Mi-septembre, le député LR de Mayotte Mansour Kamardine a poussé un coup de gueule sur Outre-Mer 1ere/Francetvinfo au sujet de la situation du département français de l’océan Indien, évoquant les migrations et « l’établissement par le ministre des Affaires étrangères d’une feuille de route tendant à faciliter la circulation des Comoriens vers Mayotte ». Et dans un entretien paru sur Causeur, le député allait plus loin : « À Mayotte, l’État français laisse faire le remplacement de population ». Selon RFI, le 19 septembre 2017, reprenant une annonce faite la vieille par le ministère des Affaires étrangères, « les visas entre Mayotte et les Comores seront bientôt gratuits ». On ne soupçonnera pas Mansour Kamardine d’être xénophobe ou raciste. Alors, que se passe-t-il à Mayotte ?

Mayotte, une autre France

Rappel utile à l’attention des députés LREM : Mayotte, ce sont bien des îles de l’océan Indien. Le statut ? Depuis 2011, Mayotte est un département et une région d’outre-mer. C’est aussi une région ultrapériphérique de l’Union européenne (UE) depuis 2014. Mayotte fait ainsi partie de l’UE. Il n’est pas lieu ici de discuter ces statuts. Mayotte ? 376 kilomètres carrés, une population d’environ 250 000 habitants, chiffre difficile à confirmer étant donné le poids des migrations clandestines, et une densité de plus de 600 habitants par kilomètres carrés (contre 98,8 pour la métropole). Mayotte, c’est quasiment la moitié de sa population venue de l’étranger, du fait de « la forte pression migratoire des îles voisines des Comores ». Seuls 22% des 18/24 ans nés à Mayotte le sont d’une mère native du département (Le Monde, 18 mai 2016 et chiffres Insee 2017). Toujours selon l’Insee, 50 % des non natifs sont en situation irrégulière. Près de la moitié de la population de ce département de la République française est composée d’immigrés clandestins.

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Déjà, en mai 2016, l’ancien président Hollande évoquait une situation « extrêmement préoccupante », ainsi que l’impact de l’immigration clandestine sur le système de santé et le système scolaire de l’île – « complètement saturé » d’après Stéphane Le Foll, alors porte-parole du gouvernement. Selon lui, « les tensions liées aux migrations » conduisaient à des choses « inacceptables ». Il parlait de « tensions communautaires ». Ce que ne disaient pas Hollande ou Le Foll, c’est que l’immigration comorienne à Mayotte impacte aussi la métropole. D’après l’Insee, un jeune né à Mayotte sur deux quitte l’île. Les écoles de la métropole voient ainsi arriver des enfants et des adolescents souvent en grande difficulté scolaire, ou même déscolarisés. Pourquoi ? À Mayotte, les enfants sont scolarisés dans les écoles de la République mais une grande majorité commence ou termine sa journée scolaire à l’école coranique. La présence dans les salles de classe est alors souvent plus liée à la scolarisation obligatoire qu’au désir d’apprendre. En tout cas, elle est présence fatiguée, peu disponible pour les apprentissages. Ce qui ne peut qu’avoir une influence sur le niveau scolaire de ces enfants et adolescents, réalité qui apparaît quand ils intègrent des établissements scolaires métropolitains.

Je-m’en-foutisme et « kwassa-kwassa » complexes

La gestion de ce phénomène ? Silence et bricolage selon les bonnes volontés locales. Mais le niveau scolaire n’est pas le plus inquiétant. Selon le député Kamardine, toujours sur Causeur : « Il y a des velléités de radicalisation qui viennent de l’extérieur. Je ne comprends pas qu’on laisse venir des prédicateurs extrémistes qui ne sont pas Français. Des musulmans mahorais heurtés par des poussées extrémistes sont même allés jusqu’à détruire deux mosquées radicales face à l’inertie de l’Etat. Dans la fonction publique, il arrive que des barbus venus de métropole tentent d’embrigader les jeunes en toute impunité ! On est en train de détruire le modèle mahorais d’une communauté musulmane fière d’être Française ». Et de favoriser la venue en métropole de jeunes radicalisés inconnus des services. À quoi joue-t-on ?

À propos de Mayotte, l’actuel président de la République avait donné le ton lors de sa sortie sur les Comoriens début juin 2017. Une sortie alors qualifiée de « plaisanterie malheureuse » par l’Élysée. Emmanuel Macron évoquait les « kwassa-kwassa qui pèchent peu » mais « ramènent du comorien ». La pensée complexe du président atteignait là à une sorte d’acmé, confondant immigrants clandestins et poissons, oubliant que les kwassa-kwassa ou embarcations de fortune sont des modes d’entrée de l’immigration clandestine à Mayotte – en France, donc. Le mot « du » a produit un drôle d’effet. Outre leur côté discriminatoire, assimilables par exemple à des expressions douteuses tels que « du député En Marche, c’est du député incompétent », ces propos pouvaient laisser entendre une sorte de je-m’en-foutisme de la part du chef de l’État français vis-à-vis de l’un de ses départements.

De quoi la politique migratoire française est-elle réellement le nom ?

Face à la situation de Mayotte, la déclaration du député LR Mansour Kamardine ne peut qu’accroître l’inquiétude. Le gouvernement affirme vouloir lutter contre l’immigration clandestine, les kwassa-kwassa et le trafic d’êtres humains en mettant en place des visas gratuits entre les Comores et Mayotte, dans un cadre annoncé comme « contrôlé » (« regroupement familial, formation professionnelle… »). Si le député est monté au créneau, c’est que la réalité est plus complexe. Elle s’inscrit de fait dans une autre feuille de route, celle de la ministre des Outre-Mer, Annick Girardin, laquelle a annoncé fin août 2017 vouloir créer un « visa Outre-Mer » lui aussi contrôlé. La ministre ne parle pas seulement de regroupement familial et de formation professionnelle mais aussi « de déplacements pour des enjeux économiques, sanitaires et scientifiques ». Pour Mansour Kamardine, la mesure prise par Jean-Yves Le Drian, qui ne peut que « faciliter le regroupement familial », « aboutirait inexorablement, d’une part, à la régularisation massive des clandestins et, d’autre part, à accroître l’arrivée, en nombre, de nouveaux migrants, alors même que Mayotte est déjà submergée ». « Une telle politique ne peut qu’exacerber les très vives tensions qui font de Mayotte une véritable poudrière sociale et sécuritaire », ajoute-t-il, regrettant que « pas un seul des représentants de Mayotte n’a été associé, ni même consulté, directement ou indirectement, sur cette feuille de route ».

Chacun jugera ce que les derniers mots du député disent de la fameuse « nouvelle façon de faire de la politique » annoncée à grands frais par Emmanuel Macron. Plus inquiétant est de prétendre résoudre la problématique migratoire dont souffre Mayotte par une facilitation des entrées légales, lesquelles viendront d’évidence s’ajouter aux entrées illégales – la France ayant amplement, ici comme à Calais, démontré son incapacité à faire respecter sa souveraineté. D’après le député, dont il faut rappeler qu’il est Mahorais et n’appartient à aucun groupuscule suprémaciste blanc, « on est dans une perspective d’envahissement ». Au fond, la véritable question est simple, et c’est celle dont la réponse est tenue au secret par l’actuel gouvernement comme par les deux précédents : de quoi la politique migratoire française est-elle réellement le nom ? Quelle est cette France de demain que ces politiques édifient sous nos yeux ? Au regard de la situation concrète sur le territoire métropolitain, la réponse commence à sérieusement se voir.

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