En remportant la Coupe de France face à Nice (3-1) sans débordements de ses supporters vendredi dernier, le RC Lens impressionne. Comment l’expliquer? Le contributeur de Causeur du cru nous dit tout.
Le phénomène lensois est souvent mal compris vu de l’extérieur. Beaucoup se sont étonnés de voir près de 60 000 supporters du Racing Club de Lens au Stade de France lors de la finale de la Coupe de France, plus de 38 000 personnes réunies au stade Bollaert pour suivre le match sur écrans géants, ainsi que des dizaines de milliers d’autres dispersées dans « les fan zones » du bassin minier. Pourtant, cela n’a rien d’un miracle : le Racing Club de Lens n’est pas seulement un club de football. Il est l’expression d’une histoire collective et d’un peuple.
On est chez nous
Le RC Lens est le club du bassin minier tout entier. Celui des gueules noires qui descendaient au fond de la mine, des femmes qui travaillaient dans le textile à Roubaix-Tourcoing, des familles ouvrières qui ont construit cette région dans la dureté, le travail et la solidarité. Que l’on vienne de Liévin, Béthune, Vermelles, Loos-en-Gohelle, Nœux-les-Mines, Avion, Carvin, Fouquières-lès-Lens ou Noyelles-sous-Lens, on est tous, d’une certaine manière, Lensois. Le Racing dépasse largement les frontières administratives de la ville : il est le cœur symbolique d’une immense communauté populaire de plusieurs centaines de milliers de personnes.
Ce qui a également surpris, c’est l’absence totale de débordements malgré des rassemblements gigantesques. Des dizaines de milliers de personnes ont fait la fête jusque tard dans la nuit dans les rues de Lens et du Pas-de-Calais, notamment lors du retour des joueurs au petit matin. Pourtant, les villes sont restées intactes. Pas de vitrines brisées, pas de mobilier urbain détruit, pas de voitures incendiées…
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Cela s’explique par une mentalité profondément enracinée dans la culture populaire du Nord. Ici, on ne s’en prend pas aux commerçants parce qu’ils sont « des nôtres ». Ce sont les gens du pays, des travailleurs comme les autres, qui font vivre la région. Dégrader leur outil de travail serait une honte. On ne détruit pas non plus le mobilier urbain parce qu’il a été payé par l’argent du travail et des impôts de tous, souvent fabriqué ou entretenu par des gens du coin. Quant aux policiers et aux gendarmes, même si on râle parfois contre les contraventions, ils restent des hommes du pays, des « petits gars de chez nous » qui font leur métier et méritent le respect.
Les gens ont dans leurs yeux le bleu qui manque à leur décor
Les gens du Nord aiment faire la fête, parfois de façon excessive ou un peu grotesque, mais ils restent profondément respectueux des autres. Cette culture populaire est structurée par une forme de modestie collective : on n’aime pas ceux qui « se la racontent » ou qui prennent la grosse tête. En revanche, lorsqu’une personne réussit par son talent, son travail ou sa valeur, alors le peuple du bassin minier est capable d’une immense fidélité et d’une immense fierté. Ici, on ne demande pas aux gens brillants de s’abaisser ; on préfère les admirer sincèrement et « leur ériger une statue » symbolique.
Cette capacité d’accueil se retrouve aussi dans le rapport au président du Racing Club de Lens, Joseph Oughourlian. D’origine arménienne, financier ayant longtemps vécu à New York et ne venant pas du monde du football populaire du Nord, il aurait pu être perçu comme étranger à cette culture. Pourtant, il a été adopté par les supporters lensois parce qu’ils ont reconnu son engagement et la qualité de son travail pour le club. Cela montre que, malgré l’ancrage historiquement ouvrier, socialiste ou communiste du bassin minier, les Lensois jugent avant tout les hommes sur leurs actes, leur loyauté et leur respect du peuple et du club.
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