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L’AfD: l’autre Allemagne

L’AfD: l’autre Allemagne
Manifestation de l'AfD à Erfurt, septembre 2015. SIPA. AP21798077_000003
Manifestation de l'AfD à Erfurt, septembre 2015. SIPA. AP21798077_000003

Herbert, 51 ans, ingénieur, vit au nord-est de Berlin.

« J’ai voté AfD parce que les autres partis allemands pensent tous la même chose : ils ressemblent à l’Union européenne. Les Allemands n’ont pas forcément la même opinion que l’« Europe ». Mais leurs idées sont brisées par les partis de gauche. Au moins l’AfD a sa propre opinion, loin de la majorité. Donc on nous écoute. La semaine dernière, M. Hendrik Pauli, un professeur, a été licencié parce qu’il avait voté AfD, où est la démocratie ? La France a le Front national, l’Autriche le Mouvement pour l’Europe des nations et des libertés. Nous sommes l’une des dernières nations à ne pas pouvoir nous exprimer, on veut plus de démocratie. »

Herbert, 51 ans, ingénieur, vit au nord-est de Berlin

 

Hendrik Pauli, 38 ans, professeur de biologie et de chimie, vit dans le quartier de Neukölln, à Berlin.

« J’ai voté AfD lors des dernières élections locales de Berlin, j’y ai même participé en tant que candidat dans le district de Neukölln, mais je n’ai pas eu assez de voix. Depuis ses débuts en octobre 2013, j’ai vu l’AfD monter en puissance, nous ne savons pas où le vent nous mènera mais je suis convaincu que cette montée n’est pas près de s’arrêter. Aux dernières élections nous avons obtenu 14,2 % de votes, je me demande comment nous pourrions obtenir jusqu’à 17-20 % en septembre 2017. »

Hendrik Pauli a perdu son poste de professeur de collège pour avoir ouvertement parlé de ses activités politiques. Il a participé en 2016 à des rassemblements berlinois de PEGIDA (Européens patriotes contre l’islamisation de l’Occident). Il affirme être proche des militants du Bloc identitaire (Identitäre Bewegung).

Hendrik Pauli, 38 ans, professeur de biologie et de chimie, vit dans le quartier de Neukölln, à Berlin.

 

Christian Buchholz, député AfD (Alternative pour l’Allemagne) au parlement local de Berlin, a été élu dans le sous-district de Pankow-1 lors des élections du 18 septembre 2016, avec 22,44 % des voix.

Causeur. Pouvez-vous vous présenter ?

Christian Buchholz. J’ai 50 ans, je suis né à Hambourg et j’habite dans le quartier de Prenzlauer Berg à Berlin. Ma famille est originaire de Hanovre et de Rostock. J’ai rejoint l’AfD il y a deux ans et demi. Auparavant, j’ai été officier dans l’armée allemande pendant douze ans (je suis toujours capitaine de réserve). Je suis arrivé à Berlin en 2006 pour travailler chez Daimler. Ma famille a toujours voté CDU, mais dans les années 1980-1990 nous avons commencé à nous poser des questions car aucun parti ne représentait la classe moyenne et les citoyens conservateurs. Aujourd’hui, l’AfD occupe cet espace politique. Nous avons notre propre culture, nous avons de l’expérience et nous sommes intellectuellement armés contre le système actuel. Nous sommes une vraie opposition.

Pensiez-vous obtenir de tels scores aux élections locales de 2016 ?

C’était peu probable. Mon score dans le sous-district de Pankow-1, 22,44 %, était inespéré.

Pourquoi avez-vous choisi de vous présenter dans ce sous-district ?

Nous estimions, à raison, que les difficultés de ce quartier jouaient en notre faveur. Tout d’abord, il y a un gros problème de transport en commun : il faut environ une heure et demie pour rejoindre le centre de Berlin. Ensuite, un problème d’immigration : on compte déjà 8 500 immigrants sur 50 000 habitants et on en attend 7 000 à 8 000 de plus en 2017. Il faudra donc forcément construire des centres d’accueil pour réfugiés qui s’ajouteront à ceux qui existent déjà. Or le gouvernement ne dit rien de ses projets. Mais les habitants ne sont pas stupides, et ils ne supportent pas qu’on fasse cela dans leur dos, sans même les informer. Voilà pourquoi ils votent AfD. Enfin, Pankow-1 souffre de difficultés économiques et d’une pénurie de logements. Le gouvernement s’est trompé de projets : plus de 78 millions d’euros ont été injectés dans des projets de construction mais les prix sont exorbitants. Enfin, il y a moins d’argent pour l’éducation. J’aurais aimé au contraire que Berlin rénove les écoles de Pankow-1, dont beaucoup sont délabrées.

Selon vous, donc, c’est un problème de communication entre le gouvernement et les citoyens ?

Exactement. Les gens étaient surpris, est-ce qu’on leur a demandé ?

Quel est le profil d’un électeur AfD ?

Il a entre 30 et 60 ans. Les plus jeunes et les étudiants ne s’intéressent pas à l’AfD avant de se heurter aux marchés du travail et du logement. C’est alors qu’ils découvrent aussi qu’il y a beaucoup trop de taxes. Nous avons également beaucoup de personnes issues de la classe ouvrière et des indépendants.

Politiquement, d’où viennent-ils ?

Essentiellement, ce sont des abstentionnistes. Sur environ 231 000 votes en notre faveur dans les élections locales de septembre 2016, quelque 70 000 étaient d’anciens abstentionnistes.

Quelles sont les exigences de l’AfD pour l’avenir proche ?

Que le gouvernement allemand respecte la loi et qu’Angela Merkel communique plus avec les citoyens allemands. Après les attentats du Bataclan et de Nice, et les événements de Cologne, la chancelière n’a presque pas communiqué ! Nous voulons informer le peuple et faire entendre notre critique du gouvernement mais aussi du Parlement. Même si nous ne sommes pas encore assez puissants, nous allons réveiller le peuple.

Christian Buchholz, député AfD (Alternative pour l'Allemagne) au parlement local de Berlin, a été élu dans le sous-district de Pankow-1 lors des élections du 18 septembre 2016.

 

Warner Bruns, 53 ans, ingénieur en calcul numérique à Berlin et à Losenstein en Autriche.

« J’ai voté AfD à Charlottenburg pour les élections locales de Berlin, car je n’avais pas d’autre choix. Les autres partis n’ont aucun sens à mes yeux. L’AfD propose une vraie alternative, car ici, à Berlin… il n’y a pas de liberté d’expression avec les partis ; c’est une fausse démocratie. On en a marre de l’actuel gouvernement [Merkel], on s’est moqué de nous et on se sent exclus de la société allemande, alors qu’avec l’AfD on est entendus. Ils nous comprennent. Ce parti permet de briser le silence qui règne dans la société. J’attends qu’il nous sorte de la crise des migrants et de notre économie en berne à cause de la Grèce. »

Warner Bruns, 53 ans, ingénieur en calcul numérique à Berlin et à Losenstein en Autriche.

 

Beate Prömm, 42 ans, traductrice freelance français-allemand, habite au nord de Berlin

« J’ai voté AfD pour renforcer l’hégémonie allemande.[access capability=”lire_inedits”] Je n’ai pas du tout apprécié que Merkel ait décidé d’aider la Grèce, en 2012, sans demander leur avis aux citoyens. Merkel préfère l’Union européenne. Elle n’a pas pensé une seule seconde aux Allemands. Il faut une politique pour le peuple et pas contre lui, et je parle même des Allemands qui ne vivent pas ici.

Avant je votais pour le Parti pirate, un parti d’extrême gauche voire anarchiste, mais en 2013 je les ai quittés car ils sont devenus antination.

Je me suis intéressée à l’AfD en aout 2015, quand l’Allemagne a décidé d’ouvrir ses frontières aux réfugiés. Je comprends que des gens cherchent une nouvelle vie car j’ai moi-même des origines roumaines, mais je ne vois pas pourquoi on laisse passer cette immigration de masse, c’est sans limite.

Les gens disent que nous, les électeurs de l’AfD, nous sommes le diable. Désolée, mais nous sommes une communauté où il y a des idées différentes, il faut les respecter.

Je ne veux pas de guerre avec les autres nations, mais l’AfD doit nous sortir de l’Union européenne qui reste à mes yeux une dictature. J’ai peur que les nations européennes soient dissoutes à travers les décennies. »

Beate Prömm, 42 ans, traductrice freelance français-allemand, habite au nord de Berlin.

 

Sarah-Emanuela Leins, 30 ans, ex-conseillère en affaires, élue AfD au parlement local de Berlin, vit dans le sud de Berlin à Steglitz-Zehlendorf.

« J’ai décidé de voter AfD car je ne supporte plus la politique d’Angela Merkel. Elle travaille contre nous, citoyens allemands. Elle a trahi le peuple. Il faut arrêter les flux frontaliers de l’immigration. Le problème, aujourd’hui, c’est que la politique allemande est déséquilibrée vers la gauche. En se comportant comme une véritable opposition qui contrôle le gouvernement, l’AfD va rétablir l’équilibre politique. J’espère que d’ici cinq à dix ans l’AfD sera le premier parti au Bundestag. Aujourd’hui, il est trop jeune, il a besoin d’apprendre à gouverner le pays avant que les Allemands lui fassent confiance. »

Sarah-Emanuela Leins, 30 ans, ex-conseillère commerciale, élue AfD au parlement local de Berlin, vit dans le sud de Berlin à Steglitz-Zehlendorf.

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