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Primaire à droite: l’urgence absolue

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Cette tribune plaide pour l’organisation d’une vaste primaire avant l’été 2026, pour laisser au candidat désigné le temps de construire sa légitimité, d’élargir son socle, et de se présenter au pays non comme le survivant d’une guerre civile de droite, mais comme son représentant légitime, choisi par les Français.


Regardons en face ce que cinq ans de hollandisme et dix ans de macronisme auront produit. Un État obèse qui se mêle de tout mais ne résout rien, une dette abyssale de 3200 milliards €, une école publique sinistrée, une insécurité chronique, une industrie en décrochage accéléré, une immigration de peuplement hors de contrôle, et le constat — partagé par une majorité de Français — que le pays s’enfonce dans le déclin. Le macronisme s’est vendu comme une révolution libérale. Il ne s’agissait que d’une énième nuance du social-étatisme, qui s’achève avec un grave déni de démocratie : le verrouillage systématique des institutions par des personnalités de gauche.

L’état catastrophique de la France nécessite une politique enfin courageuse et radicale. Pas un ajustement à la marge. Pas quelques coupes symboliques dans un budget hors de contrôle. Un choc de bon sens : Baisser les impôts sur le travail et la production. Alléger radicalement la charge réglementaire qui étouffe les entreprises et les artisans. Tailler à la tronçonneuse dans une dépense publique qui représente désormais 57 % du PIB — le record de l’OCDE. Redonner à l’école ses fondamentaux : l’exigence, la transmission, la discipline. Rétablir l’autorité de l’État dans les territoires perdus de la République. Investir dans les technologies du futur. Ce programme existe. Il est cohérent. Il est majoritaire dans le pays réel. Il n’attend qu’un candidat pour le porter avec clarté et courage.

Le RN : du socialisme sous emballage patriote

Voici où réside la première des impostures que la droite doit nommer sans ambages. Le Rassemblement national n’est pas un parti de droite au sens économique du terme. Son programme est structurellement socialiste. Protectionnisme tous azimuts, maintien de la retraite à 60 ans pour certaines catégories, indexation généralisée des salaires, méfiance viscérale envers l’entreprise et la concurrence. Derrière les drapeaux bleu-blanc-rouge et les discours sur l’identité, le logiciel économique du RN est celui de la gauche, celui-là même qui plombe l’économie française depuis des décennies.

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Un président RN appliquant son programme ne produirait pas le redressement que la France attend : il produirait une accélération du déclin. Davantage de dépenses publiques, davantage de protections corporatistes, davantage de méfiance à l’égard des investisseurs étrangers, davantage de repli. Les marchés le sanctionneraient immédiatement : les taux d’intérêt sur la dette française s’envoleraient, le coût du crédit exploserait, et les quelques marges de manœuvre budgétaires encore disponibles disparaîtraient dans les premiers mois du quinquennat. L’électeur qui vote RN pour en finir avec le déclin obtiendrait exactement l’inverse de ce qu’il espérait.

Victoire RN : le troisième tour dans la rue

Il est un autre danger que l’on tait trop souvent : celui du lendemain d’une victoire RN. Une fraction significative de la gauche radicale (LFI en tête) a clairement indiqué qu’elle ne reconnaîtrait pas la légitimité d’un tel résultat. Ce n’est pas une hypothèse, c’est une déclaration d’intention réitérée. Jean-Luc Mélenchon l’a dit et répété : la rue serait convoquée. Les blocages commenceraient. Le pays entrerait dans une crise de gouvernabilité pire que celle que nous connaissons.

La France des gilets jaunes, des blocages de ronds-points, des violences de 2023 a déjà montré à quel point un pays fracturé peut se paralyser lui-même. Imaginez cette fracture portée à son paroxysme : une extrême gauche radicalisée qui organise un « troisième tour social », des manifs permanentes qui dégénèrent, des institutions soumises à une pression sans précédent. Le risque du chaos est bien réel. Ceux qui pensent qu’une victoire RN serait un choc salutaire et que l’ordre s’imposerait de lui-même font preuve d’une légèreté irresponsable face à la réalité de la gauche radicale française : l’une des plus violentes et des plus organisées d’Europe, comme la tragédie de Lyon vient de la rappeler.

La multiplication des candidatures : un suicide collectif annoncé

Seul un président issu de la droite républicaine, avec une majorité à l’Assemblée, semble en mesure de mener à bien un projet radical et libéral de redressement du pays. Les candidats sont nombreux à prétendre en être capable. David Lisnard, Laurent Wauquiez, Bruno Retailleau, Edouard Philippe… Demain d’autres encore. Chacun respectable. Chacun porteur d’une vision, de la droite de la droite à la gauche de la droite. Et chacun, s’il se présente seul contre les autres, contribuant mécaniquement à diviser un électorat qui ne peut se permettre de l’être. Dans un quadripartisme serré, 18% suffisent à se qualifier au second tour. Mais cinq candidats à 9% chacun ne font pas un finaliste : ils font cinq vaincus. La seule solution rationnelle, démocratique, et efficace est connue : une primaire ouverte, organisée tôt, avec des règles claires. Et il ne fait guère de doute que le plus à droite et le plus libéral la gagnera (je place une pièce sur David Lisnard), tant les Français sont plus lucides qu’on ne l’imagine sur le président dont ils ont besoin.

La primaire : le projet avant l’homme

Une primaire bien organisée n’est pas une faiblesse mais une démonstration de maturité démocratique. Ce serait l’occasion, pour des millions de Français de droite et du centre, d’entendre enfin la vision des uns et des autres, et de trancher en connaissance de cause. Quelles solutions pour libérer notre économie du carcan étatiste ? Comment délivrer l’école, la justice, l’audiovisuel public et la culture subventionnée de l’idéologie ? Comment rétablir l’autorité de l’État ? Comment réarmer la France dans un monde redevenu dangereux ?

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La primaire doit être ouverte large — de l’UDI à Horizons, des souverainistes libéraux aux conservateurs réformistes — avec un seul critère d’entrée : adhérer à l’idée que la France a besoin d’un choc de liberté, pas d’un choc de dépense supplémentaire. Elle doit être organisée avant l’été 2026, pour laisser au candidat désigné le temps de construire sa légitimité, d’élargir son socle, et de se présenter au pays non comme le survivant d’une guerre civile de droite, mais comme son représentant légitime, choisi par les Français.

Les enjeux de 2027 sont simples à formuler, et vertigineux à mesurer. D’un côté, une gauche islamogauchiste qui, au pouvoir, enfoncera la France dans la spirale dépensière tout en alimentant les divisions identitaires. De l’autre, un RN dont le programme économique ne diffère de la gauche que par le drapeau qu’on agite dessus — et dont la victoire plongerait le pays dans une crise sociale et institutionnelle majeure. Entre ces deux impasses, la victoire en 2027 est possible pour une candidature de droite unique, lucide sur l’état de la France, et courageuse sur les politiques à mener pour redresser le pays.

Affaire Al-Durah: mais où est passé le colonel Picquart?

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Cette contribution s’étonne de l’écart entre le courage du colonel Picquart (1854-1914) dans l’Affaire Dreyfus et l’absence totale de remise en question actuelle autour de l’affaire Al-Durah. Aucun responsable politique n’a osé jusqu’à aujourd’hui contester publiquement la version médiatique officielle, sans doute par crainte de l’ostracisme.


Robert Badinter rappelait parfois que quelques mois avant les élections qui allaient conduire à la victoire le Front populaire, Léon Blum, loin de se limiter à la campagne qui s’annonçait, prit le temps de rédiger ce qui est devenu un classique : Souvenirs sur l’Affaire. L’homme d’Etat notait en effet qu’avec le temps, l’affaire Dreyfus, qui avait déchiré la France cinquante ans auparavant, s’estompait et que le nom même de Dreyfus semblait oublié.

En réalité, on se souvient encore de son nom, et un peu plus. Mais qui sait encore ce que la manifestation de la vérité dut à un homme, le colonel Picquart ? Chef du bureau des statistiques – le service de renseignement – c’est lui qui, découvrant le télégramme déchiré d’Esterhazy qui accuse le capitaine Dreyfus, subodore un problème, y travaille, et après quelques péripéties, dénonce la supercherie : c’est le fameux petit bleu.

Imagine-t-on ce qu’il fallut de courage insensé pour un militaire, gradé, très bien noté et promis à de hautes fonctions, pour risquer de tout perdre juste par respect de la vérité ?

Se souvient-on qu’il fut d’abord muté en Tunisie puis sanctionné par sa hiérarchie de près d’un an de prison et réformé d’office ?

C’est à cette histoire que la lecture du dossier sur l’affaire Al-Durah m’a ramené.

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Car le petit bleu répondait aux attentes du public nourri d’une certaine idéologie, antisémite et nationaliste, comme les images de France 2 répondent à un l’antisémitisme innervé par une sorte de « progressisme ».

L’absence de réaction dans les grands médias à ce dossier étayé m’a plus que surpris. Comme à ce jour, l’absence de protestation de la part des personnes, morales ou physiques, clairement visées. Et je ne parle même pas de réaction judiciaire…

Sans être « spécialiste » de cette affaire, il n’est pas difficile de se rendre compte qu’il y a un doute plus que sérieux sur la version officielle ; l’arrêt de la Cour de cassation ne tranche en rien le litige, fondé qu’il est sur un élément procédural inopposable à la vérité des faits. Et le refus de la justice de verser au débat les « rushs » qui suffiraient à accréditer la thèse de France 2 ouvre la voie à toutes les hypothèses alternatives. Et d’autres pourraient en dire bien plus, et l’ont d’ailleurs fait dans le dossier.

Mais quel courage faudrait-il aujourd’hui à un politique, à un journaliste, à un historien même de simplement poser la question : ce reportage sur la mort de l’enfant est-il possiblement un « fake » ? Qui dans la galaxie médiatique aurait le front de s’aliéner son environnement bien-pensant pour a minima poser la question ? Et puisqu’alors, nous aurions affaire au « fake le plus antisémite de notre génération » pour reprendre les termes du dossier de Causeur, cela ne jette-t-il pas un regard cru sur la partialité du service public ?

Ce courage, le colonel Picquart l’a eu. Il risquait bien plus qu’une mise au ban symbolique. Il a payé un prix certain, mutation, suspension, prison. Mais quelques décennies plus tard, il devint ministre de la Guerre sous Clemenceau.

Il n’est pas interdit de penser qu’il le doit aussi à une forme de détachement des honneurs, et d’humour devant les hochets de la République, dont témoigne la lettre jointe.

Quel journaliste ou politique se soucie suffisamment de la vérité et aurait assez de courage pour poser la question de la véracité de ce reportage ?

Souvenirs sur l'Affaire

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Le lynchage de Quentin et la peur du retour de la violence en politique

Les manifestants de la droite nationale étaient réunis hier après-midi place de la Sorbonne pour rendre hommage à Quentin Deranque, militant identitaire de 23 ans, mort à Lyon samedi après son lynchage en marge d’une conférence de l’eurodéputée lfiste Rima Hassan. Les ministres de l’Intérieur et de la Justice pointent les responsabilités de l’extrême gauche dans le drame, et tous les regards se tournent particulièrement vers le groupe antifa La Jeune Garde. Dissous en juin 2025, le groupe assure avoir cessé ses activités, et être dans l’attente de la décision du Conseil d’Etat suite à un recours. Jacques-Elie Favrot, suspecté par les militants nationalistes d’avoir participé au lynchage, collaborateur parlementaire du député LFI Raphaël Arnault, clame son innocence et déclare être à son tour menacé de mort.


Près de deux mille personnes étaient rassemblées place de la Sorbonne, en ce dimanche pluvieux, pour rendre hommage à Quentin. La foule, dense mais disciplinée, se tenait sous une forêt de parapluies. Les visages étaient graves, l’émotion contenue, mêlée de colère et de cette tristesse froide qui accompagne les deuils politiques.

La conscience d’entrer dans une période dure

Au premier rang, quelques figures bien connues, comme Marion Maréchal (Identités Libertés) et Hanane Mansouri (UDR). Pierre-Romain Thionnet prendra la parole en sa qualité de chef du Rassemblement national de la jeunesse, ainsi qu’Hilaire Bouyé, de Génération Zemmour. Édouard Bina, de la Cocarde étudiante, en appelle au courage des troupes et rappelle les paroles du chant contre-révolutionnaire Les fantassins du Lyonnais / La Ligue Noire : « Quand on meurt pour la patrie, n’a-t-on pas assez vécu ? » « Si l’on commence à avoir peur de l’adversité dans les universités, alors on a perdu », nous assure-t-il.

Le RN Pierre-Romain Thionnet.

Dans la foule, l’émotion se mêle à la colère : les slogans « LFI assassin » et « Jeune Garde, Arnault assassins » sont repris par un chœur de poitrines viriles. La jeunesse, nombreuse dans ce rassemblement au cœur de Paris, lui confère une énergie particulière. Mais flotte aussi la conscience d’entrer dans une séquence plus dure.

Les personnes que nous avons interrogées confirment la crainte d’un retour de la violence politique. « L’État faillit à protéger les Français », déclare le député Julien Limongi. Son collègue, le député et ancien magistrat Mathias Renault, évoque quant à lui la sécurité collective : « Il y a 10 000 militants d’ultragauche repérés, et parmi eux 3 000 fichés S. Il existe une organisation, la Jeune Garde, que l’on peut suspecter d’être la reconstitution d’une association dissoute, Génération antifasciste. »

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Plusieurs affaires ont déjà fait craindre un retour du terrorisme d’ultragauche : l’attaque de voies ferroviaires à la veille de l’ouverture des Jeux olympiques, ou encore les attaques coordonnées contre des prisons, accompagnées de slogans politiques durant l’été 2025. La menace terroriste d’extrême gauche serait-elle devenue plus dangereuse, alors que les autorités françaises concentraient leur attention sur la menace islamiste ? La question se pose. Certes, le Bataclan a fait des centaines de morts, tandis que le meurtre de Quentin n’a emporté qu’une seule vie. Mais Édouard Bina propose une analogie frappante : « Les accidents de voiture sont plus nombreux que les accidents d’avion, mais moins impressionnants. » La récurrence des violences liées à la mouvance antifa inquiète. On peut redouter l’émergence d’une violence politique intérieure, moins spectaculaire mais plus diffuse, qui n’aurait pas besoin d’être téléguidée depuis l’étranger.

Le jeune homme, converti au catholicisme, avait, dit-on, emmené sa famille dans la foi. Le responsable des jeunes du parti de Marion Maréchal invite l’assemblée à réciter un Je vous salue Marie. Ainsi Quentin est-il confié à l’éternité.

Le spectre des années de plomb

Parmi les orateurs, un intervenant italien, venu de Turin avec ses camarades, prend la parole. Et l’affaire Quentin replonge l’assistance dans une histoire transalpine relativement méconnue en France. En 1975, en Italie, au paroxysme des années de plomb, militants nationalistes du MSI et membres des Brigades rouges s’affrontent dans un climat quasi insurrectionnel. Sergio Ramelli, lycéen milanais de 18 ans, est lynché à l’entrée de son domicile par des militants d’extrême gauche. Il meurt après un mois de coma. La droite italienne en a fait un martyr de sa cause, honoré par des cérémonies régulières depuis un demi-siècle. Depuis l’arrivée au pouvoir de Giorgia Meloni, ces commémorations ont pris un caractère plus officiel : dépôts de gerbes, présence de membres du gouvernement, discours sur la réconciliation nationale autour d’une figure issue de la droite dure.

Trente années de laxisme face à l’extrême gauche

« L’extrême gauche passe à l’intimidation physique, puisqu’elle a perdu le monopole de l’intimidation morale », analyse Jean-Yves Le Gallou. Nous lui demandons s’il ne s’agit pas plutôt des derniers coups de griffe de la bête traquée, à la veille de la victoire du camp national… Il répond sans détour : « Votre hypothèse est très optimiste. » Alerte sur les méthodes et coups bas de ses adversaires, l’ancien bras droit de Bruno Mégret redoute le pire : « Si le candidat du RN se trouve face à Jean-Luc Mélenchon au second tour, il faut s’attendre à une série de violences terribles, à des bourrages d’urnes. Il faudra être prêt. » Depuis son accession à la présidence du RN, Marine Le Pen a rompu avec les franges les plus radicales — un luxe que LFI ne s’offre pas à l’autre extrémité de l’échiquier politique.

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Jean-Yves Le Gallou

« Personne ne devrait mourir pour un événement politique », bredouillait Éric Coquerel sur France Info cette semaine. Personne ne le conteste. Et pourtant, cela est arrivé.

La mort de Quentin referme peut-être la parenthèse de plusieurs décennies relativement pacifiées — du moins en dehors des attentats inspirés ou organisés depuis l’étranger. Les attaques islamistes de Toulouse en 2012, celles contre Charlie Hebdo ou le Bataclan en 2015, avaient déjà marqué une rupture et sorti les Français de leur torpeur post-tragique. Le 13 février nous ramène lui plutôt dans une ambiance de guerre civile, plus proche de l’Espagne des années 30 que des guerres de religion. Certains y voient l’aboutissement d’une tolérance prolongée à l’égard de mouvements d’ultragauche, présents depuis les années 1990, notamment dans certains milieux universitaires ou dans des zones de contestation comme Notre-Dame-des-Landes. Dans de nombreuses librairies, des ouvrages politiques radicaux, publiés par des maisons d’édition comme La Fabrique, occupent une place visible. Faudra-t-il, pour refermer cette parenthèse, renouer avec l’esprit des lois de 1893 et 1894, adoptées pour réprimer le mouvement anarchiste — fermeture de journaux, dissolution d’organisations, restriction de la propagande ?

Humour incendiaire

Charlie tout feu, tout flamme


Charlie Hebdo est accusé de mettre de l’huile sur le feu. Pour illustrer le drame du Constellation à Crans-Montana, incendie où 40 vies se sont éteintes, le dessinateur Salch s’est inspiré de la bande à Jean-Claude Dusse pour mettre à l’affiche : « Les brûlés font du ski ». Ce qui a provoqué sur les réseaux sociaux une avalanche de commentaires incendiaires et le dépôt, non pas d’une gerbe de fleurs, mais d’une plainte, par un avocat suisse, qui estime que la caricature dépasse les limites admissibles de la satire. Et un autre dessin, plus grinçant encore, a suivi : « La Rédaction de Charlie décimée par deux arbalétriers », qui évoque le 7 janvier 2015.

Un retour de flammes pour Charlie Hebdo qui est né sur les cendres encore chaudes d’un sinistre historique… Le 1er novembre 1970 dans l’Isère, l’incendie du 5-7 faisait 146 morts. Le 5-7 était ce qu’on appelait un « dancing », ou plus couramment un « bal », où les amoureux se rencontraient, comme dans Le Petit Bal perdu que chantait Bourvil. Le 9 novembre suivant, dans sa propriété de Colombey-les-Deux-Églises, le général de Gaulle passait l’arme à gauche. Le journal Hara-Kiri, du regretté professeur Choron, en référence au drame du bal du 5-7, titrait alors : « Bal tragique à Colombey : un mort ». On doute que cette insolence ait fait se retourner feu le général dans sa tombe, mais le ministre de l’Intérieur de l’époque faisait interdire la vente de l’hebdo aux moins de 18 ans… le privant ainsi du plus gros de son lectorat. Le journal bête et méchant se jouait de la censure en changeant de titre, en devenant… Charlie-Hebdo

Maintenant, l’humour noir pratiqué par Charlie fait rire jaune certains pisse-vinaigre qui estiment indigne d’exploiter le malheur des autres, mais ne s’émeuvent pas de voir la même souffrance exploitée à la une au prétexte de compassion. Charlie a déjà prouvé, que même endeuillé, il ne mettait jamais son humour en berne. Le 5 novembre 1983, son dessinateur, l’inoubliable Reiser, âgé de 42 ans, succombait à un cancer. Charlie lui dédiait alors un numéro spécial avec à la une un dessin montrant un cercueil avec des baskets, ainsi légendé : « Reiser va mieux, il est allé au cimetière à pied ! »

La transparence salariale, encore une «norme»?

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La directive 2023/970 du 10 mai 2023 de l’Union européenne impose « la transparence » des salaires, il s’agit en outre de réduire l’écart moyen des salaires dans une entreprise à moins de 5% pour le même poste. La France a jusqu’au 7 juin 2026 pour la transposer. Il ne devrait pas en être question ! 


C’est non seulement la liberté de diriger son entreprise qui est atteinte mais avec elle la confidentialité des ressources des salariés. De surcroît c’est psychologiquement néfaste, car la suspicion et la jalousie vont être difficiles à gérer y compris par le département des ressources humaines lorsqu’il existe (ne parlons pas des PME). N’oublions pas qu’en France règne souvent un égalitarisme revendiqué et agressif. L’entrepreneur doit pourtant avoir le droit et même le devoir de récompenser à travers leurs salaires ceux qu’il estime travailler plus et mieux. Si les entreprises sont soupçonnées d’écarts volontaires et discriminatoires de salaires, des sanctions sont déjà prévues… 

Aigreur et transparence

Les chefs d’entreprise craignent donc que l’aigreur et la baisse de motivation soient au rendez-vous de cette nouvelle transparence exigée, créant un mauvais climat ; libre aux salariés de comparer leurs salaires entre eux s’ils le souhaitent.

Par ailleurs, les critères du montant des salaires estimés par les dirigeants sont difficilement transcriptibles sur un index chiffré. Les rémunérations consistent à être justes et compréhensibles par ceux qui en bénéficient et dans les équipes, l’égalitarisme ne doit pas être un objectif. Les différences de salaires, qui heureusement existent, s’expliquent par différents éléments : des expériences différentes au cours des précédents postes (cette directive interdit par ailleurs de demander l’ancien salaire pendant le recrutement, quelle méfiance !), la revalorisation par exemple du niveau d’un diplôme au cours des années, une meilleure négociation à l’embauche par le salarié, une plus grande implication, de certains la disponibilité pour faire des heures supplémentaires, et bien sûr la bonne santé financière de l’entreprise, etc. 

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Et le talent ? il ne faut plus le rémunérer ?

Tant que la fonction publique ne publiera pas les salaires de ses employés (rémunérés par le contribuable), pourquoi les entreprises privées devraient-elles le faire ? 

Il se trouve aussi qu’il existe des conventions collectives dans chaque secteur d’activité (qui sont peu respectées), et elles sont parfois plus favorables que d’autres (citons par exemple celles de l’assurance ou de la banque) : personne ne s’en offusque. 

Climat glacial à venir !

Cette question de la transparence des salaires est aussi particulièrement dangereuse dans un pays où l’on n’aime pas l’argent et où on l’affirme avec force, les syndicats les premiers, qui sont dans un état d’esprit en la matière proche du communisme. Transparence qui pourrait engendrer une menace relationnelle dans le climat de l’entreprise car seraient visés et ostracisés les mieux payés. Nous pourrions constater aussi la baisse de la cote de popularité des supérieurs hiérarchiques censés décider du salaire !

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Et que dire des primes forcément injustes si pas généralisées ? puisque la prime « patron » dite « prime Macron » est devenue le mode de rémunération préféré des salariés et des RH puisque défiscalisées, elles bénéficient au pouvoir d’achat en évitant le surcoût des cotisations sur les salaires (les plus élevées du monde).

Nous sommes décidément très mal à l’aise vis-à-vis de l’enrichissement ou de l’argent tout simplement, surtout lorsqu’il s’agit de récompenser l’effort, le mérite, le dépassement de soi… alors n’en rajoutons pas. Une curiosité malsaine et revendicatrice existe déjà dans certains services sans cette directive de transparence salariale. Rappelons aussi que chaque contribuable peut, selon la loi française, consulter les avis d’imposition des habitants de son département…

Décidément, la méritocratie et la rémunération, quelle qu’elle soit, n’ont pas bonne presse. Nous sommes encore sous le coup d’une jalousie source d’une lutte des classes révolutionnaire qui s’est déplacée vers l’entreprise. Le concept franco-français des « signes extérieurs de richesses » fait encore le bonheur des esprits chagrins… 

Bruno Retailleau, enfin!

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Philippe Bilger se réjouit de l’annonce de l’ancien ministre de l’Intérieur de se présenter à la présidence de la République.


Ce n’est pas au moment où Bruno Retailleau a annoncé sa candidature à l’élection présidentielle de 2027 que je vais me priver d’écrire un billet sur cette excellente nouvelle, tant attendue. Je n’ai d’ailleurs pas aimé la manière dont cette information a été accueillie, comme si elle allait de soi et qu’elle ne constituait pas un événement.

Elu par 74% des adhérents LR en mai 2025

Pourtant, il me semble que Bruno Retailleau, pour se décider avec l’enthousiasme et l’énergie qu’une telle initiative impose, a dû obtenir l’assentiment familial et cesser d’invoquer « son devoir » comme si se présenter était une corvée.

En revanche, il est beaucoup plus audible et compréhensible lorsqu’il déclare « qu’il ne veut pas être président de la République par obsession du pouvoir mais par sens du devoir ». Il a pris conscience que les militants de LR n’espéraient qu’avoir l’opportunité de lui renouveler leur confiance après son élection triomphale à la tête du parti. Ce qui aurait dû faire de lui, tout de suite et sans l’ombre d’une discussion, le candidat naturel pour 2027, si Bruno Retailleau, par une sorte de pudeur politique, n’avait pas été effrayé par son succès même et par l’étendue du pouvoir qui en résultait.

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Il me paraît donc essentiel, maintenant que cette annonce fondamentale a été faite, que Bruno Retailleau fasse valider et confirmer par eux tous sa légitimité à être le candidat de la droite pour 2027 et l’absolue justesse de son ambition.

Il ne se laissera plus entraver dans sa résolution par Laurent Wauquiez, dont certains propos laissent augurer, comme d’habitude, plus d’acidité à son encontre que de soutien ; mais il faudra balayer tout cela par le recours à une démocratie interne dont les décisions devront être respectées à la lettre.

Mon amicale fidélité politique à Bruno Retailleau tient, au-delà de ce que les promesses, les engagements et les projets ont parfois de conjoncturel au regard d’une réalité mouvante, à un double constat.

D’abord, il s’agit d’un homme qui n’a jamais flotté au gré des vents mauvais ou opportunistes : l’ensemble de son parcours, avant d’être sénateur puis ministre et président de parti, montre une constance dans ses choix et ses orientations fondamentales, une vision de la personne, de la société et du monde qui a toujours été conforme à ce que je nommerais un humanisme d’autorité et de courage.

Le second constat tient au caractère toujours irréprochable de son éthique personnelle et politique. La droite ne pourra plus être, avec lui, relativiste et complaisante à l’égard des transgressions morales, au prétexte qu’elles ne relèveraient pas de défaillances intimes, conjugales ou familiales, mais qu’elles seraient liées à tout ce qui se rapporte à la vie d’un parti et à la conquête du pouvoir. On ne pourra plus se permettre d’être vertueux à mi-temps et de se féliciter d’être applaudi et célébré malgré des turpitudes alléguées et des condamnations édictées.

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Dans un entretien très fouillé que Bruno Retailleau a accordé au Figaro Magazine — sans doute par ironie médiatique, l’entretien suit un débat sur Donald Trump entre Éric Zemmour et Aquilino Morelle —, il énonce comme injonction centrale : « Je veux que la France se relève. »

Juges : une suggestion

En recommandant la lecture de ces échanges de haute volée, qui définissent un projet présidentiel clair, cohérent et novateur, je renvoie à la parfaite synthèse que la publication a donnée de cet entretien : « Les principaux axes de son projet : recours au référendum, réforme de la Constitution et des retraites, suppression des normes pénalisantes pour les entreprises et suppression du juge d’application des peines, état d’urgence pour les quartiers gangrenés… ».

Bruno Retailleau en fera ce qu’il voudra, mais j’ajouterais volontiers le juge des enfants à la volonté de faire disparaître le juge de l’application des peines. Ce n’est pas de la provocation : je suis prêt à soutenir que des magistrats qui participent davantage d’un désarmement pénal que d’une rigueur nécessaire devraient être exclus du processus judiciaire ordinaire. Ils affaiblissent plus qu’ils ne renforcent.

Puisque j’ai évoqué Donald Trump, je ne risquerais pas une comparaison détaillée entre celui-ci et Bruno Retailleau. L’un est caractériel, erratique et imprévisible ; l’autre, équilibré, cohérent et stable. Mais si le président américain est perçu aussi comme un homme d’action qui tient ses engagements, je ne doute pas que Bruno Retailleau, sur ce plan du caractère et du volontarisme, lui ressemblera en effet. Dire « Bruno Retailleau, enfin ! » n’est pas un mot vain, ni un titre superficiel. Mais l’expression d’une espérance incarnée.

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Ma mère, ce fantôme

La romancière Olivia Elkaim fait revivre Cécile Peretz, la mère de Georges Perec, assassinée à Auschwitz. La Disparition des choses, ou le livre que son fils n’a jamais pu écrire.


« Rien, jamais, ne sépare une mère de son enfant. » Et pourtant. Un matin froid de l’automne 1941 une femme accompagne son petit garçon de 5 ans gare de Lyon, où un convoi de la Croix-Rouge va l’emmener jusqu’à Grenoble. Ce petit garçon, c’est Georges Perec. Sa mère Cécile Peretz, dite Perec. La scène est déchirante. L’auteur des Choses qui obtient le Renaudot en 1965 la raconte dans W ou le Souvenir d’enfance. À partir de là, écrit-il, « je fus précipité dans le vide. Tous les fils furent rompus ; je tombai seul et sans soutien ». Ce que le petit garçon ne sait pas, en ce matin de l’automne 1941, c’est qu’il ne reverra jamais sa mère. Cécile sera internée au camp de Drancy deux ans plus tard puis déportée à Auschwitz. Elle y mourra. Orphelin de père depuis 1940, l’enfant est ensuite confié à sa tante. Plus tard il écrira : « Quand mon père est mort, j’étais trop petit pour m’en rendre compte. Quand ma mère est morte, je ne l’ai pas su. » Une double disparition inscrite au cœur de son œuvre tel un puits sans fond autour duquel Perec n’a eu de cesse de tourner. « Je n’ai pas de souvenirs d’elle mais j’écris pour que quelque chose d’elle demeure », confesse l’écrivain membre de l’Oulipo. Il y aura La Disparition, roman composé sans employer la lettre « e ». Et Les Revenentes,roman saturé, à l’inverse, de cette même lettre. Il y aura surtout la dédicace de W ou le Souvenir d’enfance : « Pour E ». Eux, c’est-à-dire son père André, sa mère Cécile et peut être le peuple juif. De Cécile Perec on ne sait rien. Ou presque. C’est autour de ce rien qu’Olivia Elkaim a composé son roman. Elle a lu et relu l’œuvre du fils dans l’espoir de glaner malgré tout quelques indices, a compulsé des archives, exhumé des photos, mené l’enquête auprès d’anciens amis de l’écrivain. Tous sont formels sur un point : Perec ne parlait jamais de sa mère. Loin d’être découragée par l’absence d’éléments, l’écrivaine choisit d’inventer, d’insuffler du romanesque là où il n’y a que du vide. Dans les moments de doute, les amis de l’écrivain sont là pour la soutenir : « Laissez-la advenir telle que vous l’imaginez, clament-ils en chœur, c’est ainsi que vous approcherez de sa vérité la plus profonde. » Dont acte. Cécile s’extrait des limbes de l’oubli. Silhouette frêle, cheveux noirs relevés en chignon. Elle se hâte pour rejoindre son domicile rue Vilin. Le soir sur le mur de sa chambre, elle marque d’une croix chaque nouvelle journée passée loin de son garçon. Elle le rejoindra bientôt. Elle veut y croire. Se fait faire de faux papiers. Part seule avec sa petite valise puis rebrousse chemin. Olivia Elkaim met ses pas dans les siens, tremble avec elle, espère avec elle. Ses obsessions sont les siennes : la peur pour son fils, l’effroi face à l’antisémitisme qui gagne. En 2017 elle avait publié Je suis Jeanne Hébuterne. La Disparition des choses est une manière de Je suis Cécile Perec. Un roman bouleversant avec lequel la romancière accomplit la prouesse de faire revivre un fantôme pour écrire le livre que Georges Perec n’a jamais pu écrire.

La Disparition des choses, Olivia Elkaim, Stock, 2026.

La disparition des choses

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Rubiconds comme la joie

« Privilège rouge » : la formule du président d’Avocats sans frontières décrivant l’indulgence du système médiatico-politique pour l’extrême gauche entrera-t-elle au dictionnaire ?


Le privilège est devenu tellement rouge vif qu’il en est rubicond. Quelques exemples à destination de ceux qui feraient leurs sceptiques.

Lors d’un meeting à Toulouse le jeudi 22 janvier, le Grand Timonier des Insoumis s’est réjoui que les listes de son parti aux municipales aient « la capacité d’incarner la nouvelle France, celle du Grand Remplacement, celle de la génération qui remplace l’autre parce que c’est comme ça depuis la nuit des temps ».

Il n’est point nécessaire de rappeler à mes cultivés lecteurs que lorsque le pourtant très urbain Renaud Camus employa la même expression pour décrire un phénomène qui n’avait rien d’un complot mais tout d’une tragédie, il fut mis à l’index à vie. Mais pour le patron de l’extrême gauche (pardon, de la gauche radicale, comme on dit à France Inter), pas de quoi en faire un drame. Ça passe crème, pour parler comme dans les cafés. Pas une ligne, pas un mot de travers, ni dans Le Monde,ni dans Libé.

Si Mélenchon peut se lancer dans cette provocation lexicale sans aléas, c’est qu’il pense qu’il est minuit cinq et que l’immigration massive et invasive a gagné contre la vieille France rance.

A lire aussi, Gilles-William Goldnadel et Aude Weill-Raynal: Un jugement, quatre arrêts, cinq raisons de ne pas croire France 2

Déjà il y a peu, trois de ses lieutenants, en éclaireurs, avaient transgressé les normes imposées ordinairement en pratiquant racialisme et racisme impunément. Monsieur Delogu, avec sa finesse habituelle, avait souhaité la victoire d’un « racisé » à Saint-Denis, où dorment les rois de France – autrement dit la défaite d’un Blanc. Monsieur Bilongo, sans complexe excessif, avait considéré que les Africains étaient plus intelligents que les autres et se félicitait ouvertement de les voir faire plus d’enfants. Pour faire bonne mesure, il décréta que les gens du Nord étaient « sous-développés intellectuellement ». Quant à Madame Obono, elle observa qu’il y avait trop de Blancs à la Fête de l’Huma…

Certains mal embouchés crurent devoir remarquer que la direction de La France insoumise n’avait fait aucune observation aux députés précités. Pourquoi diable en aurait-elle fait puisqu’ils n’ont nullement été diabolisés pour leur propos qui auraient pourtant envoyé tous les autres en enfer ?

De la même manière, Radio Nova, propriété du milliardaire rouge Pigasse, là où est réfugié Monseigneur Meurice de la Maison ronde qui n’aime pas les nazis juifs sans gland, a pu tranquillement diffuser une blague dieudonnesque, explicitement à l’adresse des juifs : « Si vous voulez arrêter le stéréotype qui consiste à dire que vous contrôlez le cinéma, arrêtez de blacklister les humoristes qui prennent position pour la Palestine ! »

Peut-être que j’exagère. À la réflexion, il n’existe pas qu’un privilège rouge, il y a aussi un privilège vert. Regardez l’Algérie, qui n’a jamais expulsé autant de migrants sans ménagement vers le Niger, sans que Mélenchon y voie un grand méchant remplacement. Regardez donc aussi le pays du sultan Erdogan. Voilà un demi-siècle qu’il occupe en toute impunité une grande partie de l’île de Chypre. Je suis bien certain que peu de Français le savent et ce n’est ni Le Monde ni l’ONU qui les renseigneront. Monsieur Erdogan a recommandé à Allah l’âme de son ami Sinwar, saigneur du Hamas, sans être nullement admonesté. Et le voilà à présent qui donne la main au djihadiste syrien Al-Joulani pour massacrer le peuple kurde. Il y a des moments où je voudrais me faire ottoman.

Vol au-dessus d'un nid de cocus

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Yvonne au théâtre

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Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…


C’est vrai ; je le confesse. J’ai dû demander une autorisation spéciale à Hubert de Jenlis, maire d’Amiens, pour que nous puissions, la Sauvageonne et moi, venir accompagnés de notre jument Yvonne au théâtre. L’élu, avec beaucoup de courtoisie, a accepté, arguant qu’il n’y avait pas que les humains qui pouvaient se cultiver et de se divertir. On est en droit de le féliciter pour cette ouverture d’esprit. Je reste persuadé que Léon Deffontaines, candidat de la gauche non obtuse, en fera de même s’il est élu aux prochaines élections municipales1.

Propreté irréprochable

Au début, je dois reconnaître que ce ne fut pas très facile. Quelques spectateurs, mauvais coucheurs, protestèrent et nous dûmes essuyer quelques remarques désobligeantes : « Ses grandes jambes nous gênent ; on ne peut étaler les nôtres. » « Elle rit trop fort. » « Elle sent des aisselles ! » Ces derniers propos nous blessèrent tous les trois car Yvonne peut avoir des défauts comme tout le monde (caractère bien trempé comme sa maîtresse ; goûts littéraires très marqués qui la portent sur des auteurs anciens antérieurs à la naissance de l’automobile, etc.) mais elle est d’une propreté irréprochable. (Elle reste des heures dans la salle de bains – c’est une fille ! – au grand dam de la Sauvageonne qui piétine devant la porte en petite tenue.) Ainsi, il y a peu, nous sommes allés tous les trois voir deux spectacles à la Maison du théâtre : Danemark et Hervé Guibert.

Superamas

Le premier est l’œuvre du collectif européen Superamas qui présente ainsi la pièce : « Que savons-nous du Danemark si ce n’est qu’il est entièrement fabriqué en Lego et qu’il est peuplé pour moitié de Vikings, pour moitié de petites sirènes ? Qu’est-ce qu’Anne Hidalgo en retient en dehors des pistes cyclables ? Et Gabriel Attal, à part le salaire des enseignants ? Ou Éric Ciotti, en dehors du charme des camps de rétention pour étrangers ? Qu’en savons-nous vraiment ? Ikke meget, faktisk : pas grand-chose, en fait. Superamas a décidé de combler cette lacune. Au terme d’une enquête de terrain qui a conduit l’un de ses membres à s’intégrer dans le pays, le collectif artistique présente pour la première fois un spectacle qui éclairera enfin les raisons du « miracle danois ». Au-delà des idées préconçues, Danemark, un spectacle ethnographique sur le bonheur répondra à toutes les questions que nous nous posons sur ce pays mystérieux. Ainsi qu’à celles que nous ne nous posons pas. Le bonheur ne dépend pas uniquement de la responsabilité de chacun. C’est aussi — et peut-être avant tout — un choix de société. Skål ! » Voilà qui est dit.

A lire aussi: L’Histoire par le menu

« Hervé Guibert » du collectif d’Aubervilliers (c) Charles Leplomb

Le second, Hervé Guibert, d’après le roman A l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie (éd. Gallimard), du regretté écrivain éponyme, mort du Sida, était proposé par le Collectif Aubervilliers, dans une mise en scène d’Arnaud Vrech et de Franziska Baur. La pièce s’articule autour de l’entrée en maladie de Guibert et la mort de Muzil (Michel Foucault). « Il y a un enjeu de taille à « représenter » le sida aujourd’hui, du moins à chercher à le rendre compréhensible aux yeux de générations qui n’ont pas traversé sa prise de conscience, puis les rebondissements de sa prise en charge », concèdent les metteurs en scène.

Menace de fessées

Quelques jours plus tard, j’exigeais de la Sauvageonne et d’Yvonne qu’elles couchassent par écrit leurs impressions, leur ressenti après avoir vu ces deux créations dont, moi-même, je ne savais que penser. Afin d’arriver à mes fins, un peu brutal, je les menaçai d’une fessée si elles ne s’adonnaient point à ce devoir, à ce travail de critique dramatique. La Sauvageonne fut exemplaire. Quelques heures plus tard, elle me remit son travail : deux feuillets constellés d’une écriture serrée et adolescente. Elle y confiait qu’elle était sortie de Danemark « avec plus de questions que de certitudes. Et c’est précisément ce que j’ai aimé », précisait-elle. « Le spectacle ne cherche pas à rassurer, ni à divertir au sens classique, mais à interroger notre rapport au bonheur, loin des slogans et des classements. A travers l’exemple du Danemark, souvent présenté comme un modèle, la pièce opère une remise en cause subtile et intelligente de cette idée d’un bonheur mesurable, presque obligatoire. Peu à peu, le propos dépasse le cadre de nos propres sociétés et de nos propres attentes. » Elle se dit aussi touchée par cette forme hybride, entre conférence et théâtre, qui laisse de la place au doute et à la réflexion. Quant à Hervé Guibert, elle avoue qu’elle a vécu « une expérience profondément touchante » qui lui a permis de déceler « la fragilité du corps, l’urgence de vivre et cette étrange coexistence de douleur, de doute et de force intérieure. Les interprètes investissent chaque geste, chaque silence, avec une délicatesse qui ne sombre jamais dans le pathos (…). On ne sort pas indemne d’un tel spectacle : il invite à réfléchir sur notre propre vulnérabilité, sur la manière dont nous aimons, luttons, nous nous effondrons et nous nous relevons. Hervé Guibert ne se contente pas de montrer une maladie : il raconte l’humanité en lutte avec elle-même et c’est pour moi ce qui fait toute sa puissance. » Alors que je félicitais avec effusion la Sauvageonne et m’apprêtait à fesser Yvonne qui n’avait rien fichu, la lauréate s’interposa, telle une avocate, affirmant que l’équidé avait tout compris des deux pièces « mais différemment. Elle ne cherchait pas à analyser. Elle se moque des classements, des modèles et des injonctions au bonheur. Dans Danemark, elle sentait que le bonheur ne se mesure pas et ne se décrète pas. Pour elle, il n’est pas théorisable. Dans Hervé Guilbert, elle a reconnu le corps, la fragilité, le temps qui passe, le vivant qui résiste. Yvonne n’analyse pas la douleur : elle la reconnaît. Je pensais et je formulais ; Yvonne ressentait. Je parlais de philosophie et d’humanité ; elle évoquait surtout les silences trop longs et un cruel manque d’avoine. »

J’écoutais la Bête par l’intermédiaire de la Belle et me disais que je n’avais rien compris, qu’au final, c’était moi qui la méritais, cette sacrée fessée.

À l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie

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  1. Le communiste s’est depuis rangé derrière le candidat socialiste, après avoir renoncé à se présenter à l’élection municipale NDLR. ↩︎

De la Rafle à Marie Pervenche

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Ce dimanche, Monsieur Nostalgie laisse sa mémoire vagabonder du cinéma à la télévision, il tisse une toile de souvenirs où apparaissent des actrices trop tôt disparues, Christine Pascal et Valérie Quennessen et où les réalisateurs Michel Mitrani et Alain Cavalier font office d’intercesseurs…


La nostalgie n’est pas un bloc ordonné. Ni une ligne droite où les souvenirs seraient rangés à la parade, de part et d’autre d’une frontière factice. Le passé est une matière friable, il s’émiette au gré des songes. Il court-circuite la raison, il disjoncte même souvent. La nostalgie est méandre, déambulation qui saute du coq-à-l’âne, qui ne suit aucune règle précise, ni aucun précepte universitaire.

Promenade dans les rues de Bordeaux avec Jean Chalosse

L’homme qui se souvient n’étiquette pas et ne met pas en fiches ses réminiscences, il accepte leur désordre et s’en amuse. Il n’a pas vocation à instruire, il se promène seulement, fait des rapprochements, relie des événements distincts sur le papier, ose des parallèles entre des genres contraires, toute cette mécanique intellectuelle répond peut-être à une organisation complexe. Les choses, les vies, les sentiments s’entrecroiseraient dans une autre dimension inconnue. Ce premier dimanche des vacances dites d’hiver pour la zone B, je serai votre entremetteur dans ces zones bizarres où des femmes et des hommes disparus, sans qu’ils se concertent, ont dans un assemblage peu cohérent en apparence construit mon imaginaire. Voulez-vous m’accompagner dans cette quête qui ressemble au jeu Marabout bout de ficelle ?

A lire aussi, du même auteur: Je voudrais tant que tu sois là

Comme toute quête, un livre est à l’origine de ce déclic. Il a ouvert les vannes. Il a été publié en 1976. Mes lecteurs les plus fidèles et indulgents savent que je tiens Vie et mort de Jean Chalosse de Roger Boussinot (1921-2001) pour une œuvre majeure, un point de passage entre l’ancien et le nouveau monde ; ce moutonnier des Landes, seul, miséreux et nimbé d’une forme de droiture, échoué sur le trottoir de Bordeaux, raconte l’abandon, l’errance, la transparence des vies de peu. Régulièrement, je relis le premier chapitre, le plus réussi, car Boussinot nous prend à témoin, il s’attarde sur les passants qui marchent près de la Faculté de Médecine et voient cette masse vêtue de bric et de broc, calfeutrée sous des couches « immondes », dans l’inconfort et l’exclusion, cette gêne salit nos propres pensées. Jean Chalosse est déjà en voie de fossilisation dans l’espace urbain. Cette violence sociale, inacceptable, commune de nos jours, nous interroge tous. Ce moutonnier, dans sa déchéance digne, en sécession, intrigue par son absence d’écart, il ne provoque pas, il ne divague pas, il semble absorbé par son passé. Prisonnier de ses paysages. Il est d’ailleurs. Les enfants s’en méfient par réflexe, se détournent et cependant, sont attirés par l’onde lointaine qu’il dégage, comme s’il venait d’une autre planète, un homme perdu, héritier d’une paysannerie et de rites dont même la nature a oublié le passage. Chalosse est le témoin des grandes bascules agraires, on l’apprendra au cours du récit.

Quand la télé donnait le goût de la littérature

Ce roman inactuel a été porté à la télévision en 1980 par Gérard Vergez (1935-2021) dont le grain de la pellicule, une brume grisaille, est remarquable. Quand on pense à Boussinot, on le relie inévitablement à Michel Mitrani (1930-1996), réalisateur de l’âge d’or du petit écran, il a notamment adapté Beckett, Sartre, Duras, Mauriac, Gracq, Simenon et Racine au grand étonnement de la ménagère d’aujourd’hui.

A lire aussi: Tant qu’il y aura des films

Jadis, le service public avait des velléités d’ouverture et d’élévation du travailleur. On lui donnait le goût de la littérature sans le prendre pour un ignare, ni une victime. En 1974, Mitrani avait tourné « Les Guichets du Louvre » d’après le roman de Boussinot sur un scénario signé Albert Cossery, le plus francophile des Egyptiens de la rue de Seine. Il faut lire les Conversations entre Albert et Mitrani publiées par Joëlle Losfeld. L’histoire se déroule durant la Rafle du Vel d’Hiv. Le héros tente d’arracher Christine Pascal (1953-1996) à son funeste destin. Christine et ses yeux lavés de tristesse, Christine et ses mains gracieuses, Christine et son intelligence du chaos, Christine et la méticulosité de son discours sont des stèles du cinéma français. Chez elle, les mots avaient le fracas délicat des êtres en suspension. Ce même Mitrani se trouva acteur dans « Le Plein de Super » d’Alain Cavalier en 1976. Un rôle modeste qui lui fit partager l’affiche avec Valérie Quennessen (1957-1989) morte dans un accident de la route sur l’A13. Cette belle comédienne très prometteuse incarna la Princesse Yasmina dans « Conan le Barbare » avec Arnold Schwarzenegger. Dans ce film, figure également Xavier Saint-Macary (1948-1988), excellent dans la drôlerie et l’intime, aussi irrésistible dans Le Cavaleur que dans Les Hommes préfèrent les grosses. Et inamovible mari de Marie Pervenche. La nostalgie court, elle est inarrêtable. Elle déroule son long ruban et nous fait voyager des Landes à l’Occupation, d’Hollywood à Danièle Évenou.

Vie et mort de Jean Chalosse moutonnier des Landes

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Conversation avec Albert Cossery

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Primaire à droite: l’urgence absolue

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Bruno Retailleau annonce être candidat à l'élection présidentielle de 2027, Paris © ISA HARSIN/SIPA

Cette tribune plaide pour l’organisation d’une vaste primaire avant l’été 2026, pour laisser au candidat désigné le temps de construire sa légitimité, d’élargir son socle, et de se présenter au pays non comme le survivant d’une guerre civile de droite, mais comme son représentant légitime, choisi par les Français.


Regardons en face ce que cinq ans de hollandisme et dix ans de macronisme auront produit. Un État obèse qui se mêle de tout mais ne résout rien, une dette abyssale de 3200 milliards €, une école publique sinistrée, une insécurité chronique, une industrie en décrochage accéléré, une immigration de peuplement hors de contrôle, et le constat — partagé par une majorité de Français — que le pays s’enfonce dans le déclin. Le macronisme s’est vendu comme une révolution libérale. Il ne s’agissait que d’une énième nuance du social-étatisme, qui s’achève avec un grave déni de démocratie : le verrouillage systématique des institutions par des personnalités de gauche.

L’état catastrophique de la France nécessite une politique enfin courageuse et radicale. Pas un ajustement à la marge. Pas quelques coupes symboliques dans un budget hors de contrôle. Un choc de bon sens : Baisser les impôts sur le travail et la production. Alléger radicalement la charge réglementaire qui étouffe les entreprises et les artisans. Tailler à la tronçonneuse dans une dépense publique qui représente désormais 57 % du PIB — le record de l’OCDE. Redonner à l’école ses fondamentaux : l’exigence, la transmission, la discipline. Rétablir l’autorité de l’État dans les territoires perdus de la République. Investir dans les technologies du futur. Ce programme existe. Il est cohérent. Il est majoritaire dans le pays réel. Il n’attend qu’un candidat pour le porter avec clarté et courage.

Le RN : du socialisme sous emballage patriote

Voici où réside la première des impostures que la droite doit nommer sans ambages. Le Rassemblement national n’est pas un parti de droite au sens économique du terme. Son programme est structurellement socialiste. Protectionnisme tous azimuts, maintien de la retraite à 60 ans pour certaines catégories, indexation généralisée des salaires, méfiance viscérale envers l’entreprise et la concurrence. Derrière les drapeaux bleu-blanc-rouge et les discours sur l’identité, le logiciel économique du RN est celui de la gauche, celui-là même qui plombe l’économie française depuis des décennies.

A lire aussi: Le lynchage de Quentin et la peur du retour de la violence en politique

Un président RN appliquant son programme ne produirait pas le redressement que la France attend : il produirait une accélération du déclin. Davantage de dépenses publiques, davantage de protections corporatistes, davantage de méfiance à l’égard des investisseurs étrangers, davantage de repli. Les marchés le sanctionneraient immédiatement : les taux d’intérêt sur la dette française s’envoleraient, le coût du crédit exploserait, et les quelques marges de manœuvre budgétaires encore disponibles disparaîtraient dans les premiers mois du quinquennat. L’électeur qui vote RN pour en finir avec le déclin obtiendrait exactement l’inverse de ce qu’il espérait.

Victoire RN : le troisième tour dans la rue

Il est un autre danger que l’on tait trop souvent : celui du lendemain d’une victoire RN. Une fraction significative de la gauche radicale (LFI en tête) a clairement indiqué qu’elle ne reconnaîtrait pas la légitimité d’un tel résultat. Ce n’est pas une hypothèse, c’est une déclaration d’intention réitérée. Jean-Luc Mélenchon l’a dit et répété : la rue serait convoquée. Les blocages commenceraient. Le pays entrerait dans une crise de gouvernabilité pire que celle que nous connaissons.

La France des gilets jaunes, des blocages de ronds-points, des violences de 2023 a déjà montré à quel point un pays fracturé peut se paralyser lui-même. Imaginez cette fracture portée à son paroxysme : une extrême gauche radicalisée qui organise un « troisième tour social », des manifs permanentes qui dégénèrent, des institutions soumises à une pression sans précédent. Le risque du chaos est bien réel. Ceux qui pensent qu’une victoire RN serait un choc salutaire et que l’ordre s’imposerait de lui-même font preuve d’une légèreté irresponsable face à la réalité de la gauche radicale française : l’une des plus violentes et des plus organisées d’Europe, comme la tragédie de Lyon vient de la rappeler.

La multiplication des candidatures : un suicide collectif annoncé

Seul un président issu de la droite républicaine, avec une majorité à l’Assemblée, semble en mesure de mener à bien un projet radical et libéral de redressement du pays. Les candidats sont nombreux à prétendre en être capable. David Lisnard, Laurent Wauquiez, Bruno Retailleau, Edouard Philippe… Demain d’autres encore. Chacun respectable. Chacun porteur d’une vision, de la droite de la droite à la gauche de la droite. Et chacun, s’il se présente seul contre les autres, contribuant mécaniquement à diviser un électorat qui ne peut se permettre de l’être. Dans un quadripartisme serré, 18% suffisent à se qualifier au second tour. Mais cinq candidats à 9% chacun ne font pas un finaliste : ils font cinq vaincus. La seule solution rationnelle, démocratique, et efficace est connue : une primaire ouverte, organisée tôt, avec des règles claires. Et il ne fait guère de doute que le plus à droite et le plus libéral la gagnera (je place une pièce sur David Lisnard), tant les Français sont plus lucides qu’on ne l’imagine sur le président dont ils ont besoin.

La primaire : le projet avant l’homme

Une primaire bien organisée n’est pas une faiblesse mais une démonstration de maturité démocratique. Ce serait l’occasion, pour des millions de Français de droite et du centre, d’entendre enfin la vision des uns et des autres, et de trancher en connaissance de cause. Quelles solutions pour libérer notre économie du carcan étatiste ? Comment délivrer l’école, la justice, l’audiovisuel public et la culture subventionnée de l’idéologie ? Comment rétablir l’autorité de l’État ? Comment réarmer la France dans un monde redevenu dangereux ?

A lire aussi: Marine et Jordan: de la candidate à la star…

La primaire doit être ouverte large — de l’UDI à Horizons, des souverainistes libéraux aux conservateurs réformistes — avec un seul critère d’entrée : adhérer à l’idée que la France a besoin d’un choc de liberté, pas d’un choc de dépense supplémentaire. Elle doit être organisée avant l’été 2026, pour laisser au candidat désigné le temps de construire sa légitimité, d’élargir son socle, et de se présenter au pays non comme le survivant d’une guerre civile de droite, mais comme son représentant légitime, choisi par les Français.

Les enjeux de 2027 sont simples à formuler, et vertigineux à mesurer. D’un côté, une gauche islamogauchiste qui, au pouvoir, enfoncera la France dans la spirale dépensière tout en alimentant les divisions identitaires. De l’autre, un RN dont le programme économique ne diffère de la gauche que par le drapeau qu’on agite dessus — et dont la victoire plongerait le pays dans une crise sociale et institutionnelle majeure. Entre ces deux impasses, la victoire en 2027 est possible pour une candidature de droite unique, lucide sur l’état de la France, et courageuse sur les politiques à mener pour redresser le pays.

Affaire Al-Durah: mais où est passé le colonel Picquart?

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Dégradation d'Alfred Dreyfus, dégradation dans la Cour Morland de l'École militaire à Paris, une du supplément illustré du Petit Journal. 1895. DR.

Cette contribution s’étonne de l’écart entre le courage du colonel Picquart (1854-1914) dans l’Affaire Dreyfus et l’absence totale de remise en question actuelle autour de l’affaire Al-Durah. Aucun responsable politique n’a osé jusqu’à aujourd’hui contester publiquement la version médiatique officielle, sans doute par crainte de l’ostracisme.


Robert Badinter rappelait parfois que quelques mois avant les élections qui allaient conduire à la victoire le Front populaire, Léon Blum, loin de se limiter à la campagne qui s’annonçait, prit le temps de rédiger ce qui est devenu un classique : Souvenirs sur l’Affaire. L’homme d’Etat notait en effet qu’avec le temps, l’affaire Dreyfus, qui avait déchiré la France cinquante ans auparavant, s’estompait et que le nom même de Dreyfus semblait oublié.

En réalité, on se souvient encore de son nom, et un peu plus. Mais qui sait encore ce que la manifestation de la vérité dut à un homme, le colonel Picquart ? Chef du bureau des statistiques – le service de renseignement – c’est lui qui, découvrant le télégramme déchiré d’Esterhazy qui accuse le capitaine Dreyfus, subodore un problème, y travaille, et après quelques péripéties, dénonce la supercherie : c’est le fameux petit bleu.

Imagine-t-on ce qu’il fallut de courage insensé pour un militaire, gradé, très bien noté et promis à de hautes fonctions, pour risquer de tout perdre juste par respect de la vérité ?

Se souvient-on qu’il fut d’abord muté en Tunisie puis sanctionné par sa hiérarchie de près d’un an de prison et réformé d’office ?

C’est à cette histoire que la lecture du dossier sur l’affaire Al-Durah m’a ramené.

A lire aussi: Un jugement, quatre arrêts, cinq raisons de ne pas croire France 2

Car le petit bleu répondait aux attentes du public nourri d’une certaine idéologie, antisémite et nationaliste, comme les images de France 2 répondent à un l’antisémitisme innervé par une sorte de « progressisme ».

L’absence de réaction dans les grands médias à ce dossier étayé m’a plus que surpris. Comme à ce jour, l’absence de protestation de la part des personnes, morales ou physiques, clairement visées. Et je ne parle même pas de réaction judiciaire…

Sans être « spécialiste » de cette affaire, il n’est pas difficile de se rendre compte qu’il y a un doute plus que sérieux sur la version officielle ; l’arrêt de la Cour de cassation ne tranche en rien le litige, fondé qu’il est sur un élément procédural inopposable à la vérité des faits. Et le refus de la justice de verser au débat les « rushs » qui suffiraient à accréditer la thèse de France 2 ouvre la voie à toutes les hypothèses alternatives. Et d’autres pourraient en dire bien plus, et l’ont d’ailleurs fait dans le dossier.

Mais quel courage faudrait-il aujourd’hui à un politique, à un journaliste, à un historien même de simplement poser la question : ce reportage sur la mort de l’enfant est-il possiblement un « fake » ? Qui dans la galaxie médiatique aurait le front de s’aliéner son environnement bien-pensant pour a minima poser la question ? Et puisqu’alors, nous aurions affaire au « fake le plus antisémite de notre génération » pour reprendre les termes du dossier de Causeur, cela ne jette-t-il pas un regard cru sur la partialité du service public ?

Ce courage, le colonel Picquart l’a eu. Il risquait bien plus qu’une mise au ban symbolique. Il a payé un prix certain, mutation, suspension, prison. Mais quelques décennies plus tard, il devint ministre de la Guerre sous Clemenceau.

Il n’est pas interdit de penser qu’il le doit aussi à une forme de détachement des honneurs, et d’humour devant les hochets de la République, dont témoigne la lettre jointe.

Quel journaliste ou politique se soucie suffisamment de la vérité et aurait assez de courage pour poser la question de la véracité de ce reportage ?

Souvenirs sur l'Affaire

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Le lynchage de Quentin et la peur du retour de la violence en politique

Paris, hier © Arnaud Cesar Vilette/SIPA

Les manifestants de la droite nationale étaient réunis hier après-midi place de la Sorbonne pour rendre hommage à Quentin Deranque, militant identitaire de 23 ans, mort à Lyon samedi après son lynchage en marge d’une conférence de l’eurodéputée lfiste Rima Hassan. Les ministres de l’Intérieur et de la Justice pointent les responsabilités de l’extrême gauche dans le drame, et tous les regards se tournent particulièrement vers le groupe antifa La Jeune Garde. Dissous en juin 2025, le groupe assure avoir cessé ses activités, et être dans l’attente de la décision du Conseil d’Etat suite à un recours. Jacques-Elie Favrot, suspecté par les militants nationalistes d’avoir participé au lynchage, collaborateur parlementaire du député LFI Raphaël Arnault, clame son innocence et déclare être à son tour menacé de mort.


Près de deux mille personnes étaient rassemblées place de la Sorbonne, en ce dimanche pluvieux, pour rendre hommage à Quentin. La foule, dense mais disciplinée, se tenait sous une forêt de parapluies. Les visages étaient graves, l’émotion contenue, mêlée de colère et de cette tristesse froide qui accompagne les deuils politiques.

La conscience d’entrer dans une période dure

Au premier rang, quelques figures bien connues, comme Marion Maréchal (Identités Libertés) et Hanane Mansouri (UDR). Pierre-Romain Thionnet prendra la parole en sa qualité de chef du Rassemblement national de la jeunesse, ainsi qu’Hilaire Bouyé, de Génération Zemmour. Édouard Bina, de la Cocarde étudiante, en appelle au courage des troupes et rappelle les paroles du chant contre-révolutionnaire Les fantassins du Lyonnais / La Ligue Noire : « Quand on meurt pour la patrie, n’a-t-on pas assez vécu ? » « Si l’on commence à avoir peur de l’adversité dans les universités, alors on a perdu », nous assure-t-il.

Le RN Pierre-Romain Thionnet.

Dans la foule, l’émotion se mêle à la colère : les slogans « LFI assassin » et « Jeune Garde, Arnault assassins » sont repris par un chœur de poitrines viriles. La jeunesse, nombreuse dans ce rassemblement au cœur de Paris, lui confère une énergie particulière. Mais flotte aussi la conscience d’entrer dans une séquence plus dure.

Les personnes que nous avons interrogées confirment la crainte d’un retour de la violence politique. « L’État faillit à protéger les Français », déclare le député Julien Limongi. Son collègue, le député et ancien magistrat Mathias Renault, évoque quant à lui la sécurité collective : « Il y a 10 000 militants d’ultragauche repérés, et parmi eux 3 000 fichés S. Il existe une organisation, la Jeune Garde, que l’on peut suspecter d’être la reconstitution d’une association dissoute, Génération antifasciste. »

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Plusieurs affaires ont déjà fait craindre un retour du terrorisme d’ultragauche : l’attaque de voies ferroviaires à la veille de l’ouverture des Jeux olympiques, ou encore les attaques coordonnées contre des prisons, accompagnées de slogans politiques durant l’été 2025. La menace terroriste d’extrême gauche serait-elle devenue plus dangereuse, alors que les autorités françaises concentraient leur attention sur la menace islamiste ? La question se pose. Certes, le Bataclan a fait des centaines de morts, tandis que le meurtre de Quentin n’a emporté qu’une seule vie. Mais Édouard Bina propose une analogie frappante : « Les accidents de voiture sont plus nombreux que les accidents d’avion, mais moins impressionnants. » La récurrence des violences liées à la mouvance antifa inquiète. On peut redouter l’émergence d’une violence politique intérieure, moins spectaculaire mais plus diffuse, qui n’aurait pas besoin d’être téléguidée depuis l’étranger.

Le jeune homme, converti au catholicisme, avait, dit-on, emmené sa famille dans la foi. Le responsable des jeunes du parti de Marion Maréchal invite l’assemblée à réciter un Je vous salue Marie. Ainsi Quentin est-il confié à l’éternité.

Le spectre des années de plomb

Parmi les orateurs, un intervenant italien, venu de Turin avec ses camarades, prend la parole. Et l’affaire Quentin replonge l’assistance dans une histoire transalpine relativement méconnue en France. En 1975, en Italie, au paroxysme des années de plomb, militants nationalistes du MSI et membres des Brigades rouges s’affrontent dans un climat quasi insurrectionnel. Sergio Ramelli, lycéen milanais de 18 ans, est lynché à l’entrée de son domicile par des militants d’extrême gauche. Il meurt après un mois de coma. La droite italienne en a fait un martyr de sa cause, honoré par des cérémonies régulières depuis un demi-siècle. Depuis l’arrivée au pouvoir de Giorgia Meloni, ces commémorations ont pris un caractère plus officiel : dépôts de gerbes, présence de membres du gouvernement, discours sur la réconciliation nationale autour d’une figure issue de la droite dure.

Trente années de laxisme face à l’extrême gauche

« L’extrême gauche passe à l’intimidation physique, puisqu’elle a perdu le monopole de l’intimidation morale », analyse Jean-Yves Le Gallou. Nous lui demandons s’il ne s’agit pas plutôt des derniers coups de griffe de la bête traquée, à la veille de la victoire du camp national… Il répond sans détour : « Votre hypothèse est très optimiste. » Alerte sur les méthodes et coups bas de ses adversaires, l’ancien bras droit de Bruno Mégret redoute le pire : « Si le candidat du RN se trouve face à Jean-Luc Mélenchon au second tour, il faut s’attendre à une série de violences terribles, à des bourrages d’urnes. Il faudra être prêt. » Depuis son accession à la présidence du RN, Marine Le Pen a rompu avec les franges les plus radicales — un luxe que LFI ne s’offre pas à l’autre extrémité de l’échiquier politique.

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Jean-Yves Le Gallou

« Personne ne devrait mourir pour un événement politique », bredouillait Éric Coquerel sur France Info cette semaine. Personne ne le conteste. Et pourtant, cela est arrivé.

La mort de Quentin referme peut-être la parenthèse de plusieurs décennies relativement pacifiées — du moins en dehors des attentats inspirés ou organisés depuis l’étranger. Les attaques islamistes de Toulouse en 2012, celles contre Charlie Hebdo ou le Bataclan en 2015, avaient déjà marqué une rupture et sorti les Français de leur torpeur post-tragique. Le 13 février nous ramène lui plutôt dans une ambiance de guerre civile, plus proche de l’Espagne des années 30 que des guerres de religion. Certains y voient l’aboutissement d’une tolérance prolongée à l’égard de mouvements d’ultragauche, présents depuis les années 1990, notamment dans certains milieux universitaires ou dans des zones de contestation comme Notre-Dame-des-Landes. Dans de nombreuses librairies, des ouvrages politiques radicaux, publiés par des maisons d’édition comme La Fabrique, occupent une place visible. Faudra-t-il, pour refermer cette parenthèse, renouer avec l’esprit des lois de 1893 et 1894, adoptées pour réprimer le mouvement anarchiste — fermeture de journaux, dissolution d’organisations, restriction de la propagande ?

Humour incendiaire

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DR.

Charlie tout feu, tout flamme


Charlie Hebdo est accusé de mettre de l’huile sur le feu. Pour illustrer le drame du Constellation à Crans-Montana, incendie où 40 vies se sont éteintes, le dessinateur Salch s’est inspiré de la bande à Jean-Claude Dusse pour mettre à l’affiche : « Les brûlés font du ski ». Ce qui a provoqué sur les réseaux sociaux une avalanche de commentaires incendiaires et le dépôt, non pas d’une gerbe de fleurs, mais d’une plainte, par un avocat suisse, qui estime que la caricature dépasse les limites admissibles de la satire. Et un autre dessin, plus grinçant encore, a suivi : « La Rédaction de Charlie décimée par deux arbalétriers », qui évoque le 7 janvier 2015.

Un retour de flammes pour Charlie Hebdo qui est né sur les cendres encore chaudes d’un sinistre historique… Le 1er novembre 1970 dans l’Isère, l’incendie du 5-7 faisait 146 morts. Le 5-7 était ce qu’on appelait un « dancing », ou plus couramment un « bal », où les amoureux se rencontraient, comme dans Le Petit Bal perdu que chantait Bourvil. Le 9 novembre suivant, dans sa propriété de Colombey-les-Deux-Églises, le général de Gaulle passait l’arme à gauche. Le journal Hara-Kiri, du regretté professeur Choron, en référence au drame du bal du 5-7, titrait alors : « Bal tragique à Colombey : un mort ». On doute que cette insolence ait fait se retourner feu le général dans sa tombe, mais le ministre de l’Intérieur de l’époque faisait interdire la vente de l’hebdo aux moins de 18 ans… le privant ainsi du plus gros de son lectorat. Le journal bête et méchant se jouait de la censure en changeant de titre, en devenant… Charlie-Hebdo

Maintenant, l’humour noir pratiqué par Charlie fait rire jaune certains pisse-vinaigre qui estiment indigne d’exploiter le malheur des autres, mais ne s’émeuvent pas de voir la même souffrance exploitée à la une au prétexte de compassion. Charlie a déjà prouvé, que même endeuillé, il ne mettait jamais son humour en berne. Le 5 novembre 1983, son dessinateur, l’inoubliable Reiser, âgé de 42 ans, succombait à un cancer. Charlie lui dédiait alors un numéro spécial avec à la une un dessin montrant un cercueil avec des baskets, ainsi légendé : « Reiser va mieux, il est allé au cimetière à pied ! »

La transparence salariale, encore une «norme»?

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Sophie de Menthon © IBO/SIPA

La directive 2023/970 du 10 mai 2023 de l’Union européenne impose « la transparence » des salaires, il s’agit en outre de réduire l’écart moyen des salaires dans une entreprise à moins de 5% pour le même poste. La France a jusqu’au 7 juin 2026 pour la transposer. Il ne devrait pas en être question ! 


C’est non seulement la liberté de diriger son entreprise qui est atteinte mais avec elle la confidentialité des ressources des salariés. De surcroît c’est psychologiquement néfaste, car la suspicion et la jalousie vont être difficiles à gérer y compris par le département des ressources humaines lorsqu’il existe (ne parlons pas des PME). N’oublions pas qu’en France règne souvent un égalitarisme revendiqué et agressif. L’entrepreneur doit pourtant avoir le droit et même le devoir de récompenser à travers leurs salaires ceux qu’il estime travailler plus et mieux. Si les entreprises sont soupçonnées d’écarts volontaires et discriminatoires de salaires, des sanctions sont déjà prévues… 

Aigreur et transparence

Les chefs d’entreprise craignent donc que l’aigreur et la baisse de motivation soient au rendez-vous de cette nouvelle transparence exigée, créant un mauvais climat ; libre aux salariés de comparer leurs salaires entre eux s’ils le souhaitent.

Par ailleurs, les critères du montant des salaires estimés par les dirigeants sont difficilement transcriptibles sur un index chiffré. Les rémunérations consistent à être justes et compréhensibles par ceux qui en bénéficient et dans les équipes, l’égalitarisme ne doit pas être un objectif. Les différences de salaires, qui heureusement existent, s’expliquent par différents éléments : des expériences différentes au cours des précédents postes (cette directive interdit par ailleurs de demander l’ancien salaire pendant le recrutement, quelle méfiance !), la revalorisation par exemple du niveau d’un diplôme au cours des années, une meilleure négociation à l’embauche par le salarié, une plus grande implication, de certains la disponibilité pour faire des heures supplémentaires, et bien sûr la bonne santé financière de l’entreprise, etc. 

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Et le talent ? il ne faut plus le rémunérer ?

Tant que la fonction publique ne publiera pas les salaires de ses employés (rémunérés par le contribuable), pourquoi les entreprises privées devraient-elles le faire ? 

Il se trouve aussi qu’il existe des conventions collectives dans chaque secteur d’activité (qui sont peu respectées), et elles sont parfois plus favorables que d’autres (citons par exemple celles de l’assurance ou de la banque) : personne ne s’en offusque. 

Climat glacial à venir !

Cette question de la transparence des salaires est aussi particulièrement dangereuse dans un pays où l’on n’aime pas l’argent et où on l’affirme avec force, les syndicats les premiers, qui sont dans un état d’esprit en la matière proche du communisme. Transparence qui pourrait engendrer une menace relationnelle dans le climat de l’entreprise car seraient visés et ostracisés les mieux payés. Nous pourrions constater aussi la baisse de la cote de popularité des supérieurs hiérarchiques censés décider du salaire !

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Et que dire des primes forcément injustes si pas généralisées ? puisque la prime « patron » dite « prime Macron » est devenue le mode de rémunération préféré des salariés et des RH puisque défiscalisées, elles bénéficient au pouvoir d’achat en évitant le surcoût des cotisations sur les salaires (les plus élevées du monde).

Nous sommes décidément très mal à l’aise vis-à-vis de l’enrichissement ou de l’argent tout simplement, surtout lorsqu’il s’agit de récompenser l’effort, le mérite, le dépassement de soi… alors n’en rajoutons pas. Une curiosité malsaine et revendicatrice existe déjà dans certains services sans cette directive de transparence salariale. Rappelons aussi que chaque contribuable peut, selon la loi française, consulter les avis d’imposition des habitants de son département…

Décidément, la méritocratie et la rémunération, quelle qu’elle soit, n’ont pas bonne presse. Nous sommes encore sous le coup d’une jalousie source d’une lutte des classes révolutionnaire qui s’est déplacée vers l’entreprise. Le concept franco-français des « signes extérieurs de richesses » fait encore le bonheur des esprits chagrins… 

Bruno Retailleau, enfin!

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Bry sur Marne, 6 novembre 2025 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Philippe Bilger se réjouit de l’annonce de l’ancien ministre de l’Intérieur de se présenter à la présidence de la République.


Ce n’est pas au moment où Bruno Retailleau a annoncé sa candidature à l’élection présidentielle de 2027 que je vais me priver d’écrire un billet sur cette excellente nouvelle, tant attendue. Je n’ai d’ailleurs pas aimé la manière dont cette information a été accueillie, comme si elle allait de soi et qu’elle ne constituait pas un événement.

Elu par 74% des adhérents LR en mai 2025

Pourtant, il me semble que Bruno Retailleau, pour se décider avec l’enthousiasme et l’énergie qu’une telle initiative impose, a dû obtenir l’assentiment familial et cesser d’invoquer « son devoir » comme si se présenter était une corvée.

En revanche, il est beaucoup plus audible et compréhensible lorsqu’il déclare « qu’il ne veut pas être président de la République par obsession du pouvoir mais par sens du devoir ». Il a pris conscience que les militants de LR n’espéraient qu’avoir l’opportunité de lui renouveler leur confiance après son élection triomphale à la tête du parti. Ce qui aurait dû faire de lui, tout de suite et sans l’ombre d’une discussion, le candidat naturel pour 2027, si Bruno Retailleau, par une sorte de pudeur politique, n’avait pas été effrayé par son succès même et par l’étendue du pouvoir qui en résultait.

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Il me paraît donc essentiel, maintenant que cette annonce fondamentale a été faite, que Bruno Retailleau fasse valider et confirmer par eux tous sa légitimité à être le candidat de la droite pour 2027 et l’absolue justesse de son ambition.

Il ne se laissera plus entraver dans sa résolution par Laurent Wauquiez, dont certains propos laissent augurer, comme d’habitude, plus d’acidité à son encontre que de soutien ; mais il faudra balayer tout cela par le recours à une démocratie interne dont les décisions devront être respectées à la lettre.

Mon amicale fidélité politique à Bruno Retailleau tient, au-delà de ce que les promesses, les engagements et les projets ont parfois de conjoncturel au regard d’une réalité mouvante, à un double constat.

D’abord, il s’agit d’un homme qui n’a jamais flotté au gré des vents mauvais ou opportunistes : l’ensemble de son parcours, avant d’être sénateur puis ministre et président de parti, montre une constance dans ses choix et ses orientations fondamentales, une vision de la personne, de la société et du monde qui a toujours été conforme à ce que je nommerais un humanisme d’autorité et de courage.

Le second constat tient au caractère toujours irréprochable de son éthique personnelle et politique. La droite ne pourra plus être, avec lui, relativiste et complaisante à l’égard des transgressions morales, au prétexte qu’elles ne relèveraient pas de défaillances intimes, conjugales ou familiales, mais qu’elles seraient liées à tout ce qui se rapporte à la vie d’un parti et à la conquête du pouvoir. On ne pourra plus se permettre d’être vertueux à mi-temps et de se féliciter d’être applaudi et célébré malgré des turpitudes alléguées et des condamnations édictées.

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Dans un entretien très fouillé que Bruno Retailleau a accordé au Figaro Magazine — sans doute par ironie médiatique, l’entretien suit un débat sur Donald Trump entre Éric Zemmour et Aquilino Morelle —, il énonce comme injonction centrale : « Je veux que la France se relève. »

Juges : une suggestion

En recommandant la lecture de ces échanges de haute volée, qui définissent un projet présidentiel clair, cohérent et novateur, je renvoie à la parfaite synthèse que la publication a donnée de cet entretien : « Les principaux axes de son projet : recours au référendum, réforme de la Constitution et des retraites, suppression des normes pénalisantes pour les entreprises et suppression du juge d’application des peines, état d’urgence pour les quartiers gangrenés… ».

Bruno Retailleau en fera ce qu’il voudra, mais j’ajouterais volontiers le juge des enfants à la volonté de faire disparaître le juge de l’application des peines. Ce n’est pas de la provocation : je suis prêt à soutenir que des magistrats qui participent davantage d’un désarmement pénal que d’une rigueur nécessaire devraient être exclus du processus judiciaire ordinaire. Ils affaiblissent plus qu’ils ne renforcent.

Puisque j’ai évoqué Donald Trump, je ne risquerais pas une comparaison détaillée entre celui-ci et Bruno Retailleau. L’un est caractériel, erratique et imprévisible ; l’autre, équilibré, cohérent et stable. Mais si le président américain est perçu aussi comme un homme d’action qui tient ses engagements, je ne doute pas que Bruno Retailleau, sur ce plan du caractère et du volontarisme, lui ressemblera en effet. Dire « Bruno Retailleau, enfin ! » n’est pas un mot vain, ni un titre superficiel. Mais l’expression d’une espérance incarnée.

MeTooMuch ?

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Ma mère, ce fantôme

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Olivia Elkaim © Hannah Assouline

La romancière Olivia Elkaim fait revivre Cécile Peretz, la mère de Georges Perec, assassinée à Auschwitz. La Disparition des choses, ou le livre que son fils n’a jamais pu écrire.


« Rien, jamais, ne sépare une mère de son enfant. » Et pourtant. Un matin froid de l’automne 1941 une femme accompagne son petit garçon de 5 ans gare de Lyon, où un convoi de la Croix-Rouge va l’emmener jusqu’à Grenoble. Ce petit garçon, c’est Georges Perec. Sa mère Cécile Peretz, dite Perec. La scène est déchirante. L’auteur des Choses qui obtient le Renaudot en 1965 la raconte dans W ou le Souvenir d’enfance. À partir de là, écrit-il, « je fus précipité dans le vide. Tous les fils furent rompus ; je tombai seul et sans soutien ». Ce que le petit garçon ne sait pas, en ce matin de l’automne 1941, c’est qu’il ne reverra jamais sa mère. Cécile sera internée au camp de Drancy deux ans plus tard puis déportée à Auschwitz. Elle y mourra. Orphelin de père depuis 1940, l’enfant est ensuite confié à sa tante. Plus tard il écrira : « Quand mon père est mort, j’étais trop petit pour m’en rendre compte. Quand ma mère est morte, je ne l’ai pas su. » Une double disparition inscrite au cœur de son œuvre tel un puits sans fond autour duquel Perec n’a eu de cesse de tourner. « Je n’ai pas de souvenirs d’elle mais j’écris pour que quelque chose d’elle demeure », confesse l’écrivain membre de l’Oulipo. Il y aura La Disparition, roman composé sans employer la lettre « e ». Et Les Revenentes,roman saturé, à l’inverse, de cette même lettre. Il y aura surtout la dédicace de W ou le Souvenir d’enfance : « Pour E ». Eux, c’est-à-dire son père André, sa mère Cécile et peut être le peuple juif. De Cécile Perec on ne sait rien. Ou presque. C’est autour de ce rien qu’Olivia Elkaim a composé son roman. Elle a lu et relu l’œuvre du fils dans l’espoir de glaner malgré tout quelques indices, a compulsé des archives, exhumé des photos, mené l’enquête auprès d’anciens amis de l’écrivain. Tous sont formels sur un point : Perec ne parlait jamais de sa mère. Loin d’être découragée par l’absence d’éléments, l’écrivaine choisit d’inventer, d’insuffler du romanesque là où il n’y a que du vide. Dans les moments de doute, les amis de l’écrivain sont là pour la soutenir : « Laissez-la advenir telle que vous l’imaginez, clament-ils en chœur, c’est ainsi que vous approcherez de sa vérité la plus profonde. » Dont acte. Cécile s’extrait des limbes de l’oubli. Silhouette frêle, cheveux noirs relevés en chignon. Elle se hâte pour rejoindre son domicile rue Vilin. Le soir sur le mur de sa chambre, elle marque d’une croix chaque nouvelle journée passée loin de son garçon. Elle le rejoindra bientôt. Elle veut y croire. Se fait faire de faux papiers. Part seule avec sa petite valise puis rebrousse chemin. Olivia Elkaim met ses pas dans les siens, tremble avec elle, espère avec elle. Ses obsessions sont les siennes : la peur pour son fils, l’effroi face à l’antisémitisme qui gagne. En 2017 elle avait publié Je suis Jeanne Hébuterne. La Disparition des choses est une manière de Je suis Cécile Perec. Un roman bouleversant avec lequel la romancière accomplit la prouesse de faire revivre un fantôme pour écrire le livre que Georges Perec n’a jamais pu écrire.

La Disparition des choses, Olivia Elkaim, Stock, 2026.

La disparition des choses

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Rubiconds comme la joie

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© Jacques Witt/SIPA

« Privilège rouge » : la formule du président d’Avocats sans frontières décrivant l’indulgence du système médiatico-politique pour l’extrême gauche entrera-t-elle au dictionnaire ?


Le privilège est devenu tellement rouge vif qu’il en est rubicond. Quelques exemples à destination de ceux qui feraient leurs sceptiques.

Lors d’un meeting à Toulouse le jeudi 22 janvier, le Grand Timonier des Insoumis s’est réjoui que les listes de son parti aux municipales aient « la capacité d’incarner la nouvelle France, celle du Grand Remplacement, celle de la génération qui remplace l’autre parce que c’est comme ça depuis la nuit des temps ».

Il n’est point nécessaire de rappeler à mes cultivés lecteurs que lorsque le pourtant très urbain Renaud Camus employa la même expression pour décrire un phénomène qui n’avait rien d’un complot mais tout d’une tragédie, il fut mis à l’index à vie. Mais pour le patron de l’extrême gauche (pardon, de la gauche radicale, comme on dit à France Inter), pas de quoi en faire un drame. Ça passe crème, pour parler comme dans les cafés. Pas une ligne, pas un mot de travers, ni dans Le Monde,ni dans Libé.

Si Mélenchon peut se lancer dans cette provocation lexicale sans aléas, c’est qu’il pense qu’il est minuit cinq et que l’immigration massive et invasive a gagné contre la vieille France rance.

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Déjà il y a peu, trois de ses lieutenants, en éclaireurs, avaient transgressé les normes imposées ordinairement en pratiquant racialisme et racisme impunément. Monsieur Delogu, avec sa finesse habituelle, avait souhaité la victoire d’un « racisé » à Saint-Denis, où dorment les rois de France – autrement dit la défaite d’un Blanc. Monsieur Bilongo, sans complexe excessif, avait considéré que les Africains étaient plus intelligents que les autres et se félicitait ouvertement de les voir faire plus d’enfants. Pour faire bonne mesure, il décréta que les gens du Nord étaient « sous-développés intellectuellement ». Quant à Madame Obono, elle observa qu’il y avait trop de Blancs à la Fête de l’Huma…

Certains mal embouchés crurent devoir remarquer que la direction de La France insoumise n’avait fait aucune observation aux députés précités. Pourquoi diable en aurait-elle fait puisqu’ils n’ont nullement été diabolisés pour leur propos qui auraient pourtant envoyé tous les autres en enfer ?

De la même manière, Radio Nova, propriété du milliardaire rouge Pigasse, là où est réfugié Monseigneur Meurice de la Maison ronde qui n’aime pas les nazis juifs sans gland, a pu tranquillement diffuser une blague dieudonnesque, explicitement à l’adresse des juifs : « Si vous voulez arrêter le stéréotype qui consiste à dire que vous contrôlez le cinéma, arrêtez de blacklister les humoristes qui prennent position pour la Palestine ! »

Peut-être que j’exagère. À la réflexion, il n’existe pas qu’un privilège rouge, il y a aussi un privilège vert. Regardez l’Algérie, qui n’a jamais expulsé autant de migrants sans ménagement vers le Niger, sans que Mélenchon y voie un grand méchant remplacement. Regardez donc aussi le pays du sultan Erdogan. Voilà un demi-siècle qu’il occupe en toute impunité une grande partie de l’île de Chypre. Je suis bien certain que peu de Français le savent et ce n’est ni Le Monde ni l’ONU qui les renseigneront. Monsieur Erdogan a recommandé à Allah l’âme de son ami Sinwar, saigneur du Hamas, sans être nullement admonesté. Et le voilà à présent qui donne la main au djihadiste syrien Al-Joulani pour massacrer le peuple kurde. Il y a des moments où je voudrais me faire ottoman.

Vol au-dessus d'un nid de cocus

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Yvonne au théâtre

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"Hervé Guibert" à la Maison du théâtre à Amiens © Ph. Lacoche

Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…


C’est vrai ; je le confesse. J’ai dû demander une autorisation spéciale à Hubert de Jenlis, maire d’Amiens, pour que nous puissions, la Sauvageonne et moi, venir accompagnés de notre jument Yvonne au théâtre. L’élu, avec beaucoup de courtoisie, a accepté, arguant qu’il n’y avait pas que les humains qui pouvaient se cultiver et de se divertir. On est en droit de le féliciter pour cette ouverture d’esprit. Je reste persuadé que Léon Deffontaines, candidat de la gauche non obtuse, en fera de même s’il est élu aux prochaines élections municipales1.

Propreté irréprochable

Au début, je dois reconnaître que ce ne fut pas très facile. Quelques spectateurs, mauvais coucheurs, protestèrent et nous dûmes essuyer quelques remarques désobligeantes : « Ses grandes jambes nous gênent ; on ne peut étaler les nôtres. » « Elle rit trop fort. » « Elle sent des aisselles ! » Ces derniers propos nous blessèrent tous les trois car Yvonne peut avoir des défauts comme tout le monde (caractère bien trempé comme sa maîtresse ; goûts littéraires très marqués qui la portent sur des auteurs anciens antérieurs à la naissance de l’automobile, etc.) mais elle est d’une propreté irréprochable. (Elle reste des heures dans la salle de bains – c’est une fille ! – au grand dam de la Sauvageonne qui piétine devant la porte en petite tenue.) Ainsi, il y a peu, nous sommes allés tous les trois voir deux spectacles à la Maison du théâtre : Danemark et Hervé Guibert.

Superamas

Le premier est l’œuvre du collectif européen Superamas qui présente ainsi la pièce : « Que savons-nous du Danemark si ce n’est qu’il est entièrement fabriqué en Lego et qu’il est peuplé pour moitié de Vikings, pour moitié de petites sirènes ? Qu’est-ce qu’Anne Hidalgo en retient en dehors des pistes cyclables ? Et Gabriel Attal, à part le salaire des enseignants ? Ou Éric Ciotti, en dehors du charme des camps de rétention pour étrangers ? Qu’en savons-nous vraiment ? Ikke meget, faktisk : pas grand-chose, en fait. Superamas a décidé de combler cette lacune. Au terme d’une enquête de terrain qui a conduit l’un de ses membres à s’intégrer dans le pays, le collectif artistique présente pour la première fois un spectacle qui éclairera enfin les raisons du « miracle danois ». Au-delà des idées préconçues, Danemark, un spectacle ethnographique sur le bonheur répondra à toutes les questions que nous nous posons sur ce pays mystérieux. Ainsi qu’à celles que nous ne nous posons pas. Le bonheur ne dépend pas uniquement de la responsabilité de chacun. C’est aussi — et peut-être avant tout — un choix de société. Skål ! » Voilà qui est dit.

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« Hervé Guibert » du collectif d’Aubervilliers (c) Charles Leplomb

Le second, Hervé Guibert, d’après le roman A l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie (éd. Gallimard), du regretté écrivain éponyme, mort du Sida, était proposé par le Collectif Aubervilliers, dans une mise en scène d’Arnaud Vrech et de Franziska Baur. La pièce s’articule autour de l’entrée en maladie de Guibert et la mort de Muzil (Michel Foucault). « Il y a un enjeu de taille à « représenter » le sida aujourd’hui, du moins à chercher à le rendre compréhensible aux yeux de générations qui n’ont pas traversé sa prise de conscience, puis les rebondissements de sa prise en charge », concèdent les metteurs en scène.

Menace de fessées

Quelques jours plus tard, j’exigeais de la Sauvageonne et d’Yvonne qu’elles couchassent par écrit leurs impressions, leur ressenti après avoir vu ces deux créations dont, moi-même, je ne savais que penser. Afin d’arriver à mes fins, un peu brutal, je les menaçai d’une fessée si elles ne s’adonnaient point à ce devoir, à ce travail de critique dramatique. La Sauvageonne fut exemplaire. Quelques heures plus tard, elle me remit son travail : deux feuillets constellés d’une écriture serrée et adolescente. Elle y confiait qu’elle était sortie de Danemark « avec plus de questions que de certitudes. Et c’est précisément ce que j’ai aimé », précisait-elle. « Le spectacle ne cherche pas à rassurer, ni à divertir au sens classique, mais à interroger notre rapport au bonheur, loin des slogans et des classements. A travers l’exemple du Danemark, souvent présenté comme un modèle, la pièce opère une remise en cause subtile et intelligente de cette idée d’un bonheur mesurable, presque obligatoire. Peu à peu, le propos dépasse le cadre de nos propres sociétés et de nos propres attentes. » Elle se dit aussi touchée par cette forme hybride, entre conférence et théâtre, qui laisse de la place au doute et à la réflexion. Quant à Hervé Guibert, elle avoue qu’elle a vécu « une expérience profondément touchante » qui lui a permis de déceler « la fragilité du corps, l’urgence de vivre et cette étrange coexistence de douleur, de doute et de force intérieure. Les interprètes investissent chaque geste, chaque silence, avec une délicatesse qui ne sombre jamais dans le pathos (…). On ne sort pas indemne d’un tel spectacle : il invite à réfléchir sur notre propre vulnérabilité, sur la manière dont nous aimons, luttons, nous nous effondrons et nous nous relevons. Hervé Guibert ne se contente pas de montrer une maladie : il raconte l’humanité en lutte avec elle-même et c’est pour moi ce qui fait toute sa puissance. » Alors que je félicitais avec effusion la Sauvageonne et m’apprêtait à fesser Yvonne qui n’avait rien fichu, la lauréate s’interposa, telle une avocate, affirmant que l’équidé avait tout compris des deux pièces « mais différemment. Elle ne cherchait pas à analyser. Elle se moque des classements, des modèles et des injonctions au bonheur. Dans Danemark, elle sentait que le bonheur ne se mesure pas et ne se décrète pas. Pour elle, il n’est pas théorisable. Dans Hervé Guilbert, elle a reconnu le corps, la fragilité, le temps qui passe, le vivant qui résiste. Yvonne n’analyse pas la douleur : elle la reconnaît. Je pensais et je formulais ; Yvonne ressentait. Je parlais de philosophie et d’humanité ; elle évoquait surtout les silences trop longs et un cruel manque d’avoine. »

J’écoutais la Bête par l’intermédiaire de la Belle et me disais que je n’avais rien compris, qu’au final, c’était moi qui la méritais, cette sacrée fessée.

À l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie

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  1. Le communiste s’est depuis rangé derrière le candidat socialiste, après avoir renoncé à se présenter à l’élection municipale NDLR. ↩︎

De la Rafle à Marie Pervenche

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"Les guichets du Louvre" de Michel Mitrani (1974). DR.

Ce dimanche, Monsieur Nostalgie laisse sa mémoire vagabonder du cinéma à la télévision, il tisse une toile de souvenirs où apparaissent des actrices trop tôt disparues, Christine Pascal et Valérie Quennessen et où les réalisateurs Michel Mitrani et Alain Cavalier font office d’intercesseurs…


La nostalgie n’est pas un bloc ordonné. Ni une ligne droite où les souvenirs seraient rangés à la parade, de part et d’autre d’une frontière factice. Le passé est une matière friable, il s’émiette au gré des songes. Il court-circuite la raison, il disjoncte même souvent. La nostalgie est méandre, déambulation qui saute du coq-à-l’âne, qui ne suit aucune règle précise, ni aucun précepte universitaire.

Promenade dans les rues de Bordeaux avec Jean Chalosse

L’homme qui se souvient n’étiquette pas et ne met pas en fiches ses réminiscences, il accepte leur désordre et s’en amuse. Il n’a pas vocation à instruire, il se promène seulement, fait des rapprochements, relie des événements distincts sur le papier, ose des parallèles entre des genres contraires, toute cette mécanique intellectuelle répond peut-être à une organisation complexe. Les choses, les vies, les sentiments s’entrecroiseraient dans une autre dimension inconnue. Ce premier dimanche des vacances dites d’hiver pour la zone B, je serai votre entremetteur dans ces zones bizarres où des femmes et des hommes disparus, sans qu’ils se concertent, ont dans un assemblage peu cohérent en apparence construit mon imaginaire. Voulez-vous m’accompagner dans cette quête qui ressemble au jeu Marabout bout de ficelle ?

A lire aussi, du même auteur: Je voudrais tant que tu sois là

Comme toute quête, un livre est à l’origine de ce déclic. Il a ouvert les vannes. Il a été publié en 1976. Mes lecteurs les plus fidèles et indulgents savent que je tiens Vie et mort de Jean Chalosse de Roger Boussinot (1921-2001) pour une œuvre majeure, un point de passage entre l’ancien et le nouveau monde ; ce moutonnier des Landes, seul, miséreux et nimbé d’une forme de droiture, échoué sur le trottoir de Bordeaux, raconte l’abandon, l’errance, la transparence des vies de peu. Régulièrement, je relis le premier chapitre, le plus réussi, car Boussinot nous prend à témoin, il s’attarde sur les passants qui marchent près de la Faculté de Médecine et voient cette masse vêtue de bric et de broc, calfeutrée sous des couches « immondes », dans l’inconfort et l’exclusion, cette gêne salit nos propres pensées. Jean Chalosse est déjà en voie de fossilisation dans l’espace urbain. Cette violence sociale, inacceptable, commune de nos jours, nous interroge tous. Ce moutonnier, dans sa déchéance digne, en sécession, intrigue par son absence d’écart, il ne provoque pas, il ne divague pas, il semble absorbé par son passé. Prisonnier de ses paysages. Il est d’ailleurs. Les enfants s’en méfient par réflexe, se détournent et cependant, sont attirés par l’onde lointaine qu’il dégage, comme s’il venait d’une autre planète, un homme perdu, héritier d’une paysannerie et de rites dont même la nature a oublié le passage. Chalosse est le témoin des grandes bascules agraires, on l’apprendra au cours du récit.

Quand la télé donnait le goût de la littérature

Ce roman inactuel a été porté à la télévision en 1980 par Gérard Vergez (1935-2021) dont le grain de la pellicule, une brume grisaille, est remarquable. Quand on pense à Boussinot, on le relie inévitablement à Michel Mitrani (1930-1996), réalisateur de l’âge d’or du petit écran, il a notamment adapté Beckett, Sartre, Duras, Mauriac, Gracq, Simenon et Racine au grand étonnement de la ménagère d’aujourd’hui.

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Jadis, le service public avait des velléités d’ouverture et d’élévation du travailleur. On lui donnait le goût de la littérature sans le prendre pour un ignare, ni une victime. En 1974, Mitrani avait tourné « Les Guichets du Louvre » d’après le roman de Boussinot sur un scénario signé Albert Cossery, le plus francophile des Egyptiens de la rue de Seine. Il faut lire les Conversations entre Albert et Mitrani publiées par Joëlle Losfeld. L’histoire se déroule durant la Rafle du Vel d’Hiv. Le héros tente d’arracher Christine Pascal (1953-1996) à son funeste destin. Christine et ses yeux lavés de tristesse, Christine et ses mains gracieuses, Christine et son intelligence du chaos, Christine et la méticulosité de son discours sont des stèles du cinéma français. Chez elle, les mots avaient le fracas délicat des êtres en suspension. Ce même Mitrani se trouva acteur dans « Le Plein de Super » d’Alain Cavalier en 1976. Un rôle modeste qui lui fit partager l’affiche avec Valérie Quennessen (1957-1989) morte dans un accident de la route sur l’A13. Cette belle comédienne très prometteuse incarna la Princesse Yasmina dans « Conan le Barbare » avec Arnold Schwarzenegger. Dans ce film, figure également Xavier Saint-Macary (1948-1988), excellent dans la drôlerie et l’intime, aussi irrésistible dans Le Cavaleur que dans Les Hommes préfèrent les grosses. Et inamovible mari de Marie Pervenche. La nostalgie court, elle est inarrêtable. Elle déroule son long ruban et nous fait voyager des Landes à l’Occupation, d’Hollywood à Danièle Évenou.

Vie et mort de Jean Chalosse moutonnier des Landes

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Conversation avec Albert Cossery

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