 2009. L’homme de confiance de M. Bardella, François Paradol, son directeur de cabinet actuel, appartient à cette mouvance soralienne qui, au nationalisme antisémite, combine un parfum anticapitaliste avec un antisionisme particulièrement véhément et une sympathie pour l’islamisme. Frédéric Chatillon, vieil ami de Marine Le Pen, coche ces mêmes cases. Marine Le Pen a adopté une autre voie, essentiellement identitaire et hostile à l’immigration, représentée par Philippe Olivier qui a remplacé Chatillon comme mentor de Jordan Bardella ; celui-ci, qui fut longtemps le compagnon de sa fille, a emprunté cette nouvelle ligne.

Elle s’est accompagnée, on le sait, d’une répudiation de l’antisémitisme et d’un soutien marqué à Israël, contrastant avec la diabolisation à laquelle ce pays doit faire face. Jordan Bardella a habilement suivi ces transformations et en fut souvent l’interprète. Le ministre de la Diaspora israélien est d’ailleurs monté au créneau pour le défendre.

Les sondages indiquent que c’est dans l’électorat du RN que les préjugés antisémites classiques sont les plus forts. Mais ils indiquent aussi, dans l’enquête IFOP-AJC-FONDAPOL, que deux fois plus de sympathisants LFI que de sympathisants RN soutiennent les actes d’agression contre les Juifs, présumés soutiens d’Israël.

Il existe une vieille tradition juive suivant laquelle on juge moins l’homme à ce qu’il dit qu’à ce qu’il fait. Au milieu des rafles, Bousquet déclara à son interlocuteur du Consistoire qu’il n’était pas antisémite, et ce radical-socialiste disait peut-être vrai. Inversement, Zofia Kossak-Szczucka, fondatrice du magnifique mouvement Żegota de sauvetage des Juifs polonais, était une antisémite virulente avant la guerre. Entre un non-antisémite qui déporte les Juifs par ambition personnelle et un antisémite qui essaie de les sauver, le choix moral est simple.

On ignore la sincérité de M. Bardella, mais un garçon de 17 ans biberonné à la haine des Juifs peut plus tard rejeter l’antisémitisme. Mais alors, pourquoi ne pas reconnaître une « connerie de jeunesse » ? Mélenchon, qui avait plus de 17 ans quand il vitupérait contre le voile, a très habilement expliqué avoir changé d’avis et l’affaire a été close.

Edwy Plenel, qui avait chanté les louanges des terroristes des Jeux de Munich, a attendu 46 ans pour « récuser » cette position. « Récuser », pour ne pas dire « s’excuser ». Mais Plenel n’est que le fondateur de Mediapart ; il n’est pas supposé devenir chef du gouvernement, voire davantage.

Il est vrai que les sondages suggèrent que la cote de Jordan Bardella n’a pas baissé, et la décision de son parti de le faire passer pour une victime du « système » pourrait être transitoirement efficace. Mais pour sa crédibilité politique et personnelle, ne pas assumer la vérité aujourd’hui est encore plus alarmant que d’avoir publié des messages antisémites hier…

Mélenchon, Sa Majesté Pétochard Iᵉʳ

Quand ce n’est pas le vote communautariste, c’est la jeunesse qu’il racole ! Le leader de l’extrême gauche a offert le droit de vote dès 16 ans, lors d’un rassemblement dans le Puy-de-Dôme ce week-end. Pendant ce temps, son adversaire à gauche, Raphaël Glucksmann, dont il se moquait du patronyme il y a peu de temps, élimine la concurrence en étant élu au premier tour à plus de 66% à la primaire des socialistes.


« Phénomène prodigieux de pusillanimité morale et de défaillance. » Bien qu’il ne lui soit nullement attribué, ce portrait d’un écrivain à la plume cinglante va à M. Mélenchon comme un gant, comme une seconde peau.

Le secret des secrets de la stratégie politique choisie par le leader de La France insoumise ne serait-il pas à chercher dans une forme de peur, probablement inconsciente, qui le pousserait à toujours caresser dans le sens du poil, à servir la soupe à ce qui, au fond, lui flanque la pétoche ? Je veux dire les jeunes et la banlieue, et dans la banlieue, plus spécifiquement ce qu’on appelle la rue arabe.

Complaisance pro-sauvageons

Dernière trouvaille de léchouille pro-d’jeunes : le droit de vote à seize ans. Proposition du jour, puisqu’elle a été très officiellement lancée ce dimanche lors d’un meeting à Clermont-Ferrand. (Doit-on s’attendre, puisqu’il reste tout de même sept mois avant les élections, à ce qu’on finisse avec une proposition de vote dès la sortie de la maternelle ? Nul ne peut l’exclure).

Cette ouverture du droit de vote à la sortie, non de la maternelle, mais de l’acné, vient s’ajouter au soutien bouche bée du guide suprême des Insoumis pour le mouvement des écoliers et leurs innocentes marrades incendiaires de gentils sauvageons malmenés par la puberté.

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Pourquoi une telle complaisance, pourquoi donner à ce point dans la démagogie la plus glauque ? Parce que la peur est là, qui dicte sa soumission. Oui, l’Insoumis Mélenchon, Mesdames et Messieurs, est soumis à la peur. À la pétoche, à la trouille. La peur panique de se mettre à dos ces jeunes si peu contrôlables, de ne pas être assez aimé d’eux. Ramper, se vautrer, s’aplatir dans l’espoir fou de glaner un peu d’amour de jeunesse. (Enfin, pas « amour de jeunesse » comme le premier patin d’enfer échangé à la sortie du cours de Mââme Michu portant sur l’éveil sexuel, mais l’amour accordé par la jeunesse. Vous l’aurez compris.) Oui, la trouille, car la jeunesse peut devenir menaçante, dangereuse. On le voit aujourd’hui et M. Mélenchon le voit également. Tout comme la rue arabe, qui elle aussi peut facilement verser dans le très regrettable, voire le sanglant. Cela s’est vu, nul ne l’ignore…

Flics lives matter !

Ce qui n’est pas le cas de la police, voyez-vous. Elle est tenue de se contenir, de garder pour elle les envies de coups de pied au cul et de baffes que peuvent lui inspirer les insultes, les crachats, les slogans assassins, la haine déversée à jet continu par la mélenchonnerie et les autres cliques du même tonneau. À taper et taper encore sur les flics, sur les gendarmes, et désormais sur les pompiers, on ne court aucun risque. Aucun. Voilà la grande et forte différence. Et c’est bien pour cela — et cela seulement — que M. Mélenchon et ses affidés s’en donnent à cœur joie. Ne nous y trompons pas.

Cette sourde pétoche lovée au tréfonds de leur conscience est de même nature que celle qui avait conduit M. Macron, le président de la République, à ne pas s’associer à la marche contre l’antisémitisme en réponse à la barbarie sans nom du 7-Octobre. En la circonstance, du côté de l’Élysée : la peur de fâcher la rue arabe. À l’évidence, avec M. Mélenchon, nous sommes dans le même registre des profondeurs de l’inconscient, là où se love la racine bien pourrie de ces démagogies pathétiques.

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« Phénomène prodigieux de pusillanimité morale et de défaillance », citais-je en début de billet. Oui, ce portrait colle parfaitement à M. Mélenchon. En fait, cette cruauté de plume est due à Barbey d’Aurevilly. Elle visait Louis XVI lui-même. Je ne sais si ce compagnonnage ravirait M. Mélenchon… À ceci près que si Louis XVI avait peur du peuple, celui-ci lui a donné raison, puisqu’il l’a finalement guillotiné. Remarquez, il a guillotiné aussi Robespierre, le grand pote de l’Insoumis. Comme quoi, quand on joue avec les allumettes de la violence, bien malin qui peut dire où s’arrêtera l’incendie. Et c’est bien davantage cette terrible vérité d’évidence qui devrait flanquer la trouille à Sa Majesté Pétochard Ier.

Glucksmann : un petit tour et puis s’en vient
 
Comme on dit dans ces cas-là, ce fut sans appel. Raphaël Glucksmann, le leader du mouvement Place Publique, remporte la primaire socialiste haut la main: 66% des voix. C’est donc lui qui défendra les couleurs de ce courant politique lors de la présidentielle prochaine. Bravo, le « stagiaire » ! comme dirait l’impayable Ségolène Royal.
Sa victoire, au soir de cette consultation est celle du courant fermement opposé à tout rapprochement, à toute compromission avec le parti de Jean-Luc Mélenchon, la France Insoumise. Il faudra à l’élu savoir faire preuve de fermeté, d’opiniâtreté pour parvenir à maintenir ses troupes sur cette crête. D’autres, parmi les retoqués du présent scrutin, ne manqueront certainement pas de lui savonner la planche en tentant d’entretenir la désunion des troupes autour de cette option stratégique. On peut faire confiance pour cela à l’improbable mais toujours volontiers rancunier tandem Ségolène Royal-Olivier Faure. Rien de plus normal : au parti de la rose, il a toujours fallu compter avec les épines…  • DL

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Féministes en peau de lapin

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Bagayoko, Panot: le grand écart féministe des Insoumis


Bally Bagayoko refuse de voter contre l’excision, Mathilde Panot refuse de soutenir Octobre rose. Quelle mouche pique les Insoumis ?

Le 24 septembre, l’opposition de gauche à Bally Bagayoko à Saint-Denis (93) propose un texte condamnant l’excision et soutenant la loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles. Le texte est adopté malgré l’abstention de la majorité municipale. Soyons honnêtes, M. Bagayoko a refusé de voter en raison du lien avec la loi intégrale, mais se dit farouchement opposé à cette mutilation très pratiquée en Afrique subsaharienne et qui toucherait 7 % des femmes en Seine-Saint-Denis.

A lire aussi: Mélenchon, Sa Majesté Pétochard Iᵉʳ

Quant à Mathilde Panot, elle refuse de porter le ruban rose symbolisant le combat contre le cancer du sein. Ce n’est pas parce qu’elle est pour le cancer du sein ou contre l’étalage de vertu, non ! Elle lutte contre la multinationale Syngenta et surtout — je vous le donne en mille — contre sa filiale israélienne Adama, qui produit des pesticides et des traitements anticancéreux. Elle s’en explique dans une vidéo sur X : « Syngenta est donc étroitement liée au projet d’expansion coloniale israélien qui répand des pesticides pour détruire les terres palestiniennes et libanaises. (…) Vous avez compris, ils vendent le poison qui vous rend malades et vendent aussi le traitement contre cette même maladie. Voilà comment les empoisonneurs font double profit. » Panot mobilise les stéréotypes antijuifs du XIXᵉ siècle aujourd’hui très en vogue dans le monde arabe : les juifs empoisonnent vos femmes et vos puits pour de l’argent. Le pire, c’est qu’elle ne se cache pas, au contraire.

A lire aussi, éditorial: Le tour de France en deux instants

Pourquoi faire un lien entre ces deux épisodes ? On ne peut pas accuser Bagayoko d’antisémitisme. L’antisémitisme, c’est la cerise sur le Panot. Les deux cas montrent que les Insoumis sont des féministes en peau de lapin. Pour hurler avec les loups contre les célébrités accusées de violences (avant toute enquête), ils sont toujours les premiers. Mais pour s’opposer à l’islam radical, il n’y a plus personne. Beaucoup d’Insoumis veulent revenir sur l’interdiction de l’abaya à l’école et même, pour certains, sur l’interdiction du voile, mesures décrétées « islamophobes ». Et ils sont franchement discrets dans la lutte contre l’excision. On ne les a pas entendus non plus dénoncer les viols et les agressions sexuelles commis le 7-Octobre ni l’exclusion des associations représentant ces victimes des manifestations féministes. Par électoralisme ou par conviction, ils défendent un islamo-féminisme qui est une contradiction dans les termes. Alors, je le dis aux féministes, femmes ou hommes, tentés par le vote Mélenchon : vous êtes aveuglés par l’idéologie. À moins que ce ne soit le syndrome de Stockholm.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale au micro de Jacques Cardoze.

Quand Louise attaque les barbares de sa «Gen Z»

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Lycées. Sous la coupe de La France insoumise, une partie de la génération Z s’enfonce dans le nihilisme. Face à cette minorité violente, une majorité silencieuse et réaliste commence pourtant à faire entendre sa voix pour contester cette hégémonie de la gauche radicale.


La Gen Z a ses barbares. Le saccage de la Colonne de Juillet, défigurée jeudi par des centaines de tags orduriers, laisse voir une perte de sens dans cette « génération Z », née avec le siècle.

Foule lycéenne embrigadée

Le smartphone et les réseaux sociaux (TikTok, Messenger, etc.) sont ses uniques sources d’information et d’expression. LFI excelle dans le racolage numérique. « La Bastille est reprise ! », a tweeté Jean-Luc Mélenchon après le succès (plus de 20 000 personnes) de sa manifestation lycéenne. Mais le Génie de la Bastille n’a pas pénétré les esprits clonés. Le promoteur de la « nouvelle France » n’a pas eu un mot pour déplorer la profanation nihiliste de la nécropole : au pied de la Colonne reposent, sous un amas de slogans obscènes, près de 700 révolutionnaires de 1830 et de 1848. Faut-il, dès lors, s’apitoyer sur ce que l’empathie officielle présente comme des « enfants » ? Il y a bien des raisons pour les lycéens de s’estimer lésés par un système qui a fait s’effondrer l’Ecole. Ayant manifesté à Nantes en mai 1968 – j’avais 16 ans – je comprends les joyeuses insolences contre le pouvoir. À cette différence que la révolte actuelle répond aux seules injonctions de ceux qui ont saccagé l’Éducation nationale par démagogie égalitariste. Derrière des revendications apparemment apolitiques (manque de profs, horaires, Parcoursup, etc.) s’imposent les mots d’ordre de l’islamo-gauchisme. La jonction des lycées des banlieues, initiateurs du mouvement, avec des lycées privilégiés des villes n’efface pas la prédominance de la subversion islamiste : les drapeaux palestiniens, les keffiehs, les soutiens à Gaza, les intifadas, les hommages aux terroristes, les procès en génocide contre Israël et les Juifs, conduisent à l’irrespect de la France et de son histoire, fut-elle révolutionnaire.

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Après le féminisme, l’infantisme

En fait, l’homogénéité générationnelle est un leurre. Il y a certes une foule embrigadée, sublimée par l’« infantisme », doctrine issue du néo-féminisme qui veut sacraliser la parole de l’enfant politique. Le droit de vote à 16 ans est d’ailleurs désormais demandé par Mélenchon. Mais la semaine dernière a fait apparaître aussi, avec Louise Montangon, 22 ans, ce qu’étaient ces autres jeunes Français oubliés. Fin septembre, ils étaient, dans leur diversité ethnique, au Stade de France (Seine-Saint-Denis) pour acclamer le pape. Cette masse, éduquée et réaliste, pourrait bien repousser l’hégémonisme de la gauche sectaire, déculturée, agressive. La jeune Charentaise, ancienne « fan de Mélenchon, antiflics, antimilitaires » et dont la mère est socialiste[1], est devenue membre de l’UNI (Union nationale interuniversitaire) et du RN. Sur CNews et LCI, elle s’est imposée face à Gabriel Attal et face à deux leaders lycéens, pleurnichard pour l’un, arrogant pour l’autre.

En dénonçant calmement les blocages, les violences, les intimidations de l’extrême gauche, cette silhouette frêle et juvénile a apporté un vent libérateur. Il est trop tôt pour mesurer son écoute auprès de sa Gen Z non-gréviste. Celle-ci se laisse, pour l’instant, caricaturer par des « néofas » décérébrés, qui veulent en découdre avec la police et détruisent des lycées.

Cette semaine dira si le mouvement, au souffle court, se radicalise. Au risque dès lors d’affronter la majorité silencieuse.

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[1] Le Figaro, 10-11 octobre

Élections au Québec: mais pour qui ont voté nos cousins exactement?

Victoire du Parti québécois (PQ) indépendantiste aux législatives provinciales. Mais pas de l’indépendance.


Le 5 octobre, le parti gouvernemental, la Coalition avenir Québec, est passé de 90 sièges au néant, avec 13,35 % des voix. C’est la Bérézina. Le premier ministre confédéral Mark Carney perd sa femme de… chambre, on peut même dire sa pouliche, Christine Fréchette. Le PQ rate de peu la majorité des sièges, qui est de 64. Avec un maigre 28% des voix, il compte 59 députés sur 127. Les coalitions ne faisant pas partie de la culture politique canadienne, M. Paul Saint-Pierre Plamondon dirigera un gouvernement minoritaire et devra donc trouver des alliés à la pièce dans l’opposition.

Frustrations

On verra ce qu’il en sera de sa promesse de tenir un référendum sur l’indépendance après le départ de Donald Trump. A court terme, il compte débarrasser le Québec de la monarchie britannique. Difficile selon les textes constitutionnels, mais on peut y voir un intéressant engagement de désobéissance civile.

[Un reproche : ce juriste s’obstine à déclarer son opposition à la couronne « britannique » alors que le Canada (y compris ses provinces), est soumis à la couronne « canadienne », ce qui n’est évidemment pas plus réjouissant].

Qu’en est-il de celle-ci? (Les chiffres qui suivent constituent la meilleure illustration de l’absurdité du système électoral uninominal à un tour, hérité, comme de juste, de l’ancienne puissance coloniale, le Royaume-Uni.)

Le parti conservateur du Québec (PCQ), surfant sur les frustrations légitimes de la population, est, en substance, un parti de droite poujadiste dont le chef, Eric Duhaime, a réussi à attirer les ploucs (semblables aux rednecks américains) par ses promesses loufoques; il passe de 0 à 19 députés. Avec 20,66 % des voix. Statistiquement, les gouvernements minoritaires ont une durée moyenne de 18-24 mois, mais, en l’occurrence, l’on peut conjecturer que si le PQ joue bien ses cartes, le PCQ, qui est en position d’arbitre, sera son plus fidèle allié dans la durée. Les culs-terreux ont cet avantage sur les intellos idéologues qu’ils ont les deux pieds dans la glaise. Ils savent compter et comprennent parfaitement qu’ils ne formeront jamais un gouvernement : ils ont gagné une forme de loterie le 5 octobre. Renverser le gouvernement, c’est risquer de perdre leur traitement prématurément. Ce serait tuer la poule aux œufs d’or.

A lire aussi: Le Nobel de la bonne conscience ?

Québec solidaire, théoriquement indépendantiste aussi, aux effluves islamo-gauchistes, cousins de LFI en France, et également en position d’arbitre, limite la casse; sa porte-parole, Ruba Ghazal, a efficacement soulevé des enjeux sociaux réels. Il avait 12 sièges depuis 2022, il n’en perd « que » trois. Avec 12,42 % des voix. Là encore, on peut penser qu’il sera réticent à faire chuter le gouvernement.

Last but not the least, le parti libéral du Québec, qui formera l’opposition officielle. Il affiche une croissance apparemment impressionnante depuis 2022 : son groupe parlementaire passe de 18 députés à 40. Avec 24,23 % des voix.

En dépit d’une présentation correcte, mais terne de son chef, Charles Milliard, son parti lui en attribue le mérite. C’est de bonne guerre, mais l’explication est plus prosaïque. Il n’est probablement plus en mesure d’aspirer à diriger le Québec vu sa grande faiblesse dans l’électorat francophone. Son rôle consiste désormais essentiellement à représenter la minorité anglophone, bloc auquel s’agglutine, outre des « de souche » qui s’imaginent que Mark Carney protège leurs intérêts, une forte proportion d’électeurs issus de l’immigration, qui votent de manière soviétique pour lui (un contraste avec la gauloise fragmentation du vote francophone). Alors que, en 2022, le PLQ était géographiquement plus ou moins confiné à la partie ouest de l’île de Montréal, en dépit de multiples scandales, il fait désormais tache d’huile (rance) notamment dans la banlieue nord; ce basculement de plusieurs circonscriptions a pour cause leur évolution démographique due aux arrivants par définition hostiles à la francophonie dans laquelle ils voient une barrière à l’accès au rêve américain : ceux-ci ont pour slogan « je ne suis pas venu au Québec, mais au Canada » (prix de consolation quand on ne peut aller aux Etats-Unis), sorte version septentrionale de l’Australie. Sans oublier l’effet amplificateur du mode de scrutin, qui va dans les deux sens.

Les députés prêteront serment le 15 octobre

Les avancées du parti libéral sont le corrélat du recul du français.

Dans une certaine mesure, l’indulgence est de mise : s’installer dans un nouveau pays à la recherche d’une vie meilleure n’est jamais chose facile et nul n’a envie d’atteindre, au mieux, le statut de citoyen de seconde zone; il est humain de vouloir se mettre au service du groupe dominant et cela vaut aussi souvent pour la population « de souche ». Chose plus troublante, cependant, en milieu de travail anglophone/allophone, ne sont pas rares les chuchotements haineux visant la population francophone.  

[Note historique. Rien de changé en matière de déplacements de population et de prises de possession de territoire au cours des 5000 dernières années : le grand rhéteur romain Augustin d’Hipponeétait berbère; plus récemment, les élites belges comptaient franciser l’intégralité du plat pays qui était le leur, mais elles ont dû se contenter de Bruxelles. D’ailleurs, dès la conquête de l’Angleterre par Guillaume le bâtard en 1066, les Saxons subirent le mépris qu’ont souvent les conquérants aristocratiques envers les populations soumises. Si leur langue germanique a théoriquement survécu, c’est dans une forme considérablement « abâtardie » par le français. Les Anglais d’aujourd’hui peuvent être reconnaissants envers les envahisseurs normands qui ont extirpé leurs ancêtres de leur glèbe et leur ont donné accès à un minimum de civilisation].

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Pendant la campagne électorale, M. Millard, excipant de la qualité d’enseignante de français de sa mère, a joué les vierges effarouchées contre les ceusses qui osent contester son attachement à sa langue maternelle. [A noter que son français n’est pourtant pas exempt d’anglicismes, même s’il est supérieur à celui du Jules actuel de Katy Perry, ce qui n’a rien d’un exploit; ces impairs lui ont certainement valu les foudres de l’autrice de ses jours]. Mais il reconnaît volontiers que la terre n’est pas plate, et, du même souffle, admet la fragilité de la langue d’André Gide au Québec et concède que la langue d’Oscar Wilde exerce un pouvoir d’attraction excessif chez les néo-Canadiens résidant dans sa petite province.

Sa solution? Simple, mais il fallait y penser : il faut amener ceux-ci à « aimer le français ». Texto. Dit-il du ton geignard de femme battue.

Manifestement, il ne sait pas que, à Rome on fait comme les Romains. A Varsovie, seul le polonais a droit de cité. Si l’on s’établit à Anvers, on adopte le néerlandais et le français à Liège. Dans la confédération helvétique, l’allemand est incontestablement la langue dominante; pour autant, le seul français va de soi dans l’administration genevoise; mieux, dans l’unique canton italophone, le Tessin, tout se passe intégralement en italien, y compris la procédure de naturalisation et nul néo-Helvète n’aurait l’insolence de revendiquer l’utilisation de la langue de Thomas Mann sous prétexte qu’« il est venu en Suisse, pas au Tessin ». Ni parade nuptiale ni danse du ventre ne sont nécessaires pour défendre la langue de Pier Paolo Pasolini à Bellinzona. On ne peut même pas parler de coercition puisque la question ne se pose même pas.

M. Milliard, apothicaire dans une vie antérieure, ne prétend pas être en mesure d’offrir une potion magique aux Québécois, mais il veut leur faire gober qu’il peut produire un philtre d’amour linguistique.

L’assermentation des députés est fixée au jeudi 15 octobre.

PS. Précisions linguistiques pour les lecteurs européens tentés de creuser le sujet en consultant des médias québécois. Au Québec, les médias utilisent le pénible anglicisme « balance du pouvoir » au lieu de « position d’arbitre » lorsqu’il y a gouvernement minoritaire. En outre, ils persistent à parler de « caucus » alors que l’expression consacrée par la loi est « groupe parlementaire ».

L’amitié, cette valeur… de droite

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Editions La Découverte

Dans un énième brulot ennuyeux, la lfiste Clémence Guetté propose de politiser l’amitié et entend lui attribuer de nouveaux droits, estimant que notre société valorise à l’excès la famille traditionnelle (pouah !) En réalité, l’amitié est une valeur de droite parce qu’elle repose sur la loyauté, l’effort et le devoir.


Dans un court essai, la députée insoumise Clémence Guetté propose de mettre en place une « politique de l’amitié », souhaitant par là étendre certains droits liés à la famille aux amis (dont l’instauration d’un congé de deuil pour un ami proche et d’un PACS amical). Derrière l’idée, on devine sans mal la volonté de déconstruire un peu plus les liens familiaux traditionnels qui déplaisent viscéralement à la gauche. Cette dernière pourtant n’a pas le monopole de l’amitié et il est bon de rappeler en quoi elle se vit aussi de façon intense à droite.

Guetté ne parviendra pas à préempter l’amitié

En grossissant le trait, on pourrait esquisser ainsi le profil d’un groupe de camarades dont le cœur bat à gauche : discussions tournant autour de la dénonciation du patriarcat, du capitalisme et de l’extrême droite avec en fond sonore du rap insultant la police, guenilleux en t-shirts sans forme mais ornementés de slogans, piercings dans le nez et joint qui circule pour sceller le lien… Mais, qu’ils ne se méprennent pas, il existe aussi une façon tout aussi caricaturale d’être amis quand on penche à droite : seulement, les sujets tournent autour de la civilisation, de l’immigration massive et de la décadence ; les chemises blanches sont repassées ; on écoute de la variété française ou du vieux rock ; et certains fument le cigare pour se donner des airs virils. 

A rebours de l’idée d’amitié défendue par Guetté, qui tente de préempter l’amitié, selon elle “lien d’entraide en période de précarisation”, “refuge et ferment antifasciste et pôle de résistance à l’extrême droite” ou “république des ami.es contre la république des copains”, la notion se cristallise, dans son acception droitière, dans la loyauté, l’honneur et le sacrifice ; elle est faite d’échappées belles au détour des sentiers battus et rebattus de la vie ; elle ne revendique aucun droit, que des devoirs, et encore… ; elle se cristallise dans l’effort, le panache, les petites et grandes aventures, les combats communs autour d’une cause supérieure. 

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Un pour tous, tous pour un !

Ainsi en est-il du lien unissant les Trois Mousquetaires, scellé par un serment apocryphe : “un pour tous, tous pour uns”. Dissemblables dans leurs caractères et leur renommée, entre D’Artagnan, vaillant fer de lance, Aramis, romantique et secret, Athos, sage et torturé, Porthos, armoire à glace et plus rustre, ils n’ont jamais trahi leur relation et, lorsque quelque dissension se fit jour, ils se retrouvèrent, renouvelant le pacte qui les unissait. “Leçon politique majeure : primauté absolue d’un sentiment, l’amitié sur une affinité partisane ou idéologique”, écrivait dans L’âme française le regretté Denis Tillinac qui ajoutait que jamais un collégien, après avoir lu le chef d’œuvre d’Alexandre Dumas, “ne voudrait être de gauche”.

Ne pas tout politiser

Contrairement à la députée LFI je ne pense pas que l’amitié soit « profondément politique », car tout, dans la vie, ne doit pas l’être et, de surcroît, la chose politique peut elle-même constituer un sujet dérisoire parmi ceux que l’on aborde avec nos amis – je me suis bien plus disputé avec des amis pour des questions footballistiques que politiques. On pourrait encore ajouter comme argument à l’encontre de Clémence Guetté qu’on ne perçoit pas en quoi l’amitié ne serait pas soumise elle aussi aux déconstructions habituelles de la gauche qui a l’habitude d’excommunier, jusqu’à passer à la guillotine les anciens camarades.  

Tous les secteurs où l’homme se grandit se nourrissent de ces relations exceptionnelles qu’on appelle l’amitié. Ainsi en est-elle de l’aventure partagée par les pionniers de l’aviation et de l’Aéropostale, pour lesquels j’ai une admiration sans limite. Pensons à celle qui unissait Saint-Exupéry et Guillaumet, atteignant son paroxysme lorsque le premier partit à la recherche du second dans l’hostile Cordillère des Andes suite à un crash ou Jean Mermoz et l’écrivain Joseph Kessel, immortalisée par le second dans un magnifique ouvrage qui se lit avec l’“aride sanglot viril” au coin de l’oeil : “ quand j’étais prêt à renoncer à l’effort (…), je me disais : il y a Mermoz… il va revenir par-dessus l’Atlantique… De lui, de lui seul, j’aurai honte. Et je recommençais la sourde bataille que tout homme se doit de mener, jusqu’à sa mort, contre lui-même”. On ne pourrait soupçonner aucun des quatre hommes, génies dans leur domaine, libres par-dessus tout, aventuriers hors pair, d’être des égalitaristes de gauche quémandant un PACS amical ou des congés de deuil pour mieux sceller leur relation.

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Aubagne : « Elle m’a appelée en panique »… un collégien de 14 ans ouvre le feu dans son établissement

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Un collégien armé d'un fusil de chasse a tiré sur ses camarades à l'établissement Joseph Lakanal en Aubagne.
The Joseph-Lakanal middle school after a headmaster was shot and wounded with a hunting rifle and a teenager was arrested . The prime minister's office said the principal's life was not in danger and that the interior and education ministers were heading to the scene in Aubagne, southern France, on October 12, 2026. Le college Joseph-Lakanal apres qu'un proviseur a ete blesse par balle à l aide d un fusil de chasse et qu un adolescent a été arrete. Le cabinet du Premier ministre a indique que la vie du proviseur n etait pas en danger et que les ministres de l Intérieur et de l Education se rendaient sur les lieux a Aubagne le lundi 12 septembre 2026. //ALAINROBERT_1Y8A2553/Credit:Alain ROBERT/SIPA/2610121501

Un adolescent de 14 ans a ouvert le feu lundi matin au collège Joseph-Lakanal d’Aubagne. Le principal et une enseignante ont été blessés. Aucun élève n’a été touché. Devant l’établissement, parents et collégiens ont raconté une matinée de panique.

« Elle m’a appelée en panique. » Comme beaucoup de parents du collège Joseph-Lakanal d’Aubagne, Maryline a abandonné ce qu’elle était en train de faire lundi matin pour rejoindre au plus vite l’établissement de sa fille, scolarisée en cinquième.
Quelques minutes auparavant, un élève de troisième âgé de 14 ans avait ouvert le feu avec un fusil de chasse de calibre 12 dans l’enceinte du collège. Le principal de 53 ans a été atteint par des plombs dans le bas du corps. Une enseignante de 37 ans a également été touchée à la cuisse. Une troisième personne a été légèrement éraflée. Le pronostic vital des deux principales victimes n’est pas engagé et aucun élève n’a été blessé.

« Il y a du sang partout »

Le récit fait par Maryline à l’AFP donne une idée de la confusion qui s’est emparée de l’établissement. Sa fille l’appelle et lui dit, affolée, qu’« il y a du sang partout ». L’adolescente pense alors assister à un attentat. Sa mère quitte immédiatement son travail.

Devant le collège, une autre mère raconte que son fils s’est retrouvé face au tireur. Selon son témoignage, l’adolescent aurait tiré en l’air avant de lui dire qu’il ne lui ferait rien. Le mobile du tireur reste, à ce stade, inconnu.

Le préfet des Bouches-du-Rhône Jacques Witkowski a indiqué que l’adolescent n’était jusqu’ici connu ni pour des faits de délinquance ni pour une radicalisation. Il était normalement scolarisé dans l’établissement. Ce détail rend la scène encore plus difficile à comprendre pour les familles. Comment un garçon de 14 ans a-t-il pu arriver dans son collège avec un fusil de chasse ? Où a-t-il trouvé l’arme ? Pourquoi a-t-il tiré ? L’enquête devra désormais répondre à ces questions.

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Le CPE maîtrise le tireur

L’attaque aurait commencé vers 10 heures. Selon le récit livré par le préfet, le collégien a d’abord tiré sur le principal, puis sur une professeure, avant de faire feu une troisième fois dans un couloir.

Il n’a finalement pas été neutralisé par la police. C’est un membre du personnel de l’établissement qui l’a maîtrisé. La mairie d’Aubagne indique qu’il s’agit du conseiller principal d’éducation du collège. L’adolescent a ensuite été interpellé et placé en garde à vue.

Pendant ce temps, les parents commençaient à affluer devant Joseph-Lakanal pour récupérer leurs enfants. Les pompiers ont installé une cellule psychologique pour les élèves, notamment ceux qui ont directement assisté à la scène. « Mes enfants vont bien mais ma fille est en pleurs », a raconté une autre mère de deux collégiens à CNEWS.

Tirs au collège Lakanal, à Aubagne : aucun lien établi avec la mobilisation lycéenne

L’attaque intervient dans un contexte particulièrement tendu pour l’Éducation nationale, alors qu’un mouvement lycéen se poursuit depuis plusieurs semaines en France. Mais les autorités appellent à ne pas mélanger les deux événements.
« Ce n’est pas lié au mouvement lycéen », a affirmé le préfet des Bouches-du-Rhône. Le collège Joseph-Lakanal n’était d’ailleurs pas touché lundi matin par les blocages.

Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale, et Sabrina Roubache, ministre déléguée à l’Enseignement et à la Formation professionnels, doivent se rendre à Aubagne dans l’après-midi. Pour les familles, l’urgence est pour l’instant ailleurs. Comprendre ce qui s’est passé et ramener les enfants chez eux.

Contre la laideur de la France!

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Jonathan Siksou © Hannah Assouline

Dans un court essai brillant et libre, Jonathan Siksou règle ses comptes à l’enlaidissement accéléré de notre pays. Cet honnête homme défend la beauté des paysages, de la langue, de la ville, des corps et de l’Art pourfendant ainsi la meute des salisseurs de mémoire…


D’abord et avant tout, quel que soit le sujet, sa profondeur et son onde, il y a une langue. Ici, elle est présente, en majesté. Souveraine. Fluide. Douce. L’enchaînement des phrases. Le tintement délicat. Ce bonheur diffus qui ne s’explique pas. Ce flux vif et piquant irrigue Le saccage de la beauté sous-titré « Pourquoi notre monde s’enlaidit » dans la collection Pensée Libre chez Fayard. On aime lire Jonathan Siksou pour la précision de son opinion, jamais brouillonne, jamais idéologiquement enfermée, mais surtout pour sa belle langue, ample, d’un académisme pétillant, tel un vin de pays ligérien. Il rira en lisant ces lignes. Sa veine pamphlétaire me fait penser à la Loire, pure, insoumise ; tantôt apaisée, tourangelle d’ascendance ; tantôt turbulente, méchamment remontée contre le progressisme béat et suicidaire quand elle déborde du côté de Pouilly, à cheval entre la Nièvre et le Cher, à chaque début de printemps. Ce balancement, tangage entre la pique chirurgicale contre tous les déconstruits et la rondeur de sa prose (quand il aime un paysage, un alexandrin, un personnage historique, il se fait troubadour) tient de l’équilibre singulier. Aujourd’hui, seules les plumes singulières et batailleuses résisteront au livre prémâché, dicté par la machine et aussi vite digéré. Faites-moi confiance, dans la confusion générale qui règne, dans l’imbroglio IA qui a dévasté l’entre-soi éditorial ces dernières semaines, l’écriture attaquée de toutes parts, massacrée, volée va reprendre, peu à peu, ses droits. Les stylistes qu’on disait morts sur l’autel de la transparence vont renaître. Je prédis une soif d’écrivains naturels sans ajouts numériques. Les plagiaires peuvent remballer leur quincaille. Jonathan incarne cet écrivain nouveau, sans complexe, sûr de ses goûts, n’ayant pas peur de s’inscrire dans le temps long, ancré dans notre Histoire, en dehors des modes, en dehors des clans, qui harmonise sa pensée avec une forme avancée d’écriture, c’est-à-dire qu’il écrit avec sa propre logique, sa propre musique, ses propres mots ; son cadencement et son humeur transparaissent à chaque ligne. C’est un écrivain AOC non victimaire qui est ému par « un monument rescapé de l’Antiquité ». Le lecteur fatigué et lessivé par les faux-nez ne recherchera bientôt que les dissidents en veste de tweed et les ferrailleurs élégants. Jonathan est-il un héritier des universalistes, des romantiques ou des hussards ? Son constat pointilliste est sans appel. Nous le partageons. Nous l’adoubons. L’enlaidissement s’est emparé de notre civilisation et il pèse sur nos consciences. « La beauté subit aujourd’hui les assauts répétés de la laideur née de l’ignorance et de la médiocrité – entretenues par une démagogie généralisée qui légitime le nivellement par le bas et les avidités mercantiles » souligne-t-il, avec justesse. Dans ce texte nerveux, sourcé à la perfection, les références et les citations ne sont pas là pour faire jolies, son érudition a vocation à nous alerter, nous alarmer.

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Levons-nous ! Avec la foi des premiers croyants, il met la pointe de son stylo sur les dossiers brulants de notre époque. Les paysages, cet organdi de la géographie qui faisait la richesse et le statut hautement privilégié de la France, souffrent. Cet entrelacs pondéré et merveilleux courant de la forêt de Tronçais aux cotes cascadeuse de Porspoder dans le Finistère revêt parfois le visage de la honte. Notre maison commune a été piétinée par des éoliennes, mochetés ténébreuses et l’artificialisation des sols. « Aucune leçon n’a été retenue des saccages commis sous le révolution industrielle, c’est même pire » avance-t-il, le cœur serré. Non sans courage, il s’attaque même au sacro-saint lotissement et à la bétonnisation de l’agriculture. Certains crieront au réactionnaire, au nostalgique enfiévré, au fou chantant la Nationale 7. En outre, il milite pour un Paris esthétique, sacrilège dans une capitale qui coupe les arbres et efface les traces de notre mémoire. « La rue est devenue le lieu des obstacles et des divisions », dit-il. Jonathan prend des risques quand il critique vertement l’avachissement des corps. Avoir de la tenue semble, en effet, être devenue la maladie mentale de ce siècle mou. L’écrivain décidément très inspiré nous livre un chapitre sur la langue plein de réjouissances. Il traque les néologismes et les fautes d’accord, et il se souvient avec émotion de la qualité de la langue parlée. Celle que l’on voit dans les archives de l’INA. Jadis, dans les années 50 ou 60 quand on tendait le micro dans le Paris ouvrier, l’homme de la rue s’exprimait avec une instruction et une faconde irrésistible. Cet automne, je vote pour Siksou contre les vertueux saccageurs de notre bien commun.

Le saccage de la beauté de Jonathan Siksou – Fayard, 128 pages.

Le saccage de la beauté: Pourquoi notre monde s'enlaidit

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Mondial de l’Auto : Twingo, 2CV… ces voitures « françaises » qui ne le sont plus tout à fait

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Mondial de l'Auto : présentation de la 2C de Citroën
Mandatory Credit: Photo by Fabio Ferrari/LaPresse/Shutterstock (17211057f) Citroen 2 CV and Xavier Chardon - CEO DS Automobiles e Citroen during the ""The Night Before" - Stellantis event in Paris, France. The Night Before, Stellantis Event in Paris, France - 11 Oct 2026/shutterstock_editorial_The_Night_Before_Stellantis_Ev_17211057f//2610112301

Alors que le Mondial de l’Auto ouvre ses portes à Paris dans un concert de nostalgie et de storytelling tricolore, la réalité industrielle est bien plus crue. Derby de slogans, retours de légendes et promesses d’électrification populaire : derrière la carrosserie chauvine, la chaîne de valeur a largement quitté l’Hexagone.

Le pavillon tricolore flotte fièrement sur les allées de la Porte de Versailles. Pour cette nouvelle édition du Mondial de l’Auto, les constructeurs concurrents rivalisent d’ingéniosité marketing pour réveiller la fibre patriotique des automobilistes français. Retour de icônes pop des années 90, réinvention électrique des mythes des Trente Glorieuses : la nostalgie tourne à plein régime. Mais dès que l’on soulève le capot industriel, le mirage du Made in France s’évapore.

La Twingo électrique : le savoir-faire chinois sous carrosserie slovène

C’est l’une des vedettes incontestées du salon du Mondial de l’Auto. Promise sous la barre symbolique des 20 000 euros pour démocratiser la mobilité électrique, la future Twingo porte un nom ancré dans la mémoire collective nationale. Pourtant, le cœur technologique et la fabrication de la citadine ont déserté le territoire national. Développée en un temps record de deux ans en Chine pour comprimer les coûts, la voiture embarque près de 40 % de valeur ajoutée chinoise, notamment sur les batteries et la plateforme comme l’explique Auto Infos. Quant à l’assemblage final, il sera assuré dans l’usine slovène de Novo Mesto, poursuivent nos confrères. La french touch se limite donc à la griffe du design et au badge du volant, dorénavant.

La 2CV de Citroën : une icône populaire assemblée en Italie

Même constat du côté de la marque aux chevrons, qui prépare le retour de la légendaire 2CV à l’horizon 2028, ainsi que le souligne Le Journal de l’Automobile. Si le concept fait vibrer les amoureux du patrimoine automobile français, les réalités économiques du groupe Stellantis imposent une tout autre géographie. La future citadine sera produite dans l’usine italienne de Pomigliano d’Arco, sur une plateforme technique partagée avec la Fiat Pandina et la marque chinoise Leapmotor. Une mutualisation internationale indispensable pour tenir les prix, mais qui achève de couper le lien physique entre le véhicule et ses usines historiques françaises.

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Quid du Dacia Striker ?

Le Dacia Striker, qui doit être commercialisé d’ici la fin d’année, n’est pas non plus assemblé en France, rappelle Auto Infos. Contrairement à ce que d’aucuns auraient pu penser, le SUV coupé ne sera ni roumain, ni marocain… mais bien turc, comme la Renault Clio. Les lignes d’assemblages sont en effet installées à Bursa, en Turquie et ont été ainsi déplacées en raison de la saturation du site de Pitesti, le berceau traditionnel des Dacia. Force est de constater que c’est un modèle très international dans sa production.

Que reste-t-il de la production nationale ?

Faut-il pour autant enterrer définitivement l’industrie automobile française ? Pas tout à fait, à condition de distinguer l’illusion marketing des véritables choix industriels. Pour qu’une voiture puisse légitimement se revendiquer française, trois critères doivent être réunis : la conception, l’assemblage et la souveraineté des composants majeurs. Dans ce paysage morcelé, le pôle Nord-Électric de Renault à Douai fait figure de résistance : l’usine nordiste assemble la R5, la Mégane et le Scénic électriques, tandis que l’ensemble des véhicules utilitaires de la gamme Renault Pro+ restent ancrés sur le sol français. Un contre-exemple salutaire qui démontre qu’une souveraineté industrielle reste possible, à condition de refuser le seul cynisme de la délocalisation.

L’Antéchrist, c’est les autres

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D.R.

Dans une série de conférences, de San Francisco à Rome, Peter Thiel annonce la venue de l’Apocalypse sous les traits d’un État-monde régulateur. Un langage théologique alambiqué qui cache mal les intérêts très terrestres du magnat de la high-tech, occupé à bâtir les outils de l’ordre mondial qu’il prétend redouter.


Le pape « travaille pour les communistes chinois ». Ces propos, rapportés par CNN en juillet, sont de Peter Thiel, fondateur de PayPal et de Palantir, mentor de Sam Altman et de J. D. Vance. Il répond à l’encyclique de Léon XIV appelant à « désarmer » l’intelligence artificielle. Pour le milliardaire, une telle attitude de prudence menace de freiner les États-Unis dans la course à l’IA avec la Chine. Cette saillie n’est que le dernier épisode de sa croisade. Depuis l’automne 2025, Peter Thiel donne une série de conférences sur l’Antéchrist, notamment à Rome, à deux pas du Vatican. Dernière étape en date : Nashville, le 28 septembre, en pleine mobilisation locale contre les data centers. Bien qu’elles se déroulent à huis clos et sans presse, The Guardian a pu obtenir des enregistrements. Il y expose sa vision : l’Antéchrist ne serait pas une personne, mais un système, un gouvernement mondial unique qui s’imposerait au nom de la « paix et de la sécurité », en jouant sur la peur de l’IA. Selon lui, la voie vers l’Antéchrist passe par l’appel à « arrêter la science ».

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Il y oppose sa conception du « katechon » (dans la Bible, une puissance destinée à entraver la venue de l’Antéchrist) qui serait la force retardatrice des États-nations empêchant la venue de l’État-monde. Dans ce schéma, toute régulation de l’IA, du nucléaire ou de la finance est un pas vers la tyrannie universelle. Par une curieuse providence, cette eschatologie sert admirablement ses affaires. La fortune personnelle de Peter Thiel dépend de l’accélération technologique sans frein. Il reste un investisseur d’OpenAI, et sa firme Palantir vend des outils de surveillance de masse au Pentagone et à l’ICE. Or, ce libertarien prêche la vision d’une technique émancipatrice alors qu’elle peut tout autant asservir. L’homme qui redoute un système totalitaire mondial est aussi celui qui en construit, avec Palantir, les fondations technologiques les plus abouties. Faut-il rappeler que la figure de l’Antéchrist est d’abord celle d’un imposteur ?

Jordan Bardella: une affaire classée?

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© Tom Nicholson/Shutterstock/SIPA

On ignore si les propos de jeunesse prêtés à Jordan Bardella par Mediapart auront en fin de compte quelque influence sur la candidature de Marine Le Pen et l’élection présidentielle. Beaucoup d’observateurs voient dans les dénégations de M. Bardella une stratégie risquée: le piège du déni. En Israël, le ministre de la Diaspora est monté au créneau pour le défendre.


« Le juif veut dominer les autres peuples, les écraser et les voler. » Ce sont, parmi d’autres, les messages Messenger envoyés par un jeune homme de 17 ans à l’un de ses amis de l’époque, qui ne l’est manifestement plus maintenant qu’il en a transmis le contenu à Mediapart. Ces accusations, piochées dans une rhétorique complotiste éculée, proviendraient de Jordan Bardella, aujourd’hui l’homme politique le plus populaire de France. Il les qualifie de faux grossiers et a déposé plainte, mais Mediapart a dévoilé le processus de vérification de ces informations et sa démonstration est implacable. Ce ne sont pas des captures d’écran facilement falsifiables, mais des données personnelles de l’interlocuteur de M. Bardella qui en a fait la demande à Meta, la maison mère de Facebook, au titre du règlement européen sur la protection des données (RGPD).

Le fichier d’archives contient des éléments d’authentification tels que la date des messages et indique le nom du compte Facebook des interlocuteurs. Un huissier a constaté que ce fichier n’a pas été ultérieurement altéré.

Il reste à Jordan Bardella soit à démontrer que le compte à son nom ne lui appartenait pas — ce qui sera difficile en raison des détails biographiques personnels qui y sont retrouvés —, soit à prouver que les serveurs de Meta ont été piratés, ce qui, pour les experts, est très improbable. La plainte pour faux et usage de faux, déposée en plus de la plainte pour diffamation contre Mediapart, risque de ne pas prospérer.

En janvier 2024, l’émission Complément d’enquête avait, sur la base d’un faisceau d’indices, accusé Jordan Bardella d’avoir détenu un compte Twitter qui, entre 2015 et 2017, publiait des messages racistes. Comme les tweets sont publics, un lecteur n’a pas accès aux données privées. Pour démontrer que le pseudonyme incriminé n’était pas le sien, M. Bardella aurait dû déposer plainte. Il ne l’a pas fait.

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Il y a aujourd’hui une très haute vraisemblance qu’il soit bien l’émetteur des messages publiés par Mediapart.

Qu’il ait été antisémite ne surprend pas. On n’entrait pas au Front national de Jean-Marie Le Pen — dont les fondateurs, en 1972, étaient presque tous d’anciens Waffen-SS, d’anciens collaborateurs ou des négationnistes — sans partager leur état d’esprit. De plus, au Forum, ce local parisien où le jeune Bardella se formait politiquement, le maître à penser était Alain Soral, même après son départ du FN en 2009. L’homme de confiance de M. Bardella, François Paradol, son directeur de cabinet actuel, appartient à cette mouvance soralienne qui, au nationalisme antisémite, combine un parfum anticapitaliste avec un antisionisme particulièrement véhément et une sympathie pour l’islamisme. Frédéric Chatillon, vieil ami de Marine Le Pen, coche ces mêmes cases. Marine Le Pen a adopté une autre voie, essentiellement identitaire et hostile à l’immigration, représentée par Philippe Olivier qui a remplacé Chatillon comme mentor de Jordan Bardella ; celui-ci, qui fut longtemps le compagnon de sa fille, a emprunté cette nouvelle ligne.

Elle s’est accompagnée, on le sait, d’une répudiation de l’antisémitisme et d’un soutien marqué à Israël, contrastant avec la diabolisation à laquelle ce pays doit faire face. Jordan Bardella a habilement suivi ces transformations et en fut souvent l’interprète. Le ministre de la Diaspora israélien est d’ailleurs monté au créneau pour le défendre.

Les sondages indiquent que c’est dans l’électorat du RN que les préjugés antisémites classiques sont les plus forts. Mais ils indiquent aussi, dans l’enquête IFOP-AJC-FONDAPOL, que deux fois plus de sympathisants LFI que de sympathisants RN soutiennent les actes d’agression contre les Juifs, présumés soutiens d’Israël.

Il existe une vieille tradition juive suivant laquelle on juge moins l’homme à ce qu’il dit qu’à ce qu’il fait. Au milieu des rafles, Bousquet déclara à son interlocuteur du Consistoire qu’il n’était pas antisémite, et ce radical-socialiste disait peut-être vrai. Inversement, Zofia Kossak-Szczucka, fondatrice du magnifique mouvement Żegota de sauvetage des Juifs polonais, était une antisémite virulente avant la guerre. Entre un non-antisémite qui déporte les Juifs par ambition personnelle et un antisémite qui essaie de les sauver, le choix moral est simple.

On ignore la sincérité de M. Bardella, mais un garçon de 17 ans biberonné à la haine des Juifs peut plus tard rejeter l’antisémitisme. Mais alors, pourquoi ne pas reconnaître une « connerie de jeunesse » ? Mélenchon, qui avait plus de 17 ans quand il vitupérait contre le voile, a très habilement expliqué avoir changé d’avis et l’affaire a été close.

Edwy Plenel, qui avait chanté les louanges des terroristes des Jeux de Munich, a attendu 46 ans pour « récuser » cette position. « Récuser », pour ne pas dire « s’excuser ». Mais Plenel n’est que le fondateur de Mediapart ; il n’est pas supposé devenir chef du gouvernement, voire davantage.

Il est vrai que les sondages suggèrent que la cote de Jordan Bardella n’a pas baissé, et la décision de son parti de le faire passer pour une victime du « système » pourrait être transitoirement efficace. Mais pour sa crédibilité politique et personnelle, ne pas assumer la vérité aujourd’hui est encore plus alarmant que d’avoir publié des messages antisémites hier…

Mélenchon, Sa Majesté Pétochard Iᵉʳ

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A gauche, Jean-Luc Mélenchon en déplacement dans le Puy-de-Dôme, le 10 octobre 2026. A droite, Raphaël Glucksmann invité du journal télévisé de France 2 le 10 octobre © Stéphane Lemouton/SIPA / Capture France TV.

Quand ce n’est pas le vote communautariste, c’est la jeunesse qu’il racole ! Le leader de l’extrême gauche a offert le droit de vote dès 16 ans, lors d’un rassemblement dans le Puy-de-Dôme ce week-end. Pendant ce temps, son adversaire à gauche, Raphaël Glucksmann, dont il se moquait du patronyme il y a peu de temps, élimine la concurrence en étant élu au premier tour à plus de 66% à la primaire des socialistes.


« Phénomène prodigieux de pusillanimité morale et de défaillance. » Bien qu’il ne lui soit nullement attribué, ce portrait d’un écrivain à la plume cinglante va à M. Mélenchon comme un gant, comme une seconde peau.

Le secret des secrets de la stratégie politique choisie par le leader de La France insoumise ne serait-il pas à chercher dans une forme de peur, probablement inconsciente, qui le pousserait à toujours caresser dans le sens du poil, à servir la soupe à ce qui, au fond, lui flanque la pétoche ? Je veux dire les jeunes et la banlieue, et dans la banlieue, plus spécifiquement ce qu’on appelle la rue arabe.

Complaisance pro-sauvageons

Dernière trouvaille de léchouille pro-d’jeunes : le droit de vote à seize ans. Proposition du jour, puisqu’elle a été très officiellement lancée ce dimanche lors d’un meeting à Clermont-Ferrand. (Doit-on s’attendre, puisqu’il reste tout de même sept mois avant les élections, à ce qu’on finisse avec une proposition de vote dès la sortie de la maternelle ? Nul ne peut l’exclure).

Cette ouverture du droit de vote à la sortie, non de la maternelle, mais de l’acné, vient s’ajouter au soutien bouche bée du guide suprême des Insoumis pour le mouvement des écoliers et leurs innocentes marrades incendiaires de gentils sauvageons malmenés par la puberté.

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Pourquoi une telle complaisance, pourquoi donner à ce point dans la démagogie la plus glauque ? Parce que la peur est là, qui dicte sa soumission. Oui, l’Insoumis Mélenchon, Mesdames et Messieurs, est soumis à la peur. À la pétoche, à la trouille. La peur panique de se mettre à dos ces jeunes si peu contrôlables, de ne pas être assez aimé d’eux. Ramper, se vautrer, s’aplatir dans l’espoir fou de glaner un peu d’amour de jeunesse. (Enfin, pas « amour de jeunesse » comme le premier patin d’enfer échangé à la sortie du cours de Mââme Michu portant sur l’éveil sexuel, mais l’amour accordé par la jeunesse. Vous l’aurez compris.) Oui, la trouille, car la jeunesse peut devenir menaçante, dangereuse. On le voit aujourd’hui et M. Mélenchon le voit également. Tout comme la rue arabe, qui elle aussi peut facilement verser dans le très regrettable, voire le sanglant. Cela s’est vu, nul ne l’ignore…

Flics lives matter !

Ce qui n’est pas le cas de la police, voyez-vous. Elle est tenue de se contenir, de garder pour elle les envies de coups de pied au cul et de baffes que peuvent lui inspirer les insultes, les crachats, les slogans assassins, la haine déversée à jet continu par la mélenchonnerie et les autres cliques du même tonneau. À taper et taper encore sur les flics, sur les gendarmes, et désormais sur les pompiers, on ne court aucun risque. Aucun. Voilà la grande et forte différence. Et c’est bien pour cela — et cela seulement — que M. Mélenchon et ses affidés s’en donnent à cœur joie. Ne nous y trompons pas.

Cette sourde pétoche lovée au tréfonds de leur conscience est de même nature que celle qui avait conduit M. Macron, le président de la République, à ne pas s’associer à la marche contre l’antisémitisme en réponse à la barbarie sans nom du 7-Octobre. En la circonstance, du côté de l’Élysée : la peur de fâcher la rue arabe. À l’évidence, avec M. Mélenchon, nous sommes dans le même registre des profondeurs de l’inconscient, là où se love la racine bien pourrie de ces démagogies pathétiques.

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« Phénomène prodigieux de pusillanimité morale et de défaillance », citais-je en début de billet. Oui, ce portrait colle parfaitement à M. Mélenchon. En fait, cette cruauté de plume est due à Barbey d’Aurevilly. Elle visait Louis XVI lui-même. Je ne sais si ce compagnonnage ravirait M. Mélenchon… À ceci près que si Louis XVI avait peur du peuple, celui-ci lui a donné raison, puisqu’il l’a finalement guillotiné. Remarquez, il a guillotiné aussi Robespierre, le grand pote de l’Insoumis. Comme quoi, quand on joue avec les allumettes de la violence, bien malin qui peut dire où s’arrêtera l’incendie. Et c’est bien davantage cette terrible vérité d’évidence qui devrait flanquer la trouille à Sa Majesté Pétochard Ier.

Glucksmann : un petit tour et puis s’en vient
 
Comme on dit dans ces cas-là, ce fut sans appel. Raphaël Glucksmann, le leader du mouvement Place Publique, remporte la primaire socialiste haut la main: 66% des voix. C’est donc lui qui défendra les couleurs de ce courant politique lors de la présidentielle prochaine. Bravo, le « stagiaire » ! comme dirait l’impayable Ségolène Royal.
Sa victoire, au soir de cette consultation est celle du courant fermement opposé à tout rapprochement, à toute compromission avec le parti de Jean-Luc Mélenchon, la France Insoumise. Il faudra à l’élu savoir faire preuve de fermeté, d’opiniâtreté pour parvenir à maintenir ses troupes sur cette crête. D’autres, parmi les retoqués du présent scrutin, ne manqueront certainement pas de lui savonner la planche en tentant d’entretenir la désunion des troupes autour de cette option stratégique. On peut faire confiance pour cela à l’improbable mais toujours volontiers rancunier tandem Ségolène Royal-Olivier Faure. Rien de plus normal : au parti de la rose, il a toujours fallu compter avec les épines…  • DL

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Féministes en peau de lapin

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Captures / Open AI.

Bagayoko, Panot: le grand écart féministe des Insoumis


Bally Bagayoko refuse de voter contre l’excision, Mathilde Panot refuse de soutenir Octobre rose. Quelle mouche pique les Insoumis ?

Le 24 septembre, l’opposition de gauche à Bally Bagayoko à Saint-Denis (93) propose un texte condamnant l’excision et soutenant la loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles. Le texte est adopté malgré l’abstention de la majorité municipale. Soyons honnêtes, M. Bagayoko a refusé de voter en raison du lien avec la loi intégrale, mais se dit farouchement opposé à cette mutilation très pratiquée en Afrique subsaharienne et qui toucherait 7 % des femmes en Seine-Saint-Denis.

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Quant à Mathilde Panot, elle refuse de porter le ruban rose symbolisant le combat contre le cancer du sein. Ce n’est pas parce qu’elle est pour le cancer du sein ou contre l’étalage de vertu, non ! Elle lutte contre la multinationale Syngenta et surtout — je vous le donne en mille — contre sa filiale israélienne Adama, qui produit des pesticides et des traitements anticancéreux. Elle s’en explique dans une vidéo sur X : « Syngenta est donc étroitement liée au projet d’expansion coloniale israélien qui répand des pesticides pour détruire les terres palestiniennes et libanaises. (…) Vous avez compris, ils vendent le poison qui vous rend malades et vendent aussi le traitement contre cette même maladie. Voilà comment les empoisonneurs font double profit. » Panot mobilise les stéréotypes antijuifs du XIXᵉ siècle aujourd’hui très en vogue dans le monde arabe : les juifs empoisonnent vos femmes et vos puits pour de l’argent. Le pire, c’est qu’elle ne se cache pas, au contraire.

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Pourquoi faire un lien entre ces deux épisodes ? On ne peut pas accuser Bagayoko d’antisémitisme. L’antisémitisme, c’est la cerise sur le Panot. Les deux cas montrent que les Insoumis sont des féministes en peau de lapin. Pour hurler avec les loups contre les célébrités accusées de violences (avant toute enquête), ils sont toujours les premiers. Mais pour s’opposer à l’islam radical, il n’y a plus personne. Beaucoup d’Insoumis veulent revenir sur l’interdiction de l’abaya à l’école et même, pour certains, sur l’interdiction du voile, mesures décrétées « islamophobes ». Et ils sont franchement discrets dans la lutte contre l’excision. On ne les a pas entendus non plus dénoncer les viols et les agressions sexuelles commis le 7-Octobre ni l’exclusion des associations représentant ces victimes des manifestations féministes. Par électoralisme ou par conviction, ils défendent un islamo-féminisme qui est une contradiction dans les termes. Alors, je le dis aux féministes, femmes ou hommes, tentés par le vote Mélenchon : vous êtes aveuglés par l’idéologie. À moins que ce ne soit le syndrome de Stockholm.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale au micro de Jacques Cardoze.

Quand Louise attaque les barbares de sa «Gen Z»

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La responsable du syndicat étudiant l'UNI à Bordeaux, Louise Montangon. Capture DR.

Lycées. Sous la coupe de La France insoumise, une partie de la génération Z s’enfonce dans le nihilisme. Face à cette minorité violente, une majorité silencieuse et réaliste commence pourtant à faire entendre sa voix pour contester cette hégémonie de la gauche radicale.


La Gen Z a ses barbares. Le saccage de la Colonne de Juillet, défigurée jeudi par des centaines de tags orduriers, laisse voir une perte de sens dans cette « génération Z », née avec le siècle.

Foule lycéenne embrigadée

Le smartphone et les réseaux sociaux (TikTok, Messenger, etc.) sont ses uniques sources d’information et d’expression. LFI excelle dans le racolage numérique. « La Bastille est reprise ! », a tweeté Jean-Luc Mélenchon après le succès (plus de 20 000 personnes) de sa manifestation lycéenne. Mais le Génie de la Bastille n’a pas pénétré les esprits clonés. Le promoteur de la « nouvelle France » n’a pas eu un mot pour déplorer la profanation nihiliste de la nécropole : au pied de la Colonne reposent, sous un amas de slogans obscènes, près de 700 révolutionnaires de 1830 et de 1848. Faut-il, dès lors, s’apitoyer sur ce que l’empathie officielle présente comme des « enfants » ? Il y a bien des raisons pour les lycéens de s’estimer lésés par un système qui a fait s’effondrer l’Ecole. Ayant manifesté à Nantes en mai 1968 – j’avais 16 ans – je comprends les joyeuses insolences contre le pouvoir. À cette différence que la révolte actuelle répond aux seules injonctions de ceux qui ont saccagé l’Éducation nationale par démagogie égalitariste. Derrière des revendications apparemment apolitiques (manque de profs, horaires, Parcoursup, etc.) s’imposent les mots d’ordre de l’islamo-gauchisme. La jonction des lycées des banlieues, initiateurs du mouvement, avec des lycées privilégiés des villes n’efface pas la prédominance de la subversion islamiste : les drapeaux palestiniens, les keffiehs, les soutiens à Gaza, les intifadas, les hommages aux terroristes, les procès en génocide contre Israël et les Juifs, conduisent à l’irrespect de la France et de son histoire, fut-elle révolutionnaire.

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Après le féminisme, l’infantisme

En fait, l’homogénéité générationnelle est un leurre. Il y a certes une foule embrigadée, sublimée par l’« infantisme », doctrine issue du néo-féminisme qui veut sacraliser la parole de l’enfant politique. Le droit de vote à 16 ans est d’ailleurs désormais demandé par Mélenchon. Mais la semaine dernière a fait apparaître aussi, avec Louise Montangon, 22 ans, ce qu’étaient ces autres jeunes Français oubliés. Fin septembre, ils étaient, dans leur diversité ethnique, au Stade de France (Seine-Saint-Denis) pour acclamer le pape. Cette masse, éduquée et réaliste, pourrait bien repousser l’hégémonisme de la gauche sectaire, déculturée, agressive. La jeune Charentaise, ancienne « fan de Mélenchon, antiflics, antimilitaires » et dont la mère est socialiste[1], est devenue membre de l’UNI (Union nationale interuniversitaire) et du RN. Sur CNews et LCI, elle s’est imposée face à Gabriel Attal et face à deux leaders lycéens, pleurnichard pour l’un, arrogant pour l’autre.

En dénonçant calmement les blocages, les violences, les intimidations de l’extrême gauche, cette silhouette frêle et juvénile a apporté un vent libérateur. Il est trop tôt pour mesurer son écoute auprès de sa Gen Z non-gréviste. Celle-ci se laisse, pour l’instant, caricaturer par des « néofas » décérébrés, qui veulent en découdre avec la police et détruisent des lycées.

Cette semaine dira si le mouvement, au souffle court, se radicalise. Au risque dès lors d’affronter la majorité silencieuse.

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[1] Le Figaro, 10-11 octobre

Élections au Québec: mais pour qui ont voté nos cousins exactement?

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Paul St-Pierre Plamondon devant ses soutiens après l'annonce des résultats, Montréal, le 5 octobre 2026 © Graham Hughes/AP/SIPA

Victoire du Parti québécois (PQ) indépendantiste aux législatives provinciales. Mais pas de l’indépendance.


Le 5 octobre, le parti gouvernemental, la Coalition avenir Québec, est passé de 90 sièges au néant, avec 13,35 % des voix. C’est la Bérézina. Le premier ministre confédéral Mark Carney perd sa femme de… chambre, on peut même dire sa pouliche, Christine Fréchette. Le PQ rate de peu la majorité des sièges, qui est de 64. Avec un maigre 28% des voix, il compte 59 députés sur 127. Les coalitions ne faisant pas partie de la culture politique canadienne, M. Paul Saint-Pierre Plamondon dirigera un gouvernement minoritaire et devra donc trouver des alliés à la pièce dans l’opposition.

Frustrations

On verra ce qu’il en sera de sa promesse de tenir un référendum sur l’indépendance après le départ de Donald Trump. A court terme, il compte débarrasser le Québec de la monarchie britannique. Difficile selon les textes constitutionnels, mais on peut y voir un intéressant engagement de désobéissance civile.

[Un reproche : ce juriste s’obstine à déclarer son opposition à la couronne « britannique » alors que le Canada (y compris ses provinces), est soumis à la couronne « canadienne », ce qui n’est évidemment pas plus réjouissant].

Qu’en est-il de celle-ci? (Les chiffres qui suivent constituent la meilleure illustration de l’absurdité du système électoral uninominal à un tour, hérité, comme de juste, de l’ancienne puissance coloniale, le Royaume-Uni.)

Le parti conservateur du Québec (PCQ), surfant sur les frustrations légitimes de la population, est, en substance, un parti de droite poujadiste dont le chef, Eric Duhaime, a réussi à attirer les ploucs (semblables aux rednecks américains) par ses promesses loufoques; il passe de 0 à 19 députés. Avec 20,66 % des voix. Statistiquement, les gouvernements minoritaires ont une durée moyenne de 18-24 mois, mais, en l’occurrence, l’on peut conjecturer que si le PQ joue bien ses cartes, le PCQ, qui est en position d’arbitre, sera son plus fidèle allié dans la durée. Les culs-terreux ont cet avantage sur les intellos idéologues qu’ils ont les deux pieds dans la glaise. Ils savent compter et comprennent parfaitement qu’ils ne formeront jamais un gouvernement : ils ont gagné une forme de loterie le 5 octobre. Renverser le gouvernement, c’est risquer de perdre leur traitement prématurément. Ce serait tuer la poule aux œufs d’or.

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Québec solidaire, théoriquement indépendantiste aussi, aux effluves islamo-gauchistes, cousins de LFI en France, et également en position d’arbitre, limite la casse; sa porte-parole, Ruba Ghazal, a efficacement soulevé des enjeux sociaux réels. Il avait 12 sièges depuis 2022, il n’en perd « que » trois. Avec 12,42 % des voix. Là encore, on peut penser qu’il sera réticent à faire chuter le gouvernement.

Last but not the least, le parti libéral du Québec, qui formera l’opposition officielle. Il affiche une croissance apparemment impressionnante depuis 2022 : son groupe parlementaire passe de 18 députés à 40. Avec 24,23 % des voix.

En dépit d’une présentation correcte, mais terne de son chef, Charles Milliard, son parti lui en attribue le mérite. C’est de bonne guerre, mais l’explication est plus prosaïque. Il n’est probablement plus en mesure d’aspirer à diriger le Québec vu sa grande faiblesse dans l’électorat francophone. Son rôle consiste désormais essentiellement à représenter la minorité anglophone, bloc auquel s’agglutine, outre des « de souche » qui s’imaginent que Mark Carney protège leurs intérêts, une forte proportion d’électeurs issus de l’immigration, qui votent de manière soviétique pour lui (un contraste avec la gauloise fragmentation du vote francophone). Alors que, en 2022, le PLQ était géographiquement plus ou moins confiné à la partie ouest de l’île de Montréal, en dépit de multiples scandales, il fait désormais tache d’huile (rance) notamment dans la banlieue nord; ce basculement de plusieurs circonscriptions a pour cause leur évolution démographique due aux arrivants par définition hostiles à la francophonie dans laquelle ils voient une barrière à l’accès au rêve américain : ceux-ci ont pour slogan « je ne suis pas venu au Québec, mais au Canada » (prix de consolation quand on ne peut aller aux Etats-Unis), sorte version septentrionale de l’Australie. Sans oublier l’effet amplificateur du mode de scrutin, qui va dans les deux sens.

Les députés prêteront serment le 15 octobre

Les avancées du parti libéral sont le corrélat du recul du français.

Dans une certaine mesure, l’indulgence est de mise : s’installer dans un nouveau pays à la recherche d’une vie meilleure n’est jamais chose facile et nul n’a envie d’atteindre, au mieux, le statut de citoyen de seconde zone; il est humain de vouloir se mettre au service du groupe dominant et cela vaut aussi souvent pour la population « de souche ». Chose plus troublante, cependant, en milieu de travail anglophone/allophone, ne sont pas rares les chuchotements haineux visant la population francophone.  

[Note historique. Rien de changé en matière de déplacements de population et de prises de possession de territoire au cours des 5000 dernières années : le grand rhéteur romain Augustin d’Hipponeétait berbère; plus récemment, les élites belges comptaient franciser l’intégralité du plat pays qui était le leur, mais elles ont dû se contenter de Bruxelles. D’ailleurs, dès la conquête de l’Angleterre par Guillaume le bâtard en 1066, les Saxons subirent le mépris qu’ont souvent les conquérants aristocratiques envers les populations soumises. Si leur langue germanique a théoriquement survécu, c’est dans une forme considérablement « abâtardie » par le français. Les Anglais d’aujourd’hui peuvent être reconnaissants envers les envahisseurs normands qui ont extirpé leurs ancêtres de leur glèbe et leur ont donné accès à un minimum de civilisation].

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Pendant la campagne électorale, M. Millard, excipant de la qualité d’enseignante de français de sa mère, a joué les vierges effarouchées contre les ceusses qui osent contester son attachement à sa langue maternelle. [A noter que son français n’est pourtant pas exempt d’anglicismes, même s’il est supérieur à celui du Jules actuel de Katy Perry, ce qui n’a rien d’un exploit; ces impairs lui ont certainement valu les foudres de l’autrice de ses jours]. Mais il reconnaît volontiers que la terre n’est pas plate, et, du même souffle, admet la fragilité de la langue d’André Gide au Québec et concède que la langue d’Oscar Wilde exerce un pouvoir d’attraction excessif chez les néo-Canadiens résidant dans sa petite province.

Sa solution? Simple, mais il fallait y penser : il faut amener ceux-ci à « aimer le français ». Texto. Dit-il du ton geignard de femme battue.

Manifestement, il ne sait pas que, à Rome on fait comme les Romains. A Varsovie, seul le polonais a droit de cité. Si l’on s’établit à Anvers, on adopte le néerlandais et le français à Liège. Dans la confédération helvétique, l’allemand est incontestablement la langue dominante; pour autant, le seul français va de soi dans l’administration genevoise; mieux, dans l’unique canton italophone, le Tessin, tout se passe intégralement en italien, y compris la procédure de naturalisation et nul néo-Helvète n’aurait l’insolence de revendiquer l’utilisation de la langue de Thomas Mann sous prétexte qu’« il est venu en Suisse, pas au Tessin ». Ni parade nuptiale ni danse du ventre ne sont nécessaires pour défendre la langue de Pier Paolo Pasolini à Bellinzona. On ne peut même pas parler de coercition puisque la question ne se pose même pas.

M. Milliard, apothicaire dans une vie antérieure, ne prétend pas être en mesure d’offrir une potion magique aux Québécois, mais il veut leur faire gober qu’il peut produire un philtre d’amour linguistique.

L’assermentation des députés est fixée au jeudi 15 octobre.

PS. Précisions linguistiques pour les lecteurs européens tentés de creuser le sujet en consultant des médias québécois. Au Québec, les médias utilisent le pénible anglicisme « balance du pouvoir » au lieu de « position d’arbitre » lorsqu’il y a gouvernement minoritaire. En outre, ils persistent à parler de « caucus » alors que l’expression consacrée par la loi est « groupe parlementaire ».