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Débat du PS: pour la première fois, un petit parti avait les honneurs d’une grande chaîne

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Le débat entre les candidats à la tête des restes du Parti socialiste (PS) a tourné autour… d’un ancien de la maison, Emmanuel Macron. 


Faut-il que nous soyons attentifs aux lecteurs de Causeur pour se priver de « Zemmour et Naulleau », sans doute la meilleure émission politique du PAF, et regarder pour eux le débat entre les quatre candidats à la tête du Parti socialiste (PS) ?

RTL et LCI, en association avec Le Figaro avaient donc organisé cette confrontation inédite sur leurs antennes. Louable intention. Pour la première fois, de grands médias offraient une vitrine à un petit parti, alors qu’ils ne le faisaient jusque-là que pour des gros. Difficile de résister à cette boutade. Le PS n’est évidemment pas un petit parti comme les autres. C’est surtout un ancien gros. On voit en effet mal LCI et RTL organiser un débat préalable au congrès de Debout La France, qui a aujourd’hui des résultats électoraux comparables à ceux du PS, et pas seulement parce que Nicolas Dupont-Aignan ne suscite pas d’opposition à l’intérieur d’un parti construit par lui et pour lui.

L’épilogue du PS

Depuis la dernière élection présidentielle, le parti d’Epinay n’est plus. Il a rejoint le score de Gaston Deferre en 1969. D’ailleurs, pour faire oublier qu’il était le candidat, Benoît Hamon a quitté le PS, de même que son finaliste de la primaire Manuel Valls, tandis que le troisième s’est lancé dans l’apiculture.

Quatre candidats s’affrontaient donc. Stéphane Le Foll en héritier du hollandisme assumé. Emmanuel Maurel en héritier des frondeurs tout aussi assumé. Olivier Faure tentait de se faufiler entre les deux. Quant au quatrième, Luc Carvounas, il tentait de déborder Maurel sur sa gauche, pour faire oublier son passé de chasseur de frondeurs, au temps où il était lieutenant de Manuel Valls. Un cinquième homme s’est invité dans ce débat très vite, et ne l’a plus quitté : Emmanuel Macron. Emmanuel Macron dont Maurel a rapidement dit justement qu’il était « la créature du PS ».

Macron, président du PS

Se positionner par rapport au président de la République fut donc le fil conducteur de l’émission, chacun montrant à sa manière à quel point il en était différent. A ce jeu, c’est Emmanuel Maurel qui était le plus efficace, car lui avait expliqué d’emblée que Macron n’était en fait que le continuateur du quinquennat Hollande, quand les autres s’échinaient maladroitement à démontrer qu’il y avait entre les deux présidents une différence de nature, et pas une différence de degré. Sur la forme, Olivier Faure, qui fait figure de favori des spécialistes en « solférinologie » (bien que le siège de Solférino soit aujourd’hui vendu), n’a pas paru très à l’aise. Luc Carvounas, après un début difficile, s’est montré ensuite plus à son avantage. Le Foll et Maurel se montraient les plus efficaces, ce qui ne constituait pas une surprise pour l’ex-ministre de l’Agriculture, habitué des plateaux. Emmanuel Maurel, inconnu du grand public, et pas très souvent invité dans les médias, constituait la découverte de ce débat. Il y eut donc des différences de fond et de forme entre les candidats… jusqu’à ce que l’immigration soit abordée en fin de débat.

Une rose très épineuse

Sur ce sujet, les quatre furent d’accord pour dénoncer la politique incarnée par le duo Macron-Collomb, et n’ont sans doute pas convaincus ceux qui regardaient l’émission sans être adhérent du PS. Cette confrontation aura-t-elle une influence sur le congrès ? Rien n’est moins sûr tant les équilibres socialistes répondent à d’autres logiques que celles d’un débat télévisé. A-t-il d’ailleurs eu un vainqueur ? Un perdant ? Sans doute Maurel et Le Foll semblent avoir marqué des points quand le favori Olivier Faure en aura perdu quelques-uns. Une chose est sûre : le chantier est immense pour le futur vainqueur. Faire exister ce parti entre Macron et Mélenchon n’a rien d’un chemin parsemé de roses, fussent-elles rouges.

Les primaires socialistes: La fin du parti militant

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Caroline de Haas et l’Unef des fous


Est-il bien raisonnable de laisser un cinéaste déraisonnable commenter chaque mois l’actualité en toute liberté ? Assurément non. Causeur a donc décidé de le faire. 


Mon parcours et deux de mes films (La Journée de la Jupe et Arrêtez-moi) témoignent de ma conviction sur la nécessité du combat féministe. Je ne fais pas partie de ceux qui ricanent ou lèvent les yeux au ciel aux mots harcèlement, sexisme, viol… et la liste est longue.

J’ai en revanche beaucoup de difficulté à adhérer au discours féministe communautariste dont Caroline de Haas est devenue l’incarnation à la force du poignet. (N’y voyez aucune allusion graveleuse.) Son féminisme me fait furieusement penser à l’antiracisme des Indigènes de la République : un racisme à l’envers incarné à la perfection par le radicalisme sectaire des dirigeantes des deux mouvements. Ses dernières déclarations dans L’Obs ne font que me conforter dans la défiance qu’elle m’inspire : « Un homme sur deux ou sur trois est un agresseur [sexuel]. » Résultat obtenu en suivant, d’après elle, une « logique infaillible » : « Il est admis qu’une femme sur deux a été victime de viol, d’agression ou de harcèlement. »

Caroline de Haas, l’indignation sélective

Ici, petite pause, car si un viol ou une agression physique sont objectivement faciles à qualifier, agression verbale et harcèlement sont deux notions qui varient considérablement suivant qui les apprécie. Si je me réfère aux critères de madame De Haas, on peut raisonnablement estimer qu’environ trois femmes sur deux ont été victimes. Toujours est-il qu’elle en tire une conséquence mathématique à la hauteur de ses compétences en la matière (elle a une maîtrise d’histoire contemporaine) : un homme sur deux ou sur trois est donc l’auteur d’un viol, d’une agression ou de harcèlement. La subtilité de l’algorithme employé m’échappe et la pertinence de la réforme des maths proposée par Jean-Michel Blanquer et Cédric Villani m’apparaît soudain criante.

A lire aussi: Une Caroline de Haas « sur deux ou trois » dit n’importe quoi

Cette manière de vouloir à tout prix opposer hommes et femmes, de désigner les méchants hommes comme le PIR désigne les méchants Blancs, relève d’un communautarisme simplet et dangereux. De plus, l’affaire de l’UNEF montre que Caroline De Haas a l’indignation aussi sélective que nos amis du PIR. Dans une tribune du Monde du 23 novembre 2017 intitulée « Militantes, nous dénonçons les violences sexistes et sexuelles à l’UNEF », 83 ex-adhérentes dénoncent le « véritable contrôle du corps des femmes » qu’ont imposé plusieurs dirigeants du syndicat étudiant pendant de nombreuses années. Or, la grande majorité des signataires militaient à l’UNEF entre 2003 et 2009, années pendant lesquelles madame de Haas en a été la trésorière puis, de 2006 à 2009, la secrétaire générale.

Et Caroline n’en a jamais parlé ?

« Bah, j’en sais rien puisque comme je ne les connais pas, les victimes ! »

Voilà donc une militante capable, au nom de la juste cause qui l’aveugle, de malmener l’arithmétique, de rapporter des faits plus que vagues sur France Info le 13 février : « J’ai eu des amies qui m’ont dit qu’elles avaient entendu des victimes parler de faits de harcèlement. J’ai plusieurs éléments qui sont remontés, au moins deux ou trois. » Approximation qu’Aphatie tente d’éclaircir : « Excusez-moi, parce que c’est assez grave, vous dites “deux ou trois”, c’est deux ou c’est trois ? – Bah, j’en sais rien puisque comme je ne les connais pas, les victimes ! Comme j’ai trois histoires qui me remontent, si ça se trouve ça concerne la même personne. »

Bah vi ! Si ça se trouve. Allez savoir…  Sans compter qu’on n’a plus de saisons ma pauv’dame.

Mais en revanche, muette sur des faits graves concernant bien plus que deux ou trois personnes, alors qu’elle était pendant six ans aux premières loges du spectacle ? Incroyable…

D’autant qu’une deuxième vague de 16 témoignages est venue aggraver le cas de l’UNEF dans Libération du 19 février 2018. Provenant de femmes déclarant avoir été victimes de harcèlement, d’agressions sexuelles et de viols de la part de dirigeants de l’organisation étudiante entre 2007 et 2015. Pendant les premières années, Caroline De Haas occupait encore de hautes responsabilités à l’UNEF. Qu’a-t-il pu se passer pour que ses antennes si promptes à déceler le mal chez le mâle ne frémissent pas ?

Y a-t-il des bons et des mauvais porcs ?

Les 83 signataires du texte du Monde écrivent : « Certaines et certains nous ont rappelé la nécessité de “protéger” l’organisation. Cet argument a contribué à réduire au silence les victimes depuis toutes ces années… » Et qu’écrivait donc Houria Bouteldja, prêtresse du PIR, dans son livre, dont le titre est déjà un vomitif puissant, Les Blancs, les Juifs et nous : vers une politique de l’amour révolutionnaire : « Si une femme noire est violée par un Noir, c’est compréhensible qu’elle ne porte pas plainte pour protéger la communauté noire. » Fâcheuse convergence des mécaniques identitaires.

A lire aussi: Elisabeth Lévy: non au Parti unique des Femmes !

Incompréhensible de la part d’une militante intraitable qui, le 20 janvier dernier, ne trouvait pas de mots assez durs pour les pétitionnaires rassemblées autour de Catherine Deneuve et Catherine Millet : « Les porcs et leurs allié.e.s s’inquiètent ? C’est normal. Leur vieux monde est en train de disparaître. Très lentement – trop lentement – mais inexorablement. »

Je me rends bien compte qu’en tant qu’homme blanc de plus de 50 ans ma parole est triplement sujette à caution, mais n’y avait-il pas à l’UNEF toute une porcherie à balancer ? Je ne peux croire que Caroline considère qu’il y ait des porcs recyclables et des porcs à balancer. Un porc de gauche serait-il un porc sain ? Y aurait-il, comme pour les chasseurs des Inconnus, les bons porcs et les mauvais ? « Le mauvais porc, il harcèle et il viole ! Alors que le bon porc, il harcèle et il viole, d’accord… Mais c’est pas pareil… »

Truie sélective

Il ne faudrait pas que sa notabilité à laquelle elle a tant travaillé – elle dit elle-même dans une interview à Street Press du 11 février : « (…) Je devenais complètement folle, j’en venais à chouiner quand BFM appelait quelqu’un d’autre que moi. » [Pour parler féminisme, NDLR] – se voie compromise par un silence coupable. Comment vendre « de la formation et de la communication en matière d’égalité des sexes », si elle a tu ici ce qu’elle dénonce partout ailleurs ?

Il vaut mieux penser que cette histoire de l’UNEF a été montée en épingle. Ce qu’on appelle exagérément harcèlement n’était-il pas seulement une proximité incontournable due à la faible largeur des couloirs du syndicat étudiant ? Je ne peux pas croire qu’au milieu de tous ces cochons de l’UNEF, dame Haas ait fait la truie sélective par crainte que son auge ne soit plus remplie.

Anne Hidalgo à Paris: la loi, c’est moi


A Paris, quand la justice annule Anne Hidalgo, Anne Hidalgo annule la justice.


Anne Hidalgo a-t-elle décidé de nous faire la preuve tous les jours de son incompétence et de celle de ses équipes ? Bien qu’elle se soit plantée sur plusieurs dossiers qui coûtent une petite fortune à la ville qu’elle dirige, elle manifeste un entêtement désinvolte assez impressionnant.

Hidalgo, catastrophes à gogo

Tout le monde a déjà constaté la crasse repoussante, par endroit, de la ville lumière. Envahie par les rats, les ordures collectées de façon chaotique et une voirie souvent dans un état pitoyable, elle est devenue la capitale la plus sale d’Europe. Le changement de prestataire des Vélib’ s’avère être une catastrophe. Pour la galerie, on a souhaité se débarrasser de la société JC Decaux. Malheureusement le nouvel opérateur choisi est incapable de réaliser la prestation pour laquelle il s’était engagé. Comment justifier que les services et les élus n’aient pas été capables d’apprécier ce risque lors de l’examen des offres pendant la procédure de mise en concurrence ? Un examen attentif de la procédure ayant abouti à un tel désastre serait peut-être intéressant.

Et puis il y a aussi les marchés publics d’affichage qui constitue une ressource importante pour la collectivité et que le tribunal administratif a dû retoquer pour des irrégularités grossières. Anne Hidalgo armée de son amateurisme entêté et capricieux, a géré ses contentieux en dépit du bon sens et généré des blocages dispendieux. Habituellement, lorsqu’une collectivité locale voit un de ses marchés publics annulés, elle adopte en général la solution la plus rapide, celle qui consiste à recommencer la procédure. À l’Hôtel de ville, on ne fait pas comme ça, on est la Ville de Paris quand même ! Il a été fait systématiquement appel de ces décisions pour se faire logiquement ratatiner devant la Cour.

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Le problème, c’est que pendant la procédure, qui peut durer deux ans, il n’y a plus de marché exécutoire. Ce qui représente une perte de recettes de plusieurs dizaines de millions d’euros. Petit détail croustillant, un des marchés a été annulé parce que contraire au règlement d’affichage adopté deux ans avant par la ville elle-même. C’est-à-dire que la mairie de Paris ne respecte même pas les règles qu’elle a elle-même fait adopter. Encore bravo ! On ajoutera pour le fun la privatisation de la verbalisation du stationnement payant, qui a vu des agents chargés des procès-verbaux conduire sans permis et sous l’emprise d’alcool et de drogue. Là, c’est standing ovation.

Voies sur berges: la technique du bras d’honneur

Mais avec l’annulation par le tribunal administratif de Paris de la décision de piétonnisation des voies sur berges, il semble qu’Anne Hidalgo ait adopté une nouvelle technique vis-à-vis des juridictions : celle du bras d’honneur.

Quelques précisions concernant la procédure ayant abouti à cette piétonnisation. Il faut savoir que cette mesure de fermeture de ces voiries à la circulation automobile s’inscrit dans une mesure d’aménagement plus globale. Ces procédures sont minutieusement organisées par le code de l’urbanisme et font l’objet de rapports préalables, d’études d’impact, d’enquêtes et de concertations qui doivent permettre d’en apprécier la portée et l’utilité publique. Pour aboutir à une décision finale adoptée par la collectivité. C’est celle-ci qui a été annulée par la juridiction administrative, et ce en raison de l’insuffisance de ces procédures, ce qui n’est pas un mince reproche.

Les avis concernant cette piétonnisation, qui apparaît quand même comme une hérésie source de pollution et d’embouteillages monstres, lui sont assez massivement hostiles. La moindre des choses était donc que le tribunal administratif soit exigeant sur la qualité des procédures menées en amont. Avec la décision judiciaire, l’ensemble du dispositif s’est donc effondré. Deux possibilités s’offraient alors à la Ville de Paris. Soit elle s’incline devant le jugement et recommence la procédure pour aboutir à une décision solide. Soit elle fait appel et s’en remet à l’appréciation de la Cour. Le problème est qu’en matière de procédure administrative contentieuse, l’appel n’est pas suspensif, et le jugement d’annulation est immédiatement exécutoire, « nonobstant appel ». Par conséquent, dans les deux hypothèses, conséquences de l’annulation, les voies sur berges doivent être rouvertes à la circulation. Puisque la décision qui servait de support à la fermeture n’existe plus.

Par-delà bien et loi

Anne Hidalgo a choisi de faire appel, mais annoncé qu’elle n’exécuterait pas la décision judiciaire. Se livrant à des rodomontades assez hallucinantes, elle ne l’a pas envoyé dire aux magistrats. L’État de droit ? Connaît pas !

Anne Hidalgo a également annoncé qu’elle prendrait un nouvel arrêté de fermeture pour mettre en échec la décision du tribunal administratif et sans attendre l’examen du dossier par la cour d’appel. En bon français, cela s’appelle une mesure illégale, puisque la seule motivation de ce qui serait une simple mesure de voirie est d’empêcher l’exécution d’une décision de justice. En droit administratif, c’est tout simplement un détournement de procédure. Destiné à faire échec à l’application des règles prévues par la loi en matière de procédure judiciaire administrative, prévoyant notamment le caractère non suspensif de l’appel en matière de contentieux administratif.

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Oh mais dites donc, ce n’est pas prévu par le Code pénal ça ? L’article L 432-1 dit que : « Le fait, par une personne dépositaire de l’autorité publique, agissant dans l’exercice de ses fonctions, de prendre des mesures destinées à faire échec à l’exécution de la loi est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende. »

Eh bien Monsieur le procureur Molins, un peu dans la lune ? Les bras d’honneur à l’attention des institutions de la République de la part du maire d’une grande ville, cela ne vous interpelle pas ?

Dites, Monsieur le préfet, et tous les conseillers de Paris qui êtes autant d’agents publics, il me semble que l’article 40 du Code de procédure pénale vous fait obligation de signaler ces faits susceptibles de recevoir une qualification pénale au parquet. Vous avez oublié l’adresse du palais de justice ?

Évidemment, il ne se passera rien, personne ne va bouger. La seule question qui vaille, pour le personnel politique c’est de savoir qui va s’asseoir dans le fauteuil de l’Hôtel de ville en 2020. L’État de droit, c’est pour la galerie. Et tant pis si ce qui devrait être la capitale de tous les Français voit sa gestion confisquée par une petite caste d’amateurs incompétents. Au profit exclusif de sa clientèle, celle qui a les moyens de vivre dans Paris intra-muros.

Les Rien-pensants

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Enquête: des indigènes sous perfusion de l’Etat


Pour la mouvance décoloniale et indigéniste, l’argent public n’a pas d’odeur. Qu’il fait bon conspuer le « racisme d’Etat », alimenté par les subsides d’une France que l’on abomine !


Indigénisme ? Décolonialisme ? Il y a une dizaine d’années, en France, ces termes étaient connus seulement des spécialistes de l’Amérique latine. Progressivement, un courant d’opinion structuré s’est formé autour d’eux. Larguant les amarres avec la pensée originelle, centrée sur la place des Indiens dans le monde sud-américain, le décolonialisme hexagonal a développé des théories sur le racisme latent de la société française envers les Arabes et les Noirs, tout particulièrement lorsqu’ils sont musulmans. Le lecteur non averti qui se plonge dans les écrits indigénistes est très rapidement désorienté par des inversions de repères inattendues. L’antisémitisme n’a plus rien en commun avec le racisme. Défendre le port du voile pour les musulmanes devient progressiste. Idem pour la non-mixité homme-femme dans l’espace public qui, en certaines circonstances, contribuerait à l’égalité en libérant la parole des femmes.

Et ça marche. L’Union nationale des étudiants de France (UNEF), à laquelle ont adhéré à leur époque des personnalités aussi différentes que Jean-Marie Le Pen, le futur cardinal Lustiger et Jean-Marie Cambadélis, pratique depuis au moins un an les réunions non mixtes racisées. En clair, des femmes noires et arabes parlent entre elles. Idem à SUD Éducation 93, où une formation sur l’antiracisme comprenant un atelier non mixte racisé était organisée à l’automne dernier, avec le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) et les compagnons de route des Indigènes de la République… « Inconstitutionnel et inacceptable », avait tweeté le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer. C’est lui qui paie : l’Éducation nationale prend chaque année en charge, statutairement, 12 journées de formation pour les enseignants.

L’exploiteur blanc en ligne de mire

L’UNEF, Solidaires… Le mouvement décolonial est clairement ancré à gauche. Fania Noël, une des organisatrices du camp d’été décolonial non mixte racisé de Reims, en 2017, se définit comme « afroféministe marxiste ». Au-delà de ses inévitables dissensions internes, le mouvement se soude dans la dénonciation d’un archétype : l’exploiteur blanc. Que l’on partage ou non ses vues, le travail accompli force le respect. La mouvance existe. Elle fédère des militants sincèrement convaincus d’œuvrer à long terme à une cohabitation paisible des cultures. Elle impose ses thématiques dans le débat. Mediapart a couvert le camp décolonial de Reims en acceptant les conditions des organisateurs : pas de journaliste homme blanc.

Cette ascension éclair dans le ciel des idées, néanmoins, carbure avec un moteur un peu paradoxal, pour un mouvement qui dénonce le racisme d’État : l’argent public. Ses associations et ses éditeurs sont subventionnés. Ses colloques sont aidés.

Le Parti des indigènes de la République est un des plus ardents avocats du décolonialisme. Sa porte-parole, Houria Bouteldja, travaille à l’Institut du monde arabe, dans la partie administration (voir Causeur n° 53). Quand elle s’exprime, c’est en général à l’invitation d’universitaires : le département communication de Rennes 2 en mai 2017, la faculté de philosophie de Toulouse à l’été 2016, la faculté de Limoges en novembre 2017 (conférence annulée, dans ce dernier cas). Si Houria Bouteldja a déjà bravé le froid et l’ennui pour interpeller les colonialisés présumés sur la dalle d’Argenteuil, c’était sans caméra, ce qui serait tout à son honneur. La plupart du temps, elle évolue dans un circuit plus confortable. Son livre La France, les Juifs et nous a été publié en 2016 par La Fabrique. Cet éditeur s’est vu attribuer en 2014 une subvention de 30 000 euros par le conseil régional d’Île-de-France. Rapporté à la taille de la société (380 000 euros de chiffre d’affaires en 2016), c’est considérable. L’entregent du fondateur de la Fabrique, Éric Hazan, y est sans doute pour quelque chose. Cet éditeur expérimenté est l’archétype du révolutionnaire en chambre, appelant au soulèvement le matin (L’insurrection qui vient, collectif anonyme, 2007), répondant l’après-midi sur les antennes de Radio France aux questions de Laure Adler (septembre 2017) ou de Daniel Mermet (novembre) avec toute l’onctuosité requise.

La France fasciste comme fonds de commerce

En 2010, Houria Bouteldja était en couverture d’un autre livre, Nique la France : devoir d’insolence, cosigné par le rappeur Saïd Zouggagh, alias ZEP, et Saïd Bouamama. Un tandem de rappeur et d’universitaire improbable, mais pas unique en son genre (voir page suivante le cas de Pascal Boniface et de Médine Zaouiche). Le livre doit sa notoriété au doigt d’honneur que fait Houria Bouteldja en couverture, ainsi qu’aux paroles de la chanson Nique la France, dont le CD était distribué avec le livre. Extraits : « Nique la France ; nazillons ; bidochons décomplexés ; gros beaufs qui ont la haine de l’étranger ; Ton pays est puant, raciste et assassin ; Petit donneur de l’çons, petit Gaulois de souche, arrête ton arrogance, arrête d’ouvrir ta bouche ; Et c’que je pense, de leur identité nationale, de leur Marianne, de leur drapeau et de leur hymne à deux balles, j’vais pas te faire un dessin, ça risque d’être indécent. »[tooltips content= »L’Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l’identité française (Agrif) a porté plainte contre Saïd Bouamama et Saïd Zouggagh. Après cassation, l’affaire est revenue devant la cour d’appel de Lyon. Le 12 janvier 2018, elle a accordé à l’Agrif un euro symbolique et 3 000 euros de dédommagement pour frais de justice. »]1[/tooltips]

L’indigénisme, combien de divisions ?

Dans un mouvement politique, il y a souvent une coupure entre la minorité agissante et la base sympathisante, politiquement moins aguerrie. Dans le cas de l’indigénisme, néanmoins, c’est l’existence même de la base qui est sujette à caution. « Les réunions non mixtes de l’UNEF ne répondent à aucune demande identifiable des étudiants, commente un dirigeant du syndicat concurrent, la FAGE. C’est une initiative de leur bureau national. » Pour la FAGE, la démarche reste incompréhensible, sur le fond comme sur le plan tactique. « De notre point de vue, elles vont leur coûter des voix dans les facultés. » Mi-février 2018, après des mois de battage médiatique et de polémique, la page Facebook du camp décolonial de Reims interdit aux Blancs, organisé à l’été 2017, comptait seulement 2 922 followers. Cent fois moins que celle de l’association Égalité et réconciliation du polémiste honni Alain Soral, fermé par Facebook en décembre 2017, pour incitation à la haine (288 000 followers). Le Parti des indigènes de la République, qui existe depuis 13 ans, n’a aucun élu. Les rares listes qui s’en disaient proches ont essuyé des revers humiliants aux municipales de 2014, même dans les communes a priori les mieux disposées (4,67 % au premier tour à Bondy).

Aux antipodes du mouvement pour les droits civiques américain des années 1950 et 1960, qui mobilisait des centaines de milliers de Noirs issus des classes populaires, la mouvance indigéniste et décoloniale semble formatée par des diplômés, pour des diplômés. On pourrait même ajouter : des diplômés employés dans le public, car les théoriciens du décolonialisme sont très majoritairement fonctionnaires ou contractuels de la fonction publique. Ce qui explique peut-être leur discrétion sur une authentique discrimination : les 4,4 millions d’emplois de fonctionnaires français et le million d’emplois des professions « réservées » quasiment inaccessibles aux étrangers, même européens…

Ceux qui imagineraient Saïd Bouamama en troisième frère Kouachi feraient totalement fausse route. Âgé de 60 ans, il se dit docteur en socio-économie. Il a publié plusieurs ouvrages. Sur le plan financier, ce pays « puant, raciste et assassin » ne semble pas avoir été trop cruel avec lui. Il est un des principaux animateurs de l’association Intervention formation action recherche (IFAR), un organisme basé dans la métropole lilloise, spécialisé dans la formation professionnelle des travailleurs sociaux, « certifié Veritas depuis juin 2017 ». Il a par ailleurs bénéficié en 2016 du soutien financier du conseil régional du Nord-Pas-de-Calais. Dans le cadre d’un programme intitulé « Chercheurs citoyens », Saïd Bouamama a coordonné des travaux sur les mines et l’immigration.

En résumé, quand il ne tonne pas contre les nazillons, les Bidochons décomplexés et les gros beaufs, Saïd Bouamama les forme ou répond à leurs appels d’offres. À en juger par sa bibliographie, son discours de dénonciation d’une « droitisation » de la société française et même d’un « processus de fascisation »[tooltips content= »Extraits du blog bouamamas.wordpress.com »]2[/tooltips] n’a pratiquement pas changé depuis vingt ans. C’est à se demander jusqu’à quel point il n’est pas machinal, coupé de cette réalité du quotidien des enfants de l’immigration, dont il se dit pourtant fin connaisseur (contacté, il n’a pas répondu). Son propre quotidien semble surtout fait de tâches administratives et de conférences : Bruxelles (mars 2016), Le Blanc-Mesnil (avril), Bordeaux (septembre), Saint-Avold (mars 2017), Toulouse (mai), etc.

Les petits ruisseaux des subventions et la rivière indigéniste

Les conférences en question se tiennent en petit comité, de préférence bac+3. Celle de septembre 2016, par exemple, était organisée par le « Labo décolonial » de l’Université populaire de Bordeaux (UPB). Consacrée à la lutte contre l’islamophobie, l’intervention de Saïd Bouamama (visible en ligne) est introduite par une jeune femme voilée, qui explique que le labo décolonial est une énième « structure de femmes, non mixte de genre », soutenue par l’Association des musulmans de Bordeaux-Nord. Les intervenants passent en revue les aspects islamophobes de la société française, oubliant de dire au passage que le Labo décolonial a demandé et obtenu une subvention du Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET), dans le cadre de la troisième « Quinzaine de l’égalité, de la diversité et de la citoyenneté ». La somme était de 3 000 euros, destinés à monter une « conférence gesticulée ».

Cette subvention, ou plutôt son détournement, a d’ailleurs provoqué une rupture entre le Labo décolonial et l’Université populaire de Bordeaux. Dans un courrier dont nous avons eu connaissance, l’UPB déplore une « double facturation à l’UPB et à un partenaire de Rennes d’une prestation (conférence gesticulée) et de déplacements réalisés par la fondatrice du Labo. Cette prestation faisait pourtant déjà l’objet d’un financement public obtenu du CGET. Cette pratique était ignorée par l’UPB, par l’association accueillante, par une partie des membres du Labo et a été délibérément cachée à l’ensemble de l’association ».

Il n’y a eu aucune sanction, et aucune enquête administrative. La politique de lutte contre le racisme et les discriminations n’en est pas, il est vrai, à 3 000 euros d’indélicatesses. Il faudrait des milliers d’heures de travail pour répertorier les aides publiques accordées à la mouvance indigéniste et décoloniale. Elles émanent de diverses entités publiques (mairies, conseils départementaux ou régionaux, ministères ou satellites de l’État). Noyées dans les crédits de la lutte contre les discriminations, elles ne sont pas répertoriées en tant que telles. Dans son appel à projets pour cette année, la délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah) stipule que les associations demandeuses « s’engagent à respecter les valeurs de la République », comme si cela n’allait pas de soi. Un rapport récent de l’Inspection générale de l’administration confirme les dérives. Il décrit une politique de soutien aux associations antiracistes déboussolée par la montée de « l’ethnicisme », où plus personne ne sait tracer la frontière entre la tolérance et la compromission. Et où, sans surprise, des fonds républicains en viennent à soutenir des discours qui ne le sont pas du tout.

Mayotte, la bombe migratoire qui vient… et que l’Etat laisse venir

Cet article a été initialement publié le 3 octobre 2017.

Mi-septembre, le député LR de Mayotte Mansour Kamardine a poussé un coup de gueule sur Outre-Mer 1ere/Francetvinfo au sujet de la situation du département français de l’océan Indien, évoquant les migrations et « l’établissement par le ministre des Affaires étrangères d’une feuille de route tendant à faciliter la circulation des Comoriens vers Mayotte ». Et dans un entretien paru sur Causeur, le député allait plus loin : « À Mayotte, l’État français laisse faire le remplacement de population ». Selon RFI, le 19 septembre 2017, reprenant une annonce faite la vieille par le ministère des Affaires étrangères, « les visas entre Mayotte et les Comores seront bientôt gratuits ». On ne soupçonnera pas Mansour Kamardine d’être xénophobe ou raciste. Alors, que se passe-t-il à Mayotte ?

Mayotte, une autre France

Rappel utile à l’attention des députés LREM : Mayotte, ce sont bien des îles de l’océan Indien. Le statut ? Depuis 2011, Mayotte est un département et une région d’outre-mer. C’est aussi une région ultrapériphérique de l’Union européenne (UE) depuis 2014. Mayotte fait ainsi partie de l’UE. Il n’est pas lieu ici de discuter ces statuts. Mayotte ? 376 kilomètres carrés, une population d’environ 250 000 habitants, chiffre difficile à confirmer étant donné le poids des migrations clandestines, et une densité de plus de 600 habitants par kilomètres carrés (contre 98,8 pour la métropole). Mayotte, c’est quasiment la moitié de sa population venue de l’étranger, du fait de « la forte pression migratoire des îles voisines des Comores ». Seuls 22% des 18/24 ans nés à Mayotte le sont d’une mère native du département (Le Monde, 18 mai 2016 et chiffres Insee 2017). Toujours selon l’Insee, 50 % des non natifs sont en situation irrégulière. Près de la moitié de la population de ce département de la République française est composée d’immigrés clandestins.

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Déjà, en mai 2016, l’ancien président Hollande évoquait une situation « extrêmement préoccupante », ainsi que l’impact de l’immigration clandestine sur le système de santé et le système scolaire de l’île – « complètement saturé » d’après Stéphane Le Foll, alors porte-parole du gouvernement. Selon lui, « les tensions liées aux migrations » conduisaient à des choses « inacceptables ». Il parlait de « tensions communautaires ». Ce que ne disaient pas Hollande ou Le Foll, c’est que l’immigration comorienne à Mayotte impacte aussi la métropole. D’après l’Insee, un jeune né à Mayotte sur deux quitte l’île. Les écoles de la métropole voient ainsi arriver des enfants et des adolescents souvent en grande difficulté scolaire, ou même déscolarisés. Pourquoi ? À Mayotte, les enfants sont scolarisés dans les écoles de la République mais une grande majorité commence ou termine sa journée scolaire à l’école coranique. La présence dans les salles de classe est alors souvent plus liée à la scolarisation obligatoire qu’au désir d’apprendre. En tout cas, elle est présence fatiguée, peu disponible pour les apprentissages. Ce qui ne peut qu’avoir une influence sur le niveau scolaire de ces enfants et adolescents, réalité qui apparaît quand ils intègrent des établissements scolaires métropolitains.

Je-m’en-foutisme et « kwassa-kwassa » complexes

La gestion de ce phénomène ? Silence et bricolage selon les bonnes volontés locales. Mais le niveau scolaire n’est pas le plus inquiétant. Selon le député Kamardine, toujours sur Causeur : « Il y a des velléités de radicalisation qui viennent de l’extérieur. Je ne comprends pas qu’on laisse venir des prédicateurs extrémistes qui ne sont pas Français. Des musulmans mahorais heurtés par des poussées extrémistes sont même allés jusqu’à détruire deux mosquées radicales face à l’inertie de l’Etat. Dans la fonction publique, il arrive que des barbus venus de métropole tentent d’embrigader les jeunes en toute impunité ! On est en train de détruire le modèle mahorais d’une communauté musulmane fière d’être Française ». Et de favoriser la venue en métropole de jeunes radicalisés inconnus des services. À quoi joue-t-on ?

À propos de Mayotte, l’actuel président de la République avait donné le ton lors de sa sortie sur les Comoriens début juin 2017. Une sortie alors qualifiée de « plaisanterie malheureuse » par l’Élysée. Emmanuel Macron évoquait les « kwassa-kwassa qui pèchent peu » mais « ramènent du comorien ». La pensée complexe du président atteignait là à une sorte d’acmé, confondant immigrants clandestins et poissons, oubliant que les kwassa-kwassa ou embarcations de fortune sont des modes d’entrée de l’immigration clandestine à Mayotte – en France, donc. Le mot « du » a produit un drôle d’effet. Outre leur côté discriminatoire, assimilables par exemple à des expressions douteuses tels que « du député En Marche, c’est du député incompétent », ces propos pouvaient laisser entendre une sorte de je-m’en-foutisme de la part du chef de l’État français vis-à-vis de l’un de ses départements.

De quoi la politique migratoire française est-elle réellement le nom ?

Face à la situation de Mayotte, la déclaration du député LR Mansour Kamardine ne peut qu’accroître l’inquiétude. Le gouvernement affirme vouloir lutter contre l’immigration clandestine, les kwassa-kwassa et le trafic d’êtres humains en mettant en place des visas gratuits entre les Comores et Mayotte, dans un cadre annoncé comme « contrôlé » (« regroupement familial, formation professionnelle… »). Si le député est monté au créneau, c’est que la réalité est plus complexe. Elle s’inscrit de fait dans une autre feuille de route, celle de la ministre des Outre-Mer, Annick Girardin, laquelle a annoncé fin août 2017 vouloir créer un « visa Outre-Mer » lui aussi contrôlé. La ministre ne parle pas seulement de regroupement familial et de formation professionnelle mais aussi « de déplacements pour des enjeux économiques, sanitaires et scientifiques ». Pour Mansour Kamardine, la mesure prise par Jean-Yves Le Drian, qui ne peut que « faciliter le regroupement familial », « aboutirait inexorablement, d’une part, à la régularisation massive des clandestins et, d’autre part, à accroître l’arrivée, en nombre, de nouveaux migrants, alors même que Mayotte est déjà submergée ». « Une telle politique ne peut qu’exacerber les très vives tensions qui font de Mayotte une véritable poudrière sociale et sécuritaire », ajoute-t-il, regrettant que « pas un seul des représentants de Mayotte n’a été associé, ni même consulté, directement ou indirectement, sur cette feuille de route ».

Chacun jugera ce que les derniers mots du député disent de la fameuse « nouvelle façon de faire de la politique » annoncée à grands frais par Emmanuel Macron. Plus inquiétant est de prétendre résoudre la problématique migratoire dont souffre Mayotte par une facilitation des entrées légales, lesquelles viendront d’évidence s’ajouter aux entrées illégales – la France ayant amplement, ici comme à Calais, démontré son incapacité à faire respecter sa souveraineté. D’après le député, dont il faut rappeler qu’il est Mahorais et n’appartient à aucun groupuscule suprémaciste blanc, « on est dans une perspective d’envahissement ». Au fond, la véritable question est simple, et c’est celle dont la réponse est tenue au secret par l’actuel gouvernement comme par les deux précédents : de quoi la politique migratoire française est-elle réellement le nom ? Quelle est cette France de demain que ces politiques édifient sous nos yeux ? Au regard de la situation concrète sur le territoire métropolitain, la réponse commence à sérieusement se voir.

L’école des progressistes a déraciné deux générations de Français

Génération « J’ai le droit ». Curieux titre qui s’éclaire très vite : cette génération, dit Barbara Lefebvre (enseignante d’histoire-géographie, exerçant depuis toujours en proche banlieue parisienne, et qui se fit connaître il y a quinze ans — quinze ans ! Et rien de fait !— en participant aux Territoires perdus de la République avec Georges Bensoussan, alias Emmanuel Brenner) — cette génération donc est celle du selfie, de l’élève au centre et d’un ego dilaté qui ne se conjugue au pluriel que sous la forme du communautarisme. La faute à Rousseau !, ai-je expliqué par ailleurs. « ‘Je’ prend tout l’espace, écrase par son irréductible souveraineté un « Nous » qui aura servi au genre humain à faire société depuis des siècles, sinon des millénaires. » Ni société, ni nation. Le Je du « j’ai le droit » est le rêve des marchands qui pensent que la disparition des Etats-nations leur permettra de vendre plus de portables et de gadgets électroniques. C’est un ‘Je’ d’autant plus certain de son importance qu’il est en fait à valeur nulle.

L’école des Merah, Kouachi, Coulibaly…

C’est aussi la génération de l’école sacrifiée aux idées létales des pédagos. Comme elle le dit avec force, « ils étaient dans nos classes, dans les années 1990 et 2000, les Merah, Fofana, Kouachi, Coulibaly et d’autres « déséquilibrés » venus à leur suite». « Déséquilibrés » est entre guillemets parce que Barbara Lefebvre n’adhère pas — mais alors, pas le moins du monde — au discours lénifiant qui voudraient que les auteurs d’attentats soient juste des détraqués. C’est l’islam en soi, dans la lecture qu’impose le wahhabisme, qui est détraqué — et « le hijab est le drapeau de l’islam radical ». Bref, c’est un livre où l’on ne fait pas de prisonniers.

Comment tout cela a-t-il commencé ? « Depuis presque un demi-siècle une nomenklatura intellectuelle se sera érigée en mère-la-morale. » Ça, c’est le décor lointain. Puis la caméra se rapproche, et filme le lieu du désastre. « [À l’école] l’enfant fait l’expérience fondatrice du déplacement d’identité qui fonde toute société humaine : enfant de ses parents, il devient élève de sa classe (…) Le fait de devenir élève ne signifie pas l’effacement de son identité d’enfant, mais l’apprentissage d’une coexistence nécessaire pour s’instruire, pour apprendre à se détacher de lui-même et vivre dans cette société en miniature qu’est l’école. (…) C’est un effort auquel certains enseignants n’obligent plus l’enfant, car ce serait contraire à son libre développement. » La faute à Rousseau, vous dis-je ! Emile, Kevin et Mohammed sont désormais des sujets. Des roseaux pensants — surtout s’ils sont dépensants.

L’assassinat de l’histoire et du français

« La dévastation de l’école républicaine, continue Lefebvre, s’est construite sur un renoncement majeur : celui de l’héritage culturel via la langue française. En rendant impossible une véritable maîtrise de la langue française par tous les enfants, en la réduisant à une langue de communication purgée de toute nuance, de toute grammaire, de toute référence, en se gardant de leur imposer les codes culturels nécessaires pour entrer dans le monde, on est parvenu à déraciner déjà deux générations de Français, celle des années 1980 et celle des années 2000. »

« Le français et sa littérature d’une part, l’histoire, d’autre part, sont les mamelles de l’identité nationale. C’est pourquoi déraciner l’enseignement de ces deux disciplines était primordial pour les guérilleros du multiculturalisme postmoderne, du libéralisme mondialisé, de l’individu atomisé. » J’ai expliqué moi-même tout cela dans Voltaire ou le jihad et dans C’est le français qu’on assassine. Mais cela fait toujours plaisir de constater qu’il y a deux Cassandres qui hurlent dans le désert.

S’ensuivent deux chapitres fort documentés sur la façon dont la méthode Foucambert a supplanté la méthode syllabique, de façon à fabriquer des illettrés, et dont les idéologues d’Aggiornamento ont subverti les programmes d’Histoire, en en faisant « l’otage des identités et des mémoires qui clament leur « droit » dans une concurrence effrénée avec des revendications mémorielles. Rien d’étonnant si Macron se réfère volontiers à Patrick Boucheron, l’auteur de cette Histoire mondiale de la France qui prétend « organiser la résistance face au « roman national » » — pauvre cloche qui tinte au Collège de France.
Pourtant, de remarquables historiens de gauche (Pierre Nora, Marc Ferro, Jean-Pierre Vernant ou Pierre Vidal-Naquet, entre autres) se sont éloquemment élevés contre la mainmise de l’Etat sur le « devoir de mémoire ». Peine perdue — leur voix ne portent pas face aux hurlements des idéologues qui se prétendent historiens, et qui confondent droit à l’Histoire et devoir de mémoire.

La génération Bondy Blog

Résultat ? « Une jeunesse abandonnée, livrée à elle-même. La génération « j’ai le droit ». Tout cela procède de l’acculturation, de l’abandon intellectuel auquel l’institution scolaire les a voués en se mettant à leur niveau au lieu de les élever. »

Comme Carole Barjon l’année dernière, Barbara Lefebvre aime bien nommer un chat un chat, et un idéologue un crétin patenté. Et de dénoncer « les vigilants chiens de garde progressistes du Café pédagogique, du collectif Aggiornamento et de leurs affidés blogueurs sur Mediapart ou le Bondy Blog ». Ou Gregory Chambat, qui « consacre une partie de son site internet à la traque des fascistes qui dominent actuellement, selon lui, le débat d’idées sur l’école. »

À noter que l’on doit tout de même à Chambat une bibliographie presque complète de l’anti-pédagogisme qui permettra à chacun de savoir ce qui lui manque…

Prof d’Histoire-Géographie, elle ne révère ni Francis Fukuyama, ni Emmanuel Macron : « Après avoir essayé de nous faire croire en 1989 que l’histoire était finie, on rejoue maintenant la musique du progressisme : l’histoire est « en marche » ! » Sans doute fait-elle partie de ces « tristes esprits englués dans l’invective permanente », comme a dit Macron (dans Un personnage de roman, de Philippe Besson, Julliard, 2017). Ni Vallaud-Belkacem : « La réforme du collège qui a suivi la loi de refondation de l’école a été la gifle de trop. » Ni Blanquer, dont elle doute qu’il…

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

 

C'est le français qu'on assassine

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Les territoires perdus de la République

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Au Brésil, les évangéliques conquièrent les coeurs, pas les votes

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Il fut une époque où on se plaisait à dire que Deus é brasileiro. Par les temps qui courent, dans les bars de Rio et de São Paulo, on raconte plutôt que le Créateur s’est vengé sur le Brésil, terre bénie des cieux, en lui envoyant la pire classe politique au monde. Cette plaisanterie résonne différemment depuis la parution du dernier sondage Datafolha (31 janvier) qui positionne deux candidats évangéliques en tête du premier tour de l’élection présidentielle : Jair Bolsonaro (18%) et Marina Silva (13%). Une première au Brésil. Pourtant, l’enthousiasme n’y est pas car ces deux candidats sont fragiles. Face à Lula d’une part, ils ne tiennent pas la route, un handicap majeur puisque la justice électorale n’a pas encore décidé de le disqualifier ou non en dépit de sa condamnation à douze ans fermes. De l’autre, ils ne peuvent pas compter sur un vote évangélique uniforme. Un paradoxe et une surprise dans un pays où la ferveur religieuse et l’activisme politique des évangéliques est une réalité palpable du nord au sud. Les raisons de cette contradiction s’expliquent par la sociologie et l’histoire des églises évangéliques brésiliennes.

Sur les ruines de l’Eglise catholique

Du reflux de l’Eglise catholique se sont nourris les mouvements protestants évangéliques brésiliens, dans toute leur diversité. Des baptistes aux pentecôtistes, ils ont réussi à édifier une religiosité vivante et fière d’elle-même partout où l’Eglise a cédé, intimidée par une modernité laïque et urbaine qui l’a progressivement marginalisée. Sur les ruines d’un catholicisme dépassé et dévitalisé se sont édifiées des religions jeunes, importées au Brésil au seuil du XXe siècle, voire bien plus tard. Elles ont avancé à rebours de l’Eglise de Rome en prenant le soin de lui emprunter ses symboles et ses récits : la figure de Jésus bien sûr, les miracles, l’attachement à Jérusalem et la liste est longue. On n’est jamais dépaysé lorsque l’on met les pieds au Templo de Salomão (São Paulo), on se croit à Bethlehem ou quelque part en Asie mineure, comme si les architectes brésiliens avaient pris le soin de construire le neuf avec les vestiges de l’ancien.

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La prouesse des prédicateurs et autres fondateurs de cultes évangéliques a été d’interpréter le repli de la pratique catholique non comme un refus du religieux mais comme une insatisfaction, un déphasage entre l’offre et la demande. Sans attendre, ils ont convoité le terrain abandonné par l’Eglise dans les villes et au plus profond des âmes. Dans les années 1980-90, ils sont allés là où le prêtre n’allait pas ou ne voulait plus se rendre : les grandes ceintures urbaines gonflées jour après jour par l’exode rural et l’explosion démographique. Ils ont fait le pari de convertir les déshérités, ceux dont la demande de spiritualité et de soutien moral n’intéressait personne.

L’Eglise qui soutient le peuple

La conquête a été relativement facile. Là où le prêtre oppose au fidèle un Eternel immuable, le pasteur évangélique lui dit ce qu’il a envie d’entendre : du réconfort, du réconfort et encore du réconfort. Un avantage compétitif dans le calvaire que représente la vie sous la pression constante des fusillades, de l’inflation et de la détresse émotionnelle. L’Etat a beau reculé devant le crime et les inégalités, la famille a beau se décomposer à cause de l’alcoolisme et des abandons de foyer, les temples ont gardé les portes grandes ouvertes, tout le temps. Rien de surprenant à ce que les mères célibataires aient été les premières à se convertir et à diffuser la bonne nouvelle.

En une trentaine d’années, la part des catholiques dans la société est passée de 90% à 64% (recensement de 2010), des millions de fidèles ont plié bagages pour rejoindre les temples évangéliques qui offrent une spiritualité en phase avec l’époque et les réalités du pays. Ils sont plus de 40 millions à se déclarer évangéliques au Brésil.

Bien entendu, le catholicisme n’est pas mort au Brésil, il recule tout simplement. Il a perdu gros dans les périphéries c’est-à-dire dans les Etats amazoniens, au nordeste et dans les zones fragiles des grandes villes du sud comme Belo Horizonte ou Porto Alegre. Il serait aussi inexact de réduire la réalité évangélique au Brésil à une religion de damnés de la terre. Baptistes, méthodistes et presbytériens se sont enracinés au sein de la classe moyenne et cultivent une modération et une retenue que l’on a peine à retrouver chez les pentecôtistes de l’Assembleia de Deus ou l’Igreja Universal. Il n’empêche que ceux qui font parler plus d’eux, ceux qui comptent le plus d’adhérents sont les églises pentecôtistes. Elles érigent les temples les plus imposants et diffusent leurs cultes en prime time.

Le paradis pour tout de suite

Les mouvements pentecôtistes veulent secourir, éviter le naufrage des plus fragiles c’est-à-dire de ceux qui ont besoin de se défendre: mères célibataires, migrants intérieurs, jeunes des périphéries. Comme une médecine de guerre ou d’urgence, elle se préoccupe d’abord de l’immédiat : repousser les assauts de la pauvreté, du mari alcoolique, de la drogue. Survivre. L’Eglise se situe sur le front de la grande guerre civile de tous contre tous, guerre pour l’habitat digne, pour l’insertion professionnelle, pour le droit à être heureux…

Les pasteurs proposent donc une religion moderne, celle du troisième millénaire. Une spiritualité qui accepte le monde tel qu’il est. Elle se résigne au matérialisme, elle accepte le capitalisme et ce qui va avec : l’individualisme et les inégalités. C’est la religion du Moi et du Maintenant. Point de Nous, point d’Au-delà. L’individu est au centre de tout, il lui revient de se libérer de ses démons et de participer à la vie d’ici-bas pour en tirer le maximum. D’où l’insistance sur la prospérité et la valorisation du succès matériel.

Dans ce contexte, le collectif passe au second plan. Il n’est point question d’une révolution sociale (réduire les inégalités) ou sociétale. Si défendre une vision traditionnelle de la famille fait partie du discours quotidien des pasteurs, on reste tout de même loin des grandes mobilisations populaires et des manifestations de rue. L’accent est porté sur la vie privée, l’auto-transformation, s’améliorer soi-même pour souffrir moins et vivre bien. Point de projet de contre-société comme chez les mormons américains voire les ultra-orthodoxes israéliens. Rien à voir avec l’islam ou même le catholicisme d’Etat qui a marqué la vie politique de tant de nations d’Amérique du Sud comme la Colombie ou le Chili.

Le chaos leur va bien

C’est peut-être ce renoncement à ne pas changer les règles du grand jeu social qui explique l’absence d’un réel vote évangélique ou d’un bloc de Dieu au niveau national. A Brasilia, il y a près d’une centaine de députés qui se déclarent ouvertement évangéliques : ils n’ont jamais senti le besoin de se regrouper en un mouvement politique unitaire. Il faut dire que la compétition est très dure entre les églises qui se voient aussi comme des entreprises commerciales en concurrence pour le fameux dízimo, ces fameux 10% des revenus mensuels que chaque fidèle est censé verser à son église.

Les chosent sont peut-être tout simplement bonnes comme elles sont aujourd’hui. Les pasteurs font de la politique, se font élire à tous les niveaux, du local au fédéral. L’entrée en politique leur donne accès à une immunité et à des prérogatives qui leur suffisent amplement. Ils peuvent ainsi exiger toujours plus de fréquences FM pour leurs radios communautaires et « blinder » les exonérations fiscales dont bénéficient les lieux de culte. Imaginez les centaines de millions d’euros cash qui circulent chaque mois dans le système. Assis sur leurs fiefs électoraux, les pasteurs sont souvent invités à assumer tel ou tel ministère en contrepartie d’un renvoi d’ascenseur ultérieur, tout cela au nom de la governabilidade. C’est ainsi que la gauche (PT) a nommé des ministres de la Pêche (Marcelo Crivella, Rio de Janeiro, 2012) et des Sports (George Hilton, Bahia, 2014) qui ne connaissent rien au sujet et ne s’en sont jamais cachés.

Ce manque d’ambition, bien qu’il s’explique par plus d’une raison, n’en est pas moins surprenant. Car les thèmes de nature « morale » ne manquent pas dans un pays dévasté par le plus grand scandale de corruption de l’histoire (Lava Jato) et une violence endémique alimentée par la drogue. Il y a des communes à São Paulo où la maternité précoce (être mère à douze, treize ou quinze ans) fait des ravages, à commencer par la santé des jeunes mères. Il y aurait de quoi mener croisade sur croisade à Brasilia avec la certitude de compter sur des millions de sympathisants.

Loin d’être une force de changement social, les mouvements évangéliques semblent « acheter » le consensus mou qui gouverne le pays : un Etat obèse, des inégalités extrêmes et des mœurs politiques douteuses. Que le Brésil incarne une grande liberté sexuelle ne semble pas les gêner outre mesure du moment que les conséquences soient d’abord du ressort des femmes puisque l’avortement est proscrit par la loi (Lula et Dilma ont eu quinze ans pour changer la législation et ne s’y sont pas risqués).

Cuidar vs Punir

Sans ambition réelle pour le pays, les pasteurs et les dirigeants des églises évangéliques ne sont pas prêts d’exercer leur force en 2018 en appelant à voter pour Jair Bolsonaro ou Marina Silva. Ces deux-là doivent tenir compte que le Brésil évangélique est similaire au reste du pays en ce qu’il est traversé par deux fractures : autorité vs libertés et assistencialismo vs libéralisme.

Bolsonaro plaît à l’aile droite des évangéliques et bien au-delà car il est fort en effet chez les jeunes de toutes les régions et toutes les confessions. Il souhaite incarner le retour de l’ordre après des années de reculades devant le crime organisé, les partis politiques corrompus et certaines minorités ou lobbies (il s’oppose avec véhémence à l’homosexualité).

Marina quant à elle représente l’aile gauche, elle s’identifie à la cause de la réforme agraire et de la justice sociale. Elle aussi recrute au-delà du public évangélique puisqu’elle a toujours attiré les faveurs d’une partie de la jeunesse éduquée qui y voit une troisième voie écolo et honnête entre la gauche syndicale (PT) et le centre-gauche (PSDB).

A lire aussi: Brésil : à deux doigts de la prison, Lula reste favori de l’élection

A vrai dire, être évangélique ou pas est une question secondaire. Au nom de l’harmonie et de la paix, Bolsonaro veut réarmer les civils pour faire face à une criminalité intense (recordman du monde des homicides) alors que Marina, se revendiquant des mêmes principes, s’y oppose farouchement. Elle incarne une logique d’apaisement et de réparation (cuidar) alors que lui promeut la punition (punir). Si ces deux-là se qualifient au second tour, l’élection se jouera entre cuidar et punir.

Bolsonaro est certainement proche de son potentiel maximum, il a peu à gagner des débats télévisés car ses excès verbaux ont coupé les ponts (définitivement peut-être) avec les élites culturelles et économiques, celles qui donnent le « la » au niveau des médias mainstream. Marina a encore de la marge pour progresser car elle a bien joué tactiquement durant les trois ans qu’a duré le scandale Lava Jato (il n’est pas encore fini). Elle a gardé profil bas et n’a jamais vraiment tiré à boulets rouges sur le PT et Lula. Elle a bien entendu émis des critiques mais elle n’a jamais rien dit qui puisse la faire cataloguer comme ennemi mortel de la gauche brésilienne. Si Lula est empêché de concourir, il est possible qu’il consente à appeler à voter Marina pour faire barrage au fascisme. Magie de la politique brésilienne.

Le consensus de Dieu

De loin, Marina a tout pour plaire. Elle qui est née dans une famille noire et désargentée de l’Amazonie brésilienne et a surmonté tous les obstacles qui s’opposent à l’ascension d’une femme de couleur au Brésil. Le problème est qu’elle voit la main de Jésus derrière sa réussite personnelle, un péché pour beaucoup. Elle va donc devoir trouver un terrain d’entente avec la gauche universitaire et les militants antiracistes, féministes et LGBT. Pour « cadrer » dans le discours progressiste, il lui faudra conclure des deals sur des questions sensibles comme le mariage gay (en vigueur depuis 2013) qu’elle a toujours critiqué. Tout n’est pas perdu d’avance sur ce front car il est possible que Marina choisisse un sujet fédérateur comme le combat contre l’homophobie, un domaine où le Brésil est encore une fois champion du monde. Ce serait une occasion de rendre un service à la société brésilienne et de gagner l’élection au passage.

Merkel revient, l’Europe de Macron devra patienter…

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Maintenant que la grande coalition entre CDU et SPD se met en place à Berlin, le grand dessein européen d’Emmanuel Macron risque de buter sur l’intransigeance allemande. Fonds monétaire, défense, réforme des institutions : les motifs de fâcherie ne manquent pas entre les deux côtés du Rhin.


«  Ende gut, alles Gut ! ». Tout est bien qui finit bien… Après six mois de tergiversations et de psychodrame, la constitution du gouvernement Merkel IV est désormais possible après le vote favorable à l’accord de GroKo (coalition CDU/CSU-SPD) par 66% des militants du Parti social-démocrate. Plus large que prévu par les observateurs d’outre Rhin, ce vote positif est davantage le résultat d’une angoisse devant la perspective de nouvelles élections, annoncées comme catastrophiques pour le SPD par les augures, que d’une adhésion enthousiaste des militants de ce parti à la reconduction d’une alliance avec la chancelière Merkel.

Merkel ou le Déluge

Le retour au pouvoir de la coalition des perdants des élections de septembre est un pis-aller, annonçant une période d’incertitudes politiques, où les arrières pensées relatives à la succession d’Angela Merkel risquent de l’emporter sur les visions hardies et novatrices pour résoudre les problèmes auxquels l’Allemagne et l’Union européenne sont aujourd’hui confrontés. Angela Merkel s’est « bunkerisée » au sein de son parti en promouvant son double Annegret Kramp-Karrenbauer au poste stratégique de secrétaire générale de la CSU, et potentielle héritière, et en neutralisant provisoirement son principal contradicteur interne, le « droitier » Jens Spahn, en le nommant ministre de la Santé dans le prochain gouvernement. Elle proclame sa volonté de tenir la barre jusqu’à la fin de la législature, en 2021, mais elle sait bien que son sort dépend de sa capacité à endiguer, lors des prochains scrutins locaux, l’ascension de l’AfD, parti eurosceptique et hostile à l’immigration de masse.

A ses côtés, elle aura un SPD en plein désarroi, hanté par la perspective de subir le sort électoral de ses homologues européens, donc moins enclin à se montrer ouvert à des concessions au nom du réalisme d’une gauche de gouvernement. L’irruption au premier plan du débat politique allemand, de la question identitaire, de l’insécurité culturelle d’une population pourtant majoritairement satisfaite de ses conditions de vie matérielle est un défi auquel la chancelière devra faire face dans les mois à venir.

Auf wiedersehen papa Schulz

Après l’échec, à Berlin, de la coalition dite « jamaïcaine » (CDU/CSU, Libéraux, Verts), Emmanuel Macron pensait avoir évité le pire, en l’occurrence l’entrée au gouvernement allemand d’un parti libéral (FDP) frontalement opposé à sa vision européenne, telle qu’il l’avait développée dans ses discours d’Athènes et de la Sorbonne de l’automne 2017.

Le président français se réjouissait alors du retour annoncé au pouvoir d’une Grande Coalition (« GroKo »), où le Parti social-démocrate (SPD) était conduit par le francophone et francophile Martin Schulz, ex-président du Parlement européen, et membre du fan club jupitérien (section allemande).

Manque de chance pour Macron, cette séquence de la politique allemande a déjà fait une victime : Martin Schulz, qui a dû, coup sur coup, abandonner sa présidence du parti à Andrea Nahles, ministre du Travail dans le gouvernement sortant, et renoncer à occuper dans un éventuel gouvernement Merkel IV le ministère des Affaires étrangères, qui lui avait été concédé par la chancelière. Salué au printemps dernier comme le sauveur d’un SPD en capilotade, Martin Schulz a été sacrifié, car son impopularité au sein du parti, conséquence du cuisant échec aux élections législatives de septembre, aurait nui à l’approbation par les militants de l’accord de GroKo.

L’Europe de Macron à l’abandon

Emmanuel Macron et son projet ambitieux (mégalomane selon certains) de bouleverser l’agencement politique de l’Union européenne sur le modèle « disruptif » qui lui a assuré son succès lors de l’élection présidentielle française pourraient être les victimes collatérales de cet accord. Or, Macron ne peut guère espérer aujourd’hui une adhésion enthousiaste de l’Allemagne à son projet d’intégration politique renforcée des pays du « premier cercle européen » concernant la gouvernance de la zone euro, la défense, la lutte contre le réchauffement climatique et la refonte des institutions de l’Union.

Sur tous ces points, le programme adopté à Berlin ne constitue pas une brutale fin de non-recevoir, mais il pose des limites strictes aux changements proposés par Paris, soupçonnés d’atteintes graves aux dogmes économiques professés outre-Rhin et aux intérêts matériels de l’Allemagne.

C’est le cas de la transformation du Mécanisme européen de stabilité (MES), mis en place lors de la crise de l’euro en 2010, en Fonds monétaire européen qui interviendrait à la place du FMI pour aider les pays en difficulté financière sur le Vieux Continent. Alors que la France voudrait placer ce fonds sous la tutelle politique d’un gouvernement de la zone euro, Berlin préfère un « FME » autonome, à l’image de la Banque centrale européenne, dont la mission serait de ramener à l’orthodoxie financière les pays faisant appel à ses subsides, à l’image de ce qui s’est passé, et se passe encore, avec la Grèce. Ce n’est pas l’accession prévue d’un membre du SPD, Olaf Scholz, à la tête du ministère des Finances qui fera de l’Allemagne un pays plus coulant avec les nations supposées laxistes. On a encore le souvenir des affrontements, au début des années 2000, entre Nicolas Sarkozy, alors ministre des Finances, et son collègue allemand Peer Steinbrück, social-démocrate et grand pourfendeur des libertés prises par la France avec les règles budgétaires de Maastricht… Olaf Scholz, jusque-là bourgmestre de Hambourg, ne passe ni pour un grand dépensier ni pour un partisan de la mise à la disposition des pays dits du « Club Med » des réserves allemandes. Et il ne faut pas oublier que dans le jeu politique d’outre-Rhin, Wolfgang Schäuble reste le président du Bundestag, un poste clé dans une situation politique instable… Sa parole, qui pèse lourd au sein de la CDU, n’ira pas dans le sens de la relance économique de l’UE par la dépense !

Les murs de Berlin

Sur la défense, l’accord GroKo fait des concessions importantes à l’aile pacifiste du SPD, limitant l’augmentation du budget militaire, qui passera de 1,2 % du PIB à 1,5 % en 2021, alors que les experts estiment qu’en deçà de 2 %, l’UE continuera à être un nain stratégique. Entre Paris et Berlin, les différences de doctrine militaire sont béantes, comme en témoigne la farce de la brigade franco-allemande envoyée au Sahel, dans le cadre de l’opération Barkhane : si les soldats de cette brigade hautement symbolique s’entraînent tous ensemble en Alsace, seuls les Français iront crapahuter dans le désert, pendant que leurs camarades allemands s’occuperont en ville de la logistique et de la formation des soldats africains ! Les deux ministres de la Défense, Florence Parly pour la France et Ursula von der Leyen pour l’Allemagne, ont tenté de donner le change lors de la conférence sur la sécurité de Munich. Cela n’a trompé personne : l’OTAN et la garantie sécuritaire des États-Unis, Trump ou pas Trump, restent l’alpha et l’oméga de la doctrine militaire allemande.

Emmanuel Macron ne doit pas plus compter sur l’Allemagne pour l’épauler dans le sauvetage d’une COP 21 déstabilisée par le retrait des États-Unis. Sur l’énergie, l’accord GroKo renvoie à une commission ad hoc l’engagement de réduire de 40 % les émissions de CO2 de l’Allemagne à l’échéance 2020, sous la pression des industriels inquiets du renchérissement de l’énergie qui serait consécutif à l’arrêt des centrales à charbon. Charbonnier est maître chez soi ! Dans ces conditions, Berlin serait mal placé pour donner des leçons aux mauvais élèves de la classe climatique…

Pour couronner le tout, la CDU de Mme Merkel vient de faire échouer au Parlement européen la proposition hautement macronienne de réserver 27 des 73 sièges de Strasbourg abandonnés par les Britanniques à des listes transnationales. La CDU, qui contrôle le PPE, premier parti du Parlement européen et qui devrait le rester en 2019, entend bien conserver la haute main sur la désignation de la prochaine Commission. Pour freiner Macron dans son projet de refonder l’Europe selon ses vœux, Merkel pourra compter sur le soutien de ses amis du nord et de l’est, farouchement hostiles à une Europe à plusieurs vitesses où l’hégémon franco-allemand serait le maître du jeu.

Le seul sujet de satisfaction que Paris pourrait tirer de l’accord GroKo, c’est la fin de la Willkommenskultur merkelienne, cette politique des bras grands ouverts à l’immigration de masse menée par la chancelière durant l’été 2015. Gérard Collomb devrait trouver en son homologue CSU, partisan d’un contrôle strict de l’immigration et d’une harmonisation européenne en matière de droit d’asile, un interlocuteur compréhensif.

Causeur: l’islamisme à visage citoyen


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Mennel et son visage d’ange trônent en une de notre dernière livraison. « Icône malgré elle », la candidate démissionnaire au télécrochet « The Voice »  incarne toute une génération perdue pour la France, comme le note Elisabeth Lévy : « Son joli minois enturbanné est devenu un symbole de nos tourments collectifs (…) Si elle peut apparaître comme une égérie communautaire quand elle récite le catéchisme victimaire de la discrimination, une partie de sa génération, au-delà même de la France musulmane, partage sa vision dieudonniste du monde et de la politique ».

Enquête sur les associations: quand la France finance sa contre-société

Comment aurait-on pu illustrer autrement notre dossier sur « l’islamisme à visage » citoyen ? Se parant des plus nobles causes, des associations islamo-indigénistes parviennent à recueillir de l’argent public, souvent de mèche avec des collectivités locales, ainsi que le révèlent les enquêtes d’Erwan Seznec et Rachel Binhas. Ne diabolisons pas la jolie frimousse de Mennel Ibtissem, dans lequel Claude Askolovitch et Edwy Plenel voudraient voir le visage de la nouvelle France tout en censurant Zemmour, s’en émeut Alain Finkielkraut. Comme le relève Cyril Bennasar et idéal-type de la jeunesse connectée remet en cause la « version officielle » d’un attentat le lundi, verse dans le complot antisioniste le mardi, fraie avec telle ou telle ONG islamiste le mercredi, sans que cela ne choque la plupart des jeunes. De toute manière, toute une frange des musulmans de France partage son bréviaire du complot, sans forcément donner quitus aux terroristes, loin s’en faut, nous confirme le sociologue Tarik Yildiz.

Les femmes, sexe fort malgré elles

Rubrique actualités, la barque est bien chargée. Chez le beau sexe, Brigitte Axelrad et Peggy Sastre démontent coup sur coup deux mythes féministes. La professeur de psycho-sociologie Axelrad démystifie la notion d’« amnésie traumatique » en vertu de laquelle certaines féministes prétendent qu’un viol subi dans l’enfance ou l’adolescence peut être occulté puis remémoré à l’âge adulte. Une notion dépourvue de toute scientificité. De son côté, la darwinienne Peggy Sastre déconstruit l’idée d’une solidarité féminine fondée sur la seule appartenance au sexe faible. De la cellule au marché du travail, les femmes ne cessent au contraire de lutter entre elles…

« Africanisation » de l’Europe et Orbánisation de la Hongrie

Direction le continent africain en compagnie de Stephen Smith et Philippe d’Iribarne. Interrogé par Elisabeth Lévy et Gil Mihaely, le premier vient de publier La ruée vers l’Europe et juge inéluctable « l’africanisation » de l’Europe du fait des mouvements migratoires qui s’annoncent. Quant à l’anthropologue d’Iribarne, il analyse par le menu les difficultés des entreprises africaines, pour une bonne partie dues à la persistance de mentalité tribales et claniques. Pour ma part, je me suis rendu en Hongrie où Viktor Orbán brigue sa réélection le 8 avril et surinvestit le thème de l’immigration, deux ans après l’édification du mur anti-migrants à la frontière serbe.

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Jeff Koons et Pierre Bonte: c’est le bouquet ! 

Enfin, au rayon culture, Pierre Lamalattie vous présente le « cadeau » sculptural de Jeff Koons à la ville de Paris en mémoire des attentats. Coût de l’opération : entre trois et quatre millions d’euros. Une paille ! Emmanuel Tresmontant détaille le rituel immuable de préparation du canard laqué tel qu’on peut en déguster dans un hôtel de luxe parisien. Last but not least, comme on dit en patois, l’inoubliable Pierre Bonte, compagnon de route de Jacques Martin, pousse un cri d’alarme sur l’état des campagnes françaises. A 85 ans, l’éternel jeune homme cathodique s’est même prêté au jeu de la caméra de Jean-Paul Lilienfeld qui a en tiré une série de vidéos amusantes. Magneto !

Débat du PS: pour la première fois, un petit parti avait les honneurs d’une grande chaîne

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Les quatre candidats à la tête du Parti socialiste (PS) lors du débat du 7 mars 2018 sur LCI. De gauche à droite: Stéphane Le Foll, Emmanuel Maurel, Olivier Faure et Luc Carvounas. Photo: GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

Le débat entre les candidats à la tête des restes du Parti socialiste (PS) a tourné autour… d’un ancien de la maison, Emmanuel Macron. 


Faut-il que nous soyons attentifs aux lecteurs de Causeur pour se priver de « Zemmour et Naulleau », sans doute la meilleure émission politique du PAF, et regarder pour eux le débat entre les quatre candidats à la tête du Parti socialiste (PS) ?

RTL et LCI, en association avec Le Figaro avaient donc organisé cette confrontation inédite sur leurs antennes. Louable intention. Pour la première fois, de grands médias offraient une vitrine à un petit parti, alors qu’ils ne le faisaient jusque-là que pour des gros. Difficile de résister à cette boutade. Le PS n’est évidemment pas un petit parti comme les autres. C’est surtout un ancien gros. On voit en effet mal LCI et RTL organiser un débat préalable au congrès de Debout La France, qui a aujourd’hui des résultats électoraux comparables à ceux du PS, et pas seulement parce que Nicolas Dupont-Aignan ne suscite pas d’opposition à l’intérieur d’un parti construit par lui et pour lui.

L’épilogue du PS

Depuis la dernière élection présidentielle, le parti d’Epinay n’est plus. Il a rejoint le score de Gaston Deferre en 1969. D’ailleurs, pour faire oublier qu’il était le candidat, Benoît Hamon a quitté le PS, de même que son finaliste de la primaire Manuel Valls, tandis que le troisième s’est lancé dans l’apiculture.

Quatre candidats s’affrontaient donc. Stéphane Le Foll en héritier du hollandisme assumé. Emmanuel Maurel en héritier des frondeurs tout aussi assumé. Olivier Faure tentait de se faufiler entre les deux. Quant au quatrième, Luc Carvounas, il tentait de déborder Maurel sur sa gauche, pour faire oublier son passé de chasseur de frondeurs, au temps où il était lieutenant de Manuel Valls. Un cinquième homme s’est invité dans ce débat très vite, et ne l’a plus quitté : Emmanuel Macron. Emmanuel Macron dont Maurel a rapidement dit justement qu’il était « la créature du PS ».

Macron, président du PS

Se positionner par rapport au président de la République fut donc le fil conducteur de l’émission, chacun montrant à sa manière à quel point il en était différent. A ce jeu, c’est Emmanuel Maurel qui était le plus efficace, car lui avait expliqué d’emblée que Macron n’était en fait que le continuateur du quinquennat Hollande, quand les autres s’échinaient maladroitement à démontrer qu’il y avait entre les deux présidents une différence de nature, et pas une différence de degré. Sur la forme, Olivier Faure, qui fait figure de favori des spécialistes en « solférinologie » (bien que le siège de Solférino soit aujourd’hui vendu), n’a pas paru très à l’aise. Luc Carvounas, après un début difficile, s’est montré ensuite plus à son avantage. Le Foll et Maurel se montraient les plus efficaces, ce qui ne constituait pas une surprise pour l’ex-ministre de l’Agriculture, habitué des plateaux. Emmanuel Maurel, inconnu du grand public, et pas très souvent invité dans les médias, constituait la découverte de ce débat. Il y eut donc des différences de fond et de forme entre les candidats… jusqu’à ce que l’immigration soit abordée en fin de débat.

Une rose très épineuse

Sur ce sujet, les quatre furent d’accord pour dénoncer la politique incarnée par le duo Macron-Collomb, et n’ont sans doute pas convaincus ceux qui regardaient l’émission sans être adhérent du PS. Cette confrontation aura-t-elle une influence sur le congrès ? Rien n’est moins sûr tant les équilibres socialistes répondent à d’autres logiques que celles d’un débat télévisé. A-t-il d’ailleurs eu un vainqueur ? Un perdant ? Sans doute Maurel et Le Foll semblent avoir marqué des points quand le favori Olivier Faure en aura perdu quelques-uns. Une chose est sûre : le chantier est immense pour le futur vainqueur. Faire exister ce parti entre Macron et Mélenchon n’a rien d’un chemin parsemé de roses, fussent-elles rouges.

Les primaires socialistes: La fin du parti militant

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Stéréotypes féminins, rêveur inconnu, appel du Nihil, etc.

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Caroline de Haas et l’Unef des fous

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©Soleil

Est-il bien raisonnable de laisser un cinéaste déraisonnable commenter chaque mois l’actualité en toute liberté ? Assurément non. Causeur a donc décidé de le faire. 


Mon parcours et deux de mes films (La Journée de la Jupe et Arrêtez-moi) témoignent de ma conviction sur la nécessité du combat féministe. Je ne fais pas partie de ceux qui ricanent ou lèvent les yeux au ciel aux mots harcèlement, sexisme, viol… et la liste est longue.

J’ai en revanche beaucoup de difficulté à adhérer au discours féministe communautariste dont Caroline de Haas est devenue l’incarnation à la force du poignet. (N’y voyez aucune allusion graveleuse.) Son féminisme me fait furieusement penser à l’antiracisme des Indigènes de la République : un racisme à l’envers incarné à la perfection par le radicalisme sectaire des dirigeantes des deux mouvements. Ses dernières déclarations dans L’Obs ne font que me conforter dans la défiance qu’elle m’inspire : « Un homme sur deux ou sur trois est un agresseur [sexuel]. » Résultat obtenu en suivant, d’après elle, une « logique infaillible » : « Il est admis qu’une femme sur deux a été victime de viol, d’agression ou de harcèlement. »

Caroline de Haas, l’indignation sélective

Ici, petite pause, car si un viol ou une agression physique sont objectivement faciles à qualifier, agression verbale et harcèlement sont deux notions qui varient considérablement suivant qui les apprécie. Si je me réfère aux critères de madame De Haas, on peut raisonnablement estimer qu’environ trois femmes sur deux ont été victimes. Toujours est-il qu’elle en tire une conséquence mathématique à la hauteur de ses compétences en la matière (elle a une maîtrise d’histoire contemporaine) : un homme sur deux ou sur trois est donc l’auteur d’un viol, d’une agression ou de harcèlement. La subtilité de l’algorithme employé m’échappe et la pertinence de la réforme des maths proposée par Jean-Michel Blanquer et Cédric Villani m’apparaît soudain criante.

A lire aussi: Une Caroline de Haas « sur deux ou trois » dit n’importe quoi

Cette manière de vouloir à tout prix opposer hommes et femmes, de désigner les méchants hommes comme le PIR désigne les méchants Blancs, relève d’un communautarisme simplet et dangereux. De plus, l’affaire de l’UNEF montre que Caroline De Haas a l’indignation aussi sélective que nos amis du PIR. Dans une tribune du Monde du 23 novembre 2017 intitulée « Militantes, nous dénonçons les violences sexistes et sexuelles à l’UNEF », 83 ex-adhérentes dénoncent le « véritable contrôle du corps des femmes » qu’ont imposé plusieurs dirigeants du syndicat étudiant pendant de nombreuses années. Or, la grande majorité des signataires militaient à l’UNEF entre 2003 et 2009, années pendant lesquelles madame de Haas en a été la trésorière puis, de 2006 à 2009, la secrétaire générale.

Et Caroline n’en a jamais parlé ?

« Bah, j’en sais rien puisque comme je ne les connais pas, les victimes ! »

Voilà donc une militante capable, au nom de la juste cause qui l’aveugle, de malmener l’arithmétique, de rapporter des faits plus que vagues sur France Info le 13 février : « J’ai eu des amies qui m’ont dit qu’elles avaient entendu des victimes parler de faits de harcèlement. J’ai plusieurs éléments qui sont remontés, au moins deux ou trois. » Approximation qu’Aphatie tente d’éclaircir : « Excusez-moi, parce que c’est assez grave, vous dites “deux ou trois”, c’est deux ou c’est trois ? – Bah, j’en sais rien puisque comme je ne les connais pas, les victimes ! Comme j’ai trois histoires qui me remontent, si ça se trouve ça concerne la même personne. »

Bah vi ! Si ça se trouve. Allez savoir…  Sans compter qu’on n’a plus de saisons ma pauv’dame.

Mais en revanche, muette sur des faits graves concernant bien plus que deux ou trois personnes, alors qu’elle était pendant six ans aux premières loges du spectacle ? Incroyable…

D’autant qu’une deuxième vague de 16 témoignages est venue aggraver le cas de l’UNEF dans Libération du 19 février 2018. Provenant de femmes déclarant avoir été victimes de harcèlement, d’agressions sexuelles et de viols de la part de dirigeants de l’organisation étudiante entre 2007 et 2015. Pendant les premières années, Caroline De Haas occupait encore de hautes responsabilités à l’UNEF. Qu’a-t-il pu se passer pour que ses antennes si promptes à déceler le mal chez le mâle ne frémissent pas ?

Y a-t-il des bons et des mauvais porcs ?

Les 83 signataires du texte du Monde écrivent : « Certaines et certains nous ont rappelé la nécessité de “protéger” l’organisation. Cet argument a contribué à réduire au silence les victimes depuis toutes ces années… » Et qu’écrivait donc Houria Bouteldja, prêtresse du PIR, dans son livre, dont le titre est déjà un vomitif puissant, Les Blancs, les Juifs et nous : vers une politique de l’amour révolutionnaire : « Si une femme noire est violée par un Noir, c’est compréhensible qu’elle ne porte pas plainte pour protéger la communauté noire. » Fâcheuse convergence des mécaniques identitaires.

A lire aussi: Elisabeth Lévy: non au Parti unique des Femmes !

Incompréhensible de la part d’une militante intraitable qui, le 20 janvier dernier, ne trouvait pas de mots assez durs pour les pétitionnaires rassemblées autour de Catherine Deneuve et Catherine Millet : « Les porcs et leurs allié.e.s s’inquiètent ? C’est normal. Leur vieux monde est en train de disparaître. Très lentement – trop lentement – mais inexorablement. »

Je me rends bien compte qu’en tant qu’homme blanc de plus de 50 ans ma parole est triplement sujette à caution, mais n’y avait-il pas à l’UNEF toute une porcherie à balancer ? Je ne peux croire que Caroline considère qu’il y ait des porcs recyclables et des porcs à balancer. Un porc de gauche serait-il un porc sain ? Y aurait-il, comme pour les chasseurs des Inconnus, les bons porcs et les mauvais ? « Le mauvais porc, il harcèle et il viole ! Alors que le bon porc, il harcèle et il viole, d’accord… Mais c’est pas pareil… »

Truie sélective

Il ne faudrait pas que sa notabilité à laquelle elle a tant travaillé – elle dit elle-même dans une interview à Street Press du 11 février : « (…) Je devenais complètement folle, j’en venais à chouiner quand BFM appelait quelqu’un d’autre que moi. » [Pour parler féminisme, NDLR] – se voie compromise par un silence coupable. Comment vendre « de la formation et de la communication en matière d’égalité des sexes », si elle a tu ici ce qu’elle dénonce partout ailleurs ?

Il vaut mieux penser que cette histoire de l’UNEF a été montée en épingle. Ce qu’on appelle exagérément harcèlement n’était-il pas seulement une proximité incontournable due à la faible largeur des couloirs du syndicat étudiant ? Je ne peux pas croire qu’au milieu de tous ces cochons de l’UNEF, dame Haas ait fait la truie sélective par crainte que son auge ne soit plus remplie.

Anne Hidalgo à Paris: la loi, c’est moi

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Inauguration des Ateliers Jourdan-Corentin-Issoire à Paris par Anne Hidalgo, novembre 2017. SIPA. 00832238_000040

A Paris, quand la justice annule Anne Hidalgo, Anne Hidalgo annule la justice.


Anne Hidalgo a-t-elle décidé de nous faire la preuve tous les jours de son incompétence et de celle de ses équipes ? Bien qu’elle se soit plantée sur plusieurs dossiers qui coûtent une petite fortune à la ville qu’elle dirige, elle manifeste un entêtement désinvolte assez impressionnant.

Hidalgo, catastrophes à gogo

Tout le monde a déjà constaté la crasse repoussante, par endroit, de la ville lumière. Envahie par les rats, les ordures collectées de façon chaotique et une voirie souvent dans un état pitoyable, elle est devenue la capitale la plus sale d’Europe. Le changement de prestataire des Vélib’ s’avère être une catastrophe. Pour la galerie, on a souhaité se débarrasser de la société JC Decaux. Malheureusement le nouvel opérateur choisi est incapable de réaliser la prestation pour laquelle il s’était engagé. Comment justifier que les services et les élus n’aient pas été capables d’apprécier ce risque lors de l’examen des offres pendant la procédure de mise en concurrence ? Un examen attentif de la procédure ayant abouti à un tel désastre serait peut-être intéressant.

Et puis il y a aussi les marchés publics d’affichage qui constitue une ressource importante pour la collectivité et que le tribunal administratif a dû retoquer pour des irrégularités grossières. Anne Hidalgo armée de son amateurisme entêté et capricieux, a géré ses contentieux en dépit du bon sens et généré des blocages dispendieux. Habituellement, lorsqu’une collectivité locale voit un de ses marchés publics annulés, elle adopte en général la solution la plus rapide, celle qui consiste à recommencer la procédure. À l’Hôtel de ville, on ne fait pas comme ça, on est la Ville de Paris quand même ! Il a été fait systématiquement appel de ces décisions pour se faire logiquement ratatiner devant la Cour.

A lire aussi: Elisabeth Lévy: Paris est un cauchemar

Le problème, c’est que pendant la procédure, qui peut durer deux ans, il n’y a plus de marché exécutoire. Ce qui représente une perte de recettes de plusieurs dizaines de millions d’euros. Petit détail croustillant, un des marchés a été annulé parce que contraire au règlement d’affichage adopté deux ans avant par la ville elle-même. C’est-à-dire que la mairie de Paris ne respecte même pas les règles qu’elle a elle-même fait adopter. Encore bravo ! On ajoutera pour le fun la privatisation de la verbalisation du stationnement payant, qui a vu des agents chargés des procès-verbaux conduire sans permis et sous l’emprise d’alcool et de drogue. Là, c’est standing ovation.

Voies sur berges: la technique du bras d’honneur

Mais avec l’annulation par le tribunal administratif de Paris de la décision de piétonnisation des voies sur berges, il semble qu’Anne Hidalgo ait adopté une nouvelle technique vis-à-vis des juridictions : celle du bras d’honneur.

Quelques précisions concernant la procédure ayant abouti à cette piétonnisation. Il faut savoir que cette mesure de fermeture de ces voiries à la circulation automobile s’inscrit dans une mesure d’aménagement plus globale. Ces procédures sont minutieusement organisées par le code de l’urbanisme et font l’objet de rapports préalables, d’études d’impact, d’enquêtes et de concertations qui doivent permettre d’en apprécier la portée et l’utilité publique. Pour aboutir à une décision finale adoptée par la collectivité. C’est celle-ci qui a été annulée par la juridiction administrative, et ce en raison de l’insuffisance de ces procédures, ce qui n’est pas un mince reproche.

Les avis concernant cette piétonnisation, qui apparaît quand même comme une hérésie source de pollution et d’embouteillages monstres, lui sont assez massivement hostiles. La moindre des choses était donc que le tribunal administratif soit exigeant sur la qualité des procédures menées en amont. Avec la décision judiciaire, l’ensemble du dispositif s’est donc effondré. Deux possibilités s’offraient alors à la Ville de Paris. Soit elle s’incline devant le jugement et recommence la procédure pour aboutir à une décision solide. Soit elle fait appel et s’en remet à l’appréciation de la Cour. Le problème est qu’en matière de procédure administrative contentieuse, l’appel n’est pas suspensif, et le jugement d’annulation est immédiatement exécutoire, « nonobstant appel ». Par conséquent, dans les deux hypothèses, conséquences de l’annulation, les voies sur berges doivent être rouvertes à la circulation. Puisque la décision qui servait de support à la fermeture n’existe plus.

Par-delà bien et loi

Anne Hidalgo a choisi de faire appel, mais annoncé qu’elle n’exécuterait pas la décision judiciaire. Se livrant à des rodomontades assez hallucinantes, elle ne l’a pas envoyé dire aux magistrats. L’État de droit ? Connaît pas !

Anne Hidalgo a également annoncé qu’elle prendrait un nouvel arrêté de fermeture pour mettre en échec la décision du tribunal administratif et sans attendre l’examen du dossier par la cour d’appel. En bon français, cela s’appelle une mesure illégale, puisque la seule motivation de ce qui serait une simple mesure de voirie est d’empêcher l’exécution d’une décision de justice. En droit administratif, c’est tout simplement un détournement de procédure. Destiné à faire échec à l’application des règles prévues par la loi en matière de procédure judiciaire administrative, prévoyant notamment le caractère non suspensif de l’appel en matière de contentieux administratif.

A lire aussi: Elisabeth Lévy: Paris n’est plus vraiment Paris

Oh mais dites donc, ce n’est pas prévu par le Code pénal ça ? L’article L 432-1 dit que : « Le fait, par une personne dépositaire de l’autorité publique, agissant dans l’exercice de ses fonctions, de prendre des mesures destinées à faire échec à l’exécution de la loi est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende. »

Eh bien Monsieur le procureur Molins, un peu dans la lune ? Les bras d’honneur à l’attention des institutions de la République de la part du maire d’une grande ville, cela ne vous interpelle pas ?

Dites, Monsieur le préfet, et tous les conseillers de Paris qui êtes autant d’agents publics, il me semble que l’article 40 du Code de procédure pénale vous fait obligation de signaler ces faits susceptibles de recevoir une qualification pénale au parquet. Vous avez oublié l’adresse du palais de justice ?

Évidemment, il ne se passera rien, personne ne va bouger. La seule question qui vaille, pour le personnel politique c’est de savoir qui va s’asseoir dans le fauteuil de l’Hôtel de ville en 2020. L’État de droit, c’est pour la galerie. Et tant pis si ce qui devrait être la capitale de tous les Français voit sa gestion confisquée par une petite caste d’amateurs incompétents. Au profit exclusif de sa clientèle, celle qui a les moyens de vivre dans Paris intra-muros.

Les Rien-pensants

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Enquête: des indigènes sous perfusion de l’Etat

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Manifestation pro-palestinienne à Paris, avril 2017. SIPA. AP22035144_000011

Pour la mouvance décoloniale et indigéniste, l’argent public n’a pas d’odeur. Qu’il fait bon conspuer le « racisme d’Etat », alimenté par les subsides d’une France que l’on abomine !


Indigénisme ? Décolonialisme ? Il y a une dizaine d’années, en France, ces termes étaient connus seulement des spécialistes de l’Amérique latine. Progressivement, un courant d’opinion structuré s’est formé autour d’eux. Larguant les amarres avec la pensée originelle, centrée sur la place des Indiens dans le monde sud-américain, le décolonialisme hexagonal a développé des théories sur le racisme latent de la société française envers les Arabes et les Noirs, tout particulièrement lorsqu’ils sont musulmans. Le lecteur non averti qui se plonge dans les écrits indigénistes est très rapidement désorienté par des inversions de repères inattendues. L’antisémitisme n’a plus rien en commun avec le racisme. Défendre le port du voile pour les musulmanes devient progressiste. Idem pour la non-mixité homme-femme dans l’espace public qui, en certaines circonstances, contribuerait à l’égalité en libérant la parole des femmes.

Et ça marche. L’Union nationale des étudiants de France (UNEF), à laquelle ont adhéré à leur époque des personnalités aussi différentes que Jean-Marie Le Pen, le futur cardinal Lustiger et Jean-Marie Cambadélis, pratique depuis au moins un an les réunions non mixtes racisées. En clair, des femmes noires et arabes parlent entre elles. Idem à SUD Éducation 93, où une formation sur l’antiracisme comprenant un atelier non mixte racisé était organisée à l’automne dernier, avec le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) et les compagnons de route des Indigènes de la République… « Inconstitutionnel et inacceptable », avait tweeté le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer. C’est lui qui paie : l’Éducation nationale prend chaque année en charge, statutairement, 12 journées de formation pour les enseignants.

L’exploiteur blanc en ligne de mire

L’UNEF, Solidaires… Le mouvement décolonial est clairement ancré à gauche. Fania Noël, une des organisatrices du camp d’été décolonial non mixte racisé de Reims, en 2017, se définit comme « afroféministe marxiste ». Au-delà de ses inévitables dissensions internes, le mouvement se soude dans la dénonciation d’un archétype : l’exploiteur blanc. Que l’on partage ou non ses vues, le travail accompli force le respect. La mouvance existe. Elle fédère des militants sincèrement convaincus d’œuvrer à long terme à une cohabitation paisible des cultures. Elle impose ses thématiques dans le débat. Mediapart a couvert le camp décolonial de Reims en acceptant les conditions des organisateurs : pas de journaliste homme blanc.

Cette ascension éclair dans le ciel des idées, néanmoins, carbure avec un moteur un peu paradoxal, pour un mouvement qui dénonce le racisme d’État : l’argent public. Ses associations et ses éditeurs sont subventionnés. Ses colloques sont aidés.

Le Parti des indigènes de la République est un des plus ardents avocats du décolonialisme. Sa porte-parole, Houria Bouteldja, travaille à l’Institut du monde arabe, dans la partie administration (voir Causeur n° 53). Quand elle s’exprime, c’est en général à l’invitation d’universitaires : le département communication de Rennes 2 en mai 2017, la faculté de philosophie de Toulouse à l’été 2016, la faculté de Limoges en novembre 2017 (conférence annulée, dans ce dernier cas). Si Houria Bouteldja a déjà bravé le froid et l’ennui pour interpeller les colonialisés présumés sur la dalle d’Argenteuil, c’était sans caméra, ce qui serait tout à son honneur. La plupart du temps, elle évolue dans un circuit plus confortable. Son livre La France, les Juifs et nous a été publié en 2016 par La Fabrique. Cet éditeur s’est vu attribuer en 2014 une subvention de 30 000 euros par le conseil régional d’Île-de-France. Rapporté à la taille de la société (380 000 euros de chiffre d’affaires en 2016), c’est considérable. L’entregent du fondateur de la Fabrique, Éric Hazan, y est sans doute pour quelque chose. Cet éditeur expérimenté est l’archétype du révolutionnaire en chambre, appelant au soulèvement le matin (L’insurrection qui vient, collectif anonyme, 2007), répondant l’après-midi sur les antennes de Radio France aux questions de Laure Adler (septembre 2017) ou de Daniel Mermet (novembre) avec toute l’onctuosité requise.

La France fasciste comme fonds de commerce

En 2010, Houria Bouteldja était en couverture d’un autre livre, Nique la France : devoir d’insolence, cosigné par le rappeur Saïd Zouggagh, alias ZEP, et Saïd Bouamama. Un tandem de rappeur et d’universitaire improbable, mais pas unique en son genre (voir page suivante le cas de Pascal Boniface et de Médine Zaouiche). Le livre doit sa notoriété au doigt d’honneur que fait Houria Bouteldja en couverture, ainsi qu’aux paroles de la chanson Nique la France, dont le CD était distribué avec le livre. Extraits : « Nique la France ; nazillons ; bidochons décomplexés ; gros beaufs qui ont la haine de l’étranger ; Ton pays est puant, raciste et assassin ; Petit donneur de l’çons, petit Gaulois de souche, arrête ton arrogance, arrête d’ouvrir ta bouche ; Et c’que je pense, de leur identité nationale, de leur Marianne, de leur drapeau et de leur hymne à deux balles, j’vais pas te faire un dessin, ça risque d’être indécent. »[tooltips content= »L’Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l’identité française (Agrif) a porté plainte contre Saïd Bouamama et Saïd Zouggagh. Après cassation, l’affaire est revenue devant la cour d’appel de Lyon. Le 12 janvier 2018, elle a accordé à l’Agrif un euro symbolique et 3 000 euros de dédommagement pour frais de justice. »]1[/tooltips]

L’indigénisme, combien de divisions ?

Dans un mouvement politique, il y a souvent une coupure entre la minorité agissante et la base sympathisante, politiquement moins aguerrie. Dans le cas de l’indigénisme, néanmoins, c’est l’existence même de la base qui est sujette à caution. « Les réunions non mixtes de l’UNEF ne répondent à aucune demande identifiable des étudiants, commente un dirigeant du syndicat concurrent, la FAGE. C’est une initiative de leur bureau national. » Pour la FAGE, la démarche reste incompréhensible, sur le fond comme sur le plan tactique. « De notre point de vue, elles vont leur coûter des voix dans les facultés. » Mi-février 2018, après des mois de battage médiatique et de polémique, la page Facebook du camp décolonial de Reims interdit aux Blancs, organisé à l’été 2017, comptait seulement 2 922 followers. Cent fois moins que celle de l’association Égalité et réconciliation du polémiste honni Alain Soral, fermé par Facebook en décembre 2017, pour incitation à la haine (288 000 followers). Le Parti des indigènes de la République, qui existe depuis 13 ans, n’a aucun élu. Les rares listes qui s’en disaient proches ont essuyé des revers humiliants aux municipales de 2014, même dans les communes a priori les mieux disposées (4,67 % au premier tour à Bondy).

Aux antipodes du mouvement pour les droits civiques américain des années 1950 et 1960, qui mobilisait des centaines de milliers de Noirs issus des classes populaires, la mouvance indigéniste et décoloniale semble formatée par des diplômés, pour des diplômés. On pourrait même ajouter : des diplômés employés dans le public, car les théoriciens du décolonialisme sont très majoritairement fonctionnaires ou contractuels de la fonction publique. Ce qui explique peut-être leur discrétion sur une authentique discrimination : les 4,4 millions d’emplois de fonctionnaires français et le million d’emplois des professions « réservées » quasiment inaccessibles aux étrangers, même européens…

Ceux qui imagineraient Saïd Bouamama en troisième frère Kouachi feraient totalement fausse route. Âgé de 60 ans, il se dit docteur en socio-économie. Il a publié plusieurs ouvrages. Sur le plan financier, ce pays « puant, raciste et assassin » ne semble pas avoir été trop cruel avec lui. Il est un des principaux animateurs de l’association Intervention formation action recherche (IFAR), un organisme basé dans la métropole lilloise, spécialisé dans la formation professionnelle des travailleurs sociaux, « certifié Veritas depuis juin 2017 ». Il a par ailleurs bénéficié en 2016 du soutien financier du conseil régional du Nord-Pas-de-Calais. Dans le cadre d’un programme intitulé « Chercheurs citoyens », Saïd Bouamama a coordonné des travaux sur les mines et l’immigration.

En résumé, quand il ne tonne pas contre les nazillons, les Bidochons décomplexés et les gros beaufs, Saïd Bouamama les forme ou répond à leurs appels d’offres. À en juger par sa bibliographie, son discours de dénonciation d’une « droitisation » de la société française et même d’un « processus de fascisation »[tooltips content= »Extraits du blog bouamamas.wordpress.com »]2[/tooltips] n’a pratiquement pas changé depuis vingt ans. C’est à se demander jusqu’à quel point il n’est pas machinal, coupé de cette réalité du quotidien des enfants de l’immigration, dont il se dit pourtant fin connaisseur (contacté, il n’a pas répondu). Son propre quotidien semble surtout fait de tâches administratives et de conférences : Bruxelles (mars 2016), Le Blanc-Mesnil (avril), Bordeaux (septembre), Saint-Avold (mars 2017), Toulouse (mai), etc.

Les petits ruisseaux des subventions et la rivière indigéniste

Les conférences en question se tiennent en petit comité, de préférence bac+3. Celle de septembre 2016, par exemple, était organisée par le « Labo décolonial » de l’Université populaire de Bordeaux (UPB). Consacrée à la lutte contre l’islamophobie, l’intervention de Saïd Bouamama (visible en ligne) est introduite par une jeune femme voilée, qui explique que le labo décolonial est une énième « structure de femmes, non mixte de genre », soutenue par l’Association des musulmans de Bordeaux-Nord. Les intervenants passent en revue les aspects islamophobes de la société française, oubliant de dire au passage que le Labo décolonial a demandé et obtenu une subvention du Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET), dans le cadre de la troisième « Quinzaine de l’égalité, de la diversité et de la citoyenneté ». La somme était de 3 000 euros, destinés à monter une « conférence gesticulée ».

Cette subvention, ou plutôt son détournement, a d’ailleurs provoqué une rupture entre le Labo décolonial et l’Université populaire de Bordeaux. Dans un courrier dont nous avons eu connaissance, l’UPB déplore une « double facturation à l’UPB et à un partenaire de Rennes d’une prestation (conférence gesticulée) et de déplacements réalisés par la fondatrice du Labo. Cette prestation faisait pourtant déjà l’objet d’un financement public obtenu du CGET. Cette pratique était ignorée par l’UPB, par l’association accueillante, par une partie des membres du Labo et a été délibérément cachée à l’ensemble de l’association ».

Il n’y a eu aucune sanction, et aucune enquête administrative. La politique de lutte contre le racisme et les discriminations n’en est pas, il est vrai, à 3 000 euros d’indélicatesses. Il faudrait des milliers d’heures de travail pour répertorier les aides publiques accordées à la mouvance indigéniste et décoloniale. Elles émanent de diverses entités publiques (mairies, conseils départementaux ou régionaux, ministères ou satellites de l’État). Noyées dans les crédits de la lutte contre les discriminations, elles ne sont pas répertoriées en tant que telles. Dans son appel à projets pour cette année, la délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah) stipule que les associations demandeuses « s’engagent à respecter les valeurs de la République », comme si cela n’allait pas de soi. Un rapport récent de l’Inspection générale de l’administration confirme les dérives. Il décrit une politique de soutien aux associations antiracistes déboussolée par la montée de « l’ethnicisme », où plus personne ne sait tracer la frontière entre la tolérance et la compromission. Et où, sans surprise, des fonds républicains en viennent à soutenir des discours qui ne le sont pas du tout.

Mayotte, la bombe migratoire qui vient… et que l’Etat laisse venir

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Passeport d'un migrant entré illégalement à Mayotte en provenance de la République démocratique du Congo. SIPA. 00716752_000003

Cet article a été initialement publié le 3 octobre 2017.

Mi-septembre, le député LR de Mayotte Mansour Kamardine a poussé un coup de gueule sur Outre-Mer 1ere/Francetvinfo au sujet de la situation du département français de l’océan Indien, évoquant les migrations et « l’établissement par le ministre des Affaires étrangères d’une feuille de route tendant à faciliter la circulation des Comoriens vers Mayotte ». Et dans un entretien paru sur Causeur, le député allait plus loin : « À Mayotte, l’État français laisse faire le remplacement de population ». Selon RFI, le 19 septembre 2017, reprenant une annonce faite la vieille par le ministère des Affaires étrangères, « les visas entre Mayotte et les Comores seront bientôt gratuits ». On ne soupçonnera pas Mansour Kamardine d’être xénophobe ou raciste. Alors, que se passe-t-il à Mayotte ?

Mayotte, une autre France

Rappel utile à l’attention des députés LREM : Mayotte, ce sont bien des îles de l’océan Indien. Le statut ? Depuis 2011, Mayotte est un département et une région d’outre-mer. C’est aussi une région ultrapériphérique de l’Union européenne (UE) depuis 2014. Mayotte fait ainsi partie de l’UE. Il n’est pas lieu ici de discuter ces statuts. Mayotte ? 376 kilomètres carrés, une population d’environ 250 000 habitants, chiffre difficile à confirmer étant donné le poids des migrations clandestines, et une densité de plus de 600 habitants par kilomètres carrés (contre 98,8 pour la métropole). Mayotte, c’est quasiment la moitié de sa population venue de l’étranger, du fait de « la forte pression migratoire des îles voisines des Comores ». Seuls 22% des 18/24 ans nés à Mayotte le sont d’une mère native du département (Le Monde, 18 mai 2016 et chiffres Insee 2017). Toujours selon l’Insee, 50 % des non natifs sont en situation irrégulière. Près de la moitié de la population de ce département de la République française est composée d’immigrés clandestins.

A lire aussi: Mansour Kamardine: « A Mayotte, l’Etat français laisse faire le remplacement de population »

Déjà, en mai 2016, l’ancien président Hollande évoquait une situation « extrêmement préoccupante », ainsi que l’impact de l’immigration clandestine sur le système de santé et le système scolaire de l’île – « complètement saturé » d’après Stéphane Le Foll, alors porte-parole du gouvernement. Selon lui, « les tensions liées aux migrations » conduisaient à des choses « inacceptables ». Il parlait de « tensions communautaires ». Ce que ne disaient pas Hollande ou Le Foll, c’est que l’immigration comorienne à Mayotte impacte aussi la métropole. D’après l’Insee, un jeune né à Mayotte sur deux quitte l’île. Les écoles de la métropole voient ainsi arriver des enfants et des adolescents souvent en grande difficulté scolaire, ou même déscolarisés. Pourquoi ? À Mayotte, les enfants sont scolarisés dans les écoles de la République mais une grande majorité commence ou termine sa journée scolaire à l’école coranique. La présence dans les salles de classe est alors souvent plus liée à la scolarisation obligatoire qu’au désir d’apprendre. En tout cas, elle est présence fatiguée, peu disponible pour les apprentissages. Ce qui ne peut qu’avoir une influence sur le niveau scolaire de ces enfants et adolescents, réalité qui apparaît quand ils intègrent des établissements scolaires métropolitains.

Je-m’en-foutisme et « kwassa-kwassa » complexes

La gestion de ce phénomène ? Silence et bricolage selon les bonnes volontés locales. Mais le niveau scolaire n’est pas le plus inquiétant. Selon le député Kamardine, toujours sur Causeur : « Il y a des velléités de radicalisation qui viennent de l’extérieur. Je ne comprends pas qu’on laisse venir des prédicateurs extrémistes qui ne sont pas Français. Des musulmans mahorais heurtés par des poussées extrémistes sont même allés jusqu’à détruire deux mosquées radicales face à l’inertie de l’Etat. Dans la fonction publique, il arrive que des barbus venus de métropole tentent d’embrigader les jeunes en toute impunité ! On est en train de détruire le modèle mahorais d’une communauté musulmane fière d’être Française ». Et de favoriser la venue en métropole de jeunes radicalisés inconnus des services. À quoi joue-t-on ?

À propos de Mayotte, l’actuel président de la République avait donné le ton lors de sa sortie sur les Comoriens début juin 2017. Une sortie alors qualifiée de « plaisanterie malheureuse » par l’Élysée. Emmanuel Macron évoquait les « kwassa-kwassa qui pèchent peu » mais « ramènent du comorien ». La pensée complexe du président atteignait là à une sorte d’acmé, confondant immigrants clandestins et poissons, oubliant que les kwassa-kwassa ou embarcations de fortune sont des modes d’entrée de l’immigration clandestine à Mayotte – en France, donc. Le mot « du » a produit un drôle d’effet. Outre leur côté discriminatoire, assimilables par exemple à des expressions douteuses tels que « du député En Marche, c’est du député incompétent », ces propos pouvaient laisser entendre une sorte de je-m’en-foutisme de la part du chef de l’État français vis-à-vis de l’un de ses départements.

De quoi la politique migratoire française est-elle réellement le nom ?

Face à la situation de Mayotte, la déclaration du député LR Mansour Kamardine ne peut qu’accroître l’inquiétude. Le gouvernement affirme vouloir lutter contre l’immigration clandestine, les kwassa-kwassa et le trafic d’êtres humains en mettant en place des visas gratuits entre les Comores et Mayotte, dans un cadre annoncé comme « contrôlé » (« regroupement familial, formation professionnelle… »). Si le député est monté au créneau, c’est que la réalité est plus complexe. Elle s’inscrit de fait dans une autre feuille de route, celle de la ministre des Outre-Mer, Annick Girardin, laquelle a annoncé fin août 2017 vouloir créer un « visa Outre-Mer » lui aussi contrôlé. La ministre ne parle pas seulement de regroupement familial et de formation professionnelle mais aussi « de déplacements pour des enjeux économiques, sanitaires et scientifiques ». Pour Mansour Kamardine, la mesure prise par Jean-Yves Le Drian, qui ne peut que « faciliter le regroupement familial », « aboutirait inexorablement, d’une part, à la régularisation massive des clandestins et, d’autre part, à accroître l’arrivée, en nombre, de nouveaux migrants, alors même que Mayotte est déjà submergée ». « Une telle politique ne peut qu’exacerber les très vives tensions qui font de Mayotte une véritable poudrière sociale et sécuritaire », ajoute-t-il, regrettant que « pas un seul des représentants de Mayotte n’a été associé, ni même consulté, directement ou indirectement, sur cette feuille de route ».

Chacun jugera ce que les derniers mots du député disent de la fameuse « nouvelle façon de faire de la politique » annoncée à grands frais par Emmanuel Macron. Plus inquiétant est de prétendre résoudre la problématique migratoire dont souffre Mayotte par une facilitation des entrées légales, lesquelles viendront d’évidence s’ajouter aux entrées illégales – la France ayant amplement, ici comme à Calais, démontré son incapacité à faire respecter sa souveraineté. D’après le député, dont il faut rappeler qu’il est Mahorais et n’appartient à aucun groupuscule suprémaciste blanc, « on est dans une perspective d’envahissement ». Au fond, la véritable question est simple, et c’est celle dont la réponse est tenue au secret par l’actuel gouvernement comme par les deux précédents : de quoi la politique migratoire française est-elle réellement le nom ? Quelle est cette France de demain que ces politiques édifient sous nos yeux ? Au regard de la situation concrète sur le territoire métropolitain, la réponse commence à sérieusement se voir.

L’école des progressistes a déraciné deux générations de Français

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Manifestation "antifasciste" à Paris, avril 2016. SIPA. 00802582_000009

Génération « J’ai le droit ». Curieux titre qui s’éclaire très vite : cette génération, dit Barbara Lefebvre (enseignante d’histoire-géographie, exerçant depuis toujours en proche banlieue parisienne, et qui se fit connaître il y a quinze ans — quinze ans ! Et rien de fait !— en participant aux Territoires perdus de la République avec Georges Bensoussan, alias Emmanuel Brenner) — cette génération donc est celle du selfie, de l’élève au centre et d’un ego dilaté qui ne se conjugue au pluriel que sous la forme du communautarisme. La faute à Rousseau !, ai-je expliqué par ailleurs. « ‘Je’ prend tout l’espace, écrase par son irréductible souveraineté un « Nous » qui aura servi au genre humain à faire société depuis des siècles, sinon des millénaires. » Ni société, ni nation. Le Je du « j’ai le droit » est le rêve des marchands qui pensent que la disparition des Etats-nations leur permettra de vendre plus de portables et de gadgets électroniques. C’est un ‘Je’ d’autant plus certain de son importance qu’il est en fait à valeur nulle.

L’école des Merah, Kouachi, Coulibaly…

C’est aussi la génération de l’école sacrifiée aux idées létales des pédagos. Comme elle le dit avec force, « ils étaient dans nos classes, dans les années 1990 et 2000, les Merah, Fofana, Kouachi, Coulibaly et d’autres « déséquilibrés » venus à leur suite». « Déséquilibrés » est entre guillemets parce que Barbara Lefebvre n’adhère pas — mais alors, pas le moins du monde — au discours lénifiant qui voudraient que les auteurs d’attentats soient juste des détraqués. C’est l’islam en soi, dans la lecture qu’impose le wahhabisme, qui est détraqué — et « le hijab est le drapeau de l’islam radical ». Bref, c’est un livre où l’on ne fait pas de prisonniers.

Comment tout cela a-t-il commencé ? « Depuis presque un demi-siècle une nomenklatura intellectuelle se sera érigée en mère-la-morale. » Ça, c’est le décor lointain. Puis la caméra se rapproche, et filme le lieu du désastre. « [À l’école] l’enfant fait l’expérience fondatrice du déplacement d’identité qui fonde toute société humaine : enfant de ses parents, il devient élève de sa classe (…) Le fait de devenir élève ne signifie pas l’effacement de son identité d’enfant, mais l’apprentissage d’une coexistence nécessaire pour s’instruire, pour apprendre à se détacher de lui-même et vivre dans cette société en miniature qu’est l’école. (…) C’est un effort auquel certains enseignants n’obligent plus l’enfant, car ce serait contraire à son libre développement. » La faute à Rousseau, vous dis-je ! Emile, Kevin et Mohammed sont désormais des sujets. Des roseaux pensants — surtout s’ils sont dépensants.

L’assassinat de l’histoire et du français

« La dévastation de l’école républicaine, continue Lefebvre, s’est construite sur un renoncement majeur : celui de l’héritage culturel via la langue française. En rendant impossible une véritable maîtrise de la langue française par tous les enfants, en la réduisant à une langue de communication purgée de toute nuance, de toute grammaire, de toute référence, en se gardant de leur imposer les codes culturels nécessaires pour entrer dans le monde, on est parvenu à déraciner déjà deux générations de Français, celle des années 1980 et celle des années 2000. »

« Le français et sa littérature d’une part, l’histoire, d’autre part, sont les mamelles de l’identité nationale. C’est pourquoi déraciner l’enseignement de ces deux disciplines était primordial pour les guérilleros du multiculturalisme postmoderne, du libéralisme mondialisé, de l’individu atomisé. » J’ai expliqué moi-même tout cela dans Voltaire ou le jihad et dans C’est le français qu’on assassine. Mais cela fait toujours plaisir de constater qu’il y a deux Cassandres qui hurlent dans le désert.

S’ensuivent deux chapitres fort documentés sur la façon dont la méthode Foucambert a supplanté la méthode syllabique, de façon à fabriquer des illettrés, et dont les idéologues d’Aggiornamento ont subverti les programmes d’Histoire, en en faisant « l’otage des identités et des mémoires qui clament leur « droit » dans une concurrence effrénée avec des revendications mémorielles. Rien d’étonnant si Macron se réfère volontiers à Patrick Boucheron, l’auteur de cette Histoire mondiale de la France qui prétend « organiser la résistance face au « roman national » » — pauvre cloche qui tinte au Collège de France.
Pourtant, de remarquables historiens de gauche (Pierre Nora, Marc Ferro, Jean-Pierre Vernant ou Pierre Vidal-Naquet, entre autres) se sont éloquemment élevés contre la mainmise de l’Etat sur le « devoir de mémoire ». Peine perdue — leur voix ne portent pas face aux hurlements des idéologues qui se prétendent historiens, et qui confondent droit à l’Histoire et devoir de mémoire.

La génération Bondy Blog

Résultat ? « Une jeunesse abandonnée, livrée à elle-même. La génération « j’ai le droit ». Tout cela procède de l’acculturation, de l’abandon intellectuel auquel l’institution scolaire les a voués en se mettant à leur niveau au lieu de les élever. »

Comme Carole Barjon l’année dernière, Barbara Lefebvre aime bien nommer un chat un chat, et un idéologue un crétin patenté. Et de dénoncer « les vigilants chiens de garde progressistes du Café pédagogique, du collectif Aggiornamento et de leurs affidés blogueurs sur Mediapart ou le Bondy Blog ». Ou Gregory Chambat, qui « consacre une partie de son site internet à la traque des fascistes qui dominent actuellement, selon lui, le débat d’idées sur l’école. »

À noter que l’on doit tout de même à Chambat une bibliographie presque complète de l’anti-pédagogisme qui permettra à chacun de savoir ce qui lui manque…

Prof d’Histoire-Géographie, elle ne révère ni Francis Fukuyama, ni Emmanuel Macron : « Après avoir essayé de nous faire croire en 1989 que l’histoire était finie, on rejoue maintenant la musique du progressisme : l’histoire est « en marche » ! » Sans doute fait-elle partie de ces « tristes esprits englués dans l’invective permanente », comme a dit Macron (dans Un personnage de roman, de Philippe Besson, Julliard, 2017). Ni Vallaud-Belkacem : « La réforme du collège qui a suivi la loi de refondation de l’école a été la gifle de trop. » Ni Blanquer, dont elle doute qu’il…

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

 

C'est le français qu'on assassine

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Les territoires perdus de la République

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Au Brésil, les évangéliques conquièrent les coeurs, pas les votes

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Le footballeur brésilien, Neymar, est l'un des plus célèbres évangéliques brésiliens et ne manque jamais de le faire savoir lorsqu'il célèbre ses victoires. Ici aux Jeux olympiques de Rio 2016. SIPA. REX40445362_000018

Il fut une époque où on se plaisait à dire que Deus é brasileiro. Par les temps qui courent, dans les bars de Rio et de São Paulo, on raconte plutôt que le Créateur s’est vengé sur le Brésil, terre bénie des cieux, en lui envoyant la pire classe politique au monde. Cette plaisanterie résonne différemment depuis la parution du dernier sondage Datafolha (31 janvier) qui positionne deux candidats évangéliques en tête du premier tour de l’élection présidentielle : Jair Bolsonaro (18%) et Marina Silva (13%). Une première au Brésil. Pourtant, l’enthousiasme n’y est pas car ces deux candidats sont fragiles. Face à Lula d’une part, ils ne tiennent pas la route, un handicap majeur puisque la justice électorale n’a pas encore décidé de le disqualifier ou non en dépit de sa condamnation à douze ans fermes. De l’autre, ils ne peuvent pas compter sur un vote évangélique uniforme. Un paradoxe et une surprise dans un pays où la ferveur religieuse et l’activisme politique des évangéliques est une réalité palpable du nord au sud. Les raisons de cette contradiction s’expliquent par la sociologie et l’histoire des églises évangéliques brésiliennes.

Sur les ruines de l’Eglise catholique

Du reflux de l’Eglise catholique se sont nourris les mouvements protestants évangéliques brésiliens, dans toute leur diversité. Des baptistes aux pentecôtistes, ils ont réussi à édifier une religiosité vivante et fière d’elle-même partout où l’Eglise a cédé, intimidée par une modernité laïque et urbaine qui l’a progressivement marginalisée. Sur les ruines d’un catholicisme dépassé et dévitalisé se sont édifiées des religions jeunes, importées au Brésil au seuil du XXe siècle, voire bien plus tard. Elles ont avancé à rebours de l’Eglise de Rome en prenant le soin de lui emprunter ses symboles et ses récits : la figure de Jésus bien sûr, les miracles, l’attachement à Jérusalem et la liste est longue. On n’est jamais dépaysé lorsque l’on met les pieds au Templo de Salomão (São Paulo), on se croit à Bethlehem ou quelque part en Asie mineure, comme si les architectes brésiliens avaient pris le soin de construire le neuf avec les vestiges de l’ancien.

A lire aussi: Le Brésil, un géant sans boussole

La prouesse des prédicateurs et autres fondateurs de cultes évangéliques a été d’interpréter le repli de la pratique catholique non comme un refus du religieux mais comme une insatisfaction, un déphasage entre l’offre et la demande. Sans attendre, ils ont convoité le terrain abandonné par l’Eglise dans les villes et au plus profond des âmes. Dans les années 1980-90, ils sont allés là où le prêtre n’allait pas ou ne voulait plus se rendre : les grandes ceintures urbaines gonflées jour après jour par l’exode rural et l’explosion démographique. Ils ont fait le pari de convertir les déshérités, ceux dont la demande de spiritualité et de soutien moral n’intéressait personne.

L’Eglise qui soutient le peuple

La conquête a été relativement facile. Là où le prêtre oppose au fidèle un Eternel immuable, le pasteur évangélique lui dit ce qu’il a envie d’entendre : du réconfort, du réconfort et encore du réconfort. Un avantage compétitif dans le calvaire que représente la vie sous la pression constante des fusillades, de l’inflation et de la détresse émotionnelle. L’Etat a beau reculé devant le crime et les inégalités, la famille a beau se décomposer à cause de l’alcoolisme et des abandons de foyer, les temples ont gardé les portes grandes ouvertes, tout le temps. Rien de surprenant à ce que les mères célibataires aient été les premières à se convertir et à diffuser la bonne nouvelle.

En une trentaine d’années, la part des catholiques dans la société est passée de 90% à 64% (recensement de 2010), des millions de fidèles ont plié bagages pour rejoindre les temples évangéliques qui offrent une spiritualité en phase avec l’époque et les réalités du pays. Ils sont plus de 40 millions à se déclarer évangéliques au Brésil.

Bien entendu, le catholicisme n’est pas mort au Brésil, il recule tout simplement. Il a perdu gros dans les périphéries c’est-à-dire dans les Etats amazoniens, au nordeste et dans les zones fragiles des grandes villes du sud comme Belo Horizonte ou Porto Alegre. Il serait aussi inexact de réduire la réalité évangélique au Brésil à une religion de damnés de la terre. Baptistes, méthodistes et presbytériens se sont enracinés au sein de la classe moyenne et cultivent une modération et une retenue que l’on a peine à retrouver chez les pentecôtistes de l’Assembleia de Deus ou l’Igreja Universal. Il n’empêche que ceux qui font parler plus d’eux, ceux qui comptent le plus d’adhérents sont les églises pentecôtistes. Elles érigent les temples les plus imposants et diffusent leurs cultes en prime time.

Le paradis pour tout de suite

Les mouvements pentecôtistes veulent secourir, éviter le naufrage des plus fragiles c’est-à-dire de ceux qui ont besoin de se défendre: mères célibataires, migrants intérieurs, jeunes des périphéries. Comme une médecine de guerre ou d’urgence, elle se préoccupe d’abord de l’immédiat : repousser les assauts de la pauvreté, du mari alcoolique, de la drogue. Survivre. L’Eglise se situe sur le front de la grande guerre civile de tous contre tous, guerre pour l’habitat digne, pour l’insertion professionnelle, pour le droit à être heureux…

Les pasteurs proposent donc une religion moderne, celle du troisième millénaire. Une spiritualité qui accepte le monde tel qu’il est. Elle se résigne au matérialisme, elle accepte le capitalisme et ce qui va avec : l’individualisme et les inégalités. C’est la religion du Moi et du Maintenant. Point de Nous, point d’Au-delà. L’individu est au centre de tout, il lui revient de se libérer de ses démons et de participer à la vie d’ici-bas pour en tirer le maximum. D’où l’insistance sur la prospérité et la valorisation du succès matériel.

Dans ce contexte, le collectif passe au second plan. Il n’est point question d’une révolution sociale (réduire les inégalités) ou sociétale. Si défendre une vision traditionnelle de la famille fait partie du discours quotidien des pasteurs, on reste tout de même loin des grandes mobilisations populaires et des manifestations de rue. L’accent est porté sur la vie privée, l’auto-transformation, s’améliorer soi-même pour souffrir moins et vivre bien. Point de projet de contre-société comme chez les mormons américains voire les ultra-orthodoxes israéliens. Rien à voir avec l’islam ou même le catholicisme d’Etat qui a marqué la vie politique de tant de nations d’Amérique du Sud comme la Colombie ou le Chili.

Le chaos leur va bien

C’est peut-être ce renoncement à ne pas changer les règles du grand jeu social qui explique l’absence d’un réel vote évangélique ou d’un bloc de Dieu au niveau national. A Brasilia, il y a près d’une centaine de députés qui se déclarent ouvertement évangéliques : ils n’ont jamais senti le besoin de se regrouper en un mouvement politique unitaire. Il faut dire que la compétition est très dure entre les églises qui se voient aussi comme des entreprises commerciales en concurrence pour le fameux dízimo, ces fameux 10% des revenus mensuels que chaque fidèle est censé verser à son église.

Les chosent sont peut-être tout simplement bonnes comme elles sont aujourd’hui. Les pasteurs font de la politique, se font élire à tous les niveaux, du local au fédéral. L’entrée en politique leur donne accès à une immunité et à des prérogatives qui leur suffisent amplement. Ils peuvent ainsi exiger toujours plus de fréquences FM pour leurs radios communautaires et « blinder » les exonérations fiscales dont bénéficient les lieux de culte. Imaginez les centaines de millions d’euros cash qui circulent chaque mois dans le système. Assis sur leurs fiefs électoraux, les pasteurs sont souvent invités à assumer tel ou tel ministère en contrepartie d’un renvoi d’ascenseur ultérieur, tout cela au nom de la governabilidade. C’est ainsi que la gauche (PT) a nommé des ministres de la Pêche (Marcelo Crivella, Rio de Janeiro, 2012) et des Sports (George Hilton, Bahia, 2014) qui ne connaissent rien au sujet et ne s’en sont jamais cachés.

Ce manque d’ambition, bien qu’il s’explique par plus d’une raison, n’en est pas moins surprenant. Car les thèmes de nature « morale » ne manquent pas dans un pays dévasté par le plus grand scandale de corruption de l’histoire (Lava Jato) et une violence endémique alimentée par la drogue. Il y a des communes à São Paulo où la maternité précoce (être mère à douze, treize ou quinze ans) fait des ravages, à commencer par la santé des jeunes mères. Il y aurait de quoi mener croisade sur croisade à Brasilia avec la certitude de compter sur des millions de sympathisants.

Loin d’être une force de changement social, les mouvements évangéliques semblent « acheter » le consensus mou qui gouverne le pays : un Etat obèse, des inégalités extrêmes et des mœurs politiques douteuses. Que le Brésil incarne une grande liberté sexuelle ne semble pas les gêner outre mesure du moment que les conséquences soient d’abord du ressort des femmes puisque l’avortement est proscrit par la loi (Lula et Dilma ont eu quinze ans pour changer la législation et ne s’y sont pas risqués).

Cuidar vs Punir

Sans ambition réelle pour le pays, les pasteurs et les dirigeants des églises évangéliques ne sont pas prêts d’exercer leur force en 2018 en appelant à voter pour Jair Bolsonaro ou Marina Silva. Ces deux-là doivent tenir compte que le Brésil évangélique est similaire au reste du pays en ce qu’il est traversé par deux fractures : autorité vs libertés et assistencialismo vs libéralisme.

Bolsonaro plaît à l’aile droite des évangéliques et bien au-delà car il est fort en effet chez les jeunes de toutes les régions et toutes les confessions. Il souhaite incarner le retour de l’ordre après des années de reculades devant le crime organisé, les partis politiques corrompus et certaines minorités ou lobbies (il s’oppose avec véhémence à l’homosexualité).

Marina quant à elle représente l’aile gauche, elle s’identifie à la cause de la réforme agraire et de la justice sociale. Elle aussi recrute au-delà du public évangélique puisqu’elle a toujours attiré les faveurs d’une partie de la jeunesse éduquée qui y voit une troisième voie écolo et honnête entre la gauche syndicale (PT) et le centre-gauche (PSDB).

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A vrai dire, être évangélique ou pas est une question secondaire. Au nom de l’harmonie et de la paix, Bolsonaro veut réarmer les civils pour faire face à une criminalité intense (recordman du monde des homicides) alors que Marina, se revendiquant des mêmes principes, s’y oppose farouchement. Elle incarne une logique d’apaisement et de réparation (cuidar) alors que lui promeut la punition (punir). Si ces deux-là se qualifient au second tour, l’élection se jouera entre cuidar et punir.

Bolsonaro est certainement proche de son potentiel maximum, il a peu à gagner des débats télévisés car ses excès verbaux ont coupé les ponts (définitivement peut-être) avec les élites culturelles et économiques, celles qui donnent le « la » au niveau des médias mainstream. Marina a encore de la marge pour progresser car elle a bien joué tactiquement durant les trois ans qu’a duré le scandale Lava Jato (il n’est pas encore fini). Elle a gardé profil bas et n’a jamais vraiment tiré à boulets rouges sur le PT et Lula. Elle a bien entendu émis des critiques mais elle n’a jamais rien dit qui puisse la faire cataloguer comme ennemi mortel de la gauche brésilienne. Si Lula est empêché de concourir, il est possible qu’il consente à appeler à voter Marina pour faire barrage au fascisme. Magie de la politique brésilienne.

Le consensus de Dieu

De loin, Marina a tout pour plaire. Elle qui est née dans une famille noire et désargentée de l’Amazonie brésilienne et a surmonté tous les obstacles qui s’opposent à l’ascension d’une femme de couleur au Brésil. Le problème est qu’elle voit la main de Jésus derrière sa réussite personnelle, un péché pour beaucoup. Elle va donc devoir trouver un terrain d’entente avec la gauche universitaire et les militants antiracistes, féministes et LGBT. Pour « cadrer » dans le discours progressiste, il lui faudra conclure des deals sur des questions sensibles comme le mariage gay (en vigueur depuis 2013) qu’elle a toujours critiqué. Tout n’est pas perdu d’avance sur ce front car il est possible que Marina choisisse un sujet fédérateur comme le combat contre l’homophobie, un domaine où le Brésil est encore une fois champion du monde. Ce serait une occasion de rendre un service à la société brésilienne et de gagner l’élection au passage.

Merkel revient, l’Europe de Macron devra patienter…

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angela merkel macron spd europe
Angela Merkel et Emmanuel Macron. Sipa. Numéro de reportage : 00840482_000003.

Maintenant que la grande coalition entre CDU et SPD se met en place à Berlin, le grand dessein européen d’Emmanuel Macron risque de buter sur l’intransigeance allemande. Fonds monétaire, défense, réforme des institutions : les motifs de fâcherie ne manquent pas entre les deux côtés du Rhin.


«  Ende gut, alles Gut ! ». Tout est bien qui finit bien… Après six mois de tergiversations et de psychodrame, la constitution du gouvernement Merkel IV est désormais possible après le vote favorable à l’accord de GroKo (coalition CDU/CSU-SPD) par 66% des militants du Parti social-démocrate. Plus large que prévu par les observateurs d’outre Rhin, ce vote positif est davantage le résultat d’une angoisse devant la perspective de nouvelles élections, annoncées comme catastrophiques pour le SPD par les augures, que d’une adhésion enthousiaste des militants de ce parti à la reconduction d’une alliance avec la chancelière Merkel.

Merkel ou le Déluge

Le retour au pouvoir de la coalition des perdants des élections de septembre est un pis-aller, annonçant une période d’incertitudes politiques, où les arrières pensées relatives à la succession d’Angela Merkel risquent de l’emporter sur les visions hardies et novatrices pour résoudre les problèmes auxquels l’Allemagne et l’Union européenne sont aujourd’hui confrontés. Angela Merkel s’est « bunkerisée » au sein de son parti en promouvant son double Annegret Kramp-Karrenbauer au poste stratégique de secrétaire générale de la CSU, et potentielle héritière, et en neutralisant provisoirement son principal contradicteur interne, le « droitier » Jens Spahn, en le nommant ministre de la Santé dans le prochain gouvernement. Elle proclame sa volonté de tenir la barre jusqu’à la fin de la législature, en 2021, mais elle sait bien que son sort dépend de sa capacité à endiguer, lors des prochains scrutins locaux, l’ascension de l’AfD, parti eurosceptique et hostile à l’immigration de masse.

A ses côtés, elle aura un SPD en plein désarroi, hanté par la perspective de subir le sort électoral de ses homologues européens, donc moins enclin à se montrer ouvert à des concessions au nom du réalisme d’une gauche de gouvernement. L’irruption au premier plan du débat politique allemand, de la question identitaire, de l’insécurité culturelle d’une population pourtant majoritairement satisfaite de ses conditions de vie matérielle est un défi auquel la chancelière devra faire face dans les mois à venir.

Auf wiedersehen papa Schulz

Après l’échec, à Berlin, de la coalition dite « jamaïcaine » (CDU/CSU, Libéraux, Verts), Emmanuel Macron pensait avoir évité le pire, en l’occurrence l’entrée au gouvernement allemand d’un parti libéral (FDP) frontalement opposé à sa vision européenne, telle qu’il l’avait développée dans ses discours d’Athènes et de la Sorbonne de l’automne 2017.

Le président français se réjouissait alors du retour annoncé au pouvoir d’une Grande Coalition (« GroKo »), où le Parti social-démocrate (SPD) était conduit par le francophone et francophile Martin Schulz, ex-président du Parlement européen, et membre du fan club jupitérien (section allemande).

Manque de chance pour Macron, cette séquence de la politique allemande a déjà fait une victime : Martin Schulz, qui a dû, coup sur coup, abandonner sa présidence du parti à Andrea Nahles, ministre du Travail dans le gouvernement sortant, et renoncer à occuper dans un éventuel gouvernement Merkel IV le ministère des Affaires étrangères, qui lui avait été concédé par la chancelière. Salué au printemps dernier comme le sauveur d’un SPD en capilotade, Martin Schulz a été sacrifié, car son impopularité au sein du parti, conséquence du cuisant échec aux élections législatives de septembre, aurait nui à l’approbation par les militants de l’accord de GroKo.

L’Europe de Macron à l’abandon

Emmanuel Macron et son projet ambitieux (mégalomane selon certains) de bouleverser l’agencement politique de l’Union européenne sur le modèle « disruptif » qui lui a assuré son succès lors de l’élection présidentielle française pourraient être les victimes collatérales de cet accord. Or, Macron ne peut guère espérer aujourd’hui une adhésion enthousiaste de l’Allemagne à son projet d’intégration politique renforcée des pays du « premier cercle européen » concernant la gouvernance de la zone euro, la défense, la lutte contre le réchauffement climatique et la refonte des institutions de l’Union.

Sur tous ces points, le programme adopté à Berlin ne constitue pas une brutale fin de non-recevoir, mais il pose des limites strictes aux changements proposés par Paris, soupçonnés d’atteintes graves aux dogmes économiques professés outre-Rhin et aux intérêts matériels de l’Allemagne.

C’est le cas de la transformation du Mécanisme européen de stabilité (MES), mis en place lors de la crise de l’euro en 2010, en Fonds monétaire européen qui interviendrait à la place du FMI pour aider les pays en difficulté financière sur le Vieux Continent. Alors que la France voudrait placer ce fonds sous la tutelle politique d’un gouvernement de la zone euro, Berlin préfère un « FME » autonome, à l’image de la Banque centrale européenne, dont la mission serait de ramener à l’orthodoxie financière les pays faisant appel à ses subsides, à l’image de ce qui s’est passé, et se passe encore, avec la Grèce. Ce n’est pas l’accession prévue d’un membre du SPD, Olaf Scholz, à la tête du ministère des Finances qui fera de l’Allemagne un pays plus coulant avec les nations supposées laxistes. On a encore le souvenir des affrontements, au début des années 2000, entre Nicolas Sarkozy, alors ministre des Finances, et son collègue allemand Peer Steinbrück, social-démocrate et grand pourfendeur des libertés prises par la France avec les règles budgétaires de Maastricht… Olaf Scholz, jusque-là bourgmestre de Hambourg, ne passe ni pour un grand dépensier ni pour un partisan de la mise à la disposition des pays dits du « Club Med » des réserves allemandes. Et il ne faut pas oublier que dans le jeu politique d’outre-Rhin, Wolfgang Schäuble reste le président du Bundestag, un poste clé dans une situation politique instable… Sa parole, qui pèse lourd au sein de la CDU, n’ira pas dans le sens de la relance économique de l’UE par la dépense !

Les murs de Berlin

Sur la défense, l’accord GroKo fait des concessions importantes à l’aile pacifiste du SPD, limitant l’augmentation du budget militaire, qui passera de 1,2 % du PIB à 1,5 % en 2021, alors que les experts estiment qu’en deçà de 2 %, l’UE continuera à être un nain stratégique. Entre Paris et Berlin, les différences de doctrine militaire sont béantes, comme en témoigne la farce de la brigade franco-allemande envoyée au Sahel, dans le cadre de l’opération Barkhane : si les soldats de cette brigade hautement symbolique s’entraînent tous ensemble en Alsace, seuls les Français iront crapahuter dans le désert, pendant que leurs camarades allemands s’occuperont en ville de la logistique et de la formation des soldats africains ! Les deux ministres de la Défense, Florence Parly pour la France et Ursula von der Leyen pour l’Allemagne, ont tenté de donner le change lors de la conférence sur la sécurité de Munich. Cela n’a trompé personne : l’OTAN et la garantie sécuritaire des États-Unis, Trump ou pas Trump, restent l’alpha et l’oméga de la doctrine militaire allemande.

Emmanuel Macron ne doit pas plus compter sur l’Allemagne pour l’épauler dans le sauvetage d’une COP 21 déstabilisée par le retrait des États-Unis. Sur l’énergie, l’accord GroKo renvoie à une commission ad hoc l’engagement de réduire de 40 % les émissions de CO2 de l’Allemagne à l’échéance 2020, sous la pression des industriels inquiets du renchérissement de l’énergie qui serait consécutif à l’arrêt des centrales à charbon. Charbonnier est maître chez soi ! Dans ces conditions, Berlin serait mal placé pour donner des leçons aux mauvais élèves de la classe climatique…

Pour couronner le tout, la CDU de Mme Merkel vient de faire échouer au Parlement européen la proposition hautement macronienne de réserver 27 des 73 sièges de Strasbourg abandonnés par les Britanniques à des listes transnationales. La CDU, qui contrôle le PPE, premier parti du Parlement européen et qui devrait le rester en 2019, entend bien conserver la haute main sur la désignation de la prochaine Commission. Pour freiner Macron dans son projet de refonder l’Europe selon ses vœux, Merkel pourra compter sur le soutien de ses amis du nord et de l’est, farouchement hostiles à une Europe à plusieurs vitesses où l’hégémon franco-allemand serait le maître du jeu.

Le seul sujet de satisfaction que Paris pourrait tirer de l’accord GroKo, c’est la fin de la Willkommenskultur merkelienne, cette politique des bras grands ouverts à l’immigration de masse menée par la chancelière durant l’été 2015. Gérard Collomb devrait trouver en son homologue CSU, partisan d’un contrôle strict de l’immigration et d’une harmonisation européenne en matière de droit d’asile, un interlocuteur compréhensif.

Causeur: l’islamisme à visage citoyen

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Mennel et son visage d’ange trônent en une de notre dernière livraison. « Icône malgré elle », la candidate démissionnaire au télécrochet « The Voice »  incarne toute une génération perdue pour la France, comme le note Elisabeth Lévy : « Son joli minois enturbanné est devenu un symbole de nos tourments collectifs (…) Si elle peut apparaître comme une égérie communautaire quand elle récite le catéchisme victimaire de la discrimination, une partie de sa génération, au-delà même de la France musulmane, partage sa vision dieudonniste du monde et de la politique ».

Enquête sur les associations: quand la France finance sa contre-société

Comment aurait-on pu illustrer autrement notre dossier sur « l’islamisme à visage » citoyen ? Se parant des plus nobles causes, des associations islamo-indigénistes parviennent à recueillir de l’argent public, souvent de mèche avec des collectivités locales, ainsi que le révèlent les enquêtes d’Erwan Seznec et Rachel Binhas. Ne diabolisons pas la jolie frimousse de Mennel Ibtissem, dans lequel Claude Askolovitch et Edwy Plenel voudraient voir le visage de la nouvelle France tout en censurant Zemmour, s’en émeut Alain Finkielkraut. Comme le relève Cyril Bennasar et idéal-type de la jeunesse connectée remet en cause la « version officielle » d’un attentat le lundi, verse dans le complot antisioniste le mardi, fraie avec telle ou telle ONG islamiste le mercredi, sans que cela ne choque la plupart des jeunes. De toute manière, toute une frange des musulmans de France partage son bréviaire du complot, sans forcément donner quitus aux terroristes, loin s’en faut, nous confirme le sociologue Tarik Yildiz.

Les femmes, sexe fort malgré elles

Rubrique actualités, la barque est bien chargée. Chez le beau sexe, Brigitte Axelrad et Peggy Sastre démontent coup sur coup deux mythes féministes. La professeur de psycho-sociologie Axelrad démystifie la notion d’« amnésie traumatique » en vertu de laquelle certaines féministes prétendent qu’un viol subi dans l’enfance ou l’adolescence peut être occulté puis remémoré à l’âge adulte. Une notion dépourvue de toute scientificité. De son côté, la darwinienne Peggy Sastre déconstruit l’idée d’une solidarité féminine fondée sur la seule appartenance au sexe faible. De la cellule au marché du travail, les femmes ne cessent au contraire de lutter entre elles…

« Africanisation » de l’Europe et Orbánisation de la Hongrie

Direction le continent africain en compagnie de Stephen Smith et Philippe d’Iribarne. Interrogé par Elisabeth Lévy et Gil Mihaely, le premier vient de publier La ruée vers l’Europe et juge inéluctable « l’africanisation » de l’Europe du fait des mouvements migratoires qui s’annoncent. Quant à l’anthropologue d’Iribarne, il analyse par le menu les difficultés des entreprises africaines, pour une bonne partie dues à la persistance de mentalité tribales et claniques. Pour ma part, je me suis rendu en Hongrie où Viktor Orbán brigue sa réélection le 8 avril et surinvestit le thème de l’immigration, deux ans après l’édification du mur anti-migrants à la frontière serbe.

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Jeff Koons et Pierre Bonte: c’est le bouquet ! 

Enfin, au rayon culture, Pierre Lamalattie vous présente le « cadeau » sculptural de Jeff Koons à la ville de Paris en mémoire des attentats. Coût de l’opération : entre trois et quatre millions d’euros. Une paille ! Emmanuel Tresmontant détaille le rituel immuable de préparation du canard laqué tel qu’on peut en déguster dans un hôtel de luxe parisien. Last but not least, comme on dit en patois, l’inoubliable Pierre Bonte, compagnon de route de Jacques Martin, pousse un cri d’alarme sur l’état des campagnes françaises. A 85 ans, l’éternel jeune homme cathodique s’est même prêté au jeu de la caméra de Jean-Paul Lilienfeld qui a en tiré une série de vidéos amusantes. Magneto !