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Aux matchs de foot, ce sera champagne pour personne

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Alors qu’il est déjà interdit dans les tribunes, Agnès Buzyn envisage de restreindre encore la possibilité de boire de l’alcool dans les stades de foot. «La question des loges se pose» a-t-elle affirmé cette semaine. La ministre envisage ainsi de parachever la prohibition.


« Mais arrêtez donc d’emmerder les Français » disait un Premier ministre futur Président de la République, Georges Pompidou, à un futur Premier ministre, futur Président de la République, Jacques Chirac. C’était en 1966, c’étaient les Trente glorieuses. 1966, l’année où la mini-jupe cartonnait en France avec plus de 200 000 pièces vendues. On pouvait alors regarder les cuisses des femmes jusque « à ras le bonbon » comme le chantait Léo Ferré sans se retrouver cloué au pilori du « Balance ton porc », même en étant un « mâle blanc de plus de 50 ans ».

Une France plus « légère » qui disparaît

Les temps ont bien changé. Depuis cinquante ans, et nonobstant la fameuse « parenthèse enchantée » post mai-68, les temps sont redevenus puritains. Le topless est devenu ultra-minoritaire sur nos plages tandis que le burkini – la baignade entièrement habillée pour les femmes – est apparu. On a tout aseptisé et pas seulement au niveau des corps. Le ballon de rouge, qui était régulièrement commandé dans les bistros a été remplacé par le Coca zéro (les sodas étant pires pour la santé que le vin, il faut bien se donner bonne conscience). On a même fait il y a 28 ans une loi nommée « Loi Evin » pour bannir de la pub et des stades l’alcool.

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Certains voudraient revenir sur la Loi Evin afin de permettre à nos clubs professionnels de générer des recettes qu’ils n’ont plus, contrairement aux clubs concurrents dans d’autres pays d’Europe, en autorisant la pub pour les alcools et la vente dans les stades. Immédiatement la proposition a fait un tollé, Agnès Buzyn envisageant même hier lors d’une interview radio « d’interdire l’alcool dans les loges VIP puisqu’il est interdit dans les gradins ». C’est vrai que, parmi les discriminations que personne n’a jamais soulevées, celle interdisant aux prolos qui se pèlent l’hiver et chantent pendant deux heures pour soutenir leur équipe sans avoir le droit de boire une goutte de bière se pose quand, pour les nantis friqués invités dans les loges, c’est « open bar », y compris pour les alcools forts. On imagine l’enthousiasme des VIP invités à manger des galettes de tofu et de la salade de quinoa, bio bien évidemment, le tout accompagné d’eau minérale…

Agnès Buzyn: « On se calme et on ne boit pas au stade »

Cette époque hygiéniste est devenue insupportable, surtout pour nous Français, pays de la bonne bouffe, du bon vin. Nous sommes des latins et les latins sont des jouisseurs, ces pisse-vinaigres commençant à, comme disait Pompidou, nous emmerder au rythme de la prise d’anxiolytiques, matin-midi et soir.

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Si on interdit le champagne dans les loges il faut bien, au nom de la lutte contre l’alcoolisme, l’interdire à l’Elysée et dans tous les palais nationaux. On attend d’ailleurs que l’exécutif montre l’exemple dès ce weekend lors du G7 de Biarritz.

Il y a quarante ans sortait l’album de « Jacques Higelin » intitulé « Champagne pour tout le monde ». Quarante ans plus tard, les temps ont bien changé puisque c’est champagne pour personne…

Louis de Funès fait le pitre au musée

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Depuis la mi-juillet, le musée Louis de Funès a vu le jour à Saint-Raphaël. Près de quarante ans après sa mort, le comique n’a pas fini de nous faire rire.


Issu d’une génération qui n’a jamais connu Louis de Funès sur grand écran, j’ai pourtant grandi avec lui à travers les VHS. Aujourd’hui, à voir la procession de parents et enfants dans le musée qui lui est dédié, la relève semble assurée. Situé en face de la gare de Saint-Raphaël, le musée retrace le chemin de celui qu’Yves Montand qualifia de « clown génial ». Issu d’une famille d’immigrés espagnols, Louis de Funès de Galarza officia longuement comme pianiste de bar avant de se lancer sur scène : Ornifle ou le courant d’air de Jean Anouilh, notamment, qui ne lui ouvrira guère de boulevard. S’ensuit alors un long fleuve de rôles secondaires dans des films méconnus : Du Guesclin, Fraternité, Poisson d’avril

Il faut attendre 1956 et La traversée de Paris pour que l’acteur crève l’écran dans un rôle de charcutier savoureusement tragique. A travers affiches, photos, extraits de films et objets, le musée se concentre sur l’ascension du ténor des mimiques. Le visiteur peut notamment y voir la perruque originale du fameux « capellmeister » de La grande vadrouille. Il peut également se gausser de quelques scènes mythiques du Corniaud à Naples ou de La folie des grandeurs en Andalousie, remarquable et (très) libre adaptation de Ruy Blas.

Un comique intemporel

Oscar et Faites sauter la banque font encore rire petits et grands. Fantomas et Hibernatus ignorent les modes, la critique et le temps. Depuis près d’un demi siècle, les humeurs du gendarme à Saint Tropez, face aux extraterrestres ou courtisant sa « biche » sont d’incontournables navets du cinéma français. S’il n’est plus de ce monde, Louis de Funès est encore en pleine forme. Un mois et demi après l’ouverture du musée, le livre d’or n’est pas avare d’éloges. Et pour cause, les gestes et le caractère de l’artiste nous parlent toujours ! En campant un personnage râleur, égoïste voire franchement antipathique, Louis de Funès a toujours su faire rire et même se rendre attachant. Au-delà de sa puissance comique, il a mis en scène des thèmes sociétaux résolument actuels. Dans notre pays fragilisé par des fractures communautaires, les pitreries de Rabbi Jacob sont une véritable leçon de vivre-ensemble avant la lettre. Des générations avant la sacralisation du bio, Louis de Funès partait en guerre contre la malbouffe avec L’aile ou la cuisse. Bien avant que l’on se préoccupe du sort de mère la Terre, il s’intéressait à l’écologie dans La zizanie.

Suite à des années de travail acharné d’une gestuelle unique, il se consacrera au potager de son château des bords de Loire au Cellier. « La seule chose qui vaille la peine c’est la nature : c’est pour elle qu’il faut défiler dans la rue », assura-t-il, affirmant également à un journaliste que : « si c’était à refaire, je ferais des études d’horticulture ».  Un prophète, le clown ? Un génie intemporel, certainement. Où qu’il soit maintenant, Louis de Funès ne se lasse pas de dérider les plus pessimistes d’entre nous. Dans notre pays en proie aux doutes et aux inquiétudes, il n’a pas fini de nous faire rire. En attendant des jours meilleurs, Louis de Funès reste donc un antidépresseur à prescrire. Et en cette fin d’été, les habitués de la Côte d’Azur peuvent aller le côtoyer dans son musée.

Musée Louis de Funès, Rue Jules Barbier, 83700 Saint-Raphaël.

Le Corniaud [Édition Single]

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La Grande Vadrouille (1966)

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Ousmane Sow, l’anti Jeff Koons?


Une des statues en bronze de Ousmane Sow (1935-2016) a été placée devant le Ministère de la Culture, rue de Valois. Et une place à son nom a été inaugurée dans le 15e arrondissement.

Enfin une initiative culturelle de la Mairie de Paris approuvée par Causeur !


Longtemps, les milieux de l’art contemporain ont snobé Ousmane Sow (1935-2016), puissant sculpteur sénégalais. Trop figuratif, trop traditionnel, trop populaire ! Disons plutôt : pas assez art contemporain !

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La figure d’Ousmane Sow est celle d’un colosse affable et d’un homme d’une rare élégance. Ancien kinésithérapeute, il se met à la sculpture à la cinquantaine. Sa connaissance du corps humain est professionnelle, mais aussi poétique. Inspiré par Leni Riefenstahl, il produit de nombreux Nubas. Il s’intéresse aussi au sort des Indiens de Little Bighorn, à Toussaint Louverture, à Victor Hugo et à un grand nombre de personnages conjuguant humanisme et force vitale.

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En 1999, à l’initiative d’une de ses collectionneuses et admiratrices, Béatrice Soulé, une grande exposition est organisée sur le pont des Arts, à Paris. Plusieurs millions de visiteurs s’enthousiasment, chiffre qui devrait faire pâlir d’envie la FIAC et ses laborieuses 70 000 entrées. En 2013, il entre à l’Académie des beaux-arts. En 2017, quand Jeff Koons veut faire le don coûteux de ses Tulips à la Ville de Paris, des pétitions fusent, exigeant que la Mairie fasse plutôt l’acquisition d’un Ousmane Sow. L’Hôtel de Ville fait la sourde oreille. On comprend donc l’importance du revirement actuel  : la Ville de Paris a acquis un des bronzes représentant un couple de Nubas, placé devant le ministère de la Culture, place de Valois. En outre, une place Ousmane Sow est inaugurée dans le 15e arrondissement. On est heureux de pouvoir, pour une fois, approuver un choix municipal.

Paul Morand: Quand l’Europe était galante

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Dans cette nouvelle carte postale, Pascal Louvrier évoque l’Europe galante, de Paul Morand. Le sable est blanc et les femmes dansent sur une musique à fendre l’âme. La nuit est lascive. Le rhum embellit la vie.


Né le 13 mars 1888, Paul Morand quitte ce monde, qu’il a parcouru de long en large, le 23 juillet 1976. La France pèle sous les assauts du soleil. On ne parle pas de dérèglement climatique. Personne ne vient nous culpabiliser d’aimer le plaisir. La liberté l’emporte sur la morale.

Une autre carte postale: Quand Françoise Sagan se faisait massacrer par la critique

Ma mère me montre, quelques années plus tard, l’étrange récit Tais-toi, signé Paul Morand. Je l’ouvre. Il est dédicacé. Je lis : « Dans les confessions, il y a toujours un secret qu’on ne dit pas. Voltaire. » Une petite écriture nerveuse et droite, celle de Morand.

Morand fait « jazzer » la langue française

Son style sec, percutant, sans gras, est adapté à la nouvelle. Louis-Ferdinand Céline a tout de suite pigé que l’écrivain, qui ne tenait pas en place, a été le premier à faire « jazzer » la langue française. C’est un révolutionnaire qui n’a emprunté au bourgeois que les bonnes manières. J’aime tout particulièrement l’Europe galante, recueil de nouvelles paru en 1925. Le cavalier Morand est comme sa monture, il sent, avant tout le monde, les secousses telluriques. L’Europe s’affaisse, elle est dépravée, inflationniste, léninifiée. Il la présente à ses contemporains telle qu’ils ne la voient pas encore. Voici la Rhur, « ça et là cassée par des clochers sans fumée et des cheminées sans Dieu. » ; les Allemands, humiliés par la défaite et le traité de Versailles, sont comme « des insectes qu’on a mis sur le dos » ; ils attendent le héros national qui les remettra sur leurs pattes déjà bottées. Voici Moscou désorganisée par la révolution d’Octobre où faire l’amour devient un exploit. « Il faut préparer cela longtemps à l’avance. Il faut payer le théâtre, envoyer la bonne à son syndicat… », répond Vasilissa Abramovna, exaltée bolchévique, au narrateur fatigué d’attendre. Cette héroïne de « Je brûle Moscou », la nouvelle la plus forte du recueil, côtoie Mardochée Goldvasser, intellectuel juif, thuriféraire du pouvoir rouge. « Il boxe les mots, emploie les calembours, les propos grossiers, les images populaires, les monologues de fou, le folklore, les patois paysans, les dialectes allogènes, l’argot des ateliers, le tout éclairé par-dessus d’une érudition forcenée.» Morand reconnaitra plus tard s’être inspiré du Poète Maïakovski pour brosser le portrait de son personnage.

Une autre carte postale: Pedro Almodovar est (aussi) écrivain

Irrésistibles nouvelles

Croisons ensuite le proscrit Tarquino Gonçalves, fou de joie de pouvoir enfin humer l’air de sa patrie, qui réserve une curieuse punition au marin venu le tuer. Suivons Nicu Petresco, jeune boursier étudiant la philosophie à Paris, candidat malgré lui à une pratique de plus en répandue, la partouze. Découvrons ce qui peut exciter cette jeune femme prénommée Julie, ou ce que l’on peut dire, pendant un dîner, à la femme qui aime la même femme que vous. Réponses dans « Céleste Julie ! » et « les Amis nouveaux ». À lire de préférence à deux, voire à trois. Soyons attentif enfin à cette confidence soigneusement cachée dans « l’Eloge de la marquise de Beausemblant », et qui concerne avant tout Morand. « Je suis une mer fameuse en naufrages : passion, folie, drames, tout y est, mais tout est caché. »

Les héroïnes de Morand sont irrésistibles. On en perd la raison, et c’est tant mieux.

Paul Morand, l’Europe galante, Grasset, Les Cahiers rouges

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Donbass: 13 000 morts, 30 000 blessés et un million de réfugiés

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Entretien avec Nikola Mirkovic, président de l’association Ouest-Est, qui vient en aide aux victimes de la guerre du Donbass. Selon le Franco-Serbe, ce n’est pas Moscou qu’il faut blâmer dans cette crise.


La guerre au Donbass dure depuis 2014 et a déjà fait plusieurs milliers de victimes. Comme en Yougoslavie, l’Union européenne se révèle incapable de rétablir la paix sur son continent, dans des villes qui ont pourtant accueilli l’Euro de football en 2012. Washington et Moscou se partagent le leadership de l’Ukraine, reléguant les Européens au second plan, alors même qu’ils sont signataires des accords de Minsk II. Point d’étape sur la situation actuelle au Donbass où la paix semble bien loin d’advenir.

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Nikola Mirkovic

Jean-Baptiste Noé. Votre association vient en aide aux victimes de la guerre du Donbass, conflit que vous suivez depuis le début. Aujourd’hui, quel bilan humain peut-on tirer de ce conflit qui a débuté en 2014 ?

Nikola Mirkovic. Le bilan humain donne le vertige. On compte depuis 2014 plus de 13 000 morts, 30 000 blessés et un million de réfugiés. Des villages et des quartiers de villes entiers ont été dévastés. L’approvisionnement en eau et en électricité ou l’accès à des biens de première nécessité alimentaires, pharmaceutiques, etc. sont un problème majeur également. C’est une zone noire en pleine Europe du XXIe siècle.

Quelle est la situation militaire au Donbass ? La ligne de front est-elle stabilisée ? Les principales villes de la région sont-elles touchées par les bombardements et les affrontements ?

Nous sommes passés d’une guerre de mouvement à une guerre de position et on peut dire que la ligne de front est globalement stabilisée même s’il y a des incursions dans la zone grise des deux côtés de temps en temps. Certaines zones peuvent encore basculer d’un camp à l’autre, mais c’est rare. En revanche les combats continuent quotidiennement le long des quelque 400 kilomètres de ligne de front. Les quartiers Nord ou les premières villes périphériques des grandes villes comme Lougansk et Donetsk sont touchés, car ils sont sur la ligne de front. Mais si vous visitez les deux centres-villes, il vous est parfois difficile de deviner qu’il y a une guerre à quelques kilomètres.

Comment vit le Donbass par rapport à l’Ukraine ? Les relations sont-elles complètement coupées avec Kiev ou bien y a-t-il encore des liens politiques ou économiques ? 

Le Donbass indépendantiste est organisé en deux républiques la République populaire de Donetsk (RPD) et la République populaire de Lougansk (RPL). Ces deux républiques ont proclamé leur indépendance suite aux événements du Maïdan et au coup d’État qui a renversé le président Ianoukovicth. Les habitants du Donbass ont voté leur autonomie par référendum et c’est à partir de ce moment-là que Kiev leur a déclaré la guerre. Dans le cadre des accords de Minsk II signés en 2015, il y a des négociations officielles entre les deux républiques et Kiev, mais elles n’avancent pas. Les liens économiques ont été stoppés suite à l’imposition d’un blocus par Kiev sur le commerce avec le Donbass. Les deux républiques se sont organisées en Etat et ont leur propre constitution, leurs propres administrations et même leurs propres armées. Elles ont tous les attributs d’un État régalien, mais ne sont pas reconnues par la communauté internationale.

À lire aussi, Lucien Ehrard : Les âmes mortes du Donbass

Qu’en est-il de la place de la Russie dans ce conflit ? Est-ce que Moscou intervient directement ou indirectement ?

Le Donbass est une région majoritairement russophone et qui a historiquement appartenu plus longtemps à la Russie qu’à l’Ukraine. Les relations avec la Russie sont donc importantes et les liens profonds. Moscou est d’autant plus concernée que la guerre se déroule sur  sa propre frontière. Le Kremlin n’a pas pour autant envoyé son armée sur place contrairement à ce que certains médias ont laissé croire, ce sont des volontaires locaux qui se sont eux-mêmes organisés en armée. Moscou doit certainement apporter du conseil militaire et un soutien logistique, mais ça ne va pas plus loin que cela. Les États-Unis en revanche fournissent les militaires ukrainiens en armes, conseillent l’armée ukrainienne et envoient des soldats sur place officiellement pour assurer de la formation. Aussi Moscou a apporté énormément d’aide humanitaire et développe les relations commerciales avec les deux républiques. Les républiques ont abandonné la hryvnia ukrainienne pour utiliser le rouble russe. Récemment Poutine a octroyé aux habitants du Donbass la possibilité d’obtenir la nationalité russe.

>>> Lire la suite de l’entretien sur le site de Conflits <<<

Ceux du Donbass: Chroniques d'une guerre en cours

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Ne les écoutez pas, Boris Johnson n’a jamais été opportuniste!


L’éditorialiste Ambrose Evans-Pritchard, ancien collègue de Boris Johnson, témoigne de la constance des idées anti-UE du Premier ministre britannique, contrairement à l’idée répandue. Et lui donne quelques conseils dans l’âpre négociation toujours en cours sur le Brexit.


J’ai fait la connaissance de Boris Johnson à l’occasion d’un insupportable dîner, juste avant le sommet européen de Maastricht, fin 1991. C’était là un petit épisode révélateur de l’avancée de l’histoire anglo-européenne.

A lire aussi, Jeremy Stubbs: La Grande-Bretagne parie sur l’optimisme de « BoJo »

Il revenait de Bruxelles, après avoir causé de gros soucis à Downing Street en se livrant à un dynamitage journalistique en règle. J’écrivais alors une série de portraits des dirigeants européens pour The Telegraph.

Ma première rencontre avec Boris Johnson en 1991

Nous devions rencontrer un Premier Ministre John Major aux abois, pour des négociations de paix, au Brooks’s, qui était au XVIIIe siècle le Club des Whig [Littéralement le club des perruques,du nom de l’ancien grand parti libéral, NdT], dans la rue Pall Mall et par ailleurs antre de l’éditeur du Telegraph, Max Hasting. Le cinquième homme de ce dîner à cinq [en français dans le texte NdT] était Charles Moore [un journaliste du Telegraph, NdT]. Mister Major – comme on disait alors – voulait nous convaincre qu’il n’allait pas laisser tomber la livre sterling et laisser la Grande-Bretagne s’enfermer dans un proto-État européen. Mais son discours était étonnamment plat. Il jurait abondamment dans une vaine diatribe nationaliste, traitant l’affable Chancelier Allemand de « salaud ». On aurait cru le Premier Ministre métamorphosé en Johnny Foreigner [groupe de punk-rock britannique, NdT] ! Il a tapé sur la table tellement fort que les verres manquèrent de s’écraser par terre. Au moment de nous quitter, Boris consterné a secoué la tête. « C’était un spectacle lamentable », a-t-il dit.

La vue de l’esprit selon laquelle Boris se serait cadenassé dans une position pro-Brexit par pur opportunisme est grotesque jusqu’à en devenir absurde

Dans les semaines qui suivirent, à Maastricht, John Major a résisté face à l’Europe, « jeu, set et match », dans son langage de tennisman. Mais ce qu’il n’avait pas compris – contrairement à Jean-Claude Juncker, plus jeune alors, avait aussitôt saisi – c’est qu’en maintenant la Grande Bretagne à l’écart du grand projet fédéraliste d’union monétaire, il allumait de fait la longue mèche qui devait mener au Brexit. Sir Ivan Rogers, le premier négociateur du Brexit pour la Grande-Bretagne, a précisé ce mois-ci au Parlement que Maastricht avait inévitablement provoqué des déséquilibres. Un outsider à la zone euro serait en constante tension face à un projet guidé par une logique d’intégration à l’union monétaire. Cela ne pourrait pas perdurer. Sir Ivan a averti ses collègues, dès 2006, que le retrait britannique allait survenir. La rupture aurait pu se produire au moment du Traité de Lisbonne – qui a accouché de la Cour suprême européenne – ou encore au moment du Pacte budgétaire. Peu importe, en réalité, ce qui a fini par provoquer le Brexit. Un coup d’éclat était inévitable dans une logique aristotélicienne.

Boris Johnson journaliste

J’ai par la suite remplacé Boris à Bruxelles, poste pour poste. Il m’a proposé de rédiger pour The Spectator d’occasionnels aperçus de l’épicentre de l’UE. Et durant toutes ces années, à aucun moment je n’ai détecté de faille dans sa logique fondamentale de pensée, à savoir que l’UE était en train d’accumuler des pouvoirs malsains. Il aimait à plaisanter, prédisant qu’un jour des escouades de douaniers de l’UE seraient déployées aux frontières pour « aider » les états plus petits de l’Union Européennes qui auraient quitté le droit chemin. Et c’est exactement ce qui va se passer. La Lituanie, la Lettonie et l’Estonie savent parfaitement comment de telles forces fonctionnent.

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Il partageait mon avis selon lequel l’UE était en train de constituer un supra niveau de pouvoir exécutif, échappant à tout contrôle, une structure césaropapiste [Régime dans lequel les fonctions spirituelles du pape, chef de l’Église, sont absorbées par un chef d’État absolu, un César, NdT), allant à l’encontre de l’autonomie britannique de gouvernance démocratique.

Ses huit années en tant que Maire de Londres ont peut-être adouci ses positions, mais je n’ai absolument pas été surpris quand il s’est rangé dans le camp pro-Brexit, à l’issue de mois d’atermoiements et de tourmentes, alors que les sondages y voyaient une cause perdue.

Je n’ai pas non plus été surpris qu’avant de faire le grand saut il ait envisagé les alternatives – pour ou contre – et dressé le bilan contradictoire des argumentaires. C’est à peu de choses près ce que j’ai moi-même fait. La vue de l’esprit selon laquelle Boris se serait cadenassé dans une position pro-Brexit par pur opportunisme est grotesque jusqu’à en devenir absurde.

Ne pas se soumettre comme Tsipras

Alors après tant d’années passées ensemble dans les tranchées, mon conseil à Boris, c’est de ne jamais, au grand jamais tenter le bluff avec l’UE. Votre coup de bluff vous reviendrait en boomerang, et avec intérêt. C’est ce qui a conduit à la lamentable capitulation et le sort pitoyable de Syriza en Grèce. Alexis Tsipras a tenté d’avoir une chose et son contraire. Il a conquis le pouvoir à l’issue d’une campagne contre le « mémorandum » de la troïka UE-FMI et pour la fin à l’austérité, tout en disant également au peuple grec qu’il pouvait garder l’euro. Petit à petit, la Banque centrale européenne l’a lentement paralysée. Elle a coupé les liquidités – les critiques disent illégalement – aux banques privées grecques qui n’avaient rien fait de mal. Alors que les retraits aux distributeurs étaient plafonnés à 40 € et que l’effondrement monétaire était imminent, [Alexis Tsipras] a cédé. Il n’a pas pu se résoudre à soutenir la monnaie parallèle de Yanis Varoufakis et à sortir de l’euro. Tsipras est allé demander pardon à Bruxelles et a avalé des conditions encore plus dures que le diktat originel de la Troïka.

L’UE n’a pas la même emprise sur les banques britanniques, mais elle a d’autres moyens pour mettre la pression. La dernière décennie nous a appris que les institutions de l’empire « soft » de l’UE sont devenues très puissantes et ne sont désormais plus si soft, avec généralement la BCE comme bras armé. Francfort a donné – en secret – des ordres à un gouvernement italien élu pour qu’il mette en œuvre des réformes sensibles dans les domaines de l’emploi et de la fiscalité en 2011, puis l’a démis de ses fonctions par une crise de refinancement sur les marchés obligataires. Il n’y a pas eu un seul murmure de protestation de la part de la presse dévote de l’UE, ni de la part des eurodéputés sur ce viol de la constitution. Mais c’est là le problème. Il n’y a rien pour arrêter la machine.

Bien sûr, un régime peut être à la fois puissant et fragile. Ce fut le cas de l’Union soviétique dans les années 1980. Main de fer, pieds d’argile. L’union monétaire reste fondamentalement dysfonctionnelle. L’écart germano-italien n’est pas comblé. La zone euro a déjà un pied dans un piège déflationniste à la japonaise. Les taux d’intérêt sont de moins 0,4 pour cent avant même que la prochaine récession mondiale ne commence sérieusement. La politique fiscale est paralysée par l’appareil du hooverisme institutionnalisé[tooltips content= »Herbert Hoover a longtemps été connu comme un progressiste privilégiant davantage d’intervention de l’État dans l’économie : Hoover signa non seulement la loi Smoot-Hawley sur le rehaussement des tarifs douaniers, il encouragea aussi les hommes d’affaires à maintenir les salaires élevés, augmenta le montant réel des dépenses de l’État, réduisit l’immigration à près de zéro, mit en place toutes sortes de facilités de prêt de la part de l’État, et augmenta le déficit budgétaire »]1[/tooltips]. Un épouvantable krach financier se profile. Ou, comme le dit avec lassitude Otmar Issing, fondateur de l’euro : « Un jour, tout le château de cartes s’écroulera ».

Hard Brexit

On pourrait dire que l’UE devrait y réfléchir à deux fois avant de risquer un Brexit sans accord qui pourrait déclencher un tel dénouement. Mais Boris commettrait une erreur en misant trop sur cet aspect dans ses calculs. Les politiques européens n’avaient pas conscience de leur propre vulnérabilité en 2008, et ils ne l’ont pas davantage aujourd’hui.

Si Boris persistait à menacer d’une sortie sans accord après être entré à Downing Street,alors il faut qu’il le veuille vraiment. Il doit être prêt à s’engager dans une réorientation stratégique radicale, mettant de côté toute idée d’un accord avec l’UE alors que le pays se concentre plutôt sur un accord commercial express avec les États-Unis. A partir de là, il n’y aurait pas de retour en arrière possible. Une telle évolution pourrait être un choc positif de destruction créative schumpétérienne pour l’économie britannique – en effet, je pense que ce serait le cas – mais la destruction arriverait d’abord.

Face au Brexit, il est possible que les élites de l’UE acceptent des concessions dignes de ce nom si elles sont mises faces à des preuves concrètes de ce funeste tournant et si elles en arrivent à la conclusion que leur marché le plus lucratif (un excédent de 95 milliards de livres sterling) – et leur principal acteur en matière de défense – vont être définitivement absorbés dans l’orbite américaine. Ce serait « perdre » le Royaume-Uni une deuxième fois. Mais elles ne se laisseront pas influencer par les fanfaronnades du « c’est ça ou rien », ou par le non paiement de la pension alimentaire de 39 milliards de livres pour le divorce, ni par les menaces de journaux à scandales.

Conseil d’ami

Si Boris n’a pas le cran pour affronter une telle tempête, il ferait mieux d’adopter l’autre tactique et jouer la carte « Nixon en Chine » [stratégie du fait accompli, NdT]. Il devrait se présenter à Berlin et à Paris comme l’authentique Brexiter qui peut résister à la manière des GRE [European Research Group, groupe de députés conservateurs britanniques anti-UE NdT], là où Theresa May a échoué, à condition que l’UE lui offre une concession bien précise sur la question du filet irlandais. Il devrait alors pouvoir en profiter pour jouer la montre jusqu’à ce que les contradictions internes de l’Europe reviennent au premier plan.

Ce qu’il ne doit pas faire, c’est louvoyer entre défiance et soumission, ce qui ne satisfait personne et a conduit à l’échec de Madame May. Choisis l’un ou l’autre, camarade.

Source: The Telegraph, traduit par le site Les Crises

« Alors, Céline Pina, toujours islamophobe? »


Spécialiste des collectivités locales, membre du PS durant de longues années, ex-conseillère régionale d’Île-de-France, suppléante d’un député PS, rien ne donnait à penser que Céline Pina, petit soldat du socialisme au pouvoir, ruerait dans les brancards…


… C’est pourtant ce qu’elle a osé faire, en 2015, en dénonçant le « Salon de la femme musulmane » qui se tenait à Pontoise. Que n’avait-elle pas fait là ! Briser l’omerta, quel sacrilège ! Vilipendée, exclue, poursuivie à l’occasion par les islamistes qui savent reconnaître leurs ennemis, toujours vaillante, elle a publié un premier livre en 2016, Silence coupable, et en prépare actuellement un second. Cette femme courageuse, pour laquelle j’ai une vraie admiration, a bien voulu répondre à mes questions.

 

Propos recueillis par Jean-Paul Brighelli

Causeur. Alors, Céline Pina, toujours islamophobe, paraît-il ? Puisque c’est ainsi que vous qualifie le CCIF[tooltips content= »Collectif Contre l’Islamophobie en France NDLR »]1[/tooltips]…

Céline Pina. L’islamophobie est une escroquerie intellectuelle qui vise à rétablir la notion de blasphème en interdisant toute critique de l’Islam. Dans les faits, si le CCIF accuse notre société, comme les individus qu’il cible, d’être islamophobe, c’est que cette institution, relais de l’idéologie des frères musulmans, ne supporte ni la liberté d’opinion, ni la liberté d’expression, encore moins celle de conscience. A cela s’ajoute le refus que la femme soit l’égale de l’homme, la culture du ressentiment, la volonté séparatiste et le refus d’intégration.

A lire aussi, notre entretien avec Philippe d’Iribarne: L’islamophobie, une arme d’intimidation massive

En faisant passer les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité que défendent les républicains laïques pour un rejet des musulmans, ce sont les islamistes qui les stigmatisent en tentant de les enfermer dans un communautarisme qui ne leur permet pas de trouver leur place au sein de notre société et qui les enferment dans une vision obscurantiste, impérialiste et intégriste de leur religion. En attendant, en accrochant cette étiquette « islamophobe » au dos de ceux qui défendent les idéaux universels, le CCIF avertit les intellectuels courageux : défendre la liberté se fera à leurs risques et périls car ils seront désignés comme des cibles par les petits soldats de l’islam politique, seront fragilisés dans leur milieu professionnel, attaqués dans le cadre du jihad judiciaire et ne seront ni défendus ni protégés par leur gouvernement.

Pendant 25 ans, vous avez été un bon petit soldat du PS. Quelle mouche vous a piquée en 2015 ? Quelle idée de dénoncer le sort réservé aux femmes par l’Islam, à l’occasion du Salon de la femme musulmane à Pontoise ? Et de stigmatiser le « silence assourdissant » du député Dominique Lefebvre, dont vous étiez suppléante?

J’étais déjà choquée à l’époque par la médiocrité du milieu politique dans lequel j’évoluai mais aussi par une réelle absence de contrôle des actes des collectivités locales alors que l’argent public qu’elles investissent est conséquent. En 2014, au moment du renouvellement municipal, tous les élus de l’agglomération où j’habitais ont reçu une lettre de la directrice des Finances de la principale ville du regroupement qui dénonçait nombre d’atteintes aux marchés publics. Que ces accusations aient été fondées ou non, nous ne le saurons jamais. Ce qui m’a choqué alors, c’est l’omerta total qui en a résulté et le réflexe corporatif qui a eu lieu. Un réflexe d’autant plus fort que certains employés de l’agglomération étaient aussi époux ou parents des élus qui siégeaient. Un népotisme qui ne paraissait déranger personne. Or ce même népotisme est combattu au Parlement, alors que les députés ne gèrent pas les budgets conséquents à disposition des élus de grandes villes ou de grosses agglomérations. Là où l’argent public est présent en quantité, le contrôle de l’Etat est indigent. Cette situation favorise la corruption et le soupçon. Le courrier de cette fonctionnaire et le refus de regarder en face les conséquences du manque de contrôle en matière de corruption au sein d’un parti qui n’avait que la morale à la bouche m’avait déjà découragée.

Ajoutez à cela le clientélisme qui fermait les yeux des élus sur la montée de l’idéologie islamiste, la haine du blanc et de l’occident qui se répandait dans les quartiers, la réalité de l’antisémitisme et les atteintes portées à l’égalité femmes-hommes et vous comprendrez que lorsque j’ai appris la tenue de ce salon, que j’ai écouté les discours des prédicateurs invités qui justifiaient pêle-mêle le viol des femmes non voilées, appelaient à la haine des juifs et expliquaient à des enfants que s’ils écoutaient de la musique ils allaient se transformer en porcs ou en singes, j’ai jugé qu’il était de mon devoir d’élue d’intervenir. Le fait que les autres grands élus du territoire et notamment le député de l’époque, Dominique Lefebvre, aient choisis de se taire parce qu’ils pensaient que cela leur assurerait le vote musulman sur laquelle ils avaient bâti une grande partie de leur stratégie électorale me paraissait relever d’une double trahison. D’abord à leurs devoirs d’élus qui impliquent que l’on fasse passer la défense de ce qui fonde notre contrat social et nous fait exister en tant que société constituée avant la défense de son mandat et des avantages personnels que l’on en retire. Aux Français de confession musulmane ensuite, dont une partie notable n’ont aucune sympathie envers les islamistes et aspirent aussi à l’émancipation et à l’égalité.

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Avez-vous eu conscience, à l’époque, que vous entamiez une procédure de divorce avec votre ancienne famille politique ?

Oui. Mais il y avait eu Charlie et le retour de l’assassinat politique. Combattre cette violence me semblait plus essentiel que donner des gages de loyauté à des personnes sans envergure ni conscience. Ces passages à l’acte étaient liés au développement d’une idéologie parfaitement identifiable, dont les plus habiles propagateurs étaient les frères musulmans, et dont la propagande était relayée par des organisations qui avaient pignon sur rue (UOIF, CCIF…). Or au PS, faire le lien entre imprégnation de l’idéologie islamiste, retour de la violence terroriste, mais aussi montée de l’antisémitisme et fragilisation des droits des femmes vous valait déjà des procès en racisme et fascisme. Pourtant les effets de ce travail de radicalisation se voyaient au quotidien dans le voilement des femmes et des fillettes, dans le départ des Français de confession juive de nombre d’écoles et de certaines villes ou quartiers, dans la recrudescence des revendications communautaires. Or sur tous ces sujets, mon parti d’alors témoignait d’un aveuglement qui à un moment ne relève plus naïveté, mais de la complicité. Or je ne voyais pas la position d’élu comme une sinécure où l’on n’a rien d’autres à défendre que son poste, tout en faisant croire aux citoyens que l’on est porté par des convictions et un réel désir de servir son pays. Pour moi cette position était de celles qui obligent. Sur les conséquences de ce choix, j’étais sans illusion : en étant la seule à dénoncer cette atteinte aux principes et idéaux qui fondent pourtant notre contrat social, je mettais d’autant plus en relief l’absence de courage et de capacité à défendre ce que nous sommes en tant que peuple de celui qui était alors le député du territoire, Dominique Lefebvre. L’ayant fait au nom du devoir et sans avoir d’alliés, je savais que je serais attaquée par l’appareil, ne serais défendue officiellement par aucun des grands élus qui pèsent et perdrais toute chance d’investiture pour les élections. C’était la fin de ma carrière politique. J’ai juste estimée que cette cause valait de lancer mon chant du cygne.

À cette époque, Rachid Temal, aujourd’hui sénateur PS, vous menace d’expulsion, on vous accuse de faire le jeu du FN — et de fait, ce sont surtout des organes de presse réputés « de droite » qui vous accueillent désormais. Comment vit-on une exclusion alors même que l’on sait que l’on a raison ?

Cela peut mettre très en colère et c’est souvent un des buts. Quand on se sent victime d’une injustice, on peut perdre son calme et le sens de la mesure et se tirer soi-même des balles dans le pied. En vous mettant en accusation d’être devenus ce que vous combattiez, on tente de vous décrédibiliser totalement. C’est déjà violent en soi. Mais surtout ce qui m’a choquée c’est que des personnes comme Rachid Temal ou Dominique Lefebvre ne pouvaient que se douter qu’en m’attaquant aussi violemment après le massacre de Charlie, cela pouvait me mettre en danger. Cela ne les a pas arrêtés une seconde. Or comment faire confiance à des personnes, dont la première des fonctions est de protéger leurs concitoyens, quand confrontés à une parole courageuse et indépendante mais qui les contrarient, ils ne songent qu’à la faire taire sans autre considération que leur propre intérêt. Cette inhumanité souvent présentée comme une force en politique est consternante. Malheureusement elle faisait partie de la logique de l’appareil et plus jeune, l’on peut malheureusement y succomber.

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La presse dite de gauche, elle, n’existe plus. On a certes une presse dominée par l’idéologie islamo-gauchiste, mais la qualifier de « presse de gauche » est une insulte à la gauche, historiquement émancipatrice, soucieuse de justice sociale et défendant l’égalité des droits. D’ailleurs cette presse-là est en train de connaître le destin du PS : lui n’a plus d’électeurs, elle, plus guère de lectorat. Ses titres sont portés à bout de bras par des hommes d’affaires dont il faudrait un jour interroger les motivations et les alliances. En effet, conserver ces titres n’a plus guère d’autres intérêt qu’investir le champ de la représentation. Le Monde, Libération, Le Nouvel Obs vivent de leur réputation et de leur image. Ils restent des références pour ce qu’ils ont été, même si ce qu’ils sont devenus trahit leur histoire. Ils ont encore le pouvoir d’être crédités de « dire » le réel. Les conserver permet d’imposer dans le débat des thèmes que rejettent les Français et de garder le pouvoir de dire le licite et l’illicite, de faire des réputations, de lancer des leaders d’opinions. Cela ne fait que creuser la fracture française et ajoute au désarroi de la majorité des Français qui ont le sentiment que leurs élites vivent dans un autre monde. Cela explique aussi le fait que les journalistes ont réussi à décrocher une triste palme : ils sont aussi déconsidérés que les hommes et femmes politiques. Je pense que le temps finira par rendre justice à cette triste presse. Mais j’avoue m’en désintéresser totalement aujourd’hui.

>>> Lisez la suite de cette interview sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

Silence coupable

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Défense de juger les juges


La dernière réforme de la justice punit de cinq ans d’emprisonnement l’analyse statistique des décisions des juges. Cette mesure protégera les magistrats les plus politisés des remontrances des citoyens.


La tyrannie cool du progressisme aime à se nicher dans les détails des lois que les députés votent à la pelle. La loi de programmation et de réforme pour la justice comporte ainsi en son article 33 une disposition de nature à mieux asseoir le gouvernement des juges. « Les données d’identité des magistrats et des membres du greffe ne peuvent faire l’objet d’une réutilisation ayant pour objet ou pour effet d’évaluer, d’analyser, de comparer ou de prédire leurs pratiques professionnelles réelles ou supposées. »

A lire ensuite, Elisabeth Lévy: Minorités lyncheuses, « fake news »;, Facebook: sale temps pour nos libertés!

Les décisions des tribunaux demeurant (encore) publiques, consultables et analysables, leur mise en ligne fait en effet courir le risque d’une utilisation statistique pointue. L’intention première du législateur est d’empêcher une forme de consumérisme dans le choix d’un tribunal ou d’un magistrat. Que l’on puisse identifier tel juge aux affaires familiales plus favorable aux femmes dans les divorces ou tel autre magistrat correctionnel hostile à l’incarcération des délinquants pourrait fausser les rapports entre justice et justiciables.

Le législateur entend interdire que la réputation d’un magistrat puisse être confirmée ou infirmée par l’analyse statistique de ses décisions

Cet argument ne tient pas. Les magistrats jugent en leur âme et conscience, certes, mais également au nom du peuple français. Si deux magistrats, dans des dossiers identiques, rendent des jugements systématiquement divergents, cela signifie sans doute que l’un des deux juge mal et que le peuple est en droit de le savoir. En matière de droit d’asile, les avocats connaissent ainsi très bien la ligne des juges devant lesquels ils peuvent être amenés à plaider.

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Le législateur entend pourtant interdire que la réputation d’un magistrat puisse être confirmée ou infirmée par l’analyse statistique de ses décisions. Il y a toujours d’excellentes raisons pour maintenir la population dans l’ignorance. Ce banal article 33 en fournit une autre : cinq années de prison – la peine encourue pour l’analyse des « pratiques professionnelles » –, sanction identique à celle prévue par la loi informatique et libertés pour les statistiques ethniques à laquelle cet article 33 est rattaché. Le législateur n’aime pas les statistiques révélant des réalités fâcheuses.

Mais alors, où situer la frontière entre le gentil « lanceur d’alerte » – qui fouille courageusement les poubelles de Monsanto – et le fourbe antisocial qui s’intéresse de trop près à la façon dont la justice est rendue en son nom ? L’antagonisme paraît de plus en plus évident entre la volonté populaire et certaines des décisions de la Cour de cassation, du Conseil d’État et du Conseil constitutionnel – qui a bien sûr validé l’article incriminé. Ces instances non élues prétendent rendre indissociables démocratie et progressisme. Un discret tour de vis supplémentaire vient d’être donné afin de dissuader ceux qui voudraient mettre l’indépendance idéologique de la Justice en cause.

Certaines démocraties ont au contraire choisi de rendre publiques toutes les statistiques judiciaires. Aux États-Unis, on sait que tel magistrat répond favorablement à huit demandes d’asile sur dix alors que son collègue n’en valide que deux. En France, publier ce genre d’information ou se risquer à un profilage ethnique de la population carcérale est donc passible de procès. Une même logique sous-tend ce refus de savoir : il est plus facile de nier un problème si l’on interdit d’en mesurer l’ampleur.

Informatique et libertés, j’écris ton nom.

Hidalgo, trop à tribord pour les pro-migrants


La capitaine du Seawatch 3 Pia Klemp, à qui la maire de Paris voulait remettre la médaille de la capitale pour son action de repêchage de migrants en Méditerranée, a déclaré refuser cette distinction. Non, Anne Hidalgo, l’extrême-gauche ne veut pas (non plus) de vous !


Pia Klemp
Pia Klemp Photo: ISOPIX/SIPA Numéro de reportage: 00899640_000014

« Madame Hidalgo, vous voulez me décorer pour mon action solidaire en mer Méditerranée, parce que nos équipages ‘‘travaillent quotidiennement à sauver des migrants dans des conditions difficiles’’. Simultanément votre police vole les couvertures de gens contraints de vivre dans la rue, pendant que vous réprimez des manifestations et criminalisez des personnes qui défendent les droits des migrants et des demandeurs d’asile. »

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Un camouflet pour le maire de Paris

Atroce camouflet pour Anne Hidalgo : mardi 20 août, la navigatrice allemande Pia Klemp a déclaré refuser la médaille de la ville de Paris qu’elle souhaitait lui faire attribuer, ainsi qu’à sa camarade Carola Rackete (au grade le plus élevé, celui de ‘‘Grand Vermeil’’). Se fendant d’un communiqué sur son compte Facebook, celle qui a été capitaine du Seawatch 3, puis du Iuventa – deux bateaux missionnés par des ONG allemandes pour récupérer des migrants en mer Méditerranée – a dédaigneusement argué de l’hypocrisie de la maire de Paris, et proclamé que « nous n’avons pas besoin de médailles. Nous n’avons pas besoin de pouvoirs décidant qui est un « héro » [sic] et qui est « illégal » ». De surcroît, « il est temps que toutes les médailles soient lancées comme des fers de lance de la révolution ! » – phrase qui, semble-t-il, connaît déjà un certain succès dans les réseaux militants d’extrême-gauche.

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Hors de question d’accepter la marque de reconnaissance d’un pouvoir oppresseur, faisant le jeu de la domination capitaliste, xénophobe et raciste, s’il fallait produire un résumé ! Anne Hidalgo peut donc remballer sa décoration, car la sans-frontiériste poursuivie par la justice italienne ne viendra pas la chercher.

D’ailleurs, celle-ci a bien autre chose à faire : elle est actuellement à Exarcheia, le quartier d’Athènes bien connu depuis la crise grecque comme un lieu de rassemblement majeur d’anarchistes et autres anticapitalistes, et s’occupe à tenir des conférences avec les migrants pour leur parler de « Solidarités sans frontières, avec des bateaux, des squats, des convois… ».

Anne Hidalgo, indubitable social-traître

Elle y a aussi rencontré des activistes français comme Yannis Youlountas (lequel a relayé son communiqué sur les réseaux). Sans doute sont-ce eux qui lui ont expliqué ce qu’il fallait penser d’Anne Hidalgo : une indubitable social-traître, dont l’estime est plus embarrassante que glorieuse aux yeux des combattants du Bien.

La maire de Paris pensait donner un nouvel os à ronger à la gauche radicale, dont elle tente régulièrement de s’attirer les faveurs par des gages sans coût réel (hormis pour sa cote de popularité). Hélas, une fois de plus, elle n’est parvenue qu’à se discréditer doublement : auprès des anti comme des pro-migrants. Si le Seawatch va probablement bientôt repartir pour de nouvelles aventures, la barque d’Anne Hidalgo, elle, n’a pas fini de prendre l’eau.

Crise italienne: le pari risqué de Salvini

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Salvini a fait éclater le gouvernement poussé par ses excellents sondages. Un pari très risqué tant le « parti du non-vote » (grillistes, démocrates de centre-gauche, voire certains berlusconistes) freine des quatre fers pour empêcher la dissolution des chambres. Députés et sénateurs annoncés perdants en cas de retour aux urnes n’ont aucune envie de se faire hara-kiri.


Le gouvernement Conte est officiellement tombé hier soir. Lors de son grand oral au Sénat, le président du Conseil a accablé son ministre de l’Intérieur Matteo Salvini, l’accusant d’à peu près de tous les maux : déloyauté, irresponsabilité, inhumanité… En moins de deux semaines, le chef du gouvernement est redevenu le héraut du Mouvement 5 étoiles (M5S) auquel il a imposé début juin la reprise du TGV Lyon-Turin, au nez à la barbe des parlementaires grillistes. Depuis sa démission, Giuseppe Conte est unanimement applaudi par les cadres du M5S qui louent son courage, son sens des responsabilités et son respect des institutions, autant de qualités dont ils estiment dépourvu « le traître » Matteo Salvini.

Course contre-la-montre

En faisant éclater le gouvernement, le ministre de l’Intérieur a fait un pari risqué. Car si la Lega caracole en tête des intentions de vote dans les sondages, la quasi-totalité des groupes parlementaires s’oppose à de nouvelles élections. Pas seulement parce que l’actuelle mandature a théoriquement quatre ans devant devant elle. Ni parce que le vote du budget à l’automne devient pressant, sans quoi les Italiens devront subir une hausse record de la TVA (+25%) synonyme de coup de massue fiscal. Avec les conséquences que l’on imagine sur la consommation et la croissance. Non, ce qui dicte l’attitude des uns et des autres dans la crise est bien plus prosaïque : les enquêtes d’opinion.

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Les élections européennes ont annoncé la couleur. En cas de législatives anticipées, les grandes tendances dégagées fin mai ont toutes les chances de s’accentuer. Au-delà des divergences idéologiques, deux camps aux contours parfois flous s’affrontent aujourd’hui en Italie : les partisans d’une dissolution du Parlement donc d’un vote immédiat et les tenants du statu quo parlementaire. Evidemment, le premier bloc regroupe les forces annoncées grandes gagnantes d’un éventuel scrutin : la Lega et son allié post-fasciste Fratelli d’Italia, débarrassé des oripeaux du MSI et annoncé à 7%, devant Berlusconi. Comme s’en amusait hier soir sa présidente Giorgia Meloni, Fratelli d’Italia est l’unique « parti monogame » de la péninsule. Autrement dit, le seul à ne jamais dévier de sa stratégie : construire une coalition de centre-droite souverainiste, sans aucun compromis avec les partis de gauche (PD, voire M5S). Mais dans l’actuel Parlement, Lega et Fratelli d’Italia ne rassemblent qu’une minorité de centre-droit incapable de renverser un cabinet si l’ensemble des autres groupes se ligue contre elle.

Des berlusconistes anti-Salvini

Du côté des perdants annoncés des élections, le Mouvement 5 étoiles pèse aujourd’hui de tout son poids pour éviter un vote précipité. Sa déroute aux européennes se confirme sondage après sondage puisque le Parti démocrate, son possible nouveau partenaire de coalition, le dépasse désormais systématiquement. Il y a quelque chose de piquant à entendre les contempteurs des basses manœuvres d’assemblée, adeptes de la démocratie participative à travers leur plateforme interne « Rousseau », se muer en avocats zélés du régime parlementaire…

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De manière plus inattendue, un autre mouvement pourrait faire la différence et empêcher la dissolution : Forza Italia, le parti fan-club de Berlusconi, en perte de vitesse continuelle. Ses députés et sénateurs, qui représentent la troisième force parlementaire, se trouvent face à un dilemme cornélien : soit appuyer Salvini, au risque de perdre leur fauteuil (les sondages président deux tiers d’élus berlusconistes en moins par rapport à 2018), soit soutenir un nouveau gouvernement M5S-PD. A première vue farfelue, cette hypothèse reproduirait la majorité hétéroclite qui a voté l’investiture de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, au grand dam des eurodéputés leghistes. Dans les rangs berlusconistes, de nombreux parlementaires récusent de plus en plus bruyamment le souverainisme de Salvini et plaident à mezzo voce pour un gouvernement tripartite euro-compatible. Un slogan américain leur siérait à merveille : « Four more years! » Le « Tout sauf Salvini » n’est pas toujours l’apanage de la gauche… Pour Forza Italia, ce ne serait pas une première, le Cavaliere ayant par le passé soutenu le gouvernement euro-technocrate de Mario Monti puis les premiers pas de Renzi au Palazzo Chigi.

La Lega (légèrement) affaiblie

Dans ce jeu à front renversé où chacun trahit sa parole de la veille, le Parti démocrate n’est pas en reste. Matteo Renzi, l’ennemi historique des grillistes, qui écartait toute alliance avec le M5S, appelle désormais à constituer un front anti-Salvini avec ses anciennes bêtes noires. On peut en dire autant de son adversaire intérieur Zingaretti, chef du PD, qui souhaite a priori éviter de nouvelles élections anticipées. D’autant que Renzi fomenterait une scission de l’aile droite du parti.

Aux dernières nouvelles, les sacrosaints sondages, qui ne sont qu’un reflet de l’opinion publique, décrivent un tassement des intentions de vote pro-Lega, aux alentours de 36%. Les arguments de Conte semblent avoir au moins partiellement fait mouche, Salvini étant jugé opportuniste par une grande partie de l’opinion. Qui sait si le Capitano ne révisera pas sa tactique en fonction de cette nouvelle donne?

Aujourd’hui même, le président Mattarella reçoit l’ensemble des groupes parlementaires afin de dégager une majorité alternative. En cas d’échec des tractations, deux options s’offrent au chef de l’Etat : constituer un gouvernement technique jusqu’aux prochaines élections, ou prononcer la dissolution des chambres. S’il ne souhaite pas s’imposer une cure d’opposition, Salvini peut nourrir un dernier espoir : miser sur l’échec des négociations entre grillistes et démocrates. La démocratie d’opinion a de beaux jours devant elle.

Aux matchs de foot, ce sera champagne pour personne

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© NICOLAS MESSYASZ/SIPA Numéro de reportage: 00870331_000007

Alors qu’il est déjà interdit dans les tribunes, Agnès Buzyn envisage de restreindre encore la possibilité de boire de l’alcool dans les stades de foot. «La question des loges se pose» a-t-elle affirmé cette semaine. La ministre envisage ainsi de parachever la prohibition.


« Mais arrêtez donc d’emmerder les Français » disait un Premier ministre futur Président de la République, Georges Pompidou, à un futur Premier ministre, futur Président de la République, Jacques Chirac. C’était en 1966, c’étaient les Trente glorieuses. 1966, l’année où la mini-jupe cartonnait en France avec plus de 200 000 pièces vendues. On pouvait alors regarder les cuisses des femmes jusque « à ras le bonbon » comme le chantait Léo Ferré sans se retrouver cloué au pilori du « Balance ton porc », même en étant un « mâle blanc de plus de 50 ans ».

Une France plus « légère » qui disparaît

Les temps ont bien changé. Depuis cinquante ans, et nonobstant la fameuse « parenthèse enchantée » post mai-68, les temps sont redevenus puritains. Le topless est devenu ultra-minoritaire sur nos plages tandis que le burkini – la baignade entièrement habillée pour les femmes – est apparu. On a tout aseptisé et pas seulement au niveau des corps. Le ballon de rouge, qui était régulièrement commandé dans les bistros a été remplacé par le Coca zéro (les sodas étant pires pour la santé que le vin, il faut bien se donner bonne conscience). On a même fait il y a 28 ans une loi nommée « Loi Evin » pour bannir de la pub et des stades l’alcool.

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Certains voudraient revenir sur la Loi Evin afin de permettre à nos clubs professionnels de générer des recettes qu’ils n’ont plus, contrairement aux clubs concurrents dans d’autres pays d’Europe, en autorisant la pub pour les alcools et la vente dans les stades. Immédiatement la proposition a fait un tollé, Agnès Buzyn envisageant même hier lors d’une interview radio « d’interdire l’alcool dans les loges VIP puisqu’il est interdit dans les gradins ». C’est vrai que, parmi les discriminations que personne n’a jamais soulevées, celle interdisant aux prolos qui se pèlent l’hiver et chantent pendant deux heures pour soutenir leur équipe sans avoir le droit de boire une goutte de bière se pose quand, pour les nantis friqués invités dans les loges, c’est « open bar », y compris pour les alcools forts. On imagine l’enthousiasme des VIP invités à manger des galettes de tofu et de la salade de quinoa, bio bien évidemment, le tout accompagné d’eau minérale…

Agnès Buzyn: « On se calme et on ne boit pas au stade »

Cette époque hygiéniste est devenue insupportable, surtout pour nous Français, pays de la bonne bouffe, du bon vin. Nous sommes des latins et les latins sont des jouisseurs, ces pisse-vinaigres commençant à, comme disait Pompidou, nous emmerder au rythme de la prise d’anxiolytiques, matin-midi et soir.

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Si on interdit le champagne dans les loges il faut bien, au nom de la lutte contre l’alcoolisme, l’interdire à l’Elysée et dans tous les palais nationaux. On attend d’ailleurs que l’exécutif montre l’exemple dès ce weekend lors du G7 de Biarritz.

Il y a quarante ans sortait l’album de « Jacques Higelin » intitulé « Champagne pour tout le monde ». Quarante ans plus tard, les temps ont bien changé puisque c’est champagne pour personne…

Louis de Funès fait le pitre au musée

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Louis de Funès dans la Grande Vadrouille © NANA PRODUCTIONS/SIPA Numéro de reportage: 00386090_000002

Depuis la mi-juillet, le musée Louis de Funès a vu le jour à Saint-Raphaël. Près de quarante ans après sa mort, le comique n’a pas fini de nous faire rire.


Issu d’une génération qui n’a jamais connu Louis de Funès sur grand écran, j’ai pourtant grandi avec lui à travers les VHS. Aujourd’hui, à voir la procession de parents et enfants dans le musée qui lui est dédié, la relève semble assurée. Situé en face de la gare de Saint-Raphaël, le musée retrace le chemin de celui qu’Yves Montand qualifia de « clown génial ». Issu d’une famille d’immigrés espagnols, Louis de Funès de Galarza officia longuement comme pianiste de bar avant de se lancer sur scène : Ornifle ou le courant d’air de Jean Anouilh, notamment, qui ne lui ouvrira guère de boulevard. S’ensuit alors un long fleuve de rôles secondaires dans des films méconnus : Du Guesclin, Fraternité, Poisson d’avril

Il faut attendre 1956 et La traversée de Paris pour que l’acteur crève l’écran dans un rôle de charcutier savoureusement tragique. A travers affiches, photos, extraits de films et objets, le musée se concentre sur l’ascension du ténor des mimiques. Le visiteur peut notamment y voir la perruque originale du fameux « capellmeister » de La grande vadrouille. Il peut également se gausser de quelques scènes mythiques du Corniaud à Naples ou de La folie des grandeurs en Andalousie, remarquable et (très) libre adaptation de Ruy Blas.

Un comique intemporel

Oscar et Faites sauter la banque font encore rire petits et grands. Fantomas et Hibernatus ignorent les modes, la critique et le temps. Depuis près d’un demi siècle, les humeurs du gendarme à Saint Tropez, face aux extraterrestres ou courtisant sa « biche » sont d’incontournables navets du cinéma français. S’il n’est plus de ce monde, Louis de Funès est encore en pleine forme. Un mois et demi après l’ouverture du musée, le livre d’or n’est pas avare d’éloges. Et pour cause, les gestes et le caractère de l’artiste nous parlent toujours ! En campant un personnage râleur, égoïste voire franchement antipathique, Louis de Funès a toujours su faire rire et même se rendre attachant. Au-delà de sa puissance comique, il a mis en scène des thèmes sociétaux résolument actuels. Dans notre pays fragilisé par des fractures communautaires, les pitreries de Rabbi Jacob sont une véritable leçon de vivre-ensemble avant la lettre. Des générations avant la sacralisation du bio, Louis de Funès partait en guerre contre la malbouffe avec L’aile ou la cuisse. Bien avant que l’on se préoccupe du sort de mère la Terre, il s’intéressait à l’écologie dans La zizanie.

Suite à des années de travail acharné d’une gestuelle unique, il se consacrera au potager de son château des bords de Loire au Cellier. « La seule chose qui vaille la peine c’est la nature : c’est pour elle qu’il faut défiler dans la rue », assura-t-il, affirmant également à un journaliste que : « si c’était à refaire, je ferais des études d’horticulture ».  Un prophète, le clown ? Un génie intemporel, certainement. Où qu’il soit maintenant, Louis de Funès ne se lasse pas de dérider les plus pessimistes d’entre nous. Dans notre pays en proie aux doutes et aux inquiétudes, il n’a pas fini de nous faire rire. En attendant des jours meilleurs, Louis de Funès reste donc un antidépresseur à prescrire. Et en cette fin d’été, les habitués de la Côte d’Azur peuvent aller le côtoyer dans son musée.

Musée Louis de Funès, Rue Jules Barbier, 83700 Saint-Raphaël.

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Ousmane Sow, l’anti Jeff Koons?

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Photo: Clavieres Virginie / Sipa

Une des statues en bronze de Ousmane Sow (1935-2016) a été placée devant le Ministère de la Culture, rue de Valois. Et une place à son nom a été inaugurée dans le 15e arrondissement.

Enfin une initiative culturelle de la Mairie de Paris approuvée par Causeur !


Longtemps, les milieux de l’art contemporain ont snobé Ousmane Sow (1935-2016), puissant sculpteur sénégalais. Trop figuratif, trop traditionnel, trop populaire ! Disons plutôt : pas assez art contemporain !

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La figure d’Ousmane Sow est celle d’un colosse affable et d’un homme d’une rare élégance. Ancien kinésithérapeute, il se met à la sculpture à la cinquantaine. Sa connaissance du corps humain est professionnelle, mais aussi poétique. Inspiré par Leni Riefenstahl, il produit de nombreux Nubas. Il s’intéresse aussi au sort des Indiens de Little Bighorn, à Toussaint Louverture, à Victor Hugo et à un grand nombre de personnages conjuguant humanisme et force vitale.

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En 1999, à l’initiative d’une de ses collectionneuses et admiratrices, Béatrice Soulé, une grande exposition est organisée sur le pont des Arts, à Paris. Plusieurs millions de visiteurs s’enthousiasment, chiffre qui devrait faire pâlir d’envie la FIAC et ses laborieuses 70 000 entrées. En 2013, il entre à l’Académie des beaux-arts. En 2017, quand Jeff Koons veut faire le don coûteux de ses Tulips à la Ville de Paris, des pétitions fusent, exigeant que la Mairie fasse plutôt l’acquisition d’un Ousmane Sow. L’Hôtel de Ville fait la sourde oreille. On comprend donc l’importance du revirement actuel  : la Ville de Paris a acquis un des bronzes représentant un couple de Nubas, placé devant le ministère de la Culture, place de Valois. En outre, une place Ousmane Sow est inaugurée dans le 15e arrondissement. On est heureux de pouvoir, pour une fois, approuver un choix municipal.

Paul Morand: Quand l’Europe était galante

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Etude pour le portrait de Paul Morand (détail) de Jacques Emile Musee Des Beaux Arts de Rouen © Photo Josse/Leemage/AFP

Dans cette nouvelle carte postale, Pascal Louvrier évoque l’Europe galante, de Paul Morand. Le sable est blanc et les femmes dansent sur une musique à fendre l’âme. La nuit est lascive. Le rhum embellit la vie.


Né le 13 mars 1888, Paul Morand quitte ce monde, qu’il a parcouru de long en large, le 23 juillet 1976. La France pèle sous les assauts du soleil. On ne parle pas de dérèglement climatique. Personne ne vient nous culpabiliser d’aimer le plaisir. La liberté l’emporte sur la morale.

Une autre carte postale: Quand Françoise Sagan se faisait massacrer par la critique

Ma mère me montre, quelques années plus tard, l’étrange récit Tais-toi, signé Paul Morand. Je l’ouvre. Il est dédicacé. Je lis : « Dans les confessions, il y a toujours un secret qu’on ne dit pas. Voltaire. » Une petite écriture nerveuse et droite, celle de Morand.

Morand fait « jazzer » la langue française

Son style sec, percutant, sans gras, est adapté à la nouvelle. Louis-Ferdinand Céline a tout de suite pigé que l’écrivain, qui ne tenait pas en place, a été le premier à faire « jazzer » la langue française. C’est un révolutionnaire qui n’a emprunté au bourgeois que les bonnes manières. J’aime tout particulièrement l’Europe galante, recueil de nouvelles paru en 1925. Le cavalier Morand est comme sa monture, il sent, avant tout le monde, les secousses telluriques. L’Europe s’affaisse, elle est dépravée, inflationniste, léninifiée. Il la présente à ses contemporains telle qu’ils ne la voient pas encore. Voici la Rhur, « ça et là cassée par des clochers sans fumée et des cheminées sans Dieu. » ; les Allemands, humiliés par la défaite et le traité de Versailles, sont comme « des insectes qu’on a mis sur le dos » ; ils attendent le héros national qui les remettra sur leurs pattes déjà bottées. Voici Moscou désorganisée par la révolution d’Octobre où faire l’amour devient un exploit. « Il faut préparer cela longtemps à l’avance. Il faut payer le théâtre, envoyer la bonne à son syndicat… », répond Vasilissa Abramovna, exaltée bolchévique, au narrateur fatigué d’attendre. Cette héroïne de « Je brûle Moscou », la nouvelle la plus forte du recueil, côtoie Mardochée Goldvasser, intellectuel juif, thuriféraire du pouvoir rouge. « Il boxe les mots, emploie les calembours, les propos grossiers, les images populaires, les monologues de fou, le folklore, les patois paysans, les dialectes allogènes, l’argot des ateliers, le tout éclairé par-dessus d’une érudition forcenée.» Morand reconnaitra plus tard s’être inspiré du Poète Maïakovski pour brosser le portrait de son personnage.

Une autre carte postale: Pedro Almodovar est (aussi) écrivain

Irrésistibles nouvelles

Croisons ensuite le proscrit Tarquino Gonçalves, fou de joie de pouvoir enfin humer l’air de sa patrie, qui réserve une curieuse punition au marin venu le tuer. Suivons Nicu Petresco, jeune boursier étudiant la philosophie à Paris, candidat malgré lui à une pratique de plus en répandue, la partouze. Découvrons ce qui peut exciter cette jeune femme prénommée Julie, ou ce que l’on peut dire, pendant un dîner, à la femme qui aime la même femme que vous. Réponses dans « Céleste Julie ! » et « les Amis nouveaux ». À lire de préférence à deux, voire à trois. Soyons attentif enfin à cette confidence soigneusement cachée dans « l’Eloge de la marquise de Beausemblant », et qui concerne avant tout Morand. « Je suis une mer fameuse en naufrages : passion, folie, drames, tout y est, mais tout est caché. »

Les héroïnes de Morand sont irrésistibles. On en perd la raison, et c’est tant mieux.

Paul Morand, l’Europe galante, Grasset, Les Cahiers rouges

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Donbass: 13 000 morts, 30 000 blessés et un million de réfugiés

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Ruines de l'ecole de la ville de Pisky. Village près de Donetsk, Donbass, Ukraine, 21-23 May 2019. Credit:Gaelle Girbes/SIPA/1907011325

Entretien avec Nikola Mirkovic, président de l’association Ouest-Est, qui vient en aide aux victimes de la guerre du Donbass. Selon le Franco-Serbe, ce n’est pas Moscou qu’il faut blâmer dans cette crise.


La guerre au Donbass dure depuis 2014 et a déjà fait plusieurs milliers de victimes. Comme en Yougoslavie, l’Union européenne se révèle incapable de rétablir la paix sur son continent, dans des villes qui ont pourtant accueilli l’Euro de football en 2012. Washington et Moscou se partagent le leadership de l’Ukraine, reléguant les Européens au second plan, alors même qu’ils sont signataires des accords de Minsk II. Point d’étape sur la situation actuelle au Donbass où la paix semble bien loin d’advenir.

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Nikola Mirkovic

Jean-Baptiste Noé. Votre association vient en aide aux victimes de la guerre du Donbass, conflit que vous suivez depuis le début. Aujourd’hui, quel bilan humain peut-on tirer de ce conflit qui a débuté en 2014 ?

Nikola Mirkovic. Le bilan humain donne le vertige. On compte depuis 2014 plus de 13 000 morts, 30 000 blessés et un million de réfugiés. Des villages et des quartiers de villes entiers ont été dévastés. L’approvisionnement en eau et en électricité ou l’accès à des biens de première nécessité alimentaires, pharmaceutiques, etc. sont un problème majeur également. C’est une zone noire en pleine Europe du XXIe siècle.

Quelle est la situation militaire au Donbass ? La ligne de front est-elle stabilisée ? Les principales villes de la région sont-elles touchées par les bombardements et les affrontements ?

Nous sommes passés d’une guerre de mouvement à une guerre de position et on peut dire que la ligne de front est globalement stabilisée même s’il y a des incursions dans la zone grise des deux côtés de temps en temps. Certaines zones peuvent encore basculer d’un camp à l’autre, mais c’est rare. En revanche les combats continuent quotidiennement le long des quelque 400 kilomètres de ligne de front. Les quartiers Nord ou les premières villes périphériques des grandes villes comme Lougansk et Donetsk sont touchés, car ils sont sur la ligne de front. Mais si vous visitez les deux centres-villes, il vous est parfois difficile de deviner qu’il y a une guerre à quelques kilomètres.

Comment vit le Donbass par rapport à l’Ukraine ? Les relations sont-elles complètement coupées avec Kiev ou bien y a-t-il encore des liens politiques ou économiques ? 

Le Donbass indépendantiste est organisé en deux républiques la République populaire de Donetsk (RPD) et la République populaire de Lougansk (RPL). Ces deux républiques ont proclamé leur indépendance suite aux événements du Maïdan et au coup d’État qui a renversé le président Ianoukovicth. Les habitants du Donbass ont voté leur autonomie par référendum et c’est à partir de ce moment-là que Kiev leur a déclaré la guerre. Dans le cadre des accords de Minsk II signés en 2015, il y a des négociations officielles entre les deux républiques et Kiev, mais elles n’avancent pas. Les liens économiques ont été stoppés suite à l’imposition d’un blocus par Kiev sur le commerce avec le Donbass. Les deux républiques se sont organisées en Etat et ont leur propre constitution, leurs propres administrations et même leurs propres armées. Elles ont tous les attributs d’un État régalien, mais ne sont pas reconnues par la communauté internationale.

À lire aussi, Lucien Ehrard : Les âmes mortes du Donbass

Qu’en est-il de la place de la Russie dans ce conflit ? Est-ce que Moscou intervient directement ou indirectement ?

Le Donbass est une région majoritairement russophone et qui a historiquement appartenu plus longtemps à la Russie qu’à l’Ukraine. Les relations avec la Russie sont donc importantes et les liens profonds. Moscou est d’autant plus concernée que la guerre se déroule sur  sa propre frontière. Le Kremlin n’a pas pour autant envoyé son armée sur place contrairement à ce que certains médias ont laissé croire, ce sont des volontaires locaux qui se sont eux-mêmes organisés en armée. Moscou doit certainement apporter du conseil militaire et un soutien logistique, mais ça ne va pas plus loin que cela. Les États-Unis en revanche fournissent les militaires ukrainiens en armes, conseillent l’armée ukrainienne et envoient des soldats sur place officiellement pour assurer de la formation. Aussi Moscou a apporté énormément d’aide humanitaire et développe les relations commerciales avec les deux républiques. Les républiques ont abandonné la hryvnia ukrainienne pour utiliser le rouble russe. Récemment Poutine a octroyé aux habitants du Donbass la possibilité d’obtenir la nationalité russe.

>>> Lire la suite de l’entretien sur le site de Conflits <<<

Ceux du Donbass: Chroniques d'une guerre en cours

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Ne les écoutez pas, Boris Johnson n’a jamais été opportuniste!

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Le premier ministre britannique Boris Johnson à la Chambre des Communes, Londres, le 25 juillet 2019 © CHINE NOUVELLE/SIPA Numéro de reportage: 00917559_000003

L’éditorialiste Ambrose Evans-Pritchard, ancien collègue de Boris Johnson, témoigne de la constance des idées anti-UE du Premier ministre britannique, contrairement à l’idée répandue. Et lui donne quelques conseils dans l’âpre négociation toujours en cours sur le Brexit.


J’ai fait la connaissance de Boris Johnson à l’occasion d’un insupportable dîner, juste avant le sommet européen de Maastricht, fin 1991. C’était là un petit épisode révélateur de l’avancée de l’histoire anglo-européenne.

A lire aussi, Jeremy Stubbs: La Grande-Bretagne parie sur l’optimisme de « BoJo »

Il revenait de Bruxelles, après avoir causé de gros soucis à Downing Street en se livrant à un dynamitage journalistique en règle. J’écrivais alors une série de portraits des dirigeants européens pour The Telegraph.

Ma première rencontre avec Boris Johnson en 1991

Nous devions rencontrer un Premier Ministre John Major aux abois, pour des négociations de paix, au Brooks’s, qui était au XVIIIe siècle le Club des Whig [Littéralement le club des perruques,du nom de l’ancien grand parti libéral, NdT], dans la rue Pall Mall et par ailleurs antre de l’éditeur du Telegraph, Max Hasting. Le cinquième homme de ce dîner à cinq [en français dans le texte NdT] était Charles Moore [un journaliste du Telegraph, NdT]. Mister Major – comme on disait alors – voulait nous convaincre qu’il n’allait pas laisser tomber la livre sterling et laisser la Grande-Bretagne s’enfermer dans un proto-État européen. Mais son discours était étonnamment plat. Il jurait abondamment dans une vaine diatribe nationaliste, traitant l’affable Chancelier Allemand de « salaud ». On aurait cru le Premier Ministre métamorphosé en Johnny Foreigner [groupe de punk-rock britannique, NdT] ! Il a tapé sur la table tellement fort que les verres manquèrent de s’écraser par terre. Au moment de nous quitter, Boris consterné a secoué la tête. « C’était un spectacle lamentable », a-t-il dit.

La vue de l’esprit selon laquelle Boris se serait cadenassé dans une position pro-Brexit par pur opportunisme est grotesque jusqu’à en devenir absurde

Dans les semaines qui suivirent, à Maastricht, John Major a résisté face à l’Europe, « jeu, set et match », dans son langage de tennisman. Mais ce qu’il n’avait pas compris – contrairement à Jean-Claude Juncker, plus jeune alors, avait aussitôt saisi – c’est qu’en maintenant la Grande Bretagne à l’écart du grand projet fédéraliste d’union monétaire, il allumait de fait la longue mèche qui devait mener au Brexit. Sir Ivan Rogers, le premier négociateur du Brexit pour la Grande-Bretagne, a précisé ce mois-ci au Parlement que Maastricht avait inévitablement provoqué des déséquilibres. Un outsider à la zone euro serait en constante tension face à un projet guidé par une logique d’intégration à l’union monétaire. Cela ne pourrait pas perdurer. Sir Ivan a averti ses collègues, dès 2006, que le retrait britannique allait survenir. La rupture aurait pu se produire au moment du Traité de Lisbonne – qui a accouché de la Cour suprême européenne – ou encore au moment du Pacte budgétaire. Peu importe, en réalité, ce qui a fini par provoquer le Brexit. Un coup d’éclat était inévitable dans une logique aristotélicienne.

Boris Johnson journaliste

J’ai par la suite remplacé Boris à Bruxelles, poste pour poste. Il m’a proposé de rédiger pour The Spectator d’occasionnels aperçus de l’épicentre de l’UE. Et durant toutes ces années, à aucun moment je n’ai détecté de faille dans sa logique fondamentale de pensée, à savoir que l’UE était en train d’accumuler des pouvoirs malsains. Il aimait à plaisanter, prédisant qu’un jour des escouades de douaniers de l’UE seraient déployées aux frontières pour « aider » les états plus petits de l’Union Européennes qui auraient quitté le droit chemin. Et c’est exactement ce qui va se passer. La Lituanie, la Lettonie et l’Estonie savent parfaitement comment de telles forces fonctionnent.

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Il partageait mon avis selon lequel l’UE était en train de constituer un supra niveau de pouvoir exécutif, échappant à tout contrôle, une structure césaropapiste [Régime dans lequel les fonctions spirituelles du pape, chef de l’Église, sont absorbées par un chef d’État absolu, un César, NdT), allant à l’encontre de l’autonomie britannique de gouvernance démocratique.

Ses huit années en tant que Maire de Londres ont peut-être adouci ses positions, mais je n’ai absolument pas été surpris quand il s’est rangé dans le camp pro-Brexit, à l’issue de mois d’atermoiements et de tourmentes, alors que les sondages y voyaient une cause perdue.

Je n’ai pas non plus été surpris qu’avant de faire le grand saut il ait envisagé les alternatives – pour ou contre – et dressé le bilan contradictoire des argumentaires. C’est à peu de choses près ce que j’ai moi-même fait. La vue de l’esprit selon laquelle Boris se serait cadenassé dans une position pro-Brexit par pur opportunisme est grotesque jusqu’à en devenir absurde.

Ne pas se soumettre comme Tsipras

Alors après tant d’années passées ensemble dans les tranchées, mon conseil à Boris, c’est de ne jamais, au grand jamais tenter le bluff avec l’UE. Votre coup de bluff vous reviendrait en boomerang, et avec intérêt. C’est ce qui a conduit à la lamentable capitulation et le sort pitoyable de Syriza en Grèce. Alexis Tsipras a tenté d’avoir une chose et son contraire. Il a conquis le pouvoir à l’issue d’une campagne contre le « mémorandum » de la troïka UE-FMI et pour la fin à l’austérité, tout en disant également au peuple grec qu’il pouvait garder l’euro. Petit à petit, la Banque centrale européenne l’a lentement paralysée. Elle a coupé les liquidités – les critiques disent illégalement – aux banques privées grecques qui n’avaient rien fait de mal. Alors que les retraits aux distributeurs étaient plafonnés à 40 € et que l’effondrement monétaire était imminent, [Alexis Tsipras] a cédé. Il n’a pas pu se résoudre à soutenir la monnaie parallèle de Yanis Varoufakis et à sortir de l’euro. Tsipras est allé demander pardon à Bruxelles et a avalé des conditions encore plus dures que le diktat originel de la Troïka.

L’UE n’a pas la même emprise sur les banques britanniques, mais elle a d’autres moyens pour mettre la pression. La dernière décennie nous a appris que les institutions de l’empire « soft » de l’UE sont devenues très puissantes et ne sont désormais plus si soft, avec généralement la BCE comme bras armé. Francfort a donné – en secret – des ordres à un gouvernement italien élu pour qu’il mette en œuvre des réformes sensibles dans les domaines de l’emploi et de la fiscalité en 2011, puis l’a démis de ses fonctions par une crise de refinancement sur les marchés obligataires. Il n’y a pas eu un seul murmure de protestation de la part de la presse dévote de l’UE, ni de la part des eurodéputés sur ce viol de la constitution. Mais c’est là le problème. Il n’y a rien pour arrêter la machine.

Bien sûr, un régime peut être à la fois puissant et fragile. Ce fut le cas de l’Union soviétique dans les années 1980. Main de fer, pieds d’argile. L’union monétaire reste fondamentalement dysfonctionnelle. L’écart germano-italien n’est pas comblé. La zone euro a déjà un pied dans un piège déflationniste à la japonaise. Les taux d’intérêt sont de moins 0,4 pour cent avant même que la prochaine récession mondiale ne commence sérieusement. La politique fiscale est paralysée par l’appareil du hooverisme institutionnalisé[tooltips content= »Herbert Hoover a longtemps été connu comme un progressiste privilégiant davantage d’intervention de l’État dans l’économie : Hoover signa non seulement la loi Smoot-Hawley sur le rehaussement des tarifs douaniers, il encouragea aussi les hommes d’affaires à maintenir les salaires élevés, augmenta le montant réel des dépenses de l’État, réduisit l’immigration à près de zéro, mit en place toutes sortes de facilités de prêt de la part de l’État, et augmenta le déficit budgétaire »]1[/tooltips]. Un épouvantable krach financier se profile. Ou, comme le dit avec lassitude Otmar Issing, fondateur de l’euro : « Un jour, tout le château de cartes s’écroulera ».

Hard Brexit

On pourrait dire que l’UE devrait y réfléchir à deux fois avant de risquer un Brexit sans accord qui pourrait déclencher un tel dénouement. Mais Boris commettrait une erreur en misant trop sur cet aspect dans ses calculs. Les politiques européens n’avaient pas conscience de leur propre vulnérabilité en 2008, et ils ne l’ont pas davantage aujourd’hui.

Si Boris persistait à menacer d’une sortie sans accord après être entré à Downing Street,alors il faut qu’il le veuille vraiment. Il doit être prêt à s’engager dans une réorientation stratégique radicale, mettant de côté toute idée d’un accord avec l’UE alors que le pays se concentre plutôt sur un accord commercial express avec les États-Unis. A partir de là, il n’y aurait pas de retour en arrière possible. Une telle évolution pourrait être un choc positif de destruction créative schumpétérienne pour l’économie britannique – en effet, je pense que ce serait le cas – mais la destruction arriverait d’abord.

Face au Brexit, il est possible que les élites de l’UE acceptent des concessions dignes de ce nom si elles sont mises faces à des preuves concrètes de ce funeste tournant et si elles en arrivent à la conclusion que leur marché le plus lucratif (un excédent de 95 milliards de livres sterling) – et leur principal acteur en matière de défense – vont être définitivement absorbés dans l’orbite américaine. Ce serait « perdre » le Royaume-Uni une deuxième fois. Mais elles ne se laisseront pas influencer par les fanfaronnades du « c’est ça ou rien », ou par le non paiement de la pension alimentaire de 39 milliards de livres pour le divorce, ni par les menaces de journaux à scandales.

Conseil d’ami

Si Boris n’a pas le cran pour affronter une telle tempête, il ferait mieux d’adopter l’autre tactique et jouer la carte « Nixon en Chine » [stratégie du fait accompli, NdT]. Il devrait se présenter à Berlin et à Paris comme l’authentique Brexiter qui peut résister à la manière des GRE [European Research Group, groupe de députés conservateurs britanniques anti-UE NdT], là où Theresa May a échoué, à condition que l’UE lui offre une concession bien précise sur la question du filet irlandais. Il devrait alors pouvoir en profiter pour jouer la montre jusqu’à ce que les contradictions internes de l’Europe reviennent au premier plan.

Ce qu’il ne doit pas faire, c’est louvoyer entre défiance et soumission, ce qui ne satisfait personne et a conduit à l’échec de Madame May. Choisis l’un ou l’autre, camarade.

Source: The Telegraph, traduit par le site Les Crises

« Alors, Céline Pina, toujours islamophobe? »

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L'essayiste et journaliste Céline Pina © Photo Hannah ASSOULINE

Spécialiste des collectivités locales, membre du PS durant de longues années, ex-conseillère régionale d’Île-de-France, suppléante d’un député PS, rien ne donnait à penser que Céline Pina, petit soldat du socialisme au pouvoir, ruerait dans les brancards…


… C’est pourtant ce qu’elle a osé faire, en 2015, en dénonçant le « Salon de la femme musulmane » qui se tenait à Pontoise. Que n’avait-elle pas fait là ! Briser l’omerta, quel sacrilège ! Vilipendée, exclue, poursuivie à l’occasion par les islamistes qui savent reconnaître leurs ennemis, toujours vaillante, elle a publié un premier livre en 2016, Silence coupable, et en prépare actuellement un second. Cette femme courageuse, pour laquelle j’ai une vraie admiration, a bien voulu répondre à mes questions.

 

Propos recueillis par Jean-Paul Brighelli

Causeur. Alors, Céline Pina, toujours islamophobe, paraît-il ? Puisque c’est ainsi que vous qualifie le CCIF[tooltips content= »Collectif Contre l’Islamophobie en France NDLR »]1[/tooltips]…

Céline Pina. L’islamophobie est une escroquerie intellectuelle qui vise à rétablir la notion de blasphème en interdisant toute critique de l’Islam. Dans les faits, si le CCIF accuse notre société, comme les individus qu’il cible, d’être islamophobe, c’est que cette institution, relais de l’idéologie des frères musulmans, ne supporte ni la liberté d’opinion, ni la liberté d’expression, encore moins celle de conscience. A cela s’ajoute le refus que la femme soit l’égale de l’homme, la culture du ressentiment, la volonté séparatiste et le refus d’intégration.

A lire aussi, notre entretien avec Philippe d’Iribarne: L’islamophobie, une arme d’intimidation massive

En faisant passer les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité que défendent les républicains laïques pour un rejet des musulmans, ce sont les islamistes qui les stigmatisent en tentant de les enfermer dans un communautarisme qui ne leur permet pas de trouver leur place au sein de notre société et qui les enferment dans une vision obscurantiste, impérialiste et intégriste de leur religion. En attendant, en accrochant cette étiquette « islamophobe » au dos de ceux qui défendent les idéaux universels, le CCIF avertit les intellectuels courageux : défendre la liberté se fera à leurs risques et périls car ils seront désignés comme des cibles par les petits soldats de l’islam politique, seront fragilisés dans leur milieu professionnel, attaqués dans le cadre du jihad judiciaire et ne seront ni défendus ni protégés par leur gouvernement.

Pendant 25 ans, vous avez été un bon petit soldat du PS. Quelle mouche vous a piquée en 2015 ? Quelle idée de dénoncer le sort réservé aux femmes par l’Islam, à l’occasion du Salon de la femme musulmane à Pontoise ? Et de stigmatiser le « silence assourdissant » du député Dominique Lefebvre, dont vous étiez suppléante?

J’étais déjà choquée à l’époque par la médiocrité du milieu politique dans lequel j’évoluai mais aussi par une réelle absence de contrôle des actes des collectivités locales alors que l’argent public qu’elles investissent est conséquent. En 2014, au moment du renouvellement municipal, tous les élus de l’agglomération où j’habitais ont reçu une lettre de la directrice des Finances de la principale ville du regroupement qui dénonçait nombre d’atteintes aux marchés publics. Que ces accusations aient été fondées ou non, nous ne le saurons jamais. Ce qui m’a choqué alors, c’est l’omerta total qui en a résulté et le réflexe corporatif qui a eu lieu. Un réflexe d’autant plus fort que certains employés de l’agglomération étaient aussi époux ou parents des élus qui siégeaient. Un népotisme qui ne paraissait déranger personne. Or ce même népotisme est combattu au Parlement, alors que les députés ne gèrent pas les budgets conséquents à disposition des élus de grandes villes ou de grosses agglomérations. Là où l’argent public est présent en quantité, le contrôle de l’Etat est indigent. Cette situation favorise la corruption et le soupçon. Le courrier de cette fonctionnaire et le refus de regarder en face les conséquences du manque de contrôle en matière de corruption au sein d’un parti qui n’avait que la morale à la bouche m’avait déjà découragée.

Ajoutez à cela le clientélisme qui fermait les yeux des élus sur la montée de l’idéologie islamiste, la haine du blanc et de l’occident qui se répandait dans les quartiers, la réalité de l’antisémitisme et les atteintes portées à l’égalité femmes-hommes et vous comprendrez que lorsque j’ai appris la tenue de ce salon, que j’ai écouté les discours des prédicateurs invités qui justifiaient pêle-mêle le viol des femmes non voilées, appelaient à la haine des juifs et expliquaient à des enfants que s’ils écoutaient de la musique ils allaient se transformer en porcs ou en singes, j’ai jugé qu’il était de mon devoir d’élue d’intervenir. Le fait que les autres grands élus du territoire et notamment le député de l’époque, Dominique Lefebvre, aient choisis de se taire parce qu’ils pensaient que cela leur assurerait le vote musulman sur laquelle ils avaient bâti une grande partie de leur stratégie électorale me paraissait relever d’une double trahison. D’abord à leurs devoirs d’élus qui impliquent que l’on fasse passer la défense de ce qui fonde notre contrat social et nous fait exister en tant que société constituée avant la défense de son mandat et des avantages personnels que l’on en retire. Aux Français de confession musulmane ensuite, dont une partie notable n’ont aucune sympathie envers les islamistes et aspirent aussi à l’émancipation et à l’égalité.

À lire aussi, Céline Pina: « Le nouveau monde macroniste est tout fier d’être multiculturaliste » 

Avez-vous eu conscience, à l’époque, que vous entamiez une procédure de divorce avec votre ancienne famille politique ?

Oui. Mais il y avait eu Charlie et le retour de l’assassinat politique. Combattre cette violence me semblait plus essentiel que donner des gages de loyauté à des personnes sans envergure ni conscience. Ces passages à l’acte étaient liés au développement d’une idéologie parfaitement identifiable, dont les plus habiles propagateurs étaient les frères musulmans, et dont la propagande était relayée par des organisations qui avaient pignon sur rue (UOIF, CCIF…). Or au PS, faire le lien entre imprégnation de l’idéologie islamiste, retour de la violence terroriste, mais aussi montée de l’antisémitisme et fragilisation des droits des femmes vous valait déjà des procès en racisme et fascisme. Pourtant les effets de ce travail de radicalisation se voyaient au quotidien dans le voilement des femmes et des fillettes, dans le départ des Français de confession juive de nombre d’écoles et de certaines villes ou quartiers, dans la recrudescence des revendications communautaires. Or sur tous ces sujets, mon parti d’alors témoignait d’un aveuglement qui à un moment ne relève plus naïveté, mais de la complicité. Or je ne voyais pas la position d’élu comme une sinécure où l’on n’a rien d’autres à défendre que son poste, tout en faisant croire aux citoyens que l’on est porté par des convictions et un réel désir de servir son pays. Pour moi cette position était de celles qui obligent. Sur les conséquences de ce choix, j’étais sans illusion : en étant la seule à dénoncer cette atteinte aux principes et idéaux qui fondent pourtant notre contrat social, je mettais d’autant plus en relief l’absence de courage et de capacité à défendre ce que nous sommes en tant que peuple de celui qui était alors le député du territoire, Dominique Lefebvre. L’ayant fait au nom du devoir et sans avoir d’alliés, je savais que je serais attaquée par l’appareil, ne serais défendue officiellement par aucun des grands élus qui pèsent et perdrais toute chance d’investiture pour les élections. C’était la fin de ma carrière politique. J’ai juste estimée que cette cause valait de lancer mon chant du cygne.

À cette époque, Rachid Temal, aujourd’hui sénateur PS, vous menace d’expulsion, on vous accuse de faire le jeu du FN — et de fait, ce sont surtout des organes de presse réputés « de droite » qui vous accueillent désormais. Comment vit-on une exclusion alors même que l’on sait que l’on a raison ?

Cela peut mettre très en colère et c’est souvent un des buts. Quand on se sent victime d’une injustice, on peut perdre son calme et le sens de la mesure et se tirer soi-même des balles dans le pied. En vous mettant en accusation d’être devenus ce que vous combattiez, on tente de vous décrédibiliser totalement. C’est déjà violent en soi. Mais surtout ce qui m’a choquée c’est que des personnes comme Rachid Temal ou Dominique Lefebvre ne pouvaient que se douter qu’en m’attaquant aussi violemment après le massacre de Charlie, cela pouvait me mettre en danger. Cela ne les a pas arrêtés une seconde. Or comment faire confiance à des personnes, dont la première des fonctions est de protéger leurs concitoyens, quand confrontés à une parole courageuse et indépendante mais qui les contrarient, ils ne songent qu’à la faire taire sans autre considération que leur propre intérêt. Cette inhumanité souvent présentée comme une force en politique est consternante. Malheureusement elle faisait partie de la logique de l’appareil et plus jeune, l’on peut malheureusement y succomber.

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La presse dite de gauche, elle, n’existe plus. On a certes une presse dominée par l’idéologie islamo-gauchiste, mais la qualifier de « presse de gauche » est une insulte à la gauche, historiquement émancipatrice, soucieuse de justice sociale et défendant l’égalité des droits. D’ailleurs cette presse-là est en train de connaître le destin du PS : lui n’a plus d’électeurs, elle, plus guère de lectorat. Ses titres sont portés à bout de bras par des hommes d’affaires dont il faudrait un jour interroger les motivations et les alliances. En effet, conserver ces titres n’a plus guère d’autres intérêt qu’investir le champ de la représentation. Le Monde, Libération, Le Nouvel Obs vivent de leur réputation et de leur image. Ils restent des références pour ce qu’ils ont été, même si ce qu’ils sont devenus trahit leur histoire. Ils ont encore le pouvoir d’être crédités de « dire » le réel. Les conserver permet d’imposer dans le débat des thèmes que rejettent les Français et de garder le pouvoir de dire le licite et l’illicite, de faire des réputations, de lancer des leaders d’opinions. Cela ne fait que creuser la fracture française et ajoute au désarroi de la majorité des Français qui ont le sentiment que leurs élites vivent dans un autre monde. Cela explique aussi le fait que les journalistes ont réussi à décrocher une triste palme : ils sont aussi déconsidérés que les hommes et femmes politiques. Je pense que le temps finira par rendre justice à cette triste presse. Mais j’avoue m’en désintéresser totalement aujourd’hui.

>>> Lisez la suite de cette interview sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

Silence coupable

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Défense de juger les juges

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Le "mur des cons" du Syndicat de la magistrature, en 2013. Image: Capture d'écran Youtube.

La dernière réforme de la justice punit de cinq ans d’emprisonnement l’analyse statistique des décisions des juges. Cette mesure protégera les magistrats les plus politisés des remontrances des citoyens.


La tyrannie cool du progressisme aime à se nicher dans les détails des lois que les députés votent à la pelle. La loi de programmation et de réforme pour la justice comporte ainsi en son article 33 une disposition de nature à mieux asseoir le gouvernement des juges. « Les données d’identité des magistrats et des membres du greffe ne peuvent faire l’objet d’une réutilisation ayant pour objet ou pour effet d’évaluer, d’analyser, de comparer ou de prédire leurs pratiques professionnelles réelles ou supposées. »

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Les décisions des tribunaux demeurant (encore) publiques, consultables et analysables, leur mise en ligne fait en effet courir le risque d’une utilisation statistique pointue. L’intention première du législateur est d’empêcher une forme de consumérisme dans le choix d’un tribunal ou d’un magistrat. Que l’on puisse identifier tel juge aux affaires familiales plus favorable aux femmes dans les divorces ou tel autre magistrat correctionnel hostile à l’incarcération des délinquants pourrait fausser les rapports entre justice et justiciables.

Le législateur entend interdire que la réputation d’un magistrat puisse être confirmée ou infirmée par l’analyse statistique de ses décisions

Cet argument ne tient pas. Les magistrats jugent en leur âme et conscience, certes, mais également au nom du peuple français. Si deux magistrats, dans des dossiers identiques, rendent des jugements systématiquement divergents, cela signifie sans doute que l’un des deux juge mal et que le peuple est en droit de le savoir. En matière de droit d’asile, les avocats connaissent ainsi très bien la ligne des juges devant lesquels ils peuvent être amenés à plaider.

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Le législateur entend pourtant interdire que la réputation d’un magistrat puisse être confirmée ou infirmée par l’analyse statistique de ses décisions. Il y a toujours d’excellentes raisons pour maintenir la population dans l’ignorance. Ce banal article 33 en fournit une autre : cinq années de prison – la peine encourue pour l’analyse des « pratiques professionnelles » –, sanction identique à celle prévue par la loi informatique et libertés pour les statistiques ethniques à laquelle cet article 33 est rattaché. Le législateur n’aime pas les statistiques révélant des réalités fâcheuses.

Mais alors, où situer la frontière entre le gentil « lanceur d’alerte » – qui fouille courageusement les poubelles de Monsanto – et le fourbe antisocial qui s’intéresse de trop près à la façon dont la justice est rendue en son nom ? L’antagonisme paraît de plus en plus évident entre la volonté populaire et certaines des décisions de la Cour de cassation, du Conseil d’État et du Conseil constitutionnel – qui a bien sûr validé l’article incriminé. Ces instances non élues prétendent rendre indissociables démocratie et progressisme. Un discret tour de vis supplémentaire vient d’être donné afin de dissuader ceux qui voudraient mettre l’indépendance idéologique de la Justice en cause.

Certaines démocraties ont au contraire choisi de rendre publiques toutes les statistiques judiciaires. Aux États-Unis, on sait que tel magistrat répond favorablement à huit demandes d’asile sur dix alors que son collègue n’en valide que deux. En France, publier ce genre d’information ou se risquer à un profilage ethnique de la population carcérale est donc passible de procès. Une même logique sous-tend ce refus de savoir : il est plus facile de nier un problème si l’on interdit d’en mesurer l’ampleur.

Informatique et libertés, j’écris ton nom.

Hidalgo, trop à tribord pour les pro-migrants

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Anne Hidalgo, accompagnée de journalistes, va à la rencontre de migrants errant au nord de la capitale en avril 2018. © Thibault Camus/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22189650_000007

La capitaine du Seawatch 3 Pia Klemp, à qui la maire de Paris voulait remettre la médaille de la capitale pour son action de repêchage de migrants en Méditerranée, a déclaré refuser cette distinction. Non, Anne Hidalgo, l’extrême-gauche ne veut pas (non plus) de vous !


Pia Klemp
Pia Klemp Photo: ISOPIX/SIPA Numéro de reportage: 00899640_000014

« Madame Hidalgo, vous voulez me décorer pour mon action solidaire en mer Méditerranée, parce que nos équipages ‘‘travaillent quotidiennement à sauver des migrants dans des conditions difficiles’’. Simultanément votre police vole les couvertures de gens contraints de vivre dans la rue, pendant que vous réprimez des manifestations et criminalisez des personnes qui défendent les droits des migrants et des demandeurs d’asile. »

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Un camouflet pour le maire de Paris

Atroce camouflet pour Anne Hidalgo : mardi 20 août, la navigatrice allemande Pia Klemp a déclaré refuser la médaille de la ville de Paris qu’elle souhaitait lui faire attribuer, ainsi qu’à sa camarade Carola Rackete (au grade le plus élevé, celui de ‘‘Grand Vermeil’’). Se fendant d’un communiqué sur son compte Facebook, celle qui a été capitaine du Seawatch 3, puis du Iuventa – deux bateaux missionnés par des ONG allemandes pour récupérer des migrants en mer Méditerranée – a dédaigneusement argué de l’hypocrisie de la maire de Paris, et proclamé que « nous n’avons pas besoin de médailles. Nous n’avons pas besoin de pouvoirs décidant qui est un « héro » [sic] et qui est « illégal » ». De surcroît, « il est temps que toutes les médailles soient lancées comme des fers de lance de la révolution ! » – phrase qui, semble-t-il, connaît déjà un certain succès dans les réseaux militants d’extrême-gauche.

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Hors de question d’accepter la marque de reconnaissance d’un pouvoir oppresseur, faisant le jeu de la domination capitaliste, xénophobe et raciste, s’il fallait produire un résumé ! Anne Hidalgo peut donc remballer sa décoration, car la sans-frontiériste poursuivie par la justice italienne ne viendra pas la chercher.

D’ailleurs, celle-ci a bien autre chose à faire : elle est actuellement à Exarcheia, le quartier d’Athènes bien connu depuis la crise grecque comme un lieu de rassemblement majeur d’anarchistes et autres anticapitalistes, et s’occupe à tenir des conférences avec les migrants pour leur parler de « Solidarités sans frontières, avec des bateaux, des squats, des convois… ».

Anne Hidalgo, indubitable social-traître

Elle y a aussi rencontré des activistes français comme Yannis Youlountas (lequel a relayé son communiqué sur les réseaux). Sans doute sont-ce eux qui lui ont expliqué ce qu’il fallait penser d’Anne Hidalgo : une indubitable social-traître, dont l’estime est plus embarrassante que glorieuse aux yeux des combattants du Bien.

La maire de Paris pensait donner un nouvel os à ronger à la gauche radicale, dont elle tente régulièrement de s’attirer les faveurs par des gages sans coût réel (hormis pour sa cote de popularité). Hélas, une fois de plus, elle n’est parvenue qu’à se discréditer doublement : auprès des anti comme des pro-migrants. Si le Seawatch va probablement bientôt repartir pour de nouvelles aventures, la barque d’Anne Hidalgo, elle, n’a pas fini de prendre l’eau.

Crise italienne: le pari risqué de Salvini

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Giuseppe Conte (à droite) regarde Matteo Salvini au Sénat, à Rome, le 20 août 2019 © Gregorio Borgia/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22369163_000005

Salvini a fait éclater le gouvernement poussé par ses excellents sondages. Un pari très risqué tant le « parti du non-vote » (grillistes, démocrates de centre-gauche, voire certains berlusconistes) freine des quatre fers pour empêcher la dissolution des chambres. Députés et sénateurs annoncés perdants en cas de retour aux urnes n’ont aucune envie de se faire hara-kiri.


Le gouvernement Conte est officiellement tombé hier soir. Lors de son grand oral au Sénat, le président du Conseil a accablé son ministre de l’Intérieur Matteo Salvini, l’accusant d’à peu près de tous les maux : déloyauté, irresponsabilité, inhumanité… En moins de deux semaines, le chef du gouvernement est redevenu le héraut du Mouvement 5 étoiles (M5S) auquel il a imposé début juin la reprise du TGV Lyon-Turin, au nez à la barbe des parlementaires grillistes. Depuis sa démission, Giuseppe Conte est unanimement applaudi par les cadres du M5S qui louent son courage, son sens des responsabilités et son respect des institutions, autant de qualités dont ils estiment dépourvu « le traître » Matteo Salvini.

Course contre-la-montre

En faisant éclater le gouvernement, le ministre de l’Intérieur a fait un pari risqué. Car si la Lega caracole en tête des intentions de vote dans les sondages, la quasi-totalité des groupes parlementaires s’oppose à de nouvelles élections. Pas seulement parce que l’actuelle mandature a théoriquement quatre ans devant devant elle. Ni parce que le vote du budget à l’automne devient pressant, sans quoi les Italiens devront subir une hausse record de la TVA (+25%) synonyme de coup de massue fiscal. Avec les conséquences que l’on imagine sur la consommation et la croissance. Non, ce qui dicte l’attitude des uns et des autres dans la crise est bien plus prosaïque : les enquêtes d’opinion.

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Les élections européennes ont annoncé la couleur. En cas de législatives anticipées, les grandes tendances dégagées fin mai ont toutes les chances de s’accentuer. Au-delà des divergences idéologiques, deux camps aux contours parfois flous s’affrontent aujourd’hui en Italie : les partisans d’une dissolution du Parlement donc d’un vote immédiat et les tenants du statu quo parlementaire. Evidemment, le premier bloc regroupe les forces annoncées grandes gagnantes d’un éventuel scrutin : la Lega et son allié post-fasciste Fratelli d’Italia, débarrassé des oripeaux du MSI et annoncé à 7%, devant Berlusconi. Comme s’en amusait hier soir sa présidente Giorgia Meloni, Fratelli d’Italia est l’unique « parti monogame » de la péninsule. Autrement dit, le seul à ne jamais dévier de sa stratégie : construire une coalition de centre-droite souverainiste, sans aucun compromis avec les partis de gauche (PD, voire M5S). Mais dans l’actuel Parlement, Lega et Fratelli d’Italia ne rassemblent qu’une minorité de centre-droit incapable de renverser un cabinet si l’ensemble des autres groupes se ligue contre elle.

Des berlusconistes anti-Salvini

Du côté des perdants annoncés des élections, le Mouvement 5 étoiles pèse aujourd’hui de tout son poids pour éviter un vote précipité. Sa déroute aux européennes se confirme sondage après sondage puisque le Parti démocrate, son possible nouveau partenaire de coalition, le dépasse désormais systématiquement. Il y a quelque chose de piquant à entendre les contempteurs des basses manœuvres d’assemblée, adeptes de la démocratie participative à travers leur plateforme interne « Rousseau », se muer en avocats zélés du régime parlementaire…

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De manière plus inattendue, un autre mouvement pourrait faire la différence et empêcher la dissolution : Forza Italia, le parti fan-club de Berlusconi, en perte de vitesse continuelle. Ses députés et sénateurs, qui représentent la troisième force parlementaire, se trouvent face à un dilemme cornélien : soit appuyer Salvini, au risque de perdre leur fauteuil (les sondages président deux tiers d’élus berlusconistes en moins par rapport à 2018), soit soutenir un nouveau gouvernement M5S-PD. A première vue farfelue, cette hypothèse reproduirait la majorité hétéroclite qui a voté l’investiture de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, au grand dam des eurodéputés leghistes. Dans les rangs berlusconistes, de nombreux parlementaires récusent de plus en plus bruyamment le souverainisme de Salvini et plaident à mezzo voce pour un gouvernement tripartite euro-compatible. Un slogan américain leur siérait à merveille : « Four more years! » Le « Tout sauf Salvini » n’est pas toujours l’apanage de la gauche… Pour Forza Italia, ce ne serait pas une première, le Cavaliere ayant par le passé soutenu le gouvernement euro-technocrate de Mario Monti puis les premiers pas de Renzi au Palazzo Chigi.

La Lega (légèrement) affaiblie

Dans ce jeu à front renversé où chacun trahit sa parole de la veille, le Parti démocrate n’est pas en reste. Matteo Renzi, l’ennemi historique des grillistes, qui écartait toute alliance avec le M5S, appelle désormais à constituer un front anti-Salvini avec ses anciennes bêtes noires. On peut en dire autant de son adversaire intérieur Zingaretti, chef du PD, qui souhaite a priori éviter de nouvelles élections anticipées. D’autant que Renzi fomenterait une scission de l’aile droite du parti.

Aux dernières nouvelles, les sacrosaints sondages, qui ne sont qu’un reflet de l’opinion publique, décrivent un tassement des intentions de vote pro-Lega, aux alentours de 36%. Les arguments de Conte semblent avoir au moins partiellement fait mouche, Salvini étant jugé opportuniste par une grande partie de l’opinion. Qui sait si le Capitano ne révisera pas sa tactique en fonction de cette nouvelle donne?

Aujourd’hui même, le président Mattarella reçoit l’ensemble des groupes parlementaires afin de dégager une majorité alternative. En cas d’échec des tractations, deux options s’offrent au chef de l’Etat : constituer un gouvernement technique jusqu’aux prochaines élections, ou prononcer la dissolution des chambres. S’il ne souhaite pas s’imposer une cure d’opposition, Salvini peut nourrir un dernier espoir : miser sur l’échec des négociations entre grillistes et démocrates. La démocratie d’opinion a de beaux jours devant elle.