C’est un célèbre philosophe français qui l’a affirmé : chez l’être humain, « l’existence précède l’essence ». Jean-Paul Sartre, bien sûr, qui n’avait absolument rien d’un homme de droite. Il signifiait que chaque personne se détermine par ses actes, sa volonté, ses choix, et absolument pas par ceux de son père, de son grand-père, de ses copains ou de sa concierge. Cette idée est à la base de la philosophie de la liberté dans l’existentialisme. Les brins d’herbe, les lapins ou les kangourous sont entièrement déterminés par leur ADN. Pas nous. Selon Sartre, selon saint Paul et bien d’autres, nous naissons libres et responsables. « Nous sommes tous responsables, et de tout », ajoutait-il. Grande idée, absolument à l’opposé du bêlement universel d’aujourd’hui : « Nous sommes tous victimes, et de tout ».
L’ADN, cette prison idéologique
On ne mesure pas à quel point la métaphore de l’ADN est fausse et scandaleuse. Dire que « tel parti fait telle déclaration ou tel choix parce que c’est dans son ADN » anéantit toute liberté individuelle. Parlons clair, cette figure de style est utilisée essentiellement contre Marine Le Pen et le Rassemblement national. Personne ne dit jamais que Fabien Roussel pourrait devenir un tyran sanguinaire parce que c’est dans l’ADN communiste. Pourtant, après les fleuves de sang des années staliniennes ou du « Grand Bond en avant » maoïste… Le Parti communiste français n’a jamais eu la pudeur de changer de nom, au contraire du PC italien. Il serait injuste de reprocher aux Allemands d’aujourd’hui d’avoir, pour la plupart, des grands-pères ou des arrière-grands-pères nazis. La prescription, souvent attaquée aujourd’hui, vient avec le temps et le changement de génération. Peu de gens en dehors de son parti ont félicité Marine Le Pen d’avoir commis ce parricide symbolique qu’étaient le passage de « Front » à « Rassemblement » et la mise à l’écart de Jean-Marie, avec tous les déchirements intérieurs que ce changement a dû produire. Ne nous leurrons pas, on continuera à répéter cet absurde « Ah oui, c’est dans son ADN, c’est dans leur ADN », et le malheur veut qu’une stupidité mille fois répétée finisse par ressembler à une vérité.
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Tout aussi illogique est la culpabilité par association d’idées. L’exemple chimiquement pur en est la mésaventure survenue à Michel Onfray après qu’il a commenté la prise de fonction de Bally Bagayoko. Celui-ci avait « une attitude très tribale », alors qu’« on ne se trouve pas dans une tribu primitive comme les décrit Darwin, avec le mâle dominant qui décide ». C’est dans la tête de ceux qui détestent Michel Onfray que s’est faite l’association tribu-Afrique primitive, donc racisme, certainement pas dans celle du philosophe, assez malin pour savoir que beaucoup de mots sont piégés. L’accusation de racisme jetée à tort et à travers prouve l’obsession de la race chez les accusateurs plus que chez les accusés.
Pauvre Mercator ! Ce doux géographe flamand s’est confronté à l’insoluble problème de représenter la surface d’une orange sur une feuille A4. J’aime beaucoup sa carte où le Groenland et le nord de la Sibérie ont des étendues démesurées. J’imagine de longs voyages en traîneau à chiens, avec d’improbables rencontres de mammouths laineux, peut-être d’une tribu néandertalienne qui a réussi à survivre sur une île glaciale et méconnue. Sur sa carte, l’Afrique est toute petite : Mercator était donc raciste.
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Les bêtises de jeunesse, qui n’en a pas proféré ? Dans une chanson de Jacques Brel, un jeune homme et ses copains insultent les notaires attablés aux « Trois Faisans ». « Les bourgeois, c’est comme les cochons », chantent-ils. Plus tard, il devient notaire et va se plaindre au commissariat d’une bande de voyous qui hurlent sous les fenêtres du bar où il a festoyé. Les accusations portées par Mediapart contre Jordan Bardella sont infiniment plus graves. Pour l’instant, elles ne sont en rien prouvées. Faisons confiance aux gens de gauche pour produire de savantes manipulations, du saucissonnage de l’information, préparée et diluée pour tenir jusqu’au mois de mai. C’est dans leur ADN, allais-je écrire. Un très bref passage au Snesup m’a montré à quel point les socialistes et les communistes sont fascinés par les « manips », en soupçonnent partout, en façonnent eux-mêmes avec délectation.
Le droit à la rédemption
Saül de Tarse était un tueur de chrétiens. Il a été renversé par une vision sur le chemin de Damas, est devenu Paul, le plus grand penseur d’une religion naissante. Cette idée chrétienne que tout être humain est digne de rédemption a été largement acceptée dans la culture occidentale, et même démesurément étendue par la justice française, puisqu’il lui arrive de libérer des criminels qui pourraient récidiver. Le Jordan Bardella de dix-sept ans a peut-être prononcé des phrases qui, maintenant, lui font horreur. Le piège dans le piège de Mediapart est qu’il lui sera difficile de réclamer de l’indulgence pour des bêtises de jeune homme après les avoir niées.
Je suis persuadé que cette machination ne fera pas baisser d’un demi-pour cent les intentions de vote pour Marine Le Pen. Et comme le destin des hommes est une histoire de bruit et de fureur, l’hypothèse sordide que cette affaire fera monter la cote du Rassemblement national dans certaines banlieues n’est pas à exclure. Beau travail, Edwy.
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