Depuis la mi-juillet, le musée Louis de Funès a vu le jour à Saint-Raphaël. Près de quarante ans après sa mort, le comique n’a pas fini de nous faire rire.


Issu d’une génération qui n’a jamais connu Louis de Funès sur grand écran, j’ai pourtant grandi avec lui à travers les VHS. Aujourd’hui, à voir la procession de parents et enfants dans le musée qui lui est dédié, la relève semble assurée. Situé en face de la gare de Saint-Raphaël, le musée retrace le chemin de celui qu’Yves Montand qualifia de « clown génial ». Issu d’une famille d’immigrés espagnols, Louis de Funès de Galarza officia longuement comme pianiste de bar avant de se lancer sur scène : Ornifle ou le courant d’air de Jean Anouilh, notamment, qui ne lui ouvrira guère de boulevard. S’ensuit alors un long fleuve de rôles secondaires dans des films méconnus : Du Guesclin, Fraternité, Poisson d’avril

Il faut attendre 1956 et La traversée de Paris pour que l’acteur crève l’écran dans un rôle de charcutier savoureusement tragique. A travers affiches, photos, extraits de films et objets, le musée se concentre sur l’ascension du ténor des mimiques. Le visiteur peut notamment y voir la perruque originale du fameux « capellmeister » de La grande vadrouille. Il peut également se gausser de quelques scènes mythiques du Corniaud à Naples ou de La folie des grandeurs en Andalousie, remarquable et (très) libre adaptation de Ruy Blas.

Un comique intemporel

Oscar et Faites sauter la banque font encore rire petits et grands. Fantomas et Hibernatus ignorent les modes, la critique et le temps. Depuis près d’un demi siècle, les humeurs du gendarme à Saint Tropez, face aux extraterrestres ou courtisant sa « biche » sont d’incontournables navets du cinéma français. S’il n’est plus de ce monde, Louis de Funès est encore en pleine forme. Un mois et demi après l’ouverture du musée, le livre d’or n’est pas avare d’éloges. Et pour cause, les gestes et le caractère de l’artiste nous parlent toujours ! En campant un personnage râleur, égoïste voire franchement antipathique, Louis de Funès a toujours su faire rire et même se rendre attachant. Au-delà de sa puissance comique, il a mis en scène des thèmes sociétaux résolument actuels. Dans notre pays fragilisé par des fractures communautaires, les pitreries de Rabbi Jacob sont une véritable leçon de vivre-ensemble avant la lettre. Des générations avant la sacralisation du bio, Louis de Funès partait en guerre contre la malbouffe avec L’aile ou la cuisse. Bien avant que l’on se préoccupe du sort de mère la Terre, il s’intéressait à l’écologie dans La zizanie.

Suite à des années de travail acharné d’une gestuelle unique, il se consacrera au potager de son château des bords de Loire au Cellier. « La seule chose qui vaille la peine c’est la nature : c’est pour elle qu’il faut défiler dans la rue », assura-t-il, affirmant également à un journaliste que : « si c’était à refaire, je ferais des études d’horticulture ».  Un prophète, le clown ? Un génie intemporel, certainement. Où qu’il soit maintenant, Louis de Funès ne se lasse pas de dérider les plus pessimistes d’entre nous. Dans notre pays en proie aux doutes et aux inquiétudes, il n’a pas fini de nous faire rire. En attendant des jours meilleurs, Louis de Funès reste donc un antidépresseur à prescrire. Et en cette fin d’été, les habitués de la Côte d’Azur peuvent aller le côtoyer dans son musée.

Musée Louis de Funès, Rue Jules Barbier, 83700 Saint-Raphaël.

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Alexis Brunet
est professeur de français langue étrangère.
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