Angela Merkel fait un usage modéré de Twitter, et utilise le mode gazouillis à 140 signes (bientôt 280) pour formuler des politesses protocolaires en Allemagne et ailleurs, genre condoléances ou félicitations à ses concitoyens ou à des nations frappées par le destin, ou, au contraire célébrant une victoire ou un exploit.

Mutisme à la Chancellerie

A la différence de Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne qui a félicité par tweet son « ami Emmanuel Macron » de son discours « très européen », la chancelière, et ses porte-paroles habituels sont restés muets.

Ce n’était pas, pour une fois, en raison de la répugnance culturelle de nos voisins à réagir à chaud, puisque Angela Merkel, mise au courant avant les élections du 24 septembre de la teneur du discours du président français, avait fait passer quelques messages à son opinion publique par le biais de confidences à la presse à la veille du scrutin. Elle ne s’est pas exprimée directement, évitant ainsi à Macron l’affront d’une fin de non-recevoir humiliante, mais son très proche entourage a été on ne peut plus franc et direct : Macron est un impatient qui met la charrue avant les bœufs, présente des solutions sur tout avant d’avoir établi, en concertation avec ses partenaires, un diagnostic des problèmes à régler. On peut certes, parler de tout, y compris de la révision des traités européens, mais tranquillement, à l’allemande, sans lancer tous azimuts des propositions décoiffantes propres à braquer son opinion publique insensible au lyrisme et à la rhétorique fleurie de notre jeune président.

L’homme pressé

Même la presse de gauche d’outre-Rhin, plutôt favorable à la vision macronienne d’une relance européenne vigoureuse prend quelque distance avec la méthode Macron, comme l’éditorialiste de Die Zeit, l’hebdomadaire de Hambourg, dont Helmut Schmidt, grand européen devant l’Eternel, fut le directeur jusqu’à sa mort en 2016 : « En agissant ainsi, écrit-il, « il fait une chose que la chancelière déteste au plus haut point : il lui met la pression et encore la pression. C’est l’homme pressé qui ne sait pas donner du temps au temps. Il a, dans son discours de la Sorbonne, tiré un feu d’artifice d’idées. Comme prévu il propose un budget, un ministre des Finances et un parlement de la zone euro. A Berlin de telles idées se heurtent au plus grand scepticisme. On craint que la France ne veuille instaurer par ce biais, au bout du compte, une Union des transferts ».

Seul Sigmar Gabriel, ministre sortant social-démocrate, en route vers les bancs de l’opposition s’est fendu d’une déclaration saluant les propos d’Emmanuel Macron : « Il peut compter sur nous ! » s’écrie le futur ex-chef de la diplomatie fédérale, enfin libéré des contraintes de la coalition avec Merkel. Un soutien, qui sans être négligeable, n’est pas de nature à casser la baraque ni à faire dévier la ligne de la future coalition dite « jamaïcaine » (CDU-Verts-libéraux) dont on peut être certain qu’elle sera moins encline à lâcher du lest sur les dogmes austéritaires et ordo-libéraux qui dominent dans le mode de pensée allemand relatif à la gestion de la chose commune européenne.

Les Polonais furieux

La qualité formelle de la parole macronienne, ses accents visionnaires font, certes, se pâmer d’aise Dany Cohn-Bendit et Bernard Guetta, mais ces qualités sont portées, en Allemagne et dans les pays nordiques, au débit de notre très intellectuel et très éloquent président, soupçonné de vouloir emballer dans de belles paroles des fourberies inacceptables. Dans ces pays, un bon discours est un discours chiant, prononcé d’une voix monocorde, mais dont on peut être certain que son contenu a valeur de contrat avec ceux qui l’entendent. A l’Est, ce n’est guerre mieux : les Polonais sont furieux des charges de Macron contre les travailleurs détachés. Un ami de Varsovie me signale que la cote de la France chez lui est en train de tomber au niveau de celle de la Russie… les Tchèques, Slovaques et Hongrois suivent Berlin dont ils bénéficient des retombées de la bonne santé économique, pour autant que Merkel ne vienne pas les gonfler sur la question des migrants. Ce groupe de pays n’est pas mécontent de la claque relative que vient de subir celle qui voulait leur imposer des quotas de réfugiés. Ils écoutent poliment quand Macron vient leur causer, mais continuent à agir dans le sillage de l’Allemagne. A cette Europe-là, Macron n’a encore rien compris, même s’il se pique de philologie comparée sur les différences de signification du mot « dette » en français et « Schuld » en allemand, pour montrer qu’il est instruit.

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