La capitaine du Seawatch 3 Pia Klemp, à qui la maire de Paris voulait remettre la médaille de la capitale pour son action de repêchage de migrants en Méditerranée, a déclaré refuser cette distinction. Non, Anne Hidalgo, l’extrême-gauche ne veut pas (non plus) de vous !


Pia Klemp
Pia Klemp Photo: ISOPIX/SIPA Numéro de reportage: 00899640_000014

« Madame Hidalgo, vous voulez me décorer pour mon action solidaire en mer Méditerranée, parce que nos équipages ‘‘travaillent quotidiennement à sauver des migrants dans des conditions difficiles’’. Simultanément votre police vole les couvertures de gens contraints de vivre dans la rue, pendant que vous réprimez des manifestations et criminalisez des personnes qui défendent les droits des migrants et des demandeurs d’asile. »

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Un camouflet pour le maire de Paris

Atroce camouflet pour Anne Hidalgo : mardi 20 août, la navigatrice allemande Pia Klemp a déclaré refuser la médaille de la ville de Paris qu’elle souhaitait lui faire attribuer, ainsi qu’à sa camarade Carola Rackete (au grade le plus élevé, celui de ‘‘Grand Vermeil’’). Se fendant d’un communiqué sur son compte Facebook, celle qui a été capitaine du Seawatch 3, puis du Iuventa – deux bateaux missionnés par des ONG allemandes pour récupérer des migrants en mer Méditerranée – a dédaigneusement argué de l’hypocrisie de la maire de Paris, et proclamé que « nous n’avons pas besoin de médailles. Nous n’avons pas besoin de pouvoirs décidant qui est un « héro » [sic] et qui est « illégal » ». De surcroît, « il est temps que toutes les médailles soient lancées comme des fers de lance de la révolution ! » – phrase qui, semble-t-il, connaît déjà un certain succès dans les réseaux militants d’extrême-gauche.

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Hors de question d’accepter la marque de reconnaissance d’un pouvoir oppresseur, faisant le jeu de la domination capitaliste, xénophobe et raciste, s’il fallait produire un résumé ! Anne Hidalgo peut donc remballer sa décoration, car la sans-frontiériste poursuivie par la justice italienne ne viendra pas la chercher.

D’ailleurs, celle-ci a bien autre chose à faire : elle est actuellement à Exarcheia, le quartier d’Athènes bien connu depuis la crise grecque comme un lieu de rassemblement majeur d’anarchistes et autres anticapitalistes, et s’occupe à tenir des conférences avec les migrants pour leur parler de « Solidarités sans frontières, avec des bateaux, des squats, des convois… ».

Anne Hidalgo, indubitable social-traître

Elle y a aussi rencontré des activistes français comme Yannis Youlountas (lequel a relayé son communiqué sur les réseaux). Sans doute sont-ce eux qui lui ont expliqué ce qu’il fallait penser d’Anne Hidalgo : une indubitable social-traître, dont l’estime est plus embarrassante que glorieuse aux yeux des combattants du Bien.

La maire de Paris pensait donner un nouvel os à ronger à la gauche radicale, dont elle tente régulièrement de s’attirer les faveurs par des gages sans coût réel (hormis pour sa cote de popularité). Hélas, une fois de plus, elle n’est parvenue qu’à se discréditer doublement : auprès des anti comme des pro-migrants. Si le Seawatch va probablement bientôt repartir pour de nouvelles aventures, la barque d’Anne Hidalgo, elle, n’a pas fini de prendre l’eau.

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