Alors qu’il est déjà interdit dans les tribunes, Agnès Buzyn envisage de restreindre encore la possibilité de boire de l’alcool dans les stades de foot. «La question des loges se pose» a-t-elle affirmé cette semaine. La ministre envisage ainsi de parachever la prohibition.


« Mais arrêtez donc d’emmerder les Français » disait un Premier ministre futur Président de la République, Georges Pompidou, à un futur Premier ministre, futur Président de la République, Jacques Chirac. C’était en 1966, c’étaient les Trente glorieuses. 1966, l’année où la mini-jupe cartonnait en France avec plus de 200 000 pièces vendues. On pouvait alors regarder les cuisses des femmes jusque « à ras le bonbon » comme le chantait Léo Ferré sans se retrouver cloué au pilori du « Balance ton porc », même en étant un « mâle blanc de plus de 50 ans ».

Une France plus « légère » qui disparaît

Les temps ont bien changé. Depuis cinquante ans, et nonobstant la fameuse « parenthèse enchantée » post mai-68, les temps sont redevenus puritains. Le topless est devenu ultra-minoritaire sur nos plages tandis que le burkini – la baignade entièrement habillée pour les femmes – est apparu. On a tout aseptisé et pas seulement au niveau des corps. Le ballon de rouge, qui était régulièrement commandé dans les bistros a été remplacé par le Coca zéro (les sodas étant pires pour la santé que le vin, il faut bien se donner bonne conscience). On a même fait il y a 28 ans une loi nommée « Loi Evin » pour bannir de la pub et des stades l’alcool.

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Certains voudraient revenir sur la Loi Evin afin de permettre à nos clubs professionnels de générer des recettes qu’ils n’ont plus, contrairement aux clubs concurrents dans d’autres pays d’Europe, en autorisant la pub pour les alcools et la vente dans les stades. Immédiatement la proposition a fait un tollé, Agnès Buzyn envisageant même hier lors d’une interview radio « d’interdire l’alcool dans les loges VIP puisqu’il est interdit dans les gradins ». C’est vrai que, parmi les discriminations que personne n’a jamais soulevées, celle interdisant aux prolos qui se pèlent l’hiver et chantent pendant deux heures pour soutenir leur équipe sans avoir le droit de boire une goutte de bière se pose quand, pour les nantis friqués invités dans les loges, c’est « open bar », y compris pour les alcools forts. On imagine l’enthousiasme des VIP invités à manger des galettes de tofu et de la salade de quinoa, bio bien évidemment, le tout accompagné d’eau minérale…

Agnès Buzyn: « On se calme et on ne boit pas au stade »

Cette époque hygiéniste est devenue insupportable, surtout pour nous Français, pays de la bonne bouffe, du bon vin. Nous sommes des latins et les latins sont des jouisseurs, ces pisse-vinaigres commençant à, comme disait Pompidou, nous emmerder au rythme de la prise d’anxiolytiques, matin-midi et soir.

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Si on interdit le champagne dans les loges il faut bien, au nom de la lutte contre l’alcoolisme, l’interdire à l’Elysée et dans tous les palais nationaux. On attend d’ailleurs que l’exécutif montre l’exemple dès ce weekend lors du G7 de Biarritz.

Il y a quarante ans sortait l’album de « Jacques Higelin » intitulé « Champagne pour tout le monde ». Quarante ans plus tard, les temps ont bien changé puisque c’est champagne pour personne…

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