Parmi les adversaires américaines que les Bleues affronteront demain soir, faisons connaissance avec Megan Rapinoe, star de l’équipe et opposante burlesque au Président Trump.


Lundi dernier, face à l’Espagne, la capitaine de l’équipe féminine des Etats-Unis Megan Rapinoe a refusé de chanter l’hymne américain « The Star-Spangled Banner ». Légende du football dans un pays où c’est un sport phare chez les femmes, l’avant-centre de Seattle a pris cette décision en 2016, lors de l’élection de Donald Trump.

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Interrogé par The Hill, le président eut une réponse beaucoup plus mesurée qu’à son habitude en affirmant « aimer regarder le football féminin » et en considérant que l’acte de Rapinoe était inapproprié. Fin de la discussion. Vendredi, l’équipe américaine affronte la France, match dans lequel Rapinoe pourrait rééditer cet embarrassant silence…

Trump : « mesquin, raciste et misogyne »

La blonde peroxydée ne fait pas dans la dentelle.

Elle a déjà qualifié l’homme d’affaires et roi du deal de « mesquin », « raciste », « misogyne » et « homophobe ». N’en jetez plus!

Dans ce pays où sport et politique ne sont jamais très éloignés, Rapinoe n’est pas la première personnalité sportive à avoir décidé de boycotter l’hymne national. Tout le monde a encore en tête les images de Tommie Smith et John Carlos levant le bras droit sur le podium des Jeux olympiques de Mexico en 1968.

Contre les violences policières, pour l’égalité salariale…

En 2016, année de l’élection du candidat républicain, le joueur de football américain Colin Kaepernick avait également fait sensation en s’agenouillant lors de l’hymne pour protester contre les violences policières. Rapinoe lui avait immédiatement emboîté le pas lors d’un match opposant son équipe de Seattle à Chicago. Cet agenouillement suscite sifflets et vives critiques dans la majorité des stades, d’autant que la footballeuse n’en est pas à son coup d’essai. Ayant effectué son coming-out en 2012 durant les Jeux olympiques de Londres, Rapinoe est une figure du mouvement LGBT américain. Elle mène aussi un combat auprès de la fédération américaine de soccer pour l’égalité des salaires entre les hommes et les femmes.

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L’opposition entre leçons de morale de la sportive et fausses provocations du locataire de la Maison blanche sont symptomatiques de l’état du débat public aux Etats-Unis.

Ce clivage, loin d’être caricatural, avait fait perdre Hillary Clinton, en la coupant de la classe moyenne blanche. Cette classe sociale, centre névralgique du pays, se sent à raison méprisée par l’establishment démocrate. Les démocrates se montrent chaque jour plus soucieux de défendre les minorités ethniques ou sexuelles plutôt que l’Amérique décrite par Jack London ou Bruce Springsteen…

Dennis Rodman et Mike Tyson, rescapés du politiquement correct

Hormis Dennis Rodman et Mike Tyson, très peu de sportifs avaient soutenu le candidat républicain lors de sa campagne, le monde sportif préférant lui reprocher ses sorties sur l’émigration mexicaine et ses multiples provocations. Comme dans beaucoup de pays d’émigration, le sport est un facteur d’intégration et d’ascenseur social. Ces questions d’intégration, d’égalité ou de féminisme sont toujours des sujets sensibles dans les vestiaires ou en conférence de presse.

Si la critique en démocratie est bien entendu salutaire, si Donald Trump n’est pas le messie, siffler ou refuser de chanter un hymne n’a rien d’un acte révolutionnaire. On est loin du courage du virtuose Caszely, qui en refusant de serrer la main à Pinochet, avait non seulement freiné sa prometteuse carrière dans le football, mais également mis la vie de ses proches en danger.

Les gestes symboliques ne sont forts qu’utilisés à bon escient. Sinon, ils ne sont que démagogie. Dont Trump n’a visiblement pas le monopole…

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