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«Plante ton slip»: l’Ademe perpétue sans le savoir une tradition plus que millénaire

L'histoire du bouffon traverse les époques et les continents


«Plante ton slip»: l’Ademe perpétue sans le savoir une tradition plus que millénaire
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Cette semaine, 29 slips en coton biologique sont enterrés dans les sols de jardins de la merveilleuse ville de Nantes dirigée par Johanna Rolland. Le but? Mesurer la biodiversité des sols en observant l’état de dégradation du tissu après deux mois passés sous terre…


Il existait jadis dans les cours royales d’Europe une figure à part entière : le fou du roi. Couvert de grelots, armé de sa marotte, il pouvait absolument tout se permettre. Se livrer aux facéties les plus folles, se gausser du roi, de la reine, de tous les grands qui fréquentaient la cour: princes, cardinaux, maîtresses royales. Il pouvait railler les décisions royales, dauber sur les guerres, sans craindre la moindre sanction. Son privilège était absolu, sa pension assurée. On le supportait.

On riait jaune. On grinçait un peu des dents. On haussait les épaules, mais on le finançait. De grands universitaires ont étudié le phénomène de façon extensive tant il est fascinant[1]. L’histoire des bouffons est une caractéristique commune à bien des régimes autoritaires. Déjà, dans l’Égypte de la 6e Dynastie, des Pygmées étaient employés à cet effet sous le règne du pharaon Neferkare. En Mésopotamie, on retrouve l’aluzinnu ( 𒇽 𒀭 𒍪), un bouffon de cour décrit comme « un divertisseur intellectuel qui entre dans un dialogue ludique », contradicteur autorisé des puissants. La tradition impériale chinoise a laissé une longue tradition de bouffons. Le plus célèbre d’entre eux étant probablement You Zhan qui servit la dynastie Qin au troisième siècle avant notre ère. On en retrouve aussi chez les Aztèques, en Afrique, en Inde, en Perse, au Japon et même dans l’islam.

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Leurs fonctions étaient peu ou prou identiques

Ils permettaient d’humaniser les tyrans. D’offrir du souverain une image d’opprimé et de désavantagé par le biais du rire et de la dérision. Le titre formel de bouffon lui conférait une irresponsabilité informelle essentielle. Il était irresponsable dans le sens où il n’avait pas de pouvoir de décision. On pouvait – et on devait- l’écouter, rire avec lui, rire de lui mais in fine, son poste ne l’autorisait à aucun engagement. Ses fonctions étaient celles donc celles d’une soupape permettant d’évacuer la pression liée à l’autoritarisme du régime et d’un conseiller, parfois d’un oracle.

Aujourd’hui, l’Ademe est le fou du roi de la transition écologique

La transition écologique ne peut se faire que de façon autoritaire contre l’avis des peuples. L’écologie est punitive ou ne sera pas. [2]

Tous les artifices pour contourner la démocratie l’ont été: Décrets plutôt que débats parlementaires, ou Convention Citoyenne sur le Climat.
car on ne peut sans contrainte forte amener nos concitoyens à passer d’une émission annuelle per capita de 11,0 T/an à 2,o T/an comme c’est expressément prévu sans user de contrainte. Interdire la viande, les voitures et les pavillons individuels, ce n’est pas simple à faire passer. Dans ce contexte, d’autoritarisme, il était donc logique que l’on retrouve l’utilité d’un fou du roi. Rassurez-vous : c’est fait! Dotée d’un budget dépassant le milliard d’euros annuel, dont cent sept millions pour entretenir sa propre cour de plus de mille bouffons salariés, l’Agence de la transition écologique promène ses grelots d’une campagne de communication à l’autre avec la sérénité des institutions assurées de leur pérennité. Elle s’est un jour préoccupée de la fréquence de lavage de nos sous-vêtements. Elle conseille désormais de les enterrer.

La ville de Nantes, laboratoire exemplaire du progressisme vert, s’est aussitôt emparée de l’aubaine. Le 22 avril 2026[3]  la maire Johanna Rolland a lancé l’opération « Plante ton slip » dans les parcs de sa ville. Un slip blanc, de préférence bio, enterré à quinze centimètres de profondeur, exhumé en juin, exposé en septembre.

Cependant, la rigueur scientifique est sacrifiée au profit de la communication

Soyons honnêtes : le protocole original n’est pas sans fondement. La méthode repose sur un indicateur empirique simple : la dégradation du coton par les micro-organismes du sol. Le coton, constitué à 95 % de cellulose, offre aux bactéries et champignons un substrat carboné de choix, assez facilement assimilable.

Cependant, il est regrettable que cette opération de sensibilisation des esprits à la biodiversité échappe à toute rigueur scientifique. En effet, celle-ci supposerait un exposé préalable des caractéristiques du matériel utilisé. Là, un cruel manque d’information entache irrémédiablement le résultat du test.

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L’ADEME sacrifiant au ludique, a omis de préciser l’état de propreté initial du sous-vêtement. En effet la science doit reprendre ses droits : la dégradation du coton par les bactéries n’est pas indépendante de la population microbienne déjà présente dans le textile au moment de l’enfouissement. Sans compter l’appétence de toute la mésofaune composée de collemboles, acariens ou enchytréides. Ces petites bêtes dédaigneront de la cellulose pure, mais ne resteraient pas indifférentes à d’appétissantes traces organiques. Un slip fraîchement lavé au savon de Marseille, quasiment stérilisé par le lave-linge à 60°C, présente un inoculum négligeable. Un slip plus généreux en histoire personnelle contient un écosystème susceptible de biaiser significativement les courbes de dégradation.

Il faudrait donc, dans tout protocole sérieux, distinguer au moins quatre catégories:

  • Catégorie 1 :  slip vierge de toute aventure biologique, lavé, séché, plié,
  • Catégorie 2 : slip ayant accompli un usage raisonnable, enrichi d’une microflore personnelle diversifiée,
  • Catégorie 3 : slip usagé conformément aux préconisations de l’ADEME en termes de fréquence de lavage,
  • Catégorie 4 : slip que la décence et la bienséance interdisent de décrire plus outre dans un article de cette qualité.

La vraie question n’est pas de savoir si les sols nantais sont vivants. L’Ademe dispose du budget, du logo, du communiqué de presse et de l’impunité. Nul ne tique quand, sans vergogne, elle annonce à grands cris une opération aussi stupide que ridicule. Sauver la planète est un slogan permettant de justifier toutes les inepties. Et personne ne critique, car critiquer serait remettre en cause le dogme de l’origine anthropique du réchauffement climatique.

Là est le génie de la posture (ou de l’imposture)

Le fou du roi médiéval était protégé pour sa bouffonnerie assumée.
Le fou institutionnel du XXIe siècle se protège par l’onction écologiste.
Touchez à ses grelots et vous serez donc climatosceptique, donc « carbofasciste »[4].

Un milliard d’euros. Des slips dans la terre. Une exposition à la rentrée. Et s’il manque un peu partout de fonctionnaires qui fonctionnent (personnel de santé, enseignants, policiers ou gardiens de prison), on trouvera toujours à justifier les postes de ceux qui ne fonctionnent pas. On disait autrefois que le ridicule tuait. Désormais, c’est bien fini : il a obtenu un poste permanent avec prime d’ancienneté.


[1] Beatrice Otto Fools Are Everywhere University of Chicago Press -2001.

[2] James Lovelock (scientifique, théoricien de Gaïa) : « Even the best democracies agree that when a major war approaches, democracy must be put on hold for the time being. I have a feeling that climate change may be an issue as severe as a war. It may be necessary to put democracy on hold for a while. » Source : The Guardian, 29 mars 2010. Traduction : « Même les meilleures démocraties conviennent qu’à l’approche d’une grande guerre, il faut mettre temporairement la démocratie entre parenthèses. Je pense que le changement climatique est peut-être un enjeu aussi grave qu’une guerre. Il sera peut-être nécessaire de suspendre la démocratie pendant un certain temps.»

« Il nous faut une dictature écologiste pour sauver la planète » Pentti Linkola, militant écologiste finlandais.

[4] Le site Greenpeace de mars 2026 donne cette définition : « les carbofascistes freinent les politiques destinées à lutter contre le changement climatique, relativisent la responsabilité humaine dans le changement climatique en cours, voire la nient de façon ostentatoire, et attaquent directement les scientifiques. »




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Dernier ouvrage : "La Dictature du Carbone" (dystopie d'actualité).

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