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Pedro Almodovar est (aussi) écrivain

Les cartes postales de Pascal Louvrier

Pedro Almodovar est (aussi) écrivain
Antonio Banderas , Penélope Cruz et Pedro Almodovar à Cannes, en 2019 © LAURENT VU / HAEDRICH JEAN-MARC / SIPA Numéro de reportage : 00908215_000014

Avant de partir en vacances, Pascal Louvrier a vu le dernier Almodóvar et a lu la nouvelle du cinéaste qui aurait aussi voulu être écrivain. Déjanté, et tourné vers le plaisir multicolore.


Je vous écris d’un pays que je ne nommerai pas, mais il y a le bleu du ciel, des mouettes au-dessus des vagues et de la confiture d’abricot sur du pain frais. 

Avant de partir, j’ai vu Douleur et Gloire, de Pedro Almodovar. Ce film est un chef-d’œuvre, il n’y a rien de trop, c’est épuré, les mises en abyme sont remarquables, tout est finement pensé, tourné avec délicatesse, c’est un instant de grâce, un miracle au cœur d’une époque qui se repait de la vulgarité la plus laide. Antonio Banderas promène un corps malade avec un regard désabusé qui pourtant ne renonce pas à la poésie du cinéma. Il est le double de Pedro Almodovar. Il est aussi touchant qu’un coucher de soleil au large d’Almeria. Penélope Cruz joue le rôle de la mère de Pedro Almodovar. Confier le rôle de sa propre mère à son artiste fétiche, voilà un privilège d’artiste ! 

Pedro confirme que l’artiste est un démiurge. 

J’en ai profité pour lire la nouvelle du cinéaste qui aurait voulu être écrivain, Patty Diphusa, La Vénus des lavabos. C’est déjanté, sans esprit de sérieux, tourné vers le plaisir multicolore, comme la roue d’un paon. Il faut lire Pedro en buvant un mojito, et surtout sans être seul. Parce que dans les lavabos, il s’en passe des trucs, ça va vite, et les dialogues font mouche. On les croirait écrits par Dashiell Hammet.

Dans sa préface, Pedro écrit : « De tous les personnages féminins qui sont nés sous ma plume, Patty est ma favorite. Une jeune femme douée d’un tel appétit de vivre qu’elle n’en dort jamais, naïve, tendre et grotesque, jalouse et narcissique, amie de tous le monde et de tous les plaisirs et toujours prête à voir le meilleur côté des choses ! » Pedro, je l’appelle par son prénom depuis Douleur et Gloire, car il est désormais comme un grand frère pour moi, Pedro conclut : « Patty fuit la solitude et se fuit elle-même, et le fait avec beaucoup d’humour et de bons sens. » Jeune, Pedro s’habillait en femme. Patty, c’est son double féminin. Et en plus elle adore les langoustines. 

Patty Diphusa La Vénus des lavabos, Points.

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est auteur de "Johnny que je t’aime" (Praxys diffusion) et directeur littéraire des éditions Tohu-Bohu.

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