Accueil Édition Abonné Avril 2026 Renaud Camus expliqué aux parents

Renaud Camus expliqué aux parents

« Génocide par substitution » : l’entourage de Cyril Bennasar n’est pas convaincu...


Renaud Camus expliqué aux parents
A gauche, Cyril Bennasar. A droite, Renaud Camus. © Hannah Assouline

J’essaie de faire comprendre Renaud Camus à mes parents. Difficile pour ces vieux Juifs d’accepter son emploi du mot génocide. Pour expliquer le grand remplacement, je suis passé par Walt Disney. Mais pour la décolonisation, sujet de son dernier essai, ces vieux pieds-noirs n’ont pas besoin que je leur fasse un dessin.


Je vais avoir moins de mal à parler autour de moi du dernier essai de Renaud Camus, Décolonisation, que du précédent, La Destruction des Européens d’Europe, mais il va quand même falloir faire de l’explication de titre aux Juifs de ma famille effarouchés par l’écrivain « antisémite » depuis « l’affaire », et qui n’ont pas tellement envie d’être détrompés depuis qu’il ose mettre les pieds dans leur champ lexical pour parler d’autre chose que de leur extermination.

Avec le « grand remplacement » déjà, il avait fallu trouver les mots pour convaincre mes aînés que non, l’écrivain n’exposait pas une théorie et ne dénonçait pas un complot, mais décrivait ce qu’il voyait : un processus sans précédent dans l’histoire des colonisations ; un processus aux ressorts complexes : les colons ne sont pas les colonisateurs, les remplaçants ne sont pas les remplacistes, l’occupant n’est pas l’occupateur.

Petit point de méthode

Il avait fallu rappeler aux parents pas très portés sur la chose remplaciste que personne n’accusait Massaré, l’aide-soignante de mémé, dévouée et attentionnée, pas plus que Rachid, l’épicier gentil, souriant, toujours prêt à rendre service, d’être animés par un esprit de conquête, un désir de revanche ou une haine des Blancs.

Chacun sa méthode, moi j’ai la sauterelle. C’est gentil une sauterelle, ça ne pique même pas, et quand c’est criquet ça donne de bons conseils à Pinocchio. Mais dans son nuage, sans penser à mal, elle ravage le champ.

— Voilà, c’est ça l’immigration massive et incontrôlée, la submersion comme on dit. Ils ne sont pas méchants, enfin pas tous. Et le problème n’est pas là, hélas, enfin pas seulement.

— Hein maman, tu vois ce que je veux dire ? 

— Mais oui, et il va bien le petit ? Tu m’as apporté des photos ?

Et voilà, si vous croyez que c’est facile.

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Et puis rebelote avec le génocide par substitution. Là, même Finkielkraut a calé, alors tonton Marco, vous pensez !

— Alors mon fils, tu vois bien qu’il n’est pas net ton gars. Un génocide ça ne se fait pas tout seul.

— Mais il ne compare pas les méthodes, il ne dit pas que les 10 000 morts par jour assassinés quand Auschwitz tournait à plein régime et la submersion migratoire c’est la même chose, mais reconnaît que si on laisse faire, il pourrait bien rester un jour autant d’Européens en Europe qu’il reste de Juifs aujourd’hui en Allemagne, en Pologne ou en Hollande. Le résultat serait le même. Et puis renvoyer la politesse aux décoloniaux par la formule d’Aimé Césaire, le poète noir et communiste qui s’inquiétait du nombre de Blancs aux Antilles, avoue que ça a de la gueule.

— Si tu le dis ! Et ta mère comment qu’ça va ?

Avec sa destruction des Européens d’Europe, j’ai été à deux doigts de jeter l’éponge. D’autant que, sitôt un incendie Renaud Camus éteint d’un côté, j’ai un départ de feu Éric Zemmour de l’autre.

— Dis-moi mon fils, c’est quoi cette histoire avec ton Zemmour sur Pétain ? Et sur Dreyfus ?

Et me voilà reparti dans mes explications talmudiques sur le thème de c’est plus compliqué que ça. Mais au bout de cinq minutes, tata Arlette a décroché et j’ai droit à :

— Et t’y as vu comme elle est belle sa femme ? On dirait un peu la fille de Maurice.

— Oui d’accord mais on s’en fout de ça. Tu as compris ce que je t’ai dit ?

— Oui, oui, il me prend pour une idiote çui-là ? Allez, on passe à table.

Je pourrais essayer de convaincre que les Juifs n’ont pas le monopole du mot génocide. J’ai plutôt envie de refiler le bébé, le numéro de tata Arlette, à messieurs Zemmour et Camus en leur disant écoutez les gars, débrouillez-vous avec elle, moi je laisse tomber. Mais je ne suis pas assez intime avec le président de Reconquête ! ou avec l’un des plus grands prosateurs aujourd’hui de la langue française selon Alain Finkielkraut pour être aussi familier. Alors je ne laisse pas tomber, je remets la grosse pierre sur mon dos et je remonte la colline, jusqu’à la prochaine fois. Parce que je n’ai pas encore abordé l’épineuse question de la deuxième carrière d’Adolf Hitler ou celle de la seconde occupation.

Gravure représentant le fléau des sauterelles en Egypte, Bible allemande dite « de Cologne », 1483.

Avis de décolonisation

J’étais parti pour vous parler de son dernier essai. Je m’y colle, vous avez l’air moins bouchés que mes Juifs habituels. Avec Décolonisation, Renaud Camus retourne les mots et voilà qu’apparaît du sens. Il nous rappelle qu’à présent, les indigènes, les colonisés c’est nous, les envahisseurs, les colons, ce sont eux. Et avec notre sens de l’accueil, nos utopies, nos naïvetés, nos présomptions, puisque l’essence de la colonisation, c’est le transfert de population, l’Europe est aujourd’hui vingt fois plus colonisée qu’elle n’a jamais colonisé elle-même.

Mais qui sont eux et qui sommes-nous ? La reine Victoria était impératrice des Indes. Et indienne pour autant ? Le maire de Londres Sadiq Khan est anglais et ça ne surprend personne. Et so british ? Là, j’en vois qui sourient. Tout le monde n’a pas perdu le sens commun ? Tout n’est-il donc pas foutu ?

Renaud Camus nous fait une proposition, à moins de nous satisfaire de cette colonisation-là, nous avons une bataille à mener : la décolonisation. Parce qu’aucune occupation n’a jamais pris fin sans le départ de l’occupant, aucune colonisation ne s’est jamais achevée sans le retour chez lui du colon, sa remigration. Mais ils sont Français, nous dit-on. Il y a le droit, la Constitution, les traités européens… L’Algérie aussi était française, et depuis plus longtemps. Il n’y a pas d’erreur que l’on ne puisse réparer. Et il ne saurait y avoir décolonisation avec le droit qui a assuré la colonisation.

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Comme de bien entendu, un passage va faire tiquer. Même moi, je ne suis pas sûr de le suivre dans son développement de cette formule Entre la concentration marxienne du capital, telle que nous en vivons l’aboutissement, et la concentration des camps du même nom, il y a forcément des liens. Chacun jugera si comparaison est bien raisonnable.

Dans l’essai de notre écrivain, le sujet est mieux traité, et le propos démontré, détaillé, illustré, et tout est bien mieux dit. Mais ce n’est pas vers le « mieux dit » que notre grand écrivain doit tendre, c’est vers le « mieux compris », vous l’aurez compris. Enfin j’espère.

L'affranchi

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Décolonisation

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Avril 2026 – #144

Article extrait du Magazine Causeur




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Cyril Bennasar est anarcho-réactionnaire, menuisier et écrivain. Il a écrit un essai, "L'arnaque antiraciste expliquée à ma soeur, réponse à Rokhaya Diallo", en 2021, et son roman, "L'affranchi", vient de paraître.

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