Considéré depuis une vingtaine d’années comme le dirigeant incontesté de la droite de la droite néerlandaise, M. Geert Wilders fait face à un putsch mêlé à une scission au sein de son Parti pour la liberté (PVV).
Sept de ses vingt-six députés ont annoncé, mardi 20 janvier, avoir fondé leur propre groupe parlementaire. Leur chef, M. Gidi Markuszower, pourtant longtemps homme de confiance — et même ami — de M. Wilders, a justifié la révolte en invoquant l’hubris du leader. Celui-ci, a-t-il affirmé, règne en maître sur un parti qui n’en est pas vraiment un, puisqu’il ne compte qu’un seul membre : son fondateur. « Nos électeurs méritent mieux qu’un dirigeant soudé à son compte sur X », a même argué le chef des rebelles.
Ces derniers avouent avoir échoué à persuader M. Wilders de transformer le PVV en un parti « normal », doté de membres et de leurs inévitables bisbilles internes. Ils lui reprochent une intransigeance qui menace de condamner le parti aux marges de la politique, vilipendent son « mépris » envers les autres formations, sa fixation sur l’islam et son refus d’analyser l’échec relatif du PVV lors des élections législatives de 2025.
Le parti avait alors perdu onze sièges, tout en restant à égalité avec les vainqueurs du scrutin, les libéraux progressistes du parti D66, qui en avaient gagné dix-sept.
« Notre campagne électorale fut lamentable, manquant terriblement d’entrain, du seul fait que notre dirigeant refusait de s’y investir », peut-on lire dans la déclaration des sept « rats », selon un député du PVV — fervent militant de la cause animale — resté fidèle à M. Wilders.
Celui-ci, au même moment, s’entretenait avec le roi Willem-Alexander de l’imbroglio politique issu des élections, dont n’a émergé aucune majorité parlementaire claire. Ce n’est qu’à son retour au Parlement, non loin du palais royal à La Haye, que M. Wilders a appris le défi lancé à son omnipuissance. « C’est une journée noire pour notre parti, victime d’un braquage », a concédé celui qui avait lui-même claqué la porte du Parti populaire pour la liberté et la démocratie (VVD) en 2004, dénonçant sa supposée mollesse face à l’immigration extra-européenne.
Le PVV avait pourtant été le grand vainqueur des élections de 2023, avec 37 des 150 sièges de la Chambre basse. En onze mois et quelques jours, M. Wilders s’est surtout employé à gaspiller ce capital électoral en sabordant la coalition gouvernementale, pourtant très à droite. Celle-ci comptait des ministres PVV à des postes clés, notamment celui chargé de faire baisser l’immigration. L’été dernier, la coalition s’est effondrée après une énième provocation de M. Wilders — resté simple député — sommant les ministres de signer un contrat anti-immigration.
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Un spectacle désolant, selon les mutins d’hier, qui affirment que M. Wilders rend un bien mauvais service à ses électeurs, écœurés par ses jeux politiciens et l’absence de progrès tangibles dans la lutte contre l’immigration.
Lorsque, ces derniers jours, M. Wilders a exclu tout soutien du PVV à la coalition tripartite en gestation, dirigée par M. Rob Jetten (D66), les putschistes ont estimé leur heure venue. Ils ont offert à M. Jetten — dans les veines duquel coule du sang indonésien, tout comme dans celles de M. Wilders — un possible soutien parlementaire. L’intéressé, à la tête d’une coalition minoritaire potentielle avec le VVD et les chrétiens-démocrates, a accueilli l’offre avec le sourire.
M. Markuszower n’est toutefois pas un modéré. Il a, par le passé, exigé la création d’un tribunal chargé de juger les politiciens « coupables d’avoir grand ouvert nos frontières à l’immigration arabo-africaine ». M. Wilders avait souhaité le nommer ministre de l’Immigration. Le service de renseignement AIVD s’y était opposé, estimant que sa nomination « constituerait un risque pour l’intégrité de la gestion de l’État ». Difficile de ne pas y voir une allusion à ses liens avec la droite israélienne. Âgé de 48 ans, né en Israël, M. Markuszower est par ailleurs en délicatesse avec la justice néerlandaise pour port d’arme en tant qu’agent de sécurité lors d’une fête célébrant l’État d’Israël.
À La Haye, les partis classés à la droite radicale se multiplient depuis la scission du PVV. Avec les sept séditieux de M. Markuszower, ils sont désormais au moins quatre — cinq si l’on inclut le Mouvement paysan-citoyen (BBB). Les 150 sièges de la Chambre se répartissent ainsi entre pas moins de seize partis, conséquence des charmes de la proportionnelle quasi intégrale.
Mardi soir, une fois le choc encaissé, M. Wilders, 62 ans, brandissait sur X de nombreux messages de soutien. Et il a tenu à rassurer ses fidèles : « Merci, et sachez que je continuerai au moins dix ans encore. Aucune fatwa, aucune scission ne m’arrêtera. »
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