L’université Paris 7 organise demain la lecture d’un texte posthume de Charb sur l’islamophobie. C’est sans compter sur deux syndicats étudiants « de gauche » qui comptent s’y opposer…


Visiblement, ils se sont sentis visés. Avant même d’avoir eu lieu, la lecture-débat de la Lettre aux escrocs de l’islamophobie qui font le jeu des racistes de Charb, organisée par l’université Paris Diderot, a provoqué l’ire des professionnels de l’indignation étudiante. Le syndicat « Solidaires Etudiant-e-s » (prononcez comme vous voudrez) réclame, dans une lettre à trous truffée d’écriture inclusive, l’annulation « pure et simple » de cet évènement… qui « participe à ce mouvement de construction raciste d’un « ennemi intérieur » ». Mesdames, Messieurs, sachez-le : Charb pue. Les étudiants-militants de Paris 7 « refusent que [leur] université soit un lieu où s’épandraient ces idées nauséabondes ». Edwy Plenel n’aurait pas dit mieux.

Inutile de s’épancher sur la suite. Le tract d’une vingtaine de lignes comprend cinq fois le mot « raciste » et l’intégrale du bréviaire antifa’ : « victimes », « oppression », « discriminé-e-s », « haine ». Motus.

Il y a six ans,  l’UNEF accueillait Charb, alors vivant et rédacteur en chef de Charlie Hebdo, à sa conférence sur la liberté de la presse. Jamais avare de contradictions, qu’il s’agisse de « sexisme » ou de « racisme », le syndicat s’est, cette fois, posé en partenaire de lutte de Solidaires. Il a menacé de faire ce qu’il fait le mieux : envahir l’amphi et empêcher le débat.

« Le mot « islamophobie » est une arnaque verbale »

Et pour cause, selon Raphaël Enthoven, « les censeurs de Charb ne l’ont pas lu eux-mêmes ». Dans leur lettre à la présidente de l’université, ils le transforment en persécuteur de l’islam qui « inquièterait », « sous couvert de laïcité », la liberté religieuse. L’ennui d’un titre, c’est qu’en dessous il y a un texte. « Or, la première phrase du texte de Charb, reprend le chroniqueur d’Europe 1, dénonce « la haine que certains tarés ont des musulmans » ». « Charb est un athée de gauche qui n’aime pas qu’on le désigne comme xénophobe », « c’est quelqu’un pour qui le mot « islamophobie » est une arnaque verbale qui fait passer la légitime critique d’une religion pour l’ignoble haine de ses pratiquants ». C’est donc là que le bât blesse : Charb ne dénonce pas les musulmans mais les gourous qui les manipulent. Finalement, ses pourfendeurs l’ont peut-être lu…

A tel point qu’ils s’acharnent contre lui et obtiennent souvent gain de cause. « Cette tentative de sabordage n’est pas la première et, malheureusement sans doute, pas la dernière, rappelle le président de la Licra, Mario Stasi. Chacun se souvient qu’à l’Université de Lille 2, le président avait [ndlr : en mars 2017] invoqué le « risque de débordements » pour annuler la représentation. » Plus récemment, à Valenciennes, le spectacle s’est déroulé en catimini : les autorités, par mesure de sécurité, ont interdit d’en faire la promotion !

La politique du PIR

« Nous assistons à une véritable capitulation et au retour d’un esprit munichois qui, chaque jour, organise nos reculades et nos reniements », constate Mario Stasi devant les conquêtes quotidiennes de la politique du PIR. C’est déjà le syndicat SUD-Solidaires (Education 93) qui proposait, en décembre dernier, des ateliers « en non-mixité », comprenez « interdits aux blancs ».

Pour y résister, Raphaël Enthoven – qui veut sans doute bloquer tous les lycées – propose de faire lire le « testament » de Charb dans toutes les écoles. « Testament » que Charb avait fini d’écrire quelques jours seulement avant d’être exécuté, le 7 janvier 2015, en compagnie de ses collègues, par les frères Kouachi. S’il a incité à la haine, c’est donc seulement contre lui.

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