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Par une fin d’après-midi molle et douçâtre d’octobre comme une mangue trop mûre, la Sauvageonne et moi sommes allés saluer notre ami Marc Deudon dans les locaux de la Société d’horticulture, rue Le Nôtre, à Amiens. Ma jeune compagne adore ce lieu ; c’est vrai que cette belle et vaste maison de maître ne manque pas de charme mais je la soupçonne d’être attirée par la statue de l’homme nu qui trône au fond du jardin luxuriant. Elle a le droit, mais tout de même… Si un jour on me retrouve assommé, gisant au pied de la sculpture, c’est que, jaloux, j’ai tenté de le provoquer en lui administrant un coup de boule.
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Marc, lui aussi, aime cette jolie bâtisse ; c’est là qu’il a présenté quelque soixante-dix toiles. Des tableaux singuliers, étonnants, originaux qui, souvent, interpellent. Il avait intitulé son exposition Terre courage, une référence à la pièce de Bertolt Brecht, Mère Courage et ses enfants. « De nos jours, ce titre résonne fort car la terre a bien du courage de nous supporter », commente celui qui s’adonne très souvent à la peinture à huile mais qui n’hésite pas non plus à coller des serpillères sur la toile. « C’est une façon de faire comprendre que les mouchoirs seront bientôt trop petits pour pleurer. Il faudra que les fabricants de serpillères se mettent au boulot ! Mon exposition est engagée ; quand je prends un pinceau, j’ai toujours en moi le poids de l’éco-anxiété ; je ne peux m’empêcher de mettre ses signes d’inquiétude dans chaque tableau. Malgré cela, je pratique un rire jaune car si on oublie l’humour, il ne nous reste plus grand-chose pour respirer. Il y a beaucoup de gens qui s’évadent et qui préfèrent ne rien voir, ne rien entendre. » Un rire jaune ? On ne saurait mieux dire.
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Marc Deudon ne manque pas d’humour ; il le prouve dans la courte autobiographie qu’il a rédigée, lestée de huit photographies de lui-même ; sur ces dernières, on l’y voit torse nu avec un nœud papillon ou la tête recouverte d’une chapka ce qui lui procure une tête d’espion soviétique. Une autobiographie hilarante qui commence ainsi : « Ancien peintre célèbre inconnu qui a souhaité échapper au tumulte médiatique et inquisiteur. Il s’efforce de s’écarter du monde spéculatif et parfois burlesque du microcosme de l’intelligentsia artistique. Dès qu’il attire trop l’intérêt et l’admiration du public, il change de style et prend un pseudonyme. Par exemple: Gustave Callebottes, Nickel Ange, Johnny Van Gogue, Marcel Monnaie, Freddy Nobel. C’est un personnage étrange et insaisissable. On le soupçonne d’avoir réalisé des faux de certaines de ses œuvres, sans doute au cours d’envolées mégalomaniaques. Cela dit, certains disent que c’est une personne affable, serviable et de bonne compagnie, très drôle parfois selon des témoins qui ont voulu rester anonymes. » Marc Deudon, le peintre éco-anxieux sait également être très drôle.
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