Accueil Site Page 1509

Jean-Pierre Marielle brouille les cartes

0

Thomas Morales consacre une série d’été à l’immense Jean-Pierre Marielle (1932-2019), récemment disparu (7/8).


Dans le cinéma français, vous êtes étiqueté dans le catalogue de nuances, des acteurs respirent les gaz d’échappement et d’autres, les hectares de tournesol. Son vieux camarade, Jean-Paul Belmondo, a inscrit sa mythologie autour de la Place Denfert-Rochereau avec quelques sorties cascadeuses sur les plages exotiques, il reste malgré tout un comédien attaché à son XIVème natal. Marielle brouille les cartes IGN.

Toute une France disparue et secrète

En bord de mer sur une bicyclette ou à l’arrière d’une limousine sur une avenue haussmannienne, il déploie sa maestria, son don du mimétisme. Charcutier ou pétrolier, inspecteur du fisc ou journaliste, calotin ou lieutenant, toutes les professions se collent à son amplitude de jeu. Sa crédibilité n’est jamais mise en doute. Chanoine ou érotomane, même simplicité et même malléabilité à trouver les ressorts de la comédie. Marielle se regarde comme on s’amourache d’une carte postale. Il y a toute une France disparue et secrète, il contenait notre identité si friable à l’air libre, si implosive. Il apportait dans ses bagages la charge réelle et onirique d’une nation. Dans son paquetage, on voit l’église, le maire, le bar, éternel zinc où atterrissent en catastrophe les chagrins d’amour, l’usine, les petits commerces, les belles lycéennes aux jupes plissées et puis cette marchande de parapluie ficelée dans une robe à fleurs, tout un décor miniature qui se réanime grâce à sa magie de l’embellissement. Marielle éclairait notre mémoire. Des provinces reculées aux fortifs, lui, le germanopratin, l’éphémère stagiaire du Français, Premier prix de comédie au Conservatoire condensait notre ADN.

L’amour des mots

Nous arpentions le territoire sous sa dictée hypnotique. Cet acteur de la défaite me fait penser à ces mots de François Villon dans « Ballades en jargon » : « Trompeurs, experts en tricherie » et « Compagnons de la gaudriole ». Marielle était un acteur littéraire comme il n’en existe plus. L’image ayant remplacé les mots entremêlés ; la vidéo ayant tué les ornements du texte. Le poids des mots n’était pas chez lui qu’un slogan publicitaire. Il ne lui venait pas à l’idée de les trahir, de les dérouter de leur mission première. Toute sa carrière, il les a cajolés, chouchoutés, dorlotés pour qu’ils expriment une idée nette et sans bavures. Une fulgurance. Une météorite tapuscrite. Marielle respectait le texte dans ce qu’il avait de plus intime et sous-terrain. Il lui prodiguait son caractère immarcescible. Il n’était pas un enjoliveur, un défricheur, un exhausteur de mots, les prestidigitateurs et les margoulins finissent toujours par être démasqués. Marielle ne truandait pas les auteurs par fainéantise et hypocrisie. Et cependant, il s’attachait à immortaliser la prose de chacun d’entre eux. Nous voyagions en pullman dans ses lettres. Ce qui frappe et ravit l’oreille encore maintenant, c’est cette fluidité, un filet de voix qui émerveille par la scansion exacte, le rythme idoine, il soupesait au gramme près l’intention. Par modestie et lassitude, il avançait des arguments fallacieux en déclarant qu’il jouait « tout pareil ». Foutaises ! Monolithique pour esquiver les questions trop dérangeantes, boutade pour bouter l’ennemi. Il n’était pas dans l’autopromotion permanente, son talent n’avait pas besoin d’être ripoliné par les critiques et les courtisans médiatiques. Ce professionnel dont le métier était d’interpréter des situations, ne quémandait pas le plébiscite, indifférent, il burinait le texte comme l’ébéniste travaille sa pièce de bois. Comble du désespoir, cet artisan plaisait aux femmes. Allez comprendre, les vaincus regorgent de charmes insoupçonnés. Un condottière en salopette, baroudeur des discothèques, orpailleur des stations-service, un fantôme d’un passé récent quand le factice n’était pas l’accoutrement du pouvoir de séduction. Quelle stature ! Cette carcasse magistrale, la calvitie en forme de promontoire, les vocalises irrésistibles, cette forfanterie enfantine et le chibre vengeur, on le voyait arriver de loin. Il était un playboy d’occasion, suffisamment éprouvé par la vie pour chambouler les ménages les plus solides. L’homme de la quarantaine rugissante, aux abois et toujours sur la brèche, insatiable coureur et émouvant par tant de maladresses.

Le bistouri n’était pas passé par là

Marielle touchait les femmes par cette fragilité naissante, elles sentent ces fractures-là aux entournures, elles y plongent avec délice, ces mères-courage ne sont pas ignorantes de nos déséquilibres. Au cinéma, Marielle convoitait des femmes du quotidien, en cela, il différait de ses amis du Conservatoire. Le mannequin volant ou la playmate ravageuse n’étaient pas dans son rayon de prédilection. La blonde platine et la bimbo customisée l’amusaient plus qu’elles ne l’attiraient. Il amorçait la conversation par un anodin : « J’ai des relations administratives avec le public » ou « J’ai un pavillon en banlieue avec un jardin et un potager ». Il réhabilitait la femme que l’on croise tous les jours, à l’école, à la Sécu ou à la boucherie du quartier. La vendeuse ou la bourgeoise, la baba ou la fonctionnaire, il abordait sans distinction de classe et d’âge, de race et d’obédience. Bien sûr, il craquait parfois pour la fraîcheur de la jeunesse même si les sylphides n’avaient pas sa préférence absolue. Marielle couchait avec des femmes non-trafiquées. Le bistouri n’était pas passé par là. Il aimait les rondeurs et les soupirs, les folles comme les saintes. Cette quarantaine où un premier bilan s’impose fut son terrain de jeu.

Suite et fin la semaine prochaine

Coffret 8 DVD Jean Pierre Marielle

Price: ---

0 used & new available from


Adios

Price: ---

0 used & new available from

Bruno Maillé: la critique peut casser des briques


Grand lecteur, Bruno Maillé publie un recueil de ses articles publiés dans Causeur et L’Atelier du roman. Dans Les Maîtres de l’imagination exacte, ce critique aussi drôle qu’érudit rend hommage aux grands créateurs comme Gombrowicz, Muray ou Kundera.


Le générique est prestigieux, et l’auteur est subtil. Bruno Maillé, que les plus anciens lecteurs de Causeur ont apprécié pour son humour, son sens de l’absurde, mais aussi son érudition jamais pesante et sa poésie discrète, s’est enfin décidé à publier les textes qu’il a donnés à notre journal et à L’Atelier du roman, à propos de Pina Bausch, Milan Kundera, Philippe Muray, Philip Roth, Witold Gombrowicz et Günter Grass. Autant dire que nous avons avec ces noms de quoi traverser, comme le dit Maillé, « notre désert postmoderne, chaque jour plus aride et inhabitable ».

Philippe MURAY et Elisabeth Lévy ©Hannah Assouline
Philippe MURAY et Elisabeth Lévy ©Hannah Assouline

La notion de postmodernité peut paraître floue, elle est pourtant l’adversaire commun de tous les auteurs cités par Maillé et donne son unité à ces Maîtres de l’imagination exacte. La postmodernité, c’est à la fois la fin de l’Histoire, la déconstruction systématique, la disparition de la sexualité entre les deux mâchoires faussement opposées – néopuritanisme et pornographie – d’un même piège mortel pour les corps.

Muray et Kundera, figures tutélaires de Causeur

Les deux parties les plus substantielles des Maîtres de l’imagination exacte sont d’ailleurs consacrées aux deux inlassables combattants contre cette postmodernité que sont Muray et Kundera, figures tutélaires de Causeur. À propos de Muray, dans le discours qu’il prononça à ses funérailles, Maillé écrit : « Rien aussi ne mettait Philippe en joie comme l’envers noir de tous les bons sentiments. Il connaissait les mensonges de qui ne veut faire que l’ange, tout comme ceux de qui ne veut faire que la bête ».

Il me semble, année après année, que Causeur s’est efforcé d’appliquer ces préceptes : démonter les attitudes idéologiques préfabriquées, moquer les postures, lutter contre ce que Muray appelle l’« empire du Bien » sillonné par des hordes d’Homo festivus, dont il avait parfaitement pénétré le discours : « Philippe a aimé le langage comme personne. Il a pourchassé et parodié impitoyablement toutes les falsifications du langage auxquelles Homo festivus se consacre à temps plein ».

Bruno Maillé fait de la critique littéraire un art majeur

L’antidote, pour Maillé ? Le roman, toujours le roman, encore le roman. Mais pas celui qui se perd en expériences formelles comme dans un laboratoire ou dans les marécages de l’autofiction, quand ce n’est pas celui, poussiéreux comme une armoire sartrienne, du roman à thèse. C’est pour cela qu’on lui sera reconnaissant de remettre en avant la partie romanesque de l’oeuvre murayienne, notamment dans une analyse lumineuse de ce roman total qu’est On ferme.

C’est pour cela aussi qu’à travers Roth, Gombrowicz et surtout Kundera, il montre cette force de résistance que sont les romanciers face aux « mots de la tribu », le fait que chaque lecture soit l’expérience intime d’une autre vie, plus heureuse et plus vraie que l’existence qu’on nous accorde. Et Maillé n’hésite pas à présenter cette expérience avec une vis comica peu commune : « J’étais un garçon très timide, un puceau salace et puritain. Jusqu’à mes dix-sept ans ma vie érotique, outre la masturbation, était la lecture de Vian, de Kundera, de Gombrowicz ».

N’est-ce pas la meilleure des ordalies pour distinguer un grand écrivain que cet émoi provoqué chez un jeune onaniste appelé à devenir lui aussi un écrivain qui fait de la critique littéraire, si souvent dévoyée aujourd’hui, un art majeur ?

E-sport: toucher le pactole sur le dos des « nerds »


Le développement de la pratique de l’e-sport (!) est une véritable manne financière. De quoi convaincre Trump de réviser sa position obtuse sur les jeux vidéos.


Pour des milliers de jeunes, septembre rime avec rentrée des classes. Leurs nouveaux enseignants, tradition oblige, consacreront leur premier cours à leur faire remplir une fiche où chacun devra indiquer ce qu’il veut « faire plus tard ». Si bon nombre de millenials ont sans doute répondu « joueur de jeux vidéo professionnel », à l’époque la réponse pouvait sembler amusante pour ne pas dire naïve. Mais ce rêve est en passe de devenir réalité pour certains de la génération Y.

De Tetris à Fornite, que de chemin parcouru

À première vue, apparenter les jeux-vidéos à du sport et voir les plus jeunes se rêver en professionnels du joystick peut prêter à sourire. Pourtant, le concept a réellement pris son envol depuis le début des années 2010 et dispose désormais d’un crédit que beaucoup ignorent encore. Auparavant considérés comme indépendants, de nombreux pays – la France en tête – ont cherché à résoudre le vide juridique qui planait au-dessus de la tête des « e-athlètes », afin de leur conférer un réel statut. En mai 2017, un décret (n°2017-872) fut signé afin que ceux-ci soient reconnus comme professionnels à part entière, leur permettant notamment de signer des contrats dont la finalité est de représenter une organisation lors d’une compétition.

Et le comité olympique envisagerait sérieusement de faire une place à l’e-sport parmi les autres disciplines. S’il est presque certain à l’heure actuelle que ce ne sera pas le cas pour 2024, les discussions continuent et il y a fort à parier que l’idée se concrétisera.

A vos billets!

Esprit start-up de notre époque oblige, de nombreux entrepreneurs se sont lancés dans ce secteur, s’intéressant à plusieurs aspects : compétitions, sponsoring, fabrication de matériel, voire ouverture d’écoles spécialisées dans l’e-gaming… Et c’est moins marginal qu’on ne le pense: de grands groupes arrivent sur ce marché. On peut notamment citer le Paris Saint-Germain qui, en plus de disposer d’une équipe de football, d’handball et de judo, dispose désormais d’e-athlètes chargés de représenter le club sur le jeu-vidéo de football FIFA. Des groupes tels que Ford, Audi ou Vivendi sont également de la partie, en tant que sponsors ou détenteurs de leur propre équipe…

Ridicule? Pour les néophytes qui estiment qu’appuyer sur quelques boutons n’a rien d’un sport, oui. Et pourtant… C’est de moins en moins abstrait.

Imaginez un stade d’une capacité de 30 000 personnes rempli de supporters n’ayant pas hésité à payer l’entrée à un prix similaire à celui d’un match de football, qui passent ensuite deux heures à regarder sur des écrans géants les performances des meilleurs e-sportifs de la planète, alignés sur la scène principale et portant fièrement un maillot dont les prestigieux sponsors feraient pâlir de jalousie bon nombre d’associations sportives. Commentateurs et journalistes spécialisés s’y pressent. Médecins et “e-arbitres” sont eux chargés de s’assurer qu’il n’y aura aucun cas de dopage ou de triche. Oui, c’est déjà arrivé.

Un secteur où investir ses économies

Quel intérêt me direz-vous ? Je n’irai pas jusqu’à vous parler de performance sportive…

Mais on peut y voir une certaine revanche des derniers de la classe ayant le profil de nerds. Si autrefois, la catégorie des « mauvais en cours mais bon en sport » se projetait en footballeurs professionnels, l’ère du tout numérique offre une option similaire à ceux qui sont meilleurs souris en main que balle au pied. Fort d’une audience de plus de 200 millions de spectateurs sur les plateformes en ligne en 2018, Newzoo (analyste spécialiste du domaine) valorise ce marché à la croissance exponentielle à plus de 900 millions de dollars par an, sans oublier que l’on compte actuellement près de 10 entreprises du secteur pesant plus de 100 millions de dollars en bourse. Ainsi, à défaut de faire partie des prochains Jeux Olympiques, peut-être que l’aspect financier du secteur permettra à Donald Trump de réviser son jugement sur la question du jeu vidéo, responsable selon lui des tueries de masse dans son pays.

Julien Aubert (LR): «Le libre-échangisme a laminé les classes populaires»


Avec sa ligne gaulliste, Julien Aubert se présente comme le plus à droite des trois candidats à la Présidence des Républicains. Élu, il entend mettre fin aux divergences de ligne. Le bureau politique deviendrait alors le reflet de la ligne majoritaire et non plus celui de la diversité idéologique du parti. Quitte à voir certains pontes s’éloigner… Vote le 12 octobre.


 

Daoud Boughezala et Martin Pimentel. Le 14 août dernier, le quotidien Le Parisien Aujourd’hui en France vous affiche en Une avec vos concurrents MM. Larrivé et Jacob. Titre du journal : “LR, une élection sans ambition.” Selon vous, y a-t-il un véritable enjeu dans cette élection?

Julien Aubert. Oui ! Depuis près de sept ans, ce parti a refusé de faire son inventaire, sa mue, ses métamorphoses. Il refuse de changer ses pratiques et de s’interroger sur lui-même. Il y a pourtant un enjeu central : est-ce que l’on continue comme d’habitude, ou souhaite-t-on un sursaut ?

Le rabougrissement constaté dans votre parti a abouti à ce fameux 8% aux européennes. N’est-ce pas lié au rétrécissement de la ligne, engagé par Laurent Wauquiez, et dont le symbole a été François-Xavier Bellamy et sa déroute aux élections?

Je pense que c’est plus complexe. Il y a certes un effet général, un raidissement. On devient très dur et il y a un caractère presque obsessionnel sur certains sujets à l’extérieur du parti. Mais en même temps, il y a un décalage dans la manière de vivre notre mouvement. Dans notre ADN hérité de l’UMP, nous avons un rassemblement de toutes les tendances.

Je veux mettre fin à l’auberge espagnole chez LR! Je ne suis pas du tout social-démocrate

C’est ce qui pose problème: vous tenez un discours qui est très net, et en même temps dans la pratique, le mouvement continue à vivre comme s’il y avait un autre Président ou comme s’il y avait n’importe quel discours politique par-dessus. 

A lire aussi: Valérie Boyer (LR): « Refusons les sportives voilées à Paris 2024! »

Cette fracture se retrouve dans les différentes candidatures, non ? Nous avons d’un côté M. Larrivé et vous-même, avec des lignes assez proches: M. Larrivé proposait la suppression de la Commission européenne il y a quelques années, et d’être ferme sur l’immigration ou d’inscrire le refus de la GPA dans la Constitution. De l’autre côté, Christian Jacob a une ligne beaucoup plus consensuelle pour préserver le statu quo à l’UMP.

Il y a deux types de clivages. Avec Guillaume Larrivé, nous avons l’approche commune de vouloir renouveler par les idées. Nous sommes conservateurs tous les deux. Mais nos lignes sont moins proches que vous semblez le penser ! Guillaume Larrivé est plutôt un giscardo-sarkozyste. Il ne remet pas en cause le logiciel économique que nous avons depuis trente ans. Il est assez orthodoxe de ce point de vue là. Deuxièmement, sur l’Europe, il refuse de franchir le rubicon juridique. S’il fait le constat de perte de souveraineté et d’efficacité, il ne va pas jusqu’à en tirer les conséquences nécessaires sur le fonctionnement de l’Union européenne. Je suis plus audacieux que lui sur le plan juridique. Et sur le plan de l’économie, contrairement à lui, je ne pense pas qu’on peut avoir aujourd’hui les mêmes idées que dans les années 80.

La souveraineté ne veut pas forcément dire, comme le veut Florian Philippot, qu’il faille sortir de l’euro ou un Frexit

Avec Christian Jacob, nous avons un clivage sur la méthode! Il pense qu’il faut rester fidèle au fameux ADN de l’UMP, c’est à dire l’union de la droite et du centre… Guillaume Larrivé n’est pas précis là-dessus. Moi je dis que nous ne devons pas être un parti de droite et du centre, mais un parti de droite. Par conséquent, la ligne majoritaire que je souhaite doit incarner cette réorganisation. Je veux en quelque sorte mettre fin au concept de l’UMP, cette auberge espagnole de différents courants de pensée !

A vous écouter, on a l’impression que vous voulez revenir au RPR des origines (discours d’Egletons, appel de Cochin, campagne de Seguin contre Maastricht)… Aujourd’hui que la France est embarquée dans la mondialisation, ses contraintes et sa zone euro, cette idée d’une volonté d’un travaillisme à la française n’est-elle pas obsolète ?

Je récuse cette idée de travaillisme à la française. Je ne sais pas ce que cela veut dire. Cela correspondrait au Labour britannique ? Bref, ce sont les sociaux-démocrates… Je ne suis pas du tout social-démocrate. Je m’inscris effectivement dans la ligne gaulliste séguino-pasquaienne. 

A lire aussi: « Alors, Céline Pina, toujours islamophobe? »

Si l’on considère que la France ne peut plus avoir les moyens d’une politique indépendante dans la mondialisation, il faut abolir la démocratie. On reviendrait dans les années 90, à dire qu’il n’y a qu’une seule politique possible, la même que l’on mène d’ailleurs depuis trente ans et qui nous a conduit au résultat où nous en sommes rendus aujourd’hui. Je dis que Séguin et Pasqua avaient raison dans les années 90. Notamment sur l’euro, qui est une monnaie qui était effectivement mal configurée. Cette monnaie est assez fragile, elle a régressé. Loin de concurrencer le dollar, elle est incapable aujourd’hui de nous protéger de la prédation économique pratiquée par les Américains. Avec leur dollar et leurs sanctions extra-territoriales, ils n’hésitent pas à nous attaquer. Il y a un vrai sujet de souveraineté. Après, on peut faire l’autruche en disant “on a mal construit le mur, mais il faut le tenir comme il est”. Ou alors prendre le taureau par les cornes et mettre le sujet sur la table.

La souveraineté ne veut pas forcément dire, comme le veut Florian Philippot, qu’il faille sortir de l’euro ou un Frexit. Cela provoquerait une crise encore plus grande. Mais il faut réfléchir à une refonte de façon beaucoup plus courageuse.

Ce discours souverainiste est repris au sein de l’Union européenne. A l’étranger, que ce soit Orban, Salvini ou le gouvernement autrichien tombé récemment, des gens que l’on qualifie facilement de “populistes” mettent en place certaines actions. Vous reconnaissez-vous dans ces gens largement diabolisés en France?

Quand on veut noyer son chien, on lui accole de nos jours de préférence un adjectif qui se termine en “iste” : populiste, souverainiste… Je n’ai jamais compris ce que les gens craignaient dans le terme de souveraineté. C’est l’indépendance et la maîtrise de son destin. Mon idée n’est pas que la France soit le Québec de l’Union européenne, ni de « démondialiser ». Mais je ne veux pas que l’on devienne une colonie numérique des Etats-Unis (je pense à Facebook) ni être dépendant de Gazprom concernant l’approvisionnement gazier de l’Europe. Dans ce sens là, oui, je suis souverainiste ! S’il s’agit en revanche de fermer les frontières comme le souhaite Marine Le Pen, non je ne le suis pas. 

Dans les gouvernements diabolisés que vous avez cités, il y a aussi des choses qui n’ont rien à voir avec la souveraineté… C’est un mouvement général. Par rapport à trente années d’ouverture économique qui ont fait beaucoup de mal aux classes moyennes, il y a un phénomène de déstabilisation démocratique qui est en train de se produire dans un grand nombre de pays occidentaux. Les travailleurs ont été lésés par la concurrence internationale. En réaction, une forme d’autoritarisme émerge. Et dans les pays non-occidentaux, on observe la montée de l’islamisme. 

A lire aussi: Zohra Bitan: « Candidate en 2022, pourquoi pas? »

Pour un gaulliste, l’enjeu n’est pas de verser dans le populisme ou l’autoritarisme, mais d’expliquer aux classes moyennes que la déliquescence et la désindustrialisation de l’économie française viennent d’une mauvaise politique économique dont on peut changer. On ne peut pas dire qu’on défend les classes moyennes et laisser l’industrie disparaître sous nos yeux.

Laurent Wauquiez a été très critiqué sur ses atermoiements vis-à-vis des gilets jaunes. On a eu l’impression générale que la droite LR était écartelée entre la volonté de défendre l’ordre et en même temps la volonté de défendre les classes moyennes déclassées en révolte. Quel message leur adressez-vous ? Qu’est ce que vous pourriez faire pour la France périphérique si LR revenait aux responsabilités ?

Il faut défendre les gilets jaunes, mais pas la rébellion contre l’ordre, voilà la distinction qu’il faut faire. Les gilets jaunes n’arrivent plus à vivre de leur travail, car le travail ne paie plus. Là est le vrai problème. Il y a deux axes sur lesquels la droite doit travailler. Premièrement, la justice sociale. Aujourd’hui, le mécanisme d’indemnisation de l’inactivité est tellement confortable qu’on a des gens qui ne travaillent pas qui se retrouvent avec plus de pouvoir d’achat [que des gens qui travaillent NDLR]. Il faut établir la République des droits et des devoirs. Deuxièmement, on a organisé structurellement la liberté des capitaux – ce qui n’est pas propre à la France, bien sûr – qui fait que la rémunération du capital est partie en flèche alors que la rémunération du travail a stagné. Dans le même temps, l’immobilier est un terrible effet ciseau, qui pèse de plus en plus lourd dans le panier des ménages. Vous ne pouvez pas suivre car votre salaire ne prendra jamais 200% comme l’immobilier en dix ans. La droite, si elle veut défendre son projet d’accès des gens à la propriété, doit trouver un moyen d’augmenter la rémunération des salariés si elle ne veut pas se condamner à avoir une France de HLM ou de locataires. Je veux renouer avec l’une des grandes idées du Général de Gaulle, à savoir la participation. C’est à dire développer une société capitaliste où les salariés deviennent actionnaires de leur entreprise. Il faut que les dividendes données aux salariés deviennent beaucoup plus conséquents que les revenus du capital. 

Vous parlez du travail. A la rentrée, une nécessaire réforme sur les retraites est prévue. Comment le Président Macron et le gouvernement doivent-ils l’aborder ?

Ils ont l’ambition de faire une réforme globale. En soi, c’est assez sain, mais il ne faut pas que cela se noie dans la concertation généralisée. A un moment donné, il faudra bien trancher, notamment sur l’allongement de la durée de travail. 

Le point central dans cette réforme, c’est la justice. La plupart des actuels retraités ne sont pas concernés par la réforme. Vous avez des gens qui ont des droits acquis. Il faut éviter que ceux qui seront concernés par la réforme se retrouvent avec de graves injustices du fait de la modification des règles en cours de leur vie. Tout le monde anticipe, fait des plans et souhaite avoir une retraite convenable. Il ne faut pas que la réforme se traduise à tout niveau de la société par des écarts trop grands. Il faut rentrer dans le détail, c’est très compliqué et je ne pense pas que la concertation le permette. La clé de la réforme des retraites sera le séquençage. On ne peut pas faire cette retraite comme on a réformé l’impôt sur le revenu, en disant que l’on bascule du jour au lendemain. 

Quelqu’un comme Valérie Pécresse serait peut-être plus à l’aise dans un parti qui serait le frère du mien et qui aurait sa propre ligne, mais qui resterait dans une même confédération

Il va falloir au-delà du séquençage temporel annoncé proposer un séquençage sectoriel. Les gens veulent savoir : “qu’est ce que cela va changer pour moi?” Il faudrait s’astreindre, tous les ans, à envoyer à tous les Français un relevé de leur situation au regard des règles actuelles, et indiquer ce que cela donnera une fois la réforme appliquée. 

Votre parti est encore sonné par le départ de Laurent Wauquiez. Si vous décrochez le grand rôle que vous espérez, comment entendez-vous relancer une dynamique en son sein ? 

D’abord, il y a la réforme des statuts. Je veux créer un référendum d’initiative militants, pour permettre à la base d’imposer les sujets au plan national. Ensuite, il faut réformer les instances dirigeantes. La commission nationale d’investiture sera composée de membres permanents et de membres tournants, issus du territoire faisant l’objet de la décision de la procédure d’investiture votée. Deuxièmement, le bureau politique sera beaucoup plus restreint, de manière à être beaucoup plus décisionnel. Troisièmement, l’équipe dirigeante ne sera pas le reflet de la diversité idéologique des Républicains mais le reflet de la ligne majoritaire. Et puis quatrièmement, le conseil national tranchera sur quatre grandes lignes de clivage, ce qui permettra à ceux qui ne sont pas d’accord avec la ligne majoritaire de se diriger vers un autre modèle, qui ne soit donc pas un parti unique. 

Parlons des personnes. Xavier Bertrand et Valérie Pécresse pourraient-ils revenir dans un parti dirigé par vous ? 

Nous avons la possibilité de continuer de faire vivre notre richesse interne, à condition d’être tolérant et bienveillant sur les opinions des autres. Mais cette richesse ne doit plus se retourner contre nous. Il ne faut pas qu’un même mouvement puisse dire une chose et son contraire. Voilà pourquoi j’évoquais à votre question précédente la possibilité de deux partis frères, qui auraient des lignes beaucoup plus claires. Quelqu’un comme Valérie Pécresse serait peut être plus à l’aise dans un parti qui serait le frère du mien et qui aurait sa propre ligne, mais qui resterait dans une même confédération avec un Président unique. Ensuite, il y a le sujet des primaires. Je pense qu’il faut mettre fin à la primaire ouverte. Il faut de plus avoir la certitude que le scrutin sera honnête, qu’il n’y ait pas de tricherie. Les Républicains doivent en quelque sorte apprendre la démocratie. Quand je vois que certains voulaient un seul candidat pour cette élection interne ou que certains qui se prétendaient neutres ne le sont pas vraiment, je me dis que nous avons encore des progrès à faire. Brice Hortefeux, par exemple, comme beaucoup d’autres gens, avait demandé à Guillaume Larrivé et à moi-même de nous retirer. Avant même nos candidatures, d’autres disaient qu’il ne fallait qu’un seul candidat… Cette idée qu’on est mieux en étant uni dès le départ est un fausse bonne idée. En réalité, on confond l’unité et le rassemblement. Certains sont pour l’union coûte que coûte ? Regardez le résultat aux élections européennes, il y avait une union et ce n’est pas pour autant que l’on a gagné ! 

Guillaumé Larrivé s’est abstenu sur la loi Avia, j’ai voté contre, estimant qu’elle est liberticide (…) Christian Jacob est un néo-gaulliste, un chiraquien

Je crois au rassemblement dans la clarté : vous avez une ligne et ensuite, autour de cette ligne, on se rassemble. Et il ne s’agit pas de faire une “synthèse” à la façon du Parti Socialiste. Je défends une ligne très claire. Guillaume Larrivé est un giscardo-sarkozyste et Christian Jacob est un chiraco-sarkozyste. Nous nous référons à des personnalités différentes et à des lignes différentes qui par le passé se sont déjà affrontées. Je maintiens pour ma part que si demain les militants font le choix d’une ligne gaulliste, ce sera une ligne de rassemblement.

Reparlons une dernière fois de vos deux concurrents… Guillaume Larrivé se présente volontiers comme libéral économiquement et conservateur sur le plan sociétal. Il a certes le même âge que vous, mais n’êtes-vous pas en revanche plus proche de Jacob que de lui idéologiquement, finalement?

A vrai dire, c’est difficile de vous répondre. Christian Jacob ne fonctionne pas en termes d’idéologies. C’est ce qu’on appelle un néo-gaulliste, un chiraquien. Christian Jacob, ce n’est pas un choix idéologique, c’est le choix de la multiplicité et de la diversité. Derrière lui, vous trouverez Eric Ciotti et Christian Estrosi [qui s’affrontent dans le pays niçois NDLR], Martine Vassal et Bruno Gilles [qui s’opposent à Marseille NDLR], Aurélien Pradié et Fabien Di Filippo qui s’opposent sur la PMA… Bref, vous avez tout ce que je regrette. Je ne critique pas tous ces gens qui sont par ailleurs mes amis, mais cette absence de clarté. Il vaut mieux trancher avant, car il faudra bien trancher après. Moi sur la PMA, j’ai donné mon opinion qui est conservatrice. Sur le libéralisme, Guillaumé Larrivé s’est abstenu sur la loi Avia, moi j’ai voté contre, estimant qu’elle est liberticide. Et en même temps, j’ai voté contre la privatisation d’Aéroports de Paris, alors que lui était plutôt pour. 

Je suis libéral, certes, mais je veux aussi que la campagne réponde à cette question : être libéral veut-il toujours dire être néolibéral ? Je dis moi que le libre-échangisme a provoqué une problème de compétitivité, de balance commerciale et laminé les classes populaires. Si la droite veut renouer avec ces classes populaires, elle doit changer de logiciel économique et sur les frontières et sur le rôle de l’Etat.

Pourquoi la Russie a vendu l’Alaska ?

0

Alors que Donald Trump a récemment manifesté son intérêt pour l’achat du Groenland, il est intéressant de se rappeler que l’Oncle Sam avait déjà acquis par une transaction ses premiers « arpents de neige » auprès de la Russie. Et que celle-ci lui avait volontairement vendu ses possessions le considérant alors comme le meilleur interlocuteur pour cette opération.


Les Russes sont partis à la conquête de la Sibérie à partir du XVIe siècle. Cette expansion devait les amener à découvrir l’Alaska en 1741 avec l’expédition de Vitus Bering. Toutefois, il faut attendre 1784 pour qu’une première colonie soit créée par Grigori Chelikhov.

Une expansion rapide, mais précaire

Les Russes viennent rapidement à bout des résistances autochtones, avec notamment la bataille de Sitka en 1804. C’est d’ailleurs à cet endroit qu’est implantée la capitale de la province, sous le nom de Novo-Arkhangelsk. En ayant le champ libre, ou presque, ils contrôlent un territoire assez vaste, et l’avant-poste de Fort Ross, en Californie[tooltips content= »Il a été fondé en 1812, mais vendu dès 1841″]1[/tooltips], va même se trouver au contact des Espagnols. Sur la côte ouest du continent, ce n’est pas encore les États-Unis. La mise en valeur est assurée par la Compagnie russe d’Amérique, créée en 1799, et passée sous le contrôle direct de l’État en 1818. Toutefois, le contrôle de ces vastes étendues peu peuplées reste superficiel, et la Compagnie, mal gérée, se révèle être une charge pour les Russes.

Mais c’est à 10 000 km de là que le sort de la région va être scellé. En effet, en 1856, l’Empire russe a perdu la guerre de Crimée contre une coalition de plusieurs États, parmi lesquels le Royaume-Uni. Or l’Alaska est un point de contact avec la Perfide Albion, présente au Canada. Et elle pourrait y ouvrir un front en cas de nouveau conflit, et cette situation serait très difficile à gérer pour Saint-Pétersbourg.

À lire aussi, Éclatement et reconstruction de la Russie depuis 1991, entretien avec Jean-Robert Raviot

Quand Washington sauve la Russie

La vente de l’Alaska aux États-Unis s’impose alors comme une solution miracle. Elle permet de transformer l’Alaska en zone tampon, contrôlée par un État isolationniste. Elle constituerait également une rentrée d’argent, même si le montant de la vente s’est révélé plutôt faible. La principale difficulté, finalement, a été d’attendre la fin de la Guerre de Sécession qui détournait l’Oncle Sam des affaires extérieures. L’affaire se conclut en 1867, en partie grâce à un cyclone qui avait dévasté les îles Vierges danoises[tooltips content= »Que les États-Unis finirent néanmoins par acquérir en 1898″]2[/tooltips], qui étaient en « compétition » dans la politique d’acquisition américaine. Elle suscite des critiques de l’opinion publique des États-Unis qui ne voyait que peu d’intérêt à cette terre hyperboréale, parfois qualifiée de « Glacière ».

La Russie a ainsi évité de subir le sort de la France du XVIIIe siècle, qui a été obligée de sacrifier ses « arpents de neige »[tooltips content= »Expression consacrée par Voltaire, qui voyait peu d’intérêt à ce territoire »]3[/tooltips] sur le territoire nord-américain, et ce, dans la position de faiblesse qui découlait de la guerre de Sept Ans. Elle a au contraire réussi à obtenir un profit financier, et renforcé un pays avec lequel les relations étaient correctes au détriment d’un adversaire. Du reste, la Guerre russo-japonaise qui se terminera en 1905 par la défaite de l’Empire tsariste confirme de façon flagrante qu’il n’aurait pas pu faire face à une attaque dans cette région.

Aujourd’hui, il reste encore quelques vestiges de la présence russe sur le territoire américain, et ce jusqu’en Californie. En Alaska, une partie de la population est d’origine russe, et la religion orthodoxe y est toujours pratiquée, quoiqu’une partie des descendants des premiers colons se soient « américanisés » à l’époque de la Guerre froide. À cette occasion-ci, la Russie devenue soviétique aura certainement regretté d’avoir fourni cet atout à un pays devenu son pire ennemi. Mais comment prévoir alors un tel retournement de situation ?

>>> Retrouvez les autres articles du même auteur sur le site de Conflits <<<

Idée Twitter: pour sauver la planète, si on guillotinait les riches?

0

Vous allez juger que cette solution est un peu trop radicale. Mais contre le CO2, seuls les grands moyens seront efficaces!


C’est une lumineuse contribution trouvée sur les réseaux sociaux. Elle est assortie de petits dessins très parlants. On y apprend que pour sauver la planète, il faut manger moins de viande, se déplacer à vélo et recycler. Tout cela, Greta Thunberg le fait déjà.

Une quatrième action, essentielle et primordiale, est évoquée : « guillotiner les classes dominantes qui empoisonnent la planète pour plus de profits ». Logique. On s’étonne que Greta Thunberg n’y ait pas pensé toute seule. La réputation de cette jeune militante scandinave nous semble donc très surfaite.

Le retour de la guillotine, un savoir-faire national oublié

L’image qui accompagne l’appel à guillotiner les riches est on ne peut plus limpide. On y voit la machine à trancher des têtes, tant chérie par Marat et Robespierre, avec un couperet déjà sanglant ! Ainsi, elle a déjà commencé à servir. Mais de qui, alors – question intéressante – a-t-on déjà débarrassé la planète ?

A lire aussi: Moi, Julie, chômeuse stigmatisée et « effacée de la terre »

Demeurent quelques problèmes logistiques. La France a près de deux siècles d’expérience dans le savoir mourir à la française. Elle pourrait donc fabriquer des guillotines qu’elle exporterait dans le monde entier. Ce serait bon et pour sa réputation, et pour sa balance commerciale. Mais il est à craindre que nombre de pays préféreraient rester attachés à leurs spécificités nationales.

Vous me trouvez macabre?

Respectons-les. En Inde, on pourrait procéder à des noyades massives de riches dans le Gange. Dans certains états qui pratiquent rigoureusement la charia, la lapidation, bien qu’un peu lente, ferait l’affaire.

Dans les Émirats du Golfe, et en Arabie Saoudite, l’exposition des riches dans les sables du désert, sans une goutte d’eau, serait d’une belle efficacité. Quant aux USA, aucune difficulté: la peine de mort par injection létale y est pratiquée dans certains états. La moisson promet d’être riche: les millionnaires là-bas se ramassent à la pelle. Et on commencerait par le premier d’entre-eux : Donald Trump.

On aurait tort de rire des élucubrations macabres d’un écolo fanatisé. Ils sont, hélas, quelques-uns comme lui à être habités par des pulsions de mort. Tuer des hommes pour sauver la biodiversité représente pour eux un sacerdoce obligé. Rien ne permet évidemment d’imaginer qu’ils passeront à l’acte un jour. Mais c’est quand même salissant d’habiter la même planète qu’eux…

A relire: Causeur #66 : Contre la religion du climat

Vivre avec les migrants: le touriste comme référence morale

0

Les migrants, il suffit d’apprendre à vivre avec!


« Ils ne nous gênent pas », « on leur donne de la nourriture ». Les migrants, finalement, Il suffit d’apprendre à vivre avec ! On a beaucoup parlé des camps de « migrants » implantés à Calais. La présence des migrants à Ouistreham est peu évoquée dans la presse nationale. Cette ville balnéaire tranquille connaît, depuis le démantèlement de la « Jungle » de Calais, un afflux d’immigrés illégaux espérant réussir la traversée de la Manche en passagers clandestins à bord du ferry.

Jadis, des « inquiétudes »

Ouistreham est déjà un lieu de passage depuis quelques années, comme en témoigne cet article de Ouest France sur les « inquiétudes » suscitées par l’intensification des flux de clandestins en 2014, avec une allusion à « l’année record », à l’époque, 2012:

ouistreham2

Aujourd’hui, le phénomène paraissant inexorable, la presse locale travaille à faire accepter cet état de fait à la population, avec le mot d’ordre : ne pas décourager les touristes. Touristes qui servent dorénavant de modèles en matière de relations avec les « migrants ».

Dans la même région: Moi, Julie, chômeuse stigmatisée et « effacée de la terre »

Les autorités craignent le caractère définitif et proliférant d’un camp ou d’un centre d’accueil officiel ; aussi les migrants se regroupent-ils où ils peuvent. Ils demeurent assez peu visibles dans la ville, exception faite du port où ils attendent les départs des paquebots pour se livrer à de spectaculaires courses aux camions.

L’an dernier, la crainte du « drame »… économique

L’an dernier, la presse locale relayait les inquiétudes conjointes du député Christophe Blanchet et des associations d’aide aux migrants, comme ici le média en ligne 14Actu. Quant au maire de Ouistreham, il se disait très préoccupé :

Les conséquences sont dramatiques, notamment pour les commerçants sur le port de Ouistreham, là où les clandestins stationnent pour pouvoir monter dans les camions, certains ont enregistré un chiffre d’affaires de moins 70 %. L’un d’eux m’a expliqué qu’il a l’habitude de doubler ses effectifs pour la saison, passant de quatre à huit. Cette année [été 2018], il pense qu’ils ne resteront qu’à trois salariés.

Et l’UCIA (Union des commerçants, industriels et artisans) confirmait, toujours dans le même article :

Les mauvais retours ont démarré entre décembre et mars [2018]. Oui, certains commerçants sont menacés et Ouistreham ne tient que par l’équilibre de la diversité de ces commerces. Si certains ferment, d’autres seront impactés.

Mais l’article accorde peu de place à l’opinion des habitants de Ouistreham, présentés collectivement comme acceptant, voire soutenant les migrants : « tout se passe bien », dit le député; « globalement, ça se passe bien », affirme le responsable associatif. Seuls quelques « propos racistes » sont à déplorer.

« Tout se passe bien » mais… « on est au bord du gouffre ». Comprendre, du gouffre financier parce que « l’image de la ville est ternie ». C’est le seul angle sous lequel la présence des migrants paraît problématique et l’article se conclut sur une note d’espoir :

Auprès de l’Etat, d’ici une quinzaine de jours, une délégation économique et touristique demandera officiellement une aide financière pour les commerçants qui subissent une baisse de chiffre d’affaires.

Drames humains vécus par ces clandestins réduits à la misère, danger d’entretenir une situation qui risque de « durer éternellement » (comme le dit ce Ouistrahamais dans un reportage de France 3 Normandie), inquiétudes légitimes des habitants de la ville ? Peu importe tout cela : la priorité est de soutenir l’activité commerciale. Si le commerce va, tout va.

Le touriste, ce modèle de compassion tranquille

Ce qui implique, en l’occurrence, de veiller à ce que les touristes ne désertent pas Ouistreham. Et cette année, ce sont les touristes que l’on met à l’honneur.

Voici la Une de l’hebdomadaire Liberté-Le Bonhomme Libre, ce jeudi 15 août :

P1060029

L’article nous révèle que cette « cohabitation » est faite de « surprise et [de] bienveillance aux portes du camping ». Les inquiétudes des Ouistrehamais (déjà lourdement étouffées par les médias) étaient infondées, nous apprend-on. « La présence des migrants n’a pas fait fuir les touristes ». Et là, on tombe dans l’obscénité du bon touriste, rassuré qu’on ne lui gâche pas ses vacances :

Leur présence ne nous dérange pas du tout. La preuve, on a prolongé notre séjour d’une semaine, explique Sylvie.

Le seul petit problème, ce sont les odeurs d’urine, ajoute-t-elle. Elle est bien, Sylvie, elle a prévu de leur donner « toute la nourriture qui lui restera à la fin de la semaine ». Charitable, avec ça. Elle ne parlerait pas différemment si quelques sangliers étaient venus s’établir près de son camping. Il ne faudrait pas que cela lui pourrisse ses vacances, mais puisque cela lui permet, en plus, d’avoir bonne conscience, c’est formidable.

Immonde mensonge: il n’y a pas de « cohabitation », puisque ni les migrants ni les touristes n’« habitent » à Ouistreham. Ce sont deux catégories de personnes qui n’ont aucun attachement à cette ville, pas même l’intention d’y rester. Ils se côtoient durant un bref laps de temps, se tolèrent et s’observent, puis repartent chacun de leur côté. Sans surprise, le bas de la page reprend la thématique de la santé économique de la ville dans un petit article intitulé : « Pour les commerçants, la saison est satisfaisante ». En effet, tout va bien, puisque « les clients ne nous font aucune remarque sur les migrants ». C’en est fini de la « mauvaise pub » qui causait une « baisse d’affluence ». Tout va bien, on vous dit.

La notion de « cohabitation » était déjà apparue, en avril 2019, dans Tendance Ouest, accompagnée cette fois d’un adjectif : « Migrants à Ouistreham : une cohabitation de plus en plus glaciale ». Il ne s’agissait pas des touristes. C’était bien la cohabitation avec les Ouistrehamais qui était ainsi effleurée. Effleurée seulement, dans son titre, parce que l’article se concentrait sur « les relations avec les forces de l’ordre », sous un angle nettement accusatoire vis-à-vis de la police et de la gendarmerie. Or, ni l’une ni l’autre ne « cohabite » avec les migrants…

Ah, quelle joie pour les touristes d’apercevoir en vrai, ces « migrants » qu’ils ne voient qu’à la télé ! Moi je dis, concilions l’idéal touristique et commercial avec la présence des migrants : parquons-les bien, nourrissons-les juste assez pour qu’ils ne crèvent pas… et faisons payer la visite, avec distribution d’audio-guides…

L'étrange suicide de l'Europe: Immigration, identité, Islam

Price: ---

0 used & new available from

Exodus - Immigration et multiculturalisme au XXIème siècle

Price: ---

0 used & new available from

Aux matchs de foot, ce sera champagne pour personne

0

Alors qu’il est déjà interdit dans les tribunes, Agnès Buzyn envisage de restreindre encore la possibilité de boire de l’alcool dans les stades de foot. «La question des loges se pose» a-t-elle affirmé cette semaine. La ministre envisage ainsi de parachever la prohibition.


« Mais arrêtez donc d’emmerder les Français » disait un Premier ministre futur Président de la République, Georges Pompidou, à un futur Premier ministre, futur Président de la République, Jacques Chirac. C’était en 1966, c’étaient les Trente glorieuses. 1966, l’année où la mini-jupe cartonnait en France avec plus de 200 000 pièces vendues. On pouvait alors regarder les cuisses des femmes jusque « à ras le bonbon » comme le chantait Léo Ferré sans se retrouver cloué au pilori du « Balance ton porc », même en étant un « mâle blanc de plus de 50 ans ».

Une France plus « légère » qui disparaît

Les temps ont bien changé. Depuis cinquante ans, et nonobstant la fameuse « parenthèse enchantée » post mai-68, les temps sont redevenus puritains. Le topless est devenu ultra-minoritaire sur nos plages tandis que le burkini – la baignade entièrement habillée pour les femmes – est apparu. On a tout aseptisé et pas seulement au niveau des corps. Le ballon de rouge, qui était régulièrement commandé dans les bistros a été remplacé par le Coca zéro (les sodas étant pires pour la santé que le vin, il faut bien se donner bonne conscience). On a même fait il y a 28 ans une loi nommée « Loi Evin » pour bannir de la pub et des stades l’alcool.

A lire aussi: Megan Rapinoe: la footballeuse « progressiste » qui défie Donald Trump

Certains voudraient revenir sur la Loi Evin afin de permettre à nos clubs professionnels de générer des recettes qu’ils n’ont plus, contrairement aux clubs concurrents dans d’autres pays d’Europe, en autorisant la pub pour les alcools et la vente dans les stades. Immédiatement la proposition a fait un tollé, Agnès Buzyn envisageant même hier lors d’une interview radio « d’interdire l’alcool dans les loges VIP puisqu’il est interdit dans les gradins ». C’est vrai que, parmi les discriminations que personne n’a jamais soulevées, celle interdisant aux prolos qui se pèlent l’hiver et chantent pendant deux heures pour soutenir leur équipe sans avoir le droit de boire une goutte de bière se pose quand, pour les nantis friqués invités dans les loges, c’est « open bar », y compris pour les alcools forts. On imagine l’enthousiasme des VIP invités à manger des galettes de tofu et de la salade de quinoa, bio bien évidemment, le tout accompagné d’eau minérale…

Agnès Buzyn: « On se calme et on ne boit pas au stade »

Cette époque hygiéniste est devenue insupportable, surtout pour nous Français, pays de la bonne bouffe, du bon vin. Nous sommes des latins et les latins sont des jouisseurs, ces pisse-vinaigres commençant à, comme disait Pompidou, nous emmerder au rythme de la prise d’anxiolytiques, matin-midi et soir.

A lire aussi: Ecoute-moi bien, toi le « supporter » algérien…

Si on interdit le champagne dans les loges il faut bien, au nom de la lutte contre l’alcoolisme, l’interdire à l’Elysée et dans tous les palais nationaux. On attend d’ailleurs que l’exécutif montre l’exemple dès ce weekend lors du G7 de Biarritz.

Il y a quarante ans sortait l’album de « Jacques Higelin » intitulé « Champagne pour tout le monde ». Quarante ans plus tard, les temps ont bien changé puisque c’est champagne pour personne…

Louis de Funès fait le pitre au musée

0

Depuis la mi-juillet, le musée Louis de Funès a vu le jour à Saint-Raphaël. Près de quarante ans après sa mort, le comique n’a pas fini de nous faire rire.


Issu d’une génération qui n’a jamais connu Louis de Funès sur grand écran, j’ai pourtant grandi avec lui à travers les VHS. Aujourd’hui, à voir la procession de parents et enfants dans le musée qui lui est dédié, la relève semble assurée. Situé en face de la gare de Saint-Raphaël, le musée retrace le chemin de celui qu’Yves Montand qualifia de « clown génial ». Issu d’une famille d’immigrés espagnols, Louis de Funès de Galarza officia longuement comme pianiste de bar avant de se lancer sur scène : Ornifle ou le courant d’air de Jean Anouilh, notamment, qui ne lui ouvrira guère de boulevard. S’ensuit alors un long fleuve de rôles secondaires dans des films méconnus : Du Guesclin, Fraternité, Poisson d’avril

Il faut attendre 1956 et La traversée de Paris pour que l’acteur crève l’écran dans un rôle de charcutier savoureusement tragique. A travers affiches, photos, extraits de films et objets, le musée se concentre sur l’ascension du ténor des mimiques. Le visiteur peut notamment y voir la perruque originale du fameux « capellmeister » de La grande vadrouille. Il peut également se gausser de quelques scènes mythiques du Corniaud à Naples ou de La folie des grandeurs en Andalousie, remarquable et (très) libre adaptation de Ruy Blas.

Un comique intemporel

Oscar et Faites sauter la banque font encore rire petits et grands. Fantomas et Hibernatus ignorent les modes, la critique et le temps. Depuis près d’un demi siècle, les humeurs du gendarme à Saint Tropez, face aux extraterrestres ou courtisant sa « biche » sont d’incontournables navets du cinéma français. S’il n’est plus de ce monde, Louis de Funès est encore en pleine forme. Un mois et demi après l’ouverture du musée, le livre d’or n’est pas avare d’éloges. Et pour cause, les gestes et le caractère de l’artiste nous parlent toujours ! En campant un personnage râleur, égoïste voire franchement antipathique, Louis de Funès a toujours su faire rire et même se rendre attachant. Au-delà de sa puissance comique, il a mis en scène des thèmes sociétaux résolument actuels. Dans notre pays fragilisé par des fractures communautaires, les pitreries de Rabbi Jacob sont une véritable leçon de vivre-ensemble avant la lettre. Des générations avant la sacralisation du bio, Louis de Funès partait en guerre contre la malbouffe avec L’aile ou la cuisse. Bien avant que l’on se préoccupe du sort de mère la Terre, il s’intéressait à l’écologie dans La zizanie.

Suite à des années de travail acharné d’une gestuelle unique, il se consacrera au potager de son château des bords de Loire au Cellier. « La seule chose qui vaille la peine c’est la nature : c’est pour elle qu’il faut défiler dans la rue », assura-t-il, affirmant également à un journaliste que : « si c’était à refaire, je ferais des études d’horticulture ».  Un prophète, le clown ? Un génie intemporel, certainement. Où qu’il soit maintenant, Louis de Funès ne se lasse pas de dérider les plus pessimistes d’entre nous. Dans notre pays en proie aux doutes et aux inquiétudes, il n’a pas fini de nous faire rire. En attendant des jours meilleurs, Louis de Funès reste donc un antidépresseur à prescrire. Et en cette fin d’été, les habitués de la Côte d’Azur peuvent aller le côtoyer dans son musée.

Musée Louis de Funès, Rue Jules Barbier, 83700 Saint-Raphaël.

La Folie des Grandeurs

Price: ---

0 used & new available from

Ousmane Sow, l’anti Jeff Koons?


Une des statues en bronze de Ousmane Sow (1935-2016) a été placée devant le Ministère de la Culture, rue de Valois. Et une place à son nom a été inaugurée dans le 15e arrondissement.

Enfin une initiative culturelle de la Mairie de Paris approuvée par Causeur !


Longtemps, les milieux de l’art contemporain ont snobé Ousmane Sow (1935-2016), puissant sculpteur sénégalais. Trop figuratif, trop traditionnel, trop populaire ! Disons plutôt : pas assez art contemporain !

A lire aussi: Voilà ce qui arrive quand on jette un mégot dans la ville d’Anne Hidalgo

La figure d’Ousmane Sow est celle d’un colosse affable et d’un homme d’une rare élégance. Ancien kinésithérapeute, il se met à la sculpture à la cinquantaine. Sa connaissance du corps humain est professionnelle, mais aussi poétique. Inspiré par Leni Riefenstahl, il produit de nombreux Nubas. Il s’intéresse aussi au sort des Indiens de Little Bighorn, à Toussaint Louverture, à Victor Hugo et à un grand nombre de personnages conjuguant humanisme et force vitale.

A lire aussi: Hidalgo veut exposer les “entrailles” de Notre-Dame

En 1999, à l’initiative d’une de ses collectionneuses et admiratrices, Béatrice Soulé, une grande exposition est organisée sur le pont des Arts, à Paris. Plusieurs millions de visiteurs s’enthousiasment, chiffre qui devrait faire pâlir d’envie la FIAC et ses laborieuses 70 000 entrées. En 2013, il entre à l’Académie des beaux-arts. En 2017, quand Jeff Koons veut faire le don coûteux de ses Tulips à la Ville de Paris, des pétitions fusent, exigeant que la Mairie fasse plutôt l’acquisition d’un Ousmane Sow. L’Hôtel de Ville fait la sourde oreille. On comprend donc l’importance du revirement actuel  : la Ville de Paris a acquis un des bronzes représentant un couple de Nubas, placé devant le ministère de la Culture, place de Valois. En outre, une place Ousmane Sow est inaugurée dans le 15e arrondissement. On est heureux de pouvoir, pour une fois, approuver un choix municipal.

Jean-Pierre Marielle brouille les cartes

0
jean pierre marielle grands ducs
Philippe Noiret, Jean-Pierre Marielle et Jean Rochefort dans "Les grands ducs". AFP.

Thomas Morales consacre une série d’été à l’immense Jean-Pierre Marielle (1932-2019), récemment disparu (7/8).


Dans le cinéma français, vous êtes étiqueté dans le catalogue de nuances, des acteurs respirent les gaz d’échappement et d’autres, les hectares de tournesol. Son vieux camarade, Jean-Paul Belmondo, a inscrit sa mythologie autour de la Place Denfert-Rochereau avec quelques sorties cascadeuses sur les plages exotiques, il reste malgré tout un comédien attaché à son XIVème natal. Marielle brouille les cartes IGN.

Toute une France disparue et secrète

En bord de mer sur une bicyclette ou à l’arrière d’une limousine sur une avenue haussmannienne, il déploie sa maestria, son don du mimétisme. Charcutier ou pétrolier, inspecteur du fisc ou journaliste, calotin ou lieutenant, toutes les professions se collent à son amplitude de jeu. Sa crédibilité n’est jamais mise en doute. Chanoine ou érotomane, même simplicité et même malléabilité à trouver les ressorts de la comédie. Marielle se regarde comme on s’amourache d’une carte postale. Il y a toute une France disparue et secrète, il contenait notre identité si friable à l’air libre, si implosive. Il apportait dans ses bagages la charge réelle et onirique d’une nation. Dans son paquetage, on voit l’église, le maire, le bar, éternel zinc où atterrissent en catastrophe les chagrins d’amour, l’usine, les petits commerces, les belles lycéennes aux jupes plissées et puis cette marchande de parapluie ficelée dans une robe à fleurs, tout un décor miniature qui se réanime grâce à sa magie de l’embellissement. Marielle éclairait notre mémoire. Des provinces reculées aux fortifs, lui, le germanopratin, l’éphémère stagiaire du Français, Premier prix de comédie au Conservatoire condensait notre ADN.

L’amour des mots

Nous arpentions le territoire sous sa dictée hypnotique. Cet acteur de la défaite me fait penser à ces mots de François Villon dans « Ballades en jargon » : « Trompeurs, experts en tricherie » et « Compagnons de la gaudriole ». Marielle était un acteur littéraire comme il n’en existe plus. L’image ayant remplacé les mots entremêlés ; la vidéo ayant tué les ornements du texte. Le poids des mots n’était pas chez lui qu’un slogan publicitaire. Il ne lui venait pas à l’idée de les trahir, de les dérouter de leur mission première. Toute sa carrière, il les a cajolés, chouchoutés, dorlotés pour qu’ils expriment une idée nette et sans bavures. Une fulgurance. Une météorite tapuscrite. Marielle respectait le texte dans ce qu’il avait de plus intime et sous-terrain. Il lui prodiguait son caractère immarcescible. Il n’était pas un enjoliveur, un défricheur, un exhausteur de mots, les prestidigitateurs et les margoulins finissent toujours par être démasqués. Marielle ne truandait pas les auteurs par fainéantise et hypocrisie. Et cependant, il s’attachait à immortaliser la prose de chacun d’entre eux. Nous voyagions en pullman dans ses lettres. Ce qui frappe et ravit l’oreille encore maintenant, c’est cette fluidité, un filet de voix qui émerveille par la scansion exacte, le rythme idoine, il soupesait au gramme près l’intention. Par modestie et lassitude, il avançait des arguments fallacieux en déclarant qu’il jouait « tout pareil ». Foutaises ! Monolithique pour esquiver les questions trop dérangeantes, boutade pour bouter l’ennemi. Il n’était pas dans l’autopromotion permanente, son talent n’avait pas besoin d’être ripoliné par les critiques et les courtisans médiatiques. Ce professionnel dont le métier était d’interpréter des situations, ne quémandait pas le plébiscite, indifférent, il burinait le texte comme l’ébéniste travaille sa pièce de bois. Comble du désespoir, cet artisan plaisait aux femmes. Allez comprendre, les vaincus regorgent de charmes insoupçonnés. Un condottière en salopette, baroudeur des discothèques, orpailleur des stations-service, un fantôme d’un passé récent quand le factice n’était pas l’accoutrement du pouvoir de séduction. Quelle stature ! Cette carcasse magistrale, la calvitie en forme de promontoire, les vocalises irrésistibles, cette forfanterie enfantine et le chibre vengeur, on le voyait arriver de loin. Il était un playboy d’occasion, suffisamment éprouvé par la vie pour chambouler les ménages les plus solides. L’homme de la quarantaine rugissante, aux abois et toujours sur la brèche, insatiable coureur et émouvant par tant de maladresses.

Le bistouri n’était pas passé par là

Marielle touchait les femmes par cette fragilité naissante, elles sentent ces fractures-là aux entournures, elles y plongent avec délice, ces mères-courage ne sont pas ignorantes de nos déséquilibres. Au cinéma, Marielle convoitait des femmes du quotidien, en cela, il différait de ses amis du Conservatoire. Le mannequin volant ou la playmate ravageuse n’étaient pas dans son rayon de prédilection. La blonde platine et la bimbo customisée l’amusaient plus qu’elles ne l’attiraient. Il amorçait la conversation par un anodin : « J’ai des relations administratives avec le public » ou « J’ai un pavillon en banlieue avec un jardin et un potager ». Il réhabilitait la femme que l’on croise tous les jours, à l’école, à la Sécu ou à la boucherie du quartier. La vendeuse ou la bourgeoise, la baba ou la fonctionnaire, il abordait sans distinction de classe et d’âge, de race et d’obédience. Bien sûr, il craquait parfois pour la fraîcheur de la jeunesse même si les sylphides n’avaient pas sa préférence absolue. Marielle couchait avec des femmes non-trafiquées. Le bistouri n’était pas passé par là. Il aimait les rondeurs et les soupirs, les folles comme les saintes. Cette quarantaine où un premier bilan s’impose fut son terrain de jeu.

Suite et fin la semaine prochaine

Coffret 8 DVD Jean Pierre Marielle

Price: ---

0 used & new available from


Adios

Price: ---

0 used & new available from

Bruno Maillé: la critique peut casser des briques

0
Bruno Maillé. Image : D.R.

Grand lecteur, Bruno Maillé publie un recueil de ses articles publiés dans Causeur et L’Atelier du roman. Dans Les Maîtres de l’imagination exacte, ce critique aussi drôle qu’érudit rend hommage aux grands créateurs comme Gombrowicz, Muray ou Kundera.


Le générique est prestigieux, et l’auteur est subtil. Bruno Maillé, que les plus anciens lecteurs de Causeur ont apprécié pour son humour, son sens de l’absurde, mais aussi son érudition jamais pesante et sa poésie discrète, s’est enfin décidé à publier les textes qu’il a donnés à notre journal et à L’Atelier du roman, à propos de Pina Bausch, Milan Kundera, Philippe Muray, Philip Roth, Witold Gombrowicz et Günter Grass. Autant dire que nous avons avec ces noms de quoi traverser, comme le dit Maillé, « notre désert postmoderne, chaque jour plus aride et inhabitable ».

Philippe MURAY et Elisabeth Lévy ©Hannah Assouline
Philippe MURAY et Elisabeth Lévy ©Hannah Assouline

La notion de postmodernité peut paraître floue, elle est pourtant l’adversaire commun de tous les auteurs cités par Maillé et donne son unité à ces Maîtres de l’imagination exacte. La postmodernité, c’est à la fois la fin de l’Histoire, la déconstruction systématique, la disparition de la sexualité entre les deux mâchoires faussement opposées – néopuritanisme et pornographie – d’un même piège mortel pour les corps.

Muray et Kundera, figures tutélaires de Causeur

Les deux parties les plus substantielles des Maîtres de l’imagination exacte sont d’ailleurs consacrées aux deux inlassables combattants contre cette postmodernité que sont Muray et Kundera, figures tutélaires de Causeur. À propos de Muray, dans le discours qu’il prononça à ses funérailles, Maillé écrit : « Rien aussi ne mettait Philippe en joie comme l’envers noir de tous les bons sentiments. Il connaissait les mensonges de qui ne veut faire que l’ange, tout comme ceux de qui ne veut faire que la bête ».

Il me semble, année après année, que Causeur s’est efforcé d’appliquer ces préceptes : démonter les attitudes idéologiques préfabriquées, moquer les postures, lutter contre ce que Muray appelle l’« empire du Bien » sillonné par des hordes d’Homo festivus, dont il avait parfaitement pénétré le discours : « Philippe a aimé le langage comme personne. Il a pourchassé et parodié impitoyablement toutes les falsifications du langage auxquelles Homo festivus se consacre à temps plein ».

Bruno Maillé fait de la critique littéraire un art majeur

L’antidote, pour Maillé ? Le roman, toujours le roman, encore le roman. Mais pas celui qui se perd en expériences formelles comme dans un laboratoire ou dans les marécages de l’autofiction, quand ce n’est pas celui, poussiéreux comme une armoire sartrienne, du roman à thèse. C’est pour cela qu’on lui sera reconnaissant de remettre en avant la partie romanesque de l’oeuvre murayienne, notamment dans une analyse lumineuse de ce roman total qu’est On ferme.

C’est pour cela aussi qu’à travers Roth, Gombrowicz et surtout Kundera, il montre cette force de résistance que sont les romanciers face aux « mots de la tribu », le fait que chaque lecture soit l’expérience intime d’une autre vie, plus heureuse et plus vraie que l’existence qu’on nous accorde. Et Maillé n’hésite pas à présenter cette expérience avec une vis comica peu commune : « J’étais un garçon très timide, un puceau salace et puritain. Jusqu’à mes dix-sept ans ma vie érotique, outre la masturbation, était la lecture de Vian, de Kundera, de Gombrowicz ».

N’est-ce pas la meilleure des ordalies pour distinguer un grand écrivain que cet émoi provoqué chez un jeune onaniste appelé à devenir lui aussi un écrivain qui fait de la critique littéraire, si souvent dévoyée aujourd’hui, un art majeur ?

E-sport: toucher le pactole sur le dos des « nerds »

0
Le responsable de gauche Jean-Luc Mélenchon teste un jeu virtuel à Angoulême, en janvier 2017 © Jean Michel Nossant/SIPA Numéro de reportage: 00790850_000012

Le développement de la pratique de l’e-sport (!) est une véritable manne financière. De quoi convaincre Trump de réviser sa position obtuse sur les jeux vidéos.


Pour des milliers de jeunes, septembre rime avec rentrée des classes. Leurs nouveaux enseignants, tradition oblige, consacreront leur premier cours à leur faire remplir une fiche où chacun devra indiquer ce qu’il veut « faire plus tard ». Si bon nombre de millenials ont sans doute répondu « joueur de jeux vidéo professionnel », à l’époque la réponse pouvait sembler amusante pour ne pas dire naïve. Mais ce rêve est en passe de devenir réalité pour certains de la génération Y.

De Tetris à Fornite, que de chemin parcouru

À première vue, apparenter les jeux-vidéos à du sport et voir les plus jeunes se rêver en professionnels du joystick peut prêter à sourire. Pourtant, le concept a réellement pris son envol depuis le début des années 2010 et dispose désormais d’un crédit que beaucoup ignorent encore. Auparavant considérés comme indépendants, de nombreux pays – la France en tête – ont cherché à résoudre le vide juridique qui planait au-dessus de la tête des « e-athlètes », afin de leur conférer un réel statut. En mai 2017, un décret (n°2017-872) fut signé afin que ceux-ci soient reconnus comme professionnels à part entière, leur permettant notamment de signer des contrats dont la finalité est de représenter une organisation lors d’une compétition.

Et le comité olympique envisagerait sérieusement de faire une place à l’e-sport parmi les autres disciplines. S’il est presque certain à l’heure actuelle que ce ne sera pas le cas pour 2024, les discussions continuent et il y a fort à parier que l’idée se concrétisera.

A vos billets!

Esprit start-up de notre époque oblige, de nombreux entrepreneurs se sont lancés dans ce secteur, s’intéressant à plusieurs aspects : compétitions, sponsoring, fabrication de matériel, voire ouverture d’écoles spécialisées dans l’e-gaming… Et c’est moins marginal qu’on ne le pense: de grands groupes arrivent sur ce marché. On peut notamment citer le Paris Saint-Germain qui, en plus de disposer d’une équipe de football, d’handball et de judo, dispose désormais d’e-athlètes chargés de représenter le club sur le jeu-vidéo de football FIFA. Des groupes tels que Ford, Audi ou Vivendi sont également de la partie, en tant que sponsors ou détenteurs de leur propre équipe…

Ridicule? Pour les néophytes qui estiment qu’appuyer sur quelques boutons n’a rien d’un sport, oui. Et pourtant… C’est de moins en moins abstrait.

Imaginez un stade d’une capacité de 30 000 personnes rempli de supporters n’ayant pas hésité à payer l’entrée à un prix similaire à celui d’un match de football, qui passent ensuite deux heures à regarder sur des écrans géants les performances des meilleurs e-sportifs de la planète, alignés sur la scène principale et portant fièrement un maillot dont les prestigieux sponsors feraient pâlir de jalousie bon nombre d’associations sportives. Commentateurs et journalistes spécialisés s’y pressent. Médecins et “e-arbitres” sont eux chargés de s’assurer qu’il n’y aura aucun cas de dopage ou de triche. Oui, c’est déjà arrivé.

Un secteur où investir ses économies

Quel intérêt me direz-vous ? Je n’irai pas jusqu’à vous parler de performance sportive…

Mais on peut y voir une certaine revanche des derniers de la classe ayant le profil de nerds. Si autrefois, la catégorie des « mauvais en cours mais bon en sport » se projetait en footballeurs professionnels, l’ère du tout numérique offre une option similaire à ceux qui sont meilleurs souris en main que balle au pied. Fort d’une audience de plus de 200 millions de spectateurs sur les plateformes en ligne en 2018, Newzoo (analyste spécialiste du domaine) valorise ce marché à la croissance exponentielle à plus de 900 millions de dollars par an, sans oublier que l’on compte actuellement près de 10 entreprises du secteur pesant plus de 100 millions de dollars en bourse. Ainsi, à défaut de faire partie des prochains Jeux Olympiques, peut-être que l’aspect financier du secteur permettra à Donald Trump de réviser son jugement sur la question du jeu vidéo, responsable selon lui des tueries de masse dans son pays.

Julien Aubert (LR): «Le libre-échangisme a laminé les classes populaires»

0
Julien Aubert à l'Assemblée nationale, en mai 2019 © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage: 00906654_000050

Avec sa ligne gaulliste, Julien Aubert se présente comme le plus à droite des trois candidats à la Présidence des Républicains. Élu, il entend mettre fin aux divergences de ligne. Le bureau politique deviendrait alors le reflet de la ligne majoritaire et non plus celui de la diversité idéologique du parti. Quitte à voir certains pontes s’éloigner… Vote le 12 octobre.


 

Daoud Boughezala et Martin Pimentel. Le 14 août dernier, le quotidien Le Parisien Aujourd’hui en France vous affiche en Une avec vos concurrents MM. Larrivé et Jacob. Titre du journal : “LR, une élection sans ambition.” Selon vous, y a-t-il un véritable enjeu dans cette élection?

Julien Aubert. Oui ! Depuis près de sept ans, ce parti a refusé de faire son inventaire, sa mue, ses métamorphoses. Il refuse de changer ses pratiques et de s’interroger sur lui-même. Il y a pourtant un enjeu central : est-ce que l’on continue comme d’habitude, ou souhaite-t-on un sursaut ?

Le rabougrissement constaté dans votre parti a abouti à ce fameux 8% aux européennes. N’est-ce pas lié au rétrécissement de la ligne, engagé par Laurent Wauquiez, et dont le symbole a été François-Xavier Bellamy et sa déroute aux élections?

Je pense que c’est plus complexe. Il y a certes un effet général, un raidissement. On devient très dur et il y a un caractère presque obsessionnel sur certains sujets à l’extérieur du parti. Mais en même temps, il y a un décalage dans la manière de vivre notre mouvement. Dans notre ADN hérité de l’UMP, nous avons un rassemblement de toutes les tendances.

Je veux mettre fin à l’auberge espagnole chez LR! Je ne suis pas du tout social-démocrate

C’est ce qui pose problème: vous tenez un discours qui est très net, et en même temps dans la pratique, le mouvement continue à vivre comme s’il y avait un autre Président ou comme s’il y avait n’importe quel discours politique par-dessus. 

A lire aussi: Valérie Boyer (LR): « Refusons les sportives voilées à Paris 2024! »

Cette fracture se retrouve dans les différentes candidatures, non ? Nous avons d’un côté M. Larrivé et vous-même, avec des lignes assez proches: M. Larrivé proposait la suppression de la Commission européenne il y a quelques années, et d’être ferme sur l’immigration ou d’inscrire le refus de la GPA dans la Constitution. De l’autre côté, Christian Jacob a une ligne beaucoup plus consensuelle pour préserver le statu quo à l’UMP.

Il y a deux types de clivages. Avec Guillaume Larrivé, nous avons l’approche commune de vouloir renouveler par les idées. Nous sommes conservateurs tous les deux. Mais nos lignes sont moins proches que vous semblez le penser ! Guillaume Larrivé est plutôt un giscardo-sarkozyste. Il ne remet pas en cause le logiciel économique que nous avons depuis trente ans. Il est assez orthodoxe de ce point de vue là. Deuxièmement, sur l’Europe, il refuse de franchir le rubicon juridique. S’il fait le constat de perte de souveraineté et d’efficacité, il ne va pas jusqu’à en tirer les conséquences nécessaires sur le fonctionnement de l’Union européenne. Je suis plus audacieux que lui sur le plan juridique. Et sur le plan de l’économie, contrairement à lui, je ne pense pas qu’on peut avoir aujourd’hui les mêmes idées que dans les années 80.

La souveraineté ne veut pas forcément dire, comme le veut Florian Philippot, qu’il faille sortir de l’euro ou un Frexit

Avec Christian Jacob, nous avons un clivage sur la méthode! Il pense qu’il faut rester fidèle au fameux ADN de l’UMP, c’est à dire l’union de la droite et du centre… Guillaume Larrivé n’est pas précis là-dessus. Moi je dis que nous ne devons pas être un parti de droite et du centre, mais un parti de droite. Par conséquent, la ligne majoritaire que je souhaite doit incarner cette réorganisation. Je veux en quelque sorte mettre fin au concept de l’UMP, cette auberge espagnole de différents courants de pensée !

A vous écouter, on a l’impression que vous voulez revenir au RPR des origines (discours d’Egletons, appel de Cochin, campagne de Seguin contre Maastricht)… Aujourd’hui que la France est embarquée dans la mondialisation, ses contraintes et sa zone euro, cette idée d’une volonté d’un travaillisme à la française n’est-elle pas obsolète ?

Je récuse cette idée de travaillisme à la française. Je ne sais pas ce que cela veut dire. Cela correspondrait au Labour britannique ? Bref, ce sont les sociaux-démocrates… Je ne suis pas du tout social-démocrate. Je m’inscris effectivement dans la ligne gaulliste séguino-pasquaienne. 

A lire aussi: « Alors, Céline Pina, toujours islamophobe? »

Si l’on considère que la France ne peut plus avoir les moyens d’une politique indépendante dans la mondialisation, il faut abolir la démocratie. On reviendrait dans les années 90, à dire qu’il n’y a qu’une seule politique possible, la même que l’on mène d’ailleurs depuis trente ans et qui nous a conduit au résultat où nous en sommes rendus aujourd’hui. Je dis que Séguin et Pasqua avaient raison dans les années 90. Notamment sur l’euro, qui est une monnaie qui était effectivement mal configurée. Cette monnaie est assez fragile, elle a régressé. Loin de concurrencer le dollar, elle est incapable aujourd’hui de nous protéger de la prédation économique pratiquée par les Américains. Avec leur dollar et leurs sanctions extra-territoriales, ils n’hésitent pas à nous attaquer. Il y a un vrai sujet de souveraineté. Après, on peut faire l’autruche en disant “on a mal construit le mur, mais il faut le tenir comme il est”. Ou alors prendre le taureau par les cornes et mettre le sujet sur la table.

La souveraineté ne veut pas forcément dire, comme le veut Florian Philippot, qu’il faille sortir de l’euro ou un Frexit. Cela provoquerait une crise encore plus grande. Mais il faut réfléchir à une refonte de façon beaucoup plus courageuse.

Ce discours souverainiste est repris au sein de l’Union européenne. A l’étranger, que ce soit Orban, Salvini ou le gouvernement autrichien tombé récemment, des gens que l’on qualifie facilement de “populistes” mettent en place certaines actions. Vous reconnaissez-vous dans ces gens largement diabolisés en France?

Quand on veut noyer son chien, on lui accole de nos jours de préférence un adjectif qui se termine en “iste” : populiste, souverainiste… Je n’ai jamais compris ce que les gens craignaient dans le terme de souveraineté. C’est l’indépendance et la maîtrise de son destin. Mon idée n’est pas que la France soit le Québec de l’Union européenne, ni de « démondialiser ». Mais je ne veux pas que l’on devienne une colonie numérique des Etats-Unis (je pense à Facebook) ni être dépendant de Gazprom concernant l’approvisionnement gazier de l’Europe. Dans ce sens là, oui, je suis souverainiste ! S’il s’agit en revanche de fermer les frontières comme le souhaite Marine Le Pen, non je ne le suis pas. 

Dans les gouvernements diabolisés que vous avez cités, il y a aussi des choses qui n’ont rien à voir avec la souveraineté… C’est un mouvement général. Par rapport à trente années d’ouverture économique qui ont fait beaucoup de mal aux classes moyennes, il y a un phénomène de déstabilisation démocratique qui est en train de se produire dans un grand nombre de pays occidentaux. Les travailleurs ont été lésés par la concurrence internationale. En réaction, une forme d’autoritarisme émerge. Et dans les pays non-occidentaux, on observe la montée de l’islamisme. 

A lire aussi: Zohra Bitan: « Candidate en 2022, pourquoi pas? »

Pour un gaulliste, l’enjeu n’est pas de verser dans le populisme ou l’autoritarisme, mais d’expliquer aux classes moyennes que la déliquescence et la désindustrialisation de l’économie française viennent d’une mauvaise politique économique dont on peut changer. On ne peut pas dire qu’on défend les classes moyennes et laisser l’industrie disparaître sous nos yeux.

Laurent Wauquiez a été très critiqué sur ses atermoiements vis-à-vis des gilets jaunes. On a eu l’impression générale que la droite LR était écartelée entre la volonté de défendre l’ordre et en même temps la volonté de défendre les classes moyennes déclassées en révolte. Quel message leur adressez-vous ? Qu’est ce que vous pourriez faire pour la France périphérique si LR revenait aux responsabilités ?

Il faut défendre les gilets jaunes, mais pas la rébellion contre l’ordre, voilà la distinction qu’il faut faire. Les gilets jaunes n’arrivent plus à vivre de leur travail, car le travail ne paie plus. Là est le vrai problème. Il y a deux axes sur lesquels la droite doit travailler. Premièrement, la justice sociale. Aujourd’hui, le mécanisme d’indemnisation de l’inactivité est tellement confortable qu’on a des gens qui ne travaillent pas qui se retrouvent avec plus de pouvoir d’achat [que des gens qui travaillent NDLR]. Il faut établir la République des droits et des devoirs. Deuxièmement, on a organisé structurellement la liberté des capitaux – ce qui n’est pas propre à la France, bien sûr – qui fait que la rémunération du capital est partie en flèche alors que la rémunération du travail a stagné. Dans le même temps, l’immobilier est un terrible effet ciseau, qui pèse de plus en plus lourd dans le panier des ménages. Vous ne pouvez pas suivre car votre salaire ne prendra jamais 200% comme l’immobilier en dix ans. La droite, si elle veut défendre son projet d’accès des gens à la propriété, doit trouver un moyen d’augmenter la rémunération des salariés si elle ne veut pas se condamner à avoir une France de HLM ou de locataires. Je veux renouer avec l’une des grandes idées du Général de Gaulle, à savoir la participation. C’est à dire développer une société capitaliste où les salariés deviennent actionnaires de leur entreprise. Il faut que les dividendes données aux salariés deviennent beaucoup plus conséquents que les revenus du capital. 

Vous parlez du travail. A la rentrée, une nécessaire réforme sur les retraites est prévue. Comment le Président Macron et le gouvernement doivent-ils l’aborder ?

Ils ont l’ambition de faire une réforme globale. En soi, c’est assez sain, mais il ne faut pas que cela se noie dans la concertation généralisée. A un moment donné, il faudra bien trancher, notamment sur l’allongement de la durée de travail. 

Le point central dans cette réforme, c’est la justice. La plupart des actuels retraités ne sont pas concernés par la réforme. Vous avez des gens qui ont des droits acquis. Il faut éviter que ceux qui seront concernés par la réforme se retrouvent avec de graves injustices du fait de la modification des règles en cours de leur vie. Tout le monde anticipe, fait des plans et souhaite avoir une retraite convenable. Il ne faut pas que la réforme se traduise à tout niveau de la société par des écarts trop grands. Il faut rentrer dans le détail, c’est très compliqué et je ne pense pas que la concertation le permette. La clé de la réforme des retraites sera le séquençage. On ne peut pas faire cette retraite comme on a réformé l’impôt sur le revenu, en disant que l’on bascule du jour au lendemain. 

Quelqu’un comme Valérie Pécresse serait peut-être plus à l’aise dans un parti qui serait le frère du mien et qui aurait sa propre ligne, mais qui resterait dans une même confédération

Il va falloir au-delà du séquençage temporel annoncé proposer un séquençage sectoriel. Les gens veulent savoir : “qu’est ce que cela va changer pour moi?” Il faudrait s’astreindre, tous les ans, à envoyer à tous les Français un relevé de leur situation au regard des règles actuelles, et indiquer ce que cela donnera une fois la réforme appliquée. 

Votre parti est encore sonné par le départ de Laurent Wauquiez. Si vous décrochez le grand rôle que vous espérez, comment entendez-vous relancer une dynamique en son sein ? 

D’abord, il y a la réforme des statuts. Je veux créer un référendum d’initiative militants, pour permettre à la base d’imposer les sujets au plan national. Ensuite, il faut réformer les instances dirigeantes. La commission nationale d’investiture sera composée de membres permanents et de membres tournants, issus du territoire faisant l’objet de la décision de la procédure d’investiture votée. Deuxièmement, le bureau politique sera beaucoup plus restreint, de manière à être beaucoup plus décisionnel. Troisièmement, l’équipe dirigeante ne sera pas le reflet de la diversité idéologique des Républicains mais le reflet de la ligne majoritaire. Et puis quatrièmement, le conseil national tranchera sur quatre grandes lignes de clivage, ce qui permettra à ceux qui ne sont pas d’accord avec la ligne majoritaire de se diriger vers un autre modèle, qui ne soit donc pas un parti unique. 

Parlons des personnes. Xavier Bertrand et Valérie Pécresse pourraient-ils revenir dans un parti dirigé par vous ? 

Nous avons la possibilité de continuer de faire vivre notre richesse interne, à condition d’être tolérant et bienveillant sur les opinions des autres. Mais cette richesse ne doit plus se retourner contre nous. Il ne faut pas qu’un même mouvement puisse dire une chose et son contraire. Voilà pourquoi j’évoquais à votre question précédente la possibilité de deux partis frères, qui auraient des lignes beaucoup plus claires. Quelqu’un comme Valérie Pécresse serait peut être plus à l’aise dans un parti qui serait le frère du mien et qui aurait sa propre ligne, mais qui resterait dans une même confédération avec un Président unique. Ensuite, il y a le sujet des primaires. Je pense qu’il faut mettre fin à la primaire ouverte. Il faut de plus avoir la certitude que le scrutin sera honnête, qu’il n’y ait pas de tricherie. Les Républicains doivent en quelque sorte apprendre la démocratie. Quand je vois que certains voulaient un seul candidat pour cette élection interne ou que certains qui se prétendaient neutres ne le sont pas vraiment, je me dis que nous avons encore des progrès à faire. Brice Hortefeux, par exemple, comme beaucoup d’autres gens, avait demandé à Guillaume Larrivé et à moi-même de nous retirer. Avant même nos candidatures, d’autres disaient qu’il ne fallait qu’un seul candidat… Cette idée qu’on est mieux en étant uni dès le départ est un fausse bonne idée. En réalité, on confond l’unité et le rassemblement. Certains sont pour l’union coûte que coûte ? Regardez le résultat aux élections européennes, il y avait une union et ce n’est pas pour autant que l’on a gagné ! 

Guillaumé Larrivé s’est abstenu sur la loi Avia, j’ai voté contre, estimant qu’elle est liberticide (…) Christian Jacob est un néo-gaulliste, un chiraquien

Je crois au rassemblement dans la clarté : vous avez une ligne et ensuite, autour de cette ligne, on se rassemble. Et il ne s’agit pas de faire une “synthèse” à la façon du Parti Socialiste. Je défends une ligne très claire. Guillaume Larrivé est un giscardo-sarkozyste et Christian Jacob est un chiraco-sarkozyste. Nous nous référons à des personnalités différentes et à des lignes différentes qui par le passé se sont déjà affrontées. Je maintiens pour ma part que si demain les militants font le choix d’une ligne gaulliste, ce sera une ligne de rassemblement.

Reparlons une dernière fois de vos deux concurrents… Guillaume Larrivé se présente volontiers comme libéral économiquement et conservateur sur le plan sociétal. Il a certes le même âge que vous, mais n’êtes-vous pas en revanche plus proche de Jacob que de lui idéologiquement, finalement?

A vrai dire, c’est difficile de vous répondre. Christian Jacob ne fonctionne pas en termes d’idéologies. C’est ce qu’on appelle un néo-gaulliste, un chiraquien. Christian Jacob, ce n’est pas un choix idéologique, c’est le choix de la multiplicité et de la diversité. Derrière lui, vous trouverez Eric Ciotti et Christian Estrosi [qui s’affrontent dans le pays niçois NDLR], Martine Vassal et Bruno Gilles [qui s’opposent à Marseille NDLR], Aurélien Pradié et Fabien Di Filippo qui s’opposent sur la PMA… Bref, vous avez tout ce que je regrette. Je ne critique pas tous ces gens qui sont par ailleurs mes amis, mais cette absence de clarté. Il vaut mieux trancher avant, car il faudra bien trancher après. Moi sur la PMA, j’ai donné mon opinion qui est conservatrice. Sur le libéralisme, Guillaumé Larrivé s’est abstenu sur la loi Avia, moi j’ai voté contre, estimant qu’elle est liberticide. Et en même temps, j’ai voté contre la privatisation d’Aéroports de Paris, alors que lui était plutôt pour. 

Je suis libéral, certes, mais je veux aussi que la campagne réponde à cette question : être libéral veut-il toujours dire être néolibéral ? Je dis moi que le libre-échangisme a provoqué une problème de compétitivité, de balance commerciale et laminé les classes populaires. Si la droite veut renouer avec ces classes populaires, elle doit changer de logiciel économique et sur les frontières et sur le rôle de l’Etat.

Pourquoi la Russie a vendu l’Alaska ?

0
Le drapeau russe flotte sur Castle Hill lors de la cérémonie des 150 ans du transfert de l'Alaska de la Russie aux États-Unis, le mercredi 18 octobre 2017 à Sitka, en Alaska. James Poulson / AP / SIPA/1710262105

Alors que Donald Trump a récemment manifesté son intérêt pour l’achat du Groenland, il est intéressant de se rappeler que l’Oncle Sam avait déjà acquis par une transaction ses premiers « arpents de neige » auprès de la Russie. Et que celle-ci lui avait volontairement vendu ses possessions le considérant alors comme le meilleur interlocuteur pour cette opération.


Les Russes sont partis à la conquête de la Sibérie à partir du XVIe siècle. Cette expansion devait les amener à découvrir l’Alaska en 1741 avec l’expédition de Vitus Bering. Toutefois, il faut attendre 1784 pour qu’une première colonie soit créée par Grigori Chelikhov.

Une expansion rapide, mais précaire

Les Russes viennent rapidement à bout des résistances autochtones, avec notamment la bataille de Sitka en 1804. C’est d’ailleurs à cet endroit qu’est implantée la capitale de la province, sous le nom de Novo-Arkhangelsk. En ayant le champ libre, ou presque, ils contrôlent un territoire assez vaste, et l’avant-poste de Fort Ross, en Californie[tooltips content= »Il a été fondé en 1812, mais vendu dès 1841″]1[/tooltips], va même se trouver au contact des Espagnols. Sur la côte ouest du continent, ce n’est pas encore les États-Unis. La mise en valeur est assurée par la Compagnie russe d’Amérique, créée en 1799, et passée sous le contrôle direct de l’État en 1818. Toutefois, le contrôle de ces vastes étendues peu peuplées reste superficiel, et la Compagnie, mal gérée, se révèle être une charge pour les Russes.

Mais c’est à 10 000 km de là que le sort de la région va être scellé. En effet, en 1856, l’Empire russe a perdu la guerre de Crimée contre une coalition de plusieurs États, parmi lesquels le Royaume-Uni. Or l’Alaska est un point de contact avec la Perfide Albion, présente au Canada. Et elle pourrait y ouvrir un front en cas de nouveau conflit, et cette situation serait très difficile à gérer pour Saint-Pétersbourg.

À lire aussi, Éclatement et reconstruction de la Russie depuis 1991, entretien avec Jean-Robert Raviot

Quand Washington sauve la Russie

La vente de l’Alaska aux États-Unis s’impose alors comme une solution miracle. Elle permet de transformer l’Alaska en zone tampon, contrôlée par un État isolationniste. Elle constituerait également une rentrée d’argent, même si le montant de la vente s’est révélé plutôt faible. La principale difficulté, finalement, a été d’attendre la fin de la Guerre de Sécession qui détournait l’Oncle Sam des affaires extérieures. L’affaire se conclut en 1867, en partie grâce à un cyclone qui avait dévasté les îles Vierges danoises[tooltips content= »Que les États-Unis finirent néanmoins par acquérir en 1898″]2[/tooltips], qui étaient en « compétition » dans la politique d’acquisition américaine. Elle suscite des critiques de l’opinion publique des États-Unis qui ne voyait que peu d’intérêt à cette terre hyperboréale, parfois qualifiée de « Glacière ».

La Russie a ainsi évité de subir le sort de la France du XVIIIe siècle, qui a été obligée de sacrifier ses « arpents de neige »[tooltips content= »Expression consacrée par Voltaire, qui voyait peu d’intérêt à ce territoire »]3[/tooltips] sur le territoire nord-américain, et ce, dans la position de faiblesse qui découlait de la guerre de Sept Ans. Elle a au contraire réussi à obtenir un profit financier, et renforcé un pays avec lequel les relations étaient correctes au détriment d’un adversaire. Du reste, la Guerre russo-japonaise qui se terminera en 1905 par la défaite de l’Empire tsariste confirme de façon flagrante qu’il n’aurait pas pu faire face à une attaque dans cette région.

Aujourd’hui, il reste encore quelques vestiges de la présence russe sur le territoire américain, et ce jusqu’en Californie. En Alaska, une partie de la population est d’origine russe, et la religion orthodoxe y est toujours pratiquée, quoiqu’une partie des descendants des premiers colons se soient « américanisés » à l’époque de la Guerre froide. À cette occasion-ci, la Russie devenue soviétique aura certainement regretté d’avoir fourni cet atout à un pays devenu son pire ennemi. Mais comment prévoir alors un tel retournement de situation ?

>>> Retrouvez les autres articles du même auteur sur le site de Conflits <<<

Idée Twitter: pour sauver la planète, si on guillotinait les riches?

0
Une guillotine vendue aux enchères en 2014 © SEBASTIEN SALOM-GOMIS/SIPA Numéro de reportage: 00680076_000006

Vous allez juger que cette solution est un peu trop radicale. Mais contre le CO2, seuls les grands moyens seront efficaces!


C’est une lumineuse contribution trouvée sur les réseaux sociaux. Elle est assortie de petits dessins très parlants. On y apprend que pour sauver la planète, il faut manger moins de viande, se déplacer à vélo et recycler. Tout cela, Greta Thunberg le fait déjà.

Une quatrième action, essentielle et primordiale, est évoquée : « guillotiner les classes dominantes qui empoisonnent la planète pour plus de profits ». Logique. On s’étonne que Greta Thunberg n’y ait pas pensé toute seule. La réputation de cette jeune militante scandinave nous semble donc très surfaite.

Le retour de la guillotine, un savoir-faire national oublié

L’image qui accompagne l’appel à guillotiner les riches est on ne peut plus limpide. On y voit la machine à trancher des têtes, tant chérie par Marat et Robespierre, avec un couperet déjà sanglant ! Ainsi, elle a déjà commencé à servir. Mais de qui, alors – question intéressante – a-t-on déjà débarrassé la planète ?

A lire aussi: Moi, Julie, chômeuse stigmatisée et « effacée de la terre »

Demeurent quelques problèmes logistiques. La France a près de deux siècles d’expérience dans le savoir mourir à la française. Elle pourrait donc fabriquer des guillotines qu’elle exporterait dans le monde entier. Ce serait bon et pour sa réputation, et pour sa balance commerciale. Mais il est à craindre que nombre de pays préféreraient rester attachés à leurs spécificités nationales.

Vous me trouvez macabre?

Respectons-les. En Inde, on pourrait procéder à des noyades massives de riches dans le Gange. Dans certains états qui pratiquent rigoureusement la charia, la lapidation, bien qu’un peu lente, ferait l’affaire.

Dans les Émirats du Golfe, et en Arabie Saoudite, l’exposition des riches dans les sables du désert, sans une goutte d’eau, serait d’une belle efficacité. Quant aux USA, aucune difficulté: la peine de mort par injection létale y est pratiquée dans certains états. La moisson promet d’être riche: les millionnaires là-bas se ramassent à la pelle. Et on commencerait par le premier d’entre-eux : Donald Trump.

On aurait tort de rire des élucubrations macabres d’un écolo fanatisé. Ils sont, hélas, quelques-uns comme lui à être habités par des pulsions de mort. Tuer des hommes pour sauver la biodiversité représente pour eux un sacerdoce obligé. Rien ne permet évidemment d’imaginer qu’ils passeront à l’acte un jour. Mais c’est quand même salissant d’habiter la même planète qu’eux…

A relire: Causeur #66 : Contre la religion du climat

Vivre avec les migrants: le touriste comme référence morale

0
Ouistreham : Migrants cherchant un moyen de transport vers le Royaume-Uni. SICCOLI PATRICK/SIPA/1808121805

Les migrants, il suffit d’apprendre à vivre avec!


« Ils ne nous gênent pas », « on leur donne de la nourriture ». Les migrants, finalement, Il suffit d’apprendre à vivre avec ! On a beaucoup parlé des camps de « migrants » implantés à Calais. La présence des migrants à Ouistreham est peu évoquée dans la presse nationale. Cette ville balnéaire tranquille connaît, depuis le démantèlement de la « Jungle » de Calais, un afflux d’immigrés illégaux espérant réussir la traversée de la Manche en passagers clandestins à bord du ferry.

Jadis, des « inquiétudes »

Ouistreham est déjà un lieu de passage depuis quelques années, comme en témoigne cet article de Ouest France sur les « inquiétudes » suscitées par l’intensification des flux de clandestins en 2014, avec une allusion à « l’année record », à l’époque, 2012:

ouistreham2

Aujourd’hui, le phénomène paraissant inexorable, la presse locale travaille à faire accepter cet état de fait à la population, avec le mot d’ordre : ne pas décourager les touristes. Touristes qui servent dorénavant de modèles en matière de relations avec les « migrants ».

Dans la même région: Moi, Julie, chômeuse stigmatisée et « effacée de la terre »

Les autorités craignent le caractère définitif et proliférant d’un camp ou d’un centre d’accueil officiel ; aussi les migrants se regroupent-ils où ils peuvent. Ils demeurent assez peu visibles dans la ville, exception faite du port où ils attendent les départs des paquebots pour se livrer à de spectaculaires courses aux camions.

L’an dernier, la crainte du « drame »… économique

L’an dernier, la presse locale relayait les inquiétudes conjointes du député Christophe Blanchet et des associations d’aide aux migrants, comme ici le média en ligne 14Actu. Quant au maire de Ouistreham, il se disait très préoccupé :

Les conséquences sont dramatiques, notamment pour les commerçants sur le port de Ouistreham, là où les clandestins stationnent pour pouvoir monter dans les camions, certains ont enregistré un chiffre d’affaires de moins 70 %. L’un d’eux m’a expliqué qu’il a l’habitude de doubler ses effectifs pour la saison, passant de quatre à huit. Cette année [été 2018], il pense qu’ils ne resteront qu’à trois salariés.

Et l’UCIA (Union des commerçants, industriels et artisans) confirmait, toujours dans le même article :

Les mauvais retours ont démarré entre décembre et mars [2018]. Oui, certains commerçants sont menacés et Ouistreham ne tient que par l’équilibre de la diversité de ces commerces. Si certains ferment, d’autres seront impactés.

Mais l’article accorde peu de place à l’opinion des habitants de Ouistreham, présentés collectivement comme acceptant, voire soutenant les migrants : « tout se passe bien », dit le député; « globalement, ça se passe bien », affirme le responsable associatif. Seuls quelques « propos racistes » sont à déplorer.

« Tout se passe bien » mais… « on est au bord du gouffre ». Comprendre, du gouffre financier parce que « l’image de la ville est ternie ». C’est le seul angle sous lequel la présence des migrants paraît problématique et l’article se conclut sur une note d’espoir :

Auprès de l’Etat, d’ici une quinzaine de jours, une délégation économique et touristique demandera officiellement une aide financière pour les commerçants qui subissent une baisse de chiffre d’affaires.

Drames humains vécus par ces clandestins réduits à la misère, danger d’entretenir une situation qui risque de « durer éternellement » (comme le dit ce Ouistrahamais dans un reportage de France 3 Normandie), inquiétudes légitimes des habitants de la ville ? Peu importe tout cela : la priorité est de soutenir l’activité commerciale. Si le commerce va, tout va.

Le touriste, ce modèle de compassion tranquille

Ce qui implique, en l’occurrence, de veiller à ce que les touristes ne désertent pas Ouistreham. Et cette année, ce sont les touristes que l’on met à l’honneur.

Voici la Une de l’hebdomadaire Liberté-Le Bonhomme Libre, ce jeudi 15 août :

P1060029

L’article nous révèle que cette « cohabitation » est faite de « surprise et [de] bienveillance aux portes du camping ». Les inquiétudes des Ouistrehamais (déjà lourdement étouffées par les médias) étaient infondées, nous apprend-on. « La présence des migrants n’a pas fait fuir les touristes ». Et là, on tombe dans l’obscénité du bon touriste, rassuré qu’on ne lui gâche pas ses vacances :

Leur présence ne nous dérange pas du tout. La preuve, on a prolongé notre séjour d’une semaine, explique Sylvie.

Le seul petit problème, ce sont les odeurs d’urine, ajoute-t-elle. Elle est bien, Sylvie, elle a prévu de leur donner « toute la nourriture qui lui restera à la fin de la semaine ». Charitable, avec ça. Elle ne parlerait pas différemment si quelques sangliers étaient venus s’établir près de son camping. Il ne faudrait pas que cela lui pourrisse ses vacances, mais puisque cela lui permet, en plus, d’avoir bonne conscience, c’est formidable.

Immonde mensonge: il n’y a pas de « cohabitation », puisque ni les migrants ni les touristes n’« habitent » à Ouistreham. Ce sont deux catégories de personnes qui n’ont aucun attachement à cette ville, pas même l’intention d’y rester. Ils se côtoient durant un bref laps de temps, se tolèrent et s’observent, puis repartent chacun de leur côté. Sans surprise, le bas de la page reprend la thématique de la santé économique de la ville dans un petit article intitulé : « Pour les commerçants, la saison est satisfaisante ». En effet, tout va bien, puisque « les clients ne nous font aucune remarque sur les migrants ». C’en est fini de la « mauvaise pub » qui causait une « baisse d’affluence ». Tout va bien, on vous dit.

La notion de « cohabitation » était déjà apparue, en avril 2019, dans Tendance Ouest, accompagnée cette fois d’un adjectif : « Migrants à Ouistreham : une cohabitation de plus en plus glaciale ». Il ne s’agissait pas des touristes. C’était bien la cohabitation avec les Ouistrehamais qui était ainsi effleurée. Effleurée seulement, dans son titre, parce que l’article se concentrait sur « les relations avec les forces de l’ordre », sous un angle nettement accusatoire vis-à-vis de la police et de la gendarmerie. Or, ni l’une ni l’autre ne « cohabite » avec les migrants…

Ah, quelle joie pour les touristes d’apercevoir en vrai, ces « migrants » qu’ils ne voient qu’à la télé ! Moi je dis, concilions l’idéal touristique et commercial avec la présence des migrants : parquons-les bien, nourrissons-les juste assez pour qu’ils ne crèvent pas… et faisons payer la visite, avec distribution d’audio-guides…

L'étrange suicide de l'Europe: Immigration, identité, Islam

Price: ---

0 used & new available from

Exodus - Immigration et multiculturalisme au XXIème siècle

Price: ---

0 used & new available from

Aux matchs de foot, ce sera champagne pour personne

0
© NICOLAS MESSYASZ/SIPA Numéro de reportage: 00870331_000007

Alors qu’il est déjà interdit dans les tribunes, Agnès Buzyn envisage de restreindre encore la possibilité de boire de l’alcool dans les stades de foot. «La question des loges se pose» a-t-elle affirmé cette semaine. La ministre envisage ainsi de parachever la prohibition.


« Mais arrêtez donc d’emmerder les Français » disait un Premier ministre futur Président de la République, Georges Pompidou, à un futur Premier ministre, futur Président de la République, Jacques Chirac. C’était en 1966, c’étaient les Trente glorieuses. 1966, l’année où la mini-jupe cartonnait en France avec plus de 200 000 pièces vendues. On pouvait alors regarder les cuisses des femmes jusque « à ras le bonbon » comme le chantait Léo Ferré sans se retrouver cloué au pilori du « Balance ton porc », même en étant un « mâle blanc de plus de 50 ans ».

Une France plus « légère » qui disparaît

Les temps ont bien changé. Depuis cinquante ans, et nonobstant la fameuse « parenthèse enchantée » post mai-68, les temps sont redevenus puritains. Le topless est devenu ultra-minoritaire sur nos plages tandis que le burkini – la baignade entièrement habillée pour les femmes – est apparu. On a tout aseptisé et pas seulement au niveau des corps. Le ballon de rouge, qui était régulièrement commandé dans les bistros a été remplacé par le Coca zéro (les sodas étant pires pour la santé que le vin, il faut bien se donner bonne conscience). On a même fait il y a 28 ans une loi nommée « Loi Evin » pour bannir de la pub et des stades l’alcool.

A lire aussi: Megan Rapinoe: la footballeuse « progressiste » qui défie Donald Trump

Certains voudraient revenir sur la Loi Evin afin de permettre à nos clubs professionnels de générer des recettes qu’ils n’ont plus, contrairement aux clubs concurrents dans d’autres pays d’Europe, en autorisant la pub pour les alcools et la vente dans les stades. Immédiatement la proposition a fait un tollé, Agnès Buzyn envisageant même hier lors d’une interview radio « d’interdire l’alcool dans les loges VIP puisqu’il est interdit dans les gradins ». C’est vrai que, parmi les discriminations que personne n’a jamais soulevées, celle interdisant aux prolos qui se pèlent l’hiver et chantent pendant deux heures pour soutenir leur équipe sans avoir le droit de boire une goutte de bière se pose quand, pour les nantis friqués invités dans les loges, c’est « open bar », y compris pour les alcools forts. On imagine l’enthousiasme des VIP invités à manger des galettes de tofu et de la salade de quinoa, bio bien évidemment, le tout accompagné d’eau minérale…

Agnès Buzyn: « On se calme et on ne boit pas au stade »

Cette époque hygiéniste est devenue insupportable, surtout pour nous Français, pays de la bonne bouffe, du bon vin. Nous sommes des latins et les latins sont des jouisseurs, ces pisse-vinaigres commençant à, comme disait Pompidou, nous emmerder au rythme de la prise d’anxiolytiques, matin-midi et soir.

A lire aussi: Ecoute-moi bien, toi le « supporter » algérien…

Si on interdit le champagne dans les loges il faut bien, au nom de la lutte contre l’alcoolisme, l’interdire à l’Elysée et dans tous les palais nationaux. On attend d’ailleurs que l’exécutif montre l’exemple dès ce weekend lors du G7 de Biarritz.

Il y a quarante ans sortait l’album de « Jacques Higelin » intitulé « Champagne pour tout le monde ». Quarante ans plus tard, les temps ont bien changé puisque c’est champagne pour personne…

Louis de Funès fait le pitre au musée

0
Louis de Funès dans la Grande Vadrouille © NANA PRODUCTIONS/SIPA Numéro de reportage: 00386090_000002

Depuis la mi-juillet, le musée Louis de Funès a vu le jour à Saint-Raphaël. Près de quarante ans après sa mort, le comique n’a pas fini de nous faire rire.


Issu d’une génération qui n’a jamais connu Louis de Funès sur grand écran, j’ai pourtant grandi avec lui à travers les VHS. Aujourd’hui, à voir la procession de parents et enfants dans le musée qui lui est dédié, la relève semble assurée. Situé en face de la gare de Saint-Raphaël, le musée retrace le chemin de celui qu’Yves Montand qualifia de « clown génial ». Issu d’une famille d’immigrés espagnols, Louis de Funès de Galarza officia longuement comme pianiste de bar avant de se lancer sur scène : Ornifle ou le courant d’air de Jean Anouilh, notamment, qui ne lui ouvrira guère de boulevard. S’ensuit alors un long fleuve de rôles secondaires dans des films méconnus : Du Guesclin, Fraternité, Poisson d’avril

Il faut attendre 1956 et La traversée de Paris pour que l’acteur crève l’écran dans un rôle de charcutier savoureusement tragique. A travers affiches, photos, extraits de films et objets, le musée se concentre sur l’ascension du ténor des mimiques. Le visiteur peut notamment y voir la perruque originale du fameux « capellmeister » de La grande vadrouille. Il peut également se gausser de quelques scènes mythiques du Corniaud à Naples ou de La folie des grandeurs en Andalousie, remarquable et (très) libre adaptation de Ruy Blas.

Un comique intemporel

Oscar et Faites sauter la banque font encore rire petits et grands. Fantomas et Hibernatus ignorent les modes, la critique et le temps. Depuis près d’un demi siècle, les humeurs du gendarme à Saint Tropez, face aux extraterrestres ou courtisant sa « biche » sont d’incontournables navets du cinéma français. S’il n’est plus de ce monde, Louis de Funès est encore en pleine forme. Un mois et demi après l’ouverture du musée, le livre d’or n’est pas avare d’éloges. Et pour cause, les gestes et le caractère de l’artiste nous parlent toujours ! En campant un personnage râleur, égoïste voire franchement antipathique, Louis de Funès a toujours su faire rire et même se rendre attachant. Au-delà de sa puissance comique, il a mis en scène des thèmes sociétaux résolument actuels. Dans notre pays fragilisé par des fractures communautaires, les pitreries de Rabbi Jacob sont une véritable leçon de vivre-ensemble avant la lettre. Des générations avant la sacralisation du bio, Louis de Funès partait en guerre contre la malbouffe avec L’aile ou la cuisse. Bien avant que l’on se préoccupe du sort de mère la Terre, il s’intéressait à l’écologie dans La zizanie.

Suite à des années de travail acharné d’une gestuelle unique, il se consacrera au potager de son château des bords de Loire au Cellier. « La seule chose qui vaille la peine c’est la nature : c’est pour elle qu’il faut défiler dans la rue », assura-t-il, affirmant également à un journaliste que : « si c’était à refaire, je ferais des études d’horticulture ».  Un prophète, le clown ? Un génie intemporel, certainement. Où qu’il soit maintenant, Louis de Funès ne se lasse pas de dérider les plus pessimistes d’entre nous. Dans notre pays en proie aux doutes et aux inquiétudes, il n’a pas fini de nous faire rire. En attendant des jours meilleurs, Louis de Funès reste donc un antidépresseur à prescrire. Et en cette fin d’été, les habitués de la Côte d’Azur peuvent aller le côtoyer dans son musée.

Musée Louis de Funès, Rue Jules Barbier, 83700 Saint-Raphaël.

La Grande Vadrouille (1966)

Price: ---

0 used & new available from

La Folie des Grandeurs

Price: ---

0 used & new available from

Ousmane Sow, l’anti Jeff Koons?

0
Photo: Clavieres Virginie / Sipa

Une des statues en bronze de Ousmane Sow (1935-2016) a été placée devant le Ministère de la Culture, rue de Valois. Et une place à son nom a été inaugurée dans le 15e arrondissement.

Enfin une initiative culturelle de la Mairie de Paris approuvée par Causeur !


Longtemps, les milieux de l’art contemporain ont snobé Ousmane Sow (1935-2016), puissant sculpteur sénégalais. Trop figuratif, trop traditionnel, trop populaire ! Disons plutôt : pas assez art contemporain !

A lire aussi: Voilà ce qui arrive quand on jette un mégot dans la ville d’Anne Hidalgo

La figure d’Ousmane Sow est celle d’un colosse affable et d’un homme d’une rare élégance. Ancien kinésithérapeute, il se met à la sculpture à la cinquantaine. Sa connaissance du corps humain est professionnelle, mais aussi poétique. Inspiré par Leni Riefenstahl, il produit de nombreux Nubas. Il s’intéresse aussi au sort des Indiens de Little Bighorn, à Toussaint Louverture, à Victor Hugo et à un grand nombre de personnages conjuguant humanisme et force vitale.

A lire aussi: Hidalgo veut exposer les “entrailles” de Notre-Dame

En 1999, à l’initiative d’une de ses collectionneuses et admiratrices, Béatrice Soulé, une grande exposition est organisée sur le pont des Arts, à Paris. Plusieurs millions de visiteurs s’enthousiasment, chiffre qui devrait faire pâlir d’envie la FIAC et ses laborieuses 70 000 entrées. En 2013, il entre à l’Académie des beaux-arts. En 2017, quand Jeff Koons veut faire le don coûteux de ses Tulips à la Ville de Paris, des pétitions fusent, exigeant que la Mairie fasse plutôt l’acquisition d’un Ousmane Sow. L’Hôtel de Ville fait la sourde oreille. On comprend donc l’importance du revirement actuel  : la Ville de Paris a acquis un des bronzes représentant un couple de Nubas, placé devant le ministère de la Culture, place de Valois. En outre, une place Ousmane Sow est inaugurée dans le 15e arrondissement. On est heureux de pouvoir, pour une fois, approuver un choix municipal.