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L’ordre mondial: un open bar!

Les mauvaises manières de Donald Trump scandalisent les Européens. Il ne fait pourtant que perpétuer la vieille tradition américaine d’ingérences qui s’inscrit désormais dans une mondialisation des conflits. Les grandes puissances sont en concurrence sur tout et partout sur terre. Et le Vieux Continent peine à s’adapter à ce nouveau désordre du monde.


En Europe, les chancelleries et les plateaux de télé sont en proie à une crise de nostalgie. On y déplore la mort de cet « ordre international » qui aurait régi les relations internationales pendant des décennies. Et c’est Donald Trump qui l’aurait assassiné, pour imposer un nouvel ordre où la force prime le droit. Selon son proche conseiller Stephen Miller, nous vivons dans un monde « gouverné par la force ». Puisque les États-Unis sont une superpuissance, « sous le président Trump, nous allons nous comporter comme une superpuissance ». La nostalgie européenne est-elle justifiée ? Est-ce Trump qui, tout seul, a tué le vieil ordre ? L’a-t-il vraiment remplacé – comme l’assurent de très doctes commentateurs – par une doctrine des sphères d’influence, divisant le monde entre l’Amérique, la Chine et la Russie, et abandonnant l’Europe à son triste sort ?

De Monroe à Donroe

Nombre d’analystes affirment donc que Trump veut se focaliser sur l’hémisphère américain, autrement dit qu’il réactive la doctrine Monroe. En réalité, les États-Unis ont toujours traité les nations latino-américaines comme des inférieures. Selon la logique des puissances montantes, ils ont d’abord imposé leur hégémonie aux pays les plus proches et les plus fragiles, avant de projeter plus loin leur influence. Ils ont ainsi profité de la faiblesse du Mexique pour lui prendre le Texas et la Haute-Californie. À la fin du xixe siècle, après avoir annexé Hawaï et une partie de Samoa, ils ont exploité la faiblesse de l’Espagne pour lui prendre Porto Rico, Guam et les Philippines, et étendre un protectorat virtuel sur Cuba. Entre 1898 et 1933, la « guerre des Bananes » a vu les États-Unis faire des interventions militaires dans de nombreux pays – Cuba, Mexique, Panama, République dominicaine, Haïti, Nicaragua, Honduras – pour préserver leurs intérêts commerciaux.

Si leur implication dans les deux guerres mondiales assure leur statut de superpuissance, leur rôle de champion de la démocratie dans la guerre froide est le prétexte à de multiples ingérences dans d’autres pays. Après 1945, on peut compter une trentaine d’opérations – ouvertes ou clandestines, réussies ou non – pour fomenter des coups d’État, soutenir des rebelles ou renforcer des régimes dictatoriaux en Amérique latine, Asie, Afrique et Europe. De plus, leurs forces armées officielles ou officieuses interviennent à Cuba, au Brésil, au Cambodge, à Grenade, ou au Panama, sans parler des grandes campagnes au Vietnam, en Afghanistan et en Irak. Les Américains ne respectaient l’ordre mondial que selon leur bon vouloir.

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Les Européens se drapaient dans leur vertu, naïvement convaincus que toutes les nations finiraient par devenir des démocraties libérales. Cependant, ils ne faisaient pas trop de vagues, car l’Amérique assurait leur défense. Mais au fil des décennies, la notion d’un ordre international s’est réduite à une feuille de vigne couvrant à peine l’outrecuidance occidentale. Les pays en développement n’y ont vu que l’expression d’une hypocrisie intolérable. Les pays autoritaires comme la Russie ou la Chine n’y ont jamais cru. Ensemble, ces deux groupes ont pris le contrôle de l’ONU, ce symbole de l’ordre mondial, dont l’activité principale consiste aujourd’hui à condamner Israël. Signe d’un monde à l’envers, en 2025 l’Iran a été élu à la présidence de la section Asie-Pacifique du Conseil des droits de l’homme des Nations unies. C’est en toute cohérence que Trump a annoncé, le 7 janvier, que les États-Unis quitteraient 31 agences et commissions de l’ONU et qu’il a lancé son propre Conseil de la paix (avec un succès mitigé). Qui a piétiné l’idée d’ordre mondial ? Trump ? C’est plutôt George Bush en Irak, suivi de Poutine qui s’est emparé de la Crimée avant d’envahir l’Ukraine de manière éhontée sans perdre pour autant ses alliés chinois, iraniens et autres. C’est encore la Chine qui a fait main basse sur le Tibet et Hong Kong, tout en se présentant comme respectueuse de l’ordre international qu’elle s’emploie à saper de l’intérieur. Dans ce contexte, la doctrine « Donroe » signifie, non pas que la morale n’a plus aucune place dans ce monde, mais que l’ordre international est une fiction.

Pour autant, Trump ne va pas pour se replier sur son propre hémisphère. Car la faillite de l’ordre international s’accompagne d’une autre nouveauté : la mondialisation des conflits de pouvoir. Qu’il s’agisse d’accès aux ressources, de parts de marché, de leviers de pression politique, de droits de passage maritime, et même d’annexion territoriale, les grandes puissances sont en concurrence sur chaque kilomètre carré de la terre et de la mer, comme dans le monde souterrain, les fonds marins, l’air, l’espace et le cyberespace. Il n’existe plus de sphères régionales où se confiner.

Assurer ses arrières

En tant que superpuissance, l’Amérique de Trump doit projeter sa puissance partout. Dans la « Stratégie de défense nationale » récemment publiée par le Pentagone, l’Indopacifique est présenté comme ayant une importance stratégique et économique vitale pour les États-Unis. L’expansion des forces armées de la Chine représente un défi que l’Amérique doit contrer, non par l’« antagonisme », mais par la « puissance », autrement dit par la démonstration de sa supériorité en troupes et en armements, et sa capacité à frapper n’importe où dans le monde, comme en témoigne le bombardement des installations nucléaires iraniennes en juin 2025. Le résultat c’est que, sauf à se disperser, l’Amérique a besoin de ses alliés européens pour défendre leur propre arrière-cour et y contenir l’allié russe de la Chine. Ce « pivot » américain vers l’Indopacifique avait déjà commencé sous Obama qui croyait que le Vieux Continent pouvait et devait faire plus pour assurer sa propre défense. Beaucoup plus, selon Trump. Si les Européens assument leurs responsabilités – nous dit le Pentagone – les États-Unis, dans le cadre de l’OTAN, leur donneront toujours un coup de main. Israël est présenté comme un « allié modèle » qui, se montrant prêt à se battre, mérite tout le soutien des Américains. Le message est clair : aide-toi, et Trump t’aidera.

Loin de respecter les « sphères » des autres puissances, Trump étend son influence jusque dans leur arrière-cour. C’est ainsi que les États-Unis restent les défenseurs de Taïwan, avec qui un nouvel accord commercial vient d’être négocié. Dans la mer de Chine méridionale, Trump développe une alliance stratégique avec les Philippines. En Asie, il s’est rapproché du Pakistan, qui coopère avec lui sur le dossier du contre-terrorisme international, ainsi que sur sa politique au Moyen-Orient, et serait ouvert à des investissements américains pour exploiter ses ressources minérales critiques. Dans la lutte mondiale pour les ressources, Trump cherche à faire des deals avec les républiques d’Asie centrale, ainsi qu’avec l’Azerbaïdjan, suite à l’accord de paix avec l’Arménie. Pour l’exploitation des terres rares, il a signé un accord avec l’Australie et s’est rapproché du Brésil. Cette volonté d’omniprésence est logique : 2025 a été une année record pour les exportations chinoises et Pékin a investi une somme record dans sa « nouvelle route de la soie », ce vaste ensemble de projets d’infrastructures par lequel la Chine projette sa propre influence autour du monde.


Présence encombrante dans les sphères des autres, une superpuissance se doit d’être hégémonique dans son jardin. C’est ainsi que Trump perpétue et renouvelle la tradition américaine des ingérences en Amérique latine. Son action au Venezuela en est la démonstration fracassante. Il s’agit aussi de montrer que les États-Unis ont tiré les leçons de l’Irak et de l’Afghanistan. Plutôt que de sacrifier des sommes astronomiques et des vies humaines dans de vaines opérations de « regime change », ils se contentent désormais de changer le dirigeant pour changer le comportement du pays en question. Cela n’est pas sans risque, mais en décapitant le gouvernement chaviste, Trump s’offre la possibilité de vendre les stocks accumulés de pétrole vénézuélien et de contrôler l’accès futur aux plus grandes réserves du monde. Par son agressivité, il met la pression sur d’autres régimes hostiles de la région, en Colombie et à Cuba, et sur le Mexique qui, selon lui, doit faire plus pour combattre les cartels. Mais sécuriser son arrière-cour latino-américaine, c’est aussi y éradiquer l’influence de ses adversaires. La Russie et l’Iran sont privés d’un allié utile, tandis que la Chine pourrait perdre des sommes considérables investies au Venezuela ainsi qu’une source de pétrole couvrant 4 % de ses besoins. De plus, si Trump atteint son objectif en ramenant le prix du pétrole à 50 dollars le baril, afin de réduire le coût de la vie aux États-Unis, cela gênera sérieusement l’économie russe. Ses opérations contre les « pétroliers fantômes » au service de la Russie vont dans le même sens. D’ailleurs, les Européens l’imitent.

Le grand dôme du Grand Nord

Donald Trump a annoncé qu’il voulait acheter ou annexer le Groenland pour contrer les incursions possibles des Russes et des Chinois ; y construire une partie de son « Dôme d’or », ce système de défense antimissile ; et exploiter les ressources en uranium, cuivre et terres rares qui s’y trouvent. Les Européens se sont braqués, faisant enfin preuve de courage, ce qui n’est pas une mauvaise chose s’ils sont prêts à assurer leur propre sécurité. Ils se sont empressés aussi de lui expliquer que, selon l’accord États-Unis-Danemark de 1951, les États-Unis, qui possèdent déjà la base spatiale de Pituffik, pouvaient en installer d’autres. Quant aux ressources, difficiles à exploiter sous la glace, les projets chinois dans ce domaine sont au point mort et le gouvernement danois se montrerait plus souple avec son allié américain. Trump a finalement reculé, prétendant avoir trouvé le « cadre » d’un accord possible. Que cherchait-il vraiment ? Sans doute à avoir les coudées franches pour faire ce qu’il voulait dans le Grand Nord, sans être gêné par des règles environnementales.

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Le grand bienfait de cet épisode est d’avoir attiré l’attention générale des Occidentaux sur l’Arctique et les questions urgentes qu’elle soulève. Nous avons l’habitude de voir le monde à travers la projection cartographique de Mercator qui représente l’Amérique à gauche, l’Asie à droite, et l’Europe au centre. Vu d’un point au-dessus du pôle, le monde est très différent. L’Europe, la Russie, le Canada et les États-Unis, représentés par l’Alaska, sont beaucoup plus proches et leur rivalité plus exacerbée. En essayant d’annexer le Groenland, Trump, loin de se limiter à son hémisphère, a voulu l’étendre pour projeter sa puissance par-dessus cet autre hémisphère qu’est le cercle polaire. Il est indéniable que les Européens, occupés surtout à contrer les activités russes dans la mer Baltique, n’ont pas fait grand-chose au Groenland pour anticiper la lutte pour l’Arctique. Avec la fonte des glaces, des ressources deviennent plus exploitables, de nouvelles routes maritimes s’ouvrent, déjà exploitées par la Chine, et les Russes élargissent leur accès à la mer. D’où l’activisme frénétique de Trump qui, suivant un accord conclu par Biden en 2023, a essayé en 2025 de commander aux Finnois le plus possible de navires brise-glaces. Les Américains eux-mêmes ont tardé à agir autour de l’Alaska, alors que c’est dans la mer de Béring qu’ont eu lieu le plus d’opérations, conjointes et séparées, de vaisseaux chinois et russes, qui s’entraînent à naviguer dans cette région d’où ils pourraient dominer une partie du Pacifique.

Trump a-t-il laissé tomber tout idéal de démocratie ? Pas complètement. Il s’engage fermement pour Israël, le seul État démocratique au Moyen-Orient. Il voudrait aider les Iraniens dans leur rébellion contre le régime des mollahs (à l’heure où j’écris on ne sait pas encore ce qu’il va faire de l’« armada » envoyée dans le golfe Persique). Les Européens peuvent-ils en dire autant ? Même Zelensky dans son discours de Davos a dénoncé leur inaction. Dans la pièce de Shakespeare, le roi Lear, ce monarque déchu, a son bouffon qui, seul, ose lui dire dans quel état misérable il est tombé. Trump, ce trublion vulgaire selon beaucoup, est peut-être le fou dont les Européens ont besoin.

Le Carpentras de LFI

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Après le lynchage mortel du jeune Quentin par l’extrême gauche, les cornes du diable passent définitivement de la tête de Jean-Marie Le Pen à celle de Jean-Luc Mélenchon.


Après la mort de Quentin à Lyon, LFI est montrée du doigt par la droite et l’exécutif. La porte-parole du gouvernement Maud Bregeon dénonce sa responsabilité morale. Les Insoumis hurlent à la calomnie: « C’est nous qui sommes attaqués », pleurniche Mélenchon. Les sociologues habituels expliquent que la violence des antifas répond à celle de l’ultradroite. Sauf que Quentin n’a jamais agressé personne. D’ailleurs, dans le reste de la gauche et même dans les rangs insoumis, on sent une certaine gêne noyée dans les propos larmoyants sur le fait que personne ne mérite de mourir pour ses idées. Et même les porte-voix du camp du Bien (Patrick Cohen, Thomas Legrand, Jean-Michel Aphatie) ne repeignent pas le réel en rose.

La nouveauté, c’est que la violence politique a aujourd’hui des relais à l’Assemblée nationale. Il y a un continuum entre les éructations des insoumis, leur volonté assumée et claironnée de conflictualisation, leur antifascisme/antinazisme de bazar et le lynchage de Quentin. Contre les nazis, contre les fascistes, tout est permis, y compris le dix contre un. Pour ma part, je désapprouverais le lynchage d’un homme à terre même du pire des SS.

Après la profanation du cimetière juif de Carpentras, en 19901, toute la classe politique défilait contre antisémitisme et FN. Sauf que le FN n’avait rien à voir dans l’affaire. Cette fois, on ne verra pas de manifestation transpartisane contre la violence d’extrême-gauche.

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Certains veulent interdire le parti de Jean-Luc Mélenchon…  Pour moi, LFI est plus dangereux pour la France que le FN ne l’a jamais été. Ses méthodes cochent toutes les cases du fascisme : approbation de milices qui intimident et agressent les opposants, culte du chef, antisémitisme.

Les lfistes devraient être sanctionnés pour leurs propos incendiaires comme les autres, mais le Parquet est mou du genou dans leur cas (toutes les plaintes contre eux sont apparemment dans les limbes). Mais quoi qu’il en soit, on n’interdit pas une réalité sociale ni les mauvaises idées. Et on ne les envoie pas non plus à l’asile. On ne va pas ressortir pour LFI le cordon sanitaire ; il consistait hier à frapper le vote RN d’un interdit moral. A part faire monter LFI, cela ne servirait à rien.

A gauche, à part Raphaël Glucksmann que personne ne prend vraiment au sérieux, ou Jérôme Guedj, tous se soumettront aux insoumis. Pour Le Monde, le grand danger des municipales, ce ne sont pas les alliances avec LFI mais l’union des droites. Même le purgé Alexis Corbière appelle à une résurrection du Nouveau Front populaire pour la présidentielle. Et on peut toujours compter sur Olivier Faure pour vendre ses principes contre un siège. Face aux Insoumis, c’est aux Français, particulièrement de gauche, d’ériger un barrage politique – et non pas moral – en sanctionnant dans les urnes tous ceux qui s’allieront avec eux.


Cette chronique a été diffusée ce matin sur Sud radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale

  1. https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_de_la_profanation_du_cimeti%C3%A8re_juif_de_Carpentras ↩︎

Rima Hassan à Sciences-Po, Quentin, et la guerre morale

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Le parti de Jean-Luc Mélenchon, Mathilde Panot et Manuel Bompard a fait de l’antiracisme et de la question palestinienne une croisade ces dernières années. Il a soutenu la mouvance antifa. Dans cette polarisation, le meurtre de Quentin est une bascule, dont Charles Rojzman analyse ici l’anatomie.


Jeudi, à Sciences-Po Lyon, la députée européenne Rima Hassan prenait la parole. Le thème annoncé : Gaza, la Palestine, Israël. À l’extérieur, le collectif Némésis déployait une banderole de protestation. Deux récits face à face. Deux visions du monde. Deux France qui ne se parlent plus. Quelques heures plus tard, Quentin était lynché dans la rue. Samedi, Quentin était mort. Le procureur a retenu la qualification d’assassinat.

Bascule

Les faits sont distincts. Mais le climat est commun. Il serait confortable de refermer l’événement sur la figure d’un groupe, d’une violence politique isolée, d’une dérive de nervis d’extrême-gauche. Ce serait inquiétant certes. Ce serait faux. Car un acte surgit toujours dans une atmosphère. Et l’atmosphère politique française est aujourd’hui saturée.

Nous ne sommes plus dans un désaccord démocratique ordinaire. Nous sommes entrés dans une guerre morale. À Sciences-Po, Israël n’est plus abordé comme un État pris dans une tragédie historique complexe. Il est présenté comme l’incarnation d’un système : colonial, occidental, oppresseur. La Palestine devient la figure pure de la victime. L’Occident est décrit comme structurellement raciste. Le sionisme est réduit à une faute.

Ce n’est pas un accident rhétorique. C’est une architecture. La gauche radicale contemporaine ne se contente plus de proposer des réformes sociales. Elle redessine le champ politique en catégories morales absolues : dominants et dominés, racisés et privilégiés, antifascistes et fascistes. Dans ce découpage, l’opposition à l’immigration massive n’est plus une question politique. Elle devient une preuve morale. Défendre des frontières, évoquer la transmission culturelle, parler de continuité nationale : cela suffit. Raciste. Le mot tombe. Il ne pèse plus comme autrefois. Il frappe. Et c’est là que réside le cœur du basculement.

Quand l’adversaire politique devient une anomalie morale

Après 1945, accuser quelqu’un de racisme signifiait l’exclure du champ démocratique au nom d’un crime moral lié à une doctrine biologique hiérarchisant les hommes. Cette doctrine est morte scientifiquement. Les races, au sens hiérarchique, n’existent pas. Mais le mot, lui, est devenu stratégique. Il ne sert plus seulement à protéger la dignité humaine. Il sert à redistribuer la légitimité.

On transforme un désaccord en faute. La faute en indignité. L’indignité en disqualification. L’adversaire n’est plus un concurrent. Il devient une anomalie morale.

Si une partie du pays peut être décrite comme structurellement raciste, si ses inquiétudes peuvent être réduites à des pulsions xénophobes, si ses votes peuvent être interprétés comme la défense d’un privilège blanc, alors sa parole est suspecte par nature. Voilà le mécanisme. Et il n’est pas abstrait.

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Les chiffres électoraux le confirment : une majorité des électeurs français se déclarant musulmans qui votent choisissent aujourd’hui La France insoumise. En 2022, près de 69 % ont voté pour Jean-Luc Mélenchon au premier tour. En 2024, environ 62 % des votants musulmans ont soutenu la liste LFI aux européennes. L’abstention est forte, les parcours individuels multiples. Mais la dynamique est nette.

La gauche radicale a intégré la cause palestinienne au cœur de son identité politique. Elle a fait de la dénonciation de l’“islamophobie” un marqueur structurant. Elle a articulé immigration, colonialité et racisme structurel dans un même récit. La jeunesse universitaire radicalisée fournit la théorie. Une partie de l’électorat mobilisé fournit la force. À l’approche des prochaines échéances électorales, cette convergence n’est pas un hasard. Elle est stratégique. La polarisation mobilise. La radicalité soude. La dénonciation morale consolide.

Dans ce cadre, la soirée de Sciences-Po n’est pas un simple épisode. Elle est un symptôme. Lorsque la politique devient une lutte pour la pureté morale, lorsque l’adversaire est défini comme porteur d’un mal structurel, lorsque le langage public est saturé d’accusations existentielles, la tension cesse d’être ponctuelle. Elle devient permanente. L’assassinat de Quentin ne peut être compris hors de cette atmosphère. Non parce qu’un meeting provoquerait mécaniquement un crime. Mais parce qu’une société qui transforme ses désaccords en affrontements ontologiques crée un terrain inflammable.

La gauche contre le commun

Il ne s’agit pas seulement de distribuer des responsabilités pénales collectives.
Il s’agit de reconnaître une responsabilité politique du climat. Que produit une stratégie qui repose sur la disqualification morale systématique ? Que devient une démocratie où une partie du peuple est décrite comme suspecte par essence ? On peut gagner une élection par la polarisation. On peut conquérir un bloc par la dénonciation. Mais on affaiblit la possibilité même d’un espace commun.

La gauche radicale parle d’antifascisme, mais étend indéfiniment la définition du fascisme.
Elle parle d’antiracisme, mais transforme le mot en levier de conquête. Et lorsque la morale devient une arme, la politique cesse d’être un débat. Elle devient une croisade. Or les croisades n’engendrent pas la paix civile.

Nous sommes à la veille de nouvelles échéances électorales. Les récits se durcissent. Les camps se solidifient. Les mots brûlent plus vite que les faits. Une démocratie peut survivre aux conflits. Elle survit difficilement à la transformation permanente de ses adversaires en ennemis. Le fer rouge du mot “raciste” devait empêcher le retour de l’horreur. Il est devenu l’instrument d’une recomposition du pouvoir. Et lorsqu’un pays entre dans une guerre morale permanente, il découvre toujours trop tard que la morale, utilisée comme arme, laisse des cicatrices plus profondes que les slogans. C’est cela, le moment que nous traversons.

La société malade

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Relire Paris

Gilles Schlesser publie une précieuse anthologie : Les Flâneries littéraires de Paris, ou comment arpenter les rues de la capitale aux côtés des plus grands écrivains.


Flâner est un des plus beaux mots de la langue française. Et un art typiquement parisien. On peut se perdre avec volupté dans mille autres villes, mais jamais si bien qu’à Paris. C’est pourquoi notre littérature est peuplée de scènes de rue, d’errances sur les boulevards, de déambulations dans notre capitale. C’est également pourquoi Gilles Schlesser a eu l’idée de réunir ces morceaux choisis d’écrivains-flâneurs qui ont conté Paris.

Les chapitres divisés en arrondissement, on se promène de quartier en quartier, sous le patronage, entre bien d’autres, de Léon-Paul Fargue, Henri Calet, Patrick Modiano, Théophile Gautier ou Léon Daudet. Que l’on picore en dilettante ou que l’on scrute en spécialiste, le plaisir est au rendez-vous. Des propos mondains d’André de Fouquières sur Jean Lorrain, « trouble d’aspect, homme fardé aux paupières bleuies, aux mains chargées de camées, aux cravates et aux gilets extravagants » après un dîner dans le quartier de la Madeleine, jusqu’aux mots simples et tendres d’Eugène Dabit qui, pour se « remettre le cœur en place », fait un tour rue de Belleville, il y en a pour tout le monde. Adresses, souvenirs, vieilles maisons et échoppes oubliées renaissent page après page.

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Gilles Schlesser, déjà auteur d’un Grand Carnet d’adresses de la littérature à Paris, nous fait entendre sa voix, en marcheur et narrateur de cette histoire d’encre et de pas. À côté d’un Huysmans exalté, en aparté des mots merveilleux d’Alexandre Vialatte, il conseille et conduit vers des places, des cafés ; il se remémore aussi des anecdotes et retourne vers sa bibliothèque en quête d’une phrase égarée. Par exemple, celle de Nerval que je me répète toujours en descendant la rue Royale : « Arrivé sur la place de la Concorde, ma pensée était de me détruire. » On rêverait de démarrer un livre et finir une vie ainsi.

Notre petite Lutèce (huit fois plus menue que Berlin, quinze fois plus que Londres) nous donne la chance de sentir le poids d’un passé mémorable à chacune de ses artères – ou presque. André Salmon et Apollinaire pour leurs nuits de joie rue de la Gaîté « mangeant des frites, avalant des crêpes, suçant des glaces, gobant des huîtres ou bâfrant des moules, le tout arrosé de gaillac et piqué de petits marcs » ; Marcel Aymé ou Léo Malet que l’on s’amuse à croiser dans cette rue Jean-Pierre-Timbaud qu’ils ne reconnaîtraient sans doute plus aujourd’hui ; le Bœuf sur le Toit, le vrai, celui du 28, rue Boissy-d’Anglas, où l’on entend « ce bruit de vitres brisées que faisait la voix enchantante de Cocteau, qui résonnait par-dessus les tables ». Ce sont ces souvenirs charmants de tant d’esprits libres en liberté qui font peut-être encore venir certains jeunes provinciaux à Paris, et qui, plus tard, les empêchent même d’en partir.

Les Flâneries littéraires de Paris, Gilles Schlesser, Séguier, 2025.

Les Flâneries littéraires de Paris

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Une histoire de (la) pensée


Le livre s’intitule La profondeur du présent. Ce n’est pas un pavé de 300 pages. C’est un livre d’entretien entre le philosophe Rémi Brague, membre de l’Institut, et le journaliste Charle-Henri d’Andigné, qui, à travers les étapes de la pensée occidentale, brosse un tableau de la culture européenne. Encore un livre d’idées, dira-t-on ! Un de plus ! On aurait tort. Loin de toute idéologie et de toute nostalgie, de toute abstraction aussi, ce livre, fruit d’un regard savant et positif, se présente comme un vademecum qui remet en place nos idées.

L’identité excentrique européenne

Les questions posées sont attendues, mais formulées avec pertinence : sur l’héritage gréco-romain, la chrétienté, la religion et la civilisation islamiques, l’humanisme et la modernité, la « post modernité », « l’intellectuel ». Les réponses, concrètes et concises, sont faites à partir des lectures, des amitiés, des publications. Comme il est impossible de tout passer en revue, contentons-nous de quelques remarques. Et d’abord sur l’Europe. Rappelant les « nœuds borroméens » de la culture européenne que sont Athènes, Rome, Jérusalem, avec sa matrice chrétienne, l’auteur du best-seller, La Voie romaine, insiste sur l’« identité excentrique » de l’Europe, faite d’accueil intelligent à l’autre, celle-là même qui, reniée à notre époque, coupe notre continent de ses sources. Rappelant également le fondement intellectuel et spirituel de l’Europe face à un « modernisme » outrancier, Rémi Brague dit son attachement aux grands romanistes que furent Curtius, Auerbach, Hugo Friedrich. Et c’est avec honnêteté qu’il évoque les promesses, non tenues sans doute, mais non taries, des pères fondateurs.

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Tout ce qui concerne la religion est particulièrement précieux sous la plume d’un philosophe, familier du grec et de l’arabe, qui énonce des évidences, tout en distinguant religion et civilisation. Sur la violence supposée de toute religion, Rémi Brague rappelle que les violences de la Bible sont des « récits » fantasmés, non des faits réels, des « rêves rétrospectifs » de fidèles, projetés dans le passé pour éliminer les divinités régnantes. A une époque de syncrétisme à tout va, il est bon d’avoir en tête les différences structurantes entre les religions et faire litière de leur prétendue filiation par Abraham. Si les juifs et les chrétiens ont en commun l’alliance d’un Dieu avec son peuple, l’islam ne connaît pas l’Alliance. Et si on parle sans cesse d’islamophobie, on ne parle guère, dit Brague, de la tradition d’islamophilie qui a caractérisé les élites françaises au XVIII ème siècle et à la charnière du XIXème siècle et du XXème siècles. Et le philosophe rappelle aussi la polémique universitaire violente, pas si lointaine, qui toucha, au prétexte de lois mémorielles, l’historien Sylvain Gouguenheim, descendu en flammes pour avoir soutenu que, si l’héritage philosophique grec était passé par les Arabes, il était aussi passé par les monastères chrétiens. Quant au « vrai islam » que l’on distinguerait du faux islam, c’est une vraie question, dit Brague puisque, s’il est possible de dire ce qu’est l’islam, il est impossible de définir « ce que l’islam n’est pas ». Portes ouvertes, dira-t-on, que ces propos ? Pas si sûr, si on écoute les médias.

Piques aux confrères

Dans cette République des Lettres, le lecteur cultivé retrouvera les noms qui lui sont familiers et en découvrira bien d’autres. La plume, assurément, est érudite mais généreuse dans le partage précis de ses sources. Et soyons rassurés, il y a aussi, dans ce livre, quelques « corrections fraternelles » non dénuées de charme !

Désincarné, ce livre ? Penseur « modérément moderne » , pour reprendre le titre d’un de ses livres, conservateur mais non réactionnaire, pas flingueur pour deux sous (encore que…), Rémi Brague ne craint pas de faire quelques confidences sur ses origines et ses goûts : orphelin de père, marqué pour toujours par cette privation originelle, père de famille, catholique qui ne se renie pas, sentimental invétéré et même « d’un tempérament terriblement porté à la nostalgie », il aime les chansons et les derniers quatuors de Beethoven. Et, bien sûr, Tintin. Professoral, alors, ce livre ? Oui, et c’est tant mieux ! Rappeler, sur un ton apaisé, les grandes vérités de notre pensée, est une forme d’engagement. Le titre de l’avant-dernier chapitre, emprunté à Verlaine, laissera peut-être sur leur faim les esprits non avertis, mais reconnaissants envers le philosophe de parler de la « sainteté du sensible » chez Vermeer et de ne pouvoir lire Un cœur simple de Flaubert sans être ému aux larmes.

274 pages

J.G. Ballard ou l’annonce de notre effondrement

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L’écrivain d’anticipation britannique a vu venir et a su décrire avant tout le monde notre société éclatée.


Une tour de béton, des ascenseurs en panne, des voisins qui deviennent des ennemis. Ça ne vous rappelle rien ? Publié dans les années 1970, I.G.H. de J.G. Ballard (1930-2009) n’a rien d’un roman d’anticipation poussiéreux. C’est une autopsie froide et rageuse de nos sociétés contemporaines, de leur verticalité sociale, de leur peur du chaos et de leur foi aveugle dans l’ordre technique. En enfermant ses personnages dans un immeuble censé tout résoudre, Ballard révèle ce que nous refusons de voir : la fragilité extrême du vivre-ensemble et la violence prête à surgir dès que le vernis craque.

Le vivre-ensemble : une fiction confortable

Il y a dans I.G.H. quelque chose qui ne vieillit pas. Pas parce que le roman serait « visionnaire » au sens banal du terme, mais parce qu’il touche à ce point mou, obscène, refoulé : ce que nous sommes quand le vivre-ensemble cesse d’être une fiction confortable. Ballard n’écrit pas sur le futur. Il écrit sur ce qui attend déjà derrière la porte, dans le couloir, dans l’ascenseur bloqué.

Au départ, tout est propre. Trop propre. Une tour luxueuse, autonome, verticale, rationnelle, conçue pour abolir le dehors. Une machine à habiter, à consommer, à coexister sans heurts. Une promesse moderne : plus besoin de la ville, plus besoin des autres, tout est là. Le progrès empilé étage après étage. La paix sociale par l’architecture. Ballard décrit ce décor avec une neutralité clinique, presque publicitaire, comme si la langue elle-même avait été aseptisée par le béton et l’acier.

Et pourtant, très vite, quelque chose déraille. Pas une grande catastrophe. Non. Des détails. Des pannes. Des dysfonctionnements. Des micro-frustrations. Et c’est là que Ballard frappe juste : la société ne s’effondre jamais sous les grands récits, mais sous l’accumulation de petites humiliations. L’eau qui manque. L’ascenseur qui ne répond plus. Le voisin qui occupe « trop » l’espace. Dans le roman, ces incidents sont décrits comme des événements presque anodins, avant de devenir des déclencheurs de haine. « Les coupures de courant semblaient exciter les résidents plus qu’elles ne les inquiétaient », note Ballard, comme si le confort moderne contenait déjà le désir de sa propre destruction.

Ordre nouveau

La tour devient une carte mentale. Les étages supérieurs regardent vers le bas comme on regarde un territoire inférieur. Les étages inférieurs ruminent, envient, haïssent. On ne parle plus de classes sociales, on parle de zones, de territoires, de clans. Ballard se moque de la lutte des classes au sens traditionnel : ici, il n’y a pas de conscience politique, pas de projet, pas d’idéal. Il y a seulement la jouissance trouble de la domination et le plaisir de la revanche. Rien de noble. Rien d’héroïque. « Chaque étage développait sa propre identité », écrit-il, comme si la géographie suffisait à fabriquer une idéologie.

Et c’est précisément pour cela que I.G.H. est un roman profondément politique. La violence qui s’installe n’a rien de révolutionnaire. Elle est régressive. Infantile. Primitive. Les habitants de la tour ne cherchent pas à renverser un système : ils s’y abandonnent. Ils acceptent la brutalité comme une forme d’ordre nouveau, plus simple, plus instinctive. La loi disparaît, remplacée par l’habitude. La barbarie n’est même plus scandaleuse : elle devient décor. Ballard décrit cette dérive sans emphase, avec une langue sèche, presque plate, qui rend la violence encore plus insupportable.

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Ballard décrit alors quelque chose d’insupportable à admettre : la civilisation n’est pas un progrès moral, mais un vernis fonctionnel. Et ce vernis craque dès que la structure censée le garantir se retourne contre ceux qu’elle devait protéger. La tour, conçue pour canaliser les pulsions, finit par les libérer. Elle isole, elle uniformise, elle contrôle – et dans ce contrôle même, elle excite ce qu’elle prétend contenir. À mesure que le roman avance, la phrase ballardienne se fait plus froide encore, comme si la langue elle-même s’alignait sur la logique de l’immeuble, répétitive, circulaire, sans échappatoire.

Ce que les personnages perdent, ce n’est pas seulement la morale, mais le sens même du collectif. Les alliances se font et se défont. Les groupes éclatent. Le territoire lui-même cesse d’avoir une valeur stable. Chacun finit par se replier sur une solitude féroce, armée, paranoïaque. L’homme n’est plus un citoyen : il redevient une bête retranchée dans sa tanière verticale. L’une des scènes les plus glaçantes montre un personnage mangeant seul sur son balcon, indifférent au chaos alentour : image d’une humanité qui a cessé de se penser comme telle.

Comment ne pas voir notre monde dans ce miroir ?

Nos sociétés contemporaines se pensent unifiées, connectées, fluides. Mais elles sont traversées par les mêmes lignes de fracture invisibles. Nous vivons dans des tours symboliques : économiques, numériques, idéologiques. Nous croyons à l’intégration, à la normalisation, à la gestion rationnelle des conflits. Et pourtant, la peur d’une guerre civile – larvée, diffuse, éclatée – hante les discours, les imaginaires, les médias. Non pas une guerre frontale, mais une guerre de voisinage, de ressentiment, de défiance.

I.G.H. parle de notre angoisse fondamentale : celle de découvrir que le vivre-ensemble ne tient qu’à des conditions matérielles fragiles, et qu’une fois ces conditions altérées, il ne reste rien d’autre que la loi du plus adapté, du plus violent, du plus haut perché.
Ballard ne moralise jamais. Il observe. Il dissèque. Il pousse l’expérience jusqu’au bout. Et ce qu’il nous montre est glaçant : nous ne sommes pas trahis par la modernité, nous sommes révélés par elle. La tour ne corrompt pas ses habitants ; elle leur donne simplement l’occasion d’être ce qu’ils étaient déjà, en silence.

C’est pour cela que ce roman continue de brûler. Parce qu’il ne propose aucun refuge idéologique. Parce qu’il ne sauve personne. Parce qu’il nous regarde sans ciller et semble murmurer : voilà ce que vous êtes, dès que l’ordre cesse de vous tenir la main.
Relire I.G.H. aujourd’hui, ce n’est pas redécouvrir un classique : c’est reconnaître un paysage familier. La tour de Ballard n’est plus un symbole, c’est une forme généralisée – économique, sociale, mentale. Nous y habitons déjà. Et si le roman continue de déranger, ce n’est pas parce qu’il annonce l’effondrement, mais parce qu’il suggère autre chose, de plus insupportable encore : l’effondrement n’est pas devant nous, il est une possibilité intime, prête à s’activer dès que l’architecture du monde cesse de tenir.

Mort de Quentin: Erreur Système

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Notre chroniqueur revient sur le meurtre de Quentin, trop français pour le système, selon lui. Le procureur de la République de Lyon prendra la parole vers 15 heures. S’il s’avère que les meurtriers étaient bien membres de la Jeune Garde, le fameux groupe « antifa » dont Raphaël Arnault, député LFI du Vaucluse, est le cofondateur, le parti de Jean-Luc Mélenchon pourrait connaître une grave crise.


C’est reparti ! La perspective présidentielle attise les ambitions. Mais la valse des egos est surannée. Jeudi soir, sur TF1, c’est Bruno Retailleau (LR) qui a annoncé sa candidature, tandis que Quentin Deranque sombrait dans un coma mortel après son lynchage par des « antifas » à Lyon. « Je veux que la France se relève », explique aussi Retailleau dans le Figaro Magazine. Dans le même hebdomadaire, Éric Zemmour se présente comme « l’incarnation de cet immense mouvement en France » qu’est le réveil d’un peuple qui ne veut pas mourir. Mais sont-ce bien ces immodesties de sauveurs autodésignés qu’attendent les Français ? La prestation de Retailleau a fait partir 700.000 téléspectateurs, selon Le Parisien de samedi. Zemmour, que Sarah Knafo présente comme « l’homme de l’histoire », reste dans l’étiage des sondages.

Les craintes identitaires françaises délégitimées depuis trop longtemps

Rien de s’enclenchera tant que les oubliés ne seront pas appelés en renfort. Les «moi» et les «je» des prétendants, aussi brillants soient-ils, ne sont plus opérants. Les bernés ont suffisamment donné dans le registre de l’enflure. L’homme providentiel est une chimère. Il n’y aura pas de « moment gaullien » en 2027 car il n’y a plus de « Grands Hommes ». La Ve République offre un costume trop grand. D’ailleurs, Retailleau analyse cette situation quand il dit : « Je redonnerai au peuple le pouvoir de décider ». Cependant, promettre de « renverser la table » oblige à fédérer préalablement les colères françaises. Or la société éruptive, cette révolution conservatrice qui rebute la droite centriste et populophobe, reste laissée à elle-même. Avant d’entrer dans la course, le candidat devrait apprendre plus humblement à dire « nous ». La crise de la démocratie force à entendre le parti du peuple, ce « front populiste » appelé à co-écrire une histoire française avec des élites qui le suivent enfin.

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Une guerre civile est à conjurer. Elle est l’autre éléphant dans le salon, à côté de l’immigration invasive. A force de délégitimer les craintes identitaires des autochtones et de s’attendrir sur les minorités agressives, les partis conformistes, Emmanuel Macron en tête, ont fait des nationaux des cibles à abattre. La partie molle des Républicains demeure dans cette débandade, quand ses membres refusent l’union avec Éric Ciotti ou Marine Le Pen.

C’est pourri, c’est LFI ?

Quentin Deranque, 23 ans, a été tué parce qu’il protestait contre la mainmise de la gauche totalitaire sur l’enseignement supérieur. Il protégeait les jeunes femmes occidentales du mouvement Némésis, venues dénoncer la présence de Rima Hassan à Sciences-Po à l’aide d’une banderole : « Islamo-gauchistes hors de nos facs ». Outre une militante brutalisée, Quentin a été tabassé, à terre, par des nervis de la députée LFI, antisioniste et anti-France.

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La semaine dernière, c’est un djihadiste français, Brahim B., qui a été tué par la Garde Républicaine après s’en être pris, sous l’Arc de Triomphe, à des gendarmes qu’il voulait « flinguer ». Dans les deux cas, la terreur a des liens avec Jean-Luc Mélenchon et ses alliés de l’islam radical. La haine de la France française fédère les islamo-gauchistes, qui entendent faire pression sur les votes à venir. Aussi revient-il aux Français de se défendre, sans attendre le réveil des politiques. Pourquoi pas une manifestation de masse en souvenir de Quentin, tué pour avoir défendu son pays ?

RS

La révolution des oubliés

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Rubio à Munich: plus conciliant que Vance?

Selon Randy Yaloz, Republicans Overseas, l’intervention du Secrétaire d’Etat de Donald Trump, samedi, était une invitation au réalisme transatlantique.
La France doit saisir cette opportunité pour redéfinir un partenariat fondé non sur les habitudes du passé, mais sur les réalités du XXIᵉ siècle, estime-t-il.


Le discours du secrétaire d’État américain Marco Rubio à la Conférence de Munich sur la sécurité constitue un moment révélateur de l’évolution de la politique étrangère américaine sous la présidence de Donald Trump. Pour les dirigeants français et européens, il ne s’agit pas simplement d’une intervention diplomatique de plus, mais d’un signal stratégique sur la direction durable des relations transatlantiques. Ce discours n’était ni une rupture brutale ni un simple exercice de communication. Il s’inscrit dans une continuité idéologique avec les priorités du mouvement républicain actuel, tout en adoptant un ton plus conciliant que certaines déclarations précédentes. Rubio a insisté sur les racines communes entre l’Europe et les États-Unis, qualifiant l’Amérique « d’enfant de l’Europe », tout en maintenant des positions fermes sur l’immigration, le commerce et les institutions internationales.

Une doctrine plus réaliste et centrée sur l’intérêt national

Le message central de Rubio à Munich reflète une évolution vers une politique étrangère américaine plus réaliste et axée sur les intérêts nationaux. Selon plusieurs analyses, il a remis en cause l’idée que le libre-échange et l’ordre international libéral suffisent à garantir la paix et la prospérité. Cette vision marque une rupture avec les décennies d’internationalisme bipartisan qui ont caractérisé la politique américaine depuis la fin de la guerre froide. Rubio a également évoqué les effets négatifs de certaines politiques commerciales sur l’industrie américaine et a laissé entendre que les États-Unis pourraient agir de manière plus unilatérale si leurs intérêts fondamentaux étaient menacés.

Pour les Européens, cela confirme une tendance déjà perceptible : Washington continuera de privilégier ses priorités économiques et sécuritaires, même au prix de tensions avec ses alliés.

Un ton apaisant, mais des divergences persistantes

Si le fond du message est resté fidèle aux orientations de l’administration Trump, le ton adopté à Munich a été nettement plus conciliant. Plusieurs observateurs ont noté que Rubio cherchait à réparer une relation transatlantique fragilisée, notamment après des discours plus durs de responsables américains les années précédentes. Il a souligné que les États-Unis et l’Europe restent unis et a exprimé le souhait de renforcer la coopération, malgré les différends. Cependant, les réactions européennes ont montré une certaine méfiance. Des responsables de l’Union européenne ont rejeté les critiques américaines sur l’immigration et la prétendue « érosion civilisationnelle » du continent.

Cette dualité — ton amical, désaccords substantiels — caractérise désormais la relation transatlantique.

Un contexte de tensions structurelles

Le discours de Rubio s’inscrit dans un contexte où les relations entre les États-Unis et l’Europe ont été mises à l’épreuve par des désaccords sur le commerce, l’Ukraine, la défense et la souveraineté stratégique.

Depuis le début du second mandat de Donald Trump, Washington a adopté une approche plus transactionnelle envers ses alliés, notamment sur les dépenses de défense et les questions commerciales. Ces tensions ont poussé certains dirigeants européens à accélérer les discussions sur l’autonomie stratégique et le renforcement des capacités de défense européennes.

Ce que la France et l’Europe devraient comprendre

Pour la France et ses partenaires européens, quatre leçons principales se dégagent du discours de Munich. Premièrement, le changement américain est durable. La doctrine exposée par Rubio ne doit pas être perçue comme une parenthèse politique, mais comme l’expression d’un courant profond dans la société américaine. Une politique étrangère davantage centrée sur les intérêts nationaux, la souveraineté économique et la sécurité des frontières bénéficie d’un soutien électoral réel aux États-Unis. Deuxièmement, l’alliance transatlantique demeure, mais sous conditions. Rubio a clairement indiqué que Washington souhaite continuer à coopérer avec l’Europe. Cependant, cette coopération sera de plus en plus conditionnée à un partage des charges, à des politiques commerciales perçues comme équitables et à une convergence stratégique sur les grands enjeux. Troisièmement, l’Europe doit renforcer son autonomie sans rompre l’alliance. Le discours de Munich confirme que les Européens ne peuvent plus dépendre exclusivement du parapluie américain pour leur sécurité. Mais il ne justifie pas une rupture avec Washington. Au contraire, une Europe plus forte militairement et économiquement peut devenir un partenaire plus crédible et plus respecté aux yeux des États-Unis. Quatrièmement, la question iranienne reste un test stratégique majeur. Dans la vision républicaine actuelle, la stabilité du Moyen-Orient ne peut être assurée tant que le régime des mollahs à Téhéran poursuit une politique d’expansion régionale et de confrontation avec l’Occident. Une évolution interne de l’Iran, portée par une révolution du peuple iranien et l’émergence d’un gouvernement plus représentatif et moins idéologique, est perçue par de nombreux responsables américains comme un élément clé d’un nouvel équilibre régional. Dans cette optique, la politique étrangère de Donald Trump ne se limite pas à des accords ou à des sanctions ponctuelles, mais vise à créer les conditions d’un changement durable, qui bénéficierait non seulement aux Iraniens eux-mêmes, mais aussi à la sécurité de l’Europe et des États-Unis.

Une opportunité pour un nouveau réalisme transatlantique

Plutôt que d’interpréter le discours de Rubio comme une menace, la France et l’Europe devraient y voir une invitation à un nouveau réalisme transatlantique.

Les États-Unis n’abandonnent pas l’Europe, mais attendent d’elle qu’elle assume davantage de responsabilités et qu’elle prenne au sérieux les préoccupations américaines en matière d’immigration, de commerce et de sécurité. La relation transatlantique a toujours évolué avec les changements politiques de part et d’autre de l’Atlantique. Le discours de Munich montre que cette relation n’est pas terminée, mais qu’elle entre dans une phase plus pragmatique, plus exigeante et potentiellement plus équilibrée.

Pour la France, qui a toujours défendu à la fois l’indépendance stratégique et l’alliance occidentale, ce moment constitue une opportunité : celle de redéfinir un partenariat transatlantique fondé non sur les habitudes du passé, mais sur les réalités du XXIᵉ siècle.

Sénégal: quand un scandale criminel nourrit l’hystérie contre les minorités sexuelles

Une vaste affaire mêlant accusations de pédocriminalité, réseau sexuel organisé et transmission volontaire du VIH provoque la stupeur au Sénégal. Plus d’une dizaine de personnes ont été arrêtées à Dakar, soupçonnées d’avoir participé à un réseau pédocriminel présumé, orchestré par un septuagénaire français. Derrière ce scandale judiciaire, c’est aussi la question explosive du traitement des droits LGBT qui ressurgit, révélant les profondes fractures d’une société musulmane qui passe son temps à pointer la prétendue responsabilité de l’Occident…


C’est une affaire qui a fait les principales manchettes des quotidiens sénégalais. Tous oscillant entre consternation et horreur face à l’ampleur des révélations étalées dans la presse locale.

Le 7 février 2026, la gendarmerie de Keur Massar, département situé dans la presqu’île du Cap-Vert, à l’est de Dakar, a révélé avoir procédé à l’arrestation d’une douzaine de personnes, issues de toutes les tranches de la société civile, dont deux célébrités locales : l’animateur de télévision de l’émission Quartier Général sur la chaine TFM, Pape Cheikh Diallo, ainsi que le chanteur Djiby Dramé.

Elles sont toutes accusées par la justice sénégalaise « d’association de malfaiteurs, actes contre-nature, transmission volontaire du VIH sida par rapports sexuels non protégés et mise en danger de la vie d’autrui », traduisez : coupables de fornication entre personnes de même sexe.  Dans un communiqué rapidement publié sur ses réseaux sociaux, Stop Homophobie a exprimé ses inquiétudes après l’emprisonnement des incriminés, avant de dénoncer des arrestations jugées arbitraires et stigmatisantes, regrettant que les « relations sexuelles entre adultes consentant restent criminalisées » au Sénégal.

Une affaire internationale embarassante

Loin des cris d’orfraie de cette association bien connue, basée à Paris, la Division des investigations criminelles (Dic) a également arrêté 14 autres personnes. Toutes en lien supposé avec les premières interpellations dans ce qu’il est désormais convenu d’appeler « l’affaire Pierre R.», du nom de ce Français de 73 ans qui serait compromis dans ce dossier qui tient tout du sordide pour les commentateurs sénégalais. Présenté comme « un riche homosexuel », le quotidien Le Soleil affirme que ce Beauvaisien, ayant fait de fréquents séjours dans le pays, « aurait payé des Sénégalais pour contaminer d’autres homosexuels au VIH/Sida ». Désigné comme « la tête d’un réseau spécialisé dans la production des vidéos dans lesquelles des enfants étaient violés », comme le rapporte dans ses colonnes le Courrier Picard, ce serait plus de 150 enfants qui auraient été victimes de ce vaste système pédocriminel.

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Selon la Deutsche Welle, « de jeunes garçons auraient été transformés en objets sexuels, contraints d’avoir des rapports non protégés, filmés et monnayés avec des hommes pour la plupart séropositifs ». Qualifiée de « bombe sanitaire et judiciaire » par le quotidien L’Info, l’affaire révèle des faits d’une extrême gravité qui perdurent depuis 2017. Connu de la justice, « Babtou Peter », le surnom donné à Pierre R., a été interpellé en France l’année dernière et mis en examen « pour traite d’êtres humains, proxénétisme aggravé et viol sur mineur de 15 ans », rapporte Le Monde. C’est dans le cadre de cette enquête menée sur le territoire français que des liens avec le Sénégal ont été établis, conduisant la justice sénégalaise à mener ce qu’elle décrit comme un vaste « coup de filet » anti-pédophile.

Une affaire particulièrement sensible qui a ravivé des tensions profondes dans le pays de la Teranga, où la confusion entre pédophilie et homosexualité est régulièrement entretenue par certains médias locaux, prompts à vouer à la vindicte populaire tout Sénégalais suspecté d’être « inverti ».

Une loi répressive datant du régime de Vichy

Le Sénégal dispose en effet de l’une des législations les plus sévères d’Afrique de l’Ouest à l’égard de l’homosexualité. L’origine de ce cadre juridique remonte à 1942, lorsqu’une loi réprimant les relations sexuelles entre personnes de même sexe fut instaurée sous le régime de Vichy dans cette colonie française, soumise à l’influence de leaders religieux musulmans et dans un contexte marqué par un fort conservatisme moral parmi les colons.

Au moment des indépendances, les nouvelles autorités sénégalaises ne remettent pas en cause cette législation, qui sera au contraire maintenue puis progressivement renforcée au fil des décennies. En 1966, agrémentée d’une forte amende, elle punit d’un an à cinq ans d’emprisonnement tout Sénégalais ou étranger surpris en train de commettre un « acte impudique ou contre-nature avec une personne du même sexe ».  

Le sommet de l’État n’est pas en reste. En visite dans la ville de Guédiawaye, en pleine campagne en faveur de la révision constitutionnelle (2016), le président Macky Sall (2012-2024) profite de l’occasion pour rappeler ce qu’il pense de ceux qui appellent à une réforme du code de la famille : « Tant que je serais le président de la République, l’homosexualité ne sera jamais permise ici (…) car cela va à l’encontre des principes édictés par l’islam », déclare-t-il.

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Depuis, tout militant LGBT est pourchassé dans le pays, promptement embastillé et les arrestations sont souvent médiatisées par une presse à scandale qui raffole des ragots en tout genre sur ces sujets. Une homophobie accentuée par divers leaders religieux qui se sont constitués en un Front islamique pour la défense des valeurs éthiques. Ils réclament même que la peine de mort soit mise en place pour toutes personnes reconnue coupable d’homosexualité, refusant toute idée de dépénalisation.

Le paroxysme a été atteint en octobre 2023[1] : un homme décédé, soupçonné d’avoir été homosexuel de son vivant, est promptement exhumé et livré à la vindicte populaire qui décide de le brûler. L’événement provoque un émoi sans que pour autant la chasse aux gays ne cesse. Plus récemment, une proposition de loi a été soumise au vote visant à porter à près de quinze ans de prison les peines encourues par les militants homosexuels. Le texte prévoit également une série de dispositions introduisant de nouveaux délits, incluant notamment la bisexualité, la transidentité, ainsi que des infractions assimilées à la nécrophilie et à la zoophilie…

Le Sénégal dénonce en permanence un agenda occidental pro-« LGBTQI+ »

Selon le député Cheikh Abdou Bara Dolly Mbacké, à l’origine de cette réforme (qui exprime une tendance sur le sujet en augmentation dans toute l’Afrique noire), il s’agit d’une volonté de « lutter contre la perversion des mœurs de notre société, contre ces valeurs culturelles immorales importées de l’Occident »[2], régulièrement pointé du doigt en Afrique pour sa permissivité.

Preuve s’il en est, en janvier 2024, le Dakar Times n’avait pas hésité à mettre en une de son journal, la photo du Premier ministre Gabriel Attal, avec ce sous-titre : « Le lobby gay prend le pouvoir en France ». En mai suivant, alors en conférence conjointe avec Jean-Luc Mélenchon, le Premier ministre Ousmane Sonko avait averti solennellement les Occidentaux qu’il considérerait comme « un casus belli » toute tentative de pression de leur part sur les questions de genre[3]. Une déclaration qui avait eu le don d’agacer immédiatement le leader de La France Insoumise (LFI). En guise de réponse, au cours de l’échange, Jean-Luc Mélenchon avait fait part de sa divergence avec le chef du gouvernement sénégalais, le comparant aux « pires réactionnaires et [aux] pires racistes qui se sont opposés à cette disposition légale[4] » [en France -ndlr][5]

Tant et si bien que face à cette recrudescence d’homophobie, la patrie de l’académicien Léopold Sédar Senghor a été retirée récemment de la liste des pays « surs » en raison de leur orientation sexuelle par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra).

Pour un pays qui revendique sa stabilité démocratique et sa tradition de dialogue depuis 1960, cette affaire agit comme un révélateur des fractures entre modernité juridique, souveraineté culturelle et respect des libertés fondamentales. Alors que la justice sénégalaise doit encore établir les responsabilités pénales de chacun des protagonistes et apporter des preuves de leur implication éventuelle dans le réseau pédocriminel ou du caractère répréhensible des activités dans lesquelles ils se sont engagés sexuellement, le traitement médiatique et politique de l’affaire pose déjà une interrogation plus large : celle de la capacité du Sénégal à distinguer la répression légitime des crimes sexuels de la stigmatisation globale d’une partie de sa population, à respecter les droits de ses minorités sexuelles sans pour autant trahir ses traditions pluriculturelles. Un échec jusqu’à présent. 


[1] https://www.lemonde.fr/afrique/article/2023/10/31/au-senegal-l-exhumation-du-corps-d-un-homme-suppose-homosexuel-fait-polemique_6197561_3212.html

[2] https://www.lemonde.fr/afrique/article/2024/06/26/au-senegal-le-retour-d-un-projet-de-loi-pour-durcir-le-delit-d-homosexualite-et-contre-les-valeurs-immorales-de-l-occident_6243998_3212.html

[3] https://www.lefigaro.fr/international/senegal-le-premier-ministre-sonko-critique-les-droits-lgbt-contraires-a-nos-valeurs-en-presence-de-jean-luc-melenchon-20240518

[4] https://www.bfmtv.com/politique/la-france-insoumise/je-ne-suis-pas-d-accord-au-senegal-melenchon-defend-le-mariage-des-couples-de-meme-sexe_AV-202405170630.html

[5] propos énoncés durant l’interview avec Soncko

Primaire à droite: l’urgence absolue

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Cette tribune plaide pour l’organisation d’une vaste primaire avant l’été 2026, pour laisser au candidat désigné le temps de construire sa légitimité, d’élargir son socle, et de se présenter au pays non comme le survivant d’une guerre civile de droite, mais comme son représentant légitime, choisi par les Français.


Regardons en face ce que cinq ans de hollandisme et dix ans de macronisme auront produit. Un État obèse qui se mêle de tout mais ne résout rien, une dette abyssale de 3200 milliards €, une école publique sinistrée, une insécurité chronique, une industrie en décrochage accéléré, une immigration de peuplement hors de contrôle, et le constat — partagé par une majorité de Français — que le pays s’enfonce dans le déclin. Le macronisme s’est vendu comme une révolution libérale. Il ne s’agissait que d’une énième nuance du social-étatisme, qui s’achève avec un grave déni de démocratie : le verrouillage systématique des institutions par des personnalités de gauche.

L’état catastrophique de la France nécessite une politique enfin courageuse et radicale. Pas un ajustement à la marge. Pas quelques coupes symboliques dans un budget hors de contrôle. Un choc de bon sens : Baisser les impôts sur le travail et la production. Alléger radicalement la charge réglementaire qui étouffe les entreprises et les artisans. Tailler à la tronçonneuse dans une dépense publique qui représente désormais 57 % du PIB — le record de l’OCDE. Redonner à l’école ses fondamentaux : l’exigence, la transmission, la discipline. Rétablir l’autorité de l’État dans les territoires perdus de la République. Investir dans les technologies du futur. Ce programme existe. Il est cohérent. Il est majoritaire dans le pays réel. Il n’attend qu’un candidat pour le porter avec clarté et courage.

Le RN : du socialisme sous emballage patriote

Voici où réside la première des impostures que la droite doit nommer sans ambages. Le Rassemblement national n’est pas un parti de droite au sens économique du terme. Son programme est structurellement socialiste. Protectionnisme tous azimuts, maintien de la retraite à 60 ans pour certaines catégories, indexation généralisée des salaires, méfiance viscérale envers l’entreprise et la concurrence. Derrière les drapeaux bleu-blanc-rouge et les discours sur l’identité, le logiciel économique du RN est celui de la gauche, celui-là même qui plombe l’économie française depuis des décennies.

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Un président RN appliquant son programme ne produirait pas le redressement que la France attend : il produirait une accélération du déclin. Davantage de dépenses publiques, davantage de protections corporatistes, davantage de méfiance à l’égard des investisseurs étrangers, davantage de repli. Les marchés le sanctionneraient immédiatement : les taux d’intérêt sur la dette française s’envoleraient, le coût du crédit exploserait, et les quelques marges de manœuvre budgétaires encore disponibles disparaîtraient dans les premiers mois du quinquennat. L’électeur qui vote RN pour en finir avec le déclin obtiendrait exactement l’inverse de ce qu’il espérait.

Victoire RN : le troisième tour dans la rue

Il est un autre danger que l’on tait trop souvent : celui du lendemain d’une victoire RN. Une fraction significative de la gauche radicale (LFI en tête) a clairement indiqué qu’elle ne reconnaîtrait pas la légitimité d’un tel résultat. Ce n’est pas une hypothèse, c’est une déclaration d’intention réitérée. Jean-Luc Mélenchon l’a dit et répété : la rue serait convoquée. Les blocages commenceraient. Le pays entrerait dans une crise de gouvernabilité pire que celle que nous connaissons.

La France des gilets jaunes, des blocages de ronds-points, des violences de 2023 a déjà montré à quel point un pays fracturé peut se paralyser lui-même. Imaginez cette fracture portée à son paroxysme : une extrême gauche radicalisée qui organise un « troisième tour social », des manifs permanentes qui dégénèrent, des institutions soumises à une pression sans précédent. Le risque du chaos est bien réel. Ceux qui pensent qu’une victoire RN serait un choc salutaire et que l’ordre s’imposerait de lui-même font preuve d’une légèreté irresponsable face à la réalité de la gauche radicale française : l’une des plus violentes et des plus organisées d’Europe, comme la tragédie de Lyon vient de la rappeler.

La multiplication des candidatures : un suicide collectif annoncé

Seul un président issu de la droite républicaine, avec une majorité à l’Assemblée, semble en mesure de mener à bien un projet radical et libéral de redressement du pays. Les candidats sont nombreux à prétendre en être capable. David Lisnard, Laurent Wauquiez, Bruno Retailleau, Edouard Philippe… Demain d’autres encore. Chacun respectable. Chacun porteur d’une vision, de la droite de la droite à la gauche de la droite. Et chacun, s’il se présente seul contre les autres, contribuant mécaniquement à diviser un électorat qui ne peut se permettre de l’être. Dans un quadripartisme serré, 18% suffisent à se qualifier au second tour. Mais cinq candidats à 9% chacun ne font pas un finaliste : ils font cinq vaincus. La seule solution rationnelle, démocratique, et efficace est connue : une primaire ouverte, organisée tôt, avec des règles claires. Et il ne fait guère de doute que le plus à droite et le plus libéral la gagnera (je place une pièce sur David Lisnard), tant les Français sont plus lucides qu’on ne l’imagine sur le président dont ils ont besoin.

La primaire : le projet avant l’homme

Une primaire bien organisée n’est pas une faiblesse mais une démonstration de maturité démocratique. Ce serait l’occasion, pour des millions de Français de droite et du centre, d’entendre enfin la vision des uns et des autres, et de trancher en connaissance de cause. Quelles solutions pour libérer notre économie du carcan étatiste ? Comment délivrer l’école, la justice, l’audiovisuel public et la culture subventionnée de l’idéologie ? Comment rétablir l’autorité de l’État ? Comment réarmer la France dans un monde redevenu dangereux ?

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La primaire doit être ouverte large — de l’UDI à Horizons, des souverainistes libéraux aux conservateurs réformistes — avec un seul critère d’entrée : adhérer à l’idée que la France a besoin d’un choc de liberté, pas d’un choc de dépense supplémentaire. Elle doit être organisée avant l’été 2026, pour laisser au candidat désigné le temps de construire sa légitimité, d’élargir son socle, et de se présenter au pays non comme le survivant d’une guerre civile de droite, mais comme son représentant légitime, choisi par les Français.

Les enjeux de 2027 sont simples à formuler, et vertigineux à mesurer. D’un côté, une gauche islamogauchiste qui, au pouvoir, enfoncera la France dans la spirale dépensière tout en alimentant les divisions identitaires. De l’autre, un RN dont le programme économique ne diffère de la gauche que par le drapeau qu’on agite dessus — et dont la victoire plongerait le pays dans une crise sociale et institutionnelle majeure. Entre ces deux impasses, la victoire en 2027 est possible pour une candidature de droite unique, lucide sur l’état de la France, et courageuse sur les politiques à mener pour redresser le pays.

L’ordre mondial: un open bar!

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Signature de la charte du « Conseil de la paix » par Donald Trump, aux côtés de représentants diplomatiques marocain et bahreïni, Davos, 22 janvier 2026 © House/ZUMA/SIPA

Les mauvaises manières de Donald Trump scandalisent les Européens. Il ne fait pourtant que perpétuer la vieille tradition américaine d’ingérences qui s’inscrit désormais dans une mondialisation des conflits. Les grandes puissances sont en concurrence sur tout et partout sur terre. Et le Vieux Continent peine à s’adapter à ce nouveau désordre du monde.


En Europe, les chancelleries et les plateaux de télé sont en proie à une crise de nostalgie. On y déplore la mort de cet « ordre international » qui aurait régi les relations internationales pendant des décennies. Et c’est Donald Trump qui l’aurait assassiné, pour imposer un nouvel ordre où la force prime le droit. Selon son proche conseiller Stephen Miller, nous vivons dans un monde « gouverné par la force ». Puisque les États-Unis sont une superpuissance, « sous le président Trump, nous allons nous comporter comme une superpuissance ». La nostalgie européenne est-elle justifiée ? Est-ce Trump qui, tout seul, a tué le vieil ordre ? L’a-t-il vraiment remplacé – comme l’assurent de très doctes commentateurs – par une doctrine des sphères d’influence, divisant le monde entre l’Amérique, la Chine et la Russie, et abandonnant l’Europe à son triste sort ?

De Monroe à Donroe

Nombre d’analystes affirment donc que Trump veut se focaliser sur l’hémisphère américain, autrement dit qu’il réactive la doctrine Monroe. En réalité, les États-Unis ont toujours traité les nations latino-américaines comme des inférieures. Selon la logique des puissances montantes, ils ont d’abord imposé leur hégémonie aux pays les plus proches et les plus fragiles, avant de projeter plus loin leur influence. Ils ont ainsi profité de la faiblesse du Mexique pour lui prendre le Texas et la Haute-Californie. À la fin du xixe siècle, après avoir annexé Hawaï et une partie de Samoa, ils ont exploité la faiblesse de l’Espagne pour lui prendre Porto Rico, Guam et les Philippines, et étendre un protectorat virtuel sur Cuba. Entre 1898 et 1933, la « guerre des Bananes » a vu les États-Unis faire des interventions militaires dans de nombreux pays – Cuba, Mexique, Panama, République dominicaine, Haïti, Nicaragua, Honduras – pour préserver leurs intérêts commerciaux.

Si leur implication dans les deux guerres mondiales assure leur statut de superpuissance, leur rôle de champion de la démocratie dans la guerre froide est le prétexte à de multiples ingérences dans d’autres pays. Après 1945, on peut compter une trentaine d’opérations – ouvertes ou clandestines, réussies ou non – pour fomenter des coups d’État, soutenir des rebelles ou renforcer des régimes dictatoriaux en Amérique latine, Asie, Afrique et Europe. De plus, leurs forces armées officielles ou officieuses interviennent à Cuba, au Brésil, au Cambodge, à Grenade, ou au Panama, sans parler des grandes campagnes au Vietnam, en Afghanistan et en Irak. Les Américains ne respectaient l’ordre mondial que selon leur bon vouloir.

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Les Européens se drapaient dans leur vertu, naïvement convaincus que toutes les nations finiraient par devenir des démocraties libérales. Cependant, ils ne faisaient pas trop de vagues, car l’Amérique assurait leur défense. Mais au fil des décennies, la notion d’un ordre international s’est réduite à une feuille de vigne couvrant à peine l’outrecuidance occidentale. Les pays en développement n’y ont vu que l’expression d’une hypocrisie intolérable. Les pays autoritaires comme la Russie ou la Chine n’y ont jamais cru. Ensemble, ces deux groupes ont pris le contrôle de l’ONU, ce symbole de l’ordre mondial, dont l’activité principale consiste aujourd’hui à condamner Israël. Signe d’un monde à l’envers, en 2025 l’Iran a été élu à la présidence de la section Asie-Pacifique du Conseil des droits de l’homme des Nations unies. C’est en toute cohérence que Trump a annoncé, le 7 janvier, que les États-Unis quitteraient 31 agences et commissions de l’ONU et qu’il a lancé son propre Conseil de la paix (avec un succès mitigé). Qui a piétiné l’idée d’ordre mondial ? Trump ? C’est plutôt George Bush en Irak, suivi de Poutine qui s’est emparé de la Crimée avant d’envahir l’Ukraine de manière éhontée sans perdre pour autant ses alliés chinois, iraniens et autres. C’est encore la Chine qui a fait main basse sur le Tibet et Hong Kong, tout en se présentant comme respectueuse de l’ordre international qu’elle s’emploie à saper de l’intérieur. Dans ce contexte, la doctrine « Donroe » signifie, non pas que la morale n’a plus aucune place dans ce monde, mais que l’ordre international est une fiction.

Pour autant, Trump ne va pas pour se replier sur son propre hémisphère. Car la faillite de l’ordre international s’accompagne d’une autre nouveauté : la mondialisation des conflits de pouvoir. Qu’il s’agisse d’accès aux ressources, de parts de marché, de leviers de pression politique, de droits de passage maritime, et même d’annexion territoriale, les grandes puissances sont en concurrence sur chaque kilomètre carré de la terre et de la mer, comme dans le monde souterrain, les fonds marins, l’air, l’espace et le cyberespace. Il n’existe plus de sphères régionales où se confiner.

Assurer ses arrières

En tant que superpuissance, l’Amérique de Trump doit projeter sa puissance partout. Dans la « Stratégie de défense nationale » récemment publiée par le Pentagone, l’Indopacifique est présenté comme ayant une importance stratégique et économique vitale pour les États-Unis. L’expansion des forces armées de la Chine représente un défi que l’Amérique doit contrer, non par l’« antagonisme », mais par la « puissance », autrement dit par la démonstration de sa supériorité en troupes et en armements, et sa capacité à frapper n’importe où dans le monde, comme en témoigne le bombardement des installations nucléaires iraniennes en juin 2025. Le résultat c’est que, sauf à se disperser, l’Amérique a besoin de ses alliés européens pour défendre leur propre arrière-cour et y contenir l’allié russe de la Chine. Ce « pivot » américain vers l’Indopacifique avait déjà commencé sous Obama qui croyait que le Vieux Continent pouvait et devait faire plus pour assurer sa propre défense. Beaucoup plus, selon Trump. Si les Européens assument leurs responsabilités – nous dit le Pentagone – les États-Unis, dans le cadre de l’OTAN, leur donneront toujours un coup de main. Israël est présenté comme un « allié modèle » qui, se montrant prêt à se battre, mérite tout le soutien des Américains. Le message est clair : aide-toi, et Trump t’aidera.

Loin de respecter les « sphères » des autres puissances, Trump étend son influence jusque dans leur arrière-cour. C’est ainsi que les États-Unis restent les défenseurs de Taïwan, avec qui un nouvel accord commercial vient d’être négocié. Dans la mer de Chine méridionale, Trump développe une alliance stratégique avec les Philippines. En Asie, il s’est rapproché du Pakistan, qui coopère avec lui sur le dossier du contre-terrorisme international, ainsi que sur sa politique au Moyen-Orient, et serait ouvert à des investissements américains pour exploiter ses ressources minérales critiques. Dans la lutte mondiale pour les ressources, Trump cherche à faire des deals avec les républiques d’Asie centrale, ainsi qu’avec l’Azerbaïdjan, suite à l’accord de paix avec l’Arménie. Pour l’exploitation des terres rares, il a signé un accord avec l’Australie et s’est rapproché du Brésil. Cette volonté d’omniprésence est logique : 2025 a été une année record pour les exportations chinoises et Pékin a investi une somme record dans sa « nouvelle route de la soie », ce vaste ensemble de projets d’infrastructures par lequel la Chine projette sa propre influence autour du monde.


Présence encombrante dans les sphères des autres, une superpuissance se doit d’être hégémonique dans son jardin. C’est ainsi que Trump perpétue et renouvelle la tradition américaine des ingérences en Amérique latine. Son action au Venezuela en est la démonstration fracassante. Il s’agit aussi de montrer que les États-Unis ont tiré les leçons de l’Irak et de l’Afghanistan. Plutôt que de sacrifier des sommes astronomiques et des vies humaines dans de vaines opérations de « regime change », ils se contentent désormais de changer le dirigeant pour changer le comportement du pays en question. Cela n’est pas sans risque, mais en décapitant le gouvernement chaviste, Trump s’offre la possibilité de vendre les stocks accumulés de pétrole vénézuélien et de contrôler l’accès futur aux plus grandes réserves du monde. Par son agressivité, il met la pression sur d’autres régimes hostiles de la région, en Colombie et à Cuba, et sur le Mexique qui, selon lui, doit faire plus pour combattre les cartels. Mais sécuriser son arrière-cour latino-américaine, c’est aussi y éradiquer l’influence de ses adversaires. La Russie et l’Iran sont privés d’un allié utile, tandis que la Chine pourrait perdre des sommes considérables investies au Venezuela ainsi qu’une source de pétrole couvrant 4 % de ses besoins. De plus, si Trump atteint son objectif en ramenant le prix du pétrole à 50 dollars le baril, afin de réduire le coût de la vie aux États-Unis, cela gênera sérieusement l’économie russe. Ses opérations contre les « pétroliers fantômes » au service de la Russie vont dans le même sens. D’ailleurs, les Européens l’imitent.

Le grand dôme du Grand Nord

Donald Trump a annoncé qu’il voulait acheter ou annexer le Groenland pour contrer les incursions possibles des Russes et des Chinois ; y construire une partie de son « Dôme d’or », ce système de défense antimissile ; et exploiter les ressources en uranium, cuivre et terres rares qui s’y trouvent. Les Européens se sont braqués, faisant enfin preuve de courage, ce qui n’est pas une mauvaise chose s’ils sont prêts à assurer leur propre sécurité. Ils se sont empressés aussi de lui expliquer que, selon l’accord États-Unis-Danemark de 1951, les États-Unis, qui possèdent déjà la base spatiale de Pituffik, pouvaient en installer d’autres. Quant aux ressources, difficiles à exploiter sous la glace, les projets chinois dans ce domaine sont au point mort et le gouvernement danois se montrerait plus souple avec son allié américain. Trump a finalement reculé, prétendant avoir trouvé le « cadre » d’un accord possible. Que cherchait-il vraiment ? Sans doute à avoir les coudées franches pour faire ce qu’il voulait dans le Grand Nord, sans être gêné par des règles environnementales.

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Le grand bienfait de cet épisode est d’avoir attiré l’attention générale des Occidentaux sur l’Arctique et les questions urgentes qu’elle soulève. Nous avons l’habitude de voir le monde à travers la projection cartographique de Mercator qui représente l’Amérique à gauche, l’Asie à droite, et l’Europe au centre. Vu d’un point au-dessus du pôle, le monde est très différent. L’Europe, la Russie, le Canada et les États-Unis, représentés par l’Alaska, sont beaucoup plus proches et leur rivalité plus exacerbée. En essayant d’annexer le Groenland, Trump, loin de se limiter à son hémisphère, a voulu l’étendre pour projeter sa puissance par-dessus cet autre hémisphère qu’est le cercle polaire. Il est indéniable que les Européens, occupés surtout à contrer les activités russes dans la mer Baltique, n’ont pas fait grand-chose au Groenland pour anticiper la lutte pour l’Arctique. Avec la fonte des glaces, des ressources deviennent plus exploitables, de nouvelles routes maritimes s’ouvrent, déjà exploitées par la Chine, et les Russes élargissent leur accès à la mer. D’où l’activisme frénétique de Trump qui, suivant un accord conclu par Biden en 2023, a essayé en 2025 de commander aux Finnois le plus possible de navires brise-glaces. Les Américains eux-mêmes ont tardé à agir autour de l’Alaska, alors que c’est dans la mer de Béring qu’ont eu lieu le plus d’opérations, conjointes et séparées, de vaisseaux chinois et russes, qui s’entraînent à naviguer dans cette région d’où ils pourraient dominer une partie du Pacifique.

Trump a-t-il laissé tomber tout idéal de démocratie ? Pas complètement. Il s’engage fermement pour Israël, le seul État démocratique au Moyen-Orient. Il voudrait aider les Iraniens dans leur rébellion contre le régime des mollahs (à l’heure où j’écris on ne sait pas encore ce qu’il va faire de l’« armada » envoyée dans le golfe Persique). Les Européens peuvent-ils en dire autant ? Même Zelensky dans son discours de Davos a dénoncé leur inaction. Dans la pièce de Shakespeare, le roi Lear, ce monarque déchu, a son bouffon qui, seul, ose lui dire dans quel état misérable il est tombé. Trump, ce trublion vulgaire selon beaucoup, est peut-être le fou dont les Européens ont besoin.

Le Carpentras de LFI

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Dépêché à la radio sur France inter ce matin, le coordinateur national de LFI Manuel Bompard a tenté d'expliquer qu'il n'y avait aucune responsabilité de son parti dans la mort de Quentin Deranque et que la Jeune Garde n'existait plus. France inter.

Après le lynchage mortel du jeune Quentin par l’extrême gauche, les cornes du diable passent définitivement de la tête de Jean-Marie Le Pen à celle de Jean-Luc Mélenchon.


Après la mort de Quentin à Lyon, LFI est montrée du doigt par la droite et l’exécutif. La porte-parole du gouvernement Maud Bregeon dénonce sa responsabilité morale. Les Insoumis hurlent à la calomnie: « C’est nous qui sommes attaqués », pleurniche Mélenchon. Les sociologues habituels expliquent que la violence des antifas répond à celle de l’ultradroite. Sauf que Quentin n’a jamais agressé personne. D’ailleurs, dans le reste de la gauche et même dans les rangs insoumis, on sent une certaine gêne noyée dans les propos larmoyants sur le fait que personne ne mérite de mourir pour ses idées. Et même les porte-voix du camp du Bien (Patrick Cohen, Thomas Legrand, Jean-Michel Aphatie) ne repeignent pas le réel en rose.

La nouveauté, c’est que la violence politique a aujourd’hui des relais à l’Assemblée nationale. Il y a un continuum entre les éructations des insoumis, leur volonté assumée et claironnée de conflictualisation, leur antifascisme/antinazisme de bazar et le lynchage de Quentin. Contre les nazis, contre les fascistes, tout est permis, y compris le dix contre un. Pour ma part, je désapprouverais le lynchage d’un homme à terre même du pire des SS.

Après la profanation du cimetière juif de Carpentras, en 19901, toute la classe politique défilait contre antisémitisme et FN. Sauf que le FN n’avait rien à voir dans l’affaire. Cette fois, on ne verra pas de manifestation transpartisane contre la violence d’extrême-gauche.

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Certains veulent interdire le parti de Jean-Luc Mélenchon…  Pour moi, LFI est plus dangereux pour la France que le FN ne l’a jamais été. Ses méthodes cochent toutes les cases du fascisme : approbation de milices qui intimident et agressent les opposants, culte du chef, antisémitisme.

Les lfistes devraient être sanctionnés pour leurs propos incendiaires comme les autres, mais le Parquet est mou du genou dans leur cas (toutes les plaintes contre eux sont apparemment dans les limbes). Mais quoi qu’il en soit, on n’interdit pas une réalité sociale ni les mauvaises idées. Et on ne les envoie pas non plus à l’asile. On ne va pas ressortir pour LFI le cordon sanitaire ; il consistait hier à frapper le vote RN d’un interdit moral. A part faire monter LFI, cela ne servirait à rien.

A gauche, à part Raphaël Glucksmann que personne ne prend vraiment au sérieux, ou Jérôme Guedj, tous se soumettront aux insoumis. Pour Le Monde, le grand danger des municipales, ce ne sont pas les alliances avec LFI mais l’union des droites. Même le purgé Alexis Corbière appelle à une résurrection du Nouveau Front populaire pour la présidentielle. Et on peut toujours compter sur Olivier Faure pour vendre ses principes contre un siège. Face aux Insoumis, c’est aux Français, particulièrement de gauche, d’ériger un barrage politique – et non pas moral – en sanctionnant dans les urnes tous ceux qui s’allieront avec eux.


Cette chronique a été diffusée ce matin sur Sud radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale

  1. https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_de_la_profanation_du_cimeti%C3%A8re_juif_de_Carpentras ↩︎

Rima Hassan à Sciences-Po, Quentin, et la guerre morale

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L'eurodéputée islamo-gauchiste Rima Hassan à Bordeaux, le 7 novembre 2025 © UGO AMEZ/SIPA

Le parti de Jean-Luc Mélenchon, Mathilde Panot et Manuel Bompard a fait de l’antiracisme et de la question palestinienne une croisade ces dernières années. Il a soutenu la mouvance antifa. Dans cette polarisation, le meurtre de Quentin est une bascule, dont Charles Rojzman analyse ici l’anatomie.


Jeudi, à Sciences-Po Lyon, la députée européenne Rima Hassan prenait la parole. Le thème annoncé : Gaza, la Palestine, Israël. À l’extérieur, le collectif Némésis déployait une banderole de protestation. Deux récits face à face. Deux visions du monde. Deux France qui ne se parlent plus. Quelques heures plus tard, Quentin était lynché dans la rue. Samedi, Quentin était mort. Le procureur a retenu la qualification d’assassinat.

Bascule

Les faits sont distincts. Mais le climat est commun. Il serait confortable de refermer l’événement sur la figure d’un groupe, d’une violence politique isolée, d’une dérive de nervis d’extrême-gauche. Ce serait inquiétant certes. Ce serait faux. Car un acte surgit toujours dans une atmosphère. Et l’atmosphère politique française est aujourd’hui saturée.

Nous ne sommes plus dans un désaccord démocratique ordinaire. Nous sommes entrés dans une guerre morale. À Sciences-Po, Israël n’est plus abordé comme un État pris dans une tragédie historique complexe. Il est présenté comme l’incarnation d’un système : colonial, occidental, oppresseur. La Palestine devient la figure pure de la victime. L’Occident est décrit comme structurellement raciste. Le sionisme est réduit à une faute.

Ce n’est pas un accident rhétorique. C’est une architecture. La gauche radicale contemporaine ne se contente plus de proposer des réformes sociales. Elle redessine le champ politique en catégories morales absolues : dominants et dominés, racisés et privilégiés, antifascistes et fascistes. Dans ce découpage, l’opposition à l’immigration massive n’est plus une question politique. Elle devient une preuve morale. Défendre des frontières, évoquer la transmission culturelle, parler de continuité nationale : cela suffit. Raciste. Le mot tombe. Il ne pèse plus comme autrefois. Il frappe. Et c’est là que réside le cœur du basculement.

Quand l’adversaire politique devient une anomalie morale

Après 1945, accuser quelqu’un de racisme signifiait l’exclure du champ démocratique au nom d’un crime moral lié à une doctrine biologique hiérarchisant les hommes. Cette doctrine est morte scientifiquement. Les races, au sens hiérarchique, n’existent pas. Mais le mot, lui, est devenu stratégique. Il ne sert plus seulement à protéger la dignité humaine. Il sert à redistribuer la légitimité.

On transforme un désaccord en faute. La faute en indignité. L’indignité en disqualification. L’adversaire n’est plus un concurrent. Il devient une anomalie morale.

Si une partie du pays peut être décrite comme structurellement raciste, si ses inquiétudes peuvent être réduites à des pulsions xénophobes, si ses votes peuvent être interprétés comme la défense d’un privilège blanc, alors sa parole est suspecte par nature. Voilà le mécanisme. Et il n’est pas abstrait.

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Les chiffres électoraux le confirment : une majorité des électeurs français se déclarant musulmans qui votent choisissent aujourd’hui La France insoumise. En 2022, près de 69 % ont voté pour Jean-Luc Mélenchon au premier tour. En 2024, environ 62 % des votants musulmans ont soutenu la liste LFI aux européennes. L’abstention est forte, les parcours individuels multiples. Mais la dynamique est nette.

La gauche radicale a intégré la cause palestinienne au cœur de son identité politique. Elle a fait de la dénonciation de l’“islamophobie” un marqueur structurant. Elle a articulé immigration, colonialité et racisme structurel dans un même récit. La jeunesse universitaire radicalisée fournit la théorie. Une partie de l’électorat mobilisé fournit la force. À l’approche des prochaines échéances électorales, cette convergence n’est pas un hasard. Elle est stratégique. La polarisation mobilise. La radicalité soude. La dénonciation morale consolide.

Dans ce cadre, la soirée de Sciences-Po n’est pas un simple épisode. Elle est un symptôme. Lorsque la politique devient une lutte pour la pureté morale, lorsque l’adversaire est défini comme porteur d’un mal structurel, lorsque le langage public est saturé d’accusations existentielles, la tension cesse d’être ponctuelle. Elle devient permanente. L’assassinat de Quentin ne peut être compris hors de cette atmosphère. Non parce qu’un meeting provoquerait mécaniquement un crime. Mais parce qu’une société qui transforme ses désaccords en affrontements ontologiques crée un terrain inflammable.

La gauche contre le commun

Il ne s’agit pas seulement de distribuer des responsabilités pénales collectives.
Il s’agit de reconnaître une responsabilité politique du climat. Que produit une stratégie qui repose sur la disqualification morale systématique ? Que devient une démocratie où une partie du peuple est décrite comme suspecte par essence ? On peut gagner une élection par la polarisation. On peut conquérir un bloc par la dénonciation. Mais on affaiblit la possibilité même d’un espace commun.

La gauche radicale parle d’antifascisme, mais étend indéfiniment la définition du fascisme.
Elle parle d’antiracisme, mais transforme le mot en levier de conquête. Et lorsque la morale devient une arme, la politique cesse d’être un débat. Elle devient une croisade. Or les croisades n’engendrent pas la paix civile.

Nous sommes à la veille de nouvelles échéances électorales. Les récits se durcissent. Les camps se solidifient. Les mots brûlent plus vite que les faits. Une démocratie peut survivre aux conflits. Elle survit difficilement à la transformation permanente de ses adversaires en ennemis. Le fer rouge du mot “raciste” devait empêcher le retour de l’horreur. Il est devenu l’instrument d’une recomposition du pouvoir. Et lorsqu’un pays entre dans une guerre morale permanente, il découvre toujours trop tard que la morale, utilisée comme arme, laisse des cicatrices plus profondes que les slogans. C’est cela, le moment que nous traversons.

La société malade

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Relire Paris

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Gilles Schlesser. DR.

Gilles Schlesser publie une précieuse anthologie : Les Flâneries littéraires de Paris, ou comment arpenter les rues de la capitale aux côtés des plus grands écrivains.


Flâner est un des plus beaux mots de la langue française. Et un art typiquement parisien. On peut se perdre avec volupté dans mille autres villes, mais jamais si bien qu’à Paris. C’est pourquoi notre littérature est peuplée de scènes de rue, d’errances sur les boulevards, de déambulations dans notre capitale. C’est également pourquoi Gilles Schlesser a eu l’idée de réunir ces morceaux choisis d’écrivains-flâneurs qui ont conté Paris.

Les chapitres divisés en arrondissement, on se promène de quartier en quartier, sous le patronage, entre bien d’autres, de Léon-Paul Fargue, Henri Calet, Patrick Modiano, Théophile Gautier ou Léon Daudet. Que l’on picore en dilettante ou que l’on scrute en spécialiste, le plaisir est au rendez-vous. Des propos mondains d’André de Fouquières sur Jean Lorrain, « trouble d’aspect, homme fardé aux paupières bleuies, aux mains chargées de camées, aux cravates et aux gilets extravagants » après un dîner dans le quartier de la Madeleine, jusqu’aux mots simples et tendres d’Eugène Dabit qui, pour se « remettre le cœur en place », fait un tour rue de Belleville, il y en a pour tout le monde. Adresses, souvenirs, vieilles maisons et échoppes oubliées renaissent page après page.

A lire aussi: Le promeneur du Val

Gilles Schlesser, déjà auteur d’un Grand Carnet d’adresses de la littérature à Paris, nous fait entendre sa voix, en marcheur et narrateur de cette histoire d’encre et de pas. À côté d’un Huysmans exalté, en aparté des mots merveilleux d’Alexandre Vialatte, il conseille et conduit vers des places, des cafés ; il se remémore aussi des anecdotes et retourne vers sa bibliothèque en quête d’une phrase égarée. Par exemple, celle de Nerval que je me répète toujours en descendant la rue Royale : « Arrivé sur la place de la Concorde, ma pensée était de me détruire. » On rêverait de démarrer un livre et finir une vie ainsi.

Notre petite Lutèce (huit fois plus menue que Berlin, quinze fois plus que Londres) nous donne la chance de sentir le poids d’un passé mémorable à chacune de ses artères – ou presque. André Salmon et Apollinaire pour leurs nuits de joie rue de la Gaîté « mangeant des frites, avalant des crêpes, suçant des glaces, gobant des huîtres ou bâfrant des moules, le tout arrosé de gaillac et piqué de petits marcs » ; Marcel Aymé ou Léo Malet que l’on s’amuse à croiser dans cette rue Jean-Pierre-Timbaud qu’ils ne reconnaîtraient sans doute plus aujourd’hui ; le Bœuf sur le Toit, le vrai, celui du 28, rue Boissy-d’Anglas, où l’on entend « ce bruit de vitres brisées que faisait la voix enchantante de Cocteau, qui résonnait par-dessus les tables ». Ce sont ces souvenirs charmants de tant d’esprits libres en liberté qui font peut-être encore venir certains jeunes provinciaux à Paris, et qui, plus tard, les empêchent même d’en partir.

Les Flâneries littéraires de Paris, Gilles Schlesser, Séguier, 2025.

Les Flâneries littéraires de Paris

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Une histoire de (la) pensée

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Le philosophe français Rémi Brague. DR.

Le livre s’intitule La profondeur du présent. Ce n’est pas un pavé de 300 pages. C’est un livre d’entretien entre le philosophe Rémi Brague, membre de l’Institut, et le journaliste Charle-Henri d’Andigné, qui, à travers les étapes de la pensée occidentale, brosse un tableau de la culture européenne. Encore un livre d’idées, dira-t-on ! Un de plus ! On aurait tort. Loin de toute idéologie et de toute nostalgie, de toute abstraction aussi, ce livre, fruit d’un regard savant et positif, se présente comme un vademecum qui remet en place nos idées.

L’identité excentrique européenne

Les questions posées sont attendues, mais formulées avec pertinence : sur l’héritage gréco-romain, la chrétienté, la religion et la civilisation islamiques, l’humanisme et la modernité, la « post modernité », « l’intellectuel ». Les réponses, concrètes et concises, sont faites à partir des lectures, des amitiés, des publications. Comme il est impossible de tout passer en revue, contentons-nous de quelques remarques. Et d’abord sur l’Europe. Rappelant les « nœuds borroméens » de la culture européenne que sont Athènes, Rome, Jérusalem, avec sa matrice chrétienne, l’auteur du best-seller, La Voie romaine, insiste sur l’« identité excentrique » de l’Europe, faite d’accueil intelligent à l’autre, celle-là même qui, reniée à notre époque, coupe notre continent de ses sources. Rappelant également le fondement intellectuel et spirituel de l’Europe face à un « modernisme » outrancier, Rémi Brague dit son attachement aux grands romanistes que furent Curtius, Auerbach, Hugo Friedrich. Et c’est avec honnêteté qu’il évoque les promesses, non tenues sans doute, mais non taries, des pères fondateurs.

A lire aussi: Mauriac père et fils: correspondance littéraire

Tout ce qui concerne la religion est particulièrement précieux sous la plume d’un philosophe, familier du grec et de l’arabe, qui énonce des évidences, tout en distinguant religion et civilisation. Sur la violence supposée de toute religion, Rémi Brague rappelle que les violences de la Bible sont des « récits » fantasmés, non des faits réels, des « rêves rétrospectifs » de fidèles, projetés dans le passé pour éliminer les divinités régnantes. A une époque de syncrétisme à tout va, il est bon d’avoir en tête les différences structurantes entre les religions et faire litière de leur prétendue filiation par Abraham. Si les juifs et les chrétiens ont en commun l’alliance d’un Dieu avec son peuple, l’islam ne connaît pas l’Alliance. Et si on parle sans cesse d’islamophobie, on ne parle guère, dit Brague, de la tradition d’islamophilie qui a caractérisé les élites françaises au XVIII ème siècle et à la charnière du XIXème siècle et du XXème siècles. Et le philosophe rappelle aussi la polémique universitaire violente, pas si lointaine, qui toucha, au prétexte de lois mémorielles, l’historien Sylvain Gouguenheim, descendu en flammes pour avoir soutenu que, si l’héritage philosophique grec était passé par les Arabes, il était aussi passé par les monastères chrétiens. Quant au « vrai islam » que l’on distinguerait du faux islam, c’est une vraie question, dit Brague puisque, s’il est possible de dire ce qu’est l’islam, il est impossible de définir « ce que l’islam n’est pas ». Portes ouvertes, dira-t-on, que ces propos ? Pas si sûr, si on écoute les médias.

Piques aux confrères

Dans cette République des Lettres, le lecteur cultivé retrouvera les noms qui lui sont familiers et en découvrira bien d’autres. La plume, assurément, est érudite mais généreuse dans le partage précis de ses sources. Et soyons rassurés, il y a aussi, dans ce livre, quelques « corrections fraternelles » non dénuées de charme !

Désincarné, ce livre ? Penseur « modérément moderne » , pour reprendre le titre d’un de ses livres, conservateur mais non réactionnaire, pas flingueur pour deux sous (encore que…), Rémi Brague ne craint pas de faire quelques confidences sur ses origines et ses goûts : orphelin de père, marqué pour toujours par cette privation originelle, père de famille, catholique qui ne se renie pas, sentimental invétéré et même « d’un tempérament terriblement porté à la nostalgie », il aime les chansons et les derniers quatuors de Beethoven. Et, bien sûr, Tintin. Professoral, alors, ce livre ? Oui, et c’est tant mieux ! Rappeler, sur un ton apaisé, les grandes vérités de notre pensée, est une forme d’engagement. Le titre de l’avant-dernier chapitre, emprunté à Verlaine, laissera peut-être sur leur faim les esprits non avertis, mais reconnaissants envers le philosophe de parler de la « sainteté du sensible » chez Vermeer et de ne pouvoir lire Un cœur simple de Flaubert sans être ému aux larmes.

274 pages

La Profondeur du présent: Une histoire de (la) pensée

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J.G. Ballard ou l’annonce de notre effondrement

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DR.

L’écrivain d’anticipation britannique a vu venir et a su décrire avant tout le monde notre société éclatée.


Une tour de béton, des ascenseurs en panne, des voisins qui deviennent des ennemis. Ça ne vous rappelle rien ? Publié dans les années 1970, I.G.H. de J.G. Ballard (1930-2009) n’a rien d’un roman d’anticipation poussiéreux. C’est une autopsie froide et rageuse de nos sociétés contemporaines, de leur verticalité sociale, de leur peur du chaos et de leur foi aveugle dans l’ordre technique. En enfermant ses personnages dans un immeuble censé tout résoudre, Ballard révèle ce que nous refusons de voir : la fragilité extrême du vivre-ensemble et la violence prête à surgir dès que le vernis craque.

Le vivre-ensemble : une fiction confortable

Il y a dans I.G.H. quelque chose qui ne vieillit pas. Pas parce que le roman serait « visionnaire » au sens banal du terme, mais parce qu’il touche à ce point mou, obscène, refoulé : ce que nous sommes quand le vivre-ensemble cesse d’être une fiction confortable. Ballard n’écrit pas sur le futur. Il écrit sur ce qui attend déjà derrière la porte, dans le couloir, dans l’ascenseur bloqué.

Au départ, tout est propre. Trop propre. Une tour luxueuse, autonome, verticale, rationnelle, conçue pour abolir le dehors. Une machine à habiter, à consommer, à coexister sans heurts. Une promesse moderne : plus besoin de la ville, plus besoin des autres, tout est là. Le progrès empilé étage après étage. La paix sociale par l’architecture. Ballard décrit ce décor avec une neutralité clinique, presque publicitaire, comme si la langue elle-même avait été aseptisée par le béton et l’acier.

Et pourtant, très vite, quelque chose déraille. Pas une grande catastrophe. Non. Des détails. Des pannes. Des dysfonctionnements. Des micro-frustrations. Et c’est là que Ballard frappe juste : la société ne s’effondre jamais sous les grands récits, mais sous l’accumulation de petites humiliations. L’eau qui manque. L’ascenseur qui ne répond plus. Le voisin qui occupe « trop » l’espace. Dans le roman, ces incidents sont décrits comme des événements presque anodins, avant de devenir des déclencheurs de haine. « Les coupures de courant semblaient exciter les résidents plus qu’elles ne les inquiétaient », note Ballard, comme si le confort moderne contenait déjà le désir de sa propre destruction.

Ordre nouveau

La tour devient une carte mentale. Les étages supérieurs regardent vers le bas comme on regarde un territoire inférieur. Les étages inférieurs ruminent, envient, haïssent. On ne parle plus de classes sociales, on parle de zones, de territoires, de clans. Ballard se moque de la lutte des classes au sens traditionnel : ici, il n’y a pas de conscience politique, pas de projet, pas d’idéal. Il y a seulement la jouissance trouble de la domination et le plaisir de la revanche. Rien de noble. Rien d’héroïque. « Chaque étage développait sa propre identité », écrit-il, comme si la géographie suffisait à fabriquer une idéologie.

Et c’est précisément pour cela que I.G.H. est un roman profondément politique. La violence qui s’installe n’a rien de révolutionnaire. Elle est régressive. Infantile. Primitive. Les habitants de la tour ne cherchent pas à renverser un système : ils s’y abandonnent. Ils acceptent la brutalité comme une forme d’ordre nouveau, plus simple, plus instinctive. La loi disparaît, remplacée par l’habitude. La barbarie n’est même plus scandaleuse : elle devient décor. Ballard décrit cette dérive sans emphase, avec une langue sèche, presque plate, qui rend la violence encore plus insupportable.

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Ballard décrit alors quelque chose d’insupportable à admettre : la civilisation n’est pas un progrès moral, mais un vernis fonctionnel. Et ce vernis craque dès que la structure censée le garantir se retourne contre ceux qu’elle devait protéger. La tour, conçue pour canaliser les pulsions, finit par les libérer. Elle isole, elle uniformise, elle contrôle – et dans ce contrôle même, elle excite ce qu’elle prétend contenir. À mesure que le roman avance, la phrase ballardienne se fait plus froide encore, comme si la langue elle-même s’alignait sur la logique de l’immeuble, répétitive, circulaire, sans échappatoire.

Ce que les personnages perdent, ce n’est pas seulement la morale, mais le sens même du collectif. Les alliances se font et se défont. Les groupes éclatent. Le territoire lui-même cesse d’avoir une valeur stable. Chacun finit par se replier sur une solitude féroce, armée, paranoïaque. L’homme n’est plus un citoyen : il redevient une bête retranchée dans sa tanière verticale. L’une des scènes les plus glaçantes montre un personnage mangeant seul sur son balcon, indifférent au chaos alentour : image d’une humanité qui a cessé de se penser comme telle.

Comment ne pas voir notre monde dans ce miroir ?

Nos sociétés contemporaines se pensent unifiées, connectées, fluides. Mais elles sont traversées par les mêmes lignes de fracture invisibles. Nous vivons dans des tours symboliques : économiques, numériques, idéologiques. Nous croyons à l’intégration, à la normalisation, à la gestion rationnelle des conflits. Et pourtant, la peur d’une guerre civile – larvée, diffuse, éclatée – hante les discours, les imaginaires, les médias. Non pas une guerre frontale, mais une guerre de voisinage, de ressentiment, de défiance.

I.G.H. parle de notre angoisse fondamentale : celle de découvrir que le vivre-ensemble ne tient qu’à des conditions matérielles fragiles, et qu’une fois ces conditions altérées, il ne reste rien d’autre que la loi du plus adapté, du plus violent, du plus haut perché.
Ballard ne moralise jamais. Il observe. Il dissèque. Il pousse l’expérience jusqu’au bout. Et ce qu’il nous montre est glaçant : nous ne sommes pas trahis par la modernité, nous sommes révélés par elle. La tour ne corrompt pas ses habitants ; elle leur donne simplement l’occasion d’être ce qu’ils étaient déjà, en silence.

C’est pour cela que ce roman continue de brûler. Parce qu’il ne propose aucun refuge idéologique. Parce qu’il ne sauve personne. Parce qu’il nous regarde sans ciller et semble murmurer : voilà ce que vous êtes, dès que l’ordre cesse de vous tenir la main.
Relire I.G.H. aujourd’hui, ce n’est pas redécouvrir un classique : c’est reconnaître un paysage familier. La tour de Ballard n’est plus un symbole, c’est une forme généralisée – économique, sociale, mentale. Nous y habitons déjà. Et si le roman continue de déranger, ce n’est pas parce qu’il annonce l’effondrement, mais parce qu’il suggère autre chose, de plus insupportable encore : l’effondrement n’est pas devant nous, il est une possibilité intime, prête à s’activer dès que l’architecture du monde cesse de tenir.

Mort de Quentin: Erreur Système

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Montpellier, hier © LEO VIGNAL/SIPA

Notre chroniqueur revient sur le meurtre de Quentin, trop français pour le système, selon lui. Le procureur de la République de Lyon prendra la parole vers 15 heures. S’il s’avère que les meurtriers étaient bien membres de la Jeune Garde, le fameux groupe « antifa » dont Raphaël Arnault, député LFI du Vaucluse, est le cofondateur, le parti de Jean-Luc Mélenchon pourrait connaître une grave crise.


C’est reparti ! La perspective présidentielle attise les ambitions. Mais la valse des egos est surannée. Jeudi soir, sur TF1, c’est Bruno Retailleau (LR) qui a annoncé sa candidature, tandis que Quentin Deranque sombrait dans un coma mortel après son lynchage par des « antifas » à Lyon. « Je veux que la France se relève », explique aussi Retailleau dans le Figaro Magazine. Dans le même hebdomadaire, Éric Zemmour se présente comme « l’incarnation de cet immense mouvement en France » qu’est le réveil d’un peuple qui ne veut pas mourir. Mais sont-ce bien ces immodesties de sauveurs autodésignés qu’attendent les Français ? La prestation de Retailleau a fait partir 700.000 téléspectateurs, selon Le Parisien de samedi. Zemmour, que Sarah Knafo présente comme « l’homme de l’histoire », reste dans l’étiage des sondages.

Les craintes identitaires françaises délégitimées depuis trop longtemps

Rien de s’enclenchera tant que les oubliés ne seront pas appelés en renfort. Les «moi» et les «je» des prétendants, aussi brillants soient-ils, ne sont plus opérants. Les bernés ont suffisamment donné dans le registre de l’enflure. L’homme providentiel est une chimère. Il n’y aura pas de « moment gaullien » en 2027 car il n’y a plus de « Grands Hommes ». La Ve République offre un costume trop grand. D’ailleurs, Retailleau analyse cette situation quand il dit : « Je redonnerai au peuple le pouvoir de décider ». Cependant, promettre de « renverser la table » oblige à fédérer préalablement les colères françaises. Or la société éruptive, cette révolution conservatrice qui rebute la droite centriste et populophobe, reste laissée à elle-même. Avant d’entrer dans la course, le candidat devrait apprendre plus humblement à dire « nous ». La crise de la démocratie force à entendre le parti du peuple, ce « front populiste » appelé à co-écrire une histoire française avec des élites qui le suivent enfin.

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Une guerre civile est à conjurer. Elle est l’autre éléphant dans le salon, à côté de l’immigration invasive. A force de délégitimer les craintes identitaires des autochtones et de s’attendrir sur les minorités agressives, les partis conformistes, Emmanuel Macron en tête, ont fait des nationaux des cibles à abattre. La partie molle des Républicains demeure dans cette débandade, quand ses membres refusent l’union avec Éric Ciotti ou Marine Le Pen.

C’est pourri, c’est LFI ?

Quentin Deranque, 23 ans, a été tué parce qu’il protestait contre la mainmise de la gauche totalitaire sur l’enseignement supérieur. Il protégeait les jeunes femmes occidentales du mouvement Némésis, venues dénoncer la présence de Rima Hassan à Sciences-Po à l’aide d’une banderole : « Islamo-gauchistes hors de nos facs ». Outre une militante brutalisée, Quentin a été tabassé, à terre, par des nervis de la députée LFI, antisioniste et anti-France.

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La semaine dernière, c’est un djihadiste français, Brahim B., qui a été tué par la Garde Républicaine après s’en être pris, sous l’Arc de Triomphe, à des gendarmes qu’il voulait « flinguer ». Dans les deux cas, la terreur a des liens avec Jean-Luc Mélenchon et ses alliés de l’islam radical. La haine de la France française fédère les islamo-gauchistes, qui entendent faire pression sur les votes à venir. Aussi revient-il aux Français de se défendre, sans attendre le réveil des politiques. Pourquoi pas une manifestation de masse en souvenir de Quentin, tué pour avoir défendu son pays ?

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La révolution des oubliés

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Rubio à Munich: plus conciliant que Vance?

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Marco Rubio à Munich, le 14 février 2026 © News Agency Germany/Shutterstock/SIPA

Selon Randy Yaloz, Republicans Overseas, l’intervention du Secrétaire d’Etat de Donald Trump, samedi, était une invitation au réalisme transatlantique.
La France doit saisir cette opportunité pour redéfinir un partenariat fondé non sur les habitudes du passé, mais sur les réalités du XXIᵉ siècle, estime-t-il.


Le discours du secrétaire d’État américain Marco Rubio à la Conférence de Munich sur la sécurité constitue un moment révélateur de l’évolution de la politique étrangère américaine sous la présidence de Donald Trump. Pour les dirigeants français et européens, il ne s’agit pas simplement d’une intervention diplomatique de plus, mais d’un signal stratégique sur la direction durable des relations transatlantiques. Ce discours n’était ni une rupture brutale ni un simple exercice de communication. Il s’inscrit dans une continuité idéologique avec les priorités du mouvement républicain actuel, tout en adoptant un ton plus conciliant que certaines déclarations précédentes. Rubio a insisté sur les racines communes entre l’Europe et les États-Unis, qualifiant l’Amérique « d’enfant de l’Europe », tout en maintenant des positions fermes sur l’immigration, le commerce et les institutions internationales.

Une doctrine plus réaliste et centrée sur l’intérêt national

Le message central de Rubio à Munich reflète une évolution vers une politique étrangère américaine plus réaliste et axée sur les intérêts nationaux. Selon plusieurs analyses, il a remis en cause l’idée que le libre-échange et l’ordre international libéral suffisent à garantir la paix et la prospérité. Cette vision marque une rupture avec les décennies d’internationalisme bipartisan qui ont caractérisé la politique américaine depuis la fin de la guerre froide. Rubio a également évoqué les effets négatifs de certaines politiques commerciales sur l’industrie américaine et a laissé entendre que les États-Unis pourraient agir de manière plus unilatérale si leurs intérêts fondamentaux étaient menacés.

Pour les Européens, cela confirme une tendance déjà perceptible : Washington continuera de privilégier ses priorités économiques et sécuritaires, même au prix de tensions avec ses alliés.

Un ton apaisant, mais des divergences persistantes

Si le fond du message est resté fidèle aux orientations de l’administration Trump, le ton adopté à Munich a été nettement plus conciliant. Plusieurs observateurs ont noté que Rubio cherchait à réparer une relation transatlantique fragilisée, notamment après des discours plus durs de responsables américains les années précédentes. Il a souligné que les États-Unis et l’Europe restent unis et a exprimé le souhait de renforcer la coopération, malgré les différends. Cependant, les réactions européennes ont montré une certaine méfiance. Des responsables de l’Union européenne ont rejeté les critiques américaines sur l’immigration et la prétendue « érosion civilisationnelle » du continent.

Cette dualité — ton amical, désaccords substantiels — caractérise désormais la relation transatlantique.

Un contexte de tensions structurelles

Le discours de Rubio s’inscrit dans un contexte où les relations entre les États-Unis et l’Europe ont été mises à l’épreuve par des désaccords sur le commerce, l’Ukraine, la défense et la souveraineté stratégique.

Depuis le début du second mandat de Donald Trump, Washington a adopté une approche plus transactionnelle envers ses alliés, notamment sur les dépenses de défense et les questions commerciales. Ces tensions ont poussé certains dirigeants européens à accélérer les discussions sur l’autonomie stratégique et le renforcement des capacités de défense européennes.

Ce que la France et l’Europe devraient comprendre

Pour la France et ses partenaires européens, quatre leçons principales se dégagent du discours de Munich. Premièrement, le changement américain est durable. La doctrine exposée par Rubio ne doit pas être perçue comme une parenthèse politique, mais comme l’expression d’un courant profond dans la société américaine. Une politique étrangère davantage centrée sur les intérêts nationaux, la souveraineté économique et la sécurité des frontières bénéficie d’un soutien électoral réel aux États-Unis. Deuxièmement, l’alliance transatlantique demeure, mais sous conditions. Rubio a clairement indiqué que Washington souhaite continuer à coopérer avec l’Europe. Cependant, cette coopération sera de plus en plus conditionnée à un partage des charges, à des politiques commerciales perçues comme équitables et à une convergence stratégique sur les grands enjeux. Troisièmement, l’Europe doit renforcer son autonomie sans rompre l’alliance. Le discours de Munich confirme que les Européens ne peuvent plus dépendre exclusivement du parapluie américain pour leur sécurité. Mais il ne justifie pas une rupture avec Washington. Au contraire, une Europe plus forte militairement et économiquement peut devenir un partenaire plus crédible et plus respecté aux yeux des États-Unis. Quatrièmement, la question iranienne reste un test stratégique majeur. Dans la vision républicaine actuelle, la stabilité du Moyen-Orient ne peut être assurée tant que le régime des mollahs à Téhéran poursuit une politique d’expansion régionale et de confrontation avec l’Occident. Une évolution interne de l’Iran, portée par une révolution du peuple iranien et l’émergence d’un gouvernement plus représentatif et moins idéologique, est perçue par de nombreux responsables américains comme un élément clé d’un nouvel équilibre régional. Dans cette optique, la politique étrangère de Donald Trump ne se limite pas à des accords ou à des sanctions ponctuelles, mais vise à créer les conditions d’un changement durable, qui bénéficierait non seulement aux Iraniens eux-mêmes, mais aussi à la sécurité de l’Europe et des États-Unis.

Une opportunité pour un nouveau réalisme transatlantique

Plutôt que d’interpréter le discours de Rubio comme une menace, la France et l’Europe devraient y voir une invitation à un nouveau réalisme transatlantique.

Les États-Unis n’abandonnent pas l’Europe, mais attendent d’elle qu’elle assume davantage de responsabilités et qu’elle prenne au sérieux les préoccupations américaines en matière d’immigration, de commerce et de sécurité. La relation transatlantique a toujours évolué avec les changements politiques de part et d’autre de l’Atlantique. Le discours de Munich montre que cette relation n’est pas terminée, mais qu’elle entre dans une phase plus pragmatique, plus exigeante et potentiellement plus équilibrée.

Pour la France, qui a toujours défendu à la fois l’indépendance stratégique et l’alliance occidentale, ce moment constitue une opportunité : celle de redéfinir un partenariat transatlantique fondé non sur les habitudes du passé, mais sur les réalités du XXIᵉ siècle.

Sénégal: quand un scandale criminel nourrit l’hystérie contre les minorités sexuelles

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Monument de la Renaissance africaine, Dakar. DR.

Une vaste affaire mêlant accusations de pédocriminalité, réseau sexuel organisé et transmission volontaire du VIH provoque la stupeur au Sénégal. Plus d’une dizaine de personnes ont été arrêtées à Dakar, soupçonnées d’avoir participé à un réseau pédocriminel présumé, orchestré par un septuagénaire français. Derrière ce scandale judiciaire, c’est aussi la question explosive du traitement des droits LGBT qui ressurgit, révélant les profondes fractures d’une société musulmane qui passe son temps à pointer la prétendue responsabilité de l’Occident…


C’est une affaire qui a fait les principales manchettes des quotidiens sénégalais. Tous oscillant entre consternation et horreur face à l’ampleur des révélations étalées dans la presse locale.

Le 7 février 2026, la gendarmerie de Keur Massar, département situé dans la presqu’île du Cap-Vert, à l’est de Dakar, a révélé avoir procédé à l’arrestation d’une douzaine de personnes, issues de toutes les tranches de la société civile, dont deux célébrités locales : l’animateur de télévision de l’émission Quartier Général sur la chaine TFM, Pape Cheikh Diallo, ainsi que le chanteur Djiby Dramé.

Elles sont toutes accusées par la justice sénégalaise « d’association de malfaiteurs, actes contre-nature, transmission volontaire du VIH sida par rapports sexuels non protégés et mise en danger de la vie d’autrui », traduisez : coupables de fornication entre personnes de même sexe.  Dans un communiqué rapidement publié sur ses réseaux sociaux, Stop Homophobie a exprimé ses inquiétudes après l’emprisonnement des incriminés, avant de dénoncer des arrestations jugées arbitraires et stigmatisantes, regrettant que les « relations sexuelles entre adultes consentant restent criminalisées » au Sénégal.

Une affaire internationale embarassante

Loin des cris d’orfraie de cette association bien connue, basée à Paris, la Division des investigations criminelles (Dic) a également arrêté 14 autres personnes. Toutes en lien supposé avec les premières interpellations dans ce qu’il est désormais convenu d’appeler « l’affaire Pierre R.», du nom de ce Français de 73 ans qui serait compromis dans ce dossier qui tient tout du sordide pour les commentateurs sénégalais. Présenté comme « un riche homosexuel », le quotidien Le Soleil affirme que ce Beauvaisien, ayant fait de fréquents séjours dans le pays, « aurait payé des Sénégalais pour contaminer d’autres homosexuels au VIH/Sida ». Désigné comme « la tête d’un réseau spécialisé dans la production des vidéos dans lesquelles des enfants étaient violés », comme le rapporte dans ses colonnes le Courrier Picard, ce serait plus de 150 enfants qui auraient été victimes de ce vaste système pédocriminel.

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Selon la Deutsche Welle, « de jeunes garçons auraient été transformés en objets sexuels, contraints d’avoir des rapports non protégés, filmés et monnayés avec des hommes pour la plupart séropositifs ». Qualifiée de « bombe sanitaire et judiciaire » par le quotidien L’Info, l’affaire révèle des faits d’une extrême gravité qui perdurent depuis 2017. Connu de la justice, « Babtou Peter », le surnom donné à Pierre R., a été interpellé en France l’année dernière et mis en examen « pour traite d’êtres humains, proxénétisme aggravé et viol sur mineur de 15 ans », rapporte Le Monde. C’est dans le cadre de cette enquête menée sur le territoire français que des liens avec le Sénégal ont été établis, conduisant la justice sénégalaise à mener ce qu’elle décrit comme un vaste « coup de filet » anti-pédophile.

Une affaire particulièrement sensible qui a ravivé des tensions profondes dans le pays de la Teranga, où la confusion entre pédophilie et homosexualité est régulièrement entretenue par certains médias locaux, prompts à vouer à la vindicte populaire tout Sénégalais suspecté d’être « inverti ».

Une loi répressive datant du régime de Vichy

Le Sénégal dispose en effet de l’une des législations les plus sévères d’Afrique de l’Ouest à l’égard de l’homosexualité. L’origine de ce cadre juridique remonte à 1942, lorsqu’une loi réprimant les relations sexuelles entre personnes de même sexe fut instaurée sous le régime de Vichy dans cette colonie française, soumise à l’influence de leaders religieux musulmans et dans un contexte marqué par un fort conservatisme moral parmi les colons.

Au moment des indépendances, les nouvelles autorités sénégalaises ne remettent pas en cause cette législation, qui sera au contraire maintenue puis progressivement renforcée au fil des décennies. En 1966, agrémentée d’une forte amende, elle punit d’un an à cinq ans d’emprisonnement tout Sénégalais ou étranger surpris en train de commettre un « acte impudique ou contre-nature avec une personne du même sexe ».  

Le sommet de l’État n’est pas en reste. En visite dans la ville de Guédiawaye, en pleine campagne en faveur de la révision constitutionnelle (2016), le président Macky Sall (2012-2024) profite de l’occasion pour rappeler ce qu’il pense de ceux qui appellent à une réforme du code de la famille : « Tant que je serais le président de la République, l’homosexualité ne sera jamais permise ici (…) car cela va à l’encontre des principes édictés par l’islam », déclare-t-il.

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Depuis, tout militant LGBT est pourchassé dans le pays, promptement embastillé et les arrestations sont souvent médiatisées par une presse à scandale qui raffole des ragots en tout genre sur ces sujets. Une homophobie accentuée par divers leaders religieux qui se sont constitués en un Front islamique pour la défense des valeurs éthiques. Ils réclament même que la peine de mort soit mise en place pour toutes personnes reconnue coupable d’homosexualité, refusant toute idée de dépénalisation.

Le paroxysme a été atteint en octobre 2023[1] : un homme décédé, soupçonné d’avoir été homosexuel de son vivant, est promptement exhumé et livré à la vindicte populaire qui décide de le brûler. L’événement provoque un émoi sans que pour autant la chasse aux gays ne cesse. Plus récemment, une proposition de loi a été soumise au vote visant à porter à près de quinze ans de prison les peines encourues par les militants homosexuels. Le texte prévoit également une série de dispositions introduisant de nouveaux délits, incluant notamment la bisexualité, la transidentité, ainsi que des infractions assimilées à la nécrophilie et à la zoophilie…

Le Sénégal dénonce en permanence un agenda occidental pro-« LGBTQI+ »

Selon le député Cheikh Abdou Bara Dolly Mbacké, à l’origine de cette réforme (qui exprime une tendance sur le sujet en augmentation dans toute l’Afrique noire), il s’agit d’une volonté de « lutter contre la perversion des mœurs de notre société, contre ces valeurs culturelles immorales importées de l’Occident »[2], régulièrement pointé du doigt en Afrique pour sa permissivité.

Preuve s’il en est, en janvier 2024, le Dakar Times n’avait pas hésité à mettre en une de son journal, la photo du Premier ministre Gabriel Attal, avec ce sous-titre : « Le lobby gay prend le pouvoir en France ». En mai suivant, alors en conférence conjointe avec Jean-Luc Mélenchon, le Premier ministre Ousmane Sonko avait averti solennellement les Occidentaux qu’il considérerait comme « un casus belli » toute tentative de pression de leur part sur les questions de genre[3]. Une déclaration qui avait eu le don d’agacer immédiatement le leader de La France Insoumise (LFI). En guise de réponse, au cours de l’échange, Jean-Luc Mélenchon avait fait part de sa divergence avec le chef du gouvernement sénégalais, le comparant aux « pires réactionnaires et [aux] pires racistes qui se sont opposés à cette disposition légale[4] » [en France -ndlr][5]

Tant et si bien que face à cette recrudescence d’homophobie, la patrie de l’académicien Léopold Sédar Senghor a été retirée récemment de la liste des pays « surs » en raison de leur orientation sexuelle par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra).

Pour un pays qui revendique sa stabilité démocratique et sa tradition de dialogue depuis 1960, cette affaire agit comme un révélateur des fractures entre modernité juridique, souveraineté culturelle et respect des libertés fondamentales. Alors que la justice sénégalaise doit encore établir les responsabilités pénales de chacun des protagonistes et apporter des preuves de leur implication éventuelle dans le réseau pédocriminel ou du caractère répréhensible des activités dans lesquelles ils se sont engagés sexuellement, le traitement médiatique et politique de l’affaire pose déjà une interrogation plus large : celle de la capacité du Sénégal à distinguer la répression légitime des crimes sexuels de la stigmatisation globale d’une partie de sa population, à respecter les droits de ses minorités sexuelles sans pour autant trahir ses traditions pluriculturelles. Un échec jusqu’à présent. 


[1] https://www.lemonde.fr/afrique/article/2023/10/31/au-senegal-l-exhumation-du-corps-d-un-homme-suppose-homosexuel-fait-polemique_6197561_3212.html

[2] https://www.lemonde.fr/afrique/article/2024/06/26/au-senegal-le-retour-d-un-projet-de-loi-pour-durcir-le-delit-d-homosexualite-et-contre-les-valeurs-immorales-de-l-occident_6243998_3212.html

[3] https://www.lefigaro.fr/international/senegal-le-premier-ministre-sonko-critique-les-droits-lgbt-contraires-a-nos-valeurs-en-presence-de-jean-luc-melenchon-20240518

[4] https://www.bfmtv.com/politique/la-france-insoumise/je-ne-suis-pas-d-accord-au-senegal-melenchon-defend-le-mariage-des-couples-de-meme-sexe_AV-202405170630.html

[5] propos énoncés durant l’interview avec Soncko

Primaire à droite: l’urgence absolue

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Bruno Retailleau annonce être candidat à l'élection présidentielle de 2027, Paris © ISA HARSIN/SIPA

Cette tribune plaide pour l’organisation d’une vaste primaire avant l’été 2026, pour laisser au candidat désigné le temps de construire sa légitimité, d’élargir son socle, et de se présenter au pays non comme le survivant d’une guerre civile de droite, mais comme son représentant légitime, choisi par les Français.


Regardons en face ce que cinq ans de hollandisme et dix ans de macronisme auront produit. Un État obèse qui se mêle de tout mais ne résout rien, une dette abyssale de 3200 milliards €, une école publique sinistrée, une insécurité chronique, une industrie en décrochage accéléré, une immigration de peuplement hors de contrôle, et le constat — partagé par une majorité de Français — que le pays s’enfonce dans le déclin. Le macronisme s’est vendu comme une révolution libérale. Il ne s’agissait que d’une énième nuance du social-étatisme, qui s’achève avec un grave déni de démocratie : le verrouillage systématique des institutions par des personnalités de gauche.

L’état catastrophique de la France nécessite une politique enfin courageuse et radicale. Pas un ajustement à la marge. Pas quelques coupes symboliques dans un budget hors de contrôle. Un choc de bon sens : Baisser les impôts sur le travail et la production. Alléger radicalement la charge réglementaire qui étouffe les entreprises et les artisans. Tailler à la tronçonneuse dans une dépense publique qui représente désormais 57 % du PIB — le record de l’OCDE. Redonner à l’école ses fondamentaux : l’exigence, la transmission, la discipline. Rétablir l’autorité de l’État dans les territoires perdus de la République. Investir dans les technologies du futur. Ce programme existe. Il est cohérent. Il est majoritaire dans le pays réel. Il n’attend qu’un candidat pour le porter avec clarté et courage.

Le RN : du socialisme sous emballage patriote

Voici où réside la première des impostures que la droite doit nommer sans ambages. Le Rassemblement national n’est pas un parti de droite au sens économique du terme. Son programme est structurellement socialiste. Protectionnisme tous azimuts, maintien de la retraite à 60 ans pour certaines catégories, indexation généralisée des salaires, méfiance viscérale envers l’entreprise et la concurrence. Derrière les drapeaux bleu-blanc-rouge et les discours sur l’identité, le logiciel économique du RN est celui de la gauche, celui-là même qui plombe l’économie française depuis des décennies.

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Un président RN appliquant son programme ne produirait pas le redressement que la France attend : il produirait une accélération du déclin. Davantage de dépenses publiques, davantage de protections corporatistes, davantage de méfiance à l’égard des investisseurs étrangers, davantage de repli. Les marchés le sanctionneraient immédiatement : les taux d’intérêt sur la dette française s’envoleraient, le coût du crédit exploserait, et les quelques marges de manœuvre budgétaires encore disponibles disparaîtraient dans les premiers mois du quinquennat. L’électeur qui vote RN pour en finir avec le déclin obtiendrait exactement l’inverse de ce qu’il espérait.

Victoire RN : le troisième tour dans la rue

Il est un autre danger que l’on tait trop souvent : celui du lendemain d’une victoire RN. Une fraction significative de la gauche radicale (LFI en tête) a clairement indiqué qu’elle ne reconnaîtrait pas la légitimité d’un tel résultat. Ce n’est pas une hypothèse, c’est une déclaration d’intention réitérée. Jean-Luc Mélenchon l’a dit et répété : la rue serait convoquée. Les blocages commenceraient. Le pays entrerait dans une crise de gouvernabilité pire que celle que nous connaissons.

La France des gilets jaunes, des blocages de ronds-points, des violences de 2023 a déjà montré à quel point un pays fracturé peut se paralyser lui-même. Imaginez cette fracture portée à son paroxysme : une extrême gauche radicalisée qui organise un « troisième tour social », des manifs permanentes qui dégénèrent, des institutions soumises à une pression sans précédent. Le risque du chaos est bien réel. Ceux qui pensent qu’une victoire RN serait un choc salutaire et que l’ordre s’imposerait de lui-même font preuve d’une légèreté irresponsable face à la réalité de la gauche radicale française : l’une des plus violentes et des plus organisées d’Europe, comme la tragédie de Lyon vient de la rappeler.

La multiplication des candidatures : un suicide collectif annoncé

Seul un président issu de la droite républicaine, avec une majorité à l’Assemblée, semble en mesure de mener à bien un projet radical et libéral de redressement du pays. Les candidats sont nombreux à prétendre en être capable. David Lisnard, Laurent Wauquiez, Bruno Retailleau, Edouard Philippe… Demain d’autres encore. Chacun respectable. Chacun porteur d’une vision, de la droite de la droite à la gauche de la droite. Et chacun, s’il se présente seul contre les autres, contribuant mécaniquement à diviser un électorat qui ne peut se permettre de l’être. Dans un quadripartisme serré, 18% suffisent à se qualifier au second tour. Mais cinq candidats à 9% chacun ne font pas un finaliste : ils font cinq vaincus. La seule solution rationnelle, démocratique, et efficace est connue : une primaire ouverte, organisée tôt, avec des règles claires. Et il ne fait guère de doute que le plus à droite et le plus libéral la gagnera (je place une pièce sur David Lisnard), tant les Français sont plus lucides qu’on ne l’imagine sur le président dont ils ont besoin.

La primaire : le projet avant l’homme

Une primaire bien organisée n’est pas une faiblesse mais une démonstration de maturité démocratique. Ce serait l’occasion, pour des millions de Français de droite et du centre, d’entendre enfin la vision des uns et des autres, et de trancher en connaissance de cause. Quelles solutions pour libérer notre économie du carcan étatiste ? Comment délivrer l’école, la justice, l’audiovisuel public et la culture subventionnée de l’idéologie ? Comment rétablir l’autorité de l’État ? Comment réarmer la France dans un monde redevenu dangereux ?

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La primaire doit être ouverte large — de l’UDI à Horizons, des souverainistes libéraux aux conservateurs réformistes — avec un seul critère d’entrée : adhérer à l’idée que la France a besoin d’un choc de liberté, pas d’un choc de dépense supplémentaire. Elle doit être organisée avant l’été 2026, pour laisser au candidat désigné le temps de construire sa légitimité, d’élargir son socle, et de se présenter au pays non comme le survivant d’une guerre civile de droite, mais comme son représentant légitime, choisi par les Français.

Les enjeux de 2027 sont simples à formuler, et vertigineux à mesurer. D’un côté, une gauche islamogauchiste qui, au pouvoir, enfoncera la France dans la spirale dépensière tout en alimentant les divisions identitaires. De l’autre, un RN dont le programme économique ne diffère de la gauche que par le drapeau qu’on agite dessus — et dont la victoire plongerait le pays dans une crise sociale et institutionnelle majeure. Entre ces deux impasses, la victoire en 2027 est possible pour une candidature de droite unique, lucide sur l’état de la France, et courageuse sur les politiques à mener pour redresser le pays.