Une justice impartiale? À l’occasion des troubles dans les lycées, le Syndicat de la magistrature, marqué à gauche, s’illustre une nouvelle fois. Il dénonce en écriture inclusive dans un communiqué la «brutalisation» du mouvement contestataire par les autorités, accusées de «réprimer la jeunesse pour la faire taire», et publie une version actualisée de son guide pour défendre les voyous arrêtés par la police. Philippe Bilger ne se résigne pas à ces dérives.
Pourquoi le Syndicat de la magistrature cesserait-il de faire de la politique et d’afficher un parti pris de gauche, voire d’extrême gauche, puisque le pouvoir ne réagit pas et que le garde des Sceaux a décidé depuis longtemps de ne pas se mêler de ses foucades ? Cette partialité ostensible et assumée est infiniment grave. D’engagements choquants en soutiens intempestifs, elle finit, à force de pratiques qui n’ont plus rien de syndical, par détruire la légitimité de la magistrature à arbitrer et à juger en toute sérénité.
La police nationale sans cesse stigmatisée par les juges de gauche
Une majorité de citoyens en est effarée et voit s’accroître sa désaffection à l’égard d’une institution pourtant capitale en démocratie.
Ce n’est pas à dire qu’en matière pénale, l’ensemble de l’institution judiciaire soit pollué ou gangrené par ces dérives. Heureusement, il existe une magistrature qui, dans les grands procès médiatisés comme dans l’ordinaire des réquisitions et des décisions rendues partout en France, fait honneur à sa mission et à ses devoirs.
Il n’empêche qu’il n’est plus possible de laisser ainsi se dégrader un syndicalisme judiciaire conforté dans ses excès par la lâcheté ou l’impuissance officielles.
Quand on lit « Cessons de réprimer la jeunesse pour la faire taire » et que la police, au lieu d’être soutenue, se trouve sans cesse stigmatisée dans son action de maintien de l’ordre, n’assiste-t-on pas à une trahison de l’exigence d’équité que l’on est en droit d’attendre d’un syndicat prétendument professionnel ?
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Comment ne pas être saisi, lorsqu’on a une conception élevée du rôle de la magistrature et de la Justice dans notre pays, à la lecture de cet extrait d’un communiqué du syndicat : « Dans ce contexte, fidèles à notre tradition d’accompagnement des luttes et des revendications du mouvement social […] nous nous proposons d’offrir une réédition revue et actualisée de notre petit manuel de défense contre les nouvelles formes de silenciation des revendications sociales… »
Détournement absolu
Quel rapport avec la défense du corps et de ses intérêts professionnels ? Qui peut discerner dans ces intentions et pétitions autre chose qu’un détournement absolu de la mission syndicale et une confusion délibérée avec un engagement politique ? On pourrait, en adoptant la politique du pire, se consoler en affirmant que, de la part du Syndicat de la magistrature, rien de tout cela n’est nouveau et qu’après tout, ce n’est peut-être pas si déplorable ! Ce serait une très médiocre résignation. Le phénomène prend au contraire de plus en plus d’ampleur, protégé qu’il est par l’aboulie des gouvernements, comme si ceux-ci étaient incapables d’imposer, à tout le moins, une distinction stricte entre la légitimité de l’action syndicale et l’affichage d’une idéologie extrémiste. Ces errements sont aussi la conséquence éclatante du hiatus dévastateur entre la culture de la génération d’aujourd’hui et celle d’hier. À la dialectique d’autrefois, brillante, fût-elle contestable, s’est substitué un simplisme orienté, bêtement hémiplégique, qui a balayé toute retenue et toute conscience des limites que le monde judiciaire, pour sa dignité et par respect pour le citoyen, n’aurait jamais dû franchir. On a l’impression que le scandale du « mur des cons » a épuisé toutes les capacités d’indignation officielles et qu’après cette véritable ignominie, dont la société ne s’est pas remise, on demeure, devant l’extrémisme dévoyé du Syndicat de la magistrature, les bras ballants, l’esprit atone et le courage privé du moindre ressort…
Pourtant, il n’est pas une conférence où l’on ne m’ait questionné sur la suppression du Syndicat de la magistrature. Pas une rencontre avec des citoyens sans que soit évoqué ce désastre d’une magistrature dont la légitimité professionnelle se trouve compromise par la folie partisane de certains de ses représentants. La seule personnalité qui ait osé aborder de front la question d’une éventuelle dissolution est David Lisnard, candidat à l’élection présidentielle. Et il n’a pas craint d’y apporter une réponse positive. Comment ne pas regretter que Gérald Darmanin, ministre de la Justice dont la politique, pour l’essentiel, a été et demeure satisfaisante, n’ait pas poussé l’audace jusqu’à réaliser l’impossible : ne plus laisser le Syndicat de la magistrature s’ébattre, en toute liberté et impunité, dans un espace démocratique qu’il déshonore ?




